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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 16:48

« Je crois, plus profondément, que le livre vous débarbouille 

Vittorio-Matteo-Corcos---Pomeriggio-in-terrazza.jpgdu sentiment que les destins sont formatés.

 Il vous guérit, s'il en est besoin, des déterminismes. 

Le livre, c'est la surprise, c'est l'imprévu. 

La cause des livres, c'est la liberté des êtres. 

De sorte que l'on voit bien qui sont ses adversaires : 

ce sont ceux qui ont peur des livres, au point, 

éventuellement, de les brûler. 

Parce que dans un livre - c'est la grande question posée 

sous la Révolution française –

 gît toujours la menace d'un contre-enseignement. 

Georgia-Russell-entre-deux-mondes.jpgOn a beau imaginer la pédagogie la plus adaptée, la plus formatée, 

la plus dirigée vers le bonheur collectif, 

il peut toujours se faire qu'en lisant un livre on soit contre-éduqué. 

Il y a toujours eu dans les esprits ou les sociétés totalitaires 

une méfiance vis-à-vis du livre. 

Ce n'est pas tenir un propos exagérément exalté 

que de dire que la cause des livres est celle de la liberté. 

Voilà, c'est ce que ce titre veut dire. » 

Mona Ozouf. La cause des livres.

 

 

Les ouvrages ont été récoltés aux quatre coins de la ville. Aucun spécimen fut-il détérioré, terriblement arraché, situé en zone de déchèterie n’a pu échapper à la ciselure incessantes de Georgia Russell.

 

La main brasse les pages sans effort. Sans bruit, le scalpel rapide, précis, s’élance et célèbre « la forme sculpturale du livre ». 

 

Autour de l’artiste fleurissent des récits mythiques, gorgones spiralées, fougères hybrides, laminaires, algues à rameaux feuillus. La nymphe calcule les panaches prospères, équilibre les nervures lunaires. 

Tout ce qu’il y a de personne bien née se presse afin d’admirer les variétés rares, insolites de sa pendulaire collection. A sa droite, dans une salle dimensionnée comme une serre, trône sa création la plus originale : un rideau de polypiers, gorgone à branches arborescentes, tenture filamenteuse plongeant jusqu’au sol.

Le regard s’attarde sur les gigantesques hampes, les systèmes en éventail dont le miroitement vaporeux semble produire sa propre lumière. 

 

La jeune femme participe au mouvement des pages. Il surgit de cette inspiration ni brusque ni molle, ferme et juste - car calculée à la mesure de sa densité – « La mémoire d’un paysage ». 

 

          Est-il encore besoin de révéler cette lumière ?

 livre-soleil.jpg

          Est-il seulement nécessaires de raviver des écrits malmenés par une humanité en mal de nouveauté, de changement, de frissons, d’attractivité ? Pourquoi - après tout - ne pas les laisser mourir au rythme du contemporien, c’est-à-dire : divertissement  tenant ?  

 

Si le livre vaut par son univers de narration, sa fonction symbolique comme l’indique l’Inspectrice de l’Education Nationale Viviane Bouysse [Vidéo E], ce dernier vaut non moins par l’exigence de pensée offerte par son auteur…  « Plus un livre est riche… » nous dit Marguerite Yourcenar, plus ses détails ont « une valeur d’extrême réalité. » [Vidéo B]

« Il y a une immense attention chez l’écrivain. », poursuit Marguerite Yourcenar. « C’est une qualité excessivement rare. » [Vidéo C].

Cette position de surplomb, ces perceptions travaillées se traduisent par un ordonnancement de mots précis, un vocabulaire choisi, une structure exigeante, une intellectualisation – une représentation - un plan – une intention – c’est-à-dire un processus de fabrication tant élaboré que sophistiqué.

 

Bref, l’écriture est le saisissement de l’infime, du subtil, du réel ou de l’imaginaire passés au crible d’une réflexion tenace et ingénieuse. 

 

Et c’est bien cette construction, cette pensée organisée, mature, complexe – quasi scientifique – assurément experte qu’il s’agit de sortir de l’ombre. 

