Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 09:50

kandinsky-nouveau-langage-1-L-2.jpg« Quand je regarde une suite de nombres,
ma tête se remplit de couleurs,
de formes et de textures
qui s’accordent spontanément entre elles
pour former des paysages.
Ceux-ci sont toujours très beaux pour moi.
Enfant, je passais souvent des heures
 à explorer les paysages numériques de mon esprit. »
Daniel Tammet

(1) p 224.

 

« L’inventivité, la créativité,
la liberté cessent d’être attribuées à un deus ex machina,
y compris le Dieu du Hasard. »  
Edgar morin science avec conscience. p 282


« L'échec c'est le fait de ne pas dépasser ses peurs. »
Cynthia Fleury.


Le génie – être génial.
Le génie, c’est l’esprit enchanté – harmonieux – sans limite. Caressé par le dieu « Providence », il possèderait la science infuse, des dons insensés – stupéfiant mélange de raisonnements illimités et d’apprentissages instantanés. 
Lorsqu’on évoque l’idée de « don », on découvre un monde bouffon : plein d’apprentissages faciles, de facultés tombées du ciel, de qualités innées, de capacités exceptionnelles. Le génie ? Allons-y sans hésitation, c’est Mozart, Daniel Tammet ou… Albert Einstein!

 

On leur connaît des mémoires prodigieuses. Des « facilités » (on parle de prédispositions) exceptionnelles. Etrangement, on passe sous silence le rapport qu’ils entretiennent avec leur art : leur travail, leurs exercices, leur volonté, leur constance.

 

pensée mathématique en acte.« J’adorais résoudre ces problèmes. Nous confie Daniel Tammet.  Ils m’emmenaient dans des régions mathématiques que l’école n’abordait pas. Je passais des heures à travailler et à réfléchir à la question, en classe, dans la cour de récréation ou à la maison. Dans ces pages, je trouvais le sens du plaisir et la paix. Pour un temps, le livre de problèmes et moi fûmes inséparables. » P 81-82

 

Wolfgang-amadeus-mozart_2.jpeg 

Et que dire d’Albert Einstein ou de Mozart ?
La musique, chez Mozart : une manie névrotique ? (Il n’est pas sûr qu’en notre modernité – hyper normative - Mozart n’eut pas été traité de monomaniaque. Un goût si prononcé, si « outrancier » l’eût – c’est fort à craindre - mené en institution.)

 

Mozart vit une symbiose étroite sans souffrance mais permanente, une passion qui ne dit pas son nom… Antoine de la Garanderie – philosophe et pédagogue - a posé sa réflexion dans « Comprendre et imaginer. » (2) sur les motifs de réussite ou d’échec des élèves. Admirateur - on l’imagine de Mozart - il n’a pas manqué de réagir sur certaines idées reçues liées aux prédispositions enfantines… « N'oublions pas que les enfants qui manifestent une remarquable précocité font toujours preuve de qualité de volonté, autant par l'intensité qu'ils mettent à se concentrer que par la régularité dans la répartition de leurs activités, sans oublier de placer en premier une ouverture à s'instruire, inlassable. »

 

Son secret ?

Il n’en fait pas grand cas, l’a révélé au grand jour, l’a confié avec une absolue honnêteté à un italien désireux d’en connaître la clé. La recette de son prodigieux pouvoir n’est en rien révolutionnaire : « Vous avez raison signor, j’attribue en effet à un précieux talisman le talent que l’on me reconnaît et ce talisman c’est le travail. » (3)

Pour le coup, cette pseudo-révélation – car peut-on affirmer qu’on l’ignore ? – n’éveille aucun enthousiasme.

 

Pire – la perspective d’un travail régulier, honorable mais intense et conséquent – a de quoi anéantir les meilleures volontés du monde. La recette désespère.
 Travailler sans inquiétude, sans hésitation ni fatigue, pour exceller. Jouer de la musique comme on respire. Vivre non pas de sa musique mais avec la musique, en musique. Etre travaillé, habité par elle. Quoi de plus évident chez des virtuoses tels que Mozart ? Quoi de plus déprimant ? Quoi de plus fatigant pour le novice ?

