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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 18:33

      Norman-Rockwell--Shadow-Artist.jpg« Au début, un enfant, s'il doit se sentir libre

et devenir capable de jouer, 

a besoin d'être conscient d'un cadre,

 il a besoin d'être un enfant insouciant. » 1*   

Donnald Woods Winnicot 2 *

 

 

Quiconque entre dans une classe – a fortiori située en zone difficile - s’expose au déchaînement des passions humaines. Le vent des rires, le bruit des règles glissées, des stylos lâchés, des trousses ouvertes et vidées à grand fracas, des manteaux déplacés, des taille-crayons disputés. Les cris hystériques face à l’embryon d’une araignée, le duvet d’une abeille butant la vitre, la tempête des tempéraments, les éclats de voix, le son des chaises levées et claquées, le cliquetis des sacs ouverts/ fermés/ ouverts, peuvent venir à bout du plus patient des enseignants. Bref, la classe contraste spectaculairement d’avec la douce tranquillité d’une balade en forêt. Un retrait tactique n’étant guère envisageable, l’agitation perpétuelle difficilement supportable… Que faire ? Comment passer la tourmente sans la fuir ? Comment rassurer, générer un environnement stable sans se perdre en de futiles combats ?

 

Bienvenue en terra pédagogica.

Bienvenue ‘Entre les murs’. La fiction inspirée d’évènements réels, se pare d’une valeur symbolico-pédagogique.

François Marin (alias François Bégaudeau 3*   – les deux images se confondent) est la figure du démocrate par excellence. Tout le monde a envie de lui ressembler ou presque..

 

« Quand il y a quelque chose de bien, déclare-t-il, j’ai envie que tout le monde en profite dans la classe. » A l’écoute de ses élèves, compétent, le professeur tressaille, frissonne, se démène afin de transmettre des savoirs envers et malgré les difficultés rencontrées, lesquelles ne sauraient être minces en banlieue parisienne. Les échanges verbaux dans cette 4ème sont ouverts, sans être libres. Entre directivité et laisser-faire, François Marin propose, discute, réclame les carnets de correspondance,  oriente, guide sans étouffer ni – trop - baisser les exigences.

Marin, c’est la figure de l’enseignant actif - impliqué – celui qui livre le combat de la culture, au centre de l’action, aux premières loges. Son travail relève du sacerdoce, en sa présence le mot « vocation » s’extirpe d’une définition virtuelle et se matérialise pour de bon. L’ancien premier de classe – au curriculum impressionnant – reste humble et modeste, se jette dans le combat, prend tout dans les dents, rage et enrage pour défendre ses élèves, leur rendre une dignité, identifier leurs besoins, tenter d’y répondre. 

 

Idyllique ?…  Nous verrons.

         Barrington Kaye et Irving Rogers 4* ont apprécié l’influence qu’un leader pouvait produire sur le travail des éléments encadrés. Pour ce faire, les chercheurs américains se sont emparés de 3 figures : 

 

- l’autocrate, 

- le permissif,

- le démocrate. 

 

Bien évidemment, ces figures sont conceptuelles, leurs particularismes volontairement contrastés sont sans doute excessifs, leur nature distincte est probablement trop tranchée. Soulignons, enfin, un fait non prévu - à ma connaissance - par les chercheurs mais non moins prévisible, celui des troubles de l’âme amenant l’humain à adopter une attitude plutôt démocrate, plutôt permissive ou autocrate au gré de son humeur ou des évènements rencontrés. Ce qui frappe le lecteur des études pratiquées par Barrington Kaye et Irving Rogers - on le pressentait, mais encore fallait-il en avoir la preuve – c’est combien l’attitude et l’action de l’encadrant modifie les agissements de l’encadré.

 

Chez François Marin, le caractère démocrate domine, sans aucun doute. L’enseignant – aux prises avec le modèle auquel il tient – est animé par les jeux d’esprit voltairiens, « On est toujours l’imbécile de quelqu’un. », par le plaisir de la contradiction, use d’humour et d’ironie. Néanmoins, libérer la parole d’autrui n’est pas anodin. 

Etre « cool », compréhensif ; Jouer sur le  registre du familier, du proche – n’est pas exempt de danger. La potion génère des effets secondaires. La vivacité des échanges oraux, la parole libre et non codée, d’une nature apparemment ouverte se pare d’un brin de banalité, puis, rapidement, s’emporte en bouquet de familiarité, lequel roule en meule sauvage et sans entraves. « Vous charriez trop, c’est un truc de ouf. » ne manque pas lui reprocher Esméralda dans un langage se voulant hyper-moderne, en réalité, le contraire d’un esprit libre.

 

« Les esprits libres résistent au jeunisme. » dénonce Charles Coutel. Le philosophe ajoute :

« Les esprits libres résistent au fatalisme sociologique.

Les esprits libres résistent … au paradoxe de l’ignorant ou au paradoxe de l’illettré… « Moi j’ai deux mots à ma disposition et je crois qu’avec les 12 mots, 15 mots, je peux dire la richesse du monde. ..  Trop fort de ché trop fort. » 

Charles Coutel - L'éducation en questions 1/4: Condorcet: qu'est-ce qu'une éducation républicaine ? 03.09.2012 - 10:0

 

Danièle Sallenave 5* - grande connaisseuse des classes de collèges et lycée Marseillais, commente les écrits de François Bégaudeau : 

 

« C'est du reste un passage extrêmement drôle du livre de Bégaudeau où celui-ci tente de leur apprendre la  différence entre « insulter » et « traiter de » : « Monsieur, vous m'avez traitée !

- Non, on dit insulter. 

- Vous m'avez insultée de pétasse !

