Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 07:31

« Wittgenstein […] Tractatus, chef d’œuvre aphoristique :

maitreEleve.jpg« Le but de la philosophie est la clarification des pensées. […] La philosophie n’est pas un enseignement mais une activité […]

qui consiste essentiellement en « élucidations ».

Frédéric Schiffter. .(1)

 

"Lorsque les mots précis manquent aux enfants,

c'est le sens qu’ils tentent de donner au monde 

qui s'obscurcit."

      Alain Bentolila.

Chaque année, le temps de la rentrée est également le temps des comparaisons.

C’est l’époque où les études s’affrontent : cette fois, c’est sûr : le niveau des élèves baisse. Les accroches journalistiques ont du style, se répètent, se recopient à l’envi…

Ils ne savent plus lire, plus écrire, plus compter !

On mesure l’originalité de l’article dans les exemples : un élève de terminale est incapable de déchiffrer un texte de CP !

On sait à quoi s’en tenir. Le propos est étayé de cas précis, exposés sans enjolivures. Les manques scolaires des adolescents sont éloquents, parlent d’eux-mêmes. Ils ne comprennent pas le sens d’une question simple ! Le vocabulaire employé avoisine les 45 mots. La syntaxe est hachée, maladroite, à peine compréhensible.

Le décor est planté. 

 

 

      Pour ajouter au débat ou alimenter la polémique, selon, soulignons combien les atermoiements sur une baisse de niveau, réelle ou supposée, ne datent pas d'hier.

Socrate, déjà, fustigeait la déchéance de la jeunesse, son manque d 'éducation.

L'ironie veut qu'il ait été condamné à mort au motif d'être venu « corrompre les jeunes gens ».

 

Bref, immanquablement, le terme d'illettrisme, mot inventé en 1979 par ATD quart monde, refait surface (3).

On passe à l'analphabétisme avec virtuosité. A n’en point douter, les deux substantifs sont utilisés l’un pour l’autre, en une même réalité (4).

On fait l’économie d’une explication de texte. L’ambiguïté est savamment entretenue par ceux qui s’étonnent du manque de discernement des élèves d’aujourd’hui. Le bon usage des mots s’efface sans gêner le moindre professionnel - pourtant garant du bon usage de la langue. Le discours fait mouche, déchaîne les passions. Les exemples invoqués sont à couper le souffle. Tout le monde est convaincu. Pas de doute : le niveau baisse !

A charge, ensuite, aux professionnels de relativiser les résultats. Les uns discutent sur la nature des tests effectués. L’argument est recevable, les critères d'appréciation ayant changé avec le temps...

Aujourd'hui savoir lire, c'est comprendre un texte, écrire équivaut à savoir rédiger. Au début du siècle, savoir écrire équivalait à écrire correctement sous la dictée ou encore, savoir orthographier sans fautes. Savoir lire, c'était mettre le ton... Les autres invoquent la massification de la scolarisation « Jamais les citoyens français n’ont été aussi diplômés. Jamais une génération n’a pu porter au baccalauréat une proportion aussi grande de ses individus depuis sa création sous Napoléon, le 17 mars 1808. De 59 287 admis en 1960, nous sommes passés à plus 520 000 depuis 2006. »(5)

L’argument, lui aussi est acceptable, car enfin, il faut bien admettre qu'autrefois, le non admis au baccalauréat (ceux au-delà des 60 000 en 1960) se résignaient à sortir du système scolaire, n’étaient donc pas évalués. Pourtant, à l'évidence, un phénomène de déclin de certaines acquisitions existe bel et bien. « Parce qu'ils ne lisent pas très bien, parce qu'ils manquent de vocabulaire. » (6), constate Danièle Sallenave. Le malaise est palpable. A classe d'âge égal, les élèves scolarisés actuellement produisent davantage d'erreurs orthographiques.

Des études récentes relèvent cette réalité préoccupante alors qu’elles défendaient la proposition inverse jusqu’à récemment.

Ce phénomène enclenché dans les années 1990 s'explique aisément :

Du côté de l’école, on peut observer principalement :

- la multiplication des matières (anglais, informatique dès le primaire... Le temps n'étant pas extensible, il y a bien des matières qui ont dû « souffrir » de cet ajout. Manifestement, l’une des principales étant le français),

- une grammaire et orthographe parfois délaissées (ce n'est pas toujours plaisant à travailler tant pour l'élève que le maître),

- l'abus de photocopies (il y a tant à dire quant à l'usage de la photocopie... j’y reviendrai).

Du côté des élèves, on observe :

- la disparition des livres au profit des jeux vidéos (L’écrivaine Danièle Sallenave s’est inspirée de ses interventions en collège et lycée effectuées dans le Sud de la France pour marquer – et s’inquiéter – de ce phénomène visible de désaffection de la lecture. Son livre intitulé : « Nous, on n’aime pas lire. », cf bibliographie, dresse un constat peu rassurant pourtant non dénué d’espoir.) .

 - la généralisation de l'utilisation d'un langage "simplifié" dit "SMS".

les-lettres-s-envolent.jpg

Cependant, dresser un constat ne suffit pas. Analysons les chiffres de près. Que constate-t-on ? Sur ces 3 100 000 personnes en situation d'illettrisme, la moitié a plus de 45 ans. (7)

En contradiction avec l'observation précédente, le gros du score d'illettrisme enregistré n’est pas attribuable aux jeunes (n’incombe donc pas au système scolaire présent).

Mais - contre toute attente – est imputable aux personnes âgées de plus de 45 ans (donc issues du système scolaire précédent.)

Un analyste de mauvaise fois en déduirait l’inefficacité de l’école d’antan - de la « vieille école ». Cela démontre - affirmerait-il avec une conviction sans faille - et ce de manière chiffrée (sous-entendue scientifique) que l'école moderne est bien plus efficace !

Là encore, gardons-nous des interprétations rapides. Il nous manque une information essentielle : Ces illettrés, nés avant 70, qui sont-ils ?

Ont-ils bénéficié d’une scolarité courte, moyenne ou longue ? Sans cette information, aucune supputation, aucune explication n'est possible.

