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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 12:12

On-the-Road-New-Mexico-Christmas-Day-2004-Painting---Chris-.jpg

(On the Road New Mexico Christmas Day 2004 Painting - Chris Easley)

 

 

« Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers. »

Henri Michaux 1939.

 

 

Dean Moriarty est un explorateur enthousiaste, extraverti, amoureux de la vie, séducteur – magnétique - débordant de la saveur du chaos. 

 

L’espace de Dean, c’est le démon de la route – la vie dévorée au kilomètre – les pulsions puissantes, radicales, la blancheur craquante des substances illicites, l’excès, l’orgie, l’abandon des corps aux contemplations érotiques. 

 

Le mouvement est une poussée avide, étrangère au calme. Ça permet d’échapper à l’immobilité, au figé, à la pesanteur de la vie, aux responsabilités – à la tranquille lassitude – au ralentissement automnal – c’est un remède curant les démangeaisons, un cataplasme posé sur le vide urticant, camouflant la détresse.            

 

La marche n’est-elle pas une suite de chutes anticipées de justesse ?

 

Dean est un astre brûlant à haute énergie, suivant son propre mouvement, sa trajectoire est sans destination précise. Il expérimente, n’en fait qu’à sa tête, dans un désir sans remède, celui qui l’assure au monde, ne redresse rien et lui évite à peine de se disloquer. 

 

 « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » demande-t-il à Sal Paradise – alias Jack Kerouac – son ami. 

Que peut répondre Sal à ça ? 

Que peut-on répondre quand on est dans la recherche multiple d’un chemin, en quête de soi ? 

 

Au fond, rejoindre Mauriarty, épouser son orientation, c’est entrer dans un tournoiement, aller de l’avant. Eprouver le lever du soleil, sentir le tourbillon de l’univers où chaque départ brille d’un ‘Eternel retour’, celui de la flamme, du solaire, du démesuré. Du Sur-expressif. De la vie. En marche. Irrésistible emprunt d’émotions violentes. 

On-The-Road-Again---see-Pay-Pal-button-below.jpg

(New Work - On The Road Again.)

Oui, ne pas stagner à l’ombre mauvaise, c’est suivre la lumière, se laisser transporter vers l’horizon.

Suivre la route du vent, à l’évidence, suivre la route – gêné par personne -, voguer sans obstacles jusqu’aux confins des sensations.

                                            On-The-Road-Again---Abstract-Landscape-by-California-Artist.JPG

                                                                                                (On The Road Again -  Janet Bludau.)


 La route est un ruban d’éternité filant vers le ciel.

 

Dean – d’une certaine manière s’y accroche - aujourd’hui comme hier, s’exaspère d’attendre.

Son tempérament lui dicte de s’arracher au poison du présent. Etre dans le précaire – dans une sobre trajectoire. Se brûler sur l’asphalte, s’absorber à - toujours - suivre la direction indiquée par le goudron. 

 

Se perdre dans l’amoncellement confus des distances.

Sans soucis. Sans s’en faire. Vraiment ?

A vouloir trop prendre et reprendre la route, la vaste agitation de la poussière laissée derrière soi finit par retomber.

La réalité physique de la droite - courbe dans l’espace  - conduit le voyageur à boucler son périple. L’égaré retourne alors immanquablement à son point de départ. 

 

Sal et Dean partent donc ailleurs, plus loin, vers le Mexique.  

 

Mais cette fois, le vertige – l’ivresse de l’intensité...  ont la saveur des terres déjà froissées aux pieds. 

 

L’euphorie s’élève – certes – mais avec un je ne sais quoi de morbide, d’inutile, d’insensé. Une sourde fatigue surgit de derrière la fièvre. La route, dont la perspective semble désigner une hauteur, s’affaisse. L’étendue se vrille, se tasse et s’écrase - sans dénivellation. La ligne continue se barde de pointillés effilochés, trompeurs.  

Sal Paradise sait lire ces feuilles de route. Sa conscience décèle la platitude de l’Electro-encéphalogramme, l’absurdité de la tentative, l’impasse. 

