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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 18:39

Citephilo---Enthoven.jpg

Le monde dans lequel nous vivons – reconnaissons-le – souffre souvent de ne pas nous convenir. Nous y cherchons, quoi ? Un divertissement ? De la nouveauté ? Un point rythmique qui viendrait réveiller l’encéphalogramme plat de notre réalité ?

A l’offensive de la vie, nous nous perdons dans des contemplations distrayantes, des achats joyeux – parce que nous croyons les posséder – rassurants parce que nous pensons les avoir - décevants car nous n’en avons jamais assez.

 

Et puis il est des phénomènes psychiques délicieux, comme ceux de relire les livres aimés – heureux de vivre ces instants de rencontre, en résonance avec ces mondes intérieurs, insolites, inépuisables.

 

On peut alors consentir au réel, aimer ce que l’on possède, « être sidéré – nous rappelle Raphaël Enthoven - par la présence de ce qui est ». « Il arrive - en effet - que certains se satisfassent du fruit qu’ils mangent. », de l’émission qu’ils écoutent ou de la conférence à laquelle ils assistent. 

 

Dès ce lundi Les Nouveaux chemins de la connaissance, en relation avec Citéphilo, se proposeront d’aborder le thème du réel. 

Qu’est-ce que le réel ? Quel réel ? 

 

Nous pourrons alors nous étonner de ce qui est.

Trouver de l’insolite, notamment au travers du prisme de la sociologie, avec Robert Castel. Apprécier le singulier des mathématiques et de ses vérités plurielles avec Jean-Pierre Kahane. Désirer aborder la philosophie et la littérature, avec, d’une part, Jean-François Favreau qui nous entretiendra de Michel Foucault et d’autre part Raphaël Enthoven qui viendra aborder la question centrale du réel chez Clément Rosset, séparément du besoin qu’on en a. 

 

En marge de cette passionnante série d’émissions, enregistrées ce week-end, les invités ont eu la gentillesse de répondre aux questions singulières des auditeurs de l’auditorium du Palais des Beaux Arts de Lille.

 

Dans les extraits vidéos – réels - qui suivent l’auteur du Philosophe de service répond avec une passion communicative aux questions des auditeurs. 

 

 

VIDEO 1

 

 (En remerciant Raphaël Enthoven ainsi que Gilbert Glasman

de leur gracieuse autorisation à la mise en partage sur la toile de cette vidéo) 

 

00.00 : A propos du spinosisme de Clément Rosset, compatible avec Pascal avec Bergson. 

 

00.22 (Sur la transcendance) :Dans un système transcendant il y a le sensible et le transcendant. Chez Rosset il n’y a pas de transcendance, mais il y a au sein du réel une scission entre la quantité et la qualité. 

 

00.52 ( Du cœur et de la raison) : Il y a dans l’immanence rossetienne deux registres : le registre du cœur et le registre de la raison. Le registre de ce qui s’explique et celui de ce qui se comprend. 

 

1.30 (Le monde selon Spinoza) : Pour Spinoza la seule énigme c’est l’existence elle-même. Il n’y a plus de pourquoi. 

 

2.15 : Rosset aime les philosophes qui ne démontrent pas l’existence de Dieu. Pascal ne démontre pas l’existence de Dieu (2.25). Ce qui se démontre (Nietzsche) ne vaut pas grand chose (2.40)

 

3.20 : L’immanence de Rosset : c’est un immanence qui ménage la possibilité de merveilleux – et  en est la condition. Il n’y aurait pas d’émerveillement s’il y avait une instance tutélaire chargée de dissiper les mystères (3.35)

 

4.00 : Du matérialisme de Rosset. Quand on est matérialiste on ne peut pas adhérer à la transcendance (4.10).  Rosset ne comprend pas comment on peut être matérialiste et révolutionnaire (4.15). 

 

4.38 : Double dimension du marxisme : dimension explicative (rien à dire), mais morale de temps en temps (problématique). 

 

VIDEO 2

 

 

 (En remerciant Raphaël Enthoven ainsi que Gilbert Glasman

de leur gracieuse autorisation à la mise en partage sur la toile de cette vidéo) 

 

00.00 : L’athéisme (ou du moins son agnosticisme) de Clément Rosset sont-ils les conditions de son mysticisme : c’est précisément parce que Clément Rosset ne croit pas en dieu qu’il peut être mystique.

 

00.40 : Totalité et singularité plutôt que universalité et particularité ? 

Clément est un critique de l’idée d’universel. De même du particulier, vu comme phénomène d’une loi plus générale. 

1.35 : Pour Clément Rosset le vrai couple est hasard et nécessité. Hasard et nécessité sont des synonymes qui ne s’admettent pas. (2.28)

 

2.35 : A propos de Parménide.

On a fait dans l’histoire des idées de Parménide le père de Platon (3.35) et Platon aurait commis un parricide en introduisant le non-être au sein de l’être. Rosset dit que c’est une interprétation fautive et pauvre (4.27)

(4.55) D’un point de vue parménidien, comment peut-on croire en dieu ? Soit dieu est, soit il n’est pas. Si il est il n’y a pas besoin d’y croire, s’il n’est pas la question ne se pose pas. Ce qui existe, existe, ce qui n’existe pas n’existe pas. C’est la formule même de l’immanence. 

 

5.36 Le paradoxe de l’université : elle n’accepte pas les philosophes.

 

6.30 invite à lire Principes de sagesse et de folie (Parménide et les fourberies de Scapin de Molière). Rosset a remplacé un Parménide transcendant par un Parménide immanent (7.07)

 

VIDEO 3 

 

 (En remerciant Raphaël Enthoven ainsi que Gilbert Glasman

de leur gracieuse autorisation à la mise en partage sur la toile de cette vidéo) 

 

00.00 : Sur la physique quantique et la philosophie de l’immanence. 

