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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 08:39

« L’avenir de l’humanité reste indéterminé, 

Agnes-Obel.jpgparce qu’il dépend d’elle. »

Henry Bergson (1932) 

 

 

 

 

Au fond, il y a dans la vie un processus insaisissable – des évènements improbables -  quelque chose d’intangible, d’absolument incertain.

 

 Piou-Piou fait partie de ce mouvement. 

 2002-05-07---Piou-Piou-02.jpg

      Tombée d’un nid situé à huit mètres de hauteur, déplumée, à peine visible dans l’herbe, tout espoir de vie semblait s’être envolé pour elle.  

 

C’est le destin ?

On le dit. On avance ces paroles évidentes : il n’y a rien à faire. « Sois réaliste ! »

Le réaliste - c’est simple - c’est celui qui vous susurre les bornes et limites de la réalité, celles bien entendu à ne pas dépasser. Son jugement est authentiquement vrai puisqu’il découle d’une adéquation entre l'idée et la chose. La voix de la raison, quoi.

 

La preuve ? On l’avance sans plus tarder :

 

Primo : C’est un oisillon petit et misérable. Dont l’image provoque même une certaine répulsion.

Secundo : Les oisillons ont des besoins spécifiques.

Tertio : Tu n’es pas un moineau.

Conclusio : Le moignon est condamné à mort – CQFD ou équivalent latin : QED, « quod erat demonstrandum » (ceci fait toujours mieux lors d’un repas).

 

Le plus extraordinaire, c’est que nous nous conformons au verdict. Aucune pitié. L’esprit s’encage.

Non par suivisme ou esprit moutonnier – non – trop simple. 

Plus probablement dans le domaine de l’esprit ou de l’intellect, sommes-nous avides de causalité. En ce sens, nous recherchons des liens logiques, de ceux notamment nous prouvant le bien fondé de ce que nous avons fait, confortant la validité de nos choix, affirmant que nous ne nous trompons pas. 

 

Si ces pensées semblent rationnelles, nous évitent des situations possiblement tragiques, faire face à une quelconque déception, alors nous la faisons nôtre sans peine. Après tout, nous sommes des animaux sentimentaux.

 

La réalité la plus importante pour la pensée, la base vitale dont elle jaillit elle-même, est l’  « ordre concret et efficace de la vie ». Cet ordre, à son tour, est mieux compris à travers les structures particulières économique et politique sur lequel il est fondé. » écrit Hannah Arendt dans ‘La philosophie de l’existence’ (1) p 46. 

 2002-05-07---Piou-Piou-01.jpg

Or l’ordre concret et efficace de la vie, on ne tarde pas à en percer les secrets.

C’est la fatalité – le struggle for life – poussé hors du nid en raison de sa faiblesse, il ne lui reste qu’une alternative : mourir. Après tout n’est-ce point là « La loi de la sélection naturelle » celle où l’inadaptation périt où seule l’adapté survit. 

 

Laissons faire la nature, se dit-on la voix pleine d'une lassitude défaite. Darwinisme social (2), oblige. Quand bien même pense-t-on agir, essayer, tente-t-on de sauver le pauvre animal, que l’on observe votre belle énergie l’œil plein d’une acide ironie. 

 

Aussi, ça coule de source. 

Il faut clairement se rendre à l’évidence : vouloir sauver ce volatile est une folie.

 

                                         … L’évidence même !

2002-05-15---piou-piou-sur-l-ordinateur-03.jpg 2002-05-15---piou-piou-01.jpg

 2003-02-15---piou-piou-04.jpg

 

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(1) Hannah Arendt – La philosophie de l’existence et autres essais. Bibliothèque philosophique Payot.

 

(2) Le darwinisme social –  Jean Gayon. 08/03/2011 dans l'excellente émission des nouveaux chemins de la connaissance.

Darwinisme social : c’est une idéologie, explique clairement Jean Gayon dans les nouveaux chemins de la connaissance.

On appelle Darwinisme social, un système de pensée  construit par Spencer et qu’on appelle « l’idéologie du laisser-faire ».

Une extension aux phénomènes politiques, sociaux de la compétition et de la lutte pour la vie.

 

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Free as a bird

 

Libre comme un oiseau, c'est la meilleure façon d'être.

      .... 

Pouvons nous vraiment vivre sans l'autre ?


Se sentir si libre.

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For the Birds – Pixar... Aucun rapport, mais bon... gentiment drôle.

 

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Published by Le chêne parlant - dans philosophie
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commentaires

Virginie 05/05/2012 17:08


Et les étoiles de mer ! Surtout les étoiles de mer, cher nuage. 


 


Parfois de simples mortels parviennent à ravir la foudre au ciel et le sceptre au tyran, n’est-il pas ?


 


Merci pour ce message de haute sensibilité – recevez, cher Nuage -  de chaleureuses pensées terrestres. 


 

Nuageneuf 05/05/2012 12:46





Chère Virginie,


 


Ah ! Comme je trépigne d’être dans l’incapacité momentanée de  dialoguer sur votre troublant billet que je lis et
relis depuis sa parution ! Mais il me faudrait appeler Pline puis Buffon, ce naturaliste révolutionnaire et aussi « ma si chère Elisabeth de Fontenay » et son essai magistral
Le Silence des bêtes etc, etc…pour construire quelque chose qui parût intelligible.