On l’aura compris : Son absolue maîtrise est à chercher dans l’amalgame, dans la fusion d’une pratique parfaite et d’un principe identitaire défini par la musique. Aussi, toute tentative de réduire des compétences – si célestes soit-elles - par de la chance, par un coup du sort dû à une loterie génétique (4) serait aussi erronée que de l’expliquer exclusivement par un travail imposé, une répétition d’exercices à l’infini. « Le « don pour la musique », explique Albert Jacquard, dépend nécessairement des gènes, car l’enfant doté de gènes qui le rendent sourd deviendra difficilement un grand musicien ; mais peut-on affirmer que certains gènes ou certaines combinaisons de gènes sont la cause du génie musical, ou même que ce génie est héréditaires ? On n’en voit pas la moindre preuve. L’exemple de la famille de J.S. Bach, si souvent cité, ne permet nullement de l’affirmer ; la densité exceptionnelle de musiciens dans cette famille s’explique mieux encore en invoquant une influence du milieu. » (5)

 

Pourquoi les élèves qui « excellent » dans une matière s’y consacrent-ils pleinement, la dévorent jusqu'à plus faim, passent-ils leur temps à travailler ? De toute évidence, ils se réalisent dans le plaisir de réussir, d’exceller là où leurs compétences sont déjà louées, là où ils sont félicités. Le rite des compliments n’est-il pas plaisant ?
Daniel Tammet l’a évoqué lorsqu’il dit ‘Dans ces pages, je trouvais le sens du plaisir et la paix.’

 

Pour Daniel Tammet, les maths et lui forment une seule et même entité, non pas de nature mais de culture. Car Daniel Tammet – tel Mozart et la musique – n’avait de cesse que d’y penser : 
 

« Pour tuer le temps, je créais mes propres codes, en remplaçant les lettres par des nombres. Par exemple, « 24 1 79 5 3 62 » cryptait le mot Daniel. »

Mais ce n’est pas tout…
 Daniel Tammet se met aussi à inventer des jeux mathématiques : « Alors qu’après l’école les autres enfants allaient dans les rues et dans les parcs pour jouer, je me contentais de rester dans ma chambre, à la maison. Je m’asseyais sur le sol et je m’absorbais dans mes pensées. Parfois, je jouais à une forme simple de réussite, où chaque carte avait une valeur numérique. » Pp 108-109
… Il développe ainsi une bonne estime de lui-même :
« Je trouvai cette réussite de mon invention fascinante – parce qu’elle mettait en jeu et les mathématiques et la mémoire. » P 94.


Evidemment, à force de jeux, d’exercices, d’entraînement (associés ne le nions pas à des prédispositions certaines)…

« Je finissais toujours mes calculs avant les autres enfants. Avec le temps, cette avance devint considérable : j’avais terminé le livre d’exercices. On me demandait pourtant de rester assis à ma table, calme, pour ne pas déranger les autres pendant qu’ils finissaient leur devoir. Alors, je mettais ma tête dans mes mains et je pensais aux nombres. Parfois, absorbé dans mes pensées, je me mettais à chantonner doucement, sans réaliser ce que je faisais… »(1)  p 93.
« Je visualisais chaque ensemble de quatre cartes comme un carré délimité par des points. Les carrés avaient différentes valeurs et textures, dépendant de la valeur des cartes. » (1) p 109.


Etre valorisé, récompensé pour ses qualités, qui n’aimerait  ?
L'élève féru de mathématiques, ayant des facilités de calculs, désireux de prolonger les louanges, va tout mathématiser. Le processus s’enclenche doucement, progressivement, sûrement, avec le temps... A la maison, sous le charme des savoirs du chérubin, les parents – on le devine - vont rapidement s’en emparer – fierté compréhensible du frère de Daniel Tammet, qui vérifie, sourire aux lèvres et calculette à la main les sommes faramineuses effectuées par ce dernier - l’exposer autour d’eux, dans la famille d’abord, puis transmettre la bonne nouvelle aux voisins, dans le village, à l’enseignant. Le mécanisme est fixé, renforcé par l’acquisition de livres.

