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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 11:19

 « Christophe Colomb cherchant l'Inde et trouvant l'Amérique.

 Pourquoi s'est-il trompé ?

Parce qu'il se fondait sur une théorie vraie

qui est que la terre est ronde ;

un autre qui aurait pensé que la Terre était plate

n'aurait jamais confondu l'Amérique avec l'Inde ».

Édgar Morin,

Science avec conscience, p 135.


   

La renaissance – peut-on lire dans les livres – représente la lumière, le renouveau. Un monde – nouveau – fait de lucidité, de science, de renversement des superstitions,  émerge. C’est le siècle des questionnements, des découvertes, des épopées maritimes, bref, celui qui « clôt le Moyen Age et ouvre une nouvelle ère ».(1) p 5.

 

sur-la-route-de-colomb-et-magellan-de-michel-chandeigne-893 

En revanche, le siècle du Moyen Age bénéficie d’un traitement (implicite ou explicite) moins élogieux. Les gueux croyaient que la terre était plate - béciles - les idiots ! 

Cette idée se retrouve régulièrement dans les livres – notamment – ceux destinés à la jeunesse nous indiquent Michel Chandeigne et Jean-Paul Duviols dans leur livre consacré aux idées reçues.
«Lorsque Galilée a conclu que la Terre était ronde, le consensus unanime était contre lui, s´accordant sur la platitude de la Terre». Cette phrase, parue le 7 février 2007 dans «Le Monde», était signée d’un éminent épistémologiste, chercheur au CNRS et à Polytechnique, titulaire de… deux doctorats de physique. » écrit Fabien Gruhier, journaliste au Nouvel Observateur.

 

Le Moyen Age est – de fait - souvent associé à un âge concentré de ténèbres, de haine et de barbarie. Un âge où la saleté, la peste, les guerres et la bestialité se disputent la palme.

Cette représentation fautive et caricaturale pose deux questions essentielles. L’une et l’autre étant étroitement liées, bien sûr.  

 

1) Pourquoi présente-t-on le moyen âge de cette manière ?

2) Qui écrit l’histoire ?

 

« L’histoire est écrite par les vainqueurs. »
Souligne Raphael Enthoven
dans l’une de ses émissions
des nouveaux chemins de la connaissance.

 

Jérôme Bosch - 1503 -(partie extérieure des volets du triptyque Le Jardin des délices). 

Le mythe d’une croyance médiévale en une « terre plate », comme une crêpe « apparaît en sourdine au XVIème siècle – nous expliquent Michel Changeigne et Jean-Paul Duviols - : dans son retour à l’Antiquité, modèle du beau qu’il convient d’imiter et de la vérité, la Renaissance jette en effet un voile d’oubli, voire l’anathème, sur les acquis du Moyen Age. A l’époque des lumières, on fustige l’église pour son obscurantisme, dont l’Inquisition et l’affaire Galilée étaient  les symptômes les plus évidents. »  P 21 (1)

 

Il semble inévitable – en effet - voire utile - de présenter les autres (coutumes – pays – ou siècles) comme inférieurs à soi. Si l’homme de Neandertal est une brute épaisse, en contrepartie l'« Homo Sapiens Sapiens » - Homme qui sait qu’il sait (permettez du peu) - n'en est que plus sage, plein d’esprit, beau, intelligent. Parfait ?

Cela permet de se fournir une autorité et une légitimité à peu de frais. Ainsi, Jules César, se désigne-t-il indirectement comme le Grand et Beau vainqueur de l’histoire dans la « Guerre des Gaules ».

Ceci n’est pas nouveau. Les pharaons maniaient déjà « la propagande » historique avec art, prenant soins de remplacer les cartouches compromettants, par d’autres, tournés à leur avantage. Ou remplaçant les noms de leurs prédécesseurs par le leur. C’est ainsi que des guerres perdues ont été gagnées. Souvenons-nous de Ramses II dans  la célèbre bataille de Qadesh : une défaite transformée en victoire! (JF Bradu, professeur agrégé d'histoire-géographie.)
 

    Bref, se désigner comme détenteur de la Vérité – ou comme l’aboutissement d’une perfection (Positivisme d’Auguste Comte) est courant (cela doit nous donner à penser sur nos propres surévaluations historiques voire mystifications.)

 

Pour en revenir à la rotondité de la terre supposée méconnue au Moyen Age, Michel Chandeigne et Jean-Paul Duviols enfoncent le clou en déroulant la chronologie de cette découverte.

 

Sur le site "Une invitation à la philosophie", l'article de Patrice Bégnana : "La terre est plate" ou la brève histoire d'une "vérité" mérite le détour.

