Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 16:16
Robert Shana ParkeHarrison - Icare  -

Robert Shana ParkeHarrison - Icare -

Robert Shana ParkeHarrison - Galery. 

« Soyez le changement de ce que vous voulez être » Gandi


 « Etre le héros de sa vie », voilà l’esprit des productions américaines. 


Dans la série télévisée Arrow, le fils de bonne famille - Oliver Queen - lutte pour son émancipation.
L’œil du spectateur admire l’acteur plein d’assurance. L’éphèbe épris de justice combine deux éléments. D’abord, il se rachète une conduite – de goujat sans manières ni morale, le Don Juan s’éprend de bien et de justice (les trois-quarts des productions américaines sont téléphonées depuis ce code de la rédemption). Ensuite, plein de cette audace courageuse, l’âme r-éveillée effectue avec succès toutes ses missions, atteint tous ses désirs. 
Confronté au danger, à la violence, face aux ennemis, Olly – diminutif d’Oliver -  se tient droit, présent dans son univers, courageux au possible. Contrairement à vous et moi, cet « action man » détient une limpide ténacité, une intensité muette - une puissance. Sa respiration, se fait brise. Ses déplacements ont l’adresse du vent éveillé. Tout à coup, on hume son impatiente envie d’en découdre. Dans un magnifique moment de bravoure, la force-fragile affronte le pire sans s’accabler, se joue des odeurs organiques, enfin, contre vents et marée,  en un happy end glorieux : triomphe. 


Ainsi naît l’accomplissement – l’être fictionnel exécute ses plans et les mène à leur terme. En réalisant tout en se réalisant, en accomplissant sans coup férir, le héros fait surgir le résultat de la  promesse, du désir - la réalité. 


« Le libre arbitre est un effet de survie » nous apprend Michel Onfray dans un entretien avec Pierre Rhabhi.
Reprenons le paragraphe en son entier :
« Vous le formulez très bien », dit Michel Onfray à Pierre Rabhi. Le philosophe poursuit : « Le libre arbitre est un effet de survie. Arrive un moment où l’on se dit : soit je me laisse faire et je suis broyé, soit je survis, et, dès lors, il faut que je prenne mon destin en main. C’est là qu’on se « crée liberté », pour le dire comme Nietzsche. A priori, on n’a pas la liberté de choisir sa vie. Mais c’est parce qu’on construit son propre libre arbitre qu’un jour, alors, on peut dire non : je ne veux pas de cette vie-là, j’en veux une autre. » Philomagazine


 

Effectivement, Myster Queen fonctionne à la survie. Au moins durant son séjour forcé sur l’île, l’héritier  millionnaire en dollars ne l’est pas moins en exploits.  Doué d’un courage construit par l’épreuve - celle d’avoir perdu son père -, confronté aux divers agents du mal en raison d’un complot fomenté contre sa famille, l’esprit défensif devient offensif . 
Autrement dit : le beau gosse dégomme tous les méchants un par un. 

 

D’accord « celui qui le veut, le peut », voilà les ressorts de la fiction. Mais dans la ‘vraie vie’, qu’en est-il vraiment ?


L’adage germanique ayant bercé mes années de collège – et la jeunesse de Cynthia Fleury - est-il vérifiable ?  Le « Wer will, der kann » que l’on nous faisait écrire en première page du cahier, le « quand on veut, on peut », est-il proverbial ou artificiel ?


Quelques exemples…
Premier cas : L’étudiante se paye des études et, par là même, s’arrache à son destin. 
Prenant son avenir en main, la  fille a décidé de détruire l’injonction qui lui était faite de rester à sa place – de ne pas se la jouer « futée », de ne pas faire « sa maligne », bref, de ne pas dépasser le maître. 
La chose est réalisable. Cette dernière a un toit où dormir. Le produit de son travail salarié peut donc être affecté aux études.
Aurait-elle agit de même si cette dernière s’était trouvée à la rue ? 
Peu probable. Comment, en effet, subvenir à des besoins propres et à des frais d’inscription de concert ? 


Autre exemple : dans un magasin de vêtements, une vendeuse exerce ses talents.

En pleine après-midi, la responsable régionale débarque et ordonne : virez-moi ça !
Etant sous période d’essai, le sort de la recrue est - quoi qu’il advienne - scellé. 
Pourtant,  la directrice du magasin – lucide de la réaction en chaîne que va entraîner sa réponse - oppose un non catégorique. 
Voilà de quoi se réjouir, nous exclamons-nous. La jeune âme vivant en famille a osé dire « non », s’est crée liberté. On a envie de croire en l’universalité d’une réponse si belle, d’en faire un exemple, un automatisme, une valeur cardinale, un fait acquis. Une composante de la grandeur humaine.
Pourtant, cette personne aurait-elle agi à l’identique, seule, avec un enfant à charge ?
Soyons honnête – à moins d’être une complète irresponsable - , l’employée restera à sa place. Cette fois, la travailleuse dans le  prêt-à-penser-fémimin éprise de bien, pleine de la volonté de se « créer liberté », s’écrasera, se taira, obéira. 
Question non de lâcheté – ou de manque de courage - mais de responsabilité. De nécessité.

 Eugène Atget - Avenue de l'observatoire - 1926 ou... Vitrification.

Eugène Atget - Avenue de l'observatoire - 1926 ou... Vitrification.

Ruwen Ogien,  dans un excellent livre intitulé "L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine" 2011, décrit très précisément l’influence exercée par une odeur, une rencontre, une dispute voire même un tas de feuille tombé au sol sur des choix décisionnels futurs 1*.


Mais revenons à nos vouloirs.
Quels sont les ingrédients de ce « je veux »  ? Quelle est la nature de son pouvoir ?
Peut-on faire « de [sa] vie un rêve et d’un rêve une réalité. » comme l’indique Antoine de Saint-Exupéry. Lequel - ironie de l’histoire - a été viré d’un journal par manque d’imagination
 
Retour à la case fiction.
On assimile souvent Matrix à un film traitant de la réalité, dénonçant l’illusion. 


Néo, le héros de la superproduction hollywoodienne  – a toujours su que quelque chose n’allait pas dans sa vie. Raison pourquoi le placide jeune homme choisit de suivre le chemin de la vérité, de combattre, donc, les agents « Smiths » et autres programmes.


Dès le départ, souligne le glossaire des principaux symboles, concepts et personnages, Neo apparaît épuisé, fatigué 2* p 165. 
Pourquoi ? 
« L’épuisement favorise les justes. », nous indique le résumé du film. « Les grands hommes trouvent la fortune et n’encourent aucun blâme. » «[…] au milieu des épreuves, la joie peut être préservée – et là réside précisément la dimension fertile de l’épuisement. […] Si l’épuisement est abordé avec rigueur, l’être s’accorde avec l’instant. » 2 * p 167.
Pour ma part, j’y lis non un accord ou une voie d’accomplissement mais essentiellement une réaction 2* p 166.

 

"La prophétie était un mensonge. L'élu n'a jamais été prévu pour mettre fin à quoi que ce soit. Ce n'était qu'un système de contrôle de plus." A cela, Morpheus est obligé de répondre : "Je n'y crois pas." Mais il reconnait un peu plus tard : "j'ai eu un rêve, et ce rêve m'a maintenant abandonné." in Matrix,machine philosophique, ed ellipses, p 164.

