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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 08:57

 

Après Albert Jacquard, je ne pouvais pas ne pas parler d’Hubert Reeves. 

Hubert Reeves, astrophysicien, est fait de la même écorce : solide, active et humble. 

jenauraipas.jpg(Cet article a été rédigé à partir du livre intitulé : "Je n'aurai pas le temps", édité au Seuil, en 2008.)

 

Le discours du scientifique dépasse de loin le cadre de l’astrophysique. Son goût pour les « livres écornés, aux pages souvent décollées et parfois soulignées à grands traits de crayons gras. » p 29, son « goût de raconter des histoires sur l'univers, les étoiles, les atomes, et de poser des devinettes, c'est à ces instants magiques [passés à l’écoute de sa grand-mère auxquels] je pense. » P 37-38, ses regards sans conscession « Ce narcissisme enfantin fut pour moi un puissant moteur, mais aussi un poids parfois lourd à porter. Le jeune chercheur comprend rapidement qu'il n'est pas seul dans la course au savoir. Son ambition est partagée par bien d'autres, tous aussi décidés à rendre manifestes leur supériorité intellectuelle et leur aptitude à résoudre des énigmes. Le milieu scientifique est un monde de haute compétition, quelquefois accompagné de coups bas. » p 37, son rejet des croyances définitives, ses doutes, son attirance pour l’éclectisme, la culture, la curiosité, la créativité. « La créativité est à la source d'un des plus beaux fleurons de l'évolution de la vie sur la terre : l'art, dans toutes ses expressions. On lui doit Mozart, Van Gogh, Baudelaire et tous les artistes qui embellissent notre vie et enrichissent notre monde. » pp 286 – 287, tout cela fait d’Hubert Reeves ce qu’il est : un professeur lui aussi en humanistique (cf Albert Jacquard). 

 

 

Sur cette vidéo, nous voyons l’engagement en acte de trois chercheurs. Jean-Pierre Dupuy, philosophe, Etienne Klein, physicien et Hubert Reeves. Jean-Pierre Dupuy, milite  «Pour un catastrophisme éclairé ».

 

Son goût pour les sciences lui est donc venu :

D’une curiosité insatiable pour résoudre les énigmes de la nature : 

« Lors d'un cours de physique, une équation m'avait particulièrement frappé parce qu'on la retrouve dans des domaines très divers. Elle décrit en effet aussi bien les variations de température que la distance parcourue par une voiture, la diminution de la longueur d'une bougie allumée et beaucoup d'autres choses encore. J'avais cherché à comprendre comment la même formule pouvait s'appliquer à tous ces phénomènes. L'explication tient en ces quelques mots : les mathématiques permettent d'extraire la structure logique commune à de nombreux faits différents. Je retrouve effectivement ce que Galilée avait découvert quatre siècles auparavant et qui lui faisait dire que les mathématiques sont le langage de l'Univers. Ce fut au Xxème siècle le crédo d'Einstein. ». P 54.

Mais également de ses différentes rencontres humaines

« Cette rencontre (Joseph-Henri Le Tourneaux) a été l'un des faits marquants de mon adolescence. Il m'est difficile de déterminer à quel point elle est arrivée au non moment pour semer dans un terreau propice les germes de ce qui susciterait mes joies les plus profondes. Je m'imbibais de son enthousiasme, de nos promenades sur le lac, j'appréciais tout cela jusqu'à la délectation. Son aura, la valeur qu'il donnait aux choses de l'esprit et de la culture, créaient une atmosphère exaltante. Il était, en quelque sorte, le grand prêtre qui donnait leur sens aux idées. Contrairement à nos professeurs qui, quelle que fût leur valeur, « étaient là pour ça » - ce qui ternissait en quelque sorte leur crédibilité -, la gratuité de son approche garantissait que tout, là, était digne et vénérable... bien au-delà du cadre et du temps de scolarité. Il faisait reculer toujours plus loin l'horizon des connaissances et donnait l'envie d'aller jusque-là, et même au-delà. » P 57.