 

Le dessin illustre la démonstration d'Aristote, est extrait de la Cosmographie de Petrus Apianus (1581).   Aristote - dans le "Traité du Ciel" déclare déjà la rotondité de la terre.

 

Eratosthène - Astronome, géographe, philosophe et mathématicien (biographie : futura sciences) - avait calculé déjà cette rotondité avec une précision remarquable.

 


« Dans l’antiquité grecque , la rotondité de la terre a été très tôt constatée. Cette conception semble exister chez Thalès de Milet dès les VIIè-VIè siècles av. J.-C. ; elle est enseignée chez Parménide (C. – 470), clairement formulée dans le Timée de Platon (C. – 429 à C. –348) et démontrée par Aristote (-384 à – 322) pour ne citer que les plus célèbres. » (1) P 23.

Les historiens poursuivent : « Eratosthène (c. – 284 à c. – 192) mesura sa circonférence avec une belle exactitude. (l’erreur est d’environ 1000 km, soit 2.5%)…
 

A rebours des idées reçues, ce savoir ne disparut jamais en Europe, comme le prouvent les très nombreuses copies d’auteurs latins et grecs, réalisées par les moines durant tout le Moyen Age.  Dans les Etymologies d’Isidore de Séville (c. 565-626), évêque du roi wisigoth Sisibut, on lit une description de la Terre assimilée à un « orbe »…. L’historienne Danielle Locoq a parfaitement démontré que l’expression orbis terrarum était synonyme de « sphère » chez les auteurs latins. Au livre XVIII du même ouvrage, Isidore de Séville est encore plus clair, en rapportant que l’empereur Auguste aurait fait fabriquer un globe (pila) pour représenter la figure de la Terre (figura orbis). Enfin, le roi Sisibut dans une lettre à son évêque, parle très clairement du globus terrestre.
Au VIIIè siècle, Bède le Vénérable décrivait lui aussi la Terre comme un globe (De natura rerum, chap. 46) » (1) P 24.
 

« Lors des deux siècles suivants, plusieurs commentateurs du monde chrétien avaient levé toutes les hypothèques sur la sphéricité de la Terre. L’autorité papale n’a jamais défendu une conception contraire. » (1) Pp 24-25.

 

Une page du Traité de la Sphère du Monde de Sacrobosco rédigé vers 1220 (éd. 1472).  « Traité de la Sphère du Monde de Sacrobosco rédigé vers 1220. » (éd 1472) P 26

 

[Bien sûr il existe des positions contraires mais marginales. En outre Saint Augustin ne s’est jamais prononcé en faveur d’une terre plate.]

 

"Dans la première moitié du XIIIème siècle, un professeur de la Sorbonne Johannes Sacrobosco compose le Traité de la Sphère du Monde un livre jamais contesté par l’église, aussitôt adopté par l’université de Paris, qui constituera, pour les étudiants de toute l’Europe, le manuel d’astronomie de référence pendant plus de trois siècles.
Dans un autre domaine, Le livre des merveilles du Monde de Jean de Mandeville – récit mi-imaginaire, écrit vers 1356, très largement diffusé et qui compile toutes sortes d’écrits plus anciens – montre que la rotondité de la Terre était si largement admise que l’auteur évoque clairement la possibilité de sa circumnavigation :

 

  1480 «Imago Mundi» : compilation abondamment illustrée d’ouvrages de l’Antiquité - BNF. 1410, cardinal, un Français du nom de Pierre d’Ailly, que le Vatican n’a jamais songé à censurer. Bref, à l’époque de Galilée, nul ne doutait plus de la rotondité terrestre depuis belle lurette.  

« Si l’on pouvait s’embarquer sur un navire et trouver des gens qui veuillent aller à la découverte du monde et dessus et dessous […], je dis avec certitude qu’un homme pourrait faire le tour de toute la terre du monde, aussi bien par-dessus que par-dessous, et revenir en son pays […] et il trouverait toujours des hommes, des terres, des îles comme en nos pays. » (Les belles lettres, 1993, chap. X)" (1) p 28 :

 

D’où provient alors l’erreur ?

 

Qu’est-ce qui a pu donner à penser que les lettrés du moyen Age possédaient cette croyance ?

 

oekoumene - Etymologies d'Isidore de Séville (manuscrit du XIIe siècle) 

Il s’agit des cartes de l’Oekoumène.