 

En l’absence de réponses, des chercheurs volent à notre secours. Suite à des études abondantes et rigoureuses, dressant des hypothèses, des analyses fondamentales. Des informations qui portent à réfléchir, aident à saisir ce qui se joue. L’une des idées enrichissantes est celle décrite par Britt-Mari Barth.

Contrairement à l'opinion commune, souligne-t-elle le savoir n'est pas constitué une bonne fois pour toutes, immuable. La chercheuse s'étend sur les difficultés afférentes au savoir, rappelle les principes dont il est porteur. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... »(8)

Il s'agirait donc d'une construction personnelle, évolutive... Et qu'en est-il de son caractère posé, assuré, définitif ? ... Le savoir pourrait-il être comparable à un bâtiment non entretenu qui – pour le coup - se désagrégerait avec le temps, s'abîmerait, se fissurerait ? Le savoir serait-il réversible ? C’est-à-dire en progression avec l'entraînement et, à l'inverse, régressif sans ?

Ainsi, les règles de grammaires s'oublieraient-elles peu à peu, doucement ?

Pour le savoir, il n'est qu'à vouloir passer un concours tardivement (ce qui est mon cas - ayant baigné dans le monde ultra-libéral du prêt-à-penser féminin près d'une décénnie.), ou plus familièrement, il suffit de se (re)plonger dans la leçon de son enfant pour mesurer les affres de la mémoire.... « Comment faisait-on cet exercice, déjà ? … C'est quoi, déjà, ce théorème ?... C'est quoi cette querelle entre les anciens et les modernes ?... Ah, oui, je me rappelle ! » Heureusement, nous nous inclinons (discrètement, le plus souvent) sur la leçon, le cahier, le livre et – miracle - les souvenirs, les règles reviennent. L’honneur est sauf.

Autre résurgence du phénomène :

Les émissions où un enfant de 10 ans triomphe de savoirs adultes, remporte la palme des connaissances.

 

 

De quoi enorgueillir des générations d’enseignants.

Une belle revanche, finalement, non ?

Alors, l’élève « dizenaire » serait-il un « surhomme » ?

La réalité est plus triviale. L’enfant chéri est préparé au « programme », poursuit un travail actif, une préparation (un conditionnement ?) tout bau long de l'année. L'autre, doit se contenter de multiplier les souvenirs. Or, remettre en place d'anciennes connaissances, de vieilles procédures est coûteux en temps et en énergie. Aussi, ne nous y trompons pas, si l'activité cérébrale n'est pas sollicitée sur le sujet de référence, si la pensée n'est pas activée, la potentialité à répondre rapidement, correctement à une question sera moindre.

En outre, le lien entre «entraînement » et résultats ne doit pas être sous-estimé non plus. Stanislas Dehaene est là pour nous le rappeler, les neurones "inactifs" ou "mis en sommeil" sont "recyclés". Les savoirs seront donc oubliés.

 

Au reste, à la question "Le niveau baisse-t-il ?" La réponse du sociologue François Dubet est sans appel :

                                                     Oui, il baisse. 

francois-Dubet.JPG 

En raison de la massification, le niveau des élèves a baissé.

Plus inquiétant encore : les écarts se creusent.

 

Nous venons d'entrer dans une aire paradoxale où la maîtrise du français formel est moindre, certes, et pourtant n'exclut pas un désir d'écrire démultiplié.

La vigueur de ce phénomène se mesure à l'aune du nombre de livres reçus par les éditeurs. Les éditions « Actes Sud », par exemple, reçoivent pas moins de 500 désirs d'être publiés par jour, ce chiffre ne faisant qu'augmenter année après année.

C'est naturellement l'informatique et l'utilisation de logiciels de traitement de texte simples, efficaces qui favorisent ce phénomène. Tout à chacun aimerait avoir son heure de gloire, devenir un écrivain. Le déluge de livres soumis aux éditeurs, prouve - quoi qu'il en soit - de belles aspirations de principe, une belle vigueur d'écriture. Un désir de communiquer quelque chose. De demeurer ancré dans le présent par le biais de l'écrit. De quoi rester optimiste ?

Pas sûr...

      Chaque sketch d'humour recèle des vérités partielles. 

Ainsi, les écarts se creusent - les insuffisances orthographiques deviennent criantes - la vidéo humoristique d'Isabeau de R. recèle des réalités palpables, observables.

1) Un manque de respect croissant.  

2) Des lectures inexistantes.

3) Une pauvreté accrue du langage oral et écrit.

Face à ce constat préoccupant, il convient de mettre en place des parades, des stratégies, des dispositifs (Y compris la bonne vieille dictée, je le développerai.) pour fournir des alternatives, des gouvernails au bateau dérivant. D'en revenir à l'acquisition de concepts, d'outils pour ce qu'ils sont : une aide au pouvoir de l'expression, un médium propice à véhiculer des idées, des opinions, un moyen de se confronter les uns les autres. Y compris sa rébellion d'adolescent.

"Alain Bentolila cite cette «loi simple» de la linguistique: «Moins on a de mots à sa disposition, plus on les utilise et plus ils perdent en précision. On a alors tendance à compenser l’imprécision de son vocabulaire par la connivence. La pauvreté linguistique favorise le ghetto; le ghetto conforte la pauvreté linguistique.» L’enjeu des premières lectures est donc aussi celui de l’expression, et de la compréhension…" nous rappelle à juste titre Danièle Sallenave.

      

        En ce sens, enseigner les humanités, la maîtrise de la belle langue – au sens Schifftérien du terme – n’est  pas « une coquetterie de réactionnaire ». Il existe effectivement un lien étroit unissant la maîtrise de la langue et le développement d’une pensée pleine et entière. 


"Vivre sans lire, ce serait toujours vivre. Mais comme un corps sans âme. Comme un arbre sans la sève et le vent." Danièle sallenave

Yggdrasil, Peinture attribuée à Oluf Olufsen Bagge.

------------------------------

(1) Le bluff éthiqueFrédéric Schiffter – J’ai lu, essai, 9089, isbn : 978-2-290-01705-0, p 79..

(3) Illettrisme : Personnes de plus de 16 ans, qui, bien qu'ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire et à comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne et/ou ne parviennes pas à écrire pour transmettre des informations simples. » Source: Enseigner le français n°7, Lutte contre l'illettrisme, lutte contre l'analphabétisme, Yves Guérin, doyen honoraire du groupe de l'enseignement primaire de l'inspection générale de l'éducation nationale.