 

Car, au départ, loin du cliché – déjà souligné – du « génie qui réussit tout tout de suite », l’échec ou la réussite dans un domaine ne dépend parfois que d’une rencontre ou d’un événement qui se produit ou pas…

« En 1950, mes premiers mois à l'université de Montréal furent pénibles. Les cours de mathématiques, que j'affectionnais tant au collège, m'étaient devenus d'insupportables corvées. Je n'y comprenais plus rien. Le langage m'échappait, les raisonnements ne faisaient plus sens. Je me sentais perdu, comme exclu du monde dont j'avais tant rêvé et dans lequel mes camarades de classe semblaient à l'aise. Selon toute vraisemblance, j'allais devoir en faire mon deuil. J'envisageais de renoncer, d'avouer que j'avais atteint mon « niveau d'incompétence ». 

     Mes notes étaient lamentables. Jamais, je le craignais, je n'accéderais à la carrière scientifique à laquelle j'avais aspiré. Les premières vacances de Noël, uniquement et vraisemblablement consacrées à tenter d'assimiler mes cours, m'avaient laissé épuisé, véritablement découragé, et soucieux... 

         Mais en janvier, à la reprise des classes, la situation changea du tout au tout. Je me souviens du moment précis où, se plaçant devant le tableau noir, un nouveau professeur dont je n'oublierai jamais le nom (Abel Gauthier) a commencé son cours sur un chapitre des mathématiques appelé « séries de Fourrier ». Tout me parut clair, lumineux. Les raisonnements, les équations s'alignaient dans un enchaînement d'une élégance rigoureuse et puissante, parfaitement compréhensible. 

            Quel soulagement de n'avoir plus à douter ni de mes capacités intellectuelles, ni de la poursuite de ma carrière que, quelques heures plus tôt, je croyais encore compromise ! »  P 70-71 

 

Cette expérience (d’abord douloureuse) éprouvée par Hubert Reeves nous incite - nous invite - à réfléchir.  

D’abord, nous observons combien la réussite et l’estime de soi sont intriquées, attachées l'une à l'autre. 

 

Raison pourquoi, nous explique Britt-Mari Barth dans « l’apprentissage de l’abstraction », la volonté d’apprendre, peut, elle aussi faire l’objet d’un changement d’attitude, de regard, de la part de l’enseignant. 

« Quelle est la clé de la réussite ? 

Premièrement, le succès : la meilleure façon de convaincre quelqu’un qu’il peur réussir, c’est de le lui prouver ; il faut donc organiser l’enseignement pour que chaque élève puisse réussir quelque chose. Ce qu’il réussit est moins important que de réussir afin de vivre l’expérience de la satisfaction liée au résultat de l’activité ou à l’activité elle-même. C’est la motivation intrinsèque. » p 155.

Les sciences sont l’un des moyens permettant à l’élève de réussir, puisqu’il s’agit d’émettre des hypothèses, de les vérifier, de réajuster sa réflexion, sans jugement d’aucune sorte (La validité ou non du raisonnement se situant dans le résultat de l’expérimentation même). En outre, chacun est à égalité.

Pour en revenir à Hubert Reeves… Autre leçon que l’on peut déduire de son expérience… Force est de constater combien l’enseignant – et son enseignement – ont une influence sur l’élève. 

"Que s'est-il passé ? Interroge-t-il lui-même. 

« Je me suis souvent posé la question. Chacun possède son mode de fonctionnement psychique et mental. Les scientifiques les plus brillants s'avèrent quelquefois incapables d'expliquer clairement ce qu'ils ont compris. Une sorte d'intuition leur permet de former et d'utiliser des raccourcis efficaces grâce auxquels ils appréhendent rapidement l'ensemble de la situation. Cela explique, je pense, pourquoi nombre de ces chercheurs géniaux sont de piètres pédagogues. » Pp: 71 – 72

 

Conclusion, pour réussir, il convient  de : 

« … s'habituer aux échecs, garder confiance et recommencer aussi souvent qu'il le faut pour réussir. 

