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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 10:12

Pour Constance,

 pour vos questions stimulantes,

Amicalement, V.

 

 

La meilleure façon d’entrer dans une œuvre, qui vous semble inaccessible, vous laisse de glace ou encore,  dont vous vous êtes fait une idée préconçue (positive ou négative, qu’importe) est de l’aborder de biais (François Jullien). 

 

Le détour, le décalé, voilà de quoi nourrir l’intérêt et la réflexion.

 

« Le but de tout apprentissage, de toute élaboration intellectuelle et de toute création  artistique est d’accéder à une formulation ou à une forme définie et juste. » Le détour, étonnants classiques, Flammarion, 2008, P 11

 

Jacqueline de Romilly, dans l’Enseignement en détresse (1984), nous dévoile combien : 

« … Pour elle, le souci d’immédiateté dans l’enseignement est le grand responsable : il n’offrirait pas le recul indispensable pour appréhender un monde contemporain éminemment complexe. Dès lors, l’étude des civilisations de l’Antiquité apporterait la mise en perspective, et le recul critique seuls capables de rendre la réalité actuelle intelligible." Le détour, op. cit. P 15 

 

 La force de tout enseignement - ajoute-t-elle -  est d’imposer aux esprits un détour. Ibid P 16. «… Si l’on veut s’orienter convenablement, dans une promenade au cours de laquelle on doit retrouver son chemin, il faut prendre, en pensée, du recul. Il faut se retourner, voir d’où vient le chemin que l’on est en train de parcourir et où sont les repères, recourir à une carte, sur laquelle le paysage confus, masqué de buissons et d’arbres, d’ombres et de creux, se ramène à un tracé schématique, couvrant un horizon bien plus étendu et qui soudain rend compte du paysage. » Ibid. P 16 :

 

Il existe une œuvre qui concilie décalage et  justesse de texte. 

Il s’agit du film "Roméo + Juliette", avec Di Caprio et Claire Danes. 

Le site de la médiathèque de Bruxelles propose un document remarquablement rédigé sur le film. Il s’agit réellement d’une éducation par le cinéma (Il manque le nom de l’auteur, c’est bien dommage). 

Plutôt que de paraphraser ou de résumer (mal), je préfère en reproduire ici quelques extraits. On peut y lire – entre autre -  ceci :

(Petit rappel du contexte de l’histoire) : « Pistes de réflexion quant au contenu… "

 

Le mythe de Roméo et Juliette :

« L’histoire d’amour la plus célèbre n’est pas née sous la plume de Shakespeare mais provient de l’Italie elle-même. Inspirée par les déchirements qui opposèrent, aux XIIe et XIIIe siècles, le parti des guelfes (pro-papal) à celui des gibelins (favorable au Saint Empire germanique), la légende originale se situe effectivement à Vérone et commença à se diffuser et à se construire par l’entremise d’auteurs italiens (dont Dante), français puis anglais, tout au long du XVIe siècle avant d’intéresser Shakespeare qui lui donne sa forme définitive. »

 

 

Objet d’un mystère historique, la vie de William Shakespeare ne nous est parvenue qu’à travers de rares traces. Né à Stratford en 1564, Shakespeare s’établit à Londres en 1588. Grâce au mécénat, il assoit sa réputation de dramaturge vers 1592 et fait jouer ses premières pièces à la cour d’Elisabeth Ire, puis de Jacques Ier. Il devient ensuite actionnaire du théâtre du Globe en 1608. Bien que ses premières œuvres soient de caractère historique, l’auteur s’attache surtout à décrire les jeux du pouvoir et des passions. Sa première tragédie majeure est Roméo et Juliette. Suivront Hamlet, Othello, le Roi Lear et finalement La Tempête, autant de titres restés célèbres. Décédé en 1616, il étonne toujours par la rigueur de son style, son imparable construction dramatique, le foisonnement de ses personnages et leur diversité psychologique

 

