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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 10:35

 

Ernest-Pignon-Ernest---Le-Christ--pleure-par-les-anges---d.jpg 

 

Il est mille façons d’empoisonner le discernement. 

 

Celui d’abord, dénoncé avec brio par Thomas Berhard : « En fait les gens, dans les musées, commettent toujours l’erreur de projeter trop de choses, de vouloir tout voir, si bien qu’ils vont, ils vont, et ils regardent, ils regardent, puis soudain, tout simplement parce qu’ils se sont gavés d’art, ils s’effondrent. […] Le profane va au musée et se le gâche par excès », écrit-il dans « Maîtres anciens » p 164. 1*

 

A cet emportement, cette précipitation ôtant la vue et brouillant la pensée du visiteur de musée, s’ajoute l’aveuglement  dû à l’exposition même. Le procédé consiste à monumentaliser les entrailles de l’artiste, lesquelles trônent bientôt en Chef-d’œuvre. 

 

Vertige assuré.

Tout est fait, il est vrai, pour élever le niveau. 

 

Le tableau habillé d’or est accroché sur fond crème sublime ou rouge titanesque.

La composition aboutie, au fini équilibré, solide, sûr dans son exécution,  impeccable, domine le spectateur tel le palais ou la cathédrale écrasant le sujet.   

Ainsi l’œuvre frappe-telle - fait-elle autorité, règne en maître. Sceptre foudroyant d’un roi sacré par son excellence. Nous sentons sous le vernis, la pâte du génial artiste, son trait expert, rapide, n’ayons pas peur des mots, sa virtuosité, son inspiration Divine. 

 

Le génie est né. Décalé, excentrique – c’est-à-dire hors centre, supra- ordinaire. Salvador Dalí au Veston aphrodisiaque ne démentirait pas.

 

 

 

 

La science de l’artiste se fait fulgurante - cosmique - infuse. Congénitale.

 

 

 

C’est qu’à « jouer au génie, on finit par le devenir ». Ses intuitions satinées  imposent le respect. 2 * 

 

La bêtise se caractérise par le ton péremptoire de l’auteur. On y lit une forme d’emportement, de lourdeur. Des notes faites de certitudes – sans questionnement - sans nuance. Une démesure. 

 

Ernest-Pignon-ernest-d-apres-Nicolas-Poussin---Le-massacre.jpg

C’est contre cette idée fort répandue de l’œuvre fusant d’un trait – aisément - sans travail, coulant d’une cervelle intarissable que se dresse l’exposition « Traits de génie ». Une démarche rare, une inversion 4* où les ébauches, l’appétit d’étudier, de tester, de comprendre, s’épanouissent en pleine lumière. Un événement, donc.

 

« Mes dessins réunis dans l’exposition sont comme une quête, une interrogation – énonce Ernest Pignon Ernest dans le guide de la visite – dessiner pour voir, dessiner pour comprendre. »

 

La peine du peintre, les esquisses hésitantes, ses doutes, ses menus effacements – la rouille obscure, le travail de fond – nous en discernons enfin la substance. 

 

Tout cet itinéraire menant à la composition définitive, tout ce qui d’ordinaire nous échappe, nous le voici plaisamment balancé en un lieu en rien commun. 

 

              Le brouillon nous gagne là – au milieu du crâne – comme une morsure de rappel. 

 

Ernest Pignon Ernest - Etudes détaillées - Palais des BeaErnest Pignon Ernest - détail     

--------------------

 

1 * Thomas Bernhard – Maîtres anciens – Folio – Gallimard – isbn : 9782070383900.

 

 

2 * « Il n’y a pas de différence (au plus haut niveau) entre la froide intelligence spéculative et l’intuition de l’artiste. Il y a quelque chose d’artistique dans la découverte scientifique 

et quelque chose de scientifique dans ce que les naïfs nomment les « géniales intuitions de l’artiste ». 

 (Umberto Eco, De Superman au surhomme, Paris, Livre de Poche, 1995) Claudine Cohen (1)

 

3* Musée des Beaux Arts de Lille.

