Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 12:23

Pourquoi la figure de La liberté guidant le peuple

398px-La_Gr-C3-A8ce_sur_les_ruines_des_Missolonghi.jpeg – emblème surgi au milieu des gravas - chez Delacroix porte ces traits ingrats, 

ne resplendit point de ces lignes fines, sensibles, propres par exemple à Sardanapale..  

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Donner du sens à l’histoire – donner du sens aux faits – bref, donner du sens est l'un des travers de l’intelligence humaine. Il nous vient – disent les historiens tels Karlo Ginzburg  – de ce besoin d’évaluer la dangerosité des situations. 

Aussi, interprétons-nous tout – attitudes, réflexions, écrits - brefs évènements qui se déroulent autour de nous avec le sérieux du candidat au baccalauréat.  Objectivité. Mise en place de liens logiques. Rappel de connaissances acquises. 

Le problème, c’est que… 

La réalité ne cesse de démentir nos idées préconçues. 

Démonstration :

Exemple 1: Dans un musée, une femme s’assoit sur une banquette et contemple une heure durant un tableau de « grand maître ».

Exemple 2 : Invité à une partie de golf, vous assistez à une scène étrange pour le moins… L’un des joueurs se met à parcourir l’étendue du green en marche arrière tel un indien Heyoca inversant tous les processus, effectuant tout à l’envers, se lavant à la poussière et se séchant dans la rivière.

Qu’en concluez-vous ?

Primo, vous dites-vous, cette femme est extrêmement intéressée par l’art. Sans doute s’agit-il d’une familière, d’une amatrice acharnée, voire d’une spécialiste de l’art en quête de détails.

Secundo, vous imaginez ce golfeur tel un être quelque peu en désordre – déstabilisé - voire atteint de démence.

Le regard que nous portons sur les choses est plein de nos croyances, de nos « projections ». 

Le réel est-il conforme à ce que nous nous figurons ?

 

Réponse :

La première anecdote est issue du roman de Thomas Bernard « maîtres anciens ». Lisez - ou - savourez plutôt la chute : « … tout simplement, elle était complètement épuisée. En fait les gens, dans les musées, commettent toujours l’erreur de projeter trop de choses, de vouloir tout voir, si bien qu’ils vont, ils vont, et ils regardent, ils regardent, puis soudain, tout simplement parce qu’ils se sont gavés d’art, ils s’effondrent. C’est ce qui est arrivé à… » son personnage de fiction. L’écrivain ajoute : « Le profane va au musée et se le gâche par excès. « (1) p 164.

La seconde est tirée d’une expérience vécue par Daniel Tammet lui-même : « Parfois Lan se gratte la tête quand il me voit parcourir en marche arrière le trajet, sur le green, de ma balle jusqu’au trou. De cette manière, je sens la pente sous mes pieds et j’ai une meilleure idée du mouvement que va suivre la balle une fois frappée. En tout cas en ce qui me concerne, ça marche. » (2) P 190 

Pour en revenir au sujet qui nous préoccupe, soit l’œuvre de Delacroix et ses intentions… La liberté guidant le peuple est-elle la meneuse d'une bande de voleurs ?

 

Une vidéo – très instructive et non moins bien conçue – nous offre des clés de lecture essentielles... 

 

Nous l’avons vu – l’image allégorique de la Liberté – n’est peut-être pas celle que l’on imaginait.

Le musée n’est pas un endroit neutre – plein d’œuvres gentilles - où le beau côtoie la technique, où la « patte » exceptionnelle de l’artiste constitue une fin en soi. C’est également un lieu dédié à la manipulation du peuple par l’image. Lequel se doit d’être guidé par un individu et non gouverné par « La Pensée ». Ce changement de perspective – à l’évidence – change tout.

On y découvre des objets politiques – inscrits dans une historicité précise – une culture – un cadre qui peuvent nous échapper.

       jardin d'addiction - CIRVA et Berdaguer et Péjus

Observer le monde – si finement soit-il – est certes une condition nécessaire mais non suffisante à l’émergence de la pensée.

Parfois, il convient d’être initié pour décoder le monde – n’est-ce pas là justement – le travail de l’enseignant que de                        

                                             souligner les fausses évidences ?                                                          

                                                              d’ouvrir sur de nouveaux mondes ? 

 

Certes de grands mots… Une illusion ? … à peine un débroussaillement, un tripatouillage, un tartouillage (ce qui – précisément - dans le cas de Delacroix est un compliment) ? 

 

Peut-être finalement ne sommes-nous que d’infâmes maîtres du désordre ?

 

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Autres nostalgiques … Gérard de Nerval. (Poèmes à la gloire de l’Empire.)

 

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(1) Thomas Bernhard – Maîtres anciens – Folio – Gallimard – isbn : 9782070383900.

(2) Daniel Tammet – Je suis né un jour bleu – j’ai lu -2007 – paris – isbn : 9782290011430

Par Le chêne parlant - Publié dans : Arts - Communauté : Science&co
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