Roméo + Juliette, par sa modernité, constitue une entrée en matière distrayante à l’œuvre d’un auteur parfois réputée rébarbative ou trop classique. Le film permet tout particulièrement d’attirer l’attention sur l’intemporalité et sur l’efficacité des intrigues qui peuvent encore constituer des fictions efficaces. De plus, le respect du texte, mis en exergue par le contraste avec la modernité du contexte, permet de souligner sa poésie et sa portée.. »

 

Une excellente émission des nouveaux chemins de la connaissance… a été consacrée à Shakespeare (31 décembre 2009).

shakespeare François Laroque 

François Laroque, écrivain et professeur à l'Université Paris III - Sorbonne Nouvelle, nous  invite à aiguiser notre regard sur cette œuvre qui dépasse largement les clichés de l’amour passionnel, romantique, beau, puissant, éternel… bref…   « gnangnan ».

 

Tout d’abord, brisons un mythe (ça va faire mal, je sais), contre toute attente, au début de la pièce, Roméo n’est pas amoureux de Juliette (qu’il ne connaît pas encore) mais de Rosaline (une Capulet, elle aussi.).

 

Acte premier, scène II

(Le texte est libre de droit, puisque tombé dans le domaine public) : 

BENVOLIO. - Dites-moi sérieusement qui vous aimez.

ROMÉO. - Sérieusement ? Roméo ne peut le dire qu'avec des sanglots.

BENVOLIO. - Avec des sanglots ? Non ! dites-le-moi sérieusement.

ROMÉO. - Dis donc à un malade de faire sérieusement son testament ! Ah ! ta demande s'adresse mal à qui est si mal ! Sérieusement, cousin, j'aime une femme.

BENVOLIO. - En le devinant, j'avais touché juste.

ROMÉO. - Excellent tireur !... j'ajoute qu'elle est d'une éclatante beauté.

BENVOLIO. - Plus le but est éclatant, beau cousin, plus il est facile à atteindre.

ROMÉO. - Ce trait-là frappe à côté ; car elle est hors d'atteinte des flèches de Cupidon : elle a le caractère de Diane ; armée d'une chasteté à toute épreuve, elle vit à l'abri de l'arc enfantin de l'Amour ; elle ne se laisse pas assiéger en termes amoureux, elle se dérobe au choc des regards provocants et ferme son giron à l'or qui séduirait une sainte. Oh ! elle est riche en beauté, misérable seulement en ce que ses beaux trésors doivent mourir avec elle !

BENVOLIO. - Elle a donc juré de vivre toujours chaste ?

ROMÉO. - Elle l'a juré, et cette réserve produit une perte immense. En affamant une telle beauté par ses rigueurs, elle en déshérite toute la postérité. Elle est trop belle, trop sage, trop sagement belle, car elle mérite le ciel en faisant mon désespoir. Elle a juré de n'aimer jamais, et ce serment me tue en me laissant vivre, puisque c'est un vivant qui te parle.

BENVOLIO. - Suis mon conseil : cesse de penser à elle(ma jolie nièce Rosaline). 

BENVOLIO. - C'est l'antique fête des Capulets ; la charmante Rosaline, celle que tu aimes tant, y soupera, ainsi que toutes les beautés admirées de Vérone ; vas-y, puis, d'un oeil impartial, compare son visage à d'autres que je te montrerai, et je te ferai convenir que ton cygne n'est qu'un corbeau.

ROMÉO. - Si jamais mon regard, en dépit d'une religieuse dévotion, proclamait un tel mensonge, que mes larmes se changent en flammes ! et que mes yeux, restés vivants, quoique tant de fois noyés, transparents hérétiques, soient brûlés comme imposteurs ! Une femme plus belle que ma bien-aimée ! Le soleil qui voit tout n'a jamais vu son égale depuis qu'a commencé le monde !

 

Cela sous-entendrait-il que l’amour de Roméo pour Juliette soit feint ? Qu’il soit amoureux de l'amour ?  Un cœur inconstant ?

