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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 08:43

      Horloge-humaine- Romain-Laurent              Horloge-humaine-2-Romain-Laurent.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Horloge humaine - Romain Laurent. 


   "Les heures, tel un chariot avançant dans la fin du jour, reviennent en grinçant parmi les ombres de mes pensées. Si je lève les yeux de ma méditation, je les sens brûlants du spectacle du monde."    p 322.

Fernando Pessoa – le livre de l’intranquillité. 

A Albert Jacquard

 

logo_philo_mag.jpg  

                                Physique et mental  - Etienne Klein.

 

 

 

La pause fait  la pensée,

                       comme le silence, la parole.

 

      Née dans le garage de l’agitation, usinée au fil du résultat et de la vanité, le bolide de la « Rapidité » est sur les starting-blocks. 

Le juge enclenche le chronomètre. Les aiguilles font loi, dénonce Albert Jacquard1*.

 

Une fois tournée la clé de l’efficacité, l’esprit précoce surgit, démarre, vif, réactif, rapide. 

Chacun retient son souffle. Sur cette piste tracée pour foncer, seule l’accélération compte. La dynamique s’enclenche. Dès le premier tour, le coureur rêve d'attacher sa réflexion au palmarès de la victoire. Les fonctions de l’accroissement, du plus – sont gage de progrès. 

Economie de la vitesse. Poursuite du but. L’intelligence s’oppose à la stagnation, se pique au jus de la compétition, yeux rivés au nombre de tours. 

C’est parti. La mécanique ronronne à l’innovation, carbure à la puissance concurrentielle.

Anabolisants. Régime forcé. Cadence – rendement. 

Le musicien se fait virtuose, les calculs prodigieux du mathématicien sont la condition de son génie. L’instantané croit arracher la performance au réel, comme ça, au prix d'un simple glissement de cheville.

 

Aucune surprise, le météore est en tête, n’en finit pas de scotcher la lenteur à la ligne de départ. 

 

A cette vitesse, rien ne s’arrête jamais. 

Les architectures de la pensée aux contours composites, complexes, aux richesses inépuisables sont écrasées. Les reliefs se confondent, les profondeurs s’aplanissent. Les caractères s’altèrent. 

L’air n’a plus d’odeur ; 

Les bigarrures du monde comme couleurs sur une toupie folle, fuient, se fondent, lisses, assimilées, dissoutes, sans délicatesse ;. le ruban circulaire tourne, l’information s’envole,   impressionne la rétine d’un pastel fade – uniforme.

 Impossible de saisir et de distinguer. La poursuite ne permet plus de contempler.

 

lenteur.jpg 

 

La lenteur quant à elle - insensible - percute, rebondit, se laisse submerger par le calme, sirote le temps, pense à 3 ou à 5 millimètres par heure, se laisse gagner par l'enchantement d’une réflexion marmonnée, gazouillis de l'infime, se lance dans un développement d’idées, observe un silence gêné, se ravise, revient en arrière 2*, détruit les évidences, prospecte les signes habituels, tire parti d’une maladresse, d’une trouvaille fortuite tel le laser. 3* Arpente les soubresauts de l’infime : brusques bifurcations d’idées. Déniche toutes ces bribes modérées, sans hauteur, tous ces essentiels issus d’une profusion d’observations, recherches délicates d’une prolifération de détails…  échelles fascinantes  formant mesure. 

Au moins, réclame Proust,

au moins, remettre ses conclusions à plus tard, pense Darwin.

On avance sur des petits miracles au ras du sol.

A ce niveau de concentration, le vivant prospère, prolifère, résiste, crève la terre. Rumine dans le vague d’un indécidable temporaire mais néanmoins bien présent, celui du à « tout-à-l’heure ». 

 

Déployer lentement ses compétences...   "Chiquer du temps pur"**, nous dit étienne Klein. 

 

 l-attente-3.jpg

 

 Dans le contexte d’un circuit à temps compté, l’aérolithe fuselé boucle son dixième tour.

Un peu plus loin, sous un soleil ardant, une forme exaltée s’échappe du peloton. Silhouette inattendue dans cette partie où le résultat est couru d’avance. Ce n’est rien. L’ombre furtive sera aisée à éliminer. L’étoile promue au firmament file, redouble d'intensité – faisant provision d’énergie, pleine d’excitation et de désir d’anéantir cette médiocre concurrente : accélération, force, vélocité. Vise le dépassement, brille, éblouissante, du serment du triomphe.

Mais l’autre, d’une manière inattendue, déroutante, produit – elle aussi – une belle avancée. Une ardeur peu commune.

Evidemment, la gagneuse ne s’estime pas vaincue, travaille, étudie chaque mouvement, aiguise ses sens, analyse les complications, se gorge de volonté. Va plus fort. Plus haut. Toujours plus ingénieuse, développe une passion pour la réussite intense, une stratégie opiniâtre, fourmille d’espérance, se charge de ferveur. Dans une volonté douloureuse s’élance, se dirige plus précisément encore, s'inflige les pires châtiments – pleurant, rageant, s’arrachant à elle-même -  avide de gloire.

