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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 13:52

 

Senegal--2.jpg

 

Longtemps, je ne comprenais pas le spleen. Une douleur  insondable. Mais encore ? De quelle chair était faite la bestiole ? Etait-ce une névrose, une dépression ? De l’air en rareté dont on fait tomber les avions en plein vol ?

Une pathologie, m’assura-t-on. De celle foudroyant les poètes maudits, martelant l’âme d’une aiguille de fer. Une de ces sales maladies dont on ne peut s’imaginer atteint à l’âge tendre où l’on croit encore quelque peu – quoique de plus en plus rarement - en la véracité des paroles adultes. 

Rien de commun, donc, avec ce vertige amer bloqué sous la semelle.

 

Commun en rien non plus - semble-t-il - avec la chaleureuse clarté de Dakar, « Dekk raw » 1*, ce « pays refuge » où les robes réjouissantes des femmes sénégalaises frissonnent de couleurs intenses, vibrent d’une noblesse joyeuse,  se rient de l’extrême dénuement – attirent les regards avec malice telle la mousseline du tamarinier en hauteur du sol poudreux. 

 

Ici, les rues sont de terre et d’eau. En cette saison des pluies, les voitures avancent avec lenteur, passent les chaos avec une subtilité infinie. 

Par la fenêtre, le vacancier s’émerveille. La foule brouillante regorge de lumière. D’abondantes verticales bleues, jaunes, vertes, rouges, entrecoupent l’ocre sableux de courbes harmonieuses. On remarque les tissus frais, nets, cet art consommé de l’élégance. 

            « Se réjouir de sa condition humaine. » confie Abdoulaye - le guide. « Etre bien dans sa peau. Montrer que l’on est bien.» ajoute-t-il d’une voix lumineuse.  « Il faut savoir voir derrière les beaux vêtements.  Observer la condition des autres… La misère. » 

Silence entrecoupé d’étoffes.

                « Si vous êtes riches et que vous vous mettez à côté d’un pauvre, vous le fusillez.  »

Noblesse sereine et muette.

               « Si on est pauvre, on n’a pas besoin d’en avoir l’air. »  

 

                     « Si l’on se plaint vis-à-vis d’un pauvre, on l’enterre.» 

Laye--mouvement-23.jpg

 

Retour à la bergerie d’Eden, quadrillée aux quatre vents par de solides gaillards. 

A l’hôtel, jardiniers, serveurs, plagistes, piscinistes, barmans aux visages avenants souhaitent la bienvenue aux visiteurs.  La valse des sourires en quête d’Europe accueille le touriste en mal de Paradis.

 

Debout derrière les fauteuils tressés, Laye, un peintre de talent sillonne l’écume des ventres gras que nous alimentons tous à divers degrés. Silhouette bohème toujours active. Expression joviale et enjouée. 

 

Excès de sourire contre excès de misère ?

Tout à coup, l’œil aux aguets est saisi d’un vent crépusculaire. L’harmattan ? Un assèchement ?  Une fatigue ? Un couchant vite étouffé sous un crépitement d’énergie. Un feu d’actions volontaires faisant revenir l’artiste aux fondamentaux, aux questions d’alimentation de base, essentielles. Marche en direction des nécessités marchandes.  

 

Loin du spleen, de cette valse du ciel, ou si près ?

 

Un trou ? Un appel ? Inachevé – brouillant. 

 

    Oui, c’était bien cette affection toute anglaise et vaguement orientale**, ce chacal stagnant qui rôde. 

 

 Senegal.jpg

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*Le mot spleen a pour origine le mot anglais spleen (du grec ancien σπλήν splēn) qui signifie « rate » ou « mauvaise humeur ». En effet les Grecs, dans le cadre de la théorie des humeurs, pensaient que la rate déversait un fluide noir dans le corps : la bile noire, responsable de la mélancolie.

 

**

Empire Byzantin.

 

1* « Dekk raw », « pays refuge » est une étymologie possible en Wolof, l’autre étant l’arbre du Tamarinier (possible touchant la fibre sensible du Chêne, cela va sans dire).

 

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Laye.

 

Exposition en France.

 

Epigramme pour l'oeil.  

 

Laye-00a.jpg      Laye---mouvement-1.jpg

 

Laye-mouvement-10.jpg

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Published by Le chêne parlant - dans poésie Voyages
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commentaires

Alfonso 29/08/2013 20:22



Le chêne parlant 27/08/2013 20:26


L’écriture est parfois moins choix que nécessité…  


                                                       
                    Plumes sur sable.



Cédric 27/08/2013 13:41


Et avez-vous une préférence, chère Virginie ? Une préférence entre une rédaction "ni spontanée ni simple et qui peut prendre un certain temps" et une rédaction" courte et aisée, où l'inspiration
vient sans effort, sans recherche à effectuer" ?


 


Avez-vous une préférence entre ces deux "états créatifs" ? Si vous aviez le choix, préfèreriez-vous n'écrire que spontanément et sans effort, ou non ?  Et quand le redaction est spontanée et
sans effort, pensez-vous que le travail a été fait "en amont", "inconsciemment" ?