- Non, on dit traiter... » 

Allez vous y retrouver. C'est cela que j'aime dans son livre; ce que j'aime moins, c'est quand il entre dans le jeu, leur répond sur le même ton, et avec le même vocabulaire. Que lui aussi emploie ce mot affreux de pétasse » 

 

Le rêve triangulaire de l’échange sincère entre – professeur, savoir, élèves - dénué d’arrières pensées, l'utopie d'une liberté sans entraves, c’est-à-dire le confortable ‘ami-ami’ tourne rapidement au cauchemar. A gommer les clôtures, à rendre les frontières floues, impalpables, la ligne du « tout est permis » se rapproche. Le mouvement s’accompagne de pulsions moins idylliques, de volontés sombres, de jeux de puissances pas franchement amicales. 

Les élèves ont tôt fait de brandir l’arme de la ‘négociation’, de braquer vers le professeur le canon de la transaction comme outil d’asservissement. Le jeu d’oscillation entre la parole du sachant et de l’instruit se déséquilibre. Les règles d’écoute et de respect s’effacent. Les velléités de dominations se réveillent... A susciter les réactions, titiller par un dialogue direct, on peut se faire mettre en pièce.

 

Le ‘démocrate permissif’ passe dés lors rapidement du statut de maître à celui de laquais, contraint sans cesse à parlementer, enjoint pour un ‘oui ou un non’ à s’expliquer -  sommé de se justifier. 

Les vieilles violences retrouvent leur prime jeunesse. 

C’est qu’il n’est guère aisé de s’élever - comme l’indique Condorcet - au dessus de notre propre médiocrité.

 

Il dit à sa fille : « Si tu n’as point porté les arts à un certain degré de perfection. Si ton esprit ne s’est point formé, entendu , fortifié par des études méthodiques [élémentaires précise Charles Coutel] tu compterais en vain sur tes ressources. La fatigue, le dégoût de ta propre médiocrité l’emporteraient bientôt sur le plaisir. »

 la-guerre-des-boutons.jpg

Paradoxalement, explicitent Barrington Kaye et Irving Rogers, le leader permissif obtient peu de résultats. En absence de cadre, les éléments font montre de peu d’ardeur au travail, les initiatives sont pratiquement inexistantes. La description des chercheurs fait frémir : les rapports de force explosent : réactions de mépris, craintes, agressions se multiplient. La contestation gronde. Les esprits s’agitent. Les individus ne sachant comment s’accorder, développent des réactions d’hostilités et d’autodéfenses faites d’alliance, de soumission, d’animosité. Le danger pour certains éléments – paisibles, non aguerris à ce type de lutte - est réel. La figure de l’humilié fleurit dans cette diversité d’abus. C’est la défense, l’alternative répondant – sans doute – à l’angoisse du « libre jeu des passions de chacun », de l’exercice des intérêts privés. Le bouc émissaire cristallise l’ensemble des frustrations. S’en prendre à une nature sensible, canaliser les actes de puissance sur cette dernière, permet – fut-ce très momentanément, de dévier le champ de la violence,  bouclier fragile permettant de  se ‘sauver’ soi-même, de se conserver. 

 

Retour au film… 

Place à un moment de cours intitulé l’« Autoportrait. » :

Entre-les-murs.JPG

 

Souleymane se balance sur sa chaise. (La perfection du balancement est accompagnée de la rumination compulsive des muscles masticateurs.) 

François M. cadre : « Souleymane, tu arrêtes de te balancer et tu nous lis ton autoportrait… Je suis très curieux d’entendre ça.

- Hein ?

- Non pas de ha. Non.

- Moi, j’ai rien marqué, moi. Se défend Souleymane.

- Si, si. Je suis sûr que tu as marqué quelque chose, je t’ai vu tout à l’heure.

- J’ai rien marqué. 

- Si, si.

- J’ai rien.

- On t’écoute. Pose François M. d’une manière calme et sûre d’elle-même qui ne souffre pas de refus.

-  Je m’appelle Souleymane, lit-il en se jetant vers l’arrière, et je n’ai rien à dire sur moi car personne ne me connaît sauf moi.

Bravo, entonnent en cœur les élèves (applaudissements).

- Ca va… rétorque l’enseignant, quelque peu agacé par l’agitation. Très bien…Pose, avant que de reprendre : Peut-être un tout petit peu long, mais très bien… Comment ça se fait que les autres font l’effort d’écrire des lignes et toi une ligne suffit ? 

- Moi, j’aime pas raconter ma vie, c’est tout.  

- Et pourquoi les autres font l’effort de raconter leur vie ?

- C’est leur problème. Moi je raconte pas ma vie à tout le monde, quoi, à l’école. 

- C’est pas, il veut pas - objecte Esméralda en insistant sur la dernière partie de la phrase - Il sait pas écrire, voilà. 

La formule fait mouche. Souleymane riposte – avec un plaisir palpable : 

-  Qu’est-ce qu’elle ouvre sa gueule, la Keuf ?…Pourquoi tu parles avec moi, sale keuf […] Tu pues de la gueule ! 

- Ca suffit…Coupe François M. T’es pas obligé d’être vulgaire, Souleymane…Ca Souleymane, pour tout ce qui est insulte et pour l’oralité, ça, t’es très très fort, mais dès qu’il s’agit d’écrire, alors là, il n’y a plus personne.

- Mais il ne sait même pas écrire son nom ! déclare Esméralda, les bras levés en signe de limite.

(Les agressions fusent, les élèves se traitent en ennemis pour le coup, les attaques semblent interminables. Souleymane exhibe son tatouage. François M. l’invite alors à s’exprimer sur sa signification. ) 

- C’est quoi ce tatouage, Souleymane ? …Hé. Hé. Hé ! C’est quoi ce tatouage ?

- Ca veut dire ferme ta bouche, ferme ta gueule, intervient Boubacar.

- Ferme ta gueule, déjà ça veut pas dire ça. Rectifie Souleymane, très sérieux.

- Qu’est-ce que ça veut dire alors ? … Puisque c’est pas la bonne traduction, alors dis-le nous.

- Moi, j’ai pas envie de le dire.

- C’est toi qui le montres dans mon cours, donc tu vas nous dire ce que ça veut dire.