Ca paye.

Mètre par mètre. Millimètre par millimètre, l’écart se réduisit.

La  fonceuse – presque brisée - positive,  attaque, se bat, se jette dans un douloureux sacrifice – plonge précipitamment dans l’atroce supplice – démoniaque – celui du dernier, de l’ultime effort. Réduit enfin la distance. 

 

     Passé la ligne d’arrivée épuisée – tremblante – le cœur précipité des efforts extrêmes – la médaille d’or se tourne vers l’autre dépassée d’une nanoseconde, plantée – à deux pas – là, atteignable, enfin.

 

         Etouffe un cri. 

              La perdante aux yeux impitoyables, primitifs, enflammés de rage, n’était autre qu’elle-même.

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Vidéo à lectures croisées...

 

Vidéo augmentée :

 

 

 Etienne Klein. 

 Bibliothèque Médicis, Public Sénat du 22/02/2013 et Les stagiaires. 

Montage vidéo fait de science et d'humour sur le temps.

Lenteur - vitesse. Course. Vivre le temps présent.

"Le temps est une prison à roulettes". 

Qu'est-ce que le temps, quelle perception en a-t-on ? Sommes-nous dépassés.

"Le temps est une prison à roulettes."

"Dieu ayant plus de cinquante ans et ayant sans doute le sentiment d'avoir réussi sa vie a sûrement une Rolex."

 

 BIBLIOTHEQUE MEDICIS

Invités: Jean-Michel Asselin, Etienne Klein, Guillaume Le Blanc et Jean-Christophe Rufin
Diffusée le 22/02/2013

 

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Prendre l’espace de dénicher des perles, équivaut à remarquer une sixième dimension dans un gravas de platitudes. Dégager l’exceptionnel du sable. Analyser les  vitrifiés. Toutes ces choses insignifiantes issues d’une époque lointaine.

      Virginie Glaine

 

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** Propos sur la course dans le mont Blanc - 166 kilomètres sans s'arrêter, fausse contradiction, donc. Aimer courir en montagne - être dans l'instant présent.  

1 * « Tous les tests réalisés face à un examinateur qui déclenche un chronomètre sont avant tout des tests de rapidité – souligne Albert jacquard. - cette qualité est importante certes, mais pourquoi en faire une qualité première ? »

P 54 : Finalement, le pire danger de toutes ces méthodes est peut-être, paradoxalement, leur efficacité. Une fois les données introduites dans la machine, il serait bien étonnant qu’une classification ne puisse être obtenue. Le risque de lui attribuer une signification est d’autant plus grande que les calculs auront été nombreux, et les programmes de calculs mystérieux ; Nous risquons de définir des groupes, de tracer des limites qui résultent uniquement de la manipulation arbitraire que nous avons opérée sur les données, et non de la nature des choses.

P 119 : Tous les tests réalisés face à un examinateur qui déclenche un chronomètre sont avant tout des tests de rapidité : cette qualité est importante certes, mais pourquoi en faire une qualité première ?  

Dans notre effort de compréhension du monde qui nous entoure, les progrès les plus décisifs ne sont pas contrairement à ce que l’on croit trop facilement, les réponses trouvées à nos questions, mais la formulation de questions plus pertinentes et mieux posées.

 

« Une mésaventure personnelle m’a fait prendre conscience de l’importance de ce lent travail de maturation, de compréhension, de pénétration d’un problème : un certain matin, ayant, sans cause apparente, formulé intérieurement une idée, à vrai dire subtile et qui m »a semblé particulièrement originale, je me suis senti « très intelligent ». Dans l’après-midi je n’ai pas résisté au plaisir, à la fin d’une réunion de travail, d’énoncer cette nouvelle vérité première devant mes camarades ; au lieu de compliments attendus, l’un d’eux a répliqué par un sourire moqueur. « Tu ne trouves pas cette idée intéressante ? – Si, bien sûr, mais elle figure intégralement dans ma thèse. » J’avais, dix-huit mois plus tôt, fait partie de son jury ; je sors aussitôt de ma bibliothèque mon exemplaire de sa thèse : rapidement nous retrouvons le passage exprimant mot pour mot « mon » idée. Dans la marge, j’avais noté « non, faux ».

Peut-être suis-je particulièrement lent – dix-huit mois pour comprendre une phrase – mais j’avais, après ce long délai, vraiment compris le problème posé, au point d’en faire une idée personnelle. Aurai-je été moins intelligent » , si en une semaine j’avais compris cette phrase, mais en la laissant extérieure à moi ?  Comprendre, c’est aussi prendre, s’approprier ; qu’importe le processus de rapidité ? » p 119 - 121

Albert Jacquard, moi et les autres, initiation à la génétique, Point, Seuil, 1983, ISBN : 2-02-048237-1

 

Albert Jacquard, moi et les autres, initiation à la génétique, Point, Seuil, 1983, p 119.