Sur le fait de ne pouvoir dissocier le phénomène des procédures mises en œuvre pour l’observer. Une philosophie de l’immanence est une philosophie où l’homme n’a pas sa part (00.32)

Rosset aime beaucoup le Sartre de la première façon : celui de la Nausée par exemple (1.00)

 

2.00 : De la musique : la jubilation musicale vient du fait que la musique ne parle pas la langue des hommes. C’est en cela que elle est si précise quant au réel (2.14). L’enjeu de la musique est celui d’une science intuitive (2.42)

 

3.30 : Sohrawardi : C’est un philosophe de la lumière, de l’épiphanie. Rosset aussi. L’éducation sentimentale (4.00) : « Ce fut comme une apparition ». 

Grande question métaphysique : Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien (4.42) : C’est un faux problème pour Rosset. Quand on ne voit pas quelque chose à laquelle on s’attend on dit qu’il n’y a rien (5.25) – on cherche des vers et on tombe sur de la prose (exemple de Bergson). 

 

VIDEO 0

 

 

0.00 : Il ne faut pas s’en tenir à la vérité – Ne jamais renoncer au vertige – Faire de la philosophie c’est ne pas se satisfaire de ce qui nous rassure 

      --------------------------------

 

Pour ceux qui en ont l’occasion, ce billet est une invite à se rendre à une ou plusieurs conférences bien réelles de cette seizième édition de Citéphilo qui se déroule du 8 au 28 novembre avec pas moins de quatre invités d’honneur.

 

Encore merci à Raphaël Enthoven dont je cite de mémoire la réponse qu’il me fit alors que je lui demandais son accord pour la mise en ligne de ces extraits vidéos : « Oh là, oui, je contresigne tout ce que j’ai dit. » 

-------------------------------

A LIRE :

 

Le réel, traité de l’idiotie.


Principes de sagesse et de folie

 

-----------------------------

Sites 

 

Site officiel de Clément Rosset.


Les Nouveaux Chemins de la connaissance : Clément Rosset et le réel

 

 

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Published by Le chêne parlant - dans philosophie conférences
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commentaires

The speaking oak 17/05/2014 13:52

Dear powered pbx,


The melody is scattered to the four corners of present.

Do not let it slip to the past.

I'm not sure of the translation… Sorry.


La mélodie est éparpillée aux quatre coins du présent.

Ne pas la laisser filer aux temps passés.

powered pbx 16/05/2014 12:03

The world which we live is a mixture of all categories of people and things around us where music play an important role to attract all categories of people. I do love melody type of songs as they drive me into a dream world

Le chêne parlant 26/05/2013 20:08


Cher Pierrot, vagabond des mots et des routes,


 


Il est dans la nature humaine de se demander pourquoi on fait les choses. A quoi mène une étude, une idée, des textes mis en ligne. Le temps passé. L’ à quoi bon me saisit souvent. Et puis il y a
les commentaires… C’est, je crois, ce qu’il y a de plus intéressant dans un blogue : l’échange … Merci de vos liens, votre engagement est peu commun. Enfin, votre poésie me fait penser à cette
photo de Frida Kahlo…





 


Beaux chemins à vous.

pierrot, vagabond des mots et des routes 25/05/2013 21:08


bravo pour ce magnifique blogue le chêne parlant:))))


 


LE RIEN, (wow-t=2.7K)
se nomme peut-être
BEAUTÉ DU MONDE


Dans le cadre d’un doctorat en phénoménologie
sur la question suivante:


SI UNE PERSONNE
PREND SOIN DE LA BEAUTÉ DU MONDE
SE PEUT-IL QUE LA BEAUTÉ DU MONDE
PRENNE SOIN DE CETTE PERSONNE?


permettez-moi de vous offrir une de mes chansons:


—-


DANS LA BEAUTE DU MONDE


dans la beauté du monde
dans la beauté du monde
je marcherai


deux âmes sioux m’inondent
deux âmes sioux m’inondent


dans votre beauté du monde
France et Jean-René
je marcherai


suis devenu


un arbre qui marche
parce qu’il relève ses racines


un doux vieillard
qui le soir délasse ses bottines


une belle jeune fille
qui r’trousse sa jupe
parce qu’elle dessine


le bout d’ses doigts
dans la rivière


dejà fini
l’été d’hier


reste le canot de Jean-René
les fruits de France et sa bonté


sur leur galerie
de Notre-Dame de Montaubant


je me prépare pour l’hiver
tel un enfant


car mes deux ames sioux
ont fait de moi
un arbre-fou


comme le canot de Jean-René
sur la rivière Batiscan


comme les fruits de sa belle France
de Notre-Dame de Montauban


je traverserai
l’éternité
en marchant
la neige et le vent


Pierrot
vagabond céleste
—–
http://www.enracontantpierrot.blogspot.com
http://www.reveursequitables.com


http://www.demers.qc.ca
chansons de pierrot
paroles et musique


monsieur 2.7k (roman phénoménologique)
http://www.reveursequitables.com,presse,(monsieur 2.7k)


sur youtube,
Simon Gauthier conteur video vagabond celeste


longue vie à votre blogue


Pierrot

Nuageneuf 27/11/2012 10:47


 


Merci pour cette découverte, chère Le chêne parlant avant-hier.


 


ps : il est vrai que si Paideia, les grecs ne sont jamais loin, à ce qu'on dit. Désolé pour cet affreux jeu de mot dont j'ai honte. Je sors.

Le chêne parlant 25/11/2012 12:04


C’est contraire à la Paideia, cher Nuage. 


