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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 05:43

 

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« Lire devrait être tout autre chose, une expérience de la vie, 

la connaissance ou l'anticipation, 

à travers des situations fictives, 

de ce que c'est que vivre, 

c'est à dire se réjouir et avoir peur, 

aimer,

 désirer ». 

Danièle Sallenave - Nous, on n'aime pas lire ... p 98-99

 

 

A Céline,

ayant perdu sa mère il y a deux ans,

Qui vient de perdre son père. 

alba-3.JPG

      Perdre ses parents, quoi de plus insupportable ?

Comment trouver sa place, en ce monde, lorsqu’on est une enfant de 5 ans, seule, assise dans la poussière ? Peut-on vivre – après la disparition d’un père  ? Le manque tout à coup – envahi la scène à travers l’image de cette enfant – splendide, lumineuse, simple, « innocente » - assise en tailleur, dont la présence éclate. 

Peut-on surmonter le vide d’une caresse, d’un regard bienveillant, d’une présence ?


       Alba-1.JPG

 

Alba fait l’expérience du vide. On imagine mal une confrontation au réel plus violente. Mais ici, le désespoir, la souffrance, il n’en est pas question. L’enfant débute dans la vie – avec une manière à elle – celle du jeune âge – une naïveté encore, qui la protègent.   

Alba est un album certes de la perte et du manque mais non pas de l’inertie. La fillette  déambule au fil des pages – en paix – en recherche, en quête, en conquête. Pour elle, se pose une seule et même question, toujours, lancinante, répétitive : « Mais où est passé mon père ? » 

alba-7.JPG

Alba - peu à peu - à travers son petit monde, ses recherches infructueuses, ses rencontres sans résultats… se confronte au malheur… à l’échec.  Mais elle ne se laisse pas ensevelir par la tristesse. Elle (se) trouve...

Quoi ? 

Des raisons de continuer.

 alba-6.JPG

Chaque animal porte – apporte – une partie du monde. Au lieu de pencher leurs têtes attristées, ils lui décrivent les bons moments – certes révolus mais réels. Les fourmis lui parlent de toutes petites choses, lui enseignent la bénédiction des moments vécus ensemble.  

Un éléphant l’emporte, « écrase tout sur son passage ».

Les grenouilles lui rappellent les chants et les danses du passé.

L’évidence commence à saisir Alba. Quelque chose d’anormal se trame – elle le sent, elle le pressent – sans pouvoir le mettre en mot. 

C’est l’instant où sa lucidité se réveille.

Alba ne sait plus trop que penser… Pourquoi papa ne l’a-t-il pas emmenée avec lui ? Pourquoi ne lui a-t-il rien dit ? Elle s’assied songeuse et un peu triste, les pieds dans l’eau.

« Il n’était pas triste ? » interroge-t-elle. 

      Alba n’est pas dupe.

              Naturellement elle a compris combien la recherche du suprême bonheur est un leurre.  

 « Les hommes ne savent jamais - réellement - que quand ils ont fait l’expérience du malheur. »

              Elle sait et avance - seule. 

                              Elle sait ce que signifie - être seule - toute seule.

Pourtant,   Alba chemine…Saisit des petits instants de bonheurs – minuscules. Rencontre des zèbres, puis enfin, des girafes. Ces soutiens collectifs – peignent le tableau de moments positifs qui peu à peu s’ajoutent les uns aux autres - dessinent une vision du monde artistique. Elle fait l’expérience de la terre. Un assemblage de couleurs, de sons, de perceptions… La poésie du monde ?

La représentation de ce qui a été. 

Le paradoxe d’une beauté qui émerge des cendres. La vie se nourrit du disparu. Sa vie commence là où tout s’effondre. 

      « Alors, Alba voit courir les zèbres dans la plaine et leur galop fait trembler la terre. Elle entend barrir les éléphants et leurs cris font s’envoler des milliers d’oiseaux. Elle entend chanter les grenouilles et les cigales. Et elle se dit que c’est là le plus beau cadeau de la terre. »

alba-8.JPG

      Un rayon de lumière sur le visage perdu de Céline.

La lecture - ça procure des petits bonheurs pour une bonne partie de la journée.

 

      « Quand on a été bien tourmenté, bien fatigué par sa propre sensibilité - dit Chamfort - on s’aperçoit qu’il faut vivre au jour le jour. Oublier beaucoup. Enfin, éponger la vie à mesure qu’elle s’écoule. » 

Au fil de ses pérégrinations, elle acquiert un apaisement.  Une sagesse ?

La joie d’exister et d’être au monde. 

Une liberté. Sans mortification ni jubilation. « Il faut convenir que pour être heureux en vivant dans le monde, il y a des côtés de son âme qu’il faut entièrement paralyser. » 

 

                                                     Alba n’est pas heureuse, elle est. 

 

Nota :  (proposition d'étude de l'album - activité en classe).

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Don't Worry - Be Happy now... 

(Toute ressemblance avec l’ânesse chantante ne serait que purement fortuite.) 

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Published by Le chêne parlant - dans Albums
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  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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