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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 08:25

 

Romain-Laurent-.jpg « Cette répétition du presque même  

qui recouvre le vertige par la stabilité 

et le tourbillon par le répit. » 

Adèle Van Reeth – 2*.

 

 

L’habitude est une tornade sans relief. Champ de force aux lignes réglées comme du papier à musique, traversant des vies sans histoires, suivant une orientation invariable. Son action si souvent présente s’approche du toujours, s’inscrit dans une continuité dénuée d’impressions, de souvenirs, s’ancre en nous comme une seconde nature – 2*  Anne Merker. 

La plupart du temps, l’habitude est présentée comme mauvaise, constitue une dépendance où la privation de liberté se mêle à un enfermement de seconde zone, y compris chez Kant - cette âme matelassée à la camisole de la pendule. (Le philosophe dérogea pourtant par deux fois à la sangle de ses horaires cuirassés. De mémoire, la première aux prémisses de la révolution française, la seconde lors de la sortie d’un ouvrage de Jean-Jacques Rousseau.)  

Quoi qu’il en soit, chez moult philosophes et sociologues, l’habitude se réduit à un ensemble – appelés schèmes, c’est supérieurement formulé – d’actes incessamment répétées, devenus à ce point intensifs, rodés qu’ils mettent la conscience en veilleuse.

 

Comme ce «  … vieil employé qui me sert – écrit le maître des habitudes intranquilles, Fernando Pessoa - et qui vient de déposer devant moi ce qui doit être le millionième café d’une vie passée à poser des cafés sur les tables ? Il a la même existence que le cuisinier, avec pour seule différence les quatre ou cinq mètres qui séparent la localisation de l’un, dans sa cuisine, de la localisation de l’autre, dans la salle de restaurant. » 1* p 191.

 

Comment la chose ne pourrait-elle causer d’odieux effets ? Le Charlot qui les exécute est bâti sur le modèle des bornes automatiques : cerveau branché sur la vis – connue pour n’avoir qu’un tour dans son sac - corps encagé, endommagé, boulonné sur les cadences stupides. Bref dans ces conditions, l’humain est réduit à un élément de la chaîne plus mort que vif. « Dire que l’on agit par habitude – ajoute Adèle van Reeth - est une manière de pointer négativement le fait que le cœur n’y est pas, que le réflexe nous dispense de réfléchir, que le corps et les mots parlent sans nous. » 

Le pareil revient au même, journée sans fin sans fantaisie ni scintillement.

 

 

Qui saliverait encore à préparer ou à consommer le même plat, identique à lui-même, à chaque repas, fut-il constitué de langues à la mode d’Esope – 3* ? Qui s’émerveillerait d’un visage, d’une épaule nue, d’un geste symphonique à s’entasser dans une rame bondée de travailleurs captifs ? Avec l’habitude, l’envie zigzague, le plaisir faiblit, la monotonie occupe l’espace, l’attention s’éteint, d’odieux ‘habitus’ s’installent. De routinière, la vie devient indifférente, dénuée d’attraits, absurde. Vivre dans ces conditions revient à emprunter un sens unique, une impasse. 

           Traverser un monde flanqué d’un ciel morne.

 

Et si l’habitude désignait autre chose que cet ennui confinant au cauchemar ? 

 

           Une «[…] façon d’apprivoiser l’inconnu – poursuit Adèle Van Reeth - de lui donner une forme familière, entendue, inquestionnée et dont le retour nous rappelle que tout changement est tributaire d’une forme de continuité. […] » 2* Non pas un mal boueux dans lequel on s’enlise mais «  le reflet visible de la nécessité qui nous traverse, le rituel que nous avons construit à partir d’actes nécessaires à notre vie biologique : manger dormir et sociale : travailler, se divertir. » 2*

 

Peter-kemp---inversion.jpg“L'habitude! aménageuse habile mais bien lente

et qui commence par laisser souffrir notre esprit

pendant des semaines dans une installation provisoire;

mais que malgré tout il est bien heureux de trouver,

car sans l'habitude et réduit à ses seuls moyens

il serait impuissant à nous rendre un logis habitable.”

