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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 13:52

 

Senegal--2.jpg

 

Longtemps, je ne comprenais pas le spleen. Une douleur  insondable. Mais encore ? De quelle chair était faite la bestiole ? Etait-ce une névrose, une dépression ? De l’air en rareté dont on fait tomber les avions en plein vol ?

Une pathologie, m’assura-t-on. De celle foudroyant les poètes maudits, martelant l’âme d’une aiguille de fer. Une de ces sales maladies dont on ne peut s’imaginer atteint à l’âge tendre où l’on croit encore quelque peu – quoique de plus en plus rarement - en la véracité des paroles adultes. 

Rien de commun, donc, avec ce vertige amer bloqué sous la semelle.

 

Commun en rien non plus - semble-t-il - avec la chaleureuse clarté de Dakar, « Dekk raw » 1*, ce « pays refuge » où les robes réjouissantes des femmes sénégalaises frissonnent de couleurs intenses, vibrent d’une noblesse joyeuse,  se rient de l’extrême dénuement – attirent les regards avec malice telle la mousseline du tamarinier en hauteur du sol poudreux. 

 

Ici, les rues sont de terre et d’eau. En cette saison des pluies, les voitures avancent avec lenteur, passent les chaos avec une subtilité infinie. 

Par la fenêtre, le vacancier s’émerveille. La foule brouillante regorge de lumière. D’abondantes verticales bleues, jaunes, vertes, rouges, entrecoupent l’ocre sableux de courbes harmonieuses. On remarque les tissus frais, nets, cet art consommé de l’élégance. 

            « Se réjouir de sa condition humaine. » confie Abdoulaye - le guide. « Etre bien dans sa peau. Montrer que l’on est bien.» ajoute-t-il d’une voix lumineuse.  « Il faut savoir voir derrière les beaux vêtements.  Observer la condition des autres… La misère. » 

Silence entrecoupé d’étoffes.

                « Si vous êtes riches et que vous vous mettez à côté d’un pauvre, vous le fusillez.  »

Noblesse sereine et muette.

               « Si on est pauvre, on n’a pas besoin d’en avoir l’air. »  

 

                     « Si l’on se plaint vis-à-vis d’un pauvre, on l’enterre.» 

Laye--mouvement-23.jpg

 

Retour à la bergerie d’Eden, quadrillée aux quatre vents par de solides gaillards. 

A l’hôtel, jardiniers, serveurs, plagistes, piscinistes, barmans aux visages avenants souhaitent la bienvenue aux visiteurs.  La valse des sourires en quête d’Europe accueille le touriste en mal de Paradis.

 

Debout derrière les fauteuils tressés, Laye, un peintre de talent sillonne l’écume des ventres gras que nous alimentons tous à divers degrés. Silhouette bohème toujours active. Expression joviale et enjouée. 

 

Excès de sourire contre excès de misère ?

Tout à coup, l’œil aux aguets est saisi d’un vent crépusculaire. L’harmattan ? Un assèchement ?  Une fatigue ? Un couchant vite étouffé sous un crépitement d’énergie. Un feu d’actions volontaires faisant revenir l’artiste aux fondamentaux, aux questions d’alimentation de base, essentielles. Marche en direction des nécessités marchandes.  

 

Loin du spleen, de cette valse du ciel, ou si près ?

 

Un trou ? Un appel ? Inachevé – brouillant. 

 

    Oui, c’était bien cette affection toute anglaise et vaguement orientale**, ce chacal stagnant qui rôde. 

 

 Senegal.jpg

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*Le mot spleen a pour origine le mot anglais spleen (du grec ancien σπλήν splēn) qui signifie « rate » ou « mauvaise humeur ». En effet les Grecs, dans le cadre de la théorie des humeurs, pensaient que la rate déversait un fluide noir dans le corps : la bile noire, responsable de la mélancolie.

 

**

Empire Byzantin.

 

1* « Dekk raw », « pays refuge » est une étymologie possible en Wolof, l’autre étant l’arbre du Tamarinier (possible touchant la fibre sensible du Chêne, cela va sans dire).

 

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Laye.

 

Exposition en France.

 

Epigramme pour l'oeil.  

 

Laye-00a.jpg      Laye---mouvement-1.jpg

 

Laye-mouvement-10.jpg

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Published by Le chêne parlant - dans poésie Voyages
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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 08:57

insectes-lumiere.jpg

Tout au long de l’année, les difficultés d’apprentissage se font bourdonnantes. Avec l’été, les confusions, erreurs spontanées, étourderies, inexactitudes forment un vaste nuage, un brouillard d’insectes furieux. Leur bruit sourd se tient là, tout proche, à côté de l'oreille, si présent, si collant, si incessant, si agaçant qu’on en vient à désespérer – jamais - de s’en débarrasser. 

 

Pire, pour peu que vous veniez d’accrocher dans les cahiers les blanches tentures des définitions – à présent inondées des gouttelettes noires du contresens,  extravagances de lecture, fredaines surprenantes, exemples insolites « Un triangle ? 

         Je sais madame, c’est trois côtés… 

                                        comme un losange ! »

 

                                                                    .... et c’est la Crise.

 

 Pourtant,  n’aviez-vous pas nettoyé chaque terme soigneusement ?

 

 « Combien de côtés a un triangle ? vous étiez-vous enquis. 

 

- Trois, avaient répondu  les élèves sans ambages. »

 

Mais, comme tout bon pédagogue, vous ne vous étiez pas arrêté à cette exactitude réflexe. Vous aviez pris soin de simplifier* le concept géométrique, de  le débarrasser de ses ombres, ses ambiguïtés, d’en nommer précisément chacun des attributs 2* . Avec soin, vous aviez suivi 1, 2, 3 côtés du doigt. « Tri comme trois. Un, deux, trois côtés. » 

 

Vous aviez poursuivi : « Un tri-angle a 3 côtés… 3 comme…

 

- tri – triangles !

