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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 03:43


 
Britt-Mari Barth est chercheuse en éducation, ses deux livres retiennent l'attention :

   

britt-Mari Barth   

Il s’agit en tout premier lieu de « L’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école », publié chez RETZ en 1987 ; puis du «… savoir en construction », édité dans la même maison d’édition en 2004.

   

l'apprentissage de l'abstraction« L’apprentissage de l’abstraction. » est un ouvrage dédié - en priorité - à un public d’enseignant, son contenu étant orienté vers des pratiques de classe (quand bien même sa réflexion déborde largement le cadre de l’apprendre). La chercheuse y décrit notamment comment se forment les concepts et surtout comment aider les élèves à les construire (Deux articles y seront consacrés (un sur le concept - et un autre sur la méthodologie proposée par la chercheuse.).  
 
A propos de son titre… « L’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école ». (Suite du titre qui semble avoir été supprimé lors de la nouvelle édition - non sans raison.)

 
Le lecteur rétif à l’idée de « méthodes », de « solutions »  - et, cerise sur le gâteau « pour une meilleure réussite » - pourra se rassurer. Britt-Mari Barth ne fait pas partie de la secte des gourous dogmatiques ; les « Y’a qu’à – faut qu’on ! »... Et ils sont nombreux. Ces derniers déboulent vers les parents et enseignants afin de leur asséner "leur science", c'est-à-dire un tas de pseudo-vérités, apuyées sur des savoirs pseudo-scientifiques et un pseudo « bon sens ». Autrement dit, ces incurieux, peu confrontés eux-mêmes aux problèmes (car enclos dans leur bureau doré) – aux belles théories « magiques », « idéales » - bref, pleins de magnifiques « clichés » aussi convenus que plats, à la limite du débilitant.  

 

le-savoir-en-construction[1]Le second ouvrage – soit « Le savoir en construction » - est, quant à lui, moins technique. Ce dernier propose une réflexion sur les différentes facettes du savoir (L'affectivité, le rapport à la culture, etc.). A ce titre, il est abordable par tous et fera l’objet lui aussi d’un article.


Britt-Mari Barth est donc une chercheuse de terrain, pragmatique. Ceci se traduit par une recherche intense de la manière d’apprendre, d’où son intérêt. Ses travaux trouvent leur aboutissement dans des classes auprès desquelles elle se rend régulièrement.

 

Pour la situer, cette dernière s’inscrit principalement dans un courant Brunérien, mais s’appuie également - entre autre - sur les travaux (et philosophies) de John Dewey, Jean Piaget et Lev Vygotski - un incontournable - dont il sera question (lui aussi, décidément) dans les mois à venir.

 

 « La façon d'apprendre devient aussi importante  - écrit-elle dans Le savoir en construction, p 18 - que ce qu'on apprend car elle influence de façon décisive la qualité des connaissances acquises et la pensée elle-même. L'objet de la pensée, le savoir, est indissociable du processus qui mène à son acquisition. »  « Car en général – ajoute-t-elle page 19 - ce qu'il importe de discerner n'est pas visible mais de l'ordre de la relation. »

 

 « Knowing is a process, not a product. » cite-t-elle de Jérôme S. Bruner, in « L’apprentissage de l’abstraction », p 7.

 

Le savoir est un processus – effectivement – très complexe et propre à chacun. Pourtant, bien souvent, nous nous attachons (notamment en évaluation) à observer la surface des choses, la ligne de crête, le point d’aboutissement, sans voir tout ce qui les génère : les courants, lignes de force, mouvements, bref, nous évitons d'analyser (parce que c'est long et complexe, aussi) le monde grouillant et bouillonnant du dessous.

 

Qui est ce « nous » ?

 
La société qui nous façonne, les courants de pensée(s) dans lesquelles nous baignons sans nous en rendre compte. On ne peut y échapper, elles constituent notre personnalité, elles façonnent nos cohérences. Mais l’on peut parfois en prendre conscience, s’en rendre compte, les observer de plus haut tenter, à fin, de tenter de s’en éloigner, de s’en échapper... soyons modestes... un peu.

