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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 17:22

MOONSHADOW.jpg

 « La poésie,

c’est quand ça chante dans la voix.

Lire,

c’est quand ça danse dans la tête. » 

Elodie, élève de CLIS.


 

A V., merci.

 

      Dans l’heure flottante du jour en devenir, les jambes sportives de Vincent Safrat chevauchent d’un pied léger le vélocipède du savoir.

 

La luminosité est magnifique, aveuglante à souhait. Vincent Safrat se dresse, mains serrées à fond sur le guidon, descend vers le monde. 

 

Pour aller où ? 

Droit devant !

          Sur le chemin de l’ « Omnia in omnibus », tout est dans tout.

 Il avale les pavés d’un trait, se fraye un passage sur la route chaotique et pleine d’embûches du monde de l’édition. 

      « Au cours de ses promenades, il s’attachait toujours à faire surgir des innombrables reliques de la vieille cité une image vivante et cohérente des siècles passés. Sa demeure, vaste bâtisse de l’époque des rois George, se dressait au sommet de la colline abrupte… » Lovecraft, L’affaire Charles Dexter Ward.

 

De loin en loin c’est le bruit du papier qui raisonne.

      Les œuvres suspendues aux porte-bagages avant et arrière, flottent, frappent, balafrent, disloquent l’espace. Le faisceau lumineux des étendards contrent la misère. 

La culture se projette sur l’asphalte. 

       Vincent Safrat calcule combien d’œuvres il pourra imprimer, distribuer, partager, en lieu et place des tarifs prohibitifs.

Le pari est risqué. La tâche phénoménale. Personne ne misera sur lui.

      Son visage : Les ’indices de résistance, Le visage d’un homme sur la brèche, image flottante de l’équilibriste. Singulièrement calme, les yeux couleur tempête.

Il se sent bien. 

Ouais, il gagne du terrain… 

 
Vincent Safrat, l'editeur social - Ma-Tvideo France3
Vincent Safrat, l'editeur social

Un livre feuilleté, ce n’est pas le virage décidé d’un élève fatigué mais le bâillement en éveil d’une pensée en marche, laquelle se laisse guider par les lignes.

      La lumière clignote sur des visages enfantins imbibés de joie.

 

Une société démocratique – énonce Cynthia Fleury, reprenant Karl Popper « doit considérer « la défense des enfants » comme un principe de structuration politique. Pour Karl Popper, c'est, même là « ce que nous avons de plus précieux »(1). Or défendre les enfants relève davantage d'une attitude offensive que défensive, dans la mesure où il s'agit de leur donner le meilleur de nous-mêmes, d'avoir sur eux la meilleure des influences intellectuelle et morale. En un mot, les défendre, c'est les éduquer, c'est prémunir la démocratie de ses dérives entropiques. »  (2) P 247 – 248

 Agnes-Obel-ange-lecture---2.-jpg.jpg

« Les mots - des mots anglais regorgent d’écoutes, de souvenirs et d’associations. Ils ont beaucoup voyagé sur les lèvres des gens, dans leur maison, dans les rues, dans les champs pendant de si nombreux siècles. Et c’est là que réside la difficulté principale lorsqu’il s’agit de les utiliser aujourd’hui. Ils sont chargés de tant de sens et de souvenirs. Ils sont reliés si souvent entre eux. Pensez à ce que cela pourrait signifier si l’on pouvait enseigner et par là apprendre l’art de l’écriture. Chaque livre, chaque journal serait détenteur de vérité et capable d’engendrer la beauté. On se rendrait cependant compte qu’il existe des obstacles pour nous barrer la route dans l’enseignement des mots. Ils sont la plus sauvage, la plus libre, la plus irresponsable et la moins transmissible des choses. Nous pouvons bien sûr les regrouper, les trier, les ranger dans les dictionnaires par ordre alphabétique. Mais les mots ne vivent pas dans les dictionnaires, ils vivent dans l’esprit. »

Virginia Woolf. 

 

Alba - Anne-catherine de Boel.

 

Défendre les élèves, c’est leur offrir ce qu’il y a de mieux. Offrir l’excellence, ce qu’il y a de plus haut. "Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule, mais d'élever la foule vers l'élite." Gustave Le Bon - 1841-1931 - Hier et demain

Leur offrir tels les mots de Virginia Wolf «…une beauté différente… le passage de l’esprit  à travers le monde… une totalité constituée de fragments frémissants. »   Des textes qui nous saisissent au corps.

 Le ciel est joli comme un ange, de V.