 

- Trois angles, madame. »

 

                      Bien, bien… Bien... 

 

A voir avec quelle sûreté les élèves avaient répondu à vos questions, la chose semblait entendue. Chacun avait répété avec un accent différent. Tous avaient également discriminé, non sans sûreté, chaque figure découpée. Un sans faute semblant mesurer l’acquisition de la notion. N’était-ce point là le trait convainquant d’un entendement sérieux de la définition ? Le gage  d’une compréhension définitive ? 

 

Mais cela, c'était avant.    

 

Avant que le carré ne pointe le bout du nez.                   

 

A l’évidence, les 4 côtés égaux et les angles droits brouillent la conscience – l'embrouillent de mille méprises. A la faveur d’une question anodine ou d’une situation singulière, un grondement de réactions particulières forment - tout à coup - un amas de répliques brumeuses.  Le mélange extravagant des caractères du rectangle au sein de la définition fort peu carrée vous ont soudain rendu lucide quant à l’étendue réelle des savoirs. Vous voici donc revenu sur terre.

 

Allons, allons, courage, 

                           tout n’est pas perdu. 

Soyez confiant, dès qu’une idée erronée bourdonne, elle fait assez de bruit pour être repérée.

 

 

Aussi, en gros, l’expérience des insectes nuisibles vous indique-t-elle pour logiques de traitement « L’opération du verre ou Le coup du torchon », les deux semblant contradictoires. 

 

 

 

Commençons par les plus rapides :

 

1 – L’abattage du nuisible vitesse grand V. : 

 

                             A - Le coup du torchon. 

 

La méthode usitée de manière récurrente consiste en la reconnaissance du triangle parmi de nombreuses figures. C’est un moyen rapide d’atteindre ses objectifs. La vitesse de la discrimination s’abattant sur la figure appropriée faisant le succès de la technique. Toute figure non adéquate - carré, rectangle, losange, quadrilatère quelconque – sont laissées de côté. Le triangle est repéré sans effort, biffé à grand coup de traits dans un minimum de temps, avec un maximum d’efficacité. La situation a ses qualités. Economique, elle aboutit à un résultat immédiat. 

 discriminer une figure - Lauren Bailleul

Mais son automatisme fait – également – son danger. Les caractéristiques de l’objet étant perçues globalement, on a l’illusion d’une construction intellectuelle alors qu'il s’agit davantage d’une sensation brute, d’une procédure globale et réflexe. 

 

 

                             B - La raquette électrique.

 

Instrument d’élimination du nuisible,  l’élève construit la définition. « Un triangle a trois côtés. » 3* Une fois élaborée, cette dernière est transmise, entière, propre, nettoyée de tout quiproquo. Débarrassé de toutes ses absurdités et âneries, l’objet technique est d'une efficacité redoutable. La formule a foudroyé l’erreur en plein vol, électrocuté le phénomène gênant avant même qu’il n’arrive et se dépose sur la table immaculée.  

 

A bien y réfléchir, la procédure ne préserve cependant point des mouches de l’inexactitude. Après quelques temps, des aberrations de déclamation reviennent de manière récurrente. 

 

 

                             C - L’insecticide.

 

 L’énoncé clair, pensé par des experts, foudroie les inexactitudes - net. 

 

La définition offerte est d’emblée satisfaisante. Une bombe. « Un triangle est un polygone à trois côtés. » Tout erreur est éliminée. Toute maladresse éradiquée. Toute faute anéantie sur le champ. Son  efficacité est si extraordinaire qu’on injecte son gaz – par pression – dans toutes les matières. 

 

Bégon vert – bégon jaune.

 

 

Rien ne peut opposer de résistance à ce donné, carré . 

 

                   Vraiment ?

 

L’inconvénient est qu’à aseptiser l’air, les vols dissonants sont inexistants, les zones de maladresse, l’ambiguïté n’existent plus. L’immédiate perfection est d’une constitution si solide qu’on en oublie ses faiblesses. Les inepties  non critiquées, non pensées, les illogismes extravagants, sont terrés à l’intérieur de l’énoncé même. Le produit actif a certes pulvérisé l’imprécision mais en gaz diffus, respiré abondamment par l’individu présent dans la pièce. L’intoxication menace.

 

Aussi, à la faveur d’une modification de tournure, de tests variés, des mécanismes restés obscurs finissent par émerger. Des résistances pullulent, des non-sens deviennent envahissants. Finalement, personne ne viendra plus à trianguler ce "polygone à trois côtés", la zone proche des Bermudes inaccessible à la compréhension résistera désormais à toute tentative de survol. 

 

 

Quoi faire ? 

 

 

Pour comprendre l’absurde, les pensées baroques, les constructions mentales biscornues, bizarres, abracadabrantes, il convient d’en saisir la folie. De goûter ces chuintements extravagants. De prendre ces vols déréglés, déraisonnables, au sérieux. En gros, d'essayer de les comprendre.

 

Leur attribuer un sens. 

 

 MacArthur-Douglas-StormTrooper-1930.jpg

« Je fus mouche quand je me comparai à la mouche. Je me senti une âme du genre mouche, j’ai dormi mouche, je me suis senti enfermé mouche. Mais la plus grande horreur, c’est qu’en même temps je me sentais moi-même. Je levai malgré moi les yeux au plafond, de crainte que quelque règle suprême ne s’abattît sur moi… » P 332 :

Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. p 332.

 

En fin de compte, en véritable détective du problème, la solution n'est-elle point de penser erreur, manger erreur, dormir erreur ?