Développement :
Conformément à l’ordinaire des fictions, Neo agit. 
Avalant la pilule rouge – l’image n’est pas mince - le guerrier entre en action.
Résultat, sans préparation ni indications, notre oiseau voulant subjuguer le ciel - tel Icare le soleil - s’écrase lourdement sur le macadam. Jusqu’à la fin du film, notre soldat de la vérité se confronte avec violence à la fiction du réel. 
Comme dans la vraie vie, atteindre un but réclame pratique et apprentissage. (Heureuse chose que l’existence de logiciels accélérés – on en réclame.) 
Mais ce n’est pas tout, chacun de ses combats sont un fatras de déconvenues. Néo n’est pas seul.
Son vouloir s’oppose à celui d’autrui. Ses buts, ses idéaux de réussite, son envie de vaincre se heurte systématiquement - avec violence - à la voix poussiéreuse de l’agent Smith, aux sarcasmes du Mérovingien, à la fluidité métallique de jumeaux spectraux. L’engagé tourbillonne alors dans une suite de chutes sans profondeur contrôlée. Sa conviction décline au rythme de l’obscurité lui barrant la route. Au goût de ses victoires et de ses défaites involontaires.
Peu à peu, l’horizon se trouble,  sa force, celle là même qui se contorsionne violemment pour atteindre la lumière, s’amenuise. Le ciel s’écroule. L’avenir est incertain. 
Le vouloir ne saurait donc suffire au pouvoir.  
La volonté n’est qu’impulsion de départ. L’aiguillon du changement une pointe sans obligation de résultat. Si la flèche ne pique, elle n’atteint bien souvent  rien d’autre que vous-même. 


 La rude découverte n’a pourtant rien d’original.
   Le glorieux Achille - hêrôs d’Homère entre les héros - chef de guerre incontestable sera frappé par derrière : éliminé d’une simple flèche au talon par le lâche Paris. Siegfried vulnérable d’une feuille tombée sur son épaule sera frappé par Hagen. Jeanne d’Arc ? La bergère brûlée vive est carbonisée au feu de sa foi de réussite.

     Même Vercingétorix et César atteints tous deux d’un Syndrome de personnalité aigu – celui de se prendre pour des "demi-dieux" – seront trahis par la contingence des évènements. 



Le héros a besoin de « clés » qu’il ne détient pas ; 


L’espèce vaillante, forte, intrépide, entière tel Ryan Gosling de ‘Drive’ veut. Mais l’ange mafieux à l’air placide doute. Comme Neo, il sait où ses pas les mènent. La solitude, le silence ne sont point force mais faiblesse, interrogation, confusion mentale. 


Le destin, l’autre nom d’une vie dénuée de pronostics, recordée à de misérables faiblesses, d’actions incomplètes, d’espérances malades. 

Elu, L’éclairé sait : aller au devant de sa mort, c’est aller au devant de sa vie.


 Néo est un accablé. .. 


                       Un guerrier du néant et du vide.
    

Drive - A real hero.

Voluntas (Question chrétienne arendt faculté inventée par les grecs – voluntas ne correspond pas à la boulesis grecque , c’est « la capacité de choisir entre des possibles »… des possibles prédestinés – choisir une « optique après une délibération », volonté rationnelle , c’est une  délibération (image de la balance revient souvent) « La pensée la plus aboutie fait pliée la volonté » Gaelle 

« Toute décision est déterminée par des raisons » Raphaël Enthoven – « aucun choix n’est un choix » Raphaël Enthoven il y a illusion de choisir chaque choix  « épouser le cours des choses ; » « La vie ne s’arrête pas à la mienne » R enthoven 27/04/ 2010 – l ‘histoire du courage


Jankélévitch ( penseur du fidèle courage – les vertus et l’amour » tome 2 du traité des vertus chapitre sur le courage
(dire aussi que nous sommes tous comparables)

 

Cynthia fleury 28/04/2010 ‘la fin du courage’

Les nouveaux chemins de la connaissance : Courage ! 3/5 : "La fin du courage"
courage (force opérative chez Jankélévitch ) « l’échec n’est pas la défaite » RE 
on fait sujet – seuil inaugural de la décision (Jankélévitch)  quand on veut on peut (il faut le vouloir vraiment ) 
« Ca vous fait sujet – ça vous rattache au monde ; » [mais ça ne se décrète pas]  
organisation de la forfaiture.
La démocratie ça ne marche pas tout seul. On gagne toujours contre un autre camp 
45 min : «On se rend compte que souvent voilà le courage, ça ne paye pas.  Donc à quoi bon être courageux dans ce monde. Mieux vaut être le passager clandestin – je l’ai dit tout à l’heure - de sa propre vie et on va passer entre les gouttes. [….] Dans le monde du travail chacun reconnaît que ça ne va pas, ça dysfonctionne un maximum […] C’est totalement le désastre . Et pourtant , chacun continue à tenir encore un  moment de plus.  Donc vous avez un  dessaisissement du courage dans le monde du travail. … Sur le monde du travail, il fallait se ressaisir de la chose. »

 

Citations : 

 

 "les hommes se trompent aisément, et souvent s’obstinent à ce qui leur plaît, sans savoir si ce qui leur plaît est possible."P 271 : …
Alain – Propos sur les pouvoirs – Folio Essais – Gallimard 1985 – Cher 2009 - ISBN 978-2-07-032278-7
 

 

p 378 : Vouloir, c’est ne pas pouvoir. Quiconque a pu agir l’a voulu avant de pourvoir le faire mais seulement après l’avoir pu effectivement. Quiconque veut ne pourra jamais, car il se perd à vouloir. Je crois que ces principes sont fondamentaux.
Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. Christian Bourgois éditeur. 1999. ISBN : 2-267-01516-1
 

Tomasz Gudzowaty - Le pouvoir de la volonté  -

Tomasz Gudzowaty - Le pouvoir de la volonté -

Skyfall - Bond - James Bond 007

Tomasz Gudzowaty - Galery -  

Bibliographie :

 

1* "L'Influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale", de Ruwen Ogien - Grasset.

france Culture.  

Article du Monde

 

2 * "La prophétie était un mensonge. L'élu n'a jamais été prévu pour mettre fin à quoi que ce soit. Ce n'était qu'un système de contrôle de plus." A cela, Morpheus est obligé de répondre : "Je n'y crois pas." Mais il reconnaît un peu plus tard : "j'ai eu un rêve, et ce rêve m'a maintenant abandonné." in Matrix ;machine philosophique, ed ellipses, p 164.

 

 Tomasz Gudzowaty. - pouvoir de la volonté.   

Tomasz Gudzowaty. - pouvoir de la volonté.

Tomasz Gudzowaty. - pouvoir de la volonté.

Un peu d'humour : La vraie vie.

Repost 0
Published by Le chêne parlant - dans Films - séries
commenter cet article
28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 18:39
« La lune est le ciel des grands esprits. » Pensée inuite, Jean Malaurie.

« La lune est le ciel des grands esprits. » Pensée inuite, Jean Malaurie.

Anja Stiegler "Thumbs"   - « Il fallait être Newton pour s’apercevoir que la lune tombe,  quand tout le monde voit bien qu’elle ne tombe pas. »  Paul Valéry.

