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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 08:09

« L’écriture est la peinture de la voix :
plus elle est ressemblante, meilleure elle est. »
Voltaire,
nina-catach en 1947Nina Catach,
(1), P 37.

 
 

 

 

  

La parole, la langue (orale ou écrite) sont non seulement solubles, labiles dans le temps mais détiennent un pouvoir politique.

 

Nina Catach, dans un livre consacré à « L’orthographe » (1), le démontre magistralement.

 

Elle y dénonce l’illusion d’une orthographe fixe, donnée une fois pour toutes, logique (issue de l’étymologique), dénuée d’arbitraire, d’erreurs interprétatives – ou pire exempte de « coquilles ». Bref, d’une orthographe « parfaite » - quasi « divine » comme par « hasard », la nôtre.

« L’orthographe n’est pas « naturelle » - n’hésite-t-elle pas à écrire - le langage lui-même, qui échappe à l’homme ne l’est pas. » (1) p 44.
Sa construction n’est qu’un perpétuel « aller et retour du « modernisme » au « conservatisme ».

« Première édition de L’Académie (1694).
C’est l’orthographe des greffes royaux qui est en principe choisie par la nouvelle Académie française crée par Richelieu en 1635. La prise de position de Cahiers de Mézeray, chargé par l’Académie de déterminer les règles d’orthographe à suivre dans le Dictionnaire, est suffisamment explicite à cet égard : « La compagnie, dit-il, déclare qu’elle désire suivre l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorans et les simples femmes… » (Note de bas de page : Les femmes avaient rarement droit au latin. Elles ont souvent lutté aux côtés des modernistes, depuis Marguerite de Navarre (protectrice des imprimeurs et des poètes) jusqu’à Mme de Rambouillet ou mme du Deffand. Leurs attaques agaçaient les grammairiens. Ainsi, l’orthographe des Précieuses, que F Brunot lui-même ne semble pas prendre au sérieux, n’était effectivement pas une invention de salon comme le prouve le dictionnaire de Somaize. Mme de Sévigné, brocardée traditionnellement pour son orthographe, et taxée (bien à tord) d’ignorance et de légèreté, mérite d’être réhabilitée : élève de Ménage, elle présente tout simplement les traits de la prononciation et de l’orthographe de son temps et de son milieu, avec un usage modernisé bien supérieur à la moyenne des manuscrits de l’époque (consonnes muettes supprimées en grand nombre, ainsi que certaines consonnes doubles, mots grecs francisés, ai pour oi, s pour z final, suppression du h, ex : orizon pour horizon ; an pour en, ex : tandresse, assamblée, etc. On retrouve aisément ici l’influence des réformateurs de son temps, eux-mêmes en accord avec les traditions du Moyen Age et de la Renaissance.) » P 32.

 

Elle conclut par une phrase pleine de bon sens … … il plaira à l’usage de modifier ou de proscrire.

 

La langue est variable, et c'est justement ce que nous explique Irène Rosier Catach dans cette vidéo :

 

  Remerciements à Irène Rosier Catach, Bruno Ambroise mais également

à l'inventeur de ces merveilleuses rencontres que sont les conférences de Cité philo, Gilbert Glasman, d'avoir si spontanément accepté la diffusion de ces "petites citations audio".

   

"Il faut simplement réguler la langue à un moment donné.

Les langues sont variables, elles sont le produit de la nature humaine.

Il faut construire - ensemble - une langue commune."

Irène Rosier Catach.

 

Naturellement, il nous appartient "de comprendre et de juger cet héritage, en perpétuel mouvement."

 

Et c’est – justement – le travail entrepris par la linguiste Irène Rosier Catach dans son étude du « Traité de l’éloquence en vulgaire », de Dante édité chez Fayard.

 

 

  (Article réalisé à partir de la conférence : 

 Cité philo,  26/11/11, intitulée : "L’importance politique de la langue commune." )

 

Contexte historico-culturel :                                 

 

 Rappel rapide des écrits de Dante...

 

                                 "Viva Nova"
Dante a écrit       "Le Banquet" pour ceux « qui n’avaient pas eu la chance de manger du pain des anges. »
Il éprouve la nécessité de parler en langue « vulgaire » même aux femmes.
                                 
1304Le "Traité de l’éloquence en vulgaire" (non médiatisé à l’époque).
                                                                               La "Comédia"
                                                                             De "Monarchia"

 

 1324 : reparaît le traité de l’éloquence au cours d’un contexte lié aux discussions à propos de la langue.

 

Précisions nécessaires :

 

Le traité de l'éloquence en vulgaire n'est pas une préparation à "la comédia", c'est un écrit indépendant.

 

Pour Dante le langage, c’est la « locutio » (le parler à autrui), il permet le commerce entre les hommes (autrement dit : l’interlocution).