 

 

Nous allons voir… Poursuivons vers la seconde logique de traitement : 

 

 

2 - la lente suppression de l’erreur :

 

 

                          A - Le coup du  verre 

 

Chopper une mouche dans un verre demande un coup de main particulier. Le chasseur avance précautionneusement le récipient. Approche doucement. L’insecte s’envolant toujours vers le haut, la bestiole rocambolesque s’enferme du même coup dans la cage. 

 

En arts plastiques – dessiner des créatures triangulaires participe de cette technique.

 P1070538

La connaissance, la perception des caractéristiques de la figure, la lenteur du geste font le succès de la démarche. 

 

Facile ? Un jeu d'enfant ? Vous voici pris d’un sourire, enjoignant cet esprit épris d’une belle motivation à dessiner plus. Carrément  gonflé d’orgueil, invitant à déclamer les caractéristiques du dessin, ne criez pas trop rapidement victoire, cependant. Des surprises, là encore vous attendent... 

 

      L’insecte n’est pas la malheureuse victime qu’on imagine. A peine voit-elle le verre se réverbérer dans la vitre qu’elle virevolte et s’échappe sans crier gare. D’où l’impossibilité d’utiliser cette méthode sur des plans vraiment réflexifs.

 

 

                              B - Le piège bio à essence de poisson.

 

La bestiole attirée par l’odeur vient s’enfermer et se noyer d’elle-même. 

 

La situation pédagogique est constituée de cartes et de formes. L'élève devant reconstituer les figures présentes sur les cartes à partir des formes et ce, en posant moult questions.

 

Le but est de consolider plutôt que construire les notions de carré, rectangle, triangle. Par un "jeu" de questions successives, savamment ordonnées des plus globales aux plus précises, l’élève va discriminer les possibles des impossibles, déterminer la figure et la reproduire sur la table à l’aide de formes. 

 

Questionner –  et en miroir - se questionner, n'est-ce point là les bases de la réflexion par excellence ?

 

La micropsychie 4* – petitesse d’esprit – est embaumée dans les fragrances – l’erreur est décomposée - individuellement piégée. 

 

La panacée ?   

Pas si sûr…

Là encore, des confusions persistent - désespérément. La part de l'exercice vu comme jeu peut certes faire danser les papillons autour de la flamme des savoirs mais également emporter les imaginations ailées vers des contrées divertissantes peu efficientes. Le ludique peut dissiper bien des esprits. 

 le-papillon-des-etoiles.jpg

 

                      En face à face avec les inconvénients de chaque option, allons vite, progressons en planant avec mesure.  

 

Vidéo - élèves de CE1 en pleine cogitation géométrique. Dialogue assez souriant.

 

    Nota : Le but de l'échange est d'engager les élèves à se poser les questions pertinentes.  La vidéo, ne montre pas l'étayage du professeur bien évidemment nécessaire. 

 

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* Simplifier ou rendre simple, accessible à l’entendement n’est pas faire œuvre de simplisme.

 

1 « Qui sait pour quelles forces suprêmes, dieux ou démons de la Vérité dont l’ombre enveloppe nos pas errants, je ne suis moi-même qu’une mouche luisante qui se pose un instant sous leurs yeux ? Rapprochement facile? Remarque déjà faite mille fois ? Philosophie dépourvue de vraie réflexion? Peut-être, mais je n’ai pas réfléchi : j’ai ressenti. C’est sur un plan charnel, direct, avec une horreur profonde, que je fis cette comparaison risible. [...] Je me suis senti mouche quand j’ai imaginé que je me sentais mouche. Et je me suis senti une âme du genre mouche, j’ai dormi mouche, je me suis senti enfermé mouche. Mais la plus grande horreur, c’est qu’en même temps je me sentais moi-même. Je levai malgré moi les yeux au plafond, de crainte que quelque règle suprême ne s’abattît sur moi, tout comme j’aurais pu moi-même écraser cette mouche. Heureusement, lorsque j’ai baissé les yeux, la mouche, sans un bruit, avait disparu. Le bureau amorphe se trouvait à nouveau sans philosophie. » p 332 

Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. Christian Bourgois éditeur. 1999. ISBN : 2-267-01516-1

 

«  En vue de cette recherche rigoureuse, les mots qui servent de support à la pensée doivent être employés dans toutes les positions possibles, dans les locutions les plus variées ; il faut les tourner et retourner sous toutes leurs faces, dans l’espoir qu’une lueur en jaillira, les palper et ausculter leurs sonorités pour percevoir le secret de leur sens. » p 18 

 

 

 3 * Britt-Mari Barth nous rappelle l’importance de la définition : 

« Neil Postman (Enseigner, c’est résister, Le Centurion, Paris, 1979) suggère que la valeur d’une définition réside dans son utilité et non pas seulement dans son exactitude. Les définitions sont des instruments de pensée… Un définition devrait être opérationnelle.

 

Les définitions surchargées d’éléments inessentiels ne nous sont pas très utiles. La définition qui consiste en un synonyme ou qui donne un concept supérieur (le carré est un polygone) ne nous aide pas beaucoup non plus. » Britt-Mari Barth, l’apprentissage de l’abstraction, p 57

 

Britt-Mari Barth, l’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école ; RETZ, 1987, isbn : 9-782725-611990

 

4 * « L’artiste joue avec l’immédiat comme le papillon avec la flamme. Un jeu acrobatique et périlleux ! Pour connaître intuitivement la flamme il faudrait non seulement voir danser la petite langue de feu, mais épouser du dedans sa chaleur ; joindre à l’image la sensation existentielle de la brûlure. Le papillon ne peut que s’approcher de la flamme au plus près, frôler sa chaleur brûlante et littéralement jouer avec le feu ; mais si, avide de la connaître encore mieux, il vient imprudemment à pénétrer dans la flamme elle-même, que restera-t-il de lui sinon une pincée de cendres ? Connaître la flamme du dehors en ignorant sa chaleur, ou bien connaître la flamme elle-même en se consumant en elle, savoir sans être, ou être sans savoir, - tel est le dilemme. »

      Vladimir Jankélévitch

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Annexes utiles...
décrire des figures géométriques - préparation 1       décrire des figures géométriques - préparation 2
P1060439 léger
P1060480  leger-exemples.jpg
P1060448   P1060442
P1150233 P1060483
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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 13:49

Deborah---la-malediction-des-maths-4.jpg

 

 

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Distraction, manque d’énergie, fatigue – face aux mathématiques, l’élève ordinaire développe une multitude de symptômes. 