Anja Stiegler "Thumbs" - « Il fallait être Newton pour s’apercevoir que la lune tombe, quand tout le monde voit bien qu’elle ne tombe pas. » Paul Valéry.

Anja Stiegler - Galery



Que valent l’anecdotique, les évènements accessoires, l’inessentiel,  dans une classe ?
Pas grand chose. Au mieux - de bons souvenirs. Au pire - une heure de colle.
L’enseignant veille à effacer tout ce qui ne tient pas lieu de sérieux : il n’a que faire d’une mine qui se casse dans un taille crayon.. Tout fait non rattaché à l’exercice lui-même est exclus de l’éducatif, gommé. 


Tout semble marcher ainsi :


Vous voulez avoir le ventre plat ? 
Hé bien, rentrez le ventre !
 
Vous désirez apprendre ?
Hé bien, concentrez-vous sur l’exercice ! 


En adhésion totale, la personne de l’élève doit s’intégrer tout entier au sein du problème donné. Afin de s’engager à penser, ‘l’apprenant’ doit rejeter toute forme de distraction. Même le règlement élaboré avec les élèves à la rentrée des classes a banni le « droit de rêver » de la colonne : « je peux ». 


Pourtant, la réflexion se forge-t-elle uniquement dans la constance du sérieux, du froid apprentissage, de la sobriété dénuée de variation ? La découverte de concepts nouveaux requiert-elle de suivre les sentiers rebattus ?


Rien n’est moins sûr.     Ecoutons Cédric Villani :

Poincaré fait une découverte en se promenant sur une falaise. Nietzsche pense en marchant. Et si la Sérendipité* joue un rôle dans la science, ce n’est pas qu’une question de hasard, ni de « savoir tirer partie de trouvailles fortuites ». Ca va plus loin que ça. 


Créer de la pensée suppose de sauter d’un concept à l’autre en passant par le filtre coloré du « non classique », disons-le de garder un œil flottant sur l’irréel, une oreille sur l’imaginaire, un neurone sur le rêve. Sortir de la rigidité habituelle, suppose d’importer la couleur mystérieuse de la poésie, d’un peuplier admiré par la fenêtre au centre de sa copie. 


Bref, s’élever hors de l’immobilisme,  s’évader du fade, s’extraire d’une représentation ordinaire, c’est en quelque sorte « oser le loufoque ». 


          « pour inventer, il faut penser à côté. » n’hésitait pas à affirmer Souriau, dans sa Théorie de l’invention.


Se laisser envahir par le rêve pour atteindre la profondeur.


Cinquante nuances de vagabondages offrent ainsi des voies vertigineuses d’interprétations, des bifurcations possibles, pléthores de confusions où l’on se perd, pour trouver, se retrouver. 
S’élever - ailleurs - permet d’échapper aux servitudes – d’ici. Parcourir des formes inattendues permet l’inspiration. D’accéder à une vision.


L’escapade intellectuelle, la contemplation et la déconcentration passagère ne sont pas ennemies des savoirs mais des partenaires intellectuels 





                                                 --------------------


De la sérendipité, dans la science, la technique, l’art et le droit – Leçons de l’inattendu – Pek van Andel, Danièle Bourcier – L’Act Mem, Libres sciences, Paris, 2009, isbn : 978-2-35513-018-2


* P 7 : La sérendipité est le don de faire des trouvailles ou la faculté de découvrir, d’inventer ou de créer ce qui n’était pas recherché dans la science, la technique, l’art, la politique et la vie quotidienne, grâce à une observation surprenante. »


… D’autant que dans une société de plus en plus moderne, où la rationalité et la réflexivité tiennent une place croissante, la place et le rôle du hasard méritent un surcroît d’intérêt.
François Ascher – université Paris 8.


P 12 : En pratique une vraie découverte, invention, création est toujours la combinaison d’un élément étonnant et d’une vérification pertinente.
La recherche systématique et la sérendipité ne s’excluent pas, au contraire elles se complètent et même se renforcent. Dans la recherche et en général dans l’action, il faut planifier. Mais un plan n’est jamais sacré : des milliers d’évènements inattendus ou d’effets non anticipés interviennent dans le cours d’une expérience ou d’un projet, dont un bon chercheur doit savoir se servir. 

 

------------------

 

Mais assez de verbiages, place à l'humour vacances : 

Les petits souvenirs... "Les petits moments de joie" ou "fausses joie de l''extrême" - cadeau de Noël du Chêne - versus :

L'enfer du futur. La ludification : au pire, rien d'impossible. ("Double-cliquez" afin d'atteindre la vidéo)

Théodore Chassériau - 1853 - Tepidarium - détail --- Joyeux ennui à tous, puisse-t-il vous inspirer de beaux mots.

Théodore Chassériau - 1853 - Tepidarium - détail --- Joyeux ennui à tous, puisse-t-il vous inspirer de beaux mots.

Repost 0
Published by Le chêne parlant - dans humour société
commenter cet article
21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 18:43
Ben Sandler - photographer  -

Ben Sandler - photographer -

Ben Sandler - photographer  - 

 

Métier difficile que la vente où l’on doit trouver la cadence : mise en rayon rapide de la marchandise, encaissements, lessivages, piétinement du parquet, et ce à minima deux fois quatre heures d’affilée.
Je sais de quoi je parle. 
Ce ne fut pas tout à fait déplaisant néanmoins : à chaque situation sa diversité d'expériences.  


Fréquemment, des clientes abandonnaient un tas de chiffons au fond des cabines. 
Parfois, elles balançaient les vêtements sur les portants. Un jour, l’une d’entres elles rata ma figure de peu. J’aimais à discuter  avec ces femmes hautaines, toujours surprises ô combien, qu’une simple travailleuse manuelle puisse posséder de tels diplômes.   

 

Christophe Huet

Christophe Huet

Christophe Huet - Asile-paris.com

 

J'examine l'écran myope des lunettes de Sartre.
Le philosophe s'épanche sur le papier ; dissout d’un trait le malheureux serveur - réduit d'un coup à un rôle de marionnette. 

J’entends les foulées rapides de l’employé. J’écoute le bruit tonitruant de chacun de ses mouvements.
Le garçon est certes vif, bruyant, précis, rapide, mais ne joue pas. Il ne s’amuse pas, il gagne sa vie. Ne triche pas, mais remplit son contrat. Chacun de ses mouvements empressés sont des victoires. Chaque foulée experte, une lutte. Il garde les yeux ouverts, bien ouverts pour répondre aux besoins du client. Courbé sur un café, il attend – au garde à vous – les directives du patron. Stoïque, il compte les semaines qui le séparent encore du jour de paye.

Christophe Huet - Les Echos

Christophe Huet - Les Echos

Jean-Paul Sartre, pendant ce temps, domine, embrasse la scène. Du haut de son esprit boursouflé pose un regard distant sur les gesticulations du pantin.  
L’intellectuel serre la pointe bille du stylo sur la feuille. Pris d’exaltation, griffe sans relâche l’épais carnet de ses visions clairvoyantes. En une chevaleresque entreprise de monstration, de dénonciation de l’aliénation, le penseur met en vue – rend visible - l’imbécillité en acte : celle qui consiste à subir sans maudire, pire, à se réjouir et à jouir de son médiocre conditionnement. 


Le surplomb glacial de Sartre est celui du conquérant sur le vaincu. 
La vanité du connaisseur du monde sur l’ignorant. 


