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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 12:12

On-the-Road-New-Mexico-Christmas-Day-2004-Painting---Chris-.jpg

(On the Road New Mexico Christmas Day 2004 Painting - Chris Easley)

 

 

« Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers. »

Henri Michaux 1939.

 

 

Dean Moriarty est un explorateur enthousiaste, extraverti, amoureux de la vie, séducteur – magnétique - débordant de la saveur du chaos. 

 

L’espace de Dean, c’est le démon de la route – la vie dévorée au kilomètre – les pulsions puissantes, radicales, la blancheur craquante des substances illicites, l’excès, l’orgie, l’abandon des corps aux contemplations érotiques. 

 

Le mouvement est une poussée avide, étrangère au calme. Ça permet d’échapper à l’immobilité, au figé, à la pesanteur de la vie, aux responsabilités – à la tranquille lassitude – au ralentissement automnal – c’est un remède curant les démangeaisons, un cataplasme posé sur le vide urticant, camouflant la détresse.            

 

La marche n’est-elle pas une suite de chutes anticipées de justesse ?

 

Dean est un astre brûlant à haute énergie, suivant son propre mouvement, sa trajectoire est sans destination précise. Il expérimente, n’en fait qu’à sa tête, dans un désir sans remède, celui qui l’assure au monde, ne redresse rien et lui évite à peine de se disloquer. 

 

 « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » demande-t-il à Sal Paradise – alias Jack Kerouac – son ami. 

Que peut répondre Sal à ça ? 

Que peut-on répondre quand on est dans la recherche multiple d’un chemin, en quête de soi ? 

 

Au fond, rejoindre Mauriarty, épouser son orientation, c’est entrer dans un tournoiement, aller de l’avant. Eprouver le lever du soleil, sentir le tourbillon de l’univers où chaque départ brille d’un ‘Eternel retour’, celui de la flamme, du solaire, du démesuré. Du Sur-expressif. De la vie. En marche. Irrésistible emprunt d’émotions violentes. 

On-The-Road-Again---see-Pay-Pal-button-below.jpg

(New Work - On The Road Again.)

Oui, ne pas stagner à l’ombre mauvaise, c’est suivre la lumière, se laisser transporter vers l’horizon.

Suivre la route du vent, à l’évidence, suivre la route – gêné par personne -, voguer sans obstacles jusqu’aux confins des sensations.

                                            On-The-Road-Again---Abstract-Landscape-by-California-Artist.JPG

                                                                                                (On The Road Again -  Janet Bludau.)


 La route est un ruban d’éternité filant vers le ciel.

 

Dean – d’une certaine manière s’y accroche - aujourd’hui comme hier, s’exaspère d’attendre.

Son tempérament lui dicte de s’arracher au poison du présent. Etre dans le précaire – dans une sobre trajectoire. Se brûler sur l’asphalte, s’absorber à - toujours - suivre la direction indiquée par le goudron. 

 

Se perdre dans l’amoncellement confus des distances.

Sans soucis. Sans s’en faire. Vraiment ?

A vouloir trop prendre et reprendre la route, la vaste agitation de la poussière laissée derrière soi finit par retomber.

La réalité physique de la droite - courbe dans l’espace  - conduit le voyageur à boucler son périple. L’égaré retourne alors immanquablement à son point de départ. 

 

Sal et Dean partent donc ailleurs, plus loin, vers le Mexique.  

 

Mais cette fois, le vertige – l’ivresse de l’intensité...  ont la saveur des terres déjà froissées aux pieds. 

 

L’euphorie s’élève – certes – mais avec un je ne sais quoi de morbide, d’inutile, d’insensé. Une sourde fatigue surgit de derrière la fièvre. La route, dont la perspective semble désigner une hauteur, s’affaisse. L’étendue se vrille, se tasse et s’écrase - sans dénivellation. La ligne continue se barde de pointillés effilochés, trompeurs.  

Sal Paradise sait lire ces feuilles de route. Sa conscience décèle la platitude de l’Electro-encéphalogramme, l’absurdité de la tentative, l’impasse. 

 

A toute force, il refuse d’y croire. Il dérivera encore avec Dean. Dans un ultime élan, il avancera une dernière fois - sans rien gravir.

Saturé de fièvre, las, atteint de dysenterie, prostré dans une chambre sordide, il attend la dislocation.

L’enthousiasme organique de Dean ne se transforme pas, ne change pas, ne cultive rien. Son éternité c’est sa conduite tourmentée, inquiète, explosive. Démuni face à l’inertie, Dean disparaîtra, laissant Sal à ses ruines somnambuliques, l’œil teinté de goudron noirâtre, la pupille brouillée d’abandon.

.

                                   L’amitié cloque et crève sous la canicule d'un zénith crépusculaire. 