 

A toute force, il refuse d’y croire. Il dérivera encore avec Dean. Dans un ultime élan, il avancera une dernière fois - sans rien gravir.

Saturé de fièvre, las, atteint de dysenterie, prostré dans une chambre sordide, il attend la dislocation.

L’enthousiasme organique de Dean ne se transforme pas, ne change pas, ne cultive rien. Son éternité c’est sa conduite tourmentée, inquiète, explosive. Démuni face à l’inertie, Dean disparaîtra, laissant Sal à ses ruines somnambuliques, l’œil teinté de goudron noirâtre, la pupille brouillée d’abandon.

.

                                   L’amitié cloque et crève sous la canicule d'un zénith crépusculaire. 

 

 

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La Route.
Kerouac_Map.jpg

Carte des trajets de Kerouac dans Sur la route :

  •      1947
  •       1949
  •       1950

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Russel Banks et Jack Kerouac - une belle rencontre.

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 10:16

Sous-le-Plafond-de-Montaigne-copie-1.jpg«Les pensées sont signes d’un jeu et d’un combat des affects (der Affekte) :

 elles restent toujours liées à leurs racines cachées.

Friedrich Nietzsche ; FP XII I 75,  

 

 « … ce besoin de consolation est impossible à rassasier,

 mais à asséner l’évidence tragique selon laquelle

 « plus on a de sagesse, plus on a de chagrin » 

et « qui augmente son savoir, ajoute à sa souffrance ». 

Quel professeur de philosophie oserait recommander à des esprits juvéniles 

qui se destinent à réussir la lecture de cette apologie de l’impasse ? »

Frédéric Schiffter (1) p 104.

 

Les vacances sont propices à la rumination, aux lectures, aux résolutions. 

 

Les résolutions bruissent de la rumeur des temps. Elles s’enroulent d’injonctions, celle de sortir de nos habitudes, celle de brûler d’un feu nouveau - flambant haut, jusqu’au zénith - celle du changement, du nouveau, du bonheur – surtout celle du bonheur. Cette tranquille assurance – l’espoir d’un changement de « peau », plus neuve, plus étincelante, plus jeune, plus heureuse.

 

Etre plus heureux ?

« Pourtant il n’est pas de force plus douteuse que l’espérance – écrit Clément Rosset. Ce n’est sans doute pas par hasard, ni par l’effet d’une erreur de copiste, que Hésiode assimile, toujours dans les travaux et les jours, l’espoir au pire des maux, au fléau qui est resté dans la boîte de Pandore, à la libre disposition des hommes qui s’y précipitent dans la pensée qu’ils y trouveront le salut et le contrepoison à tous les autres maux, alors qu’il s’agit d’un poison parmi les autres, sinon du poison par excellence. Tout ce qui ressemble à de l’espoir, à de l’attente, constitue en effet un vice, soit un défaut de force, une défaillance, une faiblesse… [...] la vie doit dorénavant s’appuyer sur une force substitutive : non plus sur le goût de vivre la vie que l’on vit, mais sur l’attrait d’une vie autre et améliorée que nul ne vivra jamais. L’homme de l'espoir est un homme à bout de ressources et d’arguments, un homme vidé, littéralement « épuisé »… A l’opposé, la joie constitue la force par excellence. » (2) p 28 :

 

A trop s’alimenter de vigoureux désir de changements, gare à ne pas se consumer. 

Gare à ne pas s’épuiser dans de stériles chimères. S’incendier de béates croyances. 

Se calciner telle la paille flambant haut mais ravagée l’instant d’une étincelle.

Ces idées désertiques, ces valeurs bradées sont des leurres économiques, des scintillements tremblotants. 

 

Reconnaître ce que l’on doit à autrui. Admettre les influences qui nous déterminent. 

Henry-Lamb-The-Artists-Wife-1933.jpg« Ces récits trouvaient en moi des résonances familières - écrit Hubert Reeves -

et j'y reconnaissais nombre de mes états d'âme. 