 

Ces cartes – ressemblant davantage à des médaillons décoratifs, des enluminures - sont des représentations symboliques de la terre dites « T en O ». Plus que sommaires, ces dernières étaient reproduites sur des manuscrits monastiques. Elles n’avaient donc pas vocation de guide, sinon spirituel. Pour le dire autrement, elles  ne dénotaient d’aucune fonction géographique ou cosmogonique, mais appartenaient à l’ordre du méditatif et du symbolique. (Cf p 29 (1))

  

Voici ce que le site ARCHEO-BARZELLE, nous en dit :
Il s'agit  d'une : « Représentation stylisée et symbolique de la Terre, dans laquelle deux barres d'un T représentant le Nil pour l'un et le Danube pour l'autre séparent les trois continents : Europe, Afrique, Asie. 
On remarque au sommet du T la ville de Jérusalem (dessinée de façon triangulaire). 
Le T est au coeur du O ou du cercle qui représente la planète ronde (contrairement à une légende tenace, les médiévaux savaient parfaitement que la terre était ronde: ils ignoraient qu'elle tournait). L'oekoumène désignait , sous l'Antiquité, l'ensemble des terres connues et habitées par l'homme. On croyait alors que l'oekoumène était une île gigantesque, entourée par un seul océean, qui se serait étendu des colonnes d'Hercule (le détroit de Gibraltar) jusqu' à lIndus ou à Ceylan. C'était donc la "zone rassurante" des terres habitées et connues.»

  GEORGES DE LA TOUR (1593 – 1652): LA CHANDELLE

Offrir, donc, la vision d'un siècle obscur, désespéré, ténébreux, dangereux, aveuglé, mortifère, sans éclat, précédent le sien, voilà de quoi se rendre brillant.

C'est bien connu, la flamme n'éclaire qu'au milieu du noir. La lumière s'oppose à l'ombre, "c'est un divin éclaircissement, celui qui éclaire notre chemin".

   

Ainsi naquit la renaissance...

 

         La lumière - braquée comme un projecteur - n'est-elle pas le plus sûr moyen d'aveugler ? 

 

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(1) Sur la route de Colomb et Magellan - Michel Chandeigne, Jean-Paul Duviols, Cavalier Bleu.
idées reçues sur les Grandes Découvertes

 

 

 

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Sites

 

L'EGYPTE ANTIQUE de JF Bradu, professeur agrégé histoire-géographie.

  

L'ASTRONOMIE AUTREMENT.

 

Astronomie et Mécanique Céleste – Observatoire de Paris.

 

Une invitation à la philosophie, l'article "La terre est plate" ou la brève histoire d'une "vérité" mérite le détour.

   

Archéo Barzelle - L'Oekoumène ou les représentations de la terre.

 

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Published by Le chêne parlant - dans Histoire - Préhistoire
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commentaires

argan oil wordpress.com 05/09/2014 09:09

This is some vintage stuff that I've been looking for. I'm really glad to read it and I would Thanks the author posting this.

the speaking oak 06/09/2014 19:18

Thank you for your word very tasty.

My turn to thank you for your visit.

The speaking oak 17/05/2014 14:01

Dear what causes snoring,


A trip to the sky sphere and the blue water, what could be better ?

Thanks for your visit.

what causes snoring 16/05/2014 13:32

I too have heard about the store that the Earth was first believed to be flat. But the journey of Columbus all around the globe made a turning point. Then the discovery came to the lime light that Earth is actually spherical. Thanks for all the details that you have shared.

Virginie 31/01/2012 06:41

Merci :)

constance 29/01/2012 22:21

Bonsoir Virginie,

Je ne vois pas ce qui pourrait m'empêcher de venir lire vos articles :)

A bientôt, bonne semaine

PS : Votre dernier article met l'accent sur la différence, l'intelligence à travers elle. Très bon sujet :-)

Virginie 28/01/2012 16:58

Cher Frédéric,

Figurez-vous que sous l’effet du saisissement - juste après lecture de votre message… – j’ai envoyé valser ma clémentine dans la poubelle au lieu d’y jeter les écorces.

Je suis très touchée par votre geste. Voilà qui va m’inciter à soigner ma prose.

Très agréable fin de semaine à vous.

Amicalement. Virginie.

Virginie 28/01/2012 16:39

Chère Constance,

Bonjour, je me réjouis d’avoir de vos nouvelles :)

Pour répondre à votre question, d’après les différentes sources dont je dispose (Patrice Gelinet - entre autre – 2000 ans d’histoire), il semble que les historiens ne puissent trancher - ni dans un
sens, ni dans l’autre - sur la question.

Cela reste donc en suspens…

Si – par hasard – vous en appreniez davantage, n’hésitez pas à m’en faire part.

Bon week-end à vous.

Amicalement, Virginie.

Frédéric Schiffter 28/01/2012 10:42

Chère Virginie,

Bon. Vous voilà répertoriée parmi les blogues de qualité, sur le blogue du philosophe sans qualités.

Soyez la bienvenue.

À bientôt,

F.S.

constance 27/01/2012 21:44

Il me semble que le "Eppur si muove" ("Pourtant elle tourne, phrase très célèbre de Galilée) est également une tournure inventée.

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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