 

Souvent, partir d’une pensée diamétralement opposée à la sienne, permet de mieux la saisir, parfois d’en analyser les forces et faiblesses. Ou du moins, de nous éclairer sur des points qui nous échappaient précédemment. Montaigne peint "le passage" plutôt que l'être. Bien d'autres philosophes ont fait ce travail de comparaison, de divergence et/ ou de convergence. Au reste, n'est-ce pas le propre de cette matière que de penser les impensés, de contrer les idées reçues et d'inviter à la réflexion ?

 

Philosopher  (ce n'est ni apprendre à mourir, ni créer des concepts, pas plus qu'une "méthode" imparable pour avoir une "belle vie" ou vivre mieux) c'est apprendre à raisonner. Ou plutôt, pour être tout à fait précise - car le détail est important - outre le fait que la philosophie n'ait pas de finalité en soi - elle "ne sert pas à" mais serait davantage  "une aide à " faire fonctionner la raison, comme aimait à le dire George Canguilhem

 

la-pensee-inquietee.jpeg

François Jullien (cf également un entretien publié dans la revue  "philosophie magazine" ) a axé son travail philosophique sur ce point précis. La pensée chinoise constitue pour lui un point de recul, une prise oblique par rapport à la pensée européenne. Dans « La Philosophie inquiétée  par la pensée chinoise », livre édité au Seuil en 2009, le sinologue écrit : « Nous touchons ici au point le plus marquant de l'écart en jeu : combien la pensée du processus (de maturation) qu'a développée la Chine se sépare de la théâtralisation de l'effet... », pp 36-37.

 

 

 

 

Autrement dit, notre civilisation occidentale est marquée par toutes sortes de points visibles, de dates, de départs précis (la naissance du Christ, la création de la philosophie en Grèce, etc.). Notre culture s’attache au visible, à ce qui émerge, aux résultats… Elle aime les découvertes issues d’individus identifiés - grands maîtres et grands hommes – elle apprécie les œuvres « majeures », sorties de l’intelligence – incroyablement supérieure de leurs auteurs, comme crées de rien, ex nihilo.

 
Pour les chinois, au contraire « … la transformation ne se voit pas. »  P 45. Il ajoute, ces derniers parlent de... « déplacement souterrain » et de « transformation silencieuse » (Wang Fuzhi). » (cf note de bas de page 1)

 

Britt-Mari Barth enfonce le clou : « Car en général, ce qu'il importe de discerner (au niveau de l’apprentissage)  n'est pas visible mais de l'ordre de la relation. » (2)

 

Aux yeux d’Élisabeth Bautier et Patrick Rayou, le savoir est effectivement une construction. Il s’agit d’une «  transformation de l'objet ordinaire en objet de savoir ou d'apprentissage [ce qui] passe par une transformation du regard, transformation du point de vue porté sur l'objet, sur l'activité conduite… regarder un objet – soulignent-ils -  est un construit culturel. » (3) 

Or, « Cette possibilité de changer de regard, donc de construire un objet simultanément comme même et différent n'est pas spontanée, elle se construit par socialisation cognitive, par habituation dans les situations récurrentes.  Les contextes ordinaires loin de l'assurer, de la prendre toujours en charge, la brouillent, gênent l'identification de ses enjeux.... C'est donc la pertinence des situations et un dialogue à potentiel didactique et cognitif, orienté, guidé qui, mis en place de façon réitérée, peuvent modifier les habitudes des élèves. » (4)

 

____________________________________________________________________________________________


François Jullien           
« toute la réalité en fait n'est qu'une suite de transformations.   L'action est saillante, pelliculaire, apparente ; mais seule la transformation est effective. Car l'action n'est tout au plus qu'une focalisation – coagulation – crispation dans le cours continu des choses, ce qui la condamne structurellement à demeurer éphémère et superficielle. On pourrait même l'exprimer de façon inversement proportionnelle : moins cela se voit, plus c'est effectif, cet invisible qui est le fait réel étant, non pas un invisible métaphysique (idéel, théologique), mais l'imperceptibilité de la transformation continue et processive. » (La Philosophie inquiétée  par la pensée chinoise,Seuil, en 2009, PP 45-46

pour approfondir... Comte-Sponville / Jullien:   (portrait sur le bonheur)

2) Le savoir en construction, Retz, Paris, 2004, p 19. 

3) , les inégalités d'apprentissage, PUF, France, 2009, p 100.

4) Ibidem, P 101

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Published by Le chêne parlant - dans Recherche pédagogique - Sciences
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  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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