- « Si ce que tu as à dire n’est pas plus important que le silence, alors tais-toi. »

 

François M. interroge :

- Pourquoi c’est pas la même chose que ce que nous avait dit Boubacar ?

- Moi, je trouve que c’est plus beau.

- Oui, voilà, c’est mieux dit. .. Si seulement tu pouvais écrire des choses aussi intéressantes sur ta feuille que sur ton bras ce serait extraordinaire… Ca prouve bien que tu peux le faire. »

 

      L’originalité du dialogue tient sans doute dans sa violence. La pseudo liberté de parole (ou plutôt une parole libre) cache une parodie de dialogue. Le semblant d’échange 'démocrate' masque un réel rapport de force, une fausse sérénité, des tirs à vue, règlements de compte -. Esméralda, Souleymane et leurs affiliés ne s'entendent pas - aucune écoute - versent dans l’affirmation des passions de chacun, tentent de se distinguer, d’imposer leur point de vue, de rabattre l’autre, de prendre le contrôle, de mettre en poussière les esprits 6*. De triompher. 

 

« Chacun a gentiment  l’impression d’être supérieur à l’autre. » Explique Jacques Rancières. 

L’élève pense que le maître est un bouffon. Et le maître reprend les expression de l’élève.

                    Jacques Rancières*. Que doivent savoir les maîtres ? 

                    Nouveaux chemins de la connaissance. 06/09/12

 

 

Nous sommes ici en présence de pensées totalement inamicales, désunies, en lutte… La classe est un champ de force où s’expriment une variété de volontés singulières. 

 

John Dewey 7* dans son livre « expérience et éducation », pose les conditions d’une libération,  dessine minutieusement les contours d’un cadre* neutre et non permissif. Celui où « Aussi longtemps que le jeu se déroule sans accroc sérieux, les joueurs n'ont pas l'impression de se soumettre à une quelconque coercition interne... » Coexister, prendre en compte la puissance, l’inconstance, les désirs de chacun impose des barrières, l’établissement de règles, de lois.

 

       Ne pas poser de cadre, c’est laisser libre court aux puissances primitives, sauvages, négatives.

                      En d’autres termes, tel que Pascal 8* l’indique dans sa ‘Justice et raison des effets’ : à Ne pas faire que le juste soit fort, on fait que le fort soit juste.

                                         

                                                Laisser libre champ à...

 

                                                                                             La guerre civile des ego. 

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     * Un cadre libérateur. Billet à venir sur certaines modalités.

 

1 * D. W. Winnicot (Pédiatre, psychiatre et psychanalyste britannique préoccupé d’étudier l'équilibre psychique de l’enfant), L'enfant et le monde extérieur, Le développement des relations, Science de l'homme, Payot, Orne, 1990, P 168.

2 * Op. Cit. P168. « Des êtres humains aimants et un environnement stable sont particulièrement nécessaires pendant cette période et les personnes environnantes sont utilisées par l'enfant qui grandit, pendant ce processus de construction dans l'individu d'un surmoi plus personnel avec ses propres idées sur la discipline et la liberté... ».

 

3* Alias François Bégaudeau, Entre les murs, ed Verticales. ISBN : 2070776913 deviendra un film de Laurent Cantet. Palme d’or du festival de Canne.

 

4 * Kaye Barrington et Irving Rogers, Pédagogie de groupe dans l'enseignement secondaire et formation des enseignants, ed Dunod, 1971, P 89 – 93.

 

5* Danièle Sallenave, Nous on n'aime pas lire, Gallimard, 2009, P 88.

 

6 * « Le danger n'est ni à Londres, poursuit Marat, comme le croit Robespierre, ni à Berlin comme le croit Danton ; il est à Paris. Il est dans l'absence d'unité, dans le droit qu'à chacun de tirer de son côté, à commencer par vous deux, dans la mise en poussière des esprits, dans l'anarchie des volonté.Victor Hugo, « Le cabaret de la rue du Paon », pp 119- 120.

 

7* P 255, cité par  Anne Marie et Francis Imbert, in « L'école à la recherche de l'autorité », cf bibliographie. « les enfants aux récréations ou après l'école, jouent à des jeux depuis cache-cache jusqu'au football. Les jeux impliquent des règlements et ces règlements ordonnent leur conduite. … Sans règlement pas de jeu possible... qu'une querelle s'élève et le règlement sert d'arbitre... Aussi longtemps que le jeu se déroule sans accroc sérieux, les joueurs n'ont pas l'impression de se soumettre à une quelconque coercition interne... »

 

8* En d’autres termes, tel que Pascal, l’indique dans sa ‘Justice et raison des effets’ : Ne pouvant faire que le juste soit fort, on fait que le fort soit juste.

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  France Culture !

 

 

 Jacques Rancières*. Que doivent savoir les maîtres ? 

                    Nouveaux chemins de la connaissance. 06/09/12

 

 

 

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 13:22

Photo : Serg Vostrikov

"Quand les héritiers eurent partagé

serg_vostrikov20.jpgTriomphalement royaume et trône, 

Le nouveau Chablon – disait-on –

Ressemblait à l’ancien Chablon. "

 

Heine

 

« Les choses ne passent point pour ce qu’elles sont, 

mais pour ce dont elles ont l’apparence. »

Oracle manuel 

(Oraculo manual y arte de prudencia),

XCIX. trad par Amelot.1*

 

‘Vendre l’air’* appelons ça l’inventivité, le marketing, la modernité, mieux la manie du progrès.

 

La nouveauté sortie tout droit du ciel des pensées atteint la perfection. Géniale trouvaille, condensé de techniques high-tech – brevetées, donc – l’objet dynamique surgit sur la scène commerciale.  L’œuvre d’art est dédiée aux hommes dans le coup. La création - d’une taille faite pour la main – telles les lunettes pour le nez** -, aux fonctions adéquates à l’esprit, au design mieux que beau, sublime - frise le prodige, dépasse l’entendement.

 

Les efforts du piéton lambda à l’esprit vif et enthousiaste pour résister à l’attraction durent peu de temps.