 

4* « La mise à l’envers » p 55.

 

Il suffit d’inverser la hiérarchie et de faire un art dans lequel les évènements de la vie les plus infimes apparaissent au premier plan, soulignés avec un air monumental. […]

« Infraréalisme » 

L’ascension poétique peut être remplacée par une immersion en dessous du niveau de la perspective naturelle. Les meilleurs exemples qui illustrent comment, en poussant le réalisme à l’extrême, on le dépasse – tout simplement en prêtant attention, la loupe à la main, aux choses microscopiques de la vie -, ce sont Proust, Ramon Gomez de la Serna, Joyce ?

[…] Le procédé consiste simplement à donner le premier rôle du drame vital aux bas quartiers de l’attention, à ce que nous négligeons d’habitude. Giraudoux, Morand, etc. appartiennent, chacun à leur manière, à la même équipe lyrique.  P 52-53. José Ortega y Gasset – La déshumanisation de l’artAllia

      ---------------------

 

Palais des beaux Arts - Document pédagogique.

 

Prolongement-pedagogique---1er-degre-JPG 

 

Lille Infos

 

Pour rappel ... (Pour plus de détails) 

 

 

 

Bouleverser le regard : 

 


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Published by Le chêne parlant - dans Arts
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commentaires

Frédéric Schiffter 19/06/2013 10:15


Carole,


Dalí vous répond:


"Ne t'occupe pas d'être moderne. C'est l'unique chose que maleureusement, quoi que tu fasses, tu ne pourras pas éviter d'être." Journal d'un génie (15 Juillet 1952)

le chêne parlant 19/06/2013 10:10


Cher Nuage,


 


La présence des tiroirs, la charogne,  les écorchures n’enlèvent rien aux bleus du ciel, c’est juste. 


 





 


 


Belle journée à vous. 


Le chêne à la marguerite persoenne.



le chêne parlant 19/06/2013 10:07


Chère Carole,


 


Je vous souhaite la bienvenue sur ce blogue où toutes les nuances interprétatives - ou les avis tranchés - ont droit de citer*. 


 


Votre avis sincère est finement formulé – soyez-en remerciée. 


 


Petit recyclage de commentaire…


 


Cinquante nuances de gris offrent un champ vertigineux d’interprétations, de voies possibles, pléthores de confusions où l’on se perd aisément. L’échange s’élève, précise, parcourt les formes
entendues par chacun, aspire à en définir les tonalités. L’escalade guette. Montée en spectre d’intensité du débat d’idées. Mais le rapport hostile est déshumanisé. Il s’agit d’un duel où le
rival est un partenaire intellectuel, où la mise à mort est celle de la non pensée.


Le quiproquo n’est-il le piment aigre-doux de la conversation ?


 


 





 


Conversation à la racime de la montagne. 


 


* ….


 


Pensées d’un œil tourné vers la terre, 


Virginie.

Carole 18/06/2013 12:39


Je range la peinture de Dali dans le versant "pompier" de l'avant-garde. Je considère qu'il n'a pas apporté grand chose à l'art pictural mais par contre les personnages médiatiques tels qu'ils
sévissent aujourd'hui lui doivent beaucoup. En cela il est intéressant, il faut aborder le "cas" Dali au deuxième degré : il est le symbole de la démesure et du bluff  que nous subissons
aujourd'hui.  Mon avis n'est pas argumenté, il n'est légitimé par rien ni personne, mais je le donne quand même :)


bonne journée à vous.

Nuageneuf 18/06/2013 11:40


 


Tout naturellement et sans questions, je me retrouve chaque fois en état de grâce devant des Ernest P.-E., des DALI comme ceux que j'ai vus bien des fois à la fondation DALI de St Petursburg (j'y
ai consacré des articles sur Nuage), des Modogliani, des Rothko et cent autres dont je vous épargne la liste. Je ne cherche pas à analyser, je ne cherche pas à juger, je me sens simplement
immensément privilégié d'avoir la chance de pouvoir les admirer, béat, enfant, enthousiaste, niais. Et sans vouloir jouer du chleuasme, je me sens être le type pafait "de l'imbécile heureux".
Cela m'évoque au moment où j'écris ces queslques mots cette phrase sublime de Fernand Raynaud dans son texte J'suis cantonnier : "Y'en a qui tiennent le haut du pavé, moi j'tiens le bas
du fossé".