(4) L'analphabétisme fonctionnel touche des personnes non scolarisées ne sachant pas lire du tout. L'illettrisme exprime une impossibilité à répondre à des questions précises sur un texte, donc est relatif au sens et non au décodage. Les élèves en situation d'illettrisme savent lire mais ne comprennent pas (tout ou partie) de ce qu'ils lisent. Le problème étant de savoir ce que l'on met dans ce tout ou partie...

(5) Perdons-nous connaissance ? Lionel Naccache. P 119 ; L’exemple vaut pour les chiffres avancés, non pour une quelconque prise de position. (6) Danièle Sallenave, nous, on n’aime pas lire , P 75.

(7) Danièle Sallenave, nous, on n’aime pas lire , P 75.

(8) P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Partager cet article

Repost 0
Published by Le chêne parlant - dans Littérature
commenter cet article

commentaires

Virginie 29/04/2012 08:44

Cher endeuxmots,

Vous êtes le bienvenu sur ce blogue.
Je vous remercie de ce commentaire élogieux.

Très bonne journée à vous, Virginie.

endeuxmots 23/04/2012 17:59

Grâce au petit chapardage de "nuageneuf", je découvre votre blog et me délecte. Un vrai bonheur. Bravo et merci !

Cédric 20/04/2012 14:43

Revoilà donc une célèbre citation virginienne ! :-)

Si cette citation fait écho aux mots relatifs à ma première impression concernant l'homme dont il était question, le mot "raison" n'est pas vraiment de mise, je n'ai, en effet, exprimé que ce que
mon intuition m'a susurré à l'oreille au sortir du visionnage de quelques extraits et de la lecture de quelques autres.

L'intuition est-elle une des formes de la raison ?

Quoi qu'il en soit, je me réserve évidemment le droit de changer d'avis à tout instant sur l'intérêt qu'il y aurait à écouter parler cet homme, pour l'heure je n'en vois aucun, n'ayant été, ni dans
le fond ni dans la forme, attiré par ses propos.

Et pour revenir à la citation, le mot "surpasser" ne me parait pas pertinent. Les choses que ne peut appréhender la raison ne sont pas "au-dessus" d'elle, ne sont pas "plus élevées", ce que
laisserait entendre le mot "surpasser". Les choses sont à côté les unes des autres. Les choses que je ne comprends pas ne surpassent pas celles que je comprends, elles n'ont ni plus de valeur ni
plus d'intérêt, l'inverse est également vrai : ce que je comprends n'a pas plus de valeur que ce que je ne comprends pas.

Mais peut-être n'ai-je pas compris, justement, le sens de votre usage de cette citation ! :-)

Et d'ailleurs, peu importe, car au final, tout ce qu'on dit, ce ne sont que des mots...

L'important, c'est que vous passiez une bonne journée !

Virginie 20/04/2012 12:22

Cher Cédric,
« La dernière démarche de la raison n’est-elle pas de reconnaître qu’une infinité de choses la surpassent ? »
Pascal.

Bonne journée à vous, Virginie.

Virginie 20/04/2012 12:19

Cher Frédéric,

Exagérer, dites-vous ?
Ceci ressemble fort à technique de « l’ours à l’agonie » employée par A. E. (Il est vrai fort peu souvent souffrant, c’est heureux pour moi.)

Serait-ce là, le propre du masculin ?

Très amicalement, le Chêne Végétatif.

Nota : merci pour vos vœux délicats.

Virginie 20/04/2012 12:18

Merci cher Nuageneuf pour cette belle citation,
Oscar Wilde, bien sûr,
ainsi que votre délicate attention.

Très amicalement, Virginie.

Cédric 20/04/2012 12:13

Je viens à l'instant, votre dernier commentaire cher Axel ayant activé pour de bon ma curiosité, de visionner quelques minutes par-ci par-là de ce que raconte cet homme.

J'en sors plus que perplexe. Il parle comme un homme inquiet, ça en est désagréable, ceci n'engage évidemment que moi, mais c'est ce que j'ai ressenti. Je n'ai rien entendu de posé, de tranquille,
de clair, de simple. Et comme le fond, toujours rejoint la forme, nul besoin de l'entendre des heures pour me faire une idée.

Du charabia, je reprends votre mot, cher Axel !

Bien à tous.

Axel Evigiran 20/04/2012 09:06

Un mot sur Bernard Stiegler pour marquer ma perplexité.
Les travaux d’Ars industrialis m’intriguent et il me semble y avoir de belles initiatives, notamment parmi les membres, comme, par exemple, ‘open source ecology’.
Cependant le discours de B.S, masqué derrière un charabia pyschanalo-technico-post moderniste un peu fumeux me parait enfoncer souvent des portes ouvertes.

Hier soir, après avoir visionné la première vidéo des leçons de B.S sur ‘Pharmakon’, je reste sur un sentiment mitigé. D’un côté, comment ne pas saluer l’initiative, et cette volonté de partage.
Mais comment ne pas sourciller à cette présentation de Socrate comme anti-sophiste ; ces derniers étant accusés, avec leurs mots et leurs techniques (car ils sont côté de la tekhnè), d’avoir
empoisonné la société athénienne. Aucun cliché ne manque : rendez-vous compte, ils se faisaient payer, et parfois très cher ! Heureusement que Platon veillait.
Et puis, cette manière de passer du coq à l’âne, du ‘miracle’ (mot ressassé jusqu’à nausée) grec aux australopithèques passant par Lascaux, de mélanger la géométrie, la technologie, que sais-je
encore, ne plaide pas en faveur du philosophe.

Mais je nuancerai cependant le propos : il y a des choses intéressantes et matière à penser ; il faut juste faire le tri…

Cédric 19/04/2012 22:17

Plus de trente commentaires ! en plus de l'avoir, vous l'êtes, la coqueluche ! ;-)


Cette phrase n'ayant que le but d'adresser une pensée vers vous et de vous faire esquisser un sourire !

