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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 17:42

« Il est très intéressant qu’il y ait plusieurs manières de traduire, et plusieurs manières de faire entendre une langue dans une autre. Cela implique qu’une langue n’est pas simplement un moyen de communiquer : elle est aussi une culture, un monde de phrases, de rythmes qui diffèrent. » 
Barbara CASSIN, *

 


 

Hippopotame se sentant une âme quadrangulaire de papier mâché.

Hippopotame se sentant une âme quadrangulaire de papier mâché.

Sur la radiographie, les organes ressemblent à un paysage. 


Des vertèbres pleines, un tas de creux et de bosses tapis sous votre 18ème degré de surface.


En y regardant de plus près, on y voit des terres brûlées, des villes cathédrales, l’embouchure d’un fleuve, 7 pathologies emboîtées comme des poupées gigognes. En discutant avec le personnel médical, en essayant de lire l’écriture serrée, aussi illisible qu’un carnet d’écrivain, on voit tout le précis de la définition des maux ; une sorte d’attentive précision. Une affirmation posée sur le monde.

Silvia Grav - photography

Silvia Grav - photography

Silvia Grav - photography

 

En face de vous, le sourire vaguement rictusien du médecin, dit tout : on comprend immédiatement le sérieux de la situation. La pathologie a un nom, un nom précis - une réponse claire à une maladie claire. Un logos 1*



C’est l’inverse du flou, de l’étrangeté aiguë., de la singularité, du je ne sais quoi propre au patient. Un redressement de toutes ses molécules, de tous ses excès, bonheurs - sans aucun doute. L’état volatile d’une impermanence. 


Le jargon est employé en flopées de médications à vous faire avaler. Oublions l’incurable. Effaçons le potentiel négatif, proposons une réponse universelle – sûre. Englobons les variations de l’infime sous une étiquette paisible – assimilable par le plus grand nombre.


Cette éradication de toute ambiguïté, de chaque marque étrange, cet évitement de la prolifération des cellules pathogènes est l’inverse de la liberté.
 

Hippopotame jouissant - presque spontanément - des envolées de la littérature, le portant vers le haut. Gare à la verrière.

Hippopotame jouissant - presque spontanément - des envolées de la littérature, le portant vers le haut. Gare à la verrière.

* p 24.

 

1 * « : … l’illusion qu’entretenaient ces grecs, : ils imaginaient qu’il n’existait pour de bon qu’une seule langue, la leur. Ils l’appelaient d’un mot : logos.  Les autres, ceux qui ne parlaient pas comme eux, étaient des « barbares », ceux qui disent « blablabla », quelque chose qu’on ne comprend pas. Vous savez ce que sont les onomatopées, « crac », « plouf », « boum ». « Barbare », c’est le bruit que fait quelqu’un qui est désigné par son bruit – un bruit inintelligible pour des grecs qui ne le comprennent pas et ne cherchent pas à le comprendre. Logos, par contraste, signifie la « langue » en grec, mais aussi la « raison ». Aristote, l’un des premiers philosophes grecs, définit l’homme comme un animal doué de logos, c’est un animal qui parle-et-pense. Les grecs supposent donc que la langue qu’ils parlent se confond avec la raison, que le grec est la langue de la raison, de l’intelligence, la seule langue possible, et que le reste n’existe pas. » Barbara Cassin, Plus d’une langue, Les petites conférences, Bayard, 2012, Montrouge
Isbn : 978-2-227-48355-2 P 12-13 


P 20 : Pourtant, je crois que le mot travaille la chose, la fait être d’une certaine manière. Prenons Khaire, le mot grec qu’on utilise pour saluer. Il ne signifie pas du tout bonjour, ni good morning ou welcome, il veut dire très littéralement « jouis, prends plaisir, réjouis-toi ». Quand on se salue dans cette langue, on ne dit pas « passe une bonne journée » ou « que le jour soit bon », on dit « jouis », ce n’est pas pareil !

 

Barbara Cassin - 30 août 2014 -Tournai - Jardin de l'Évêché - lisant La Nostalgie : un surcroît de matière à chanter par le vent, à souffler en variations de lumière. Mon jardin.

Barbara Cassin - 30 août 2014 -Tournai - Jardin de l'Évêché - lisant La Nostalgie : un surcroît de matière à chanter par le vent, à souffler en variations de lumière. Mon jardin.

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Published by Le chêne parlant - dans Littérature
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commentaires

ouverture de porte paris 1 13/10/2014 22:21

Je vous félicite pour votre critique. c'est un vrai exercice d'écriture. Continuez

le chêne parla nt 02/11/2014 19:23

Derrière les robots, cher Cédric, des âmes dansent vers le métal de nos esprits.

Au plaisir de vous lire, 2.

Cédric 02/11/2014 11:50

Vous avez répondu là à un robot chère Virginie. ;-)

Quand on s'appelle "ouverture de porte paris 1" c'est un spam, aucun doute ! :-)

Je suis sûr que si vous tapez "Je vous félicite pour votre critique. c'est un vrai exercice d'écriture. Continuez" dans Google, vous trouverez ce même commentaire dans de nombreux autres blogs, renvoyant toujours vers les services d'un serrurier, bref, c'est de la pub, rien d'autre.

Par contre, moi, je ne suis pas un spam ! je suis un vrai être humain et je vous dis : je ne vous oublie pas et vous souhaite le meilleur ! :-)

Au plaisir de vous lire.

le chêne en questions 14/10/2014 21:52

J'y travaille.

Je vous remercie de vos encouragements.

Bonne soirée à vous.

Christine 14/09/2014 10:44

Bonjour Virginie

Peut-être le tragique de l'humain est de vouloir fixer le mot, le rendre immuable, le signifier une fois pour toute, le statufier... Une pathologie humaine, un piège imperceptible, que de vouloir catégoriser, classer, organiser, cadrer, délimiter, séparer, définir, fermer les portes, DSM, etc. Heureusement, Barbara Cassin, et d'autres, et les langues/cultures du monde, nous montrent combien les mots sont hétérogénéités et variations, rien de bien fixe, rien d'univoque, quelque chose de flou. Alliés de plus à la multiplicité des interprétations subjectives.
Alors, il est bien que nous résistions, me semble-t-il, à l'uniformisation, en préservant, en accueillant, tel l'hôte ou l'hôtesse, la singularité (et la richesse) de la parole, des paroles, des mots et des histoires de chacun, dans l'échange, le partage, et l'intercompréhension, même imparfaite, comme horizon.
Et votre parole sensible, poétique et singulière est toujours une belle musique.
Bien amicalement,
Christine

Le chêne muet... provisoirement... 29/09/2014 18:53

Chers amis,

Toutes mes amitiés vous accompagnent. Sachez combien votre attention m’a touchée. J’y suis extrêmement sensible et vous en remercie chaudement.

Cédric 14/09/2014 21:06

Ils sont beaux les mots que vous avez écrits là, Christine.

Une belle musique, à mes oreilles en tout cas. :-)

Au plaisir.

Cédric 14/09/2014 09:32

Jouis chère Virginie,

Un vrai bonheur/plaisir de vous relire.

Prends plaisir. :-)

Cédric.

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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