A son ennui profond, s’ajoute le syndrome de la pantoufle. Autrement dit, une phase d’endormissement, anesthésie où l’absence de sensation est généralement suivie d’un réveil douloureux.   

 

Pire, il arrive que quelques élèves inconscients du danger, tel Empédocle* curieux de découvrir l’alchimie de la matière ardente - prêt à tous les émerveillements – s’approchent du cratère insondable des opérations. Calculs** au bord desquels les malheureux penchent un peu trop l’esprit, cherchant à résoudre l’équation des nombres jusqu’à en perdre la tête. Que reste-t-il  alors de leurs velléités scientifiques ?

Plus rien ! 

La surchauffe aura projeté les agitations fébriles vers de sombres élévations intellectuelles. 

              Laissant pour tout souvenir un précipité de pierre. 

                          Gouffre au bord duquel un objet terrible, une vision accablante, une sandale enracinée aura tôt fait de rendre fou le mathématicien en herbe ayant assisté à la scène.

 

Comment dès lors, nourrir l’effort, aborder cet apprentissage sans vivre les exercices comme une batterie de calculs ? Rafales d’exercices aussi compliqués qu’impossibles ? Forme ultime d’un désagrément frisant l’instrument de torture (Sauf pour les médaillés Fields et notamment Cédric Villani ayant résolu 200 énigmes chaque mercredi de son enfance – révélation frisant la provocation.) ? Peut-on développer la puissance de calcul sans augmenter le désarroi de l’élève au cube, sans atteindre  l’apothéose de l’écœurement ? 

 

      [Humour. Le chêne parlant, le seul blogue pédagogique capable de mêler ‘Perfect sense’, PI, Mister Nobody, Un plan parfait, Etienne Klein et Einstein dans la même vidéo]

 

Comment faire d’un outil mortifère, un objet de contemplation ? 

Est-il seulement possible de dépasser l’expérience négative ? De se dégager de ce théorème de l’angoisse ? Cheminer. Surmonter ce volcan de la nullité. Entrer dans cette nécessité qui fait de l’écorce terrestre un terreau nourricier, une substance aimable, digne d’intérêt ? 

 

Scieszka Jon & Lane Smith ont relevé le défi. Leur livre « La malédiction des maths » crée un rupture. Dépayse.

En projetant sur le tableau vert les inquiétudes enfantines, les auteurs en font prendre conscience. Les exposent. Les dédramatisent. Quoi de plus rassurant, en effet, que de confier ses craintes ? En parler n’est-ce point déjà entrer dans  un processus de guérison ? 

Psychanalystes et psychologues ne sauraient démentir. 

 

Faire l’expérience de ses craintes en passant par l’album, c’est penser autrement. S’enraciner dans  la vie sans la fuir. Ouvrir la porte de la peur, en passer le seuil. Se déplacer par rapport à ses tourments et ses réticences. 

 

Ce qui est en jeu, c’est de refuser le rapport exclusif des maths aux maths. Combattre cette image d’une science mathématique habitée uniquement par les nombres.

 

Car, en effet, l’épreuve mathématique comprend d’autres substances. Une multitude de dimensions. La compréhension des brumes de l’énoncé. Sa traduction en langage clair. Son analyse en terme d’images mentales. Sa mise en équation. A exposer tous ces paramètres, on en ressent un certain vertige. Une excitation. 

 

Décloisonner les maths. C’est sans doute développer la curiosité. Faire varier les entrées possibles, générer de la saveur.

 

 

                           Et anéantir - qui sait un instant, une seconde, un infini pour certains -

 

                                                                                          La malédiction de l’école.

 

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* Patient vient du latin patiens, ayant des liens avec la souffrance, surtout le fait de l’endurer.

* Mythe d'Empédocle : le philosophe aurait été victime d'une éruption volcanique de l'Etna soit par suicide, soit par désir d'étudier le cratère. On aurait retrouvé l'une de ses sandales.

** Calcul vient du latin calculus – autrement dit caillou ou petite pierre, d’où les calculs rénaux.

 

 

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      La preuve en images :   Séance expérimentée par votre serviteur le Chêne en CLIS (élèves de niveau CP à CM1) et en CE1 - et ce avec succès. 

Possible dès le CE1    - CE 2.


Nous allons utiliser certains exercices de l'album et en adapter d'autres. Les problèmes trop compliqués seront masqués par des feuilles colorées. 

P1070444.JPG

 

Exercice 1 (à compliquer suivant les élèves) : 


 

P1070446.JPG       P1070445    

 

 

     

Aides possibles  : 

aides-chemises.JPG             P1070434

 

 

 

 

 

 

..

P1070449-copie-1    

   

 

Manipulation                           ou                                    Ardoises : 


P1070452           P1070460

 

 

 

 

 

 

 

 

Synthèse - selon ses procédures : 

 P1070466.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Exercice 2 :

 

P1070483.JPG   P1070471.JPG

 

 

 

Aides possibles : 


P1160824.JPG  aide-bus--2.JPG   Aide-bus.JPG

 

       Comparaison des calculs : 


P1070473.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

Synthèse : 

  P1070475.JPG

         P1070480.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Exercice 3:

 


 P1070500.JPG      P1070496.JPG

 

 

 

Ardoises : 

P1070484.JPG   P1070487.JPG

 

 

Séance possible ( ceci est une proposition, pas un modèle) : 

 

 

La-malediction-des-maths---seance-proposition-1.JPG       proposition-de-seance---la-malediction-des-maths---2.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Auteur : Scieszka Jon 

Titre : La malédiction des maths. 