L’individualité à l’œuvre insiste : écoute bien – certes l’ingénieux objet n’est pas donné - mais quelle réalisation, quelle alliance de la science et de l’intelligence… La merveille, nous savons où elle est. Renifle ce métal poli, ces reflets brillant… comme*** une création pure. 

 

Le goût pour cette merveille prend - au milieu de la rue - des allures étranges. Les griffes compulsives du changement  saisissent le consommateur, la nouveauté confuse broie son esprit de mille précisions savantes. Le diable est dans les nano éléments : réplique minuscule, parfaite, du même mais en ‘tout différent’. C’est la révolution industrielle d’une apparence faite de recherche d’artifices. 

                                                     Moins ça change, moins c’est la même chose. 

                                                                            Antidote radical au dépassé, au désuet, au repli identitaire, au vieux monde, à l’archaïque, à l’antédiluvien, le sacrifice vaut la peine.

 

De quoi s’accorder aux besoins de croissance, obtenir un bien, on le sent avec netteté, de quoi réchauffer l'âme... Un sourd pouvoir d’obligation... Il nous le faut.

 

    L’attente avant d’atteindre le premier magasin est insupportable. 

 

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Le biais de conformité.

 

"La vulnérabilité de l’individu vient de la prescription du groupe. " 

 Sébastien Bohler.

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xtrtht_l-animal-social-et-son-presque-nouveau-telephone_news

1* Clément Rosset - L'anti-nature, PUF, p 191.

* Gracian.

** Candide Voltaire. 

Les nouveaux chemins - Eloge de la parodie (3/4) : Voltaire, l'esprit français est une chance – Adèle Van Reeth - Sylvain Menant

*** comme maître et possesseur de la nature.

 

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Expérience de Asch , le conformisme

 

 

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Published by Le chêne parlant - dans scientifiques en recherche
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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 18:53

      « (Les auteurs anciens ont longtemps cru que le nom de « Vercingétorix » était celui d’une fonction, un généralissime en quelque sorte. 

Cette conception est encore celle de Michelet 

Portrait_vercingetorix_01.jpget d’Amédée Thierry, à la fin du XIXè siècle.). 

Les monnaies, frappées à l’effigie « VERCINGETORIXS », 

portent sur l’avers un profil dans lequel les historiens du XIXè siècle 

voulaient voir le portrait du chef, 

mais n’est que le lointain avatar de la tête d’Apollon 

figurant sur les pièces de Philippe de Macédoine, 

modèles des premières monnaies gauloises. »

 AlésiaJean-Louis Brunaux p 262.

 

 

La notoriété de Vercingétorix a connu des instants de lumière et d’éclipse.  Tantôt consacrée, tantôt oubliée, la figure historique paraît encore très énigmatique. Jean-Louis Brunaux nous conte le récit d’Alésia aussi passionnant qu’éclairant. 

 

Qui était Vercingétorix ? Un héros manière grecque – un « hêrôs », homme mi-noble, mi-dieu, icône virile refusant le fumier, abhorrant le vil esclavage, plein de force et d’aspirations sincères, "chef de guerre" taillé dans un minerai en fusion - celui qui protège et combat ? L’histoire - gauloise - retient le fracas des lames, le rugissement sourd d’un nom emprunt de force et de courage ; assurément un « Roi suprême des guerriers » comme la traduction de Vercingétorix l’affirme et le proclame 1*. 

 

Mais derrière le sourcil vague, la silhouette broussailleuse, quasi funèbre de Vercingétorix, demeure la présence solide, rayonnante, vivante de Jules César. Dans les Commentaires, (VII, 89,4) - indique Jean Louis Brunaux - on peut suivre les lignes succinctes mais significatives du vainqueur d’Alésia :

 

 « Eo duces producuntur ; Vercingetorix deditur, arma projiciuntur » (Les chefs lui furent amenés ; Vercingétorix lui fut livré [Certains historiens préfèrent la traduction de : Vercingétorix se livra.] et les armes furent jetées à ses pieds) Alésia, p 44.

 

Avers-d-un-denier-en-argent---Vercingetorix-enchaine---7.gif 

 

Dion Cassius, un siècle plus tard, développe ce passage et auréole Vercingétorix d’une aura de courage, de force. Magistral : 

 

Vercingétorix pouvait fuir ; il n’avait pas été pris et il n’était pas blessé. Espérant, pour avoir eu autrefois l’amitié de César, qu’il obtiendrait de lui son pardon, il alla le trouver sans s’être fait annoncer, et se montra aux yeux du proconsul assis sur son tribunal. Quelques-uns furent même troublés à cette soudaine apparition, car il était d’une haute stature et avait sous les armes un air terrible. On fit silence et lui, sans rien dire, tombant à genoux, joignant les mains, il pria. Les autres, au souvenir de sa fortune passée, au spectacle émouvant de sa situation présente, étaient pénétrés de compassion. Mais César invoqua contre lui ces mêmes souvenirs d’où le vaincu attendait surtout son salut, et, opposant à l’ami l’adversaire, il montra aussi combien plus révoltants avaient été ses torts. Et pour cette raison il n’eut alors de pitié pour lui et le jeta dans les fers. Plus tard, après l’avoir traîné aux fêtes de sa victoire, il le fit mourir. (Dion Cassius, XL, 41) p 298-299 – 2 *. 

 

Cette âme absolument grande, belle et profonde sera la toile de fond du tableau frémissant d’erreurs de Lionel Royer en 1899. 

 Alesia-vercingetorix-jules-cesar-copie-1.jpg

La scène recomposée par Dion Cassius associe le linceul de Vercingétorix à la pourpre de César mais évoque également un fait aussi troublant que peu mentionné : celui d’un pardon possible en raison d’une amitié unissant les deux hommes. N’est-ce point là lier le rayonnement de l’un à l’intense puissance de l’autre ? La courte histoire du chef arverne est-elle le simple paragraphe d’un long Commentaire ? 