François Laroque répond : Rosaline ne lui rend pas son amour. Elle incarne l’amour, une « Diane », poétique.

Avant de rencontrer Juliette, Roméo se prépare à l’amour (qui jusqu’à présent était pour lui une idée philosophique). En apercevant Juliette, le langage « creux » qu’il utilisait pour Rosaline devient plein.   

 (Ouf, on respire.)

  

Juliette est née un 31 juillet (incarne le mois de Juillet, le mois de Jules César – en anglais il y a ambiguïté avec le mot bijou, joyau). Roméo est un pèlerin (qui est venu en pèlerinage, Roméo est celui qui va à Rome). 

Il y a reconnaissance mutuelle entre les deux.

 Roméo passe de l’amour comme idée à l’amour comme expérience. Il y a conversion.

 François Laroque reprend, il y a – oui – effectivement « conversion ». Conversion d'un amour imaginaire à un amour terrestre, bien réel. L’amour devient un culte, un amour sanctuarisé, une religion de l’amour. 

"Il y a de la religion dans vos baisers" (Juliette). 

Shakespeare fait de Roméo et Juliette les nouveaux saints de l’amour. Il défend le mariage d’amour.  

En outre, Roméo et Juliette ne sont pas des amants platoniques. Imaginer qu'ils aient pu avoir une relation charnelle, à cette époque, est, à bien y regarder hautement subversif.  Au reste, de manière générale Juliette est un personnage très improbable : elle ment à ses parents, se marie en cachette, incarne son amour de manière charnelle, se fait passer pour morte "Elle est duplice" énonce Raphaël Enthoven, etc. Non seulement, elle passe outre les conventions mais les défie.

  

Dans l’Angleterre anglicane de l’époque, on ne se marie pas par amour, mais pour le patrimoine. Le mariage est une question d’enfant, de biens, une affaire de notaire, de dote, de négociations. Le mariage est une façon d’assurer sa descendance.

 

 

Roméo + Juliette - Extrait 1 - La Rencontre 

      

 Le film ne reprend certes pas exactement  la traduction proposée ici mais... les similitudes y sont nombreuses.        

Acte premier, scène V : 

      ROMÉO, prenant la main de Juliette. 

- Si j'ai profané avec mon indigne main cette châsse sacrée, je suis prêt à une douce pénitence : permettez à mes lèvres, comme à deux pèlerins rougissants, d'effacer ce grossier attouchement par un tendre baiser.

JULIETTE. - Bon pèlerin, vous êtes trop sévère pour votre main qui n'a fait preuve en ceci que d'une respectueuse dévotion. Les saintes mêmes ont des mains que peuvent toucher les mains des pèlerins ; et cette étreinte est un pieux baiser 

ROMÉO. - Les saintes n'ont-elles pas des lèvres, et les pèlerins aussi ?

JULIETTE. - Oui, pèlerin, des lèvres vouées à la prière.

ROMÉO. - Oh ! alors, chère sainte, que les lèvres fassent ce que font les mains. Elles te prient ; exauce-les, de peur que leur foi ne se change en désespoir.

JULIETTE. - Les saintes restent immobiles, tout en exauçant les prières.

ROMÉO. - Restez donc immobile, tandis que je recueillerai l'effet de ma prière. (Il l'embrasse sur la bouche.) Vos lèvres ont effacé le péché des miennes.

JULIETTE. - Mes lèvres ont gardé pour elles le péché qu'elles ont pris des vôtres.

ROMÉO. - Vous avez pris le péché de mes lèvres ? ô reproche charmant ! Alors rendez-moi mon péché. (Il l'embrasse encore. ) 

JULIETTE. - Vous avez l'art des baisers.

 

Roméo et Juliette – Scène du jardin des « Capulet ». 

 

           Acte II SCENE II

Le jardin des Capulet.

Sous les fenêtres de l'appartement de Juliette.   Entre Roméo.

ROMÉO. - Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de blessures ! (Apercevant Juliette qui apparaît à une fenêtre. ) Mais doucement ! Quelle lumière jaillit par cette fenêtre ?

Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil ! Lève-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, qui déjà languit et pâlit de douleur parce que toi, sa prêtresse, tu es plus belle qu'elle-même ! Ne sois plus sa prêtresse, puisqu'elle est jalouse de toi ; sa livrée de vestale est maladive et blême, et les folles seules la portent : rejette-la !... Voilà ma dame ! Oh ! voilà mon amour ! Oh ! si elle pouvait le savoir !... Que dit-elle ? Rien... Elle se tait...

Mais non ; son regard parle, et je veux lui répondre... Ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. Deux des plus. belles étoiles du ciel, ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux de vouloir bien resplendir dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent.

Ah ! si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe ; et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n'est plus. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main ! Oh ! que ne suis-je le gant de cette main ! Je toucherais sa joue !

JULIETTE. - Hélas !

ROMÉO. - Elle parle ! Oh ! parle encore, ange resplendissant !

Car tu rayonnes dans cette nuit, au-dessus de ma tête, comme le messager ailé du ciel, quand, aux yeux bouleversés des mortels qui se rejettent en amère pour le contempler, il devance les nuées paresseuses et vogue sur le sein des airs !

JULIETTE. - ô Roméo ! Roméo ! pourquoi es-tu Roméo ?

Renie ton père et abdique ton nom ; ou, si tu ne le veux pas, jure de m'aimer, et je ne serai plus une Capulet.

ROMÉO, à part. - Dois-je l'écouter encore ou lui répondre ?

JULIETTE. - Ton nom seul est mon ennemi. Tu n'es pas un Montague, tu es toi-même. Qu'est-ce qu'un Montague ? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... Oh ! sois quelque autre nom !

Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose embaumerait autant sous un autre nom. Ainsi, quand Roméo ne s'appellerait plus Roméo, il conserverait encore les chères perfections qu'il possède... Roméo, renonce à ton nom ; et, à la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi tout entière.

ROMÉO. - Je te prends au mot ! Appelle-moi seulement ton amour et je reçois un nouveau baptême : désormais je ne suis plus Roméo.

JULIETTE. - Quel homme es-tu, toi qui, ainsi caché par la nuit, viens de te heurter à mon secret ?

ROMÉO. - Je ne sais par quel nom t'indiquer qui je suis.

Mon nom, sainte chérie, m'est odieux à moi-même, parce qu'il est pour toi un ennemi : si je l'avais écrit là, j'en déchirerais les lettres.

JULIETTE. - Mon oreille n'a pas encore aspiré cent paroles proférées par cette voix, et pourtant j'en reconnais le son.

N'es-tu pas Roméo et un Montague ?

ROMÉO. - Ni l'un ni l'autre, belle vierge, si tu détestes l'un et l'autre.

JULIETTE. - Comment es-tu venu ici, dis-moi ? et dans quel but ? Les murs du jardin sont hauts et difficiles à gravir. Considère qui tu es : ce lieu est ta mort, si quelqu'un de mes parents te trouve ici.

ROMÉO. - J'ai escaladé ces murs sur les ailes légères de l'amour : car les limites de pierre ne sauraient arrêter l'amour, et ce que l'amour peut faire, l'amour ose le tenter ; voilà pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi.

JULIETTE. - S'ils te voient, ils te tueront.

ROMÉO. - Hélas ! il y a plus de péril pour moi dans ton regard que dans vingt de leurs épées : que ton oeil me soit doux, et je suis à l'épreuve de leur inimitié.

JULIETTE. - Je ne voudrais pas pour le monde entier qu'ils te vissent ici.

ROMÉO. - J'ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D'ailleurs, si tu ne m'aimes pas, qu'ils me trouvent ici ! J'aime mieux ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour.

JULIETTE. - Quel guide as-tu donc eu pour arriver jusqu'ici ?

ROMÉO. - L'amour, qui le premier m'a suggéré d'y venir : il m'a prêté son esprit et je lui ai prêté mes yeux. Je ne suis pas un pilote ; mais, quand tu serais à la même distance que la vaste plage baignée par la mer la plus lointaine, je risquerais la traversée pour une denrée pareille.

