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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 18:28

« Les sons émis par les oiseaux offrent à plus d’un égard la plus proche analogie avec le langage, car tous les membres de la même espèce émettent les mêmes cris instinctifs exprimant leurs émotions ; et toutes les espèces qui chantent exercent leur capacité instinctivement ; mais le chant en lui-même, et même les notes d’appel, sont enseignés par leurs parents ou leurs parents nourriciers. Ces sons, comme Daines Barrigton l’a prouvé, « ne sont pas plus innés que le langage ne l’est chez l’homme ». Les premières tentatives pour chanter « peuvent être comparées aux essais imparfaits de l’enfant pour babiller ». Les jeunes mâles continuent à s’exercer, ou, comme le disent les éleveurs d’oiseaux, « à répéter », pendant dix ou onze mois. Leurs premiers essais montrent à peine les rudiments du chant futur ; mais à mesure qu’ils avancent en âge on commence à percevoir où ils veulent en arriver ; et pour finir on dit qu’ils « chantent leur chant parfait ». Les couvées qui ont appris le chant d’une espèce distincte, comme les canaris élevés au Tyrol, enseignent et transmettent leur nouveau chant à leurs descendants. Les légères différences naturelles de chant dans la même espèce habitant des régions différentes peuvent être comparées avec pertinence, comme le remarque Barrington, « à des dialectes provinciaux » ; et les chants d’espèces alliées, quoique distinctes, peuvent être comparés aux langues des races distinctes de l’homme. J’ai donné les détails qui précèdent pour montrer qu’une tendance instinctive à acquérir un art n’est pas particulière à l’homme. » p 155-156 La filiation de l’homme Ed Syllepse p 171-172.  Patrick Tort – l’effet Darwin – sélection naturelle et naissance de la civilisation – science ouverte seuil. 

 

L-ange-blesse---Hugo-Simberg---1903.jpg

 

Pour peu qu’un chant d’oiseau se fasse entendre, il flotte dans l’air un parfum d’harmonie, d’entente et de légèreté ; la marque du territoire et du rude combat ayant lieu entre mâles afin de marquer l’espace ne nous parvient pas. 

 

Tout enseignement vient de partout et même – souvent - de nulle part. A travers un fourmillement de réponses : un mot, une phrase, une idée...  autant de patrimoines à préserver.

Lorsqu’on enseigne en milieu très défavorisé – comme en certains quartiers situés à la périphérie d’une grande ville – chose qui arriva à l’une de mes collègues, il y moins d’une dizaine d’année – on pressent les difficultés que l’on va rencontrer. Un manque typique de vocabulaire, une syntaxe approximative, un sens des mots assez vague, confus voire défaillant. 

Vous vous attelez donc à enseigner les fondamentaux ; 

Dans un souci de simplicité et d’efficacité, une professeure des écoles demanda un jour aux élèves :

- Vous allez conjuguer « Avoir un canari » au présent.

Les élèves déclinent le verbe d’une manière cacophonique – sans assurance, sans dynamique ni cohérence d’ensemble :

- j’ai un canari,

- tu as…

 

Heureux de leur réussite, tout à la fois mis en confiance par l’institutrice et dépourvus de cette barrière sociale qui rend l’ignorance ridicule - ces derniers osent demander ce qu’est une fourchette, ou encore, comme ici :

- Mais madame, c’est quoi un canari ?

- A votre avis ?

- Un oiseau.

- C’est le petit du canard, m’dame.

 

Deux ans plus tard – l’enseignante reprend la même respiration en banlieue de la ville auprès, cette fois, d’élèves favorisés.

Les voix se pressent, restituent les savoirs avec rapidité et élégance. Sans faute. Sans hésitation. Avec un tel phrasé, une telle certitude, l’enseignant se sent presque inutile. 

Cette belle unanimité exprimant sans aucun doute un savoir fixé, typique d’une connaissance acquise – possédée - bien assimilée. 

Pourtant, soudainement prise d’un doute, la maîtresse ne manqua pas d'interroger : 

- Au fait, c’est quoi un canari ? Vous savez ce que c’est ?

Des épaules se haussent, des yeux se lèvent. Emotions banales d’un individu soumis à une question stupide - pire, dont l’évidence de la réponse est une injure.  

- Bien oui, madame, c’est un oiseau, bien sûr.

Un autre surenchérit :

- Jaune.

 

Evidemment… Rien que de très prévisible. Pas la peine d’insister.

Mis en confiance par les réponses des autres, un dernier répond : 

- Bein oui, c’est le petit du canard, voyons ! 

 

                                                         Acquiescement de tous. 

 

-------------------------

Patrick Tort – l’effet Darwin – sélection naturelle et naissance de la civilisation – science ouverte seuil. 2008. Paris ISBN : 978-2-02-097496-7.