                        ― Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Tome I

 

 

 

Cette partie de nous – du même coup – deviendrait un composé essentiel à la vie, tel que nous le décrit Marcel Proust dans sa recherche.

 

              Un point de repère cardinal ? 

 

Pour Aristote, rappelle la philosophe Anne Merker, « Il y a une dimension pratique [de l’habitude] : c’est une pensée du temps long, de l’exercice -  la répétition. » Il s’agit de dompter son corps et son âme, d’atteindre cette dimension rationnelle.

Telle une forme d’Art martial, sa complexité est révélée par le maître, c’est « le processus infiniment graduel et silencieux de la poussée » 4* qui se fait jour lentement, doucement, au rythme d’une hygiène de vie quasi Kantienne : patiente et tenace. 

« Au départ, il y a un effort à produire », c’est « une pratique contraignante. » orientée. L’organisation peut accabler, il s’agit d’un travail y compris sur soi, opposé à l’impulsivité - au tumultueux – au caprice. Il s’agit de créer des conditions favorables, des repères solides, de raboter tout ce qui est débordant, contrarier ce désir* premier chez l’enfant  - ces assauts actifs, bouillonnants, rageants, bouleversants, violents qui se dressent contre la raison. 

 

En définitive, la palpitation de l’habitude, équilibrée, crée les intervalles propices aux puissances de la vie – tels les rituels de la petite enfance dispensés notamment en maternelle – rythme des repères, bat contre les désordres primesautiers, injecte un substrat vital indispensable à l’éclosion de la pensée. 

 

L’habitude est une prise, un cadre, un trois-mâts.

Des barreaux assemblés en cadre, canalisent les débordements (activité crépitante de désirs qui iraient dans la mauvaise direction.) montés à intervalles réguliers assurent l’élévation, permettent de vivre selon la pensée (def de l’homme vertueux), de grimper vers la maîtrise. « L’habituation permet de résoudre cette inversion que le développement humain doit réaliser : ce qui est premier doit devenir second et ce qui est second doit devenir premier. » 2* . 

« L’habituation » aide à opérer ce renversement.

 

 

« Mon habitude vitale est de ne croire en rien, 

et tout particulièrement en rien d’instinctif. »

Fernando Pessoa – 1 * p 307.

 

 marcin-sacha.jpg

Marcin Sacha. Photographies.

 

Parfaire son éducation, s’émanciper, atteindre « la perfection dans l’aboutissement de l’acte, un parachèvement » , rejoindre la liberté par l’ascension des barreaux de l’habitude ?

 

 

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      Kant - Cogito.

 

 

 

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1* Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. Christian Bourgois éditeur. 1999. 

 

2* L’habitude vertueuse chez Aristote – Les nouveaux chemins de la connaissance – Adèle Van Reeth et Anne Merker 09.01.2012 - 10:00 

 

* Le développement de la pensée est plus tardif selon Aristote, nous dit Anne Merker.

 

Instants glanés de l’excellent exposé d’Anne Merker ….

 

Par l’habitude, la disposition s’inscrit en nous.

Chez les grecs – l’habitude est comme une « seconde nature ».

L’habitude c’est de nombreuses fois – ce qui s’approche du toujours (nature).

Ce qui est en puissance prend forme par l’habitude. L’habitude est la semence [terreau] qui prépare la terre afin que la graine pousse bien.

 

Pour Aristote, l’action est une mise en œuvre, un plaisir que l’on cueille à la fin du processus. Par la maîtrise,

L’action vertueuse doit être pensée comme belle – et on la fait pour cette raison là. « Si elle ne fait pas vertu en elle-même, l’habitude permet d’y accéder. »

 

Chez Aristote, nous sommes responsables de nos actions, de nos vertus et vices.

Les lois (in la politique) n’a pas d’autre force que celle de l’habitude ;

Changer les lois, c’est affaiblir la loi (car il faut du temps pour s’y habituer et les recevoir).

C’est grâce à l’habitude que la loi peut persuader.

Quand la loi ne persuade pas de manière externe, elle persuade de manière interne (par la sanction «  la violence »).

 

Adèle Van Reeth : L’habitude peut-elle changer une nature ?