JULIETTE. - Tu sais que le masque de la nuit est sur mon visage ; sans cela, tu verrais une virginale couleur colorer ma joue, quand je songe aux paroles que tu m'as entendue dire cette nuit. Ah ! je voudrais rester dans les convenances ; je voudrais, je voudrais nier ce que j'ai dit. Mais adieu, les cérémonies ! M'aimes-tu ? Je sais que tu vas dire oui, et je te croirai sur parole. Ne le jure pas : tu pourrais trahir ton serment : les parjures des amoureux font, dit-on, rire Jupiter.. Oh ! gentil Roméo, si tu m'aimes, proclame-le loyalement : et si tu crois que je me laisse trop vite gagner je froncerai le sourcil, et je serai cruelle, et je te dirai non, pour que tu me fasses la cour : autrement, rien au monde ne m'y déciderait... En vérité, beau Montague, je suis trop éprise, et tu pourrais croire ma conduite légère ; mais crois-moi, gentilhomme, je me montrerai plus fidèle que celles qui savent mieux affecter la réserve. J'aurais été plus réservée, il faut que je l'avoue, si tu n'avais pas surpris, à mon insu, l'aveu passionné de mon amour : pardonne-moi donc et n'impute pas à une légèreté d'amour cette faiblesse que la nuit noire t’as permis de découvrir 

ROMÉO. - Madame, je jure par cette lune sacrée qui argente toutes ces cimes chargées de fruits !...

JULIETTE. - Oh ! ne jure pas par la lune, l'inconstante lune dont le disque change chaque mois, de peur que ton amour ne devienne aussi variable !

ROMÉO. - Par quoi dois-je jurer ?

JULIETTE. - Ne jure pas du tout ; ou, si tu le veux, jure par ton gracieux être, qui est le dieu de mon idolâtrie, et je te croirai.

ROMÉO. - Si l'amour profond de mon coeur..

JULIETTE. - Ah ! ne jure pas ! Quoique tu fasses ma joie, je ne puis goûter cette nuit toutes les joies de notre rapprochement ; il est trop brusque, trop imprévu, trop subit, trop semblable à l'éclair qui a cessé d'être avant qu'on ait pu dire : il brille !... Doux ami, bonne nuit ! Ce bouton d'amour mûri par l'haleine de l'été, pourra devenir une belle fleur, à notre prochaine entrevue... Bonne nuit, bonne nuit ! Puisse le repos, puisse le calme délicieux qui est dans mon sein, arriver à ton coeur !

ROMÉO. - Oh ! vas-tu donc me laisser si peu satisfait ?

JULIETTE. - Quelle satisfaction peux-tu obtenir cette nuit ?

ROMÉO. - Le solennel échange de ton amour contre le mien.

 

 

François Laroque reprend : C’est la tragédie de l’anticipation.

Le « Carpe Diem » (Profite de vivre l’instant présent, sans te soucier du lendemain) est déjà un Momento Mori ("Souviens-toi que tu mourras", un rappel de notre finitude).

Le sonnet, chez Shakespeare est une incrustation, une orfèvrerie qui fait du moment un monument. C'est le  « monument d’un moment »

Le baiser scelle l’Amour. Dans la scène de la mort de Juliette, le baiser est un baiser de mort. Embrasser (embraser) est une combustion.

  

François Laroque, ajoute, Roméo et Juliette, c'est : « La coïncidence des contraires. »

 L’Amour dans la pièce et la haine sont mêlés. La noirceur se mélange à la lumière.  La luminosité et le noir de la nuit. 

Le frère Laurent (le confesseur de Roméo) acte II, scène 6 : « Ces joies violentes ont des fins violentes, et meurent dans leur triomphe : flamme, et poudre, elles se consument en un baiser. »

 

Le frère Laurent vient prévenir Roméo… Le désir est une combustion, une explosion.  