Il furent déterminants dans le choix professionnel qui fut le mien. » p 7. (3)

 

Rendre compte des actes d’autrui, de leur travail, de leur action sur les choses – sur nous – c’est reconnaître aussi notre dépendance à leur égard – notre dette. les lectures, les échanges, les rencontres, les influences extérieures, les communions de pensées qui nous abreuvent et nous forgent. 

 

Ainsi sont-elles non seulement importantes mais primordiales, elles nous constituent. 

 Camille-Corot-Liseuse-couronnee-de-fleurs-ou-la-m-copie-1.jpg

Lecture Bucolique - Enfin livre.

Il n’est pas aisé de trouver le bon terme, la phrase exacte - sincère - sans tomber dans l’éloge mièvre ni dans le portrait « catalogue » Redoute de qualités aussi fausses que fabriquées. 

A fin de ne pas tomber dans le partial et partiel, car on oublie toujours des atomes d’importance.

 

 

Merci donc à vos blanches contemplations, vos souffles abrupts, sensibles et puissants, vos écrits solidement naufragés … vos merveilles vaporeuses et profondes, vos vagues et vos ciels, vos conversations, votre présence, merci à tous.

 

Une contemplatrice sentimentale et mélancolique.

 

Effroyablement vôtre.

 

--------------------------.

 

 

(1) Frédéric SchiffterSur le blabla et le chichi des philosophes – PUF – France – Paris mars 2002 – ISBN : 978-2-13-059238-9

 

(2) Clément RossetLa force majeure – Les éditions de minuit – collection critique – isbn : 978-2-7073-0658-6

 

(3) Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps, Seuil - Trois philosophes à Vigur.

 

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SITES 

Frédéric Schiffter contre la pensée Chichi, Blabla et Gnangnan. 

Assez parlé - "Les philosophes vous pompent l'air avec leurs grands mots ? Ruez-vous sur cet essai killer aujourd'hui réédité." Martin Duru, Philosophie Magazine.

Atelier Clément Rosset.



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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 08:12

Des comportements primitifs, des tics agaçants, des mimiques désolantes, nous en avons tous.

 

Certains, peut-être plus que d’autres…

Agissements pédagogiques en pagaille :

 

 

Sac n°1 :

max-mon-amour-singeriesLe repas pris entre amis où le professeur ne sait pas s’empêcher de parler de pédagogie. Singeries à dérouler yeux écarquillés et voix possédée par son sujet. 

 

Ressac n°2 :

doigt-devant-la-bouche.jpgMettre le doigt sur la bouche pour faire taire les malotrus qui ne savent pas se policer et prendre la parole.

 

Sac n°3 :

philippe-franceschetti-est-le-responsable-departemental-du-.jpgFaire des courriers bien argumentés et très salés dès qu’un détail déplait chez l’autre (tic partagé avec les parents).

 

Ressac n° 4 :

cercle-poetes.jpgDévelopper un profond sentiment de responsabilité, s’insurger contre le manque d’implication des acteurs sociaux en général.

 

Sac n° 5 :

Ecole---tout-se-degrade.JPGSe désoler de la baisse de niveau (Tic partagé régulièrement avec les médias : audience assurée surtout en période de vacances.)

 

L'éthique des vers de sable ?

 

      Nos écumes guerrières viennent s’écraser contre les roches saillantes. Nos vagues discours – sans consistance - se brisent sous l’effet de la houle.

Nos mots baveux – jeux de la déception et incarnation de l’ennui - s'échouent sur la vase. 

 

Notre liberté est de nous tortiller,

Dans cinq centimètres de bâche,

 

Noyés par deux millimètres d’émotions,

Tremblotants,

Informes,

 

Rêveurs – pourtant - de profondeur, 

de fureur,

 

Sentant l’océan,

là, vaporeux, profond,

bruissant,

loin et distant, 

                                                         Nos combats sont nos plus tranquilles naufrages.

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 13:07

 

En quoi cette vision du monde

– ce paradigme – est-il néfaste ?