L’esprit malin décharge toute sa supérieure logique sur la poitrine du médiocre professionnel : pas de quartier : fonction Full auto.

 

Christophe Huet - http://www.christophehuet.com/

Christophe Huet - http://www.christophehuet.com/

« Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule [...]. Toute sa conduite nous semble un jeu [...]. Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. » Sartre.

« Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule [...]. Toute sa conduite nous semble un jeu [...]. Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. » Sartre.

Philomag 

Le garçon de café. 

« Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule [...]. Toute sa conduite nous semble un jeu [...]. Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. » Sartre.

----------------------

Les Nouveaux chemins de la connaissance d'Adèle Van Reeth :

Jean-Paul Sartre (1/4) : Le garçon de café : L'Etre et le Néant 

Jean-Marc Mouillie, maître de conférences en philosophie à l' université d’Angers
 

Je suis un intellectuel.

« J’ai connu de grandes ambitions, des rêves démesurés – mais tout cela, le garçon de course ou la cousette l’ont connu aussi, parce que tout le monde fait des rêves : ce qui nous distingue, c’est la force de les réaliser, ou la chance de les voir se réaliser pour nous.
Dans mes rêves, je suis semblable au coursier et à la cousette. Je ne me distingue d’eux que parce que je sais écrire. Oui, c’est par un acte, par une réalité totalement mienne que je me différencie d’eux. Dans mon âme, je suis semblable à eux. »

Considération 18 – Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. p 52.

Article à lire : L'express.

Suite du texte :

§ 2 : Toute sa conduite nous semble un jeu. Il s'applique à enchaîner ses mouvements comme s'ils étaient des mécanismes se commandant les uns les autres, sa mimique et sa voix même semblent des mécanismes; il se donne la prestesse et la rapidité impitoyable des choses. Il joue, il s'amuse. Mais à quoi donc joue-t-il ? Il ne faut pas l'observer longtemps pour s'en rendre compte : il joue à être garçon de café. Il n'y a rien là qui puisse nous surprendre : le jeu est une sorte de repérage et d'investigation. L'enfant joue avec son corps pour l'explorer, pour en dresser l'inventaire; le garçon de café joue avec sa condition pour la réaliser.

§ 3 : Cette obligation ne diffère pas de celle qui s'impose à tous les commerçants : leur condition est toute de cérémonie, le public réclame d'eux qu'ils la réalisent comme une cérémonie, il y a la danse de l'épicier du tailleur, du commissaire priseur, par quoi ils s'efforcent de persuader à leur clientèle qu'ils ne sont rien d'autre qu'un épicier, qu'un commissaire-priseur, qu'un tailleur. Un épicier qui rêve est offensant pour l'acheteur, parce qu'il n'est plus tout à fait un épicier. La politesse exige qu'il se contienne dans sa fonction d'épicier, comme le soldat au garde-à-vous se fait chose-soldat avec un regard direct mais qui ne voit point, qui n'est plus fait pour voir, puisque c'est le règlement et non l'intérêt du moment qui détermine le point qu'il doit fixer (le regard "fixé à dix pas").

§ 4 : Voilà bien des précautions pour emprisonner l'homme dans ce qu'il est. Comme si nous vivions dans la crainte perpétuelle qu'il n'y échappe, qu'il ne déborde et n'élude tout à coup sa condition. Mais c'est que, parallèlement, du dedans le garçon de café ne peut être immédiatement garçon de café, au sens où cet encrier est encrier, où le, verre est verre. Ce n'est point qu'il ne puisse former des jugements réflexifs ou des concepts sur sa condition. Il sait bien ce qu'elle "signifie" : l'obligation de se lever à cinq heures, de balayer le sol du débit, avant l'ouverture des salles, de mettre le percolateur en train, etc.

§ 5 : Il connaît les droits qu'elle comporte : le droit au pourboire, les droits syndicaux, etc. Mais tous ces concepts, tous ces jugements renvoient au transcendant. Il s'agit de possibilités abstraites, de droits et de devoirs conférés à un "sujet de droit". Et c'est précisément ce sujet que j'ai à être et que je ne suis point. Ce n'est pas que je ne veuille pas l'être ni qu'il soit un autre. Mais plutôt il n'y a pas de commune mesure entre son être et le mien. Il est une "représentation" pour les autres et pour moi-même, cela signifie que je ne puis l'être qu'en représentation.

§ 6 : Mais précisément si je me le représente, je ne le suis point, j'en suis séparé, comme l'objet du sujet, séparé par rien, mais ce rien m'isole de lui, je ne puis l'être, je ne puis que jouer à l'être, c'est-à-dire m'imaginer que je le suis. Et, par là même, je l'affecte de néant. J'ai beau accomplir les fonctions de garçon de café, je ne puis l'être que sur le mode neutralisé, comme l'acteur est Hamlet, en faisant mécaniquement les gestes typiques de mon état et en me visant comme garçon de café imaginaire à travers ces gestes... Ce que je tente de réaliser c'est un être-en-soi du garçon de café, comme s'il n'était pas justement en mon pouvoir de conférer leur valeur et leur urgence à mes devoirs d'état, comme s'il n'était pas de mon libre choix de me lever chaque matin à cinq heures ou de rester au lit quitte à me faire renvoyer.»

Jean Paul SARTRE,
"L'Etre et le Néant",
Paris, Gallimard, 1976, coll. Tel, pp. 95-96.

Cde4.com

La coquette :

"Voici, par exemple, une femme qui s'est rendue à un premier rendez-vous. Elle sait fort bien les intentions que l'homme qui lui parle nourrit à son égard. Elle sait aussi qu'il lui faudra prendre tôt ou tard une décision. Mais elle n'en veut pas sentir l'urgence : elle s'attache seulement à ce qu'offre de respectueux et de discret l'attitude de son partenaire. Elle ne saisit pas cette conduite comme une tentative pour réaliser ce qu'on nomme « les premières approches », c'est-à-dire qu'elle ne veut pas voir les possibilités de développement temporel que présente cette conduite : elle borne ce comportement à ce qu'il est dans le présent, elle ne veut pas lire dans les phrases qu'on lui adresse autre chose que leur sens explicite, si on lui dit : « Je vous admire tant », elle désarme cette phrase de son arrière-fond sexuel, elle attache aux discours et à la conduite de son interlocuteur des significations immédiates qu'elle envisage comme des qualités objectives. [...] Mais voici qu'on lui prend la main. Cet acte de son interlocuteur risque de changer la situation en appelant une décision immédiate : abandonner cette main, c'est consentir de soi-même au flirt, c'est s'engager. La retirer, c'est rompre cette harmonie trouble et instable qui fait le charme de l'heure. Il s'agit de reculer le plus loin possible l'instant de la décision. On sait ce qui se produit alors : la jeune femme abandonne sa main, mais ne s'aperçoit pas qu'elle l'abandonne. Elle ne s'en aperçoit pas parce qu'il se trouve par hasard qu'elle est, à ce moment, tout esprit. Elle entraîne son interlocuteur jusqu'aux régions les plus élevées de la spéculation sentimentale, elle parle de la vie, de sa vie, elle se montre sous son aspect essentiel : une personne, une conscience. Et pendant ce temps, le divorce du corps et de l'âme est accompli ; la main repose inerte entre les mains chaudes de son partenaire : ni consentante ni résistante - une chose."