[Pas facile, je le sais bien de trouver la bonne information en se détachant des croyances communément  acceptées...   Cette posture mentale s’appelle la SERENDIPITE ».

   On raconte que vivaient en Perse trois frères, princes de Sérendip, dont on disait qu'ils avaient l'art de « tirer parti des circonstances adverses ». On appelle aujourd'hui « sérendipité » cette faculté de première importance pour les chercheurs. » P 75.

Exploiter l'imprévu de manière créative, rebondir.  

serenpiditecouverture.jpgIdentifier un "heureux hasard", c'est faire preuve d'esprit critique, agir, choisir parmi une constellation de possibles, faire preuve de jugement, bref, c'est tout sauf du hasard puisque cela met en oeuvre une interprétation intellectuelle du monde. Laquelle implique une bonne dose de sagacité.

Nous devons - en outre - modifier notre perception de l'erreur, lui attribuer une autre place. Considérer l'échec comme une (voire la) conséquence normale - ou devrais-je dire ordinaire - de la recherche... et donc... du travail scolaire. 

     « Quand quelques « grands professeurs » vous présentent les résultats mirobolants de leurs travaux géniaux, vous avez l'impression qu'ils réussissent facilement tout ce qu'ils entreprennent. Cela vous impressionne tout autant que cela vous déprime. Par cet exemple personnel, j'ai voulu vous montrer qu'eux aussi rencontrent souvent des échecs. Qu'ils peuvent rester longtemps dans le noir avant d'arriver à quelque chose. Dites-vous que le « grand professeur » a fait lui aussi beaucoup d'erreurs, peut-être les mêmes que vous, mais... avant vous ! Simplement, il a persisté. » Feynman. (Richard Feynman : un maître en pédagogie, écrit Hubert Reeves en sous-titre, p 121). p 123

 

Et c’est d’ailleurs, l’un des fondements de la recherche scientifique puisqu’ « Une théorie n'est jamais définitive : elle se rapporte à une situation et à un moment donnés. De nouveaux résultats peuvent la remettre en cause, et elle pourrait bien rétrograder sérieusement dans l'échelle des certitudes. 

     Cette situation de précarité interdit de parler de « vérités absolues ». En même temps, elle confère à la science la souplesse qui en fait sa force et sa fiabilité. Elle stimule sa puissance d'investigation du monde réel, aux antipodes des idéologies figées. » P 244. 

 

Hubert Reeves conclut :

« … je cherchais à me rassurer. La science me paraissait être d'un précieux secours contre l'angoisse et les menaces de l'existence. En fait, elle a joué ce rôle à maintes reprises. » P 298.

Puisse cette parole être largement diffusée et - surtout - entendue.

 

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Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps, Seuil, 2008, ISBN : 978-2-02-097494-3 

 

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Published by Le chêne parlant - dans scientifiques en recherche
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commentaires

The speking oak 25/06/2014 20:33

Dear Medical- Billing,

Hubert Reeves has a kindness and a listening unusual ability. Astrophysicist leaves no Men worshiped him.
He refused to sit in a crowded though he was tired and slapped by spray boat.

Sensitive mark of the great man.

http://www.medical-billing.com/blog/ 18/06/2014 12:57

Before some years, I became interested in astrophysics, dealing with physics of the universe. That was the time, I came to know about Hubert Reeves. I have read his books. They are very enlightening and inspirational. He is one of the best astrophysicist ever lived.

The speaking Oak 19/06/2014 08:36

Dear Medical- Billing,

Hubert Reeves has illuminated my boring childhood sky sparkling with stars.
It was with - My "Life and Science - Science et vie " , as well Baudelaire - my best comfort.

I had the opportunity to meet this wonderful man 15 days.
I tell you this as soon as possible.

Carine 22/10/2011 20:07


Je te souhaite la bienvenue dans le communauté de la Salle des maître(sse)s...
Ton blog va permettre aux collègues de mieux comprendre certaines choses, merci pour ce partage !
Bonnes vacances !!!


Le chêne parlant 23/10/2011 09:32



Merci, toi aussi, bonnes vacances. V.  



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  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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