 

De fait, l’accès à la connaissance ne renvoie-t-elle pas – elle-même - à une faculté, une disposition, un effort à comprendre un système ? 1 *

« Le livre a à voir avec la science. » confirme Etienne Klein [Vidéo D]

 

« Apprendre - écrivent Sylvianne Giampino et Catherine Vidal -  nécessite d’être assidu et méthodique, de procéder par étapes ou répétition, de ne pas lâcher le sujet avant d’avoir fini. » 2* . Cela suppose des contraintes (celle de persévérer dans la lecture d’un texte obscur, de se frotter à l’échec, de dépasser une difficulté passagère, ou encore de surmonter ses craintes de ne pas comprendre d’emblée...).

 

On se construit des interactions, questionnements, réflexions que l’on noue avec le monde et - non moins - de nos observations et lectures.

 

Au fond, suivre une intense élévation, une interprétation, un cheminement intellectuel déjà réalisés, s’accrocher aux variations textuelles transparentes ou obscures, se laisser malmener par les écrits d’autrui ;  

 

          C’est stimuler et faciliter les variations de ses propres réflexions. 

    C’est échapper à l’attraction du plaisir immédiat en faisant preuve d’une indéniable témérité. 

                                     D’une audace. 

 

 

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Georgia Russell – le livre découpé au scalpel – Vidéo A

 

 

 

"La forme sculpturale du livre.

 

Capter la lumière. 

 

La mémoire d’un paysage." 

 

Georgia Russell : Livres sous verre en bocaux

GEORGIA RUSSELL : BOOKS OF MOTION ( LE LIVRE CINETIQUE) de Jean-Paul Gavard-Perret

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Marguerite Yourcenar – Vidéo B

 

"L’attention est le premier devoir de l’écrivain. 

Mobilité du détail chez tout grand écrivain.

 

Nous nous croyons fermement établis dans quelque chose – en vérité nous ne sommes établis dans rien du tout.

Derrière chaque être, il y a toutes les virtualités en lui.

 

Ne pas fixer la pensée.  

L’écrivain doit vivre."

 

Marguerite Yourcenar – Vidéo C

 

 

 

 

      Il faut apprendre à voir ce que les choses sont.

 

Marguerite Yourcenar parle d’ « honnêteté artisanale ».

 

 

Etienne Klein – la science a à voir avec le livre – Vidéo D

. 

Livre Etienne Klein – la science a à voir avec le livre - La crise de la patience – Les rendez-vous du futur

 

« Je crains que la science soit victime d’une crise de la patience. »

      " Ne pas échapper à la linéarité du livre."

Etienne Klein 

 

 

Viviane Bouysse – Vidéo E  La fonction symbolique du livre.

"C’est du faux rassurant."

Conférence de Viviane Bouysse, Inspectrice Générale de l'Education Nationale, du 14/11/12 - Entrer dans l'écrit en maternelle - Auditorium de Douai. 

 

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1 * Edgar Morin, : « […] la connaissance ne se réduit pas à des informations ; la connaissance a besoin de structures pour pouvoir donner du sens aux informations […]  on se rend compte que si nous avons trop d'informations et pas assez de structures mentales, l'excès d'informations nous plonge dans un « nuage d'inconnaissance », ce qui nous arrive fréquemment quand nous écoutons la radio ou lisons nos journaux. » 

science avec conscience, p 92.

 

 

2*  Sylviane Giampino et Catherine Vidal : « Notre société, passée à l’ère du multimédia et du fast-food, favorise les comportements éclatés, les activités superposées et les temps de relation courts.  On fait ; écoute, regarde plusieurs choses à la fois. Les parents eux-mêmes, dans la vie quotidienne, interrompent sans cesse les actions de leurs enfants ou de leurs rêveries. C’est le syndrome du zapping, le rapt de l’attention. Difficile de forger dans un tel environnement la sécurisation en solitaire et le calme intérieur. Les enfants se construisent dans la discontinuité et s’y habituent. Or rapidité et discontinuité stimulent la capacité à comprendre vite, mais créent des difficultés pour certains apprentissages. Apprendre nécessite d’être assidu et méthodique, de procéder par étapes ou répétition, de ne pas lâcher le sujet avant d’avoir fini. Nos enfants sont nourris de nouveautés, doués pour la découverte, curieux, mais dans de mauvaises conditions pour apprendre comme l’école le demande. Cet apprendre- là demande de s’installer dans le temps, de penser tout seul, de supporter la répétition de ce qu’on a déjà vu, entendu et compris, et de faire une chose à la fois. » Sylviane Giampino et Catherine Vidal, « Nos enfants sous haute surveillance, p 132-133

« Nos enfants sous haute surveillance, Albin Michel, 2009, ISBN : 978-2-226-18999-8.