Chacun apporte son grain de sel, son idée, sa solution, son petit truc pour aider encore. Résultat, cette compétence célébrée par tous va s'auto-renforcer, s'auto-alimenter. Au bout du compte, les calculs vont se fluidifier, les écarts de pratique constitueront des centaines, voire des milliers d'heures de différence. La maîtrise de la matière entre un élève ordinaire et cet élève stimulé, volontaire, seront sans commune mesure. Difficile, ensuite, de combler l’écart. Difficile de comparer. L’hypothèse du don s’affirme. L’illusion d’une intelligence « innée » s’impose.
Daniel Tammet joue également aux échecs avec assiduité. « … je prenais beaucoup de plaisir à jouer… Confie-t-il.  J’adorais aller au club une fois par semaine. » (1) p 137.
 

 

« Les échecs impliquent de nombreux problèmes de logique. Le plus célèbre, mon préféré, est connu sous le nom de « tour de cavalier », une suite de mouvements avec le cavalier qui doit parcourir toutes les cases de l’échiquier sans passer deux fois sur la même case. »(1) p 135.

 

carremagic
« Beaucoup de mathématiciens célèbres ont travaillé sur ce problème. Une solution simple consiste à utiliser la règle de Warnsdorff, selon laquelle chaque mouvement du cavalier doit se faire vers la case qui lui permettra le moins de mouvements au coup suivant. » (1) p 136.
 

Mais cela ne suffisait pas – bien sûr…
 

«  Après chaque tournoi, je prenais la feuille de papier [où chaque coup est noté] et je rejouais la partie sur mon échiquier, à la maison, assis sur le sol de ma chambre, analysant les positions et essayant d’améliorer mon jeu. J’avais lu que c’était ainsi qu’il fallait faire et cela m’aidait à ne pas répéter mes erreurs et à me familiariser avec les différentes combinaisons possibles au cours d’une partie. » (1) p 138.

 

Soyons honnêtes avec nous-mêmes - qui de vous à moi – aurait pris soin de reprendre chaque problème mathématique vu en classe afin d’en étudier les arcanes, d’en autopsier les termes, d’en déterminer précisément les difficultés, d’en cerner les erreurs possibles afin de ne plus les reproduire ?
 

Nous avions bien mérité notre moyenne…
 
« Totalement distrait – poursuit Daniel Tammet - je jouai une série de coups médiocres et perdis la partie.
Néanmoins , je continuai à jouer régulièrement tout seul, sur mon échiquier, assis sur le sol de ma chambre. Ma famille savait qu’il n’était pas question de me déranger quand j’étais au milieu d’une partie. Quand le jouai seul, les échecs étaient fluides, avec leurs règles établies et consistantes, leurs modèles répétitifs de coups et combinaisons. A 16 ans, je créai un problème en 18 coups que j’envoyai au magazine spécialisé… A ma surprise, il fut publié. » p 139-140 :

 

L’illusion des illusions, serait de croire que l’on peut « réussir » sans rien faire. De suivre la mode – ancienne, déjà – consistant à imaginer atteindre le sommet sans grimper. L’illusion des illusions serait de croire que la famille – ou la société par le biais d’un enseignant - ne jouent aucun rôle dans ce processus d’élaboration interne.
Daniel Tammet indique au reste bien combien c’est – par l’habitude et le travail régulier qu’il s’est construit ses compétences.
 

« Mes dernières années de scolarité – confie-t-il- furent difficiles, mais pour d’autres raisons. Le changement dans la manière dont les cours étaient organisés, et dont les matières étaient étudiées, fut un choc pour moi. En histoire, les thèmes que je connaissais depuis deux ans avaient été remplacés par d’autres, sans aucun rapport avec les précédents et qui ne m’intéressaient pas du tout. La quantité de travail écrit exigée augmenta considérablement. J’eus du mal à en venir à bout. Pourtant ma relation avec le professeur d’histoire, Mr Sexton, était très bonne, bien meilleure qu’avec mes camarades. Il respectait mon amour de la matière et appréciait nos discussions après la classe sur les sujets qui me plaisaient le plus. » p 144- 145.

 

Le savoir est affectif mais également fait d’habitudes et de régularités.
 