En espérant y être parvenu. :-)

Chaque maladie est une expérience. On en est et le cobaye et l'observateur. Observer la manière dont on souffre est une façon de sortir de la souffrance...

Et pour finir comme j'ai commencé : le tout n'étant évidemment pas la quantité de ceux qui nous entourent, mais leur bienveillance, et vous avez toute la mienne. Pour voir ma bienveillance, suffit
d'avoir les bons yeux et vous les avez, quand d'autres ne les ont pas...

Mais trêve de digression.

Je vous souhaite un fulgurant rétablissement.

Cédric.

Frédéric Schiffter 19/04/2012 19:49

Chère Virginie,

Quand on est souffrant, il faut exagérer sa fatigue pour mieux se faire servir par son entourage. C'est toujours la tactique que j'adopte en ce genre de circonstance pour exercer une petite
tyrannie consolatrice.

Je vous souhaite un prompt rétablissement.

F.

Nuageneuf 19/04/2012 18:13

Réjouissant votre "Humour courtois" chère Virginie !

"Pardonnez toujours à vos ennemis, rien ne les agace autant" dit Oscar Wilde.

En vous souhaitant de bien vite recouvrer la santé.

Douce soirée à tous.

Virginie 19/04/2012 12:38

L’art et les manières de l’ Humour Courtois,
cher Nuageneuf.

Excellente journée à vous.
Virginie.

Virginie 19/04/2012 12:27

Chère Constance,

Repos Virginie, dites-vous, la coqueluche est responsable d'un tiers des toux persistantes chez les adultes...
Voilà qui n’est pas pour me rassurer (vu ce que j’ai noté précédemment).

En tout cas, merci pour ces liens – comme les vacances approchent et que les cloches devraient s’éloigner - j’approfondis la question dès que possible.
Néanmoins, il semble que Bernard Stiegler ait bien choisi le terme de Pharmakon, remède et poison.

Excellente journée à vous - Virginie.

Virginie 19/04/2012 12:14

Cher Frédéric,

Vous avez du mal à vous endormir ? Personnellement, j’ai du mal à me réveiller… Nous devrions faire une belle moyenne.

A défaut de Pharmakon, appelons-en à la pharmacie.

Ce matin, j’entends (j’écoute serait très excessif) la belle et grande émission d’Adèle V. R. consacrée à Virginia Woolf.
A travers la nappe de brouillage cérébral, je perçois ceci : L’éloge de la maladie chez la romancière… La maladie (le fait d’être couché – alité) comme proposition d’une nouvelle manière de
percevoir la monde, si j’ai bien compris, comme base d’un processus créatif.

Entre deux toux épuisantes, quatre frissonnements et six vapeurs brûlantes, je profite de cet infime laps de temps pour ajuster mon tir :

Délire romantique du bien portant.

La maladie vous vaporise des pieds à la tête.
La pensée ? Un tintement lointain.
Ecrire ? Une agitation fébrile sans résultat.
Le cerveau ? Un bourdonnement de voix criardes, de battants d’airain qui vous frappent, d’idiophones qui vous refroidissent.
A travers ça ? Une faible lueur qui trahit vos velléités intellectuelles. Mais qui, tout aussi rapidement, s’évanouit.

La maladie est une cloche qui vous percute à pleine volée, vous rend sourd, étouffe vos cris, vous éteint.

http://www.youtube.com/watch?v=buycLAOUSok

Attendre… la fin du grondement.

Excellente journée à vous - Virginie.

Nuageneuf 19/04/2012 11:43

Chère Virginie,

Je dois à monsieur Schiffter mon premier grand éclat de rire (et sans doute le dernier vu les nuages noirs de la période) de la journée ! Voilà bien en quelques traits éminemment distingués,
mesurés et courtois une superbe leçon d'humour dont auraient bien fait de s'inspirer les tristes sires qui doivent leurs fortunes personnelles à avoir inlassablement tiré à (bien mauvaise) vue sur
monsieur Sarkozy depuis cinq ans, les Porte, Guillon et consorts...

Qu'on veuille bien ne point se méprendre sur mon propos. Il n'est nullement politique, je le précise. La vulgarité, les basses facilités de tous ces "humoristes" auto-proclamés sont indignes, voila
tout.

Frédéric Schiffter 19/04/2012 10:48

Chère Virginie,

Hier soir, j'ai visionné, sur youtioube, un cours de Bernard Stiegler. J'ai trouvé sa prestation excellente. Comme je souffre de problèmes d'endormissement, il m'a été d'un précieux secours. C'est
ce qu'on appelle un cours pour le soir. Je reprendrai de ce pharmakon très efficace pour me bercer, et ce, d'autant plus souvent, qu'il ne présente aucun risque d'accoutumance.

Bonne journée,

Frédéric

Frédéric Schiffter 18/04/2012 18:50

Vous ne me lassez pas, Virginie. Je lis tous vos billets avec grand intérêt.

D'ailleurs, celui-ci, sur le "niveau", m'inspirera quelques lignes sur mon blogue.

À vous,

F.

constance 18/04/2012 18:41

Chère Virginie, ni oups ni excuse, Bernard Stiegler est un des très grands penseurs contemporains français, son association Ars Industrialis est assez extraordinaire dans sa démarche : bref, vos
liens sont tous les bienvenus.

Je ne sais si vous êtes abonnée à sa chaîne youtube http://www.youtube.com/user/carolinestiegler?feature=watch mais si ce n'est pas le cas, je vous le conseille fortement, vous aurez ainsi accès à
des vidéos non répertoriées excellentes. Je vous ferai passer le dernier lien en privé, Travail versus Emploi.

Nuageneuf, merci pour cette citation, elle résume exactement ce que je pense, l'écrit est sans doute ce qu'il y a de plus intime, à produire, à lire, à choisir, à prêter.

Repos Virginie, la coqueluche est responsable d'un tiers des toux persistantes chez les adultes :).

PS : Pour quelle raison le mot événement comporte-t-il un é au lieu d'un è ? Quelqu'un un jour m'en a donné la cause, un imprimeur qui n'aurait pas eu de è sous la main... :-)

Virginie 18/04/2012 16:21

Cher Cédric,

Merci pour vos précisions et votre lien, c’est effectivement intéressant.