 

Axel Evigiran 15/06/2013 09:02


Tommi Stumpff - Le chien Andalou (1986)


 


 

Autopsie en cours... 15/06/2013 07:57


Cher Frédéric,


 


J’ai regardé le film – certes  onirique et à remettre en contexte. 


Le Chien Andalou – c’est entendu – a l’œil rivé sur la tombe. Essayant d’examiner ce qui avait pu faire la notoriété du court-métrage, j’ai cherché des critiques sur la toile, je n’ai trouvé que
tombereaux d’éloges.  


.





 


 


Perplexe, je réserve mon diagnostic… Mes investigations se portent à présent sur la chair des écrits. 


 





 


À vous,


 


Virginie.


 


 

Frédéric Schiffter 14/06/2013 09:27


Chère Virginie,


Le surréalisme a été la renaissance artistique qui a suivi la boucherie de 14. Pendant cette période de guerre, Duchamp, autre dandy loufoque et génial, ne voulait plus offrir au monde que des
natures mortes dans lesquelles était pétrifié le lointain souvenir du Beau. Tels étaient les ready-made. Les années folles apportèrent un vent d'euphorie après les grands massacres. Le
surréalisme en a été — entre autres mouvements — l'expression esthétique. Les artistes, ex-dadaïstes, revinrent à l'idée de l'art. Mais ils ne purent pour certains se défaire de leurs cauchemars.
Leur poésie, qu'elle fût littéraire ou picturale réglait ses comptes avec l'académisme comme symbole d'une sensibilité bourgeoise, militariste et cléricale. Le cinéma venait de naître. Les
premiers à s'en emparer furent deux Espagnols, épargnés par la guerre, mais, néanmoins, témoins lucides du traumatisme subi par cette génération sacrifiée. Buñuel et Dalí, en un quart d'heure
(durée du Chien andalou), nous plongent dans un monde onirique où charogne, vermine, meurtre, torture, se mêlent à l'érotisme. Dalí, le scénariste, joue avec le temps, détruit la
chronologie ordinaire pour ne laisser place qu'au déroulement chaotique du rêve. Car le génie du Chien andalou est de filmer pour la première fois l'univers des fantasmes et des
obsessions. 


Voici un lien: http://www.zappinternet.com/video/danPvuMpaX/Un-chien-Andalou-1928 


Le film y est proposé en son intégralité à savoir, +/- 16 minutes.


 


À vous,


 


Frédéric


 

Le chêne parlant 14/06/2013 08:02


Cher Frédéric,


 


Sans doute devrais-je être plus directe et user de moins de détours : Les œuvres de Dali ne me touchent pas, je l’avoue, et le personnage m’agace. 


Je ressens dans vos écrits la corde morte et perdue d’un Bacon, Hopper, Friedrich, Pessoa. 


Certains dessins d’Ernest  Pignon Ernest développent une alchimie des tonalités, un mouvement, des traits qui m’évoquent cet « œil tourné vers la tombe ». Ceci est sentiment issu de mon
entendement, trahissant ma personne - sans doute – , n’a guère l’ambition d’un tout.


L’humilité s’adressait à Pessoa – lequel restera, il me semble, à jamais confidentiel en raison de cela.* 


 


Ma méfiance me portera – naturellement - à regarder le Chien Andalou. 


 


Nota : ‘Le vous et vos amis’ était une maladresse – le message eût été plus clair ainsi : « Vous et Montaigne, Lucien de Samosate, Baltasar Gracián, Baudelaire, Pessoa… 


 


* Cette anecdote vécue à Citephilo où une horde de suiveurs s’est empressée de quitter la salle à la suite de Michel Onfray, laissant la conférence suivante tout à notre quart restant a également
effleuré ma mémoire à cet instant.


 


À vous,


 


Virginie.