 


Commentant Platon et Protagoras, Jaeger écrit: "l'harmonie et le rythme de la musique doivent être communiqués à l'âme pour que, à son tour, celle-ci devienne harmonieuse et obéisse aux lois
rythmiques." (Paideia, p.361)

Nuageneuf 25/11/2012 11:53


 


Cher Le chêne et son double,


 


Je m'adresse à la spécialiste que vous êtes et vous conseille de le Rosset ! 


 


 

Metalleux 25/11/2012 08:28


Il exista jadis des chênes percussionnistes, qui derrière les fragiles frondaisons, faisaient un boucan de tous les diables.

Le chêne et son double 25/11/2012 06:26


Cher anonyme,


 


Merci de vos gentilles attentions.


Heureusement, le « Dieu Technologie » - ayant toujours plus d’une idée monnayable en poche - pourvoit aux besoins de la ménagère de plus de quarante ans en vendant des casques.


 


Bon week-end à tous et aux autres, amicalement, V. 

Nuageneuf 24/11/2012 15:59


 


Chère Virginie,


 


Ceci est un commentaire anonyme.


 


Un certain Axel écoute des "musiques" à vous "tympaniser" ! Si vous en êtes victime non consentante, l'asile musical vous est assuré chez Nuageneuf. 


 


Croyez en notre compassion. Nous ferons tout ce qui est humainement possible pour vous sauver. Courage. Vous n'êtes pas seule.


 


Bien anonymement vôtre,


Nuageneuf et Jean-Michel


 


 

Le chêne parlant 23/11/2012 19:13


Cher Soluto,


 


Naturellement, cette référence au destin est un clin d’œil, une note d’humour, n’y voyez aucune croyance personnelle. 


La dernière question fait référence au choix d’Achille.


Thétis demanda au solide combattant de choisir entre une vie longue et sans honneurs et une vie brève et glorieuse. 


Achille fit le choix que l’on sait.


Evidemment, le phasme face à l’araignée avait peu de chance d’en réchapper, quant à  parler de choix…


 


Excellente soirée à vous, amicalement, Virginie.


 


Nota : L’anecdote de Spinoza et des araignées ne m’avait bien évidemment pas échappée. Merci de ce savoureux rappel.

Le chêne parlant 23/11/2012 18:40


Cher Nuage,


 


Délicate po-ésir que voici.


 


Excellente soirée à vous, amicalement, Virginie.

Le chêne parlant 23/11/2012 18:24


Chère Jeanne,


 


Je vous souhaite la bienvenue sur ce blogue et vous remercie de ce long commentaire, intéressant par bien des côtés. 


Vous y notez : « la passion, amoureuse ou non, … la passion est du côté du passif. » Cela interroge. En effet, la passion pour une matière – la musique, les mathématiques ou autre – n’est-elle
pas au contraire le fruit d’un éros, d’un élan vital, d’une libido ? Chercher le résultat d’une équation, n’est-ce pas s’engager ‘corps et âmes’ dans la recherche de solution ? 


Au reste, ne parle-t-on pas de désir ? Le désir fonctionne comme un carburateur selon Deleuze. A mon sens, la passion est donc un affect actif et non passif.


 


Je ne résiste pas au plaisir de vous retranscrire les propos de Cédric Villani, un
mathématicien d’exception, prononcés sur  les matins d’été de notre notre chère FC.


 


Julie Gacon : «Vous citez André Weil qui dit :  Tout mathématicien digne de ce nom a ressenti, même si ce n’est que quelque fois, l’état d’exaltation lucide dans lequel une
pensée succède à une autre comme par miracle contrairement au plaisir sexuel, ce sentiment peut durer pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Alors êtes-vous un mathématicien digne de ce
nom ?


Cédric Villani : Avec une citation comme ça, vous allez faire classer X votre émission.


[…] Tout est bon pour avoir le plus d’audience possible, je vois. […]


J’ai décrit une expérience comme ça dans mon ouvrage. C’est, comme le dit Weil justement c’est pas tout le temps, c’est quelque fois que ça arrive mais ça vous arrive.. Il y a quelques
expériences que je peux citer de cet état d’exaltation à la fois très intense et avec un sentiment de quelque chose qui dure, de quelque chose qui vous apaise aussi.


Par exemple… La solution de la conjecture de Cercignani … Complètement coincé sur un calcul… Incapable de trouver quelle est la route logique qui mènera au résultat… après une nuit infernale
passée à chercher… J’entre dans le TGV qui va me mener à Paris sans la démonstration…quand  je m’assoie paf la démonstration est là… C’est la ligne directe… Et là c’est un sentiment
incomparable


Le stress peut-être une chose à la fois paralysante quand elle est trop envahissante et une chose extrêmement exaltante et motivante quand vous la maîtrisez. »


Cédric Villani - médaille Fields 2010 : récit d'une traque à plusieurs inconnues


22.08.2012 - 07:00 - Les Matins d'été par Julie Gacon.


 


Je vous souhaite une excellente soirée. Très cordialement, Virginie.

Jeanne R. 23/11/2012 02:26



Preuve ici que le réel se vérifie puisqu'il se filme. Alors un grand merci à Axel pour son message des NCC, ainsi la discussion
instructive a pu se prolonger grâce à la vidéo pour certains fidèles de la philosophie sur FC, comme moi-même.

La fascination qu'exerce Clément Rosset sur Raphaël Enthoven est passionnante, et, en ricochet, la fascination que Raphaël exerce sur nous l'est tout autant.

Aussi, je me permets - ci-dessous - de faire un raccourci de mon commentaire envoyé aux NCC, commentaire en lien direct avec l'émission, évidemment.

- Parler du réel, c'est le vivre d'abord ; quoique vivre le réel c'est d'abord commencer par en parler.
- Le réel est à la fois le tout et le rien, celui qui nous entoure comme celui qui nous fait vu que le réel est une part du concret de notre être.


 


- Penser le réel n'est pas mieux le vivre mais plus le penser.