Les nouveaux Chemins de la connaissance. Le garçon de café : L'être et le Néant.

Repost 0
Published by Le chêne parlant - dans philosophie
commenter cet article
13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 03:42
Le chêne et la glace.

Le chêne et la glace.

Une rencontre.

La vie a souvent la couleur du vide : blanc, rouge et or. Démonstration de puissance. 
On s'acclimate. Nous dormons comme des naufragés, en temps déchirés, parcourus d'attentes folles et d'espoirs inexistants. 
Dans cette réalité, nous sommes en parfait accord avec la température ambiante : amollissante.  Partout, de la plate musique, dans les grandes surfaces, même dans les ascenseurs - surtout dans les salles d’attentes - interdit la lecture mais s’avère bénéfique - disent-ils - pour la conservation du calme. 


    On obéit alors aux règles spécifiques de la modernité : regard étanche au ciel. Le jour en flux de déconvenues dénuées d’interrupteur : une pizza qui décongèle en 5 minutes au lieu des 3 promises. Un taxi qui s’échappe. Un dentiste non disponible. Un téléfilm zapé qui mène à un programme de télé-réalité sans queue ni tête.

Sont-ce là les prémisses dérisoires d'un futur écrasant, d'un avenir déchiqueté ?

On peut soustraire un tas de choses dans cette réalité - des moisissures, des troncs crevés d'avidité, des chênes verts prêts à s'abattre - mais soudain, en contre bond, des faits étranges, intranquilles, vous viennent aux battements de l’âme : 
       
Un livre. 
Un enseignant de CM2.
Un chercheur.
Un astrophysicien.
Un écrivain, un philosophe, un inconnu.
    Quelqu’autre, n'importe, – qui - chance inestimable, vous tire vers la science et au milieu des étoiles.   

Jean-Pierre Dupuy à gauche, Etienne Klein et Hubert Reeves à droite.

Jean-Pierre Dupuy à gauche, Etienne Klein et Hubert Reeves à droite.

Etienne Klein et Hubert Reeves.

Etienne Klein et Hubert Reeves.

Personnalité de papier, de sang, de vie qui – réellement – vous pousse vers le mieux ; vous tourne en direction du soleil et de l’exigence ; Vous mène – quelle folie - en direction de l’Etrange, du gratuit, de l’échange, trois fois rien de connaissances, un savoir sans bornes. 


Lorsqu'on y prête attention, on perçoit alors une vibration. Ce n’est ni un chant, ni un murmure mais le heurt d’une étoile qui vous offre le meilleur, sans contrepartie. S'efface en vous indiquant la voie. 
A vos pieds, l’eau clapote contre les ajoncs.


Vous pourrez alors effectuer un tas d'additions – des petites-pépites-d’éternité – des lectures Pessoennes, des feuilles Baudelairiennes, des buissons Rimbaldiens applaudissant le ciel ; 


« La créativité est à la source d'un des plus beaux fleurons de l'évolution de la vie sur la terre : l'art, dans toutes ses expressions. Nous dit Hubert Reeves On lui doit Mozart, Van Gogh, Baudelaire et tous les artistes qui embellissent notre vie et enrichissent notre monde. »


Une quantité faramineuse de poésie et de dons fermentant l'air et fécondant la mémoire - tendant à prouver l’existence d'un paysage sans propriétaire : exactement l'inverse du calcul.


Au loin, le sol incendie, crépite. Les herbes folles aux tiges roussies dressent leurs gerbes flamboyantes. La lumière enragée perce le fin voile de brume. On se laisse gagner par la douceur du vent... Cet héritage – offert, conforme à nos besoins, sans note de frais.


Une rencontre - une personne - et le stagnant s’éclaircit.
 

Hubert Reeves.

Hubert Reeves.

Hubert Reeves et sa merveilleuse épouse.

Hubert Reeves et sa merveilleuse épouse.

Rencontres aux pôles de l'éternité.
Rencontres aux pôles de l'éternité.

Pépites d'éternité : 

 

Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps, Seuil, 2008, ISBN : 978-2-02-097494-3 

p 7 : Ces récits trouvaient en moi des résonances familières et j'y reconnaissais nombre de mes états d'âme. Il furent déterminants dans le choix professionnel qui fut le mien. 

P 18 : Il est de coutume, dans les bonnes familles, de s'intéresser à la lignée des ancêtres. Cette préoccupation est particulièrement importante chez les nobles, qui peuvent ainsi faire valoir les mérites politiques ou guerriers de leurs ascendants. Il importe pourtant de remarquer que cette tradition repose sur l'idée que la prétendue « qualité du sang » se transmet uniquement par le père. A la lumière de nos connaissances contemporaines en génétique, nous devons reconnaître que cette idée est totalement fausse. Le partage se fait moitié-moitié entre le père et la mère.

P 29 : C'est dans le grenier de notre maison de Bellevue que j'ai commencé à assouvir ma soif de connaissances. Les grandes malles en bois qui y étaient entreposées débordaient de manuels de classe rangés sous les combles à la fin des études de mes oncles et cousins... j'en extrayais les objets de ma convoitise : précis de science physique, chimique, biologique et surtout astronomique. Un trésor inestimable de livres écornés, aux pages souvent décollées et parfois soulignées à grands traits de crayons gras. Assis dans un coin, parmi les lampes brisées et les chaises à trois pattes, je les feuilletais puis emportais dans ma chambre ceux qui me paraissaient les plus simples, les plus pédagogiques, les plus prometteurs...   
     … J'ai retrouvé, des années plus tard, le livre qui m'avait procuré les plus grandes émotions : D'où venons-nous ? De l'abbé Moreux. 

P 36: Les rêves de l'enfance, souvent empreintes d'une naïve mégalomanie, mobilisent des énergies nécessaires à la poursuite d'une carrière, malgré les difficultés et les aridités dont elle est parsemées....
     p 37 : Ce narcissisme enfantin fut pour moi un puissant moteur, mais aussi un poids parfois lourd à porter. Le jeune chercheur comprend rapidement qu'il n'est pas seul dans la course au savoir. Son ambition est partagée par bien d'autres, tous aussi décidés à rendre manifestes leur supériorité intellectuelle et leur aptitude à résoudre des énigmes. Le milieu scientifique est un monde de haute compétition, quelquefois accompagné de coups bas.

P 37-38 : Ma grand-mère prolongeait les contes de Charles Perrault de suites inattendues... Ces moments étaient pour moi d'une grande douceur, d'un charme exquis, toujours renouvelé. Je pouvais l'écouter indéfiniment. Je ressentais le plaisir qu'elle éprouvait à faire rêver, baissant la voix pour mieux nous captiver et retenir notre attention, ralentissant le débit de ses paroles pour exciter notre curiosité, jouant de notre impatience à connaître la suite : « Et après ?  Et après ? » Lorsqu'on me demande d'où me vient le goût de raconter des histoires sur l'univers, les étoiles, les atomes, et de poser des devinettes, c'est à ces instants magiques que je pense.

P 38 (influence extérieure/ réussite) : Mais l'influence bénéfique de ma grand-mère sur moi ne s'est pas arrêtée là. Me voyant continuellement plongé dans des livres de sciences, mes parents s'inquiétaient : « Ce n'est pas comme ça que tu vas gagner ta vie. Fais plutôt de la médecine comme ton frère ou bien du droit. Il y a beaucoup de juristes dans la famille, tu seras bien introduit dans le milieu. » 
    Ma grand-mère protestait : « Laissez-le faire ce qui lui plaît, cessez donc de le bâdrer » (ennuyer : dérivé de l'anglais to bother).   