 

Anne Merker : La réponse est claire pour Aristote, c’est non. Car chez lui le vice est un achèvement. C’est le résultat d’un long cheminement. On ne naît pas vicieux. Quand on l’est, c’est trop tard.

Dans le vice, la pensée gouverne. Le vice est une pensée : c’est bon de jouir sans entrave, de faire tout ce dont on a envie. 

Il n’est pas intempérant.

 

D’où l’importance de l’enfance. 

Pour Platon (mère doit faire attention, d’un point de vue moral de l’embryon, pour ne pas le corrompre).

 

Texte  d’Aristote - "le cerveau de l'école" : 

 

« C’est en bâtissant qu’on devient architecte,  en jouant de la cithare que l’on devient citharon. De même, c’est à force de pratiquer la justice, la tempérance et le courage, que nous devenons justes, tempérant et courageux. La preuve en est ce qui se passe ordinairement dans les cités. Les législateurs en les habituant forment les citoyens à la vertu. En outre, les mêmes causes expliquent encore la naissance et l’altération de toute vertu comme de toute technique. C’est par la pratique de la cithare que se forment les bons et les mauvais musiciens. Il en va de même pour les architectes ou les autres spécialistes. A force de bien ou mal construire, on devient bon au mauvais architecte. S’il n’en était pas ainsi, l’on n’aurait pas le moins du monde besoin des leçons d’un maître et l’on serait de naissance bon ou mauvais spécialiste. Il en va donc de même des vertus. C’est par la manière d’observer  les contrats avec nos semblables que nous devenons les uns justes, les autres injustes. A force d’affronter des situations dangereuses et de nous habituer à la crainte et à l’audace que nous devenons courageux et pusillanimes. Il n’en va pas autrement en ce qui concerne les désirs et la colère. Les uns arrivent à la tempérance  et à la douceur, les autres à l’intempérance et à l’irascibilité. Parce que la manière de se comporter des uns et des autres est différente. En un mot, des activités semblables créent des dispositions correspondantes. Aussi faut-il exercer nos activités d’une manière déterminée. Car les différences de conduite engendrent des habitudes différentes. La façon dont on est élevé dès l’enfance n’a pas dans ces conditions une mince importance. Que dis-je ? Elle est d’une importance extrême. Elle est tout à fait essentielle. »

Aristote.

 

Importance d’une éducation, d’un maître mais aussi d’observer les autres.

Pensée de l’expérience ? Observer les gens vertueux nous rendrait vertueux…  

Terme de l’Excis (propriété dans le sens de la possession, le fait d’avoir – disposition acquise).

Diáthesis' (disposition : elle est plus passagère)

La vertu étant dépendante de notre éducation – nous rendre responsable entièrement de nos actions (tel que le dit Aristote) est critiquable. (Anne Merker)

Phusis : croissance et développement.

 

Pour agir , il y a du désir : comment faire pour que ce vouloir soit beau ?

L’habitude règle un problème de temporalité qui s’exprime chez l’être humain. Phusis : la nature 

 « L’ hégémonie » c’est ce qui marche en tête. C’est la pensée qui doit gouverner. est créative,

Ce qui est en puissance prend forme par l’habitude. 

L’habitude : une éducation du plaisir et au plaisir.

 

Ethos : l’habitude… se transforme en « caractère ».

S’arrêter à l’habitude on ne va pas développer sa vocation de la raison – on fera les choses par habitude (elle a ses faiblesses)

 

 

3* Fable d ‘Esope :

 

Ajoutons que comme le disait Esope (VIIème siècle avant J.C), la langue peut être la meilleure des choses en ce monde, comme la pire des choses :

 

"Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur, et rien autre chose. "Je t’apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t’en remettre à la discrétion d’un esclave." Il n’acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l’entrée, le second, l’entremet, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d’abord le choix de ces mets ; à la fin ils s’en dégoûtèrent. "Ne t’ai-je pas commandé, dit Xantus, d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur ? - Et qu’y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l’organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit ; on persuade ; on règne dans les assemblées ; on s’acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux. - Eh bien (dit Xantus, qui prétendait l’attraper), achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi, et je veux diversifier." Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : "C’est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si l’on dit qu’elle est l’organe de la vérité, c’est aussi celui de l’erreur et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d’un côté elle loue les Dieux, de l’autre, elle profère des blasphèmes contre leur puissance."