- Le réel est en dehors de la passion, amoureuse ou non, pour la raison que la passion est du côté du passif.
- Le réel déçoit, oui et non c'est selon, selon son vouloir ou plutôt selon son bon vouloir ou même le bon vouloir de l'Autre... Le réel est toujours désir, désir de partage.


 


- Il est parfois sous forme d'un objet singulier comme le réel n'est pas toujours insaisissable, pour preuve... Dans l'envers du décor, vrai de vrai un soir un homme m'a décrochée la lune ; bon,
c'était au premier degré, elle était en carton pâte ! En ce cas, le réel serait-il remplaçable ? Oui et non, pour l'occurrence il y avait deux lunes : la vraie et la fausse ; c'est aussi cela :
la beauté du singulier, celle qui nous fait dire que deux mondes coexistent ! Mais lequel est le plus vrai : celui que l'on touche ou celui que l'on voit ? Les deux à la fois ou aucun ?


 


Bien à vous,
Jeanne R.


 


 

Soluto 22/11/2012 18:13


Virginie,

Cette histoire de phasme aurait réjoui Spinoza qui se plaisait, dit-on, à jeter les mouches dans les toiles d’araignées en riant aux éclats (euh, pour les éclats je ne suis plus très sûr…)
Vos questions en appellent d’autres… Croyez-vous vraiment qu’on ait un destin, que quelque chose de nos vies soit inscrit quelque part et se déroule selon un plan, un dessein secret ? Spinoza, là
encore, me parait très éclairant.
A la question du savoir Monsieur Rosset, si je l’ai un peu compris, vous dirait sans doute qu’on en sait toujours trop sur soi, qu’on s’invente et se ment, que nous n’avons accès qu’à notre
double halluciné, que l’identité est un leurre…
Quant à votre dernière question elle me fait penser à la fable où le loup, voyant le col du chien pelé lui demande « qu’est cela » ? Au confort de la boite ou du logis du maître certains
préfèrent l’incertitude des grands chemins. Mais à y regarder de près je ne distingue pas les plus heureux. Tout dépend de l’histoire qu’ils se racontent…
Bien à vous…

Soluto


Ps; J'espère que cette fois mon commentaire vous sera accessible.

Nuageneuf 22/11/2012 14:35


"La blessure profonde de leur vie est dans ma
mélancolie" écrivez-vous, chère Virginie. Quelle phrase superbe...


 


On pensera à ce poème d'abord en V.O. (!) puis en français d'hui :


 





Ou puis
parfont de ma merencolie


L´eaue d´Espoir que ne cesse de tirer


Soif de Confort la me fait desirer


Quoy que souvent je la treuve tarie


Necte la voy ung temps et esclercie


Et puis après troubler et empirer


Ou puis parfont de ma merencolie


 


D´elle trempe mon ancre d´estudie


Quant j´en escrips, mais pour mon cueur irer


Fortune vient mon pappier dessirer


Et tout gecte par sa grant felonnie


Ou puis parfont de ma merencolie


 


 


 


Au puits profond de ma mélancolie


L´eau d´espoir que je ne cesse de tirer


La soif de réconfort me la fait désirer


Mais souvent je la trouve tarie


 


Je la vois un moment propre et claire


et puis je la vois devenir trouble et mauvaise


Au puits profond de ma mélancolie


 


De cette eau je dilue l´encre de mon étude


Quand j´écris, mais pour mettre mon coeur en colère


Fortune vient déchirer mon papier


Et jette tout par grande perfidie


Au puits profond de ma mélancolie.


 


 


Charles d’Orléans

Le chêne parlant 22/11/2012 07:46


Cher Soluto,


 


Pour que votre commentaire apparaisse, il vous faut passer par Notepad (copier-coller puis re copier – coller)


 


Bonne journée à vous, amicalement, Virginie. 

Soluto 21/11/2012 23:45



Le chêne parlant 21/11/2012 20:38


Avec une telle  publication nous ne vendrions pas plus de deux exemplaires,  cher Nuage -  le vôtre et le mien, s’entend.


 


Belle soirée à vous, amicalement, Virginie.


 

Le chêne parlant 21/11/2012 20:26


La blessure profonde de leur vie est dans ma mélancolie, cher Frédéric. 

Frédéric Schiffter 21/11/2012 18:46


Chère Virginie,


 


Assurément, le joyeux s'agite davantage que le mélancolique. Son euphorie, par définition, le porte à entreprendre ceci ou cela. Il le fera même en sifflotant, comme les nains de
Blanche-Neige qui vont au boulot et en reviennent. 


Pour ma part, n'en déplaise aux spinozistes, et, après tout, pourquoi pas, aux rossétiens, je ne crois pas que la joie, entendue comme émotion et non comme force majeure — vouloir-vivre —, soit
propice à cette activité si particulière appelée, tant pis pour le ronflant, "création artistique." Proust disait que les années heureuses furent des années perdues pour son œuvre et, partant,
qu'il lui fallait toujours attendre un malheur pour écrire. Il sous-entendait bien sûr que ledit malheur aussi violent fût-il devait lui laisser suffisamment de vitalité pour transfigurer le
chagrin en désir d'écrire. Il parlait même alors de joie, mais il fallait comprendre joie esthétique. Telle est cette joie esthétique que doit connaître aussi Clément Rosset qui, en
grave dépression depuis des années, trouve un plaisir majeur à publier de temps à autres, sur un mode humoristique, les comptes-rendus de ses angoisses et, récemment, de ses cauchemars.
Schopenhauer dirait que, chez ce philosophe, le vouloir-vivre universel se manifeste en désir d'écrire sans altérer sa faculté de représentation — sa lucidité. Au contraire, même, Schopenhauer —
comme d'autres fins psychologues— verrait une relation directe entre la mélancolie et le génie philosophique de Clément Rosset. 