 

"Il y a de la religion dans vos baisers" (Juliette). 

 

      Mais l'une des plus belles scènes du film est sans doute, celle-ci...  (Sans compter celle, bien sûr de la mort de Juliette ... Un peu Kitsch, ironiseront certains...)

 

 Mercutio est un personnage clé de la pièce… Un ami fidèle.

 

Roméo + Juliette - Extrait 2 - Que La Peste Soit De Vos Deux Maisons

      

 

ROMÉO. - Courage, ami : la blessure ne peut être sérieuse.

MERCUTIO. - Non, elle n'est pas aussi profonde qu'un puits, ni aussi large qu'une porte d'église ; mais elle est suffisante, elle peut compter : demandez à me voir demain, et, quand vous me retrouverez, j'aurai la gravité que donne la bière. Je suis poivré, je vous le garantis, assez pour ce bas monde... Malédiction sur vos deux maisons !... Moi, un homme, être égratigné à mort par un chien, un rat, une souris, un chat ! par un fier-à-bras, un gueux, un maroufle qui ne se bat que par règle d'arithmétique ! (À Roméo.) Pourquoi diable vous êtes-vous mis entre nous? J'ai reçu le coup par-dessous votre bras.

 

Mercutio se sent trahi par Roméo. « Il a déserté le camp de l’amitié et a choisi l’amour. » 

 

La mort de Mercutio, c’est l’instant où la pièce qui débute comme une comédie, tombe dans la tragédie, nous révèle François Laroque.

 

On peut y lire également, l'amour - amitié (Souvenons-nous de Montaigne et d'Etienne de La Boétie "Parce que c'était lui, parce que c'était moi.").

 

Raphaël Enthoven a raison de trouver ce film magnifique, l’acteur de Mercutio est excellent.

 

Pour info :     

Victor Hugo a traduit la pièce. Cf  Blog de Satine. 

Les traductions ne sont jamais conformes au texte… mais certaines sont meilleures que d'autres.

   

Les albums...

 

 

sur-l-ile-des-zertes.L’album de Claude Ponti, « L’île des zertes » reprend la figure de l’amour incarnée par « Roméo et Juliette ».

 

Roméo s’appelle « Jules » et Juliette « Roméotte ».

 

Voici ce que le Blog "Mon coin lecture" en dit : 

"Il y avait donc une île. Et sur cette île, il y avait des Zertes. Ces petits bonhommes cubiques (et sooooo cute selon moi) qui aiment zertillonner et s'amuser. Et parmi les Zertes, il y a Jules, dont le meilleur ami est Diouc le clou, et qui est amoureux de la Brique, qui est si belle... mais qui malheureusement semble rester de glace (ou de brique) face à ses déclarations d'amour. Sauf qu'un jour, il va rencontrer Roméotte...  

 
Le monde créé par Ponti m'a énormément plu.  Autant son monde de mots que son monde d'images.  Le texte est tout plein de jeux de mots, de néologismes (on gagne à le lire tout haut) mais il reste simple et accessible pour les petits.  Les images sont originales et chaque dessin recèle une foule de détails cocasses qui apparaissent quand on prend la peine de regarder.  Les objets sont souvent personnifiés (j'adore le soleil, en fait... je le guette partout!) et on retrouve tout plein d'absurdités visuelles que les enfants peuvent détecter."
 
 
Cette remarque de la lecture à haute voix est tout à fait exacte.  
La langue utilisée par Claude Ponti gagne à être entendue.
 
Claude Ponti explique dans Ponti Foulbazar (tout sur votre auteur préféré) comment il crée les noms : "Les noms et les mots bizarres se fabriquent par associations d'idées, de sons, de langues, listes, séries, découpages, brassages, réassemblages, déclinaisons, télescopages, oppositions, court-circuitations, inversions, improvisations, recherches laborieuses (jusqu'à 15 jours pour un mot), logorrhées anarchiques, illuminations, exaspérations." P 48.  
martabaf.jpegLe Martabaff attaque et écrase tout ce (ceux) qu'il rencontre. "Il n'a qu'une seule idée dans sa tête : enfoncer des clous. Dès qu'il en voit un, il tape." Sur l'ïle des zertes, école des loisirs, P 23.
Le site du crdp de créteil présente (et propose) des activités liées aux albums de Claude Ponti. 