Nous étions-nous interrogés.

 

 

     La vraie pauvreté, c’est celle qui consiste à ne pas tout tenter, ne pas tout essayer à fin de pallier les difficultés. Au lieu de dire et redire ce que l’on vient de raconter, au lieu de répéter encore et toujours la pratique visuello-auditive de l’apprentissage, ne peut-on pas se tourner vers d’autres pratiques ? Innover, inventer, éviter de cloisonner et garder l’esprit ouvert ? 

 

Quand  « Le canal auditif, le canal visuel ne marchent pas - énonce Olivier Dulac, responsable de l'unité neuro-pédiatrique à l'hopital Necker-Enfants malades (4) - il  y en a un qui continue à fonctionner, c'est le canal tactile. Et les caresses continuent d'être là et d'être toujours efficaces...  Ce sont  des fonctions qui se sont développées plus tôt... que le canal visuel et auditif... Tout cela (les caresses) a des vertus thérapeutiques... » 

Le médecin ajoute : « Il va falloir essayer de compenser les difficultés par des rééducations appropriées. Essayer de contourner la difficulté en utilisant d'autres canaux... Kinésithérapie... posture... Psychomotricité... motricité fine c'est-à-dire l'utilisation des doigts, une certaine stabilité dans le comportement... ces enfants ont un trouble majeur de l'attention... sont hyperactifs...  (elle) contribue largement à stabiliser l'enfant et donc permettre les interactions avec le ré-éducateur... préalable... avant de pouvoir commencer une rééducation du langage c'est à dire de l'orthophonie.. On a... la séquence de la kinésithérapie, de la psychomotricité, de l'orthophonie  ces trois approches viennent l'une après l'autre, se renforcent mutuellement et s'aident... »

 

C’est ce que confirme la vidéo ci-dessous.

Elle tente d’éclaircir comment le cerveau fonctionne quand on apprend. Celle-ci (parmi une série de six autres) s’est attachée à analyser les parties des zones cérébrales activées par des individus non-voyants lors d’une phase de lecture en braille.

 

Qu’y constate-t-on ? 

Chose contraire au bon sens, la zone visuelle est activée par la lecture en braille. Cet éclairage est surprenant car enfin ne répète-t-on pas que des connexions non activées en bas âge deviendront définitivement inopérantes ? 

Or, l’apprentissage tactile va non seulement provoquer un « réveil de connections dormantes », mais va venir « réveiller » la zone de vision de la même manière qu’un lecteur « ordinaire ». 

 

 

 

 

Première observation : La zone de vision reste intacte chez l’aveugle. 

Deuxième observation : Le toucher active les zones de la vision.

 

Lire ne serait rien que sentir ? Réveiller la sensibilité dormante de la lecture ? Réveiller les connexions dormantes ?

 

 « Apprendre à lire, nous explique Stanislas Dehaene - ce n’est pas seulement associer des lettres à des sons ; c’est également organiser la perception des lettres  dans l’espace, dans le bon ordre et avec l’orientation adéquate. Le chercheur cite les travaux de Maria Montessori dont l’une des activités qui préparent l’enfant à la lecture consiste à tracer du doigt le contour de grandes lettres en papier de verre. Cette pratique assez ordinaire déroge pourtant à la domination du visuelo-auditif sur-pratiqué dans les classes. En imposant à la vision une exploration spatiale et motrice asymétrique, elle ne peut que faciliter la rupture de symétrie de la voie visuelle ventrale. » (5).

 

La méthode Borel Maisonny (6) fait surgir le canal tactile au milieu de ceux du visuel et de l’auditif. L’enfant prononce la lettre (éventuellement la lit), en écoute le son (phonème) tout en la symbolisant par un geste. Cette activité mimée permet de s'approprier les sons, la forme des lettres tout en constatant les effets produits sur le corps. Par exemple le son « R »  sera renforcé par la constatation physiologique de la sensation du roulement dans la gorge. Le Site « La Petite Souris » détaille tous les sons de cette méthode largement répandue chez les orthophonistes.