Quant à César, quel est le sens de ces « chefs [qui] lui furent amenés » sinon la mention surprenante d’autres personnes d’influence. Quelles sont ces figures demeurées souterraines ? Vercingétorix était-il le chef incontesté que l’on croit ? 3* 

 

Qui était Vercingétorix, nous étions-nous interrogés, reprenons :

 

Une généalogie d’abord. L’héritage étant souvent l’assurance d’un destin.

 

« César ne nous en dit que la généalogie – écrit Jean-Louis Brunaux -  l’âge (entre dix-sept et trente ans) et la position sociale : il était chez les Arvernes d’une « très haute puissance ». Son père, Celtillos, avait été le premier magistrat de toute la Gaule (« principatumGalliae totius obtinerat ») – les anciennes assemblées « nationales » attribuaient donc l’ « imperium » non seulement à une cité mais aussi à son chef. Il faisait partie de ces magistrats, imbus d’un pouvoir éphémère, qui avaient aspiré à la tyrannie ou à la royauté et l’avaient payé de leur vie. Il avait transmis son ambition démesurée à son fils qui avait failli connaître un identique au sien et avait été chassé par sa propre famille et la noblesse arverne (Commentaires, VII,4). Dion Cassius, presque incidemment, apporte une information d’importance et que j’ai évoquée : Vercingétorix avait entretenu précédemment une relation d’amitié avec César (Dion Cassius, XL,41). » p 262.

 

Une ascension, une élévation – ensuite - marquée de l’enseignement des romains. 

 

Vercingétorix avait rejoint César comme nombre de ces jeunes hommes issus des familles les plus aristocratiques. 4*  Ces otages éduqués, baignés des ‘us et coutumes’ romaines, formés très sérieusement étaient appelés ultérieurement à assurer de grandes fonctions. Ironie de l’histoire, ainsi aiguisa-t-il sa vocation guerrière, affina-t-il son art de la guerre et tira-t-il ses connaissances de la poliorcétique  (art du siège) et de l’usage de la terre brûlée. 

 

  Vercingétorix, cet inconnu,(2/3) Un ami de Jules César ?

Christian Goudineau.

 

vercingetorix4_small.jpg

 

Les promesses de César ont-elles – ensuite – satisfait la soif de pouvoir du jeune arverne ? 

 

On peut en douter. Quand deux mouvements se confondent, deux âmes se superposent, les lames se croisent. 

Effectivement, le parcours fiévreux de Vercingétorix n’est pas sans rappeler celui de César. Les deux hommes bouillonnent du même minerai. La nécessité d’accéder à la grandeur, de se tracer un grand destin, le besoin de gloire, l’absolue nécessité de briller au sommet constituant l’unique sphère de leurs deux univers.

 

«  ‘ L’ambition de César et son amour inné des grandes actions ne lui permettaient pas de jouir en paix des nombreux succès acquis par ses travaux ; ces succès ne faisaient que l’enflammer et l’enhardir en vue de l’avenir et lui inspiraient des projets toujours plus vastes et le désir d’une gloire nouvelle, celle qu’il possédait ne lui suffisant jamais. Cette passion n’était rien d’autre qu’une sorte de jalousie à l’égard de lui-même.’  Plutarque, 58, 4. »  p 211-212.

 

Ainsi l’imperator ne s’y est-il pas trompé. Vercingétorix représentait l’adversaire qu’il lui fallait. Celui qui vous augmente, dont le déshonneur élève votre honneur. 

 

« Dans les Commentaires, Vercingétorix occupe avec César lui-même toute la scène d’Alésia. Ainsi l’a voulu l’auteur pour des raisons de pure dramaturgie propre à servir  la construction de son personnage d’homme providentiel. Dans sa conquête de la Gaule, César devait en effet paraître vaincre un ennemi clairement personnifié, son quasi égal. Pour obéir aux nécessités de l’imaginaire romain, il lui fallait aussi endosser lui-même le rôle de ses grands ancêtres qui avaient terrassé les géants gaulois en des duels héroïques, les Valerius Cornivus et Manlius Torquatus. Et de fait Vercingétorix est dépeint sous les traits de l’un de ces furieux guerriers qui vinrent mettre la jeune Rome en péril. Comme eux, il est jeune, noble, riche, placé à la tête d’une vaste clientèle, fils de roi, prétendant l’être lui-même. César en fait ainsi un « généralissime », en latin un « imperator », l’exact équivalent de ce qu’il était lui-même.  Commentaires, VII, 63, 8 et 9. » p 112.  

 

« Qu’il ait voulu [César] donner le sentiment d’une armée gigantesque et invincible pour raconter ensuite, ménageant le suspense, comment il réussit à la vaincre, voilà qui ne fait aucun doute. » p 119.

 

 

Vercingétorix brille à l’ombre du triomphe de César.

 

             Sous le soleil – exactement – pas à côté, pas n’importe où – juste en dessous.   

 

 

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Notes :

 

1* « « Vercingétorix » en gaulois signifiait à peu près «  Roi suprême des guerriers », un destin que sa famille lui avait peut-être prédit au plus jeune âge. Alésia – Jean-Louis Brunaux – NRF Gallimard. p 262.

 

2* Mais c’est Dion Cassius, un siècle plus tard, qui donne, on l’a dit, le plus d’épaisseur humaine à celui qui devra attendre encore une quinzaine de siècles pour acquérir sa dimension mythique. Le jeune chef est montré comme un guerrier courageux, investi d’un sens de l’honneur 

[…] Dion Cassius, dans la construction involontaire qu’il fait du héros, va donc plus loin que Plutarque ; il gratifie Vercingétorix d’un physique avantageux : sous sa plume, le jeune homme est doté d’une haute stature comme tout bon gaulois et sous ses armes paraît effrayant. Alésia – Jean-Louis Brunaux – NRF Gallimard. p 298-299.