 

Virginia Woolf : 

« Elle aurait pu marcher de la sorte jusqu’à s’égarer complètement si elle n’avait été Alfonso.JPGinterrompue par un arbre qui bien que ne poussant pas sur son chemin, l’arrêta de façon aussi radicale que si les branches l’avaient frappé au visage. C’était un arbre ordinaire mais il lui apparut à elle, étrange au point qu’il eut pu être le seul arbre au monde. Sombre était le tronc en son milieu et les branches s’élançaient ça et là ménageant entre elles des intervalles d’ombre et de lumière aussi distincts que s’il eût à l’instant même surgi du sol. Ayant procuré une vision propre à l’accompagner une vie entière et à préserver cet instant une vie entière. Cet arbre retomba au rang des arbres ordinaires et elle put s’installer sous son ombrage et cueillir des fleurs rouges aux délicates feuilles vertes qui poussaient au dessous de lui. Elle les déposa côte à côte, fleur contre fleur, tige contre tige, les caressant. Car dans cette promenade solitaire les fleurs et même les petits cailloux sur le sol avaient leur vie et leur disposition propre. »

 

Impressions gommées des lecteurs étourdis par les prix…. 

 

Le pari est gagné.

 

« Les mots ne vivent pas dans les dictionnaires, ils vivent dans l’esprit. »

Virginia Woolf.

 

 

Cette exquise beauté… du texte, ce frémissement… 

 

Agnès Obel.

Au bord de la rivière.

 

Au bord de la rivière par les bateaux

Où tout le monde se rend seul

Où tu ne verras aucun soleil levant

Au bord de la rivière nous voyagerons

 

Une fois sur l'eau que nous buvons jusqu'à la lie

Regarde les pierres sur le lit de la rivière

Je peux voir à tes yeux

Que tu n'as jamais été au bord de la rivière

 

Au bord de l'eau du lit de la rivière

Quelqu'un t'appelle, quelqu'un dit

Nage avec le courant et flotte au loin

Au bord de la rivière chaque jour

 

Oh mon Dieu, je vois comment tout se déchire dans cette profonde rivière

Et je ne sais pas pourquoi je vais dans cette direction

Au bord de la rivière

 

Quand cette ancienne rivière étendue passe sous tes yeux

Pour laver la saleté sur le bord de l'eau

Va dans l'eau si proche

La rivière sera vos yeux et vos oreilles

 

Je marche vers les limites de mon plein gré

Tomber dans l'eau comme une pierre

Gelée jusqu'à la moelle des os

Pourquoi dois-je aller là toute seule

 

Au bord de la rivière

Au bord de la rivière

 

 

 

Ne laissons pas la bicyclette brûler.

En ces matins de désaffiliation des liens et de confusionnisme intellectuel, tenir le cap du remarquable, de l’excellence, offrir le meilleur au plus grand nombre,  ça a tout de l’extraordinaire.


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(1) Karl Popper, La leçon de ce siècle, Jacqueline Henry et Claude Orsini, Paris, Anatolia Editions, 1993, Pp 72-73

(2) Cynthia Fleury, Les pathologies de la démocratie, Fayard, 2005, ISBN : 2-213-62322-8

 

      ------------------------------------------------

"Lire, c’est s’en sortir"

      Vincent-Safrat---Lire--c-est-partir.JPG

            -------------------------------------------

Le lorgnon mélancolique.

The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore par William Joyce and Brandon Oldenburg (Studios Moonboot)

 

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Published by Le chêne parlant - dans Littérature
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commentaires

Cédric 24/04/2012 22:28

Chère Virginie,

Oui. Une seconde. Chaque vie d'Homme est une seconde. Une seconde dans l'éternité.

La voir. Ouvrir les sens à cette seconde. Laisser se briser le temps inutile, le temps vide, ne vibrer qu'une seule seconde, mais vibrer.

Le monde est un Atlantide dans lequel chaque homme croit respirer. La vue troublée, c'est dû à l'eau.
En sortir, une seule seconde.

Oser avoir froid. Oser refuser. Respirer cette unique seconde infinie.

Regarder les étoiles et se sentir chez soi.

Faire un signe aux autres, un signe que ces autres ne comprennent pas.

Et Boire L'Oxygène de L'Eau.

Virginie 24/04/2012 13:36

Cher Cédric,

«A vouloir atteindre la beauté délibérément sans vivre ce combat en apparence insensé, je ne crois pas qu’on puisse espérer autre chose que des pâquerettes et des myosotis, des mignardises, des
petites saveurs roses. »
Virginia Woolf.

« Ce n’est qu’en frottant les silex les uns contre les autres. »

C’est l’expérience de la rivière - l’expérience de la rivière.
Parce que lorsque vous en ressortez – voyez-vous – tel un chat au poil transi, au regard famélique, aux orbites et aux joues aspirés sous les os – les oreilles pleines d’un sifflement minéral et
froid, la peau glacée au vent narquois qui pénètre en vous - ça ne vous rend pas plus fort – non - ça vous éclate en milliers de fragments.

