Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 10:16

Sous-le-Plafond-de-Montaigne-copie-1.jpg«Les pensées sont signes d’un jeu et d’un combat des affects (der Affekte) :

 elles restent toujours liées à leurs racines cachées.

Friedrich Nietzsche ; FP XII I 75,  

 

 « … ce besoin de consolation est impossible à rassasier,

 mais à asséner l’évidence tragique selon laquelle

 « plus on a de sagesse, plus on a de chagrin » 

et « qui augmente son savoir, ajoute à sa souffrance ». 

Quel professeur de philosophie oserait recommander à des esprits juvéniles 

qui se destinent à réussir la lecture de cette apologie de l’impasse ? »

Frédéric Schiffter (1) p 104.

 

Les vacances sont propices à la rumination, aux lectures, aux résolutions. 

 

Les résolutions bruissent de la rumeur des temps. Elles s’enroulent d’injonctions, celle de sortir de nos habitudes, celle de brûler d’un feu nouveau - flambant haut, jusqu’au zénith - celle du changement, du nouveau, du bonheur – surtout celle du bonheur. Cette tranquille assurance – l’espoir d’un changement de « peau », plus neuve, plus étincelante, plus jeune, plus heureuse.

 

Etre plus heureux ?

« Pourtant il n’est pas de force plus douteuse que l’espérance – écrit Clément Rosset. Ce n’est sans doute pas par hasard, ni par l’effet d’une erreur de copiste, que Hésiode assimile, toujours dans les travaux et les jours, l’espoir au pire des maux, au fléau qui est resté dans la boîte de Pandore, à la libre disposition des hommes qui s’y précipitent dans la pensée qu’ils y trouveront le salut et le contrepoison à tous les autres maux, alors qu’il s’agit d’un poison parmi les autres, sinon du poison par excellence. Tout ce qui ressemble à de l’espoir, à de l’attente, constitue en effet un vice, soit un défaut de force, une défaillance, une faiblesse… [...] la vie doit dorénavant s’appuyer sur une force substitutive : non plus sur le goût de vivre la vie que l’on vit, mais sur l’attrait d’une vie autre et améliorée que nul ne vivra jamais. L’homme de l'espoir est un homme à bout de ressources et d’arguments, un homme vidé, littéralement « épuisé »… A l’opposé, la joie constitue la force par excellence. » (2) p 28 :

 

A trop s’alimenter de vigoureux désir de changements, gare à ne pas se consumer. 

Gare à ne pas s’épuiser dans de stériles chimères. S’incendier de béates croyances. 

Se calciner telle la paille flambant haut mais ravagée l’instant d’une étincelle.

Ces idées désertiques, ces valeurs bradées sont des leurres économiques, des scintillements tremblotants. 

 

Reconnaître ce que l’on doit à autrui. Admettre les influences qui nous déterminent. 

Henry-Lamb-The-Artists-Wife-1933.jpg« Ces récits trouvaient en moi des résonances familières - écrit Hubert Reeves -

et j'y reconnaissais nombre de mes états d'âme. 

Il furent déterminants dans le choix professionnel qui fut le mien. » p 7. (3)

 

Rendre compte des actes d’autrui, de leur travail, de leur action sur les choses – sur nous – c’est reconnaître aussi notre dépendance à leur égard – notre dette. les lectures, les échanges, les rencontres, les influences extérieures, les communions de pensées qui nous abreuvent et nous forgent. 

 

Ainsi sont-elles non seulement importantes mais primordiales, elles nous constituent. 

 Camille-Corot-Liseuse-couronnee-de-fleurs-ou-la-m-copie-1.jpg

Lecture Bucolique - Enfin livre.

Il n’est pas aisé de trouver le bon terme, la phrase exacte - sincère - sans tomber dans l’éloge mièvre ni dans le portrait « catalogue » Redoute de qualités aussi fausses que fabriquées. 

A fin de ne pas tomber dans le partial et partiel, car on oublie toujours des atomes d’importance.

 

 

Merci donc à vos blanches contemplations, vos souffles abrupts, sensibles et puissants, vos écrits solidement naufragés … vos merveilles vaporeuses et profondes, vos vagues et vos ciels, vos conversations, votre présence, merci à tous.

 

Une contemplatrice sentimentale et mélancolique.

 

Effroyablement vôtre.

 

--------------------------.

 

 

(1) Frédéric SchiffterSur le blabla et le chichi des philosophes – PUF – France – Paris mars 2002 – ISBN : 978-2-13-059238-9

 

(2) Clément RossetLa force majeure – Les éditions de minuit – collection critique – isbn : 978-2-7073-0658-6

 

(3) Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps, Seuil - Trois philosophes à Vigur.

 

------------------

SITES 

Frédéric Schiffter contre la pensée Chichi, Blabla et Gnangnan. 