Frédéric Schiffter 13/06/2013 23:27


Virginie,


"Sommes-nous disposés à respecter les gens humbles"? Telle serait la question, écrivez-vous. J'avoue n'en pas comprendre le sens. Qui est ce "nous" si méprisant avec les "gens humbles"? Qui sont
les "gens humbles"?


Un dernier mot sur Dalí que vous accusez de "raisonner creux" et qui vous semble ne pas correspondre au genre de personnalités que j'affectionne. Laissez-moi seul juge de ce dernier point. Je
place en tout cas son esprit aussi haut que celui d'Oscar Wilde (avec qui il faut le comparer ou le rapprocher et non avec Rimbaud) — Oscar Wilde qui confessait avoir mis sans doute son talent
dans son art mais tout son génie dans sa vie. Quand il s'exprime, E. Pignon Ernest est un bonnet de nuit et la rue convient bien à ses dessins.


 


À vous,


 


Frédéric 


 

Le chêne parlant 13/06/2013 20:33


Cher Alfonso, 


Bis repetita... 


Rimbaud est en révolte, est en révolte. On assiste à l'éclosion d'une pensée singulière, l'exact opposé de l'éclosion d'un égo.


 


« Monsieur,


Eh bien, j’ai tenu ma promesse.


Je meurs, je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille. Que voulez-vous, je m’entête affreusement à adorer la liberté libre, et… un tas de choses que “ ça fait pitié ”
n’est-ce pas ?"


Belle soirée à vous, amicalement, Virginie.

Le chêne parlant 13/06/2013 20:22


Dali - Peintre talentueux ou sculpteur d’envies ?


 


Cher Frédéric,


 


Je ne crois pas avoir comparé Dali à Fabrice Luchini, ou me serais-je mal exprimée ? 


Luchini venait appuyer – en illustration si j’ose dire - le concept de Sartre, lequel ne manqua pas de jouer son meilleur rôle : celui d’intellectuel. 


Dali - le personnage -  raisonne creux, ses facéties évoquent davantage la vanité et l’orgueil qu’un changement salutaire et novateur de perspective. 


Son ‘Art’ ne me parle pas. Bien sûr la technique est irréprochable, les évocations psychanalytiques ne laissent pas d’étonner. Mais sont-ce des  catalogues de monstres,  des fosses de
lassitudes, des flammèches cannibales -  le vide sombre et huileux, qui, comme une immense nappe d’hydrocarbure se répand et s’étale ? … Ou des flashs aveuglants ? Une économie du spectacle,
une surenchère permanente d’effets, de lumières, de vêtements; des mouvements calibrés, avec, ici une touche de fougue, là des envolées de danseuse étoile ? Automatisation du désir au mécanisme
bien huilé. 


Existe-t-il un second degré derrière ces moustaches aériennes – ces démarches artistiques – ou est-ce la démesure, d’un expert es sciences en « besoin du public » ; chorégraphe sachant captiver
les hommes ? 


Peintre talentueux ou sculpteur d’envies ?


 


Dali ne me semble pas fait de ces obsessions tenaces, de cette sphère d’orage,  de cette encre Pessoenne  - de ces êtres « nés l’œil tourné vers la tombe. » 


 


Vous et nombre de vos amis le sont – je crois.  


 


La question serait plutôt celle-ci : sommes-nous disposés à respecter les gens humbles ?


 


Je scrute le centre de la fonte, le point précis où le bois crépite. 


 


À vous,


 


Virginie.


 


 


 


 

Cédric 13/06/2013 17:33


 


Puisqu'il est question d'un Pignon Ernest versus Dali, ce que je dirais personnellement  et comme ça me vient, sans aucune analyse d'aucune sorte, c'est que le premier dessine bien, quant au
second, il m'amuse au plus haut point ! :-)


 


J'ai particulièrement apprécié la "...tache que je considère qui restera désormais HISTORIQUE..." 


 


Au plaisir.