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Published by Le chêne parlant - dans philosophie
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commentaires

The speaking oak 21/05/2014 21:42

We are all on board the canopy raft, dear Snore stop.

Thank you for your visits, you are always welcome.

http://www.dailymotion.com/video/x9hmk7_le-radeau-des-cimes-1-2_webcam

snore stop 21/05/2014 13:47

A very nice post. It was a very interesting post on canaries and their songs. The way you have described the music of canaries was really impressive. I had a nice time reading the post. Thanks a lot for posting this stuff. Keep sharing.

Nuageneuf 19/02/2013 16:52


Chère Virginie,


Peut-être qu'à Chenonceau (ou ailleurs), votre quidam un peu dans la lune confondait-il dans sa propre vie son épouse et sa maîtresse ? Cela est déjà arrivé à des gens très comme il faut ! Le
roi, lui, ne s'y trompait pas et comme on le comprend. Beauté légendaire de Diane, le roi n'hésita pas à en faire sa Poitiers, euh pardon sa moitié !


 


Amitiés et grand merci pour mes Zyeux !


 


 

Axel 18/02/2013 19:18


Plus sérieusement :


 


"La question de la neurogenèse adulte, temporairement enterrée pour ce qui est des mamifères, a resurgi par la voie des airs, je veux dire par les oiseaux. C'est en effet dans les années 1980
que l'équipe de Fernando Nottebohm, de l'université Rockfeller à New York, démontre que de nombreux neurones sont générés chez les canaris adultes, en particulier les centres cérébraux du
chant"


Alain Prochiantz, Qu'est-ce que le vivant, Seuil octobre 2012

Le Sorbier des oiseaux. 17/02/2013 18:48


Petite philosophie Lacanienne… 


 


« Voyez les hiéroglyphes égyptiens : tant qu'on a cherché quel était le sens direct des vautours, des poulets, des bonshommes debout, assis, ou s'agitant, l'écriture est demeurée indéchiffrable.
C'est qu'à lui tout seul le petit signe "vautour" ne veut rien dire ; il ne trouve sa valeur signifiante que pris dans l'ensemble du système auquel il appartient. Eh bien ! les phénomènes
auxquels nous avons affaire dans l'analyse sont de cet ordre-là, ils sont d'un ordre langagier.


Le psychanalyste n'est pas un explorateur de continents inconnus ou de grands fonds, c'est un linguiste : il apprend à déchiffrer l'écriture qui est là, sous ses yeux, offerte au regard de tous.
Mais qui demeure indéchiffrable tant qu'on n'en connaît pas les lois, la clé. »


Jacques Lacan.


 

Le chêne parlant 17/02/2013 18:33


Cher Nuage,


 


Ah ces chères associations d’idées ! Votre commentaire m’évoque deux souvenirs :


 


Le premier se déroula lors de la fête médiévale de Condé-sur-l’Escaut où une maman invita sa fillette en poussette à observer un beau canard tandis qu’il s’agissait d’une poule d’eau. 


Le second eut lieu dans le château de Chenonceau où un père présenta la sublime Diane de Poitiers en tant que Catherine de Médicis. Devant les yeux émerveillés du jeune garçon, je ne pus garder -
cette fois - le silence. Le père m’en remercia chaleureusement.


Diane de Poitiers :





 


Catherine de Médicis : 





 


                   Peut-on les confondre ? 


 


Nota, cher Nuage, vous avez un message de Soluto sur Hopper, très amicalement, Virginie. 

Axel 17/02/2013 18:16


Tiens cela me fait songer à ce vieux tube d'Indochine pour adolescents:


 


Vidéo Youtube : canary bay


 


 


Extrait du texte - d'anthologie ! :


 


C'est à CANARY BAY OU ! OU ! 


des filles qui vivaient en secret,


C'est à CANARY BAY OU ! OU!


des filles habitaient,par milliers


 


Et rien qu'entre elles et sans garçon


sur des rochers, des forêts elles habitaient


toutes les journées dépensées en jeux fripons


et rien de plus qui pouvait les déranger


EH ! EH ! une pyramide sur des remparts les protégeait


et puis derrière elles se faisaient des choses bizarres


 


C'est à CANARY BAY OU ! OU ! 


des filles qui s'aimaient par milliers,


C'est à CANARY BAY OU ! OU


des filles qui s'aimaient et s'embrassaient, armées ! 

Nuageneuf 17/02/2013 12:23


 


Heureuse mise en situation de l'anecdote, chère Virginie. N'aurait pu manquer qu'un élève racontât doctement le parcours de l'amiral Canaris ! Qui ne rêverait pas, étant adulte comme aujourd'hui,
de répondre spontanément que les canaris sont les petits de canards ? Bon, désolé, je parlais pour moi. Amitiés.


 


 

Cédric 17/02/2013 10:55


 


On sait que la hyène ricane, mais est-ce que le canard rit jaune ?

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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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