P 54 : Lors d'un cours de physique, une équation m'avait particulièrement frappé parce qu'on la retrouve dans des domaines très divers. Elle décrit en effet aussi bien les variations de température que la distance parcourue par une voiture, la diminution de la longueur d'une bougie allumée et beaucoup d'autres choses encore. J'avais cherché à comprendre comment la même formule pouvait s'appliquer à tous ces phénomènes. L'explication tient en ces quelques mots : les mathématiques permettent d'extraire la structure logique commune à de nombreux faits différents. Je retrouve effectivement ce que Galilée avait découvert quatre siècles auparavant et qui lui faisait dire que les mathématiques sont le langage de l'Univers. Ce fut au Xxème siècle le crédo d'Einstein. 

P 57 (rencontre/ réussite) : 
Cette rencontre (Joseph-Henri Le Tourneaux) a été l'un des faits marquants de mon adolescence. Il m'est difficile de déterminer à quel point elle est arrivée au non moment pour semer dans un terreau propice les germes de ce qui susciterait mes joies les plus profondes. Je m'imbibais de son enthousiasme, de nos promenades sur le lac, j'appréciais tout cela jusqu'à la délectation. Son aura, la valeur qu'il donnait aux choses de l'esprit et de la culture, créaient une atmosphère exaltante. Il était, en quelque sorte, le grand prêtre qui donnait leur sens aux idées. Contrairement à nos professeurs qui, quelle que fût leur valeur, « étaient là pour ça » - ce qui ternissait en quelque sorte leur crédibilité -, la gratuité de son approche garantissait que tout, là, était digne et vénérable... bien au-delà du cadre et du temps de scolarité. Il faisait reculer toujours plus loin l'horizon des connaissances et donnait l'envie d'aller jusque-là, et même au-delà. 

P 70-71 (réussite/ prof/ estime de soi) : En 1950, mes premiers mois à l'université de Montréal furent pénibles. Les cours de mathématiques, que j'affectionnais tant au collège, m'étaient devenus d'insupportables corvées. Je n'y comprenais plus rien. Le langage m'échappait, les raisonnements ne faisaient plus sens. Je me sentais perdu, comme exclu du monde dont j'avais tant rêvé et dans lequel mes camarades de classe semblaient à l'aise. Selon toute vraisemblance, j'allais devoir en faire mon deuil. J'envisageais de renoncer, d'avouer que j'avais atteint mon « niveau d'incompétence ». 
     Mes notes étaient lamentables. Jamais, je le craignais, je n'accéderais à la carrière scientifique à laquelle j'avais aspiré. Les premières vacances de Noël, uniquement et vraisemblablement consacrées à tenter d'assimiler mes cours, m'avaient laissé épuisé, véritablement découragé, et soucieux...
         Mais en janvier, à la reprise des classes, la situation changea du tout au tout. Je me souviens du moment précis où, se plaçant devant le tableau noir, un nouveau professeur dont je n'oublierai jamais le nom (Abel Gauthier) a commencé son cours sur un chapitre des mathématiques appelé « séries de Fourrier ». Tout me parut clair, lumineux. Les raisonnements, les équations s'alignaient dans un enchaînement d'une élégance rigoureuse et puissante, parfaitement compréhensible. 
            Quel soulagement de n'avoir plus à douter ni de mes capacités intellectuelles, ni de la poursuite de ma carrière que, quelques heures plus tôt, je croyais encore compromise ! 

        Pp: 71 – 72 : Que s'est-il passé ? Je me suis souvent posé la question. Chacun possède son mode de fonctionnement psychique et mental. Les scientifiques les plus brillants s'avèrent quelquefois incapables d'expliquer clairement ce qu'ils ont compris. Une sorte d'intuition leur permet de former et d'utiliser des raccourcis efficaces grâce auxquels ils appréhendent rapidement l'ensemble de la situation. Cela explique, je pense, pourquoi nombre de ces chercheurs géniaux sont de piètres pédagogues. 

P 75 : (échec/ surmonter) … Il faut s'habituer aux échecs, garder confiance et recommencer aussi souvent qu'il le faut pour réussir. 
      On raconte que vivaient en Perse trois frères, princes de Sérendip, dont on disait qu'ils avaient l'art de « tirer parti des circonstances adverses ». On appelle aujourd'hui « sérendipité » cette faculté de première importance pour les chercheurs. 

P 98 (différence/ penser autrement/ ouvrir le débat) :  … Fred Hoyle. Déception : c'est un homme sec, distant, sans charisme. L'opposé de ce que, dans ma naïveté, j'avais imaginé de lui. D'autres éléments me déplaisent : une superbe frôlant l'arrogance, un mépris exprimé pour ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui. Néanmoins, je découvre pensant ses séminaires des éléments de sa personnalité qui m'attirent : sa puissance intellectuelle, une articulation de la pensée frisant le génie, un regard perçant et critique, une imagination pénétrante, une grande indépendance par rapport aux idées à la mode, une délectation intense à les renverser.  

P 110 : … la culture scientifique est un élément fondamental de l'apprentissage du métier de chercheur. Un préalable que j'estime indispensable; 

p 123 ( statut erreur/ place de l'échec)
     « Quand quelques « grands professeurs » vous présentent les résultats mirobolants de leurs travaux géniaux, vous avez l'impression qu'ils réussissent facilement tout ce qu'ils entreprennent. Cela vous impressionne tout autant que cela vous déprime. Par cet exemple personnel, j'ai voulu vous montrer qu'eux aussi rencontrent souvent des échecs. Qu'ils peuvent rester longtemps dans le noir avant d'arriver à quelque chose. Dites-vous que le « grand professeur » a fait lui aussi beaucoup d'erreurs, peut-être les mêmes que vous, mais... avant vous ! Simplement, il a persisté. » Feynman. (Richard Feynman : un maître en pédagogie, écrit Hubert Reeves en sous-titre, p 121).

P 124 (aide adulte/ progrès pensée/ avancée)  : J'entrepris de trouver une explication à ce phénomène (face cachée de la lune dénuée d'impacts de météorites) en termes de déviation de ces bolides par le champ de gravité de la terre avant l'impact sur la lune. Mon explication, qui avait nécessité de longs calculs, semblait crédible. Je la présentai à Feynman. Il me montra que mon hypothèse ne pouvait être valable puisqu'elle était incompatible avec un théorème fondamental de la physique céleste formulé par Joseph Liouville en 1844. Je dus me rendre à l'évidence et oublier mon idée, qui m'avait pourtant paru lumineuse.

P 125 (Plagiat) : Quelque temps plus tard, je reçois une lettre de lui. Quelle n'est pas ma surprise lorsque je lis : « Bravo ! Vous m'avez convaincu de la valeur de ce projet. J'en ai fait un article qui paraîtra d'ici peu. Je tiens à vous remercier de votre contribution; » J'en reste muet de stupéfaction ! Résultat pour moi : ma thèse perd toute son originalité. Devant mon dépit, mon directeur de thèse m'a simplement dit : « C'est la vie, il faut s'y faire ! » Je me suis réellement senti spolié.     