 

2* Tirer parti de trouvailles fortuites – Arts plastiques – Programmes de l’école primaire. B0 2008

 

3*  « C’est même en poursuivant de fausses lueurs qu’on peut découvrir des vérités importantes, et il n’est pas rare de trouver une chose tandis qu’on en cherchait une autre. » Joseph Priestley (1733-1804).

 

« La sérendipité est le don de faire des trouvailles ou la faculté de découvrir, d’inventer ou de créer ce qui n’était pas recherché dans la science, la technique, l’art, la politique et la vie quotidienne, grâce à une observation surprenante. » P 7 :

 

… D’autant que dans une société de plus en plus moderne, où la rationalité et la réflexivité tiennent une place croissante, la place et le rôle du hasard méritent un surcroît d’intérêt.

François Ascher – université Paris 8.

 

2* Revenir en arrière :  reprendre, combler des « lacunes » est l’aide numéro 5 proposée aux élèves par Roland Goigoux  (7 familles d’aides proposées dans une interview au Café pédagogique le 15 septembre 2009.)

 

P 12 : En pratique une vraie découverte, invention, création est toujours la combinaison d’un élément étonnant et d’une vérification pertinente.

La recherche systématique et la sérendipité ne s’excluent pas, au contraire elles se complètent et même se renforcent. Dans la recherche et en général dans l’action, il faut planifier. Mais un plan n’est jamais sacré : des milliers d’évènements inattendus ou d’effets non anticipés interviennent dans le cours d’une expérience ou d’un projet, dont un bon chercheur doit savoir se servir.

De la sérendipité, dans la science, la technique, l’art et le droit – Leçons de l’inattendu – Pek van Andel, Danièle Bourcier – L’Act Mem, Libres sciences, Paris, 2009, isbn : 978-2-35513-018-2

                                                                    ---------------------

Télescopage    

 

Hasard du calendrier, l'excellente émission d'Adèle Van Reeth -

Les nouveaux chemins de la connaissance - traite du temps.

 

Actualité philosophie : l’urgence et la paresse


        

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Published by Le chêne parlant - dans philosophie
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commentaires

Axel 10/10/2013 15:27


« Tourner une vis qui patine peut vous mettre le boulon à zéro ».


 


Avec ce merveilleux outil, la clé dynamométrique électronique, les opérateurs post-modernes – mais toujours chronométrés (c’est là la marque d’un progrès manifeste), serrent aujourd’hui
parfaitement au couple.





C’est là un sujet brûlant  non pas du côté de chez Swann mais de la firme que vous savez !

k.role 08/10/2013 03:23


j'avoue, c'était juste une info : une manière de parler philosophie avec les enfants. ou les idiots.

Le chêne et sa flaque 08/10/2013 00:48


Bonsoir, chère K.role ou bonjour…


 


Pensées du parvis. 


 





 


Le coureur de fond et ses baskets de compétition avancent à rebrousse nuit.


 


L’inspiration stagne à vives-eaux.


 


Encore un effort 

Le chêne travailleur de nuit 08/10/2013 00:43


Merci, cher Axel, 


 


Tourner une vis qui patine peut vous mettre le boulon à zéro. 


 





 


Tourneur – visseur sans gras.

k.role 08/10/2013 00:08


 Le duel entre M.CHANCE et M.RAISON (lequel des deux réussira à améliorer le sort d'un jeune garçon, éleveur de cochons ?)


 


c'est le propos d'un joli film pour les enfants : "le
jardinier qui voulait être roi" que j'ai vu samedi.. et qui parle, à sa façon, de cette cervelle bi-polaire (brains) que vous décrivez si bien.

Axel 07/10/2013 08:50


« « Tous les tests réalisés face à un examinateur qui déclenche un chronomètre sont avant tout des tests de rapidité – souligne Albert jacquard. - cette qualité est importante certes, mais
pourquoi en faire une qualité première ? »


 


Il y a aussi cette sinistre idée de vouloir chronométrer les opérations faites par les ouvriers - rabattus au statut de machine - dans un atelier de montage (qui chronomètre le chronométreur ?)


Le taylorisme a vécu, me dira-t-on. C’était sans compter le concept post-modernisme de « lean manufacturing », ou production sans gras !


 


(Mais aujourd’hui les salariés peuvent avoir accès à l’information et lire, par exemple sur la toile :


 « Un rapport du Centre d'étude de l'emploi sur les conditions de travail et la santé au travail des salariés de l'Union européenne a montré (….que)  les conditions de travail et la
santé au travail sont bien meilleures dans les organisations apprenantes que dans les organisations en lean production ou tayloriennes et souvent moins bonnes dans les organisations en lean
production que dans les organisations tayloriennes, particulièrement en France ». 


Aussi souvent les employeurs, histoire de faire passer la pilule, substituent-ils aujourd’hui le mot Lean par un mot moins négativement connoté)


 


 


Sinon, sur la lenteur, le très bel essai de Pierre Sansot.


Quelques citations à cette adresse : « Eloge de la lenteur »


 


Sur le temps, évidemment Etienne Klein et les « Tactiques de chronos »

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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