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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 09:37

« Chacun de nous est unique, exceptionnel. Il ne reproduit aucun de ses parents ou de ses ancêtres. Il est le résultat d’une création et non d’une reproduction. »
Albert Jacquard Moi et les autres, initiation à la génétique, (Point, Seuil, P 26). 

 

Contrairement à certaines idées reçues, les gènes et le milieu dans lequel nous baignons, affirme Albert Jacquard, additionnent leurs effets.

C’est la raison pour laquelle, nous sommes tous si différents. Raison - entre autre - pourquoi nous n’entendons pas toujours les mêmes choses - quand bien même parlons-nous la même langue et utilisons-nous les mêmes mots.

 Afin d’éclaircir notre lanterne, prenons un exemple concret, par exemple pensons au substantif « Cheval ».

Pour certains, le nom cheval peut exprimer l’idée de liberté, de fougue, de photo vue dans un livre, bref fait référence à quelque chose d’abstrait mais néanmoins positif.

 

 

Pour d’autres, encore, le nom cheval pourra évoquer l’idée de chute, d’accident, le fait de se cabrer, bref engendrera une idée concrète et/ ou négative.

 

Un mot se charge au cours du temps de connotations, c’est-à-dire qu’il contient des significations affectives, des références personnelles, en gros il est plein de références diffuses. Pour les uns, le cheval, c’est de la bidoche. Pour le parieur, ce sera un gain possible ou une perte. Chacun sait des choses différentes... Le boucher en connaît plus sur son anatomie  qu’un citadin qui ne s’intéresse pas aux chevaux.
Cette différence d’attributs positifs, négatifs ou neutres – cette variabilité de savoir(s) - affiliés au terme « cheval » peuvent paraître anodins, secondaires, peu importants. Et pourtant, l’idée de chute est une gifle, une blessure, engendre une peur irrépressible... Un risque dont on veut se protéger. On se ferme. On évitera alors toute confrontation à ce phénomène qui inquiète, effraye.

 

A l’inverse, le fervent cavalier recherchera tous les documents, toutes les informations, ayant trait à sa passion.

Dans ces conditions apprenons-nous les mêmes choses ? Partons-nous avec les mêmes sensations, les mêmes expériences et les mêmes savoirs ?

Non.

 

Tintin au poteau

Les attributs et analogies « attachés » aux mots sont variables en fonction des expériences des individus, de ses actions, de son milieu.
Cette idée est centrale puisqu’elle indique que chacun « entend » des choses différentes (donne un sens propre) aux mots, aux paroles, quand bien même ces dernières nous semblent simples, objectives, non ambiguës. C’est ce qui est à l’origine de bien des incompréhensions, voire de  jeux de mots savoureux.  

 Ducharme.jpg 

Claude Ponti joue beaucoup sur ces ambiguïtés propres à la langue.

 

Raymond Devos… était un maître en la matière.
 


Je pense ce que je suis.
(Au regard de ce que j’ai vécu, appris, retenu, etc.)

Einstein disait : 
« lorsqu'on a la tête sous forme de marteau on voit tous les problèmes sous forme de clous »
 a repris Paul Ariès dans l’un de ses articles.

Evidemment, heureusement, comme nous allons tous à l’école, qu’il existe des programmes (non pas TV mais scolaires), que nous baignons tous dans une « culture » véhiculée par les mêmes chaînes de télévision  (utilisant des «  techniques » et accroches du téléspectateur similaires), un certain nombre de nos idées, pensées et idées reçues nous sont communes. C’est la raison pour laquelle les lieux communs ne se voient pas, puisqu’ils nous semblent évidents à tous.
François Jullien parle « d’impensés ». Ce dernier travaille à partir de la pensée chinoise – différente de la nôtre en bien des points – afin de déceler les lieux communs qui nous submergent à force d’en être baigné, les structures qui nous constituent. Montaigne avait conscience d’être catholique comme on est périgourdin. Bref, d’être forgé par sa culture, son « milieu ».
C’est la raison également pour laquelle, nous pouvons nous « entendre ».  

 


Nous sommes donc « modelés » par notre expérience. Ce que nous « comprenons » du monde qui nous entoure n’est identique de l’un à l’autre mais constitue une interprétation.
Nous interprétons le monde qui nous entoure en fonction de nos expériences, de nos recherches, de notre curiosité, de notre confrontation aux savoirs.

D’une manière plus générale, « … aucune connaissance n’est imposée au sujet par la réalité matérielle elle-même ; toute connaissance dépend du point de vue à partir duquel on aborde l’objet à connaître, lequel point de vue est déterminé lui-même par les pratiques dans lesquelles est impliqué le sujet connaissant. » nous révèle le chercheur au CNRS (UMR Lire) Yves Citton (1)

Tout au long de notre vie, la définition des mots, se modifie, se renforce, se « bricole » en fonction de nos rapports au(x) savoir(s) et à la culture. Raison pourquoi, un savoir non renforcé, non travaillé, non rappelé, non interrogé, s’oublie ! (2)

C’est ce qui fait dire à Albert Jacquard :

 « On n’ « est » pas intelligent, on le devient ;
… il est très facile de ne pas devenir intelligent, la recette est simple : s’assoupir dans la passivité des réponses apprises, renoncer à l’effort de formuler ses propres question ;
… devenir intelligent… c’est se créer soi-même. » ( Opus cité P 123).