Assez parlé - "Les philosophes vous pompent l'air avec leurs grands mots ? Ruez-vous sur cet essai killer aujourd'hui réédité." Martin Duru, Philosophie Magazine.

Atelier Clément Rosset.



Partager cet article

Repost 0
Published by Le chêne parlant - dans philosophie
commenter cet article

commentaires

Virginie - Le chêne parlant 30/07/2012 22:28


Très Cher Frédéric,

Merci d’avoir remarqué cette erreur de copie, effectivement, cela constituait un effroyable contresens. Voilà ce qu’il arrive lorsqu’on s’épuise à faire ses valises…

Pour ce qui est du reste, sachez combien votre livre « Sur le blabla et le chichi des philosophes » fait l’agrément de ses lecteurs et de ses lectrices.
Pour le plaisir, extraits :  « Chercher le sens de la vie ? Autant poursuivre le vent. » mais également « La vie, Messieurs, est une tueuse en série qui n’épargne personne et je n’ai pas
plus que vous le temps d’apprendre à vivre et à mourir. » ou encore « Si vivre c’est se sentir perdu, la lucidité c’est se savoir perdu. »
 Et bien d’autres merveilles.
Je ne puis qu’en conseiller chaleureusement la lecture.

Pour ce qui est des citations, sachez qu’il m’arrive souvent de penser à vos écrits. Je me tempère – comme vous, je n’ai guère de goût pour les flatteurs sirupeux.

Je vous laisse le mot de la fin : 

« En conclusion – et tant pis si, selon Flaubert, « la bêtise consiste à conclure » -, je dirais que seule la mélancolie, la « maladie du temps », incline un mortel à méditer sur sa vie et qu’il
en existe deux formes. L’une lui laisse entrevoir un ailleurs à travers les trouées de la nostalgie et de l’espoir ; l’autre ne lui fait voir rien de neuf sous les nuages. Je suis passé de la
première à la seconde comme on passe d’un jour gris à la nuit, quand les yeux sont peu à peu contraints à davantage de clairvoyance. J’ignore ce que le lecteur retiendra de ses pages écrites par
un ego triste dont la vie spirituelle oscille de l’aboulie aux convulsions. Peut-être quelques formules qu’il saura placer dans un dîner en ville, à un moment où la conversation s’éteint –
combler un vide par du vent, beau destin, en somme, pour les mots d’un auteur. »
En espérant ne point m’être égarée dans mes citations...

Hommages étoilés sous un ciel sans voile.

Nota : je partage votre avis sur Roland Barthes, mais je n’ai point le temps de développer.

Frédéric Schiffter 30/07/2012 20:05


Très chère VIrginie,


Je suis très flatté que vous me citiez — enfin, que vous me citiez citant moi-même l'Ecclésiaste. Le Blabla est un livre que j'ai écrit sans me soucier de sa construction, sachant que
l'affect dominant auquel j'étais en proie alors se chargerait de lui conférer une certaine unité de fond et de ton. Je fus ravi quand j'appris que Clément Rosset accpetait d'en faire la préface
après que mon éditeur, Roland Jaccard,lui avait fait lire le manuscrit. En fait, il lui confia mes pages lors d'un dîner au restaurant. Rosset les parcourut en s'exclaffant durant tout le repas —
délaissant les convives. Le lendemain midi, Roland Jaccard reçut de sa part deux pages de "préface". 


Vous citez aussi La force majeure de Clément Rosset. Mais, chère Virginie, vous vous êtes trompée en écrivant: "L'HOMME DE DÉSESPOIR est un homme à bout de ressources et d'arguments
[…]". Clément Rosset parle en ces termes de l'HOMME DE L'ESPOIR. C'est l'"espérant", et non le désespéré, qui est vidé. Toute la vertu de la joie, cette force majeure, est d'être, précisément,
cette énergie du désespoir dont parle le langage populaire. Bref. Je vous invite à relire la page.


Inutile de vous dire que je suis touché que vous vous intéressiez à mes cogitations. Je n'ai jamais désiré exercer le moindre magistère, seulement susciter, en passant, des plaisirs de
lecture. 


 


Je vous souhaite un bel été fait de flâneries et de rêveries,


Frédéric

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Contributions et Partenariats.

Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

Blogs voisins

Silapédagogie silapédagogie Aider ses élèves. com, un site de mathématiques créé par Marc Godin, chercheur en mathématiques, ce dernier est pointu et passionnant. Aider ses élèves . com Document Aider ses élèves . com - document

Emissions à écouter

___ Gai savoir Raphaël Enthoven - Paula Raiman et les indispensables Nouveaux chemins de la connaissance. Gai savoir ................................................................. Les nouveaux chemins de la connaissance - Adèle Van Reeth Les nouveaux chemins d'Adèle Van Reeth

Sites plus

Jaques Darriulat Jacques Darriulat _________________________________________ Philolog Philolog _______________________________________ Le lorgnon mélancolique. Le lorgnon mélancolique