Editeur : Seuil Jeunesse Paris, 1997 

Illustrateur : Lane Smith

 

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Sites 

 

La malédiction des maths. Proposition CM1/ CM2  - APMEP 

 

 

Académie Bourgogne - CM1/ CM2     Document très bien fait. 

Nicole BONNET, professeur de mathématiques à l’IUFM de Dijon, IREM de Dijon, 

Elisabeth OUDON, professeur des écoles, maître formateur à l’école Petit Bernard de Dijon 

et ses élèves (années 2004-2005 et 2005-2006)

 

Académie de Nancy Metz - CE2

 

Académie de Nancy - Raphaëlle Lemoy – Cathia Batiot – Fabien Diwo

 

Acheter - la malédiction des maths

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Le chapeau

 

 

 

réponse

 

 

 

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 10:15

 Anja-stiegler-1.jpg

Anja Stiegler.

 

Je me rappelle ces moments passés avec Vladimir Jankélévitch, Gilles Deleuze, Lucien Jerphagnon et vous, Raymond Trousson. Vous  spécialement, cher Raymond et votre voix caverneuse au parfum hanté de figures. Vous, faisant battre les tempes du rythme de la pensée.  

 

Vos discours remplissaient l’espace d'un volume de connaissances. Votre univers tempétueux d’anti-modernité s’exprimait en  continu d’un ton docte motivé par les idées. Vos paroles exemptes de modes se faisaient l’écho d’une conscience plus vieille que nous tous. Oui, je me souviens de vos conférences éternelles, saisissantes, contenues de hauteurs de fête, livrant un combat contre le trivial. Alors, votre expression puissante aux accents roques volait en dynamique baroque par delà les représentations ordinaires, se concentrait dans les interstices : moments pleins d’une épaisseur, d’une densité, d’une vitesse n’ayant rien de commun avec cet échelon de l’homme débordant - ce Malstrom Moderne.

Autrement dit, ce cyclone tournant sur lui-même, tornade aspirant l’information sans fin, principe désorienté, instable, indéfiniment tonique, absorbé dans une angoisse démesurée de l’urgence, dégageant un ardant besoin d’action, incessamment en quête de célébrité, produit d’un mépris des sources et d’un goût insatiable pour sa PSPP - pas-si-petite-personne chevillée à la Rolex, pleine de valeurs sans passé ayant le présent pour étalon.

 

Cher Ténor qui jamais ne parle trop, racontez-nous encore ces harmonies nettes et intenses faites du passé, cet idéal issu des humanités. 

Racontez, cher maître, racontez-nous toujours ces symphonies faites de lignes. 

Signes intemporels, principes vivants de l’Important. 

Aromatiques points de départ. 

Chemins retentissants

Une alchimie de mots nous touchants, nous atteignant. Et cette clarté folle et riante... On ne peut rester insensible à ces emballements, entrecoupés d’anecdotes, ces bouffées de richesses, cette plénitude spirituelle, substance essentielle à la vie… modelée par de longues et lentes lectures souterraines. 

Votre profondeur généreuse est celle de ceux qui savent qu’ils ne savent pas, suintent de la science puisée dans les feuillets pliés de l’esprit. Vous êtes, chère rareté, de ces êtres pleins des connaissances toujours en  mouvement sans être surchargés, lourds des livres sans être pesants. 

 

Contez, cher Raymond, agitez ces feuilles sonores. Bruissez de ces pièces de pensées alignées en cortège triomphal. Tintez de ces mélodies - un rien sublimes.

 

Un chant mâture qui avance. Décisif. Un cadeau. Un surcroît de conscience. Une présence. Un don précieux, une prose qui nous laisse sans voix.  

 

Tout à coup, cher maître, à l’annonce de votre départ, au savoir de votre existence aujourd’hui envolée ; 

 

                      …surgit en mon âme un vaste vide.

 

                                                            je suis saisie d’un froid silence. 

 

 

 

Arte vidéo 

 

 

 

 

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      SITES 

 

Axel Evigiran : En hommage à Raymond Trousson - De Diderot à Rousseau, passant par Voltaire. 

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 09:00

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Photo : Marcin Sacha

 

 

 

« Chaque être humain est une fiction, 

nous vivons en étant immergés dans nos propres fictions, 

englués en elles »

Imre Kertész

 

 

 

Deux théories s'affrontent au sujet de la connaissance souligne le physicien Etienne Klein. L’une la pense comme comblement, tel un seau à remplir. L’autre l’imagine subjective : effet de la projection de notre intellect sur le monde. 

 

La première apparente le savoir à une substance, une matière - objective - coulant vers l’individu, c’est le sens de « l’esprit-seau » du Théétète de Platon 1*. «… notre esprit est un seau, à l’origine il est vide ou à peu près et des matériaux rentrent dans le seau par l’intermédiaire de nos sens, ils s’accumulent et sont digérés » En gros, ici, apprendre c’est combler un vide. Telle une masse de grains plantés, élevés, croissants, puis récoltés au fil du temps, l’élève est  nourri – ou gavé à l’entonnoir - à grands mouvements injectant la substance de l’extérieur vers l’intérieur. 

Au fond, les savoirs pharmacologiques liés aux remèdes et poisons ne se sont pas conçus autrement. 

Par observation des animaux - notamment des oiseaux - les primates se sont représentés peu à peu, les baies a priori toxiques ou bienfaisantes. L’absorption infinitésimale d’une partie la plante a fait le reste. Quantités parfois douloureuses,  à l’issue radicale, résumant assez bien l’intrusion d’un réel objectif -  extérieur sonnant et trébuchant - au sein de l’organisme.