Alain Bentolila - Médiapart.

 

4* François Jullien.

 

5* Elodie Djordjevic – Habitude constitutive.

 

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      Temps modernes

 

 

-------------------

Pour en savoir plus... 

 

Habitude - Université de Paris 3

 

Habitus – Bourdieu.

 

 Gérard Guillot - Ecrits sur l'habitude

 

Gérard Guillot - L'habitude. 

 

Le tempérament moral d’après Aristote. Persée.

 

--------------

Un peu d'humour, jour sans fin d'un autre type...

De l'habitude à l'éternel recommencement, il n'y a qu'un pas...


 

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Published by Le chêne parlant - dans Outils pédagogiques
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commentaires

The speking oak 12/07/2014 19:00

Nota Bene: What I say "busywork" read "wonderful busywork. "

Ashworth shirts 10/07/2014 13:09

When we inspect the life of some great personalities, we can find that they all had some good habits. This is what determines what we become in our life. If a person sticks to his bad habits, he will not succeed in life.

The speaking oak 12/07/2014 08:53

Dear Ashworth shirts,

I tend to follow you about the lifestyle necessary to all creation. Indeed, write, think, create, demand consistency. The proofreading, rewriting, structure is sometimes similar to that of hack away the image of the "genius" of achieving a secure line, all of his work.

But being worn, also plays.

Charles Julliet evokes very well how he, great depression, could not write for months, even years. In this sense, the spleen is not creation but hindering factor, just like alcohol. The spleen is the side effect of lucid writer that covers the world.

Creation also depends on the quality of his universe.

Le chêne et son ombre 03/05/2013 00:39


Une espèce vaillante veut de l’homme un tout intrépide, entier, et s’accable d’un acte, d’une phrase, d’un fait, le tout fort déréglé d’avec la belle composition. 


Mais seuls les gaz ne sont-ils homogènes - et encore ne peuvent-ils changer d’état ?


Ne sommes-nous recordés de misérables faiblesses incomplètes et malades ? 


Je n'est-il une imparfaction - une suite de chutes sans profondeur contrôlée ?





Icare… détail. Peter Kemp.


Oiseau volant à côté de la plaque - espèce en voie d'apparition.


Belle soirée à vous, amicalement,


Virginie.

Alfonso 02/05/2013 19:49


cet après-midi le
soi-disant silence de Rimbaud en a pris un
coup.



Le chêne parlant 29/04/2013 21:15


 Cher Alfonso,


 


Vos remarques sur Rimbaud sont toujours les bienvenues. J’avoue – grâce à vos billets forts instruits et informés – avoir changé de regard à son sujet.


 


L’œil du robot…


 





Bonne soirée à vous, 


sous une clarté déclinante,


Virginie.

Le chêne parlant 29/04/2013 21:02


Cher Frédéric,


 


Belle manie que voici… 


Bien évidemment, je vous l’accorde, l’habitude peut être la pire ou la meilleure des choses. On ne peut nier son côté étouffant, sclérosant  voire stérilisant quand elle se fait sans nuance,
systématique, dictatoriale. J’en avais moi-même une image plus que négative lors de mes premières années d’enseignement. (Faisant suite à une expérience riche en rebondissements – ah… que de
souvenirs - au sein de la grande distribution du prêt-à-porter féminin ...)  


Néanmoins, confrontée  au réel, il m’a bien fallu me rendre à l’évidence : 


Non, le rituel de la mise en rang n’est pas un rigorisme désuet d’enseignants réactionnaires. Non, poser un cadre, mettre des limites, ne représentent pas la préoccupation malsaine d’un maniaque
heureux de porter l’étendue de sa frustration sur des oilles fragiles et sans défenses. Ce que j’ai  réalisé peu à peu – et ceci n’a pas été simple, je l’admets, tant cela contrevenait à
l’image idéale de l’enseignement que j’avais pu concevoir - c’est-à-dire celui de la séance emportant l’adhésion (En gros, travailler les mathématiques en réalisant un moulinet à vent, une
toupie, en étudiant des phasmes… ce qui fonctionne bien sûr.) - ce que je réalisais donc, c’est que cela ne suffisait pas.