Dans ces conditions, pourquoi prôner l’existence d’une intelligence innée ? Pourquoi vouloir propager ce cliché, en faire une vérité ? A l'évidence, le poncif rend service. La théorie du don se décline ensuite en divers tests, qui - tous - font diversement appel à l’intelligence mais ne mesurent pas l’intelligence, prouvent pourtant (scientifiquement) la nature exceptionnelle de ceux qui les réussissent. Les résultats sont à la mesure de la sélection recherchée. Bien sûr, on admettra quelques exceptions. Le succès improbable du type sorti de rien - tiré du caniveau, aidé par personne - cautionne l’honnêteté globale du système.

 

Il faut bien se donner des airs de probité, avancer des gages d’égalité.
 

La conception génétique du savoir balaye la concurrence, confisque le pouvoir, affirme la supériorité du possesseur.
Le « doué » est un roi dont la juste noblesse est assurément divine.

Voici comment naît l’élève de droit divin. Il obtient 20 sans réviser. Il saute des classes en apprenant tout seul. Il sait lire – par lui-même - dès l'entrée au CP !
 « la même idée est sans cesse exprimée, condamne Albert Jacquard : certains sont plus intelligents que d’autres, ils ont gagné à la loterie génétique, ils sont plus doués ; les autres sont par nature stupides, ils sont perdants, les pas-doués. »(6) Il existe une « dynamique du fonctionnement du cerveau dont les connexions se réorganisent en permanence dans le temps et dans l'espace, selon l'expérience propre à chacun.(7)»(8). Le travail, les exercices, réguliers auront une influence décisive sur les savoirs à venir. Patience – régularité - constance. La culture de la persistance, du tâtonnement produisent de grands effets.

Elle constitue en tout cas, une opportunité consciente ou inconsciente de se positionner.

 

Où ?

Au-delà.
Au-dessus.
En haut.
En altitude.
Dans les sphères du supérieur.

 

Chacun est à sa place, on dirait.

 

 ----------------------------------------------------------------

(1) Daniel Tammet - Je suis né un jour bleu.
(2) Antoine de la Garanderie, « Comprendre et imaginer. Les gestes mentaux et leur mise en oeuvre. Centurion ed, Mayenne, 1987, page 83.
(3) « Le journal des Professionnels de l’Enfance. Nov. Déc. 2003, N°25, P 26, article du professeur Jacques Vauthier, professeur à l’université Paris VI
(4) « L’existence de « dons », précise Albert Jacquard, notamment intellectuels, semble si évidente, elle est évoquée si souvent, à tous propos, qu’il semble absurde de la remettre en cause . Et pourtant… »  Moi et les autres op cit, p 100.
(5) Moi et les autres, op cit, P 115.
(6) Moi et les autres, op cit, P 100.
(7) F. Ansermet, P. Magistretti, A chacun son cerveau, Odile Jacob, 2004.
(8) Nos enfants sous haute surveillance, op cit , pp 78-79 Il en résulte qu'aucun cerveau ne ressemble à un autre

 

 

 

 

----------------------------------------------------------------------

Humour.... Un peu d'humour ne saurait nuire à la santé.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le chêne parlant - dans mathématiques
commenter cet article

commentaires

the speaking oak 04/12/2013 15:14

Thanks a lot too for your message, « go to this site »,

Daniel Tammet is a character, his world of thoughts is really interesting.

I deplore this media voyeurism. Daniel Tammet is more than knowing monkey learned to recite X decimal number PI. He deserves better than that.

A pleasure to hear from you soon ...

go to this site 04/12/2013 12:38

Thanks a lot for such a great article about the maths genius Daniel Tammet. I was particularly surprised to know that he has the ability to turn the numbers into landscapes in his mind, enabling him to process them faster.

Virginie 07/02/2012 00:22

Ah cette horloge qui se pend à notre cou ! J’en suis là aussi - à tenter - de desserrer le nœud coulant… :)

Excellentissime perspective que de vous lire !

Bonne nuit ! Amicalement, Virginie.

constance 06/02/2012 21:38

Excellente soirée à vous aussi :)

C'est dans "Le goût de vivre" que je l'ai lu. Je devais, comme vous, éditer ce passage Noël dernier mais j'ai trop travaillé la semaine précédant le 25 pour le faire. Je vous en recopierai des
morceaux choisis et vous les enverrai via "contacter le blogueur". Amicalement, Constance

Virginie 06/02/2012 18:37

Chère Constance,

Votre commentaire a éveillé ma curiosité, je ne connaissais pas ce texte d’André Comte-Sponville, pourriez-vous m’en citer la source ? J’ai le projet en effet d’écrire un article sur le Père Noël
(Il se trouve que la période n’étant plus à la fête, la chose n’est pas urgente.) Néanmoins toute argumentation supplémentaire étant intéressante, je serai curieuse de lire ce nouveau point de
vue.