 

La seconde fait des connaissances une vue de l’esprit. C’est la vision d’un monde projeté par les méninges sur le grand écran des paupières closes. Un univers à la Matrix où la réalité est pensée à partir des perceptions du sujet en un courant allant de l’esprit vers l’environnement. Idées éminemment spéculatives, subjectives donc, par essence. 

Platon dans Le Ménon et la République avec son allégorie de la caverne 1* reprend cette idée d’une connaissance prisonnière de la boîte crânienne du sujet (bien qu’ici, il soit possible d’en sortir). L’individu, croyant avoir affaire au réel est en réalité assis au milieu d’une grotte, observant un cortège de simulacres projetés sur la roche, visualisant un paysage aussi puissant qu’absurde – non dénué de séductions. Afin d’accéder au réel, il devra s’extirper de cette machine à phantasmes. Peu pourront s’en tirer, d’où leur caractère d’Elus. Platon les nomme ‘Philosophes Rois’. Seule voie possible : se saisir, posséder la pilule de l’esprit critique, laquelle est directement liée à l’intellect. 

 

Extrait tiré de l'Agora des savoirs - "Esprit-seau" du Théétète de Platon. 

Comment savons-nous ce que nous savons ? Étienne Klein.

 

 

 

En éducation, l’effet Pygmalion semble appartenir à cet ordre. Les psychologues Rosenthal et Jacobson savent transformer - sur plusieurs années tout de même - des enfants aux résultats passables voire médiocres en bons élèves, rien qu’en intervertissant des dossiers ou en collant l’étiquette ‘surdoués’ sur ces enfants en quasi échec scolaire. (L’expérience est attestée, ses résultats mainte fois vérifiés.)

Alors ? Suggestion heureuse ?

Effet miraculeux de qualités projetées sur la rétine des professeurs ? 

Des chercheurs n’hésitent pas à parler sérieusement de prophétie autoréalisatrice, sans déceler ni la part de magie ni l’enveloppe de mystère contenues dans ce vocable. Il suffirait donc de penser très fort… très positif… bon… excellent…  pour – telle la méthode Coué - voir l’élève changer d’état ? 

Il y a pire.  « Dans la journée – nous indique l’économiste Claudia Senik - ou dans la semaine donner  aux enfants l’impression que ce qu’ils font c’est bien. Qu’on est satisfait d’eux … ils engrangent le sentiment qu’ils sont performants. Que quand ils entreprennent quelque chose eh bien ça marche. Que c’est bien… de se sentir bon et assez sûr de soi. Apprendre la confiance en soi. Construire l’estime de soi.» 2*… 

Apothéose absurde, en enclenchant une énorme soufflerie à positivité, on augmenterait de manière significative les performances intellectuelles.

Dispenser un courant d’air à estime de soi serait non seulement bon pour soi-même - Comment pourrait-il en être autrement ? - mais suffisant pour neutraliser les mauvaises pensées ; indispensables au maintient de quelques sensations agréables - propices au dépassement, à la construction de la réussite, à la conservation de l'âme sensible - bénéfiques, enfin, à l’édification du bonheur. 

Se projeter vers le positif. « Dire aux gens la vérité et le faire avec enthousiasme. » 2* créerait-il un changement radical ? 

La « Fonction de transformation des circonstances en bonheur » 3* serait-il la clé de l’élève heureux, motivé, besogneux,  efficace dans son travail ? 

Valoriser constituerait donc la recette de la réussite scolaire ? 

 

C’est voir la chair de poule lorsqu’il s’agit d’étudier la peur qui l’a causée.

Autrement dit, s’attacher à l’effet de surface au détriment du phénomène. 

 Martin Sacha - Art limited

 

 

Primo, reconnaît volontiers Anne Chemin, « Les américains sont les plus confiants du monde. » Cette certitude  élève-t-elle leurs résultats et donc immanquablement ceux de leur système scolaire ? L’hyper confiance en soi-même agit-elle comme un moteur ou comme une glu ? Le sucre et le caramel ne satisfont-ils point les papilles de sorte qu’ils anesthésient tout autre recherche gustative ? 

Le système américain fortement inégalitaire, aux résultats moyens et hyper valorisant rend-il l’élève plus performant ou l’enferme-t-il dans un piège ? Celui critiquable du repus de lui-même, ne cherchant plus à se dépasser. Le français a patouillé lui-même dans la guimauve, lorsqu’il s’est agi dans les années 1970 - 80 d’apprendre l’anglais. Pourquoi se gorger de cette matière – barbare - quand la saveur fruitée du raffinement et de l’excellence nous submerge ? 

Il serait assurément stupide de changer de restaurant. On se gave de ces plats pétris de miel jusqu’à en devenir obèses de contentement. Mous.

 

Secundo, pour en revenir à l’effet Pygmalion, c’est bel et bien l’élève, qui, par une estime de soi augmentée mais aussi - et surtout - par loyauté* envers le maître ‘croyant en ses compétences’, que ce dernier va redoubler de travail et donc finir par accéder à la hauteur prédite.   

 

Connaître, pour Paul Claudel dans son Art Poétique, c’est naître avec. 

« Co-Naître » 4*. Naître à la réalité se conçoit à la fois comme une délivrance de la matière et un accomplissement de l’esprit. L’aboutissement d’un travail visible.

Cela revient à couper un morceau de pain entre pairs – ce qui est le sens du mot co-pain – compain, partager entre compagnons – à s’en nourrir, à en digérer la substance.

Mais également à « réaliser, souligne le sinologue François Julien, […] prendre conscience de l'évidence » 5*. Repérer le courant sous la vague, le bruissement du silence dans une mélodie, l’ombre attachée à nos pieds. Identifier la présence du spectaculaire sous l’ordinaire simplicité du quotidien, là, reconnaît Ludwig Wittgenstein 6 * dans ses remarques mêlées. Si proche, précisément, qu’on n’en discerne plus les contours. 