 


Signé Cédric, le curieux qui pose des questions bien curieuses... ;-)

Le chêne parlant 26/08/2013 19:20


Merci de cette précision, cher Nuage,


 


Pourtant, les envolées lyriques…


 


Vous avez raison, je n’ai point mentionné le site de Laye, le voici.


 


Belle soirée à vous, sous un ciel brouillé, Virginie.


 


 

Nuageneuf 26/08/2013 15:54


 


Un mot court à propos des toiles de Laye. Pour ma part, je ne trouve aucun rapport à Mathieu. J'y vois peut-être une inspiration de Dali dans la précision de la courbe mais encore plus une
inspiration de Picasso, ça c'est certain. J'ai bien regardé ce qu'il montre sur son site.


Amitiés à tous. 

Le chêne parlant 26/08/2013 08:56


Votre remarque à propos de Georges Mathieu est fort juste. Quand je le lui ai fait remarqué, Laye m’a dit ne point le connaître. Ce dernier se réclame de Picasso.


 


Je devrais élaborer un article en Arts plastiques mêlant ces différents liens. (80 autres attendent.) Je m’y attellerai quand la chose sera possible. N’étant ni spontanée, ni simple, parfois,
cela peut prendre un certain temps. Pour le Spleen de Dakar, c’est différent, l’inspiration m’est venue sans effort. La rédaction fut donc courte et aisée. Sans recherche à effectuer. 

Le chêne parlant 26/08/2013 08:46


Le spleen est une ombre qui colle à la semelle,


 


particulièrement Européenne.


 


Dans ce pays où « garab » est à la fois arbre et médicament, sa brume est peu répandue - la couleur des palabres  à l’ombre des baobabs, l’emporte. On tient ce chacal à distance des
relations sociales. 


 


Les sourires aiguisent l’ouverture. On prend le temps d’échanger. De discuter. De s’intéresser à l’autre. De retour en France, le contraste est bitumeux, les rues sont désertes. Les portes
closes. Par la fenêtre des voitures, une seule teinte se dégage : celle des portes closes, celle des rideaux à la blancheur froide, celle des murs plats. Une ville morte. Vide. Aussi, dois-je
l’avouer, le Sénégal nous rend - de fait - nostalgique.


 


Creusons...





 


Pour en revenir à Léopold Sédar Senghor, son chant d’ombre est indéniablement poétique. Néanmoins son concept de négritude m’interpelle. 


« La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture. » nous dit Aimé Césaire.


Le noir ne l’est-il pas de fait ? Quelle acceptation ? Quel destin ? 


La négritude est une terminologie indiquant un positionnement radical. Son principe s’érige en symétrie de la blanchitude, son contraire antéposé. 


L’Homme ne mérite-t-il pas mieux que cette ségrégation  ? 


 





 


Où placer les gardiens des esclaves – noirs eux-mêmes ? Dans quelle case ranger ces chefs de tribus allant « chasser du frère », un enfant contre un miroir, un baril de rhum contre une belle
femme ? 


 


Abdoulaye nous confia l’existence d’un village « Yayeme ». 


« Yayeme » ou « Yaweme », nous
assura-t-il, cela veut dire « On a échappé aux travaux forcés ». Ce village s’étant constitué afin d’échapper aux exigences du père Léopold Sanhor – lequel, riche armateur détenait pratiquement
toute la ville et exigeait des habitants de lourds tributs, un travail harassant.  


 


Lui et Semou (un journaliste) n’hésitaient à jouer sur les mots. Ces expressions devenues taboues, de celles nous faisant baisser les yeux. « Ici, c’est noir de monde… Vous broyez du noir…
 C’est un éléphant blanc [expression voulant dire qu’il s’agit d’un mensonge.] » 


 


Voici donc quelques cogitations pensées sur le mode du matin, c’est-à-dire en dialogue avec son bol de café… au lait.


 


Bien amicalement, Virginie.

Cédric 25/08/2013 22:07


Ce qui m'a sauté à l'esprit en voyant les tableaux de Laye, ce sont quelques-uns de ceux de George Mathieu découvert il y a quelque temps chez notre ami le nuage.


 


J'y vois une parenté.


 


Mes amitiés.

Alfonso 25/08/2013 17:33


Le spleen de Dakar (et d'ailleurs) c'est l'humanité du patrimoine ! (n'est-ce pas, Laye ?)


J'étreins le petit tamarinier tout pelé, isolé au bord de la grande route qui mène à l'aéroport international Léopold Sédar Senghor de Dakar.

Axel 25/08/2013 17:20


Je me suis fait une raison.....

Le chêne parlant 25/08/2013 17:05


Chère K.role,


 


Merci de ce nouvel éclairage. J’ai tendance il est vrai à développer un sentiment de possessivité à l’égard de mon cher Pessoa. Au reste, je me suis appropriée « The livre de l’Intranquillité »
d’Axel, dont je savoure quotidiennement « la beauté paisible ».


 


Belle soirée à vous, amicalement, Virginie.  

k.role 25/08/2013 16:32


... ainsi que la Saudade, l'âme portugaise de votre cher Pessoa : ici et là


bon dimanche, chère Virginie.

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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