 


Bien à vous, chère Virginie,


 


Frédéric


 


 

Nuageneuf 21/11/2012 12:03


 





Entre le phasme, le hérisson quoique absent aujourd’hui et l’araignée, il me semble que des aventures moins dramatiques se sont déroulées dans vos colonnes et/ou dans
celles d’Axel, chère Virginie. Et c’est heureux ! De là à en faire un livre pour la jeunesse, quelle bonne idée. Pour se moquer un peu, je suggère déjà un titre à la Catherine Pancol qui est
à Claire Pignol ce que je suis à Hubert Reeves ( !) :


 


« Le cadeau du ciel fait par le professeur qui avait perdu son chandail lors du conseil de l’école de ce vendredi dernier à l’araignée sans
vergogne. » 

Le chêne parlant 21/11/2012 11:14


Cher Frédéric,


 


Merci de ces longs développements, activateurs de conscience. Je vois tout à fait à quoi vous faites allusion lorsque vous évoquez Spinoza et « son rationalisme absolu, vide de tout sensualisme.
» Effectivement, il y a quelque chose de sec et de desséchant chez ce philosophe… Aussi, je comprends mieux où vous vouliez en venir.


Clément Rosset est un philosophe de l’immanence, de l’ici et maintenant. 


 


En revanche, pour ce qui est de cette « … joie [qui] n'augmente évidemment pas la force d'être. », je ne suis pas sûre de vous suivre. Ainsi, lorsque nous sommes atteints de
tristesse aiguë  - à la limite de la dépression -  nous sentons intimement ce goût de la diminution saisir notre être. Les raisonnements passent pour difficiles, les réflexions
compliquées, tout réclame une somme d’efforts, la moindre action devient une entreprise considérable -, tout relève de l’à quoi bon, nos forces s’amenuisent. Ainsi, en contrepoint de cette
infiltration du vide, du froid, du figé, ne peut-on dire que la joie est une augmentation de l’être ? Une enveloppe qui fait unité avec nous, un terreau fertile où les germinations de l’esprit
peuvent s’enraciner... tout comme la santé, d’ailleurs ?   


La joie deviendrait alors facteur – indirect mais réel - d’augmentation. 


Mais encore une fois, peut-être tout ceci n’est-il qu’élucubrations basées sur une logique erronée.


Je vous souhaite de bonnes séances de dédicaces. 


 


À vous,


Virginie.

Axel 21/11/2012 09:42


En tout cas, il y a là matière d’écriture pour un livre jeunesse !


Nos chères têtes blondes y trouveraient sans nul doute de quoi méditer sur les aléas du monde.


 

Le chêne parlant 21/11/2012 09:06


« La joie est une réjouissance inconditionnelle de et à propos de l’existence. Or il n’est rien de moins réjouissant que l’existence à considérer celle-ci en toute froideur et lucidité
d’esprit. » Clément Rosset. La force majeure.


 


Cher Soluto, 


 


Effectivement, je me suis replongée dans ces émissions. 


 


Et figurez-vous qu’en réécoutant l’une d’entre elles, j’ai pensé au  destin tragique du phasme. 


 


L’histoire réelle se déroula le mercredi 14 novembre : 


 


Lors d’une conférence de Citéphilo intitulée « L’empire
de la valeur » me voici bientôt – appareil photo en main - assise au premier rang de l’amphithéâtre de Science Po. Après quelques minutes, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir sur mon
chandail, avançant nonchalamment,  un phasme de belle taille. 


Je pensai d’abord masquer l’animal d’un revers de manche afin de ne pas affoler l’assemblée à l’écoute d’André Orléan, Claire Pignol et Laurent Cordonnier. Mais l’insecte vigoureux et fort vert,
reparut, bien décidé à ne pas se laisser dissimuler de la sorte. Discrètement, je m’en saisis donc et le plaçai délicatement dans la poche de mon sac à dos.


De retour à la maison, je filai illico dans ma librairie et rendais le curieux – et singulier - animal à son habitat non naturel : un terrarium fraîchement approvisionné en lierre. Heureuse de le
voir s’épanouir sur une feuille, manifestement revigoré par son escapade intellectuelle.


 


Happy end ? 


Le lendemain, je devais retrouver un corps mou dénué de pattes dans la cuisine. Un autre gisait en haut des marches de l'escalier, enfin, près du terrarium, trois moitiés mutilées s’étalaient sur
la moquette. Mon chat satisfait - lequel m’avait suivi lors du changement précipité de lierre de la veille - jouait avec ce qu’il est bien convenu d’appeler un corps disloqué.  


 


(Coup du sort, je devais perdre mon chandail lors du conseil d’école de ce vendredi dernier.)


 


L’histoire pourrait s’arrêter là, il n’en est rien. 


Une autre fois, nettoyant le terrarium en plein air, je vis un jeune phasme perdu dans l’herbe. 


Bah, étant donné le nombre impressionnant de naissances, me suis-je dit, pourquoi ne pas accorder à ce pauvre hère la liberté ? Je le pris donc, désireuse de ne pas le voir coupé en morceaux par
la tondeuse et le lançai bientôt – non sans  fierté face à une si belle et noble action - dans les branches d’un arbuste. 


Fortuitement, le malheureux atterrit droit dans une toile. Ni une ni deux, le temps d’un éclair, l’araignée aux aguets avait déjà immobilisé sa proie et empaqueté ce qu’il est bien convenu
d’appeler un cadeau du ciel.


 


1) Peut-on échapper à son destin ?


2) Le savoir est-il nuisible ?


3) Vaut-il mieux vivre une vie longue dans une boîte ou préférer une vie libre et brève ?


 


Voilà à quoi l’on cogite en ces heures matinales. 


 


Merci de votre commentaire, belle journée à vous.