 

 

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La Route.
Kerouac_Map.jpg

Carte des trajets de Kerouac dans Sur la route :

  •      1947
  •       1949
  •       1950

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Russel Banks et Jack Kerouac - une belle rencontre.

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Published by Le chêne parlant - dans Littérature Films - séries
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commentaires

Cédric 28/08/2012 15:18


 


Quoi qu'il en soit, l'aigle présent sur le blason mexicain ne craint pas les épines du nopal. J'apprends par ailleurs que ce blason est inspiré du Codex
Mendoza.


 


En vérité je ne sais si vous êtes cactus car vous me semblez dépourvue d'épines, mais si vous en êtes un, vous êtes de ceux qui donnent des fruits.


 


Question gustative : avez-vous goûté à la figue de barbarie ? ( Mes papilles ont la curiosité piquée ! )

Virginie - Le cactus qui parle trop. 27/08/2012 17:12


Très cher Frédéric,


Le poisson est une espèce sentimentale, que voulez-vous. 


Lorsqu’il se croit emporté vers un but, nage dans le tumulte des flots ou défend une position, c’est sa nature cartilagineuse et mouvante qu’il déploie de plus belle, laquelle le
ramène systématiquement au bocal.    


Mais l’écailleuse espèce progresse, ainsi peut-elle agir sans se rendre systématiquement écrevisse, et publier une photo sans - trop - se liquéfier. Un pas de géant pour la nageoire dorsale, non
?  


 


Nota : L’une de vos lectrices avait soulevé le problème de votre «Petite Philosophie du Surf », introuvable. Auriez-vous des nouvelles de votre éditeur ?


 


Une dramatique aquatico-phile, enveloppée de vague et d’étoiles – mal sans remède, donc.

Virginie - Le cactus lecteur. 27/08/2012 16:17


Très cher Nuage,


 


Une fois encore, votre sensible écriture a visé juste.


Il s’agit du continent américain – effectivement - mais au « lieu du nombril de la lune »,


Mexico…


metztli = lune, 


xictli = nombril, 


et -co = suffixe de lieu. 





 


Sur la route de Puebla, on découvre de vastes cactus aux ramures dédiées au ciel. Naturellement leurs branches sont malhabiles, leurs élans invisibles, mais à travers les faisceaux de leurs
tiges, on voit un coin d’absolu, une sorte de lumière, marquée en fin de journée de nuages condensés. Lesquels – dit-on – ne se brouillent jamais que d’eau et pourvoient aux besoins des
cultures. 


 


Très amicalement, Virginie.



Virginie - Le cactus lecteur. 27/08/2012 15:27


Cédric … Vraiment ?


On n’a jamais rencontré de cactus meurtriers, il est vrai.


En revanche, des cactées urticantes, là…


Quant à leurs cladodes (dont les épines sont des reliquats de feuilles - dégénérées précise la botanique) elles abritent de petits oiseaux, des araignées en masse et de menus lézards. Un refuge
aux rameaux ossifiés par le temps, mais
solide … Quoi que… 


Quoique dirait Barbara Cassin de sa voix inégalable.  



Frédéric Schiffter 26/08/2012 23:12


Heureux de vous savoir sur le chemin du retour, chère Virginie.

Nuageneuf 26/08/2012 11:50





Très, très beau texte.


 


 


On peut imaginer que vous rentrez d’une vacance aux Etats-Unis et que vous narrez, sous couvert, ce que vous auriez pu y expérimenter : un long mouvement en stagnation sur une route. Plus on
roule, plus on a envie de rouler, plus on avance, plus on a envie de continuer.


La route est à l’identique, le climat change mécaniquement, l’esprit vagabonde vers l’Ouest sans aucune précipitation, les stations-service se suivent, semblables, les cafés aussi, eau chaude
teintée de brou de noix, les chambres de motel se photocopient et les filles, si elles ne sont callipyges sont déjà obèses et au moment où l’on s’arrête pour rentrer, le tourment du jour du
départ est là, exactement le même. Rien n’a changé. On a simplement déplacé le tourment. Les voies  d’asphaltes sont des parallèles qui en principe ne
se rejoignent jamais sauf que c’est faux, elle se rejoignent forcément dans notre infini infiniment petit.


 


 


« La marche n’est-elle pas une suite de chutes anticipées de justesse ? ». Superbe allégorie.


 


 


« La route est un ruban d’éternité filant vers le ciel ». Emu, on pense à Thelma et Louise.  

Cédric 26/08/2012 09:38


Vous êtes un cactus au grand coeur, aux épines en forme de mains tendues.