 

« La méthode, disait Descartes, est l’art de guider sa raison dans les sciences. Ajoutons : elle est l’art de guider sa science dans la raison. Une scienza nuova, qui n’est plus liée à un éthos de manipulation et d’arraisonnement, implique une méthode autre : de pilotage, d’articulation. » La façon de penser complexe se prolonge en façon d’agir complexe. » (3)  p 214.

Descartes lui-même a rétabli l’importance de la perspective du sensible [Quoique « La critique de la certitude sensible est le premier argument du doute méthodique. »(7) ]: prenant l’exemple du soleil lointain vu à la taille d’une orange, il écrit « En ce sens, la perspective sensible est justifiée, et non pas réfutée : que le soleil ne me semble pas plus gros qu’une orange n’est pas un effet de ma vanité, ainsi que le prétendent les partisans de la morale ascétique, mais au contraire de la perfection de ma nature sensible. Il est nécessaire en effet que les objets rapprochés me semblent agrandis, et diminués les objets éloignés, car ma sensibilité me témoigne par là qu’il faut porter plus d’attention à ce qui est prochain, parce que le danger est alors plus immédiat, qu’à ce qui est lointain, qui me menace de façon moins directe. » 

« Car l’homme n’est pas seulement chose pensante, comme il l’appréhende pourtant par la plus simple et la plus originelle des intuitions métaphysiques, il est aussi âme unie au corps, et doit prendre garde à la conservation de ce corps par l’entremise duquel il lui est donné de rencontrer le monde. »

 

Or jouer sur tous les tableaux afin d’aider l’élève en difficulté de lecture. Réveiller les connections dormantes grâce au canal tactile – ce n’est pas « trouver la recette miracle » - mais c’est au moins tout tenter, tout essayer, tout expérimenter, tout imaginer afin de tromper les chaînes des déterminismes.

 

 

                                                 Et les combattre avec rage.

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(1) Les cinq sens de la philosophie - Roger-Pol Droit.  

(2) Jacques Darriulat

(3) Édgar Morin, science avec conscience, éd du Seuil, point, 1990, ISBN : 2-02-012088-7,

(4) Olivier Dulac - Épilepsie chez l'enfant : La recherche et la prise en charge médico-sociale. responsable de l'unité neuro-pédiatrique à l'hopital Necker-Enfants malades, professeur à l'université Paris-Descartes. Émission « Avec ou sans rendez-vous » par Olivier Lyon-Caen du 14 juillet 2009. 

(5) Les neurones de la lecture, op cit p 389

(6) Suzanne Borel Maisonny, langage oral et écrit, Delachaux et Niestlé, 1985.

(7) «C’est ainsi que, selon l’exemple présenté dans Méditation Sixième, exemple par ailleurs emprunté à Lucrèce, une tour carré semble ronde dans le lointain, ou bien encore les statues colossales au sommet des architectures, celles de Palladio par exemple, semblent petites vues d’en-bas. » 

La critique de la certitude sensible est le premier argument du doute méthodique. »

Néanmoins, nuance Jacques Darriulat in ‘Descartes et la réhabilitation du sensible’ : « Cependant, la réhabilitation des sens dans la Méditation sixième est physiologique plutôt qu’esthétique, et porte davantage sur la mécanique du réflexe que sur le jugement de goût. On a parfois prétendu qu’il n’existe pas d’esthétique cartésienne, et que Descartes est indifférent au Beau. »

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Arthur Rimbaud - Sensation

 

Sensation 

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

 

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,

Mais l'amour infini me montera dans l'âme ;

Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, heureux - comme avec une femme.

 

Arthur RIMBAUD

 

 

 

 

 

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 09:55

Selon Platon, 

« Connaître, c'est voir. 

ANDROMEDE-L-ESCLAVE--DE-T.-DE-LEMPICKA.jpgPenser, c'est regarder.

 Réfléchir, c'est discerner. »

Roger-Pol Droit.