Le chêne parlant 21/11/2012 04:06


Cher Nuage, 


 


C’est une louange, c’est un éloge, c’est une célébration, que dis-je, c’est un panégyrique. 

Soluto 20/11/2012 12:06


> Virginie, merci et bravo pour votre blog, pour les échanges qu'il suscite, pour les interventions de qualité qui l'honorent... Je ne suis qu'un tout, tout petit lecteur de Clément Rosset. Je
suis allé jusqu'à cet auteur par Monsieur Enthoven qui l'a souvent fois reçu à France Culture. Je me souviens d'ailleurs qu'ils ont eu des échanges nourris et passionnants à propos de Spinoza
(mais aussi de Leibniz par exemple). Les entretiens avec Monsieur Rosset sont toujours surprenants et sa drôlerie est impeccable.


Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est qu'en découvrant votre billet, vous m'avez contenté au delà de ce que j'espérais. Ces échanges, à l'instar du fruit, sont plus savoureux que tout ce que j'aurais
pu imaginer.


Bien à vous et bonne continuation...


Soluto

nuageneuf 19/11/2012 14:14


 


 


S'il est une chose bien REELLE, c'est que la photo de notre cher Chêne parlant a changé !


 


Et c'est un succès ! 


 


CHRISTIAN


         Oui... je deviens sot !


ROXANE


Et cela me déplaît !


Comme il me déplairait que vous devinssiez laid.


CHRISTIAN


Mais...


ROXANE


Allez rassembler votre éloquence en fuite !


CHRISTIAN


Je...


ROXANE


           Vous m'aimez, je sais.
Adieu.


Elle va vers la maison


CHRISTIAN


Pas tout de suite !


Je vous dirai...


ROXANE, poussant la porte pour rentrer


                                            Que
vous m'adorez... oui, je sais.


Non ! non ! Allez-vous-en !


CHRISTIAN


Mais je...


Elle lui ferme la porte au nez.


CYRANO,


qui depuis un moment est rentré sans être vu


C'est un succès.

Axel 19/11/2012 09:17


Cher Frédéric,

Nous nous apprêtions hier soir à nous rendre à la dernière conférence de J.Bouvresse lorsque votre dernière réponse est arrivée. Et ce soir, après avoir ôté nos chaînes, nous avons prévu
d’assister à un entretien autour de des dialogues de Rousseau.  Ceci pour dire que Virginie s’est trouvée désemparée à l’idée de ne pas pouvoir vous répondre avant sans doute ce
mercredi.
Aussi lui ai-je promis de vous en avertir et d’esquisser ici juste la teneur de nos échanges à propos de la stimulante philosophie rossétienne (j’ai commencé à relire hier après-midi ‘
Schopenhauer, le philosophe de l’absurde’). 

Cette citation, relevée dans les premières pages du livre de Rosset sur Schopenhauer, « Avoir L’esprit philosophique, dit Schopenhauer, c’est être capable de s’étonner des évènements habituels et
des choses de tous les jours… », va tout à fait dans le sens de ce que vous écrivez : « Le réel est toujours surprenant quand il lui arrive de satisfaire nos attentes et de tromper nos
inquiétudes. Mais c'est la même chanson, si j'ose dire, quand ce que nous craignons se produit. »

Peu de pages plus loin j’ai relevé ce qui semble être l’opposition entre Spinoza et Schopenhauer. Clément Rosset explique en effet que pour Schopenhauer le monde est « incausé », « sans raison »,
« non nécessaire », et donc absurde, alors chez Spinoza le monde au contraire a une existence  « absolument nécessaire », et que c’est là même l’unique condition de sa cohérence.
Ceci semble également aller tout à fait dans le sens que vous exposez, à savoir que tirer Rosset (en posant celui-ci comme Schopenhauerien, sujet sur lequel je n’ai pas encore vraiment réfléchi
en profondeur) du côté de Spinoza apparait comme un écart difficile à tenir.

C’est peut-être sur la joie qu’il est le plus aisé de faire le lien Rosset - Spinoza. Mais pour ma part j’avoue avoir beaucoup de mal avec ce mot de joie et de ce que recouvre d’ordinaire ce
concept fort chargé ; en peu de mots cela m’apparait très ‘chrétien’ et me fait aussitôt songer au champion contemporain de la joie, à savoir Robert Misrahi.
Et puis ce pessimisme  de Schopenhauer, ou plutôt pour moi sa lucidité, n’est pas incompatible me semble-t-il, avec la recherche de bien être, ou de mieux être (je m’adosse ici sur ses
‘Aphorisme sur la sagesse’ qui m’ont faits fort effet. Mais j’y reviendrai je l’espère dans un prochain billet).

Désolé cher Frédéric de cette réponse fragmentaire et décousue, mais j’écris cela dans l’urgence, depuis un bureau ou je suis cerné d’appels téléphoniques et de sollicitations ma foi fort
triviales.

Très bon début de semaine à vous
Amicalement


Axel

Frédéric Schiffter 18/11/2012 16:04


Chère Virginie,


L'Aurige de Delphes a désiré la victoire, il l'a remportée, le voilà joyeux. Ce qui l'emplit de joie, joie qu'il étend au fait même de vivre et, par cercles de plus en plus larges, à la vie même,
c'est la surprise d'avoir gagné. S'il s'attendait à ça!... Certes, il l'espérait, la victoire, il n'en dormait plus, mais, là, c'est réel, l'objet de son espoir est atteint. Le réel est
toujours surprenant quand il lui arrive de satisfaire nos attentes et de tromper nos inquiétudes. Mais c'est la même chanson, si j'ose dire, quand ce que nous craignons se produit. La poisse est
tout aussi surprenante. Il nous arrive une tuile. Nous nous doutions qu'elle arriverait. Nous le redoutions, même. Elle est arrivée. Si nous nous attendions à ça! Du coup, l'existence se teinte
d'une couleur sombre. Fichue vie! Espérer ou craindre, ou, si vous préférez, désirer ou ne pas désirer, n'a donc aucune part aux choses heureuses ou malheureuses qui nous arrivent. Le hasard seul
en "décide". Défintion même du tragique. 