 

P 238 : Durant ce temps, les guerres en Gaule grandissaient César. On le croyait très loin de Rome, occupé à combattre les Belges, les Suèves et les Bretons, et l’on ne se doutait pas qu’au milieu même du peuple et dans les affaires les plus importantes son habileté politique préparait la ruine de Pompée. Traitant les forces militaires qui l’entouraient comme s’il se fût agi de son propre corps, ce n’est pas seulement contre les barbares qu’il les exerçait, mais les combats qu’il leur faisait livrer étaient comme des chasses et des battues dont il se servait pour les habituer à la fatigue, et pour les rendre invincibles et redoutables. L’or, l’argent, les dépouilles et toutes les richesses prélevées à tant d’ennemis, il les envoyait à Rome ; sollicitant par des promesses les âmes vénales, fournissant aux dépenses des édiles, des préteurs, des consuls et de leurs femmes, il se faisait de cette manière de nombreux partisans. Plutarque (Pompée, 51, 1-3)

 

3 * « Le hasard ou les circonstances dramatiques, favorables peut-être à de telles alliances, avaient voulu qu’apparussent dans chacun des trois peuples un chef démagogue, ambitieux et prêt à tous les complots pour obtenir le pouvoir : Dumnorix chez les Eduens, Casticos chez les Séquanes et Orgétorix chez les Helvètes. Ils avaient élaboré une forme de triumvirat dont le but n’était pas différent de celui qui avait vu le jour à Rome   il s'agissait pour chacun de prendre le pouvoir dans sa cité et, pour les 3 réunis, d’obtenir l’hégémonie en Gaule. » Alésia, J. L ; Brunaux. p 215.

 

« La seule certitude est donc que Vercingétorix ne dirigeait pas l’ensemble des troupes gauloises. Ses nouveaux alliés l’en ont empêché. 

[…] Celui qui s’était imaginé généralissime d’une immense puissance militaire se retrouva simple commandant d’une place-forte dont il sut au demeurant protéger les habitants de la disette et de l’anarchie qui prévalent en pareille circonstance. » Alésia, p 118. 

 

« Le titre d’ « imperator » lui sera peut-être unanimement reconnu par tous – ses alliés et son adversaire romain – seulement à la fin, quand il faudra trouver un bouc émissaire. » p 118 – 119.

 

« À la vérité, Vercingétorix ne jouissait pas d’un pouvoir aussi étendu. C’était lui qui s’était octroyé peu à peu ce commandement par des moyens souvent peu compatibles avec la conception exigeante que les gaulois se faisaient des combats politiques, diplomatiques et militaires. Il s’est opposé aux instances institutionnelles de son propre peuple (ses assemblées et ses magistrats élus) avec l’appui de sa clientèle dont il avait constitué un premier bataillon. Au moyen de sa fortune personnelle, il y avait enrôlé ses compatriotes les plus démunis, mais capables de combattre. Les autres, il les avait achetés ; acquis à sa cause, ils l’avaient proclamé roi.  

[…] L’autorité qui lui fut enfin reconnue devait donc moins à ses qualités militaires ou même charismatiques qu’à son entregent. » p 113.

 

« Ce furent les Eduens qui attaquèrent les flancs de l’armée romaine, tandis qu’avec sa propre armée, en aval, sur la route empruntée par les légions et à plusieurs kilomètres de distance, Vercingétorix se contentait de les attendre, solidement installé dans son camp. Eduens et Arvernes étaient donc restés séparés en deux armées distinctes, chacune avec sa propre cavalerie. Or il est plus que probable que les deux corps, rassemblés en un seul, eussent ravi la victoire : plusieurs milliers de cavaliers auraient harcelé de tous côtés les légions, les auraient dispersées comme fétus de paille, avant que les fantassins, dans un deuxième temps, viennent les écraser à loisir. Mais tout s’est passé comme si chacune des deux armées n’avait veillé qu’à perdre le moins possible de guerriers et moins encore de cavaliers. Quant aux chefs politiques Eduens, ils s’étaient assuré leur propre sauvegarde : ils n’avaient pas pris le commandement, comme il était coutume chez les gaulois depuis toujours, mais l’avaient laissé à leurs aînés, trois vieux chefs nommés Cotos, Eporédorix et Cavarillos. » p 117 – 118.

 

« Vercingétorix avait différé le recrutement des fantassins et dut, de ce fait, renoncer à les sélectionner lui-même. La tâche est pourtant vitale pour un chef qui doit savoir sur quels hommes il peut compter et les missions qu’il peut leur confier. […] Le déroulement du dernier combat à Alésia donne une idée de ce mauvais recrutement. Les seuls guerriers dignes de ce nom étaient les soixante mille « choisis » par l’Arverne Vercassivellaunos parmi les « cités qui avaient la plus grande réputation de vertu guerrière ». Commentaires, VII, 83, 4. Et ils accomplirent effectivement des miracles en déstabilisant la défense romaine. Mais ils étaient seuls à pouvoir se battre avec efficacité. Ils constituaient le quart de l’armée gauloise et devaient affronter un nombre, égal au leur, de légionnaires aguerris auxquels s’ajoutaient plusieurs dizaines de milliers d’auxiliaires dont les redoutables Germains. » p 120.

 

4 * « […] Comme tous les adolescents des grandes familles aristocratiques des cités alliées à Rome ou conquises par César, il avait été gardé en otage. » 

« Les otages – pour la plupart de jeunes nobles – faisaient également l’objet d’un traitement de faveur. Des officiers et des intellectuels romains leur donnaient une nouvelle éducation qui en ferait dans les décennies suivantes les chantres de la romanisation. César en personne, si l’on en croit Dion Cassius, leur témoignait de l’intérêt et avait même donné son amitié à un Arverne, issu d’une famille royale : le jeune Vercingétorix. Don Cassius, XL, 41, 1. » p 242.

 

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BNF - La figure du héros.