 

Comment effacer quelque peu, gommer cette ligne de partage qui sépare - au fil des années – le savoir, les acquisitions des élèves en fonction de leurs expériences, de leurs lectures, de leur milieu ? 
Réponse : Différencier.

 

Il existe certainement une foultitude d’arguments favorables à la différenciation, en voici quelques-uns :

 

Différencier, c’est « essayer », tenter par tous les moyens de « raccrocher » les élèves qui n’ont pas le même vécu, pas la même approche du savoir - les décrocheurs - au train du savoir. C’est partir d’un même album – exigeant, adapté à l’âge -  mais en différencier les exercices afin de tenter de s’adapter au mieux aux acquis de chacun (sans baisser les exigences).
Différencier, c’est aussi faciliter le travail de l’enseignant – qui ne peut se partager à l’infini. Puisque s’occuper d’un groupe, c’est forcément laisser les autres en « autonomie » - au risque de voir ceux qui en manquent justement sans accompagnement… Chose, qui, au fil de temps ne manquera pas d’accroître encore  les écarts entre les élèves.
Partir d’un même point de départ permet également de conserver cette structure de « groupe » si importante à la cohésion de classe, à la cohérence des apprentissages.

 


 


1 Yves Cittons, L’avenir des humanités, la découverte, Paris, 2010, p 29.
2 J’en expliciterai plus tard les mécanismes dans un article consacré aux travaux de Stanislas Dehaene (psychologue cognitif et neuroscientifique).

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Published by Le chêne parlant - dans Outils pédagogiques
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commentaires

online medical billing 08/10/2014 14:25

The creation of god is really in the way that we can’t stop ourselves from appreciating it. This is the case that we deal with here. The education and the career of the children are the things that mould the future generation.

le chêne en chaîne... 16/04/2014 15:33

Chère Christine,

Bien sûr, vous pouvez m'envoyer ces documents, ils seront lus avec ravissement.
Je vous enverrez, si cela vous intéresse, un document sur Cyrano. Vous n'aurez plus qu'à en adapter le contenu à vos élèves.

Si cela vous intéresse, bien sûr.

Bonne journée à vous.

Nota, pour ce qui est des mes études, malheureusement, j'ai un - devinez ? - dess-ma... Marquetinge - économie. Rien que je n'ai pu garder, donc.

Bonne journée à vous.

Christine 19/04/2014 07:09

Chère Virginie,

Je n'ai rien reçu, mais ce n'est pas grave puisqu'à présent, je sais que vous avez bien réceptionné le mien.

Vibrerions-nous de cette même fibre humaine ? Chouette !

Très bon week end

Christine

Le chêne parlant 19/04/2014 05:18

Chère Christine,

Merci, mille mercis.

Je vous ai répondu de même. L'échange est la fibre du chêne.

Je vais réitérer mon courriel car peut-être ne l’auriez-vous pas reçu ?

Yes week-end à vous.

Virginie

Christine 18/04/2014 20:26

Bonsoir Virginie,

Je vous ai envoyé un mail en retour avec les docs. J'espère que vous l'avez bien reçu.

(suis pas toujours très douée avec l'informatique)

Très bonne soirée

Christine

Christine 16/04/2014 19:34

Voici Virginie : http://toutbox.fr/Christinel/le+poulpe+etc

à+
C.

Christine 16/04/2014 18:38

Marché conclu ;-)

Très bonne soirée

Christine 15/04/2014 19:13

Ah, Albert Jacquard ! Je me souviendrai toujours de sa phrase : "Je suis les liens que je tisse".

Apprendre à penser, ce pourrait être en effet, apprendre à faire des liens. Comparer, différencier, réunir, séparer, mais aussi nuancer, mêler, sans oublier questionner, etc (?), ces facultés cognitives s'acquièrent avec le temps, et avec l'enrichissement des connaissances. Et plus un milieu est riche, est hétérogène, plus il est stimulant...

Voici quelque réflexion jetée pêle-mêle.

A propos du langage et de la communication, je me souviens de cette phrase d'Edgar Morin : la communication est plus un problème qu'une solution !

Je pense, connaissez-vous les apports aux théories de la communication de Yves Winkin, Grégory Bateson, Paul Watzlawick, Erving Goffman, entre autres (école de Palo Alto) ? Si cela vous intéresse, j'ai un cours écrit par mes soins pour des étudiants infirmiers, tout prêt, sur les théories de la communication interpersonnelle. Je peux vous le faire passer.

J'ai également envie de vous proposer, puisque nous avons ce même intérêt (entre autres) pour la didactique et la pédagogie, la lecture de mon mémoire de master 1 (sciences du langage spécialité didactique du FLE) , tout fraîchement rédigé l'été dernier (reprise tardive d'études...), axé principalement sur la didactique de la littérature ou plutôt "des littératures", autour d'une série de polars libertaires : Le Poulpe. J'ai eu une note tout à fait satisfaisante (un 17, youhou... au delà de mes espérances), venant d'un enseignant spécialiste de littératures dans cette mouvance... C'est dire si j'étais stressée d'écrire des bêtises. A la fin, il y a des propositions d'activités + analyse ... Voilà, si la lecture vous tente, c'est avec plaisir que je le partage avec vous.

Bien cdt

Christine

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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