La joie n'augmente évidemment pas la force d'être — idée que Spinoza ne prend jamais la peine de préciser —, mais l'énergie à gesticuler en poussant des cris comme on peut le voir quand des
suportères de foutebale exultent quand leur équipe a gagné un match (à cet égard, l'Aurige de Delphes montre plus de retenue). La joie n'est qu'une émotion parmi d'autres et, si Spinoza dit qu'il
vaut mieux être joyeux que triste, je peux le lui accorder. J'ajouterai même : en bonne santé plutôt que malade, dans l'aisance plutôt que dans l'indigence. 


La joie de Rosset n'est pas spinoziste, mais schopenhauerienne en cela qu'elle correspond à l'idée que Schopenhauer se fait du vouloir-vivre, à savoir une force vitale, en effet, à
l'œuvre dans les tortillements du ver de terre jusqu'à la rotation des planètes en passant par la croissance des plantes. La joie de Rosset est d'autant plus schopenhaeurienne qu'elle en est le
parfait décalque sur le plan anthropologique: les hommes vivent dans l'adversité, mais ils y vivent malgré tout, en dépit de ce que la raison leur montre comme étant absurde. Il y a une
force majeure qui pousse les humains à passer outre aux turpides que le temps, le hasard et la mort leur font subir. Ils ne désirent rien de ce qu'il leur arrive. Ils sont mus
involontairement par la Volonté. Que Rosset semble, c'est vrai, s'éloigner du concept du vouloir-vivre pour lui substituer celui de la volonté de puissance nietzschéen
(bien que, à ma connaissance, il ne le fasse pas explicitement), ne change rien à l'affaire puisque Nietzsche n'a cessé d'être schopenhauerien — sa volonté de puissance n'étant qu'un avatar du
vouloir-vivre. 


 


Encore une fois, je ne sais pas de quelle œuvre de Rosset l'ami Raphaël trouve un lien entre ce dernier et Spinoza.


Quant au rapport entre Spinoza et Nietzsche, il faut se rapporter à une lettre que Nietzsche écrivit à Overbeck datant de 1881 où il exprime son ravissement d'avoir découvert Spinoza comme
précurseur. Mais il faut aussi lire ce passage du §373 du Gai savoir où le philosophe au marteau dit que, finalement, "tout ce que Spinoza a laissé, à savoir l'amor intellectualis
dei, sonne comme un cliquetis de squelette" — Nietzsche reprochant à Spinoza son rationalisme absolu, vide de tout sensualisme. 


 


Pour me résumer, chère Virginie, autant je vois bien Rosset dîner en compagnie de Schopenhauer et Nietzsche parlant tous trois abondamment de Mozart, de Rossini et de Bizet, et buvant du bon vin,
autant je le vois mal à table avec Spinoza (auteur qu'il ignore dans ses ouvrages, ou presque) surtout au moment où l'on apportera le camembert. 


 


À vous,


 


Frédéric


 

Le chêne parlant 18/11/2012 12:20


« Toute philosophie est une philosophie de façade […] Toute philosophie dissimule aussi une philosophie ; toute opinion est aussi une cachette, toute parole aussi est un masque. » Par delà le
Bien et le Mal § 289. 


 


Cher Frédéric,


 


La figure de l’Aurige de Delphes, développée dans la ‘Force majeure’ par Clément Rosset me semble particulièrement frappante. 


« Je dirais volontiers que le ciseau du sculpteur a saisi le regard de l’Aurige à l’instant précis où celui-ci cesse de penser à son bonheur d’avoir gagné pour songer à tout autre chose : à la
joie générale qui consiste à vivre, à s’aviser que le monde existe et qu’on en fait part. » Cette proposition est bien, comme vous le souligniez, une adhésion pleine et entière à la vie. Plus
loin, Clément Rosset écrit : « L’homme de désespoir est un homme à bout de ressources et d’arguments, un homme vidé, littéralement « épuisé »… A l’opposé, la joie constitue la force par
excellence. »


Ces lignes ne sont pas sans rappeler Nietzsche, bien sûr. Et – m’a-t-il semblé - Spinoza dont la ‘joie’ vue en tant qu’augmentation de la « force d’exister » n’est pas sans lien avec la
philosophie de Clément Rosset. 


Aussi, dans la mesure où Clément Rosset développe longuement – notamment dans ‘La force majeure’ – les pensées de Nietzsche, lequel a été affecté – influencé - par la philosophie de Spinoza, ne
peut-on inscrire Clément Rosset sinon dans une filiation, au moins par effet de capillarité, dans une lignée pouvant s’énoncer ainsi :


                       Spinoza – Nietzsche – Clément Rosset ? 


 


Mais peut-être me trompe-je, oser se lancer c’est dire nombre de bêtises.


 


Excellent week-end à vous.


À  vous,


Virginie.  

Axel 17/11/2012 18:34


Cher Frédéric,


 


Nous revenons là de deux conférences successives avec J Bouvresse, tout à fait passionnantes (l’une sur le réel, en compagnie de Claudine Tiercelin et l’autre sur Musil), mais il faut avouer que
la tête est désormais un peu lourde.


 


N’ayant pas usage de piscine dans le grand nord – et il est un peu tard de toute façon – rien de tel qu’un bon Dexter bien saignant pour se remettre les idées en place. 