 

le Couv-Touïour = couve toujours tout ce qu'il trouve.

   

ponti-couve-touiours1.jpg

 

 

Langage

 
Donner la "traduction" du nom quand c'est possible.


Sur l'île des Zertes : Roméotte (personnage au nom féminisé de Roméo, pourquoi ?)

Sur l'île des Zertes : Martabaff = marteau, à baffe.

Sur l'île des Zertes : le Couv-Touïour = couve toujours.

      

Le crdp poursuit ... Sur l’île des Zertes de Claude Ponti...


- Effectuer une étude comparative entre les destins opposés de Jules et Roméotte et le couple mythique Roméo et Juliette.
- Analyser de quelle façon Jules tombe amoureux de Roméotte qui l’aime déjà en secret (rôle bienfaisant du Martabaff …malgré lui !).
- Quelle formule Claude Ponti utilise-t-il pour définir le coup de foudre amoureux ? (« Ils ont été un peu sloumpy-sloumpy »)
- Étudier le vocabulaire souvent hyperbolique chez Ponti : « deux millions de bisous »
- Analyser les illustrations (surenchère ou non du texte) : présence de cœurs, sourires radieux, regards émerveillés, baiser langoureux…

- Faire remarquer la présence d’une multitude d’autres couples qui se multiplient de page en page. Cette abondance de couples renforce la montée en puissance de l’amour et du bonheur des amoureux.

   

Au départ, Jules est amoureux d'une brique  froide, très froide.

Il est désepéré de son silence, "Il s'est assis, et a pleuré jusqu'au bout de ses larmes." école des loisirs, p 57.  

 

Ca ne vous rappelle rien ?

 

Mais heureusement, bien vite, il rencontre sa Roméotte. 

 

Ce qui est plaisant, chez Claude Ponti, c'est sa sincérité. 

 

Claude Ponti ne mâche pas ses mots. Il écrit, ce qui d'habitude, ne s'écrit pas. C'est à dire qu'il n'hésite pas à révéler - tout haut - les emprunts, les "inspirations" qui - tous les jours- nourrissent son travail.

 

Un écrivain est presque toujours un grand lecteur (Mais ça ne se dit pas.)

 

Il fait parler son pire ennemi à son propos en ces termes

 

 : "Ce qui ne s'oublie pas normalement, c'est à qui on pique les citations, le coup de bricolage, ce n'est pas de lui. Et avec quoi on bricole ? Avec le travail des autres. Claude Ponti, c'est le fils d'une photocopieuse et du dictionnaire encyclopédique aux pages arts et culture..." Il ajoute : "Facile la référence, l'allusion, l'HOMMAGE ! Ca s'appelle et ça s'appellera toujours le manque d'idées, le copiage et le vol. J'ai pas peur des mots." Ponti Foulbazar (tout sur votre auteur préféré PP 30-31.

     

Album II

 

Rom--o-et-juliette-livre-couv.jpeg 

 

romeo-juliette.jpg

 

 

 

Roméo, d'une timidité maladive, parvient à surmonter son handicap grâce à "sa" Juliette.

  

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commentaires

constance 28/10/2011 21:33


Bonsoir Virginie,
Je vous remercie infiniment pour le temps passé sur cet article. Je l'ai lu et "regardé" :) avec bq d'attention.

Vous savez que vous êtes la bienvenue sur BaO, si le coeur vous en dit.

Internet et sa pertinence. Relier les gens entre eux.


Le chêne parlant 29/10/2011 03:35



Merci pour l’invitation,


Je n’y manquerai pas,


Bien à vous, Virginie.



Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Contributions et Partenariats.

Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

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