 

Penser en tant qu’activité mentale est une évidence.

Mais apprendre, réfléchir, se réduiraient-il à l’usage de la raison ? 

Faut-il se libérer du corps pour accéder au réel ? 

Quelle est la place du sensible – des sens - dans ce monde de l’intelligible ?

 

En gros, la sensation, le sensible, ont-ils une place dans l’apprentissage ?

Pas sûr…

Révisons dans un premier temps ce que les penseurs de la philosophie ou chercheurs ont à nous dire… 

 

I Le corps comme moyen et fin d’accéder au réel.

 

« Penser, comme vous voyez, c’est toujours sentir et ce n’est rien que sentir. 

Maintenant, me demanderez-vous qu’est-ce que c’est que sentir ? 

Sentir est un phénomène de  notre existence. C’est notre existence elle-même. Car un être qui ne sent rien  peut bien exister pour les autres êtres s’ils le sentent mais il n’existe pas pour lui-même puisqu’il ne s’en aperçoit pas.

Vous pourriez avec plus de raison me demander pourquoi penser étant la même chose que sentir, on a fait deux mots au lieu d’un. Je vous dirai que c’est parce que l’on a plus spécialement destiné le mot sentir à exprimer l’action de sentir les premières impressions qui nous frappent celles que l’on nomme « sensation ». Et le mot « penser » à exprimer l’action de sentir les impressions secondaires que celles-là occasionnent : les souvenirs, les rapports, les désirs dont elles sont l’origine. Ce partage entre ces deux mots est mal vu sans doute, il n’est fondé que sur les idées fausses qu’on s’était faites de la faculté de penser avant de l’avoir bien observée.  Et il a ensuite causé d’autres erreurs. Mais malgré l’obscurité que ce mauvais emploi des mots répand sur notre sujet. Il est clair, quand on y réfléchit, que penser c’est avoir des perceptions ou des idées. Et que nos perceptions ou nos idées, je ferai toujours ces deux mots absolument synonymes. Sont des choses que nous sentons et que par conséquent : penser, c’est sentir. »  Destutt de Tracy dans son ouvrage sur l’idéologie.

 

Destutt de Tracy est un philosophe confidentiel, tombé dans l’oubli. Adèle Van Reth dans son émission des « Nouveaux chemins de la connaissance » nous dévoile avec Claude Jolly, les bases de cette pensée ‘Idéologique’.

 

Une philosophie appartenant au courant dit des « sensualistes » – ou « sensationnistes », clairement basée sur les affects. Evidemment, ce socle du « tout vient des sens » est loin de provoquer l’enthousiasme des pairs, plus d’un rectifie cette infâme philosophie d’un trait de plume - si l’on peut dire - bien « senti ». 

Claude Jolly se fait l’écho des corrections adverses :

Les spiritualistes les attaquent rudement.

Les romantiques les considèrent avec mépris et les conspuent en tant que rationalistes. 

Les traditionalistes combattent eux aussi ces traîtres vendus à la révolution. 

 

De fil en balayette, d’époussetage en coups de canifs, de déformation en caricature, cette pensée et son auteur Destutt de Tracy vont être conduits à l’écart, pour – vaporisation expresse – être mené prestement en direction des oubliettes de l’histoire. 

La-Verite-sortant-du-puits--1898--Edouard-Debat-Ponsan--1.jpg

Si la pensée de Destutt de Tracy a été payée d’injures, il ne faut y voir aucun hasard, bien sûr. Naturellement ce sont des raisons profondes – des thèses diamétralement opposées, contradictoires, incompatibles avec les philosophies « dominantes » qui l’ont poussée dans la pelle à ordures.  