Excellente soirée à vous, Virginie. :)

Virginie 06/02/2012 18:28

Cher Cédric,

Si vous n’avez rien à y perdre, c’est que vous avez tout à y gagner !

Sur le fond – il me semble - que nos points de vues ne sont pas si contradictoires que cela.

Bonne soirée à vous, Virginie.

constance 05/02/2012 21:13

Bonsoir Virginie,

André Comte-Sponville conte un récit de noël similaire au vôtre dans un de ses livres. C'est un passage qui m'a beaucoup plu :)

Quand mon second enfant eut trois ans, tout naturellement, au détour d'un livre, je lui appris que le Père Noël était un personnage né de l'imagination humaine, au même titre que Cendrillon ou
Franklin. Quand le premier noël scolarisé arriva, il me dit que ce n'était pas possible et que nous devions faire semblant de croire, comme tous ses autres camarades. Ainsi, voilà deux ans bientôt
que nous sourions au pôle nord.

Quand je murmure à la sortie d'école qu'"il" sait, je perçois le mécontentement des autres parents. Comment ?! C'est un peu comme quand je dis que mes enfants ne regardent pas la télé au quotidien.
Dernièrement, on m'a lancé un "Les pauvres, mais qu'est-ce qu'ils font s'ils ne regardent pas la télé ?". Ce à quoi j'ai répondu : Tout le reste.

Cédric 05/02/2012 12:48

Bonjour Virginie,


Non, je n'écris pas ces aphorismes parce que cela m'apporte quelque chose. J'écris car je n'ai rien à perdre à le faire.

Et j'en viens directement au coeur de ma conscience du monde : Il n'y a rien à gagner à vivre, après avoir retourné le monde dans tous les sens, j'ai compris qu'il n'y avait rien à gagner à vivre,
mon corps m'a même fait payé cette prise de conscience durant de longs mois, "s'il n'y a rien à gagner à vivre : "A quoi bon vivre ?" " avait-il l'air de me dire alors que je n'avais plus la force
de ne rien faire, plongé dans des ténèbres glacées, plus habité d'aucune lumière. Et là, un autre constat : Ok, il n'y a rien à gagner à vivre, mais il n'y a rien, non plus, à perdre à vivre ! S'il
n'y a rien à perdre à vivre, donc vivre ! Et vivre comment ? Vivre en déployant la plus belle version de soi-même, vivre en déployant toute la beauté qui se trouve en soi jusqu'à la dernière
seconde de vie, non pas pour gagner quoi que ce soit mais parce qu'il n'y a rien à perdre à le faire.

Voilà ma réponse au "pourquoi?".

Et voilà pourquoi j'écris ces phrases. Je n'en attends rien, je me plais simplement à explorer le langage et à partager à qui veut y goûter les fruits récoltés sur la route.

Ne vous en faites donc surtout pas pour mon week-end, aucun mot de qui que ce soit, jamais ne pourrait le "plomber" ;-)


Bien à vous.

Virginie 05/02/2012 10:35

Cher Cédric,

Voyez-vous, si nous étions dans un monde idéal, bienveillant, serein, fait d’écoute et de partage – bref, vous l’aurez compris, l’univers de Candide, soit l’exact contraire de celui au sein duquel
nous vivons – effectivement, la question ne se poserait pas.

Mais il se trouve que nous sommes là (où nous sommes) – et - en quelque sorte, nous devons faire avec. Je crains fort partager certaines réparties de Frédéric Schiffter. Combien de fois ne me
suis-je dis moi-même « Je n’ai pas demandé à vivre. »

Lorsqu’à l’âge de 7 ans, j’ai compris que le Père Noël n’existait pas. Ce savoir – soudain, abrupt, violent – m’a plus que giflé, m’a littéralement soufflé.
Ce n’est pas tant le mensonge généralisé qui m’a foudroyé. Qu’une humanité entière mente (enfants – parents – adultes – commentateurs de télévision, et j’en passe) après tout – pourquoi pas – si
c’est pour un « bon » motif - « noble » - « supérieur ». Mais qu’… in fine… ce fut pour… vendre des jouets !…
En d’autres termes : Que des bonimenteurs – plutôt finos, il faut bien le dire – parviennent non seulement à enrôler une société tout entière afin d’assouvir leurs goinfreries mercantiles – et
qu’en prime – cerise sur le gâteau - ils donnent à leurs « marionnettes avides de consommations » l’impression de le faire pour « le bien de » leur progéniture.