Virginie - Le cactus lecteur. 26/08/2012 07:15


« Mes pieds ont pris racine dans le sol et composent, jusqu'à mon ventre, une sorte de végétation vivace, remplie d'ignobles parasites, qui ne dérive pas encore de la plante, et qui n'est plus de
la chair. Cependant mon cœur bat. »


"Les chants de Maldoror - chant IV (extrait)" de Isidore DUCASSE


 


La solitude, c’est celle de la beauté, du silence, des vibrations. 


La solitude n’est pas ignorante – elle se déploie dans l’étendue des autres, se nourrit de leurs putrescences, dont l’esprit est le ferment et le terreau.


 


Même un cactus se nourrit de matière organique, a  besoin de minéraux pour se développer. 


 


 Entre les épines : le ciel. 


Hors d’atteinte, certes - « deux abîmes face à face – un puits contemplant le ciel. » Fernando Pessoa – mais il est là.


parole de cactus lecteur.

Cédric 25/08/2012 10:54


 


Davantage que ses mots ou son vocabulaire, ce qui me touche, ce qui me marque chez elle, c'est sa puissance intérieure.






Alors, bien entendu, je ne fais pas mien tout ce qu'elle dit ou prétend ( elle utilise les mots « dieu » « pèlerin » etc. des mots qui me sont plutôt étrangers, elle parle
« d'étapes vers la paix intérieure » or je ne crois pas au fait qu'on puisse volontairement se transformer, on se transforme à l'insu de soi-même, elle est végétarienne (entre autres
parce qu'elle ne pourrait pas tuer elle-même un animal), je ne le suis pas (je n'aurais, a priori, pas de souci à chasser pour survivre ) , etc. ) mais au delà de toutes ces différences, ce qui
résonne en profondeur en moi, c'est son indépendance d'esprit et de corps (elle ne dépend de rien ni personne) et je le redis : sa puissance intérieure.






Et si je n'avais qu'un seul passage à retenir de ce que j'ai lu d'elle ( en plus du fait qu'elle se dise n'appartenir à aucune organisation ni à aucune communauté ), ce serait celui-ci :






«  Certains m’ont demandé si j’acceptais des « disciples ». Non, évidemment. Ce n’est pas sain de suivre un autre être humain. Chaque personne doit trouver sa maturité. Le processus prend du
temps et la période de croissance varie selon chaque individu.


Pourquoi vous tournez-vous vers moi ? Tournez-vous vers votre propre Moi. Pourquoi m’écoutez-vous ? Écoutez votre propre Moi. Pourquoi croyez-vous en ce que je dis ? Ne croyez ni en moi, ni en
aucun autre enseignant. Faites plutôt confiance à votre propre voix intérieure. Elle est votre guide. Elle est votre professeur. Votre maître est à l’intérieur, pas à l’extérieur. C’est
vous que vous devez connaître, pas moi !


Marchez avec moi, mais ne me suivez pas aveuglément. Agrippez-vous à la vérité, pas à mes vêtements. Mon corps n’est qu’un morceau d’argile. Maintenant il est ici, demain il aura disparu. Si vous
vous attachez à moi aujourd’hui, que ferez-vous demain quand je ne serai plus avec vous? Attachez-vous à Dieu, attachez-vous à l’humanité. Alors seulement, vous vous rapprocherez de moi. »






Le fond de ce qui est exprimé-là résonne fortement en moi, dans la forme je ne changerais que quelques mots pour faire mien ce texte.


« Ne croyez ni en moi, ni en aucun autre enseignant. » par ces seuls mots vous pouvez comprendre, cher chêne vagabond, pourquoi je me sens proche d'elle, vous qui savez qu'il est écrit
« Ne me croyez pas. » sur un certain blog. :-)






Belle journée à vous.

Virginie - Le chêne vagabond. 25/08/2012 07:11


Quel accueil dites-moi… 


Merci également de vos liens – l’échange est une richesse.


Quant à Peace Pilgrim pèlerin de Paix… Ses mots, son vocabulaire retiennent... ma perplexité. 


 


                       On n’arrête pas des tsunamis avec des pétales de roses.


 


Mais peut-être une lecture matinale en est-elle la cause ?


Peut-être détiendriez-vous des passages, des écrits qui pourraient éclairer les propos de cette marcheuse au long … court ? 

Cédric 24/08/2012 16:39


C'est un plaisir de vous retrouver !


 


Votre billet, cette route à travers les états-unis, me fait penser à celle d'une femme que j'ai découverte récemment : "Peace Pilgrim". Sur la route elle aussi ( des dizaines de milliers de
kilomètres à pieds à travers les états-unis) mais une route si différente.


 


Quelques liens :  wikipédia,  un livre,  une petite vidéo (il y en a bien d'autres disponibles), un autre livre assez exhaustif.


 


Voilà, pour faire court : j'adore cette femme ! :-)


 


Au plaisir.


 

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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