P 126 : La cryptomnèsie.  (mémoire cachée). … Quelqu'un énonce devant vous une idée nouvelle. Vous l'écoutez puis vous l'oubliez. Plus tard, au cours d'un travail ou d'une réflexion, elle vous revient à l'esprit. Mais, isolée de son contexte, vous avec l'impression de l'avoir découverte et … vous la publiez sous votre nom. 

P 133 (ne pas se contenter du donné)  : Enseigner pour mieux comprendre.
 Pour préparer son cours, le professeur doit en approfondir la matière bien au-delà du niveau qu'impose le cursus universitaire, sinon, gare aux questions des étudiants ! Il m'est très vite apparu que cela permet à l'enseignant de mieux assimiler les notions qu'il doit synthétiser et globaliser, notions entre lesquelles, jusque-là, il n'avait pas forcément établi de lien. Il m'arrivait parfois de réaliser, pendant une classe, que je venais seulement de comprendre vraiment telle ou telle finesse de raisonnement.  
P 137 (culturel) : … toute la famille s'installait pour quelques mois dans l'état du New Jersey, à proximité de New York. Avec les enfants, nous avons passé de nombreuses heures au Musée d'histoire naturelle et au Jardin zoologique du Bronx...

P 138 (étudiants/ conditionnement français) : Parmi les étudiants, il y avait plusieurs français. J'ai pu me rendre compte d'une caractéristique de l'enseignement en France dont j'avais souvent entendu parler : l'accent mis sur l'abstrait plutôt que sur le concret. Sur les mathématiques plus que la physique. Plus exactement, sur les aspects théoriques de la physique plus que la visualisation, l'imagination et l'intuition. 
… Un étudiant français, après avoir correctement dérivé les équations qui décrivent la structure de l'atmosphère, obtient une hauteur totalement aberrante. Je lui dis : « Le plus étonnant, ce n'est pas que vous ayez fait une erreur de calcul, chacun peut en faire, c'est que vous n'ayez pas réalisé que votre estimation place le sommet de l'atmosphère de Mars bien au-delà de la galaxie d'Andromède ! »

P 143 (évaluation) : Mais je me heurtais partout aux mêmes arguments : « Oui, c'est un sujet très intéressant, mais l'ensemble des opérations nécessitait une bonne dizaine d'année. » Dans l'ambiance de compétition qui règne dans les milieux scientifiques, il était impensable d'attendre aussi longtemps pour obtenir les premiers résultats : « Publish or perish » (« Publiez ou périssez ») était l'impératif assigné tout groupe d'études. 

P 209 (remettre en cause les données pourtant validées/ faire place au raisonnement/ contrôle/ vigilance) : … nous avons étudié les articles qui rapportaient ces mesures. Il m'expliqua (Bernard Peters) pourquoi, à son avis d'expert, les chiffres mentionnés étaient beaucoup plus incertains que ne le prétendaient les auteurs. Des observations ultérieures confirmèrent son verdict, et les objections que j'avais soulevées ne tenaient plus.

P 220 (culture/ ontologique) : (Ceci est assez fréquent en sciences; les mêmes idées naissent à plusieurs endroits quasi simultanément. On dit alors qu'elles sont « dans l'air »!)

P 233 : Rêve d'immortalité ?

P 244 (erreur/ vérité définitive) : Une théorie n'est jamais définitive : elle se rapporte à une situation et à un moment donnés. De nouveaux résultats peuvent la remettre en cause, et elle pourrait bien rétrograder sérieusement dans l'échelle des certitudes. 
     Cette situation de précarité interdit de parler de « vérités absolues ». En même temps, elle confère à la science la souplesse qui en fait sa force et sa fiabilité. Elle stimule sa puissance d'investigation du monde réel, aux antipodes des idéologies figées. 

P 244 – 245 (sommes le fruit de notre culture) : Pourtant, comme tout un chacun, le chercheur a ses convictions et ses préjugés, qui l'amèneront à s'intéresser plus volontiers aux faits qui abondent dans son sens. Spontanément, il choisira d'aller pêcher dans les eaux où vivent les poissons qu'il préfère ! L'antidote à cette attitude et aux dangers qu'elle comporte consiste à développer vis-à-vis de soi-même quelque lucidité. « Qu'ai-je investi, affectivement, dans la vérification de l'hypothèse que je propose ? Comment vivrais-je le fait qu'elle soit démontrée fausse ? »

P 249 – 250 (Einstein)  : Pertinence et limite des convictions
     Les avantages et les limites des convictions sont bien illustrés dans le parcours scientifique d'Albert Einstein. Ce physicien est convaincu que le comportement de la matière est parfaitement déterminé en termes de causes et d'effets. Rien n'est laissé au hasard.
      Ces croyances, qu'il ne remettra jamais en question, ont sur lui un effet extrêmement dynamique. En quelque vingt années, de 1904 à 1925 environ, elles l'amènent à énoncer les théories de la relativité restreinte et générale. Deux monuments de la pensée humaine qui vont profondément modifier toute la physique contemporaine. 
        Plus tard, malheureusement, ces mêmes convictions joueront un rôle stérilisant. Il n'acceptera jamais les fondements de la physique quantique. 

P 252 (construction du savoir) : On admet généralement qu'une nouvelle connaissance ne sera convenablement mémorisée que si elle peut trouver un lieu d'accueil précis et s'intégrer ainsi dans la ramure. En d'autres termes, à celui qui n'a encore aucune donnée sur l'histoire de la Chine, la période Han qu'on lui narre tout à coup ne trouvera aucun support où se greffer. Celui qui ignore tout de la physiologie animale ne pourra incruster nulle part l'action du diphényle sur la rate. Inversement, tout document qui trouve un lieu préparé à son arrivée enrichit la culture et l'érudition de la personne. 
     L'édification de la mémoire par additions successives, dont l'ordonnancement se développe harmonieusement, est attestée par des résultats d'expériences récentes en sciences cognitives. 

P 253 : La frustration de ne pas tout comprendre est souvent compensée chez l'auditeur par la  gratification de se sentir admis dans une assemblée de haut niveau intellectuel... et par la conviction qu'on ne le prend pas pour un ignorant... 

P 262-263 (difficulté d'édition) :
     Pour réduire le coût du projet, je me résignai à une version abrégée, avec quelques photos en noir et blanc regroupées dans un cahier intérieur. Je me remis en quête d'un éditeur. Peine perdue ! Plus de trente maisons d'édition me renvoyèrent mon manuscrit avec quelques mots de pure politesse. Découragé, j'allais le ranger dans un tiroir, décidé à l'oublier, mais le sort en décida autrement.
    C'est en effet à ce moment-là que Jean-marc Lévy-Leblond, un ami physicien, me proposa d'écrire un livre pour la collection « science ouverte » qu'il dirigeait aux Éditions du Seuil. Je lui ai immédiatement envoyé mon ouvrage. Sa réaction fut très positive. 

Pp 286 – 287 : La curiosité. La créativité.
La créativité est à la source d'un des plus beaux fleurons de l'évolution de la vie sur la terre : l'art, dans toutes ses expressions. On lui doit Mozart, Van Gogh, Baudelaire et tous les artistes qui embellissent notre vie et enrichissent notre monde. 