… Chapeau bas !

A 7 ans, j’ai compris que ce monde n’était pas le mien.
J’ai souvent le sentiment d’être « à côté des choses ».

Mais je suis là.
Alors, à choisir entre le Pinocchio taillé dans la masse – de bois – sans nuance et le petit garçon conscient de ce qui lui arrive et des manipulations dont il fait l’objet, je préfèrerai toujours
la seconde solution.
Entre consentir à se laisser attacher – pieds et poings liés – par les marionnettistes ou rogner les ficelles qui nous maintiennent sous leur dépendance, je préfèrerai là aussi toujours la seconde
solution.

Mais naturellement cela a un prix. On ne rompt pas les liens impunément. Gare à la chute.

Acquérir des savoirs, des pensées, des regards surplombant, c’est un peu – à un maigre niveau – récupérer un pouvoir sur les choses, reprendre un peu de liberté.
Daniel Tammet le dit bien « J’ai gagné mon pouvoir d’être comme tout le monde. »
Pour lui, c’est juste croquer un peu dans ce goût de vivre.

Pour vous – écrire des aphorismes – vous apporte quelque chose. Une lumière sans doute - une lucidité peut-être ? – une joie (Clément Rosset) qui sait ? – du moins un intérêt – en tout cas ça vous
apporte quelque chose dans ce magma opaque qu’est l’existence – sinon vous ne le feriez pas.

Nietzsche « trouve-toi un maître. » C’est-à-dire trouve-toi une passion.

Même si c’est désespérant – sans fin… « Le courage est sans victoire. » Et… l’issue est connue.

Bref... J’espère n’avoir pas trop – « plombé » votre week-end. (Les cordes ne sont pas fournies par le chêne parlant… Mais il reste les branches… auxquelles on peut également s’accrocher… :) …
)

Bien à vous, Virginie.

Cédric 04/02/2012 22:30

Chère Virginie,

La question que j'ai envie de poser c'est "Pourquoi?". Pourquoi maîtriser un 'niveau honorable' ? Pourquoi être bon dans une matière ou une autre ? Pourquoi faire rire ? (puisque vous évoquez
l'humour) Quelle technique maîtriser ? Pour être autonome à faire quoi ?

Seconde question : Pourquoi "se battre contre les bonimenteurs" ?

Ça en fait des questions ! ;-)


Autrement dit et en résumé : "Pourquoi?"


Si ça vous intéresse, je suis ouvert à échanger avec vous sur cette série de questions qui se résument à une seule : "Pourquoi?"


Bien à vous.

Virginie 04/02/2012 08:23

Cher Axel,

Effectivement, oui, à propos des langues apprises en une semaine…
Ils lui ont fait le coup… avec l’Islandais.

Daniel Tammet est parvenu à l’apprendre en une semaine (mais on oublie son travail préalable sur les autres langues). Plus on apprend de langues, plus il est facile d’en apprendre d’autres.
Autre remarque…
Si tous les footballeurs parlent 2 – 3 – 4 voire 5 langues. Ca n’est pas parce qu’ils sont moins ou plus intelligents mais parce qu’ils sont baignés dans le pays où ils jouent.

A tout de suite…

Virginie 04/02/2012 08:09

Chère Constance,

Merci pour ce lien.
Je pense être parvenue à le retrouver à l’aide de mots clés.

Bien à vous, bon week-end, Virginie.