 


Sur le sujet que vous évoquez, il se trouve justement que ce matin je préparais un maigre billet (encore inachevé) sur le dernier livre de Clément Rosset L’invisible où j’avais justement relevé
un passage par rapport au désir, ayant été saisi par l’écho qu’il faisait aux propos de R.Enthoven. Voici ce passage repris en entier (je n’avais repris de mon côté que le passage mis en souligné
ici ) : 


« Le réel n’a jamais intéressé personne disait Baudrillard. Ce qui est sûr, c’est que si un objet réel peut être tenu momentanément pour intéressant ou désirable, il perd tout intérêt et tout
attrait dès lors qu’il a la bonne, ou plutôt la mauvaise fortune, de tomber dans votre épuisette. Devenu vôtre et concret, on n’en a plus rien à faire. Il serait évidemment erroné de considérer
cette allergie au réel, cette déception à l’égard de ce qui devient banalement réel, comme une constante nécessairement attachée à la condition humaine. Car il arrive que certains se satisfassent du fruit qu’ils mangent, lui découvrent même parfois davantage de goût que celui auquel ils s’attendaient. Mais ce
sont là, dit-on, des inconscients ou des malades ». 


 


Très bonne soirée à vous


Bien amicalement


 


Axel

Frédéric Schiffter 17/11/2012 10:09


Chère Virginie,


Ce qui me gêne toujours un peu avec l'ami Raphaël, c'est son habitude de relier Clément Rosset à Spinoza, comme si, de la sorte, il cherchait à revêtir l'auteur de tant de livres de philosophie
cruelle et tragique d'un manteau plus présentable qui cacherait son costume schopenhauerien. Car le fait est là, C. Rosset a consacré des ouvrages entiers au maître du pessimisme et n'a fait
allusion que deux ou trois fois au chantre de l'amour intellectuel de Dieu. Certes, j'ai conscience que C. Rosset n'est pas schopenhauerien en tout — même s'il est imprégné de l'humour et de
l'ironie du solitaire de Francfort — mais il l'est notamment sur le plan de l'esthétique de la musique. 


Ce qui retient mon attention dans cet exposé (entendu aussi sur les ondes de France Culture), c'est la conception du désir que Raphaël prête à C. Rosset. Tout se passe comme s'il faisait dire à
ce dernier qu'il y avait deux sortes de désir: un désir toujours insatisfait du réel et un désir sachant se satisfaire du réel. Le premier serait celui de l'idéaliste allant voir ailleurs, dans
les arrière-mondes, autrement dit dans l'irréel, s'il n'y aurait pas un réel plus satisfaisant. Le second serait celui du sage, joyeux de trouver ici et maintenant ce qu'il lui faut — doublement
joyeux, même, de écouvrir que, finalement, tout est là, et que jamais rien ne manque. Or telle est la conception du désir selon Spinoza et, même, Lucrèce, mais non selon C. Rosset. C. Rosset ne
voit pas un double au premier désir source d'illusion et d'idéal, ce double étant celui du sage et qu'il conviendrait de substituer au premier pour atteindre à la joie ou à la béatitude ou à
l'ataraxie. Le désir du sage est une chimère propre aux philosophes qui désireraient que le désir ne fût pas le désir — autrement dit que le désir ne désirât rien d'autre que le réel. Ce n'est
pas le cas de C. Rosset dont toute l'œuvre est consacrée justement à souligner combien l'illusion est increvable en raison même de l'idiotie du désir — c'est-à-dire en
raison même de sa nature intrinsèque qui est de viser des objets soit inaccessibles soit irréels et, ainsi, de reconduire l'insatisfaction qui, à nouveau, réanimera le désir, etc. Pour C. Rosset
l'idée d'un désir sage n'est qu'une irréalité de plus née du désir — délirant — de changer le désir. C'est en cela qu'il demeure le neveu de Schopenhauer: la vie oscille de l'insatisfaction du
désir à l'instatisfaction du désir ; et, aussi, pour faire un clin d'œil à Thomas Bernhard, il est aussi celui Wittgenstein : du désir qui est toujours désir d'irréel on ne pourra pas faire du
désir de réel. Tautologie qui se formule ainsi: désir=désir (A=A). Rossetien moi-même sur les bords, comme vous le savez, je dirais que voir le désir autrement qu'il n'est c'est du chichi, en
parler comme s'il pouvait être autrement, du blabla.


De même, quand l'ami Raphaël établit de manière abrupte une filiation entre Bergson et Rosset, là je ne comprends plus du tout comment il fait tenir ensemble le finalisme de l'un avec le tragique
de l'autre.


Maintenant, ce que j'en dis, là, maintenant, si tôt le matin, n'est peut-être pas très clair ou, même, pertinent.


Je vais donc aller faire quelques longueurs dans la piscine.


 


À  vous,


 


Frédéric 

Le chêne 16/11/2012 20:16


C’est un chêne poly-tâche il faut croire… cher Nuage. 


 


En outre, le chêne ne serait rien sans son aide technique – merci donc au montage vidéo de qualité réalisé par Axel. 

nuageneuf 16/11/2012 16:58


 


Pour qui a un peu d'oreille musicale, j'aimerai soumettre ceci à l'appréciation. Il existe une similitude de ton, de phrasé, de rythme entre R.Enthoven et E.Baer lorsque ces derniers parlent. Par
moments, on pourrait presque les confondre. 


Qu'en pense-t-on parmi les doctes visiteurs/ trices (!) de ces pages ?

nuageneuf 16/11/2012 16:54


 


Du réel avant le réel !


 


Merci à madame le Chêne filmant !

Axel 16/11/2012 09:20


Ce fut là un grand moment…

Il est singulier d’assister à l’enregistrement d’une émission que l’on suit depuis si longtemps ; cela donne le sentiment de goutter l’envers du décor.

Mais lorsque le Chêne parlant y emmène son appareil photo, cela donne un bien joli témoignage !

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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