Bonne fin de journée à vous, Virginie.

Virginie 18/04/2012 16:18

Chère Constance,

Oups.

Je vous ai invité à lire quelques cours de Bernard Stiegler, mais je ne sais si ces derniers lui rendent justice.
http://pharmakon.fr/wordpress/seminaire-2-5-avril-2012/
Enfin, chacun se fera « son opinion », comme l’on dit.

En revanche, les cours sur Platon semblent intéressants.

Merci pour vos liens, je regarde dès que possible. (Désolée pour cette réponse tardive.)

Excellente fin de journée à vous, Virginie.

Virginie 18/04/2012 15:59

Cher Frédéric,

Votre très belle citation de Danièle Sallenave "Lire un roman, c'est le réécrire en soi-même", je la retiens bien sûr - j’y suis très sensible - vous connaissez mes inclinations.

A propos de Bourdieu… Je comprends vos réticences. Il m’a toujours semblé suspect de dénoncer un « système » élitiste, pourvoyeur d’inégalités, reproductif, lorsqu’on a soi-même joué des pieds et
des coudes à fin de devenir l’un des pontes de l'establishment universitaire.
J’avais eu écho – il y a de cela une dizaine d’années, voyez si ça date - d’un livre relatant toutes les « astuces », « ficelles », jeux de « relations », de réseaux de « sympathies » dont Pierre
Bourdieu avait non seulement usé mais constitué afin d’atteindre son statut. A l’époque, préférant le positif au négatif, je n’avais pas jugé bon acheter cet ouvrage.
Peut-être un intern’autre pourra-t-il-nous en dire plus ?
Néanmoins, si je demeure perplexe sur ce point, si je reste réservée sur certains écrits (blablateurs), je sauverais quand même certains ouvrages tels que : « Sur la télévision. » par exemple.

Pour ce qui est de l’usage de « la belle langue », nous en sommes d’accord, en appeler – comme on le voit sur la vidéo de François Dubet - à éradiquer « l’élitisme » est non seulement sot, mais
grave.
Nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours, la langue est ce qui nous unit, perdre les mots – précis, exigeants - c’est faire le jeu de ceux qui veulent nous encager, nous enfermer dans les
rets de la médiocrité.

Depuis le mythe de Babel et Orwel, on sait ce que cela veut dire.

Aux environs de 2005, une Inspectrice visite une classe de CM2 de la région parisienne.
- Peux-tu me montrer ton travail ? demande-t-elle à un élève manifestement en difficulté.
Ce dernier cache alors son cahier d’un bras volontaire.
- Montre-moi ton travail, insiste-t-elle.
L’élève refuse en baissant la tête.
Silence.
Gros moment de solitude, sans doute, pour l’Inspectrice.
La classe et le professeur attendent.
L’Inspectrice poursuit :
- Allons, obtempère !
- Nique ta mère !

« Celui qui est fort - énonce Alain Bentolila - c’est celui qui possède à la fois la langue de sa communauté et à la fois la langue du large. »

Cultura animi – oui.
http://lecheneparlant.over-blog.com/article-yves-citton-peut-on-developper-une-pensee-complexe-sans-avoir-aucun-acquis-culturel-96864986.html
Ce qui ne signifie pas non plus que certains points ne soient pas réformables (cf Nina Catach).
http://lecheneparlant.over-blog.com/article-nina-catach-sortir-enfin-des-sentiers-re-battus-de-la-reforme-impossible-de-l-orthographe-91061606.html

Bref, j’arrête là – sous peine de vous lasser - ce qui est sans doute déjà le cas.

Très amicalement, Virginie.

Nota : Le terme "faute" - voyons - ne serait-ce point là quelque péché capital à expier ? Un blasphème proféré contre quel Dieu ?

A vous, Virginie.

Frédéric Schiffter 18/04/2012 15:04

Heureusement que ma mère n'est plus là pour se payer ma tête — comme elle savait si bien le faire.

Maintenant, elle qui était "dactylo", aurait sans doute été indulgente pour cette coquille. Bien que...

Virginie 18/04/2012 14:48

Cher Nuageneuf,


Bienvenu sur ce site – vos amitiés cordiales et emplies d’admiration sont le reflet de votre délicatesse – je vous en remercie vivement – elles me vont droit au cœur.

A vous lire, je pense à une anecdote.
Un soir de Citéphilo – « Le moment fraternité » en main - je suis allée voir Régis Debray - ce dernier est un être charmant, plein de délicatesse - ses paroles furent celles-ci : « Madame ou
mademoiselle ? »
Tout est dit.

J’apprécie également votre blogue et votre humour sensible (Je me suis permise de vous mettre en lien).

Nous partageons – ici – tous, je crois, cet amour inconditionnel de la « belle langue », ainsi que celui de la littérature. C’est ce qui nous unit.

Mais je ne dis là que des choses bien ordinaires – il est vrai que la coqueluche (c’est tout moi, ça d’attraper la coqueluche à mon âge) – m’accorde peu de temps de lucidité.
Je dois donc me concentrer (telle la blonde sympathique de la vidéo) ou plutôt concentrer mon tir de réponses au milieu d’une fenêtre de lucidité assez étroite.

Aussi, pardonnez-moi, si je profère quelques énormes sottises.

Très amicalement, Virginie.

Nuageneuf 18/04/2012 12:10

Chère Virginie,

Voilà quelques mois que je me régalais dans mon petit coin à lire vos brillants exposés, n’omettant pas de faire partager votre lien à quelques rares amis friands eux aussi de votre belle langue
d’une part mais aussi et surtout de cette clairvoyance naturelle qui anime ce prodigieux travail que vous nous offrez si délicatement en partage.

Et, suite à votre commentaire récent, je réalise, que vous êtes cette mystérieuse Virginie !
Vous voudrez bien admettre avec tolérance qu’à mon âge il faut un certain temps pour comprendre certains liens !...

Je salue bien bas les commentateurs éclairés ci-dessus. Toutefois ils me réduisent, tant les propos échangés sont doctes. Je me contenterai de vous proposer ce très court extrait de madame
Sallenave que je publiai le 16 février dernier.

Recevez mes amitiés cordiales et emplies d’admiration.