Claude Jolly explique les bases de la pensée Idéologique…[Rose Goetz apporte une précision importante  : Tracy crée en 1796 ce néologisme d’Idéologie dans un mémoire sur la « faculté de penser ». Idéologie vue comme ensemble d’idées fausses est venue plus tard. ] qui assimile penser et sentir. « Destutt de Tracy s’inscrit dans une tradition philosophique anglaise initiée par Bacon et par Locke et dans la tradition des Lumières illustrée par Condillac. Les idéologues poussent à l’extrême cette affirmation que toutes nos connaissances et tout notre être sont fondés sur nos sensations. Ca fera de l’Idéologie une science non pas des causes (qui sont inconnues) mais des effets. Ca fera de l’Idéologie un système qui est totalement étranger à des concepts comme l’idée innée ou l’ a priori. » 

 

En quoi cette mise à l’écart philosophique est-elle éclairante ? 

 

Que ce soit en philosophie ou dans d’autres matières, telles les mathématiques ou la lecture, ce combat de « la sensation », des sens, du sentir est toujours présent à l’école. Et notamment en France.

 

II. Se libérer du corps pour accéder au réel.

 

Des raisons historiques expliquent ce dualisme séparant corps et pensée. «… humer, flairer, tendre les naseaux, ce n'est presque jamais affaire de philosophes. » écrit Roger Pol Droit dans son article du Monde des livres consacré à L'ODORAT DE CONDILLAC. (1)

Le philosophe écrit à propos de Platon : « Ce qui se met en place avec Platon aura dans toute l'histoire de la pensée européenne une postérité immense. Connaître, c'est voir. Penser, c'est regarder. Réfléchir, c'est discerner. Bien plus que des images ou des métaphores, ces formules ne cesseront de dire que la philosophie est une ophtalmologie - un savoir de l'œil, une histoire de vision, de direction du regard, d'accommodation. Et de passages de l'ombre à la lumière ou, inversement, de la lumière à l'ombre. » in LA VUE DE PLATON.

Le philosophe cherche la vérité...

 

Platon est un homme connaissant, un homme à la recherche de la réalité véritable, de la Vérité, en tant que connaissance. Il se méfie des sens et des sensations, lesquels nous illusionnent, nous trompent et nous égarent.  

« La vérité est ce qui éclaire la réalité. » Jean-Marie Frey.

 

       Mais c’est surtout au XVIIème siècle – écrit Jacques Darriulat – que la « La vérité du monde divorce d’avec son évidence. Pour connaître la loi, il ne faut plus décrire les phénomènes, il faut au contraire déjouer les apparences. La vérité de la nature n’est pas visible ni même sensible, elle est invisible et mathématique. » (2)

                Descartes à son tour, contemple le monde, l’analyse, se pénètre de ses fictions et les dénonce. Ainsi la tour carrée (reprenant Lucrèce)  paraît-elle ronde de loin. Ainsi une statue monumentale paraît-elle petite sous un certain angle (7).

 

 

Pour des questions d’objectivité, nous devons nous méfier du monde sensible. Nous nous forgeons une idée de la science telle qu’une vérité issue de la raison. Les principes perceptifs n’y ont pas place. « Ces principes, explicite Edgar Morin, ont été, en quelque sorte, formulés par Descartes : c'est la dissociation entre le sujet (ego cogitans), renvoyé à la métaphysique, et l'objet (res extensa), relevant de la science...  les théories scientifiques ne sont pas le pur et simple reflet des réalités objectives, mais sont les coproduits des structures de l'esprit humain et des conditions socioculturelles de la connaissance » (3) p 126. 

 

      Elodie Cassan – Raphaël Enthoven – 

Descartes : homme, femme, c’est un corps et un esprit.

L’âme et le corps sont différents en nature…

«Ceci est un bâton pas brisé…  Magie, je le trempe... Et hop !… L'angle varie.

Et comme dit Descartes : Ma raison le redresse aussitôt.

Ce qui m'a toujours laissé perplexe. 

Ma raison ne redresse rien du tout. » Raphaël Enthoven.

 

Illustration du dualisme par René Descartes. Les entrées sensorielles sont transmises par les organes sensoriels à la glande pinéale dans le cerveau, puis à l’esprit immatériel.

C’est l’esprit – donc - qui dirige le corps.