 


Aussi me contenterai-je ce matin de vous dire combien vous avez raison et comme votre « L’évidence même ! » me réjouit. Car se sont présentés au cours
de mon existence des dizaines de ‘Piou-Piou’, combien de martins-pêcheurs, de piverts, de piafs, mais également des hérissons, des loirs, bien des bébés chauves-souris, des rats et des souris,
des chiens errants, des chiens ‘enragés’, une chatte sauvage à apprivoiser et ses petits à mettre au monde, des lièvres victimes de la chasse, une chèvre trop gourmande dont une corne se bloqua
complètement entre des barreaux qu’il me fallut scier pour la libérer, et combien d’autres encore ?…


 


Oui ! vous avez raison, mille fois raison !  Il n’y a rien à faire. « Sois réaliste ! » -
Il y tout à faire, tout simplement, amoureusement, sans en rien dire. Faire, tout simplement. On ne réussit pas à tout coup, certes. Ne jamais se résigner mais tenter, tenter
encore, passer des nuits parfois pour conserver en vie.


 


Désolé pour ce propos très brouillon.


Merci encore pour ce témoignage.


Avec mes amitiés chaleureuses.

Virginie 30/04/2012 19:24


Cher Alfonso,


Effectively, votre synthèse est excellente, un bon schéma valant toujours mieux qu’un long discours. 


 





 


 


Bonne soirée à vous. Une particule alimentaire (chlorophyllienne tout de même).

Virginie 30/04/2012 19:12


Cher(e) Do,


 


Merci pour ce message chaleureux.


Vous êtes bienvenu(e) ici.


 


Bonne soirée à vous. Virginie.

Alfonso 30/04/2012 15:13


 





 

Do 30/04/2012 13:05


Chère Virginie, bravo!

Cédric 29/04/2012 20:39


Cher Axel, pourquoi avons-nous une si piètre image des déterminismes ?


 


Pourquoi un "déterminisme" serait-il plus petit ou moins élevé qu'une "liberté" ? Depuis quand cette hierarchie s'est-elle opérée dans les cerveaux humains ?


 


Le plus grand des déterminismes est celui de naître, un autre immense déterminisme est celui de naître "être humain", la poule ne choisit pas d'être une poule, je n'ai pas choisi d'être un être
humain, personne ne l'a choisi.


 


La question est : pourquoi faire de cette détermination primordiale une chose moins belle qu'une liberté ? C'est inscrit dans la nature, dans la vie, c'est le cerveau humain qui par simple souci
égotique veut se dire libre, veut se croire libre, mais comment parler de liberté quand le simple fait de naitre ne sera jamais une décision ?


 


La seule liberté que je vois est d'accepter d'être de la vie, d'être de la vie humaine, alors on se coule dans son déterminisme, on fait un avec lui, on observe le parcours qui n'est pas
prédeterminé, pré-écrit,... c'est dans cette page blanche sur laquelle on chemine qu'est inscrite la liberté.


 


Être un poulpe n'a pas moins de mérite que d'être un Homme. Dans les deux cas, il n'y eut pas de choix...


 


Ce qui est bien dans le fait d'être un humain c'est de pouvoir parler de cette sensation d'être un être humain avec un congénère au moyen du langage, quand deux poulpes ont une conversation bien
moins riche sur le fait d'être un poulpe ! ;-)


 


 


 

Axel 29/04/2012 19:21


Le sens des flèches sur le croquis en noir et blanc signifie « est mangé par »… C’est contre intuitif, mais à la mode. Comme si la salade courait – enfin rampait – vers l’escargot.  


 


Sinon « les déterminismes libres » sont des sortes de nains-géants ; géants chez les nains mais nains quand même… 

Cédric 29/04/2012 17:54


 


Où se situe la liberté si tout, sans cesse, se détermine en nous ? C'est simple : tous les déterminismes sont libres, en temps qu'humain nous sommes un de ces déterminismes.


 


Mais vous le savez chère Virginie, car je me souviens l'avoir déjà écrit ici, au lieu de cette sempiternelle question "libre ou déterminé?", et pour s'extraire de ces mots-là, j'aime dire qu'on
fait/dit/est ce qu'on ne peut pas s'empêcher de faire, de dire, d'être.


 


Amusant : sur la première image, le sens des flèches donne l'impression que c'est la feuille qui mange la chenille, et la chenille qui mange l'oiseau (merle?), la salade mange l'escargot,
etc....mais peut-être est-ce là la vraie réalité ??


 


Bien à vous ! (et à tout le monde d'ailleurs !)

Virginie 29/04/2012 16:00


La régulation de la mono-pensée libérale. 


 


Libres ou déterminés ? 


 


Il est fort à craindre que nous ne soyons que des vers libres de ramper sous un ciel brillant haut. 


Pauvres décomposeurs gobées par des becs affamés, eux-mêmes aussi vite chopés par les griffes agiles de la contingence.


 


Reste au conso-mâteur de T.V. – travailleur tertiaire - quelques plumes trempées à l’encre du cabinet (d’étude) roulant sur le papier incliné.


Et nous voilà glissant – pauvres hères sans flambeau – sur le terrain de la liberté, tout à nos dévotes croyances d’un destin d’exception.






Cédric 29/04/2012 12:35

Aucun destin n'est écrit à l'avance.
Le destin est une présence.
Une voix qui, à chaque instant,
Se fait entendre en soi.

Soyons. Le destin nous écoute.

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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