Jean-Michel


Ps
Fidèle parmi les fidèles de monsieur Frédéric Schiffter, - il est un des rares à maîtriser notre belle langue et par la même à me réconcilier avec la philosophie - j’ai souri de bon cœur en lisant
dans son commentaire n° 13 les propos de sa maman qui, comme moi, n’a que le certificat d’études : "Mon fils, on ne fait que des erreurs de calcul. En revanche, ont fait des fautes d'orthographe".
Le « ont » est-il voulu ou est-ce une maladresse significative de son aversion partagée par maints de Onfray ? …"Onfray des fautes d’orthographe…"

---

Jeudi 16 février 2012
Danielle Sallenave.

Surligner : marquer un texte avec un surligneur



" L'accès au livre, plus que tout, réclame des passeurs : on vient au livre parce que quelqu'un vous y conduit. Et cela durant toute la vie. Combien de fois avons-nous lu, et souvent aimé, un livre
parce qu'il nous venait de quelqu'un que nous aimons, en qui nous avions confiance ? Mieux : qui nous avait fait, dans tous les sens, le don de ce livre."


Danielle Sallenave
Nous, on n'aime pas lire, 2009

Axel Evigiran 18/04/2012 12:06

Je suis d’accord sur le côté excessif du mot ‘conditionnement’.

Mais il est vrai que je suis parfois un brin provocateur…

Cédric 18/04/2012 11:15

Bonjour à tous,

Quant à moi, j'userai, pour qualifier la grammaire et l'orthographe, du mot "savoir" plutôt que de celui de "conditionnement". Un savoir, qui, comme tout savoir, évolue, grandit, se précise,
s'ouvre et ne sera jamais limité.

Pour ne donner qu'un seul exemple de l'évolution de ma connaissance d'une graphie exacte d'un mot ou d'une locution, je parlerai de ma relation à la locution "autant/au temps pour moi".

En premier lieu, j'écrivais "autant pour moi" ; puis j'ai longtemps cru que c'était là une faute quand j'ai appris qu'il fallait écrire "au temps pour moi" ; au final (et ceci assez récemment),
j'ai appris que les deux graphies étaient correctes car le débat sur l'origine de la locution n'était pas du tout tranché. Lire ici un lien intéressant sur cette question précise :
http://www.langue-fr.net/spip.php?article14


Tout ceci pour dire que chaque mot est un savoir, chaque graphie est un savoir, chaque acception nouvelle d'un mot qu'on connait est un savoir nouveau.

Quoi qu'il en soit, dans ce domaine comme dans tant d'autres, toujours se dire "je me trompe peut-être" et vérifier, revérifier, et ne pas se contenter d'une seule source. Celui qui dit qu'on écrit
"UN" après-midi a raison, celui qui dit qu'on écrit "UNE" après-midi a tout autant raison, celui qui dit qu'"après-midi" est uniquement masculin ou uniquement féminin a tort. Bref, il faut savoir
que les deux genres sont admis.

Comme en tout savoir, l'humilité est de mise.

Le mot "conditionnement" est, par trop, connoté négativement, je le réserve à d'autres sujets.

Bien à vous tous.

Axel Evigiran 18/04/2012 11:03

Cher Frédéric,

Passant en coup de vent entre deux réunions, avec l’entrée « exception de la langue française », je suis tombé sur ce site d’aide qui me semble a priori intéressant (je testerai ce bréviaire ce
soir).

http://mapage.noos.fr/marcpage/bof.htm

Sinon, pour vous rassurer, en hypokhâgne, certains professeurs tiennent compte des fautes d’orthographe (histoire, littérature, etc.) Si bien qu’il est possible, avec un devoir pas trop mauvais, de
se retrouver avec au final une note négative…

Très bonne journée.

Frédéric Schiffter 18/04/2012 09:28

Cher Axel,

Depuis le temps que je m'efforce de respecter la grammaire et l'orthographe, je ne tombe pas souvent sur des exceptions. Si les exceptions étaient légions, comme vous dites, elles n'auraient rien
d'exceptionnel. Ce que vous appelez dressage, ou conditionnement, mérite plutôt le terme de maîtrise résultant de l'habitude où se mêle nécessairement l'aptitude à comprendre.

Pardonnez-moi, mais votre exemple du mot "rhinocéros" est mal choisi. Si le "h" n'existe pas en grec, pas plus, d'ailleurs, que le "i grec", en revanche, leur orthographe française tente de
restituer une sonorité de la langue grecque.

L'exception, dès lors, serait d'écrire rhinocéros sans le "h", et physique (phùsikè : les choses de la nature) sans le "y"et ce serait une faute — qu'il faut bien sûr châtier.

Ma mère, que les dieux prennent soin de son âme, qui n'avait que son certificat d'étude me disait : "Mon fils, on ne fait que des erreurs de calcul. En revanche, ont fait des fautes
d'orthographe".

Mais, comme plus personne ne se soucie de la langue — encore une fois, je suis bien placé pour le constater —, c'est son usage correct et châtié qui est exceptionnel. L'espéranto et la pensée qu'il
sécrète ont triomphé.

Bonne journée à vous,

F.

Axel Evigiran 18/04/2012 08:22

Cher Frédéric,


Je crois que sur le sujet de l’orthographe nous resterons sur un désaccord courtois. J’ai hélas très peu de temps pour développer (le labeur réclame sa pitance…)

Pour faire vite :
Oui, l’orthographe répond à une logique et se plie à des règles de grammaire, etc. Mais les exceptions en grammaire sont légion. Et en orthographe se trouve aussi moult anachronismes. Et dans ces
cas là (fort nombreux donc), il n’y a pas d’autre alternative que d’apprendre « par cœur ». Ce pourquoi, entre autre, je maintiens le terme ‘dressage’ (ou conditionnement).

Je me souviens du plaidoyer, il y a des années de cela, de Pivot pour conserver le h de rhinocéros ; le h symbolisant pour lui la corne de l’animal… L’étymologie confirme que le mot vient du grec
ancien ῥινός (rhinόs), le génitif singulier du mot ῥίς rhís signifiant « nez ». Mais en grec ancien, précisément il n’y a pas de h…

Le chronomètre me rattrape…

Très bonne journée.
Bien amicalement

Axel

Frédéric Schiffter 18/04/2012 00:46

Un dernier mot pour Virginie,

Il est bien que vous évoquiez Danièle Sallenave. Elle a été la cible de Bourdieu qui raillait son beau livre : "Le don des morts". Quelque part elle y écrivait : "Lire un roman, c'est le réécrire
en soi-même".