Alfonso 13/06/2013 15:36


Enfin seul dans mon local technique, moi Alfonso, garçon de piscine à Tenerife j'ouvre mes narines :

Dans sa conclusion, Atle Kittang évoque l’Album
zutique, « dont Rimbaud était un des collaborateurs les plus zélés ». Exceptionnellement zélé en effet, et exceptionnellement doué. Aujourd’hui, à n’en pas douter, il ajouterait un chapitre à sa
thèse, sur les pastiches zutistes. Il faisait, en 1873, du sonnet des Voyelles le modèle du « texte ludique », auquel il joignait deux poèmes des Illuminations, Dévotion et Barbare. Ainsi il
rejoignait Breton, qui avait vu dans Dévotion un texte présurréaliste, un chef-d’œuvre de dérision. Et Barbare, dans une forme sublimée de l’ironie, parodie le lyrisme romantique, cultivant
l’image fascinante et le paysage halluciné. Quant aux Voyelles, elles sont bien le texte-phare où ludisme et poésie se croisent et s’entrecroisent. Baudelaire disait : « tout va bien au sonnet,
la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique ». Et Rimbaud, dans ce sonnet post-baudelairien, a mêlé tout cela et joué de toutes ces résonances. Il y a mis
le romantisme de quelques belles images et la théorie des « correspondances ». Il y a mis tout un univers, et pourtant, jouant avec les lettres et leurs répondants colorés, avec les mots, les
syllabes et les rimes, il se moque bien de la couleur des voyelles et de ses lecteurs. Où s’arrête le jeu, où commence la poésie ? Où s’arrête la poésie, où commence le jeu ? Où commence le jeu
dans l’esprit du poète ? où commence le jeu dans l’esprit du lecteur ?

Le déconnant ça rend rend meilleur, me dit monsieur Hou en arrivant.

Frédéric Schiffter 13/06/2013 09:24


Chère Virginie,


Vous réduisez Dalí à son personnage, que, visiblement, vous n'aimez pas. Vous délaissez le jugement esthétique pour le jugement moral. Vous osez le comparer à Luchini (qui, lui aussi, lit trop
pour son entendement de garçon-coiffeur). Or, le "théâtre" de Dalí n'est ni extravagance ni simple cabotinage. Son personnage réunit tout l'esprit surréaliste en le subvertissant. Son art ne
s'arrête pas à son travail de peintre. Toutes ses interventions télévisées ou radiophoniques suscitent chez le téléspectateur et l'auditeur le sentiment que cet homme n'appartient pas au monde de
la banalité mais qu'il vit et dort dans le monde même de son imaginaire. Tant son langage riche de formules oxymoriques et métaphoriques déclamées sur un ton emphatique, que ses tenues de dandy
mégalomane, introduisent une poésie foutraque au cœur même de la triste convenance. Il est bien rare que le numéro soit raté. Son veston aphrodisiaque est une trouvaille. Son escargot de
Bourgogne rempli de couleur projeté sur une toile au moyen d'une arquebuse afin de produire une métamorphose logarithmique; sa plaque de zinc mitraillée de plombs illustrant à merveille la pensée
paranoïaque de Don Quichotte (http://www.youtube.com/watch?v=xByprtxPVsU&feature=endscreen), etc. Autant de déconnades, certainement,
mais qui, non moins certainement, et telle est la force de Dalí, résonnent avec de forts accents d'évidence. De plus, ses "quasi-divin" dont il émaille ses envolées sont bien entendu une façon à
la fois drôle et cruelle de profaner l'idée que le public se fait de la création, et, au passage, de railler l'idée que les artistes se font d'eux-mêmes ou de leur "génie". Tous les discours de
Dalí s'entendent comme une charge féroce contre l'inspiration, l'intuition sacrée, le transport musagète — l'enthousiasmos de Platon. Il est à Breton ce que Diogène était à Platon: un
Socrate en smoking devenu "fou" — paranoïaque-critique (http://www.universalis.fr/encyclopedie/salvador-dali/3-la-methode-paranoiaque-critique/).


Mais je m'étale.