C’est-à-dire au milieu du sens qui s’impose naturellement ou au contraire de l’incommunicable, du vague, de l’indéfini, se saisir d’un éclairage, d’une précision qui nous rend non pas voyant – ce serait trop beau - mais capable d’appréhender momentanément une part du monde. 

De se représenter le réel un chouïa plus proche de ce qu’il est.

 

- Extrait tiré de l'Agora des savoirs - 'La coupure Galilléenne'

"Expliquer les lois physiques par l'impossible." Alexandre Koyré.

On peut avoir raison contre les faits.

Comment savons-nous ce que nous savons ?

      Étienne Klein. 

 

 

 Non pas en une réalité arrangeante, indulgente envers soi-même et les autres, se contentant de la surface, gnan-gnan, dirait Frédéric Schiffter mais en une cruauté à la Clément Rosset, de celle qui ajoute de manière éphémère à la distinction des phénomènes – sans complaisance 7*.  A voir ce regard en biais, saisir cette perspective – parfois et même souvent contre intuitive – cette coupure galiléenne permet d’avancer, de cheminer, de distinguer par le « sonner faux » ce qui se trouve sous nos yeux. 

 

- Extrait tiré de l'Agora des savoirs -

Comment savons-nous ce que nous savons ? 'Une loi physique sonne faux'.

Étienne Klein.  

 

L’objet réel prend la forme fantasmée par nos sens  et nos affects sans invalider sa présence effective. 

 

Dans ses  « quelques gouttes de phénoménologie », José Ortega y Gasset partage avec nous l’incroyable voyage de son esprit à travers la pensée. L’idée d’un monde visiblement différent suivant les perceptions du sujet est connue. On ne laisse pas de s’interroger sur la vision en noir et blanc des souris, les perceptions dichromatiques en bleu et rouge des chats,  les fossettes thermosensibles du crotale. 

 

L’analyse du philosophe est plus fine, lisez plutôt :

Une célébrité vit ses derniers instants, nous conte l'essayiste. Son épouse, son médecin, un journaliste et un peintre fixent la scène. La traduiront-ils avec la même émotion, parleront-ils le même langage ?  On en doute... La compagne du moribond vit les choses plus intensément, et prise de palpitations, elle accompagne l’âme souffrante dans un malaise généralisé - mélange de fièvre et d’horreur. Les cœurs du journaliste et du peintre, quant à eux, palpitent de la fièvre pénétrante d’un événement majeur auquel ils ont l’infime honneur d’assister.  Leurs excitations sont saturées du compte-rendu qu’ils vont pouvoir en tirer.

Enfin, le médecin est éreinté du poids de sa responsabilité - plein d’une tension fébrile ; torturé par la crainte de voir sa réputation entachée de la fameuse  ‘Erreur médicale’. Ecrasé de sa mission, le spécialiste fixe le moribond, tournant mille remèdes dans sa tête – confus des choix qu’il doit effectuer et de leurs possibles conséquences.    

 

« La différence – écrit José Ortega y Gasset - entre ce qu’il est pour la femme transie de douleur et pour le peintre qui, impassible, regarde la scène, est si grande qu’il serait presque plus exact de dire que l’épouse et le peintre assistent à deux faits complètements différents. » 

 

                On n’en finit pas de s’arracher au monde 

                  par les oscillations de notre esprit aux sensations vacillantes.  

 Julie-de-Waroquier---Discipline-JPG

      Merci à Julie de Waroquier de son gracieux accord. 

 

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* A mon sens, cet effet de loyauté est sous-estimé. C’est par loyauté envers des parents ‘croyants’ en eux que bons nombres de garçons s’engouffrent dans les filières scientifiques ou s’accrochent coûte que coûte aux études supérieures et redoublent d’efforts.  Attribuer la réussite à l’exclusive de l’attitude du maître est donc absurde. C’est bien par saisissement du sujet de son destin, lequel empreint de responsabilité va travailler d’arrache-pied que ce dernier va accéder à la réussite.   

 

1 * Pour Platon, apprendre c’est combler un vide.

Article de blogue écrit par Chevet dans le Philophore à partir du livre Des sources de la connaissance et de l’ignorance de Karl Popper (1960).:

« … c’est la théorie de « l’esprit-seau » : la connaissance n’est qu’une information reçue par l’intermédiaire des sens (thèse sensualiste déjà évoquée par Platon dans le Théétète) »

 

Pour Platon – apprendre, c’est d’abord se ressouvenir. La connaissance est réminiscence.

Article de blogue d'Eric Chevet 'Le Philophore' :

Chapitre 7 : Du platonisme : la théorie de le réminiscence et le mythe de la caverne. (p. 47à la page 57)

« En effet, selon le Ménon de Platon, (81b-d) l’âme humaine, avant de naître existait et pouvait en tant que pur esprit, contempler les vérités et connaissait toutes choses. En naissant, notre âme s’incarne, elle épouse un corps et delà oublie toutes ces vérités autrefois contemplées du fait que sa connaissance est prisonnière de la perception sensible. Mais par la philosophie (la métaphysique), par une ascension spirituelle vers les vérités universelles, nous pouvons aider notre âme à retrouver les vérités que nous savions auparavant. Nous reconnaîtrons alors la vérité parce que la connaissions déjà : la découverte de la vérité est chez Platon une redécouverte : comme le dit Popper page 52 : « toute connaissance est une re-connaissance » »

 

 

2* Claudia Senik: ''L'autoflagellation, cette exception culturelle française'' Claudia Senik » 

 

3* B* - Claudia Senik, auteur de l'étude "Le mystère du malheur français"

« Fonction de transformation des circonstances en bonheur ». 