Frédéric Schiffter 18/04/2012 00:37

Chère Constance, Cher Axel,

En vrac, quelques remarques sur vos remarques.

En matière d'orthographe, il convient toujours d'être plus royaliste que le roi.

Parler de conditionnement et de dressage en cette matière est bien entendu une totale affabulation. La langue possède une logique — une grammaire. Or une grande part de la rectitude de son écriture
en dépend. L'Académie n'a pas arbitrairement, sous l'effet de caprices autocratiques, fixé les règles du français. Elle a établi une syntaxe et un lexique rationnels visant par là à une certaine
universalité.

La langue architecturée et ordonnée est d'autant plus précieuse que la pensée n'est rien sans elle. Les idées ne sont que des mots. Qu'on les néglige et on aura une conscience charabiesque.

Comme nulle logique grammaticale ne peut être enseignée sans qu'on en comprenne le sens — ceci vaut pour tout savoir —, l'idée d'un dressage orthographique me semble mal venue. La dictée et les
questions représentent les exercices de l'esprit indispensables à la virtuosité conceptuelle.

Montaigne ne se montre pas désinvolte avec le français et l'orthographe. À son époque le français n'est pas encore tout à fait arrêté dans ses grandes règles. La langue savante est encore le latin.
Mais l'essentiel y est et, à mesure qu'il reprend les éditions de ses Essais, Montaigne gomme ses "régionalismes" et se fond dans le moule nouveau.

Pour finir, je suis bien placé pour prouver que l'écrasante majorité des élèves ne sait pas écrire, non parce qu'elle n'est pas constituée de littéraires — lesquels ne brillent pas davantage dans
la maîtrise élémentaire de la langue —, mais parce qu'elle vit dans une société qui cherche à détruire l'écrit et, aussi, parce que les parents se font les complices de ce processus de
bousillage.

Mais l'heure est bien tardive pour disserter sur le retour aux patois et le triomphe des jargons.

À bientôt,

FS

constance 17/04/2012 22:43

Et chez les parents, chère Virginie, le niveau, qu'en est-il ? Hier soir, par exemple, je me suis entendue dire : "Rapercevoir ! enfin, rapercevoir ! c'est au futur qu'il faut le conjuguer !".

Stiegler est très bon en débat, en confrontation ici http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=9iUYUYcIwXM ou bien encore là
http://www.dailymotion.com/video/xbbqc8_bernard-stiegler-consumerisme-csoj_news. J'ai écouté quelques-uns de ses cours, de ces séminaires mais il est un orateur difficile sur la durée. Je pense que
je vais rester sur ses écrits où il est obligé d'éviter les digressions.

Bonne soirée
Amicalement
Constance

Axel Evigiran 17/04/2012 16:47

C’est donc largement question de ‘dressage’ ; d’entrainement / conditionnement à ce qui est évalué - et considéré comme important - à un moment donné (forme de bachotage).

L’orthographe n’a pas été fixée il y a si longtemps, et Montaigne ne semble pas avoir eu soucis d’user dans ses fameux Essais d’une orthographe « strictement normalisée ».

N’étant pas spécialiste en la matière, quelques clics sur la toile m’indiquent :

« La fixation de l'orthographe fut la conséquence de la promotion du français au statut de langue officielle sous le règne de François Ier , (…). Au XVIIe siècle, en créant l'Académie française,
chargée de rédiger le dictionnaire de référence, la monarchie centralisatrice a cherché à créer une sorte d'« orthographe d'État ». Au XIXe siècle, l'école publique et laïque a fait de
l'orthographe strictement normalisée sinon sa principale règle du moins l'une des premières. ».

Avoir un code commun est d’importance – soigner son orthographe aussi, ne serait-ce que par respect de qui nous lit. Faire une fixation sur l’orthographe est une autre affaire (les puristes en la
matière sont d’ordinaire ceux qui la maitrisent précisément le mieux – ils ont donc le plus à perdre de toute réforme ou évolution / relâchement des mœurs sur l’orthographe).

Bref, c’est affaire d’équilibre.

Axel 17/04/2012 16:15

Un lien excellent sur l’histoire de ce fameux certificat d’étude :

http://histoire-education.revues.org/index1234.html


On y lit, en particulier sur la dictée (point 3 dans le document) :

« Le paradis scolaire perdu n’est pas tout à fait ce qu’on croyait, donc. Mais, au moins, les lauréats du certificat d’études, ces as de la dictée et des problèmes d’arithmétiques, peut-on vérifier
leur niveau, ainsi que celui des recalés, et le comparer à celui des élèves d’aujourd’hui ? (…)
Tous les auteurs s’accordent sur le poids écrasant de l’orthographe dans le succès au certificat d’études. La dictée est la seule épreuve, sous la Troisième République en tout cas, dans laquelle le
zéro – soit cinq fautes majeures – vaille élimination. (…)
Autrement dit, l’excellence en orthographe des lauréats du CEP ne s’explique pas par l’efficacité générale de la pédagogie primaire de l’époque mais plutôt par un effort particulier – un véritable
conditionnement dans le cadre de la préparation au certificat – qui semblerait aujourd’hui absolument excessif et contre-productif, et dont le coût pédagogique préoccupait d’ailleurs les autorités
scolaires de la Troisième République. »


D’une manière plus générale sur le certificat d’étude :

« Seuls 40 % des candidats répondent de façon jugée satisfaisante. Si l’on tient compte de l’élimination préalable, par non-présentation, de la moitié a priori la plus faible des élèves primaires,
il ne reste qu’un élève convenable sur cinq. Et l’évaluation de l’auteur fait apparaître que cette minorité de bons élèves ne maîtrise elle-même, dans l’ensemble, qu’un savoir bien étriqué. »