 


À vous,


 


Frédéric


 


 

Le chêne parlant 13/06/2013 07:17


Cher Frédéric,


 


Conspiration surréaliste ?  En raison de trois surchauffes de mon P.C. – hier -  je n’ai pu vous répondre… 


Je me suis donc résolue à laisser le tout refroidir.


Ernest Pignon Ernest lit beaucoup, je vous l’accorde… Il met aussi l’Art à portée de rue. Il est lui-même.  


Dali était certes un Dandy fantasque mais n’était-ce point une théâtralisation à but hyper lucratif ? J’« exploite la bêtise humaine », aimait-il déclamer - en particulier celle des riches. Une
œuvre de répartition des richesses – certes - mais à son unique profit.


 


En gros, Dali ne jouait-il pas au génie tel ‘Le Garçon de café’ de Sartre ? 


Luchini – non exempt de critiques – fait cette remarque intéressante : « Lorsqu’on m’invite sur les plateaux, c’est pour faire du Luchini, donc je joue mon rôle. Je fais ce que l’on me demande, je leur offre le show qu’ils demandent. »


 


À vous,


 


Virginie.

Frédéric Schiffter 12/06/2013 19:42


Chère Virginie,


 


Je crains que vous vous trompiez. Dalí était un dandy fantasque. Un déconneur. Il se divertissait à se foutre du monde, à commencer par les surréalistes eux-mêmes, à commencer par
Breton lui-même, à commencer par lui-même — prenant au mot Breton, précisément, qui l'avait surnommé Avida Dollars.  On voit tout cela avec évidence dans la première vidéo et notamment à la
fin quand le maître, allongé dans une baignoire, se fait verser dessus de l'argent liquide. L'humilité de Pignon Ernest s'affiche peut-être dans le cordon de ses lunettes mais ne se remarque pas
précisément dans ses extases et autres démonstrations d'académisme graphique logées dans des "lieux". Cet homme lit trop, cela l'empêche d'être poète. 


Vous savez, chère Virginie, je ne suis pas un disciple d'Ortega — même si j'ai consacré de menus travaux universitaires à ce philosophe. Ses réflexions sur la peinture se concentrent sur
Velázquez et Goya. J'ignore comment il percevait les surréalistes, mais je ne crois pas me tromper en avançant qu'il devait voir en eux des garnements de génie. Il m'arrive de revoir de temps en
temps Le Chien andalou que Dalí et Buñuel firent ensemble. Cela reste d'une extraordinaire force de subversion poétique. De plus, Dalí fut l'ami des poètes — notamment de Lorca
(probablement son amant). J'ose croire qu'ils le prenaient pour l'un des leurs.


 


À vous,


 


Frédéric

Le chêne parlant 12/06/2013 18:44


Cher Frédéric,


 


Le travail d’Ernest Pignon Ernest est intéressant, il se loge dans l’humilité. Son académisme n’est certes pas déshumanisé, au sens d’Ortega y Gasset, mais n’en demeure pas moins poétique et
sensible. Son ‘dédain face aux anciennes formes monumentales’ passe par  le mouvement, le passage, l’exposition du processus créatif.


Quant à Dali, il m’a toujours paru être un personnage en représentation permanente, boursouflé d’ego et fort intéressé pécuniairement.   Art gens pour l’argent. 


 


 Son originalité – hormis quelques exceptions comme les montres molles ou la girafe en feu - apparaît factice et sur jouée.  


 


À vous,


 


Virginie.


 

Frédéric Schiffter 12/06/2013 17:18


Chère Virginie,


 


Autant Ernest Pignon Ernest me semble bien pompeux avec ses discours sur la présence-absence, la représentation-présence, l'empreinte, etc., autant Dalí me réjouit avec ses numéros de
paranoïa-critique. L'un incarne le sérieux, l'autre l'humour. Cela se traduit bien sûr dans la peinture de chacun. Très académique et démagogique pour le premier: donner le sentiment d'un
classicisme descendu dans la rue (quelle audace!). Très onirique et poétique pour le second: donner à voir des fantasmes entre cauchemar et cocasserie. Le génie est toujours pipperminesque.


 


À vous,


 


Frédéric 

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

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