Virginie 04/02/2012 08:07

Cher Cédric,


C’est là – à mon sens – que se joue une bonne part de notre liberté d’apprentissage. Effectivement, nous sommes tous porteurs de « prédispositions » dans telle ou telle matière. Mais si nous ne les
travaillons pas, elles s’atrophient, puis finissent par disparaître. Vous même, si vos aphorismes sont intéressants – curieux – souriants – c’est parce que vous y travaillez chaque jour. Peut-être
même ne pensez-vous qu’à cela ?
Concrètement : Prenons le cas de l’humour. L’humoriste – ne le devient pas du jour au lendemain. Enfant, il lance quelques traits… Il voit que cela fonctionne. Il poursuit. Encouragé, il en trouve
d’autres… etc. Tous les humoristes racontent combien leurs débuts de carrières ont été difficiles. Personne ne riait… Jamel a même été hué (il en a gardé un regard acerbe vis-à-vis du public.)
L’humour est aussi un « travail » - dans le sens que cela se « travaille ». Joue aussi une question « d’habitude ».

A l’inverse – quoi que non « prédisposés » si nous travaillons avec assiduité sur un sujet ou sur une matière - nous pouvons tous développer un niveau honorable.

En d’autres termes : le but n’est pas d’être Mozart en musique ou Daniel Tammet en math (en outre ce type de compétence se paye d’autres difficultés sûrement non souhaitables) mais de savoir
maîtriser a minima une technique afin d’atteindre une certaine autonomie.
Voilà pour la surface.

En profondeur, ma thèse (qui ne m’appartient pas mais que j’ai cuisiné à ma sauce) c’est qu’il convient de se battre contre les bonimenteurs de tous poils (point sur lequel – je crois - nous nous
entendons). Lesquels vous affirment que s’ils réussissent à l’école, c’est parce qu’ils sont « plus intelligents ».
Qui réussit à l’école ?
Les enfants de cadres supérieurs et ceux des enseignants.
Et – c’est bien connu – s’ils sont cadres supérieurs ou enseignants, c’est parce qu’ils sont « plus intelligents ». CQFD.
Que la génétique fait bien les choses !

Bien à vous, Virginie.

Cédric 03/02/2012 21:34

Éclairage intéressant, merci !

( Génie ou pas, chacun fait/est ce qu'il ne peut s'empêcher de faire/d'être. )

constance 02/02/2012 14:00

Bonjour Virginie,

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/05/20_Brissiaud_comptage.aspx - le comptage en question

Axel Evigiran 01/02/2012 15:48

« Le travail, les exercices, réguliers auront une influence décisive sur les savoirs à venir. Patience – régularité - constance. La culture de la persistance, du tâtonnement produisent de grands
effets ».
Après-midi magistralement mis à profit !

Un billet qu’il serait bon de diffuser large, tant nous vivons une époque de paradoxes :
D’une part, on s’extasie du génie (prétendu hérité 100 % des gènes) pour mieux se dédouaner de nos échecs et du peu d’appétence généralisé à l’effort.
D’autre part, on n’a jamais tant laissé accroire que tout était facile (apprenez l’anglais - ou le piano - en 20 leçons, maigrissez sans efforts grâce à notre crème miracle, devenez expert es
philosophie en lisant ce petit manuel illustré, devenez quelqu’un en passant à la TV, etc.).

Lors d’un entretien avec une journaliste Céline avait insisté, dans son style tout à fait particulier, sur le travail qui se cachait derrière sa prose faussement simple. C’était quelque chose du
genre (je reconstruis vaguement de mémoire : ‘Ah mon pauvre monsieur ! Mais c’est un travail d’écrire… Les gens n’aiment pas voir ça, ils croient que c’est facile. Non ils veulent pas voir…Mais
c’est un métier ! ’

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Contributions et Partenariats.

Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

Blogs voisins

Silapédagogie silapédagogie Aider ses élèves. com, un site de mathématiques créé par Marc Godin, chercheur en mathématiques, ce dernier est pointu et passionnant. Aider ses élèves . com Document Aider ses élèves . com - document

Emissions à écouter

___ Gai savoir Raphaël Enthoven - Paula Raiman et les indispensables Nouveaux chemins de la connaissance. Gai savoir ................................................................. Les nouveaux chemins de la connaissance - Adèle Van Reeth Les nouveaux chemins d'Adèle Van Reeth

Sites plus

Jaques Darriulat Jacques Darriulat _________________________________________ Philolog Philolog _______________________________________ Le lorgnon mélancolique. Le lorgnon mélancolique