A l’époque, on oppose deux parlers :
 

Le « parler vulgaire »                                   et le "parler réglé"... « regulata ».
(vulgaire = langage ordinaire)                        Secondaire
                                                                          ( celui des lettres, appris à l’école, figé)

 

Durant la période aristotélicienne, les savants ont posé les bases d’une « grammatica » : un latin savant pour se comprendre, pour développer les sciences, née du consensus des savants (Un parler élitiste – donc – à la fois d’inclusion pour les initiés et d’exclusion  pour le « vulgaire », la masse, le non-savant (Cf pour plus de précisions, la 3ème vidéo).

 

Chaque métier dispose de sa langue, de son langage. D’un quartier à l’autre, parfois, les hommes disposent de leur propre dialecte, ils ne se comprennent plus. Selon certains, se référant à la bible, cela constituerait une punition divine. La sanction ultime d’un Dieu courroucé envers des hommes pécheurs.

   

  Remerciements à Irène Rosier Catach, Bruno Ambroise mais également

à l'inventeur de ces merveilleuses rencontres que sont les conférences de Cité philo, Gilbert Glasman, d'avoir si spontanément accepté la diffusion de ces "petites citations audio".

 

"Il y a un renversement, là, absolument formidable."

Irène Rosier Catach.

 

A l'époque, il existe une hiérarchie des êtres, une hiérarchie des communications (les hommes tiennent leur place entre les animaux (régis par des instincts : Aristote, Avicenne) et les anges).

 

Dante se base sur Aristote et les commentaires d’Aristote (c’est-à-dire à partir de la philosophie) ainsi que sur la genèse (côté théologique) afin de bâtir son "Traité"… L’histoire linguistique des hommes passe forcément par la genèse où seul l’homme est doué de langage.

 

Mais il le fait à sa manière, c’est-à-dire d’une façon originale et subversive.

 

Pour Dante : Eve serait le premier être doué de locutio... 

 

Il revisite l’histoire biblique.

 
Pour Dante, c’est Eve qui est le premier être parlant lorsqu’elle s’adresse au serpent.

Il s’agit ici d’un « parler » infus/ inné/ d’un don de Dieu…

Imaginez le tollé qu’aurait provoqué cette assertion si Dante avait maintenu son hypothèse.

 

Mais bien vite – contraint ou terrassé par le poids de ses propres préjugés ? – il se reprend et efface l’idée d’une Eve porteuse de langage premier au profit d’Adam.
Les clercs ont dû respirer.

Là encore, il revisite – ou peut-être se crée-t-il une porte de sortie ?


Adam, aurait été le premier homme doué de langage en remerciant Dieu de l’avoir créé.

 

Autre coup de tonnerre : Dante, ardant défenseur du « vulgaire illustre ».

 

Le "Vulgaire illustre" de Dante :

 

C’est un vulgaire qui illumine. Illustre, voulant dire illuminer.
Pour lui, la variabilité des langues n’est pas un problème. 

En prenant les différentes langues vulgaires parlées dans les quartiers mais en se basant sur la pratique des poètes qui résident dans ces quartiers (et se faisant - pourtant - comprendre de tous), veut-il créer un « unum » qui n’empêchera pas la diversité.

 

Pour Dante, la langue des poètes doit « éclairer » les usages linguistiques. Elle joue un rôle politique. « Rhetor – rector » : le rhéteur doit être recteur.

Cela vient de la "police" d’Aristote (L’homme peut vivre dans différentes sociétés mais dans chaque communauté, il faut des « chefs ».  Des bergers qui serviront de guide.

 

La civitates (collectivités) c’est la communauté humaine.

L’important c’est de trouver une langue commune.

Convivencia (convivialité dans le sens de vivre ensemble, d’une coexistence harmonieuse).

 

 

 

"Le latin est la langue du savoir.

L'anglais est une langue économique.

Il faut s'entendre, mais ne pas imposer une langue commune."

Irène Rosier Catach.

 

"Un intraduisible, c'est quelque chose qu'on n'arrête pas de retraduire."

Barbara Cassin.

   

"C'est un idéal."  

________________________________________________________________________________

 

 (1) "L’orthographe », PUF, Que sais-je ? N° 685, Paris, 1997

 

        Dante, de l’éloquence en vulgaire, Fayard

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Published by Le chêne parlant - dans Littérature conférences
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commentaires

look here 04/08/2014 14:46

This is not at all a new topic. There were always been a lot of death of a lot more of people and the cruelty against humanity just adds another feather on the hat of the devil.

The speaking oak 13/08/2014 17:08

Cher Look Here,

In terms of hell, men - I fear - will always have a length of brilliance over the devil.

Axel 30/11/2011 10:46

A lecture de l’article je me dis que j’aurai sans doute bien fait de me rendre à cette conférence ;)

Ps : très bien ces vidéos…

Le chêne parlant 07/12/2011 12:22



Oui, il aurait fallu… J



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  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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