 

BNF - la figure du héros - 2    

 

 

Vercingétorix, cet inconnu (1/3) La Guerre des Gaules ? Analyse de l’historien Christian Goudineau… (version longue)

 

vercingetorix8_small.jpg

 

 

Vercingétorix, cet inconnu (2/3) Un ami de Jules César ? Analyse de l’historien Christian Goudineau…

 

vercingetorix4_small.jpg

 

 

 La Gaule revisitée (1/4) Repères historiques et géographiques - Jean-Louis Brunaux.

 

La Gaule revisitée (4/4) Les Gaulois dans l'histoire Jean-Louis Brunaux.

 

Jean-Louis Brunaux - La Gaule - France Culture Salon Noir - (Emission !)

 

Christian Goudinaeau - Actes Sud.

 

Christian Goudineau - France Culture.

 

 

Vercingétorix - Public Senat - 

 

 

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Sites  

 

 

Reconstitution en 3D du centre-ville de l'oppidum de Corent (Puy-de-Dôme)

corent.jpg

 

 

Gaulois, une exposition renversante

 

Traces gauloises 

 

Usage du fer

 

Le mythe d’ossian (celtes)

 

      ------------------------

 

Qui sont les gaulois ? Lutin Bazar 

 

Exercices - Lutin Bazar

 

Comment les romains ont-ils conquis la Gaule ? - Lutin Bazar

 

Exercices - Lutin Bazar

 

Comment les romains ont-ils organisé la Gaule pour la dominer ? 

 

Cartes. Lutin Bazar 

 

Exercices - Lutin Bazar

 

Qu'est-ce que la romanisation de la Gaule ? Lutin Bazar

 

Exercices - Lutin Bazar;

 

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 16:48

« Je crois, plus profondément, que le livre vous débarbouille 

Vittorio-Matteo-Corcos---Pomeriggio-in-terrazza.jpgdu sentiment que les destins sont formatés.

 Il vous guérit, s'il en est besoin, des déterminismes. 

Le livre, c'est la surprise, c'est l'imprévu. 

La cause des livres, c'est la liberté des êtres. 

De sorte que l'on voit bien qui sont ses adversaires : 

ce sont ceux qui ont peur des livres, au point, 

éventuellement, de les brûler. 

Parce que dans un livre - c'est la grande question posée 

sous la Révolution française –

 gît toujours la menace d'un contre-enseignement. 

Georgia-Russell-entre-deux-mondes.jpgOn a beau imaginer la pédagogie la plus adaptée, la plus formatée, 

la plus dirigée vers le bonheur collectif, 

il peut toujours se faire qu'en lisant un livre on soit contre-éduqué. 

Il y a toujours eu dans les esprits ou les sociétés totalitaires 

une méfiance vis-à-vis du livre. 

Ce n'est pas tenir un propos exagérément exalté 

que de dire que la cause des livres est celle de la liberté. 

Voilà, c'est ce que ce titre veut dire. » 

Mona Ozouf. La cause des livres.

 

 

Les ouvrages ont été récoltés aux quatre coins de la ville. Aucun spécimen fut-il détérioré, terriblement arraché, situé en zone de déchèterie n’a pu échapper à la ciselure incessantes de Georgia Russell.

 

La main brasse les pages sans effort. Sans bruit, le scalpel rapide, précis, s’élance et célèbre « la forme sculpturale du livre ». 

 

Autour de l’artiste fleurissent des récits mythiques, gorgones spiralées, fougères hybrides, laminaires, algues à rameaux feuillus. La nymphe calcule les panaches prospères, équilibre les nervures lunaires. 

Tout ce qu’il y a de personne bien née se presse afin d’admirer les variétés rares, insolites de sa pendulaire collection. A sa droite, dans une salle dimensionnée comme une serre, trône sa création la plus originale : un rideau de polypiers, gorgone à branches arborescentes, tenture filamenteuse plongeant jusqu’au sol.

Le regard s’attarde sur les gigantesques hampes, les systèmes en éventail dont le miroitement vaporeux semble produire sa propre lumière. 

 

La jeune femme participe au mouvement des pages. Il surgit de cette inspiration ni brusque ni molle, ferme et juste - car calculée à la mesure de sa densité – « La mémoire d’un paysage ». 

 

          Est-il encore besoin de révéler cette lumière ?

 livre-soleil.jpg

          Est-il seulement nécessaires de raviver des écrits malmenés par une humanité en mal de nouveauté, de changement, de frissons, d’attractivité ? Pourquoi - après tout - ne pas les laisser mourir au rythme du contemporien, c’est-à-dire : divertissement  tenant ?  

 

Si le livre vaut par son univers de narration, sa fonction symbolique comme l’indique l’Inspectrice de l’Education Nationale Viviane Bouysse [Vidéo E], ce dernier vaut non moins par l’exigence de pensée offerte par son auteur…  « Plus un livre est riche… » nous dit Marguerite Yourcenar, plus ses détails ont « une valeur d’extrême réalité. » [Vidéo B]

« Il y a une immense attention chez l’écrivain. », poursuit Marguerite Yourcenar. « C’est une qualité excessivement rare. » [Vidéo C].

Cette position de surplomb, ces perceptions travaillées se traduisent par un ordonnancement de mots précis, un vocabulaire choisi, une structure exigeante, une intellectualisation – une représentation - un plan – une intention – c’est-à-dire un processus de fabrication tant élaboré que sophistiqué.

 

Bref, l’écriture est le saisissement de l’infime, du subtil, du réel ou de l’imaginaire passés au crible d’une réflexion tenace et ingénieuse. 

 

Et c’est bien cette construction, cette pensée organisée, mature, complexe – quasi scientifique – assurément experte qu’il s’agit de sortir de l’ombre. 

 

De fait, l’accès à la connaissance ne renvoie-t-elle pas – elle-même - à une faculté, une disposition, un effort à comprendre un système ? 1 *

« Le livre a à voir avec la science. » confirme Etienne Klein [Vidéo D]

 

« Apprendre - écrivent Sylvianne Giampino et Catherine Vidal -  nécessite d’être assidu et méthodique, de procéder par étapes ou répétition, de ne pas lâcher le sujet avant d’avoir fini. » 2* . Cela suppose des contraintes (celle de persévérer dans la lecture d’un texte obscur, de se frotter à l’échec, de dépasser une difficulté passagère, ou encore de surmonter ses craintes de ne pas comprendre d’emblée...).