P 298 :      … je cherchais à me rassurer. La science me paraissait être d'un précieux secours contre l'angoisse et les menaces de l'existence. En fait, elle a joué ce rôle à maintes reprises. 

P 329 (visions, lectures différentes/ différenciations de perceptions: enrichissement du savoir)  
    Pour Pascal (« Le silence éternel de ces espaces infinis m 'effraie ») pour loger les galaxies, les étoiles et les systèmes planétaires essentiels à l'apparition de la vie et de la conscience, il faut des dimensions gigantesques.
     Pour Galilée et Newton : il n'y a pas d'espace et de temps absolus. Les deux entités sont inextricablement reliées, formant un ensemble qui peut même être courbe.
      Pour Wolfgang Pauli, inventeur du neutrino : la masse de tous les neutrinos dans l'Univers est comparable à celle de toutes les étoiles. 
      Pour Albert Einstein, qui doutait de l'existence réelle des trous noirs, issus de sa théorie de la relativité : ces astres existent par milliards et jouent un rôle fondamental dans la formation des galaxies.
   Pour Alfred Wegener, ridiculisé parce qu'il défendait l'idée de la dérive des continents : cette notion est maintenant un élément fondamental de la géologie. 

 

Editions du seuil - Je n'aurai pas le temps.

L'aventure de la raison.

Repost 0
Published by Le chêne parlant - dans Voyages philosophie
commenter cet article
7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:04
Fenêtre du château de Montaigne.

Fenêtre du château de Montaigne.

« Quand je danse, je danse : quand je dors, je dors. Voire, et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps : quelque autre partie, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude, et à moi. » (1726)


Les essais bruissent des doutes, contradictions, avancées, reculades, allongeailles de son auteur : Sieur Michel de Montaigne. 


J’entends - le craquement des feuilles noircies.
Une force émane de ce livre ordonné. 

Montaigne : La pensée à portée d’œil.

Sont-ce les centaines de segments, les pans entiers de vie, les intrusions variées d’anecdotes, les citations qui murmurent si près de mon oreille ? Les gravillons sur lesquels marche l’écrivain font des allées familières.
« J’aime que les mots aillent où va la pensée. » écrit Montaigne.
 
Montaigne débute de nulle part, sinon du lieu de sa naissance, l’œuvre plane de l’histoire du périgourdin, maire Bordeaux , seigneur de Montaigne, un être non pas pédant mais vivant. Non pas homme – encore moins avide de pouvoirs, de médailles, de gloire vaine - mais mortel. 

Spécialiste en rien sinon en pensées.
Plein du désir solide de cheminer. 

 

Page raturée des essais.

Page raturée des essais.

« Et quand personne ne me lira ».
Cette sentence pourrait assurément augurer de l’avenir. 
Le public – nous, c’est-à-dire un dérivé du peuple – n’estime point les jugements de soi sévères. Nous ne sommes points prompts à respecter l’humilité. 
Qu’un esprit plein juge ses qualités propres avec froideur, dureté, rectitude, ne se laisse rien pa
sser et voici que son manque d’arrogance nous agace, nous aveugle.
Aux bourreaux de soi aux lames tranchantes, nous préférons les lectures légères.
Nos regards changent de point du vue. Nous ne voyons plus en lui que sa mémoire erratique. Ses doutes. Ses réflexions buissonnantes. Son manque d’affirmations. 
Son refus de faire système, de créer des concepts en font un philosophe trop ordinaire. Sa simplicité, ses allongeailles, ses pillotages, son scepticisme en font un écrivain faussement simple, atypique. L’homme, finalement, n’est pas si net, ni si passionnant. L’intérêt se détourne.  

Montaigne – pourtant – est un empoisonneur.
Son texte est un discours à livre ouvert. L’oral cultivé de pensées. 
L’équilibre de ses réflexions, limpides, font d’intenses paysage. Et c’est vrai, que tout de suite, l’esprit traverse l’univers vif, réel, cocasse, sincère de
ce gentilhomme - mieux : honnête homme. Ses introspections organiques, ses doutes font nos préoccupations : plus vibrants, étonnants, modernes que n’importe lequel de notre ordinaire. 

L’œil éveillé. La respiration de Montaigne est un « miroir cognitif » puissant déclencheur de pensées. 
Les branches vives de ses objections, dénonciations des clichés, se contorsionnent violemment pour atteindre la lumière de notre conscient. J'observe que...  nous  tendons l’oreille pour entendre… le souffle dense de son esprit parle tel un discours égocentrique à livre ouvert 1*.  


On ne peut pas oublier ça, ce frôlement des idées. Immédiatement, le cheminement saute à l’esprit.

 

                           Montaigne, c’est de la pensée à portée de vue.
 

 

----------------------------

Les Nouveaux chemins de la connaissance –
Montaigne philosophe 1/5 : Montaigne philosophe

 

Arte vidéo - Emission à voir en entier sur le site !

INVITÉ : JEAN-YVES POUILLOUX


Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...). 

 



Les nuances de la pensée de Montaigne : Le gai savoir
- France Culture -


 

Sciences humaines - Pensées et langage. 

 

Persée - Pensées et langage

----------------------


1* - p 26-27 : Pour Vygotski, il n’est pas vrai que le langage égocentrique atteste le caractère initialement asocial de l’enfant et dépérisse à mesure que l’enfant se socialise. Il montre au contraire, sur une base expérimentale, que le langage égocentrique du jeune enfant est d’emblée social et que, loin de dépérir, il se transforme par la suite en langage intérieur, jouant un rôle de médiateur dans la formation de la pensée verbale au cours de l’activité pratique de l’enfant.


Lev Vygotski – Pensée et langage – La dispute. Paris 1997 ; Isbn : 2-84303-004-8

 

INVITÉ : JEAN-YVES POUILLOUX Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...).

Le château de Montaigne et sa tour.

Le château de Montaigne et sa tour.

La tour de Montaigne.

La tour de Montaigne.

Michel de Montaigne

Michel de Montaigne

« La philosophie ne me semble jamais avoir si beau jeu que quand elle combat nostre presomption et vanité, quand elle reconnoit de bonne foy son irresolution, sa foiblesse et son ignorance. Il me semble que la mere nourrisse des plus fauces opinions et publiques et particulieres, c’est la trop bonne opinion que l’homme a de soy. »

Essais, II, XVII, cité en exergue au chapitre "Socrate" de Montaigne, une vérité singulière", p. 217.

Montaigne - Jean-Yves Pouilloux est l’invité de "Philosophie"

Repost 0
Published by Le chêne parlant - dans philosophie Littérature
commenter cet article

Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Contributions et Partenariats.

Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

Blogs voisins

Silapédagogie silapédagogie Aider ses élèves. com, un site de mathématiques créé par Marc Godin, chercheur en mathématiques, ce dernier est pointu et passionnant. Aider ses élèves . com Document Aider ses élèves . com - document

Emissions à écouter

___ Gai savoir Raphaël Enthoven - Paula Raiman et les indispensables Nouveaux chemins de la connaissance. Gai savoir ................................................................. Les nouveaux chemins de la connaissance - Adèle Van Reeth Les nouveaux chemins d'Adèle Van Reeth

Sites plus

Jaques Darriulat Jacques Darriulat _________________________________________ Philolog Philolog _______________________________________ Le lorgnon mélancolique. Le lorgnon mélancolique