Un autre lien :

http://www.sauv.net/dep96.php

« Au total, les résultats des élèves sont aujourd'hui meilleurs en rédaction; ils sont à peu près équivalents dans les questions de dictée portant sur l'intelligence du texte (vocabulaire et
compréhension) et, en calcul, dans trois des opérations de base (addition, soustraction et division de nombres entiers) ; ils sont en baisse, légère en multiplication, et marquée en orthographe, en
analyse grammaticale, en conjugaison et dans la résolution du type de problèmes posés dans les années vingt. Il importe de rappeler que la comparaison porte sur des épreuves des années vingt et que
les programmes et les contenus des enseignements, en français comme en mathématiques, ont beaucoup évolué ; ceci peut expliquer que les élèves d'aujourd'hui, tout en ayant des connaissances plus
larges sur des parties nouvelles ou peu enseignées autrefois (en géométrie par exemple), ont plus de difficultés dans certains de ces exercices parce qu'ils y sont moins entraînés. »

Virginie 16/04/2012 19:26

Chère Constance,

Ah, ce temps de cervelle disponible… Je cours après.

D’autant qu’actuellement mes synapses sont dangereusement lentes, coup bas de microbes manifestement virulents. Jugez un peu :

J’écris « ges gâteaux au chocolat. » au tableau en lieu et place de « des gâteaux au chocolat. »
Je demande ensuite à un élève si son vélo a de bons trains.
Enfin, je dis bonsoir à un parent à l’heure du midi.

Voyez, le niveau baisse aussi chez les professeurs.


Bernard Stiegler propose ses cours sur la toile – pharmakon.fr – remède et poison :

http://pharmakon.fr/wordpress/

Peut-être gagnerais-je quelques neurones à visionner ces cours, qui sait ?

Néanmoins, je reste prudente sur ce point.


Fidèle - aux habitudes – entracte de citation…

« Les industries des programmes et les marques qui les financent produisent cette désindividuation parce qu'elles organisent la perte de savoir-faire, la perte de savoir-vivre et la perte de savoir
théorique : elles organisent la perte de toute forme de savoir par dissociation, c'est-à-dire qu'elles organisent exactement le contraire de ce dont l'école est l'organisation... » P 174 .

(1) Bernard Stiegler, La télécratie contre la démocratie, champ essais, 2006 et 2008, isbn 978-2-0812-1782-9.
:

Excellente soirée à vous, Virginie.

Virginie 16/04/2012 19:14

Cher Alfonso,

Vous voilà poète.
Peut-être mettre son imper. Evite-t-il de commettre des impairs ?
Qui sait ?

Excellente soirée à vous, Virginie.

constance 15/04/2012 21:14

Chère Virginie,


La multiplication et l'importance que les écrans de toutes sortes ont pris dans la vie des enfants ne pourraient-elles pas expliquer aussi cette baisse de niveau ?

Temps de cerveau disponible, n'est-ce pas ? Petit clin d'oeil à Stiegler :)


Je crois qu'Alphonso et moi partageons le même mistral :-).

Bonne semaine
Constance

Alfonso 15/04/2012 20:28

Mon bonjour du pied des vieilles murailles qui entourent l'intra-muros, comme on dit ici.
Remparts, aujourd'hui encore, meurtris par un mistral mou, agressif et froid.
Un mistral mou, agressif et froid qui n'empêche pas le personnage principal de sortir.


Clerc
Clerc
Balnéaire
Clerc
Clerc
C'est clair
Pour moi c'est Schiffter.

Virginie 15/04/2012 11:24

Oups ! Cher Frédéric, quel impair !

Je me suis empressée de rectifier.
Cela montre que certains petits messieurs peuvent avoir aussi de belles phrases...

Je me réjouis que vous ne vous définissiez pas en tant qu’intellectuel. J’ai cette posture pédantesque en grippe.

Bonjour depuis la campagne sous un ciel d’encre.

Virginie.

Frédéric Schiffter 15/04/2012 10:48

Chère Virginie,

En exergue de votre billet, vous m’attribuez cette phrase :

« L’intellectuel […] c’est le souci de l’autre. […] C’est la certitude […] que je suis, moi qui pense, comptable, responsable, littéralement l’obligé d’autrui».

Or, au risque de vous décevoir, elle n’est pas de moi, mais, je crois, de ce petit monsieur satisfait de Bernard-Henri Lévy. Je la cite dans mon "Bluff éthique" pour en dire tout le gnangnan.

Je ne suis pas un intellectuel, mais, comme dirait Cioran, un penseur d’occasion, qui, par là même, n’a aucun souci de l’autre, ne s’en sent ni comptable, ni responsable, ni l’obligé.

Au fronton de ses "Essais", Montaigne, encore l’un de mes inspirateurs peu recommandables, avertit son lecteur qu’il n’a eu "nulle considération pour [son] service". Je fais de même quand j’écris
un livre, le but étant non pas de pourvoir autrui en opinions, ou de lui apprendre à vivre, mais de savoir ce que je pense — car personne ne connaît ses idées tant qu’il n’a pas tenté de les
clarifier par écrit. Écrire est le seul exercice spirituel, comme dirait Pierre Hadot, qui est à ma portée et qui ne moleste pas trop ma flemme.

Concernant le sujet de votre page, je vous donne (de mémoire) ce bel aphorisme d’Oscar Wilde que vous connaissez sans doute : « L’école est certes une grande chose, mais tout ce qui est digne
d’être connu ne peut s’enseigner ».

Mon bonjour depuis des falaises attaquées par le vent et l’écume des vagues,

Frédéric

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Contributions et Partenariats.

Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

Blogs voisins

Silapédagogie silapédagogie Aider ses élèves. com, un site de mathématiques créé par Marc Godin, chercheur en mathématiques, ce dernier est pointu et passionnant. Aider ses élèves . com Document Aider ses élèves . com - document

Emissions à écouter

___ Gai savoir Raphaël Enthoven - Paula Raiman et les indispensables Nouveaux chemins de la connaissance. Gai savoir ................................................................. Les nouveaux chemins de la connaissance - Adèle Van Reeth Les nouveaux chemins d'Adèle Van Reeth

Sites plus

Jaques Darriulat Jacques Darriulat _________________________________________ Philolog Philolog _______________________________________ Le lorgnon mélancolique. Le lorgnon mélancolique