            Douche froide. 


                    Les maîtres en blouse grise n’étaient peut-être pas ces gratte-petits, ces radoteurs sévicieux tuant dans l’œuf toute
velléité de savoir, méprisant l’émerveillement, se gaussant des découvertes par essais erreurs, ces caricatures dénoncées par bon nombre de pédagogistes non sans un brin de condescendance. Je
devais d’aventures en mésaventures, sentir les choses de manière brutale, sous l’ange du réel, non celui fabriqué par une société en rejet de  pratiques dites passéistes : refusant la
discipline, anti-démocratique - évitant la concentration, prise de tête - la recherche au long court, rat de laboratoire - méprisant l’excellence, has been - le goût de l’effort, archaïque - le
serein, anti-bougisme, changement, etc. ; – ne maîtrisant plus vraiment le vocabulaire - amalgamant autorité et autoritarisme - confondant habitude, cadre, contrainte (mettre sa ceinture de
sécurité est une contrainte) avec aliénation, dictature, enfermement. 


 


1) L’élève n’est ni bon ni mauvais de nature ; il considère – du moins un bon nombre d’entre eux - la situation à l’aune de ses intérêts. Ainsi, s’engouffre-t-il dans les failles, s’il en a
l’opportunité. Tel l’enfant ayant tôt fait de placer ses parents séparés en concurrence, de leur réclamer à l’un et à l’autre les plus beaux présents, puisque cela fonctionne…


2) Le cadre, les règles, employés avec mesure ne sont pas des lois iniques, étouffantes, des ordres écrasants  mais au contraire représentent des contraintes libératrices instaurant un
calme, une sérénité, un intervalle, une vacuole protégeant des débordements psychiques et corporels des esprits tendus vers des désirs immédiats, impulsifs, primaires, bref, ces derniers
constituent les préalables nécessaires à toute mise en mouvement de la pensée. 


3) La liberté suppose des contraintes. La vie, des frustrations. (Tout ce que l’hyper consommation déteste.) 


 


Je vous laisse ce beau mot que vous m’aviez écrit… 


 


« La langue française ne dispose que d'un mot, celui de "maître", pour désigner une chose et son contraire: à savoir le maître qui domine et le maître qui enseigne.


Or vous savez que le latin distinguait quant à lui le "dominus" et le "magister".


Enseigner n'a jamais signifié pour moi rien d'autre que former des maîtres (au sens de "magister") afin qu'ils se défient et se passent de maîtres (au sens de "dominus").


C'est ce que je propose à mes élèves. Ils en font ce qu'ils veulent. » Frédéric Schiffter.


 


Proposer l’excellence, faire ce que l’on doit faire, ne pas se cantonner au gloubiboulga consensuel est une chose osée par les démagogues qui courent. 


 


 


Sous un ciel flottant de lumière, bien à vous,


 


Virginie.


 


 


 


Nota : Chers lecteurs, veuillez pardonner les éventuelles coquilles d’un billet écrit d’un trait – fatigue et langueur de soir…

Alfonso 29/04/2013 11:42


H p. 284


 


        453- Ms. de la collection Pierre Berès (sur la même page que "Bottom").


        Cette " illumination " compte parmi celles qui ont suscité le plus grand nombre d'interprétations, peut-être parce qu'elle se présente ouvertement comme une devinette.


Rimbaud, cependant, se plaît à nous offrir une solution : H est Hortense. Mais qui est Hortense, en ce cas ? " L'Habitude ", d'après Etiemble et Yassu Gauclère (Rimbaud, Gallimard, " Les Essais
". nouv. éd. 1966, p. 119-120), et André Guyaux proposerait la véritable clé de l'énigme : l'habitude désignerait l'onanisme (voir le " Vieux Coppée " écrit par Rimbaud dans l' Album Zutique, p.
150). Aragon dans Anicet ou le Panorama, roman, NRF. 1921. présente sous le prénom " Arthur " le personnage de Rimbaud, auquel il donne pour hypothétique partenaire " Hortense ", signalant bien
par là que cette femme chimèrique pourrait se confondre avec l'acte solitaire.