Selon Claudia Senik, il y a un lien entre croissance et bonheur. 

« Les gens qui passent par l’école sont moins heureux. »

 

3 ** Ce mal français de la morosité - La Grande Table (1ère partie) excellente émission de Caroline Broué.  France Culture  .

Anne CHEMIN - Sylvie LAURENT - Mathieu POTTE-BONNEVILLE

 

4 * Claudel et l’étymologie, Marie-François Guyard – p 286 à  289 ; in revue Persée :

 L’ Art Poétique, Traité de la Co-Naissance au monde et à soi-même. (1904) Paul Claudel.

« Nous ne naissons pas seuls. Naître pour tout, c’est connaître. Toute naissance est une connaissance. 

     Pour comprendre les choses apprenons les mots qui sont dans notre bouche l’image soluble. Ruminons la bouchée intelligible. La parenté est certaine qui relie les idées dans trois langues d’ acquérir par l’esprit et de surgir ; genoumai et gignôsko, nasci, gignere, novi, cognoscere, naître et connaître. » […]

Claudel établit pour Marie-François Guyard, trois sortes de connaissances : 1) la connaissance brute, celle « de la constatation des rapports qui sont entre les choses. » . 2) La connaissance de constatation. 3) la connaissance intellectuelle. [Claudel et l’étymologie ; Marie-François Guyard  p 289]

 

5 * François Jullien. « est plus précis que le simple « prendre conscience » (qui vaut aussi pour la connaissance) : réaliser , c'est prendre conscience, non pas de ce qu'on ne voit pas, ou de ce qu'on ne sait pas, mais au contraire, de ce qu'on voit, de ce qu'on sait, voire de ce qu'on ne sait que trop – de ce qu'on a sous les yeux; réaliser, autrement dit, c'est prendre conscience de l'évidence » p 119

 

6 * « Comme il m'est difficile de voir ce que j'ai sous les yeux », 

« Les aspects des choses qui sont les plus importants pour nous sont cachés à cause de leur simplicité et de leur familiarité » (Recherches philosophiques, I). » Wittgenstein dans ses remarques mêlées éditées en 1940.

 

7* Clément Rosset – La force majeure – Les éditions de minuit – collection critique – isbn : 978-2-7073-0658-6

« Cioran remarque au passage, dans La chute dans le temps, que « la cruauté en littérature tout au moins, est signe d’élection ». J’ajouterai quant à moi que la cruauté est de toute façon marque de distinction, et ce dans tous les domaines, - à entendre bien sûr par cruauté non un plaisir à entretenir la souffrance, mais un refus de complaisance envers quelque objet que ce soit. » p 26.

 

«  … comme s’il pouvait suffire d’une découverte scientifique ou d’une meilleure organisation sociale pour arracher les hommes à leur nature insignifiante et éphémère, autant dire d’une amélioration de l’éclairage municipal pour triompher du cancer et de la mort. » p 29. 

 

8 * Lev Vygotski – Pensée et langage – p 235 : « La loi génétique supérieure – dit Gesell – est apparemment la suivante : tout développement présent est fondé sur le développement passé. Le développement n’est pas une simple fonction, entièrement définie par x unités d’hérédité plus y unités du milieu. C’est un complexe historique, reflétant à chaque stade donné le passé qu’il inclut. En d’autres termes, le dualisme artificiel du milieu et de l’hérédité nous fait fausse route. Il nous masque que le développement est un processus continu qui se conditionne lui-même, et non une marionnette tirée par deux fils. » A Gesell, Pedologija rannego vozrasta [pédagogie de la petite enfance], Moscou, Léningrad 1932, p. 218.

Lev Vygotski – Pensée et langage – La dispute. Paris 1997 ; Isbn : 2-84303-004-8

 

 

9 * Quelques gouttes de phénoménologie

Un homme célèbre agonise. Sa femme est à son chevet. Un médecin prend le pouls du moribond. Dans le fond de la chambre, il y a deux autres personnes : un journaliste, qui assiste à la scène mortuaire pour raison professionnelle, et un peintre, que le hasard a conduit là. Epouse, médecin, journaliste et peintre sont témoins d’un même évènement – l’agonie d’un homme – s’offre à chacun d’eux sous un éclairage différent. Ces angles d’approche sont si différents qu’ils ont à peine un noyau commun. La différence entre ce qu’il est pour la femme transie de douleur et pour le peintre qui, impassible, regarde la scène, est si grande qu’il serait presque plus exact de dire que l’épouse et le peintre assistent à deux faits complètements différents. 

Il en ressort donc qu’une même réalité se fractionne en une multitude de réalités divergentes lorsqu’elle est observée depuis différents points de vue. Et l’on en vient à se demander laquelle de ces réalités multiples est la réalité véritable, authentique ? Quelle que soit notre décision, elle sera arbitraire. Notre préférence pour l’une ou pour l’autre ne peut être fondée

que sur un caprice. Toutes ces réalités sont équivalentes, chacune est authentique selon le point de vue adopté. 

[…] la femme participe à la scène, elle en est partie prenante.

P 25 : L’épouse, donc, n’assiste pas à la scène, mais y est intégrée ; elle ne la contemple pas, elle la vit. 

Le médecin se trouve un peu plus éloigné. Pour lui, il s’agit d’un cas professionnel. [Il est impliqué professionnellement… le journaliste observe pour relater, il contemple, il fait semblant de vivre la scène pour mieux en rendre compte…Le peintre perçoit les couleurs, l’ambiance] p 23.

 

José Ortega y Gasset – La déshumanisation de l’art – éditions Allia.

 

Julie de Waroquier - Exposition Midi-Pyrénées.

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Etes-vous prêts à entendre la vérité, rien de plus ? 

 

Humour - Mozinor . 

 


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  • : Le chêne parlant
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L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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