 

On se construit des interactions, questionnements, réflexions que l’on noue avec le monde et - non moins - de nos observations et lectures.

 

Au fond, suivre une intense élévation, une interprétation, un cheminement intellectuel déjà réalisés, s’accrocher aux variations textuelles transparentes ou obscures, se laisser malmener par les écrits d’autrui ;  

 

          C’est stimuler et faciliter les variations de ses propres réflexions. 

    C’est échapper à l’attraction du plaisir immédiat en faisant preuve d’une indéniable témérité. 

                                     D’une audace. 

 

 

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Georgia Russell – le livre découpé au scalpel – Vidéo A

 

 

 

"La forme sculpturale du livre.

 

Capter la lumière. 

 

La mémoire d’un paysage." 

 

Georgia Russell : Livres sous verre en bocaux

GEORGIA RUSSELL : BOOKS OF MOTION ( LE LIVRE CINETIQUE) de Jean-Paul Gavard-Perret

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Marguerite Yourcenar – Vidéo B

 

"L’attention est le premier devoir de l’écrivain. 

Mobilité du détail chez tout grand écrivain.

 

Nous nous croyons fermement établis dans quelque chose – en vérité nous ne sommes établis dans rien du tout.

Derrière chaque être, il y a toutes les virtualités en lui.

 

Ne pas fixer la pensée.  

L’écrivain doit vivre."

 

Marguerite Yourcenar – Vidéo C

 

 

 

 

      Il faut apprendre à voir ce que les choses sont.

 

Marguerite Yourcenar parle d’ « honnêteté artisanale ».

 

 

Etienne Klein – la science a à voir avec le livre – Vidéo D

. 

Livre Etienne Klein – la science a à voir avec le livre - La crise de la patience – Les rendez-vous du futur

 

« Je crains que la science soit victime d’une crise de la patience. »

      " Ne pas échapper à la linéarité du livre."

Etienne Klein 

 

 

Viviane Bouysse – Vidéo E  La fonction symbolique du livre.

"C’est du faux rassurant."

Conférence de Viviane Bouysse, Inspectrice Générale de l'Education Nationale, du 14/11/12 - Entrer dans l'écrit en maternelle - Auditorium de Douai. 

 

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1 * Edgar Morin, : « […] la connaissance ne se réduit pas à des informations ; la connaissance a besoin de structures pour pouvoir donner du sens aux informations […]  on se rend compte que si nous avons trop d'informations et pas assez de structures mentales, l'excès d'informations nous plonge dans un « nuage d'inconnaissance », ce qui nous arrive fréquemment quand nous écoutons la radio ou lisons nos journaux. » 

science avec conscience, p 92.

 

 

2*  Sylviane Giampino et Catherine Vidal : « Notre société, passée à l’ère du multimédia et du fast-food, favorise les comportements éclatés, les activités superposées et les temps de relation courts.  On fait ; écoute, regarde plusieurs choses à la fois. Les parents eux-mêmes, dans la vie quotidienne, interrompent sans cesse les actions de leurs enfants ou de leurs rêveries. C’est le syndrome du zapping, le rapt de l’attention. Difficile de forger dans un tel environnement la sécurisation en solitaire et le calme intérieur. Les enfants se construisent dans la discontinuité et s’y habituent. Or rapidité et discontinuité stimulent la capacité à comprendre vite, mais créent des difficultés pour certains apprentissages. Apprendre nécessite d’être assidu et méthodique, de procéder par étapes ou répétition, de ne pas lâcher le sujet avant d’avoir fini. Nos enfants sont nourris de nouveautés, doués pour la découverte, curieux, mais dans de mauvaises conditions pour apprendre comme l’école le demande. Cet apprendre- là demande de s’installer dans le temps, de penser tout seul, de supporter la répétition de ce qu’on a déjà vu, entendu et compris, et de faire une chose à la fois. » Sylviane Giampino et Catherine Vidal, « Nos enfants sous haute surveillance, p 132-133

« Nos enfants sous haute surveillance, Albin Michel, 2009, ISBN : 978-2-226-18999-8.

 

3* Yves Citton , « économie de la connaissance » ou « société de l’information » reposent sur un idéal simpliste (et sur une idéologie) de la transparence communicationnelle. Elles induisent en effet l’image d’une société de lecteurs, auxquels il suffisait d’enseigner un socle de « bons codes » et de « bons cadres d’analyse » pour qu’ils puissent assurer sans heurt la reproduction des richesses et des conventions sociales. Contre une telle idéologie de la transparence reproductrice, il convient de défendre l’idéal d’une société d’interprètes, forcément traversée et animée par des conflits interprétatifs. p 46.

« Même si l’on est actuellement incapable de compter précisément en quoi ni pour combien comptent de tels débats interprétatifs, ce sont dans les échanges de paroles et d’idées auxquels donne lieu la culture des Humanités que se forge et se régénère une bonne partie des ressources dont nous disposons collectivement pour interpréter activement et pour transformer intelligemment notre monde. » p 177.

L’avenir des humanités, économie de la connaissance ou culture de l’interprétation ?

La découverte, Paris, 2010, isbn : 978-2-7071-6009-6

 

4* - « La communication verbale avec les adultes est ainsi un moteur, un facteur puissant du développement des concepts enfantins. […] l’enfant commence en fait à utiliser et à manier les concepts avant d’en prendre conscience. Lev Vygotski « Pensée et langage » p 232.

 

 

 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:38

Par Isabelle Clarke et Daniel Costelle - avec la contribution vocale de Mathieu Kassovitz.

 

Certaines images des deux premiers films peuvent choquer.

 

Film 1 :

 

Film 2 : 

 

 

Film 3 : 

 

 

Film 4 :

 

 

Film 5 :

 

Film 6 :

 

 


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Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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