Et de ces infimes brisures, s’enfonçant peu à peu mais inexorablement dans la terre, il arrive que de l’une d’entre-elles surgisse une seconde – rien qu’un saillant éblouissement. Simple. Affûté.
Terriblement tranchant. Inutile. Sans but.

Qu’importe que tout finisse à l’égout – seul compte ce court instant – cette mélodie tellurique, magnétique – qui vous fait sortir de l’étriqué.

Un saule au bord de la « riverside ».

Cédric 23/04/2012 11:44

Vous m'apprenez encore quelque chose ! http://en.lyrics-copy.com/robert-charlebois/avril-sur-mars.htm

Peut-être qu'un jour certains (et les premiers ne seront sûrement pas des poètes) iront réellement passer avril sur Mars...ou pas.

Bien à vous.

Nuageneuf 23/04/2012 11:15

Voyons, Cédric, ne saviez-vous pas que les poètes vont passer avril sur Mars ?

Virginie 23/04/2012 09:57

Chère V.

Savez-vous qu’aux prémisses de mon blogue, mon intention était d’utiliser ce fameux V. ?

C’est en lisant les commentaires laissés sur le site de notre cher Frédéric que je suis rendue compte que vous existiez déjà, V.

Autre anecdote : Je dois le titre de mon blogue à Vincent Safrat. A l’époque, je ne parvenais pas à en trouver un de satifaisant (Croqu’école : déjà pris et puis, un brin puéril)… Et en
l’occurrence, dans ce cas, vous savez ce qu’il advient : plus on cherche, moins on trouve.
J’ai donc consulté les livres de ma bibliothèque et voilà que je tombe sur « Le chêne parlant » de George Sand.

http://www.lirecestpartir.fr/produit.php?ref=9034&id_rubrique=5

George Sand – éducabilité – chêne… Bien sûr, tout s’éclaire…

Excellente journée à vous V., V.

Virginie 23/04/2012 09:56

Merci cher Cédric, il s’agit effectivement de la transcription de la BBC. Je me suis contentée de reprendre (recopier) la traduction effectuée par l’excellente émission des nouveaux chemins de la
connaissance. J’avais – au reste commis trois énormes coquilles – dont j’espère les intern’autres ne se seront pas aperçus… Preuve que…
Sinon, l’article était déjà pratiquement finalisé – avant la coqueluche, ceci expliquant cela…
Au reste, la plupart des mes articles sont déjà écrits (au sens propre) puisque je les tire – tout ou partie – d’un livre sur l’éducation rédigé il y a trois ans.
Je l’avais appelé « l’école résistancielle » (clin d’œil à J.C. Michéa)…. Belle preuve d’arrogance, non ?
Mais ne l’ayant envoyé à aucun éditeur (nonobstant, la critique élogieuse de J.P. Dupuy)… belle preuve de lucidité, l’honneur est sauf.

Raison pourquoi (j’en profite ici pour répondre à plusieurs personnes m’ayant posé la question du « Comment je faisais ») je parviens à concilier vie de famille, école et écrits.

Bon dimanche à vous (Voyez, ce n’est pas gagné, nous sommes lundi). V.

V. 22/04/2012 23:28

Merci Virginie d'avoir parlé du travail de Vincent, je lui ferai suivre votre billet et le lien vers votre blogue qui l'intéressera sûrement. Et puis lire Virginia ajoute au plaisir de vous
lire.
Bien à vous.
PS : beaucoup de V par ici...

Cédric 22/04/2012 22:15

Une nouvelle fois merci, chère Virginie.

« Les mots ne vivent pas dans les dictionnaires, ils vivent dans l’esprit. » Virginia Woolf.

C'est très beau, beau car vrai.

Et si on veut entendre ces mots exprimés par la voix de l'être qui les agença, on ira ici : http://atthisnow.blogspot.com/2009/06/craftsmanship-virginia-woolf.html à 3'44'', 4'09'' et 4'35'' (eh
oui ! trois fois pour le prix d'un ; non, en fait, ce qui est bien, c'est qu'en plus, c'est gratuit ! ).

Merci de m'avoir fait découvrir ce lien ! Il ne devrait pas vous déplaire...si vous maîtrisez au moins un peu l'anglais.


Et puis j'adore la chanson aussi.


Belle soirée.

Je sens que vous allez, de jour en jour, de mieux en mieux, non non rien à voir avec Coué !! ;-)

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Contributions et Partenariats.

Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

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