En gros, être philosophe, c'est se méfier de ses sens et « avoir de la cire dans les oreilles ».

      « La science nouvelle est critique, et non plus phénoménologique. » écrit le philosophe Jacques Darriulat.

« Kant, Critique de la raison pure, esthétique transcendantale, remarque générale III : opposition de l’apparence (“Schein”) et du phénomène (“Erscheinung”) : l’apparence est subjective ; elle n’est que la matière de la sensation non encore ordonnée par la forme de la catégorie, le divers des phénomènes non encore subsumé par la synthèse catégoriale ; le phénomène est objectif : il démontre la validité d’une théorie élaborée par l’entendement. Seul l’entendement a pouvoir de poser l’objet en tant qu’objet, de poser donc le monde comme un non-moi, et par conséquent le moi comme un non-monde. Le savant se désintéresse de l’apparence immédiate et ne s’intéresse qu’au phénomène mis en évidence par le dispositif expérimental. A la nature, il substitue le laboratoire. » (2)

 

Il existe – et particulièrement en France – une séparation nette entre tout ce qui est de l’ordre du ressenti, des affects et ce qui appartient au monde des connaissances à acquérir. Cette méfiance extrême s’imprègne jusque dans la matières scolaires où le règne du français ne saurait pactiser avec celui des mathématiques. Dans cette sourde bataille, choisis ton camp. 

 

En quoi cette vision du monde – ce paradigme – est-il néfaste ? 

 

Nous le verrons dans un second temps.

 

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Les nouveaux chemins de la connaissance, Quatre penseurs oubliés du XIXème siècle 2/4 : Destutt de Tracy, l'idéologue 

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Adèle Van Reeth reçoit Rose Goetz et Claude Jolly à propos de Destutt de Tracy.

Les penseurs oubliés du XIXème siècle.  Antoine Destutt de Tracy. (La dernière des idéologies classiques ?)

 

Condillac (sensations externes dans le « traité des sensations »)  alors que … (sensations internes : kinesthésie, cinesthésie, etc).

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(1) Les cinq sens de la philosophie - Roger-Pol Droit - Le Monde des livres. 

(2) Jacques Darriulat : La Révolution copernicienne.

(3) Édgar Morin, science avec conscience, éd du Seuil, point, 1990, ISBN : 2-02-012088-7,

(4) Épilepsie chez l'enfant : La recherche et la prise en charge médico-sociale. responsable de l'unité neuro-pédiatrique à l'hopital Necker-Enfants malades, professeur à l'université Paris-Descartes. Émission « Avec ou sans rendez-vous » par Olivier Lyon-Caen du 14 juillet 2009. 

(5) Les neurones de la lecture, op cit p 389

(6) Suzanne Borel Maisonny, langage oral et écrit, Delachaux et Niestlé, 1985.

 (7) «C’est ainsi que, selon l’exemple présenté dans Méditation Sixième, exemple par ailleurs emprunté à Lucrèce, une tour carré semble ronde dans le lointain, ou bien encore les statues colossales au sommet des architectures, celles de Palladio par exemple, semblent petites vues d’en-bas. » 

La critique de la certitude sensible est le premier argument du doute méthodique. »

Néanmoins, nuance Jacques Darriulat in ‘Descartes et la réhabilitation du sensible’ : « Cependant, la réhabilitation des sens dans la Méditation sixième est physiologique plutôt qu’esthétique, et porte davantage sur la mécanique du réflexe que sur le jugement de goût. On a parfois prétendu qu’il n’existe pas d’esthétique cartésienne, et que Descartes est indifférent au Beau. »

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SITES 

Contrepoints - L’économie selon Destutt de Tracy.

Jacques Darriulat - INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE ESTHETIQUE.

Les cinq sens de la philosophie - Le Monde des livres -  Roger-Pol Droit. 

In Libro Veritas - Platon, Le paradoxe du simulacre - Par Julie Martineau.

L'inspiration de la poésie et de la philosophie chez Platon - PDF.

Jean-François Mattéi.

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Esprit es-tu là ?

 

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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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