 

3* Yves Citton , « économie de la connaissance » ou « société de l’information » reposent sur un idéal simpliste (et sur une idéologie) de la transparence communicationnelle. Elles induisent en effet l’image d’une société de lecteurs, auxquels il suffisait d’enseigner un socle de « bons codes » et de « bons cadres d’analyse » pour qu’ils puissent assurer sans heurt la reproduction des richesses et des conventions sociales. Contre une telle idéologie de la transparence reproductrice, il convient de défendre l’idéal d’une société d’interprètes, forcément traversée et animée par des conflits interprétatifs. p 46.

« Même si l’on est actuellement incapable de compter précisément en quoi ni pour combien comptent de tels débats interprétatifs, ce sont dans les échanges de paroles et d’idées auxquels donne lieu la culture des Humanités que se forge et se régénère une bonne partie des ressources dont nous disposons collectivement pour interpréter activement et pour transformer intelligemment notre monde. » p 177.

L’avenir des humanités, économie de la connaissance ou culture de l’interprétation ?

La découverte, Paris, 2010, isbn : 978-2-7071-6009-6

 

4* - « La communication verbale avec les adultes est ainsi un moteur, un facteur puissant du développement des concepts enfantins. […] l’enfant commence en fait à utiliser et à manier les concepts avant d’en prendre conscience. Lev Vygotski « Pensée et langage » p 232.

 

 

 

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Published by Le chêne parlant - dans Littérature
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commentaires

Stacy Adams mens shoes 11/09/2014 13:46

The cloth books by Etienne Klein is a rare finding with the detail information of the situation and scenarios where the people lived in the past. Comparing this with the present, there is a wide aspect of changes.

Le chêne parlant 10/03/2013 16:25


Respirer la pensée des livres...


 


« J’emploie les paroles des autres que pour m’exprimer d’autant mieux moi-même. » 


Montaigne


Cher Nuage,


 


Entièrement d’accord avec vous, Georgia Russell mériterait des développements – le lien ajouté sur l’article de Jean-Paul Gavard-Perret est – si j’ose dire parlant. Je viens de le découvrir,
ainsi que le terme « livre anémone de mer. » … Correspondance, correspondances.


Le but de cet article est la respiration des livres. S’inspirer de leur pensée – il y a effectivement un lien entre le concept scientifique, au sens de lev Vygotski, et le livre.


L’inégalité commence là, entre les familles favorisées baignant dans les livres et les autres.  Ca n’est pas un hasard si mes élèves en difficulté (CLIS – Classe d’Inclusion Scolaire) n’ont
jamais côtoyé la littérature – je  tente de pallier ce manque – autant que faire se peut.





Norman Rockwell


 


Excellente fin de week-end à tous, amicalement, Virginie.


 


 

Nuageneuf 10/03/2013 12:36


 


Bonjour Virginie,


 


Comme il est toujours heureux, instructif et plaisant de lire le déroulement impeccable de votre raisonnement. Vous avez cette étrange qualité de nous rendre plus intelligent, en ce sens que vous
savez à merveille nous faire comprendre. Vos arguments en soutien (citations et vidéos) participent de ce don.


 


Il y aurait par parenthèse beaucoup à dire sur le travail très fascinant de G.Russel et surtout sur ses influences. Il y a du Soutines et du Kiefer là-dessous. Quant à "Maître Klein", le coureur
du Mont-Blanc que l'on l'a découvert il y a peu avec enthousiasme, "il est trop !" dixit ma petite fille !


 


Vous me direz où est votre école. Je vais m'inscrire pour la prochaine rentrée !


Amitiés d'un nuage de moins en moins neuf.


 

Cédric 10/03/2013 10:46


Merci pour la découverte de cette artiste et de ses oeuvres. J'aime beaucoup !

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

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