 


Rimbaud : Œuvres complètes


Editions Flammarion - 463 pages

Frédéric Schiffter 29/04/2013 08:33


Chère Virginie,


 


Je ne sais pas si je vais vous agacer en évoquant le point de vue de Freud sur l'habitude. Habitude vue, comme il se doit, sous un angle psychopathologique. L'habitude peut tourner au
comportement obsessionnel. À une échelle individuelle, on l'appelle manie, à une échelle collective rite religieux. Le maniaque répète des
gestes à l'identique, désirant ainsi imprimer au temps une uniformité grâce à laquelle il exorcise son angoisse de l'aléa, de l'incertitude, de l'impondérable. Le maniaque veut l'abolition du
chaos temporel — du hasard. Les pratiquants d'un culte, de même. Observant des rites quotidiens et inscrits dans l'année — par exemple, pour les catholiques,
la prière du matin, la messe de dix-sept heures, celle du dimanche et des jours saints, etc. —, ils convertissent le devenir profane et sujet à tant d'accidents et de cahots, en calendrier sacré
d'un temps réglé sur l'horloge de la cité de Dieu. Le maniaque est un pratiquant ritualisé sans Dieu, dit Freud, et le pratiquant un
maniaque dévot. Mais, à son habitude, si je puis dire, l'ignoble docteur va encore plus loin. Si, en effet, la manie est un rituel individuel et le rituel une manie collective, si l'une et
l'autre visent à neutraliser l'angoisse du temps qui passe et bouleverse la vie, alors l'une et l'autre se définissent comme des tentatives de mortifier la vie : de la rigidifier dans des gestes
qui n'ont plus de la vie que l'apparence. L'autre est du côté du vivant, du mouvement. Le même du côté de la mort, du non-changement. Répéter les mêmes mouvements c'est être figé. Alors, bien
sûr, là où Freud enfonce le clou, c'est quand il décèle dans la manie et le rituel les symptômes du complexe de castration, c'est-à-dire, ni plus ni moins que la phobie d'accorder son désir avec
les occasions du plaisir — le temps et le hasard étant vécus par le névrosé comme des menaces et non comme des sources possibles de jouissance.  En tout cas, c'est ainsi que Freud considère
la religion: comme une "névrose obsessionnelle de masse" (ce sont ses termes) dont la fonction civilisatrice est évidente — puisqu'elle refoule les désirs hédonistes et confère un ordre temporel
aux activités sociales.


 


Voilà pourquoi, en bon névrosé obsessionnel balnéaire, je me plie dès ce lundi au rituel des vacances de Pâques et à ma manie de faire le philosophe de bon matin.


 


À vous,


 


Frédéric 


 

L’œuf ou le casse-tête gallinacé. 28/04/2013 12:37


Voici, cher Axel, le résultat d’une belle éducation. Remercions la puissance  maternelle. 


 





Le paradoxe de l’œuf  ou la glaine.


L'oeuf est une poule en puissance... imparable pensée d'Aristote.

Cédric 28/04/2013 11:43


 


L'habitude n'existe pas. Elle est une illusion du cerveau. Puisque ce qui a existé n'existe plus et que ce qui va exister n'existe pas encore.


 


L'habitude est une création de l'esprit au travers de la mémoire. L'habitude n'a d'existence que pour l'être humain qui y croit.


 


Je ne viens pas ici par habitude, je viens ici par plaisir.


Je n'écris pas par habitude, j'écris par plaisir.


Je ne lis pas par habitude, je lis par plaisir.


Je ne vis pas par habitude, je vis parce que je suis de la vie.


Je vis comme bat mon coeur.

Axel 28/04/2013 11:15


C’est étrange, j’ai l’impression de me reconnaître un peu – voire beaucoup – dans la photographie où l’on voit un homme avec son aspirateur…


Ah la force de l’habitude !

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Contributions et Partenariats.

Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

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