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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 17:14

Jean-Despujols---la-pensee---avant-1929.jpgLire, oui mais comment - en syllabique, en globale, de manière syllabique durant l'enfance, de manière globale une fois adulte ?  Stanislas Dehaene débroussaille les idées reçues et apporte des réponses sans équivoque. 

 

Lisez ceci  :

A BIRD IN THE

THE HAND IS WORTH

TWO IN THE BUSH.

 

Ce type de test montre combien il est difficile de voir la redondance du « the » pour le lecteur « expert ».

 

C'est que notre système de décodage adulte est ultra performant. 

Pour preuve, un bon lecteur – non pas un très bon lecteur, non, juste un  lecteur ordinaire - peut lire en moyenne 400 à 500 mots par minute.(1) 

 

Contrairement aux idées reçues – et dieu sait si Stanislas Dehaene en balaye bon nombre - ça n’est pas la « forme » du mot – autrement dit l’ « aspect global » - qui joue. Pour preuve, vous lisez aussi bien que vite  :  trois - TROIS ou TrOiS ,

 « c’est – explicite le chercheur - que notre système visuel ne prête aucune attention au contour du mot ni aux lettres montantes ou descendantes : il ne s’intéresse qu’à la reconnaissance invariante de la suite des lettres (2). »

 P-44-fig-1.2--Les-neurones-de-la-lecture-JPG

 

Ceci est de première importance.

Mot---Sihouette.JPGD’abord parce que cela invalide nombre d’exercices dits de « discrimination visuelle » largement sur-utilisés dans les fichiers.

 

Mais il y a pire.

Explications : 

 

Suivant les expérimentations de Jonathan Grainger et Carol Whitney, deux chercheurs en psychologie, il semblerait  que les mots soient codés par bigrammes. 

Stanislas Dehaene commente  : « Il s’agit d’expériences d’amorçage, dans lesquelles on examine si la présentation d’une première chaîne de caractères facilite la lecture d’une seconde… On sait par exemple, que la présentation d’une amorce partielle telle que « jrdn », facilite tout autant la lecture du mot « jardin » - alors qu’une amorce aux lettres mélangées telles que « jtrdvn », « jdrn » ou « dnjr », n’a aucun effet. Cela signifie que les chaînes « jrdn » et « jardin », à une certaine étape du traitement visuel, partagent le même code. » Pages 209 – 210.

 

Chez les élèves de CLIS, ce type d'écrit dénué de voyelles se rencontre régulièrement à un certain stade de la lecture. L'élève écrit : « La vtre rle s la rte » et lit : « La voiture roule sur la route. » 

Naturellement une semaine après, ils se montrent souvent incapables de se relire.

(Les syllabes semi-complexes (oi et ou) sont évidemment plus difficiles à acquérir.)    

 

Néanmoins, poursuit le chercheur, cette lecture par bigramme est si puissante « que l’on puet mmêe lrie des parhess etnèiers dans lsequllees les ltteers de cahucn des mtos ont été mlénaéegs de pocrhe en prchoe, suaf le pmerèrie et la drneèire. » (1) p 210. Cet effet, je l’ai explicité dans l’un de mes articles (syllabique versus globale).

 

Quel code résisterait à une telle salade de lettres ? » Interroge-t-il avant que de poursuivre : « C’est en réfléchissant à cette question que Jonathan Gainger et Carol Whitney en sont venus à proposer que les système visuel des lecteurs code la position relative des lettres, et qu’il le fait en repérant les bigrammes.

 

 « Comment lit-on ? » 

 

Stanislas Dehaene répond à cette question sans détour : lors de la lecture, notre reconnaissance des mots n’est pas « globale ». 

representation-schematique-du-modele-de-McClelland-et-Ru.jpgNotre cerveau analyse les « myriades de petits fragments » qui composent l’objet visuel, en l’occurrence le mot. Puis, trait par trait, notre cerveau va recomposer des lettres, les associer, repérer des combinaisons qui vont le conduire à discriminer le mot « exact ». Ce processus – résultat d’années d’apprentissages - est si rapide qu’il peut laisser accroire à une lecture immédiate et globale (3).

 lecture-codage-lettres.gif

Que nous apprennent ces recherches ?

 

1er enseignement  :   L’apprentissage de la lecture fonctionne du simple au complexe. 

 

Nous en avions le sentiment de ce B. A. ba (4), Stanislas Dehaene confirme cette intuition de manière ferme et définitive :

« Au sein de la voie graphème phonème, les premières connexions à se mettre en place concernent les lettres isolées dont la prononciation est régulière. Progressivement, l’enfant apprend à prononcer les graphèmes plus rares et plus complexes. Il  repère les groupes de consonnes et apprend comment les combiner pour former une chaîne comme « bl » ou « str ». Il mémorise, enfin, des terminaisons ou des morphèmes particuliers dont la prononciation fait exception : la conjugaison « -ent » qui termine les verbes et ne doit doit pas se prononcer an, la terminaison « tion » qui se lit « sion », les mots irréguliers comme « femme » ou « oignon »… Le lecteur expert est avant tout, un fin lettré qui connaît quantité de préfixes, de racines ou de suffixes et les associe sans effort à leur prononciation et à leur sens. » p 271.

 lecture-en-parallelegif.jpg

Alors, où est le piège dans lequel il s’agissait de ne pas tomber ? 

 

Il s'agissait simplement de ne pas confondre la lecture experte de l’adulte et celle de l'enfant. 

Or les scientifiques, les experts de la lecture sont adultes par définition. Leur erreur a consisté au décalque de leur compétence de lecture experte sur les procédures de l'enfant. Stanislas Dehaene résume les résultats de ses nombreuses recherches et expériences.

 

Ce qui est trompeur, c’est que chez l’adulte, la longueur des mots n’influe en rien sur la rapidité de lecture. 

Ceci est un fait. 

Mais à partir de ce fait, les chercheur ont établi une interprétation erronée, ils en ont déduit que le lecteur ne tenait pas compte des lettres. Cette hypothèse a été invalidée par l’IRM. 

En réalité, les lettres sont traitées en parallèle, d’une manière si rapide que ce traitement passe inaperçu.

Nous en faisons l’expérience dès lors que nous lisons des mots nouveaux, notamment dans le cas d’une langue étrangère. En ce cas, pas de mystère : nous décodons le mot syllabe après syllabe. 

 

Au reste, ajoute Stanislas Dehaene, le temps de lecture des enfants est bien conforme à cette hypothèse de lecture syllabique.  « Pendant les années d’apprentissage, le temps de lecture est strictement proportionnel au nombre de lettres, et cet effet de longueur met plusieurs années à disparaître. Ainsi est-il encore plus évident chez l’enfant que la lecture n’est pas globale. » P 296.

 

2ième enseignement : Non seulement nous ne lisons pas de manière globale mais utiliser des méthodes globales pour lire est néfaste !

 

Mais il ne suffit pas d’avancer cet argument pour en valider la véracité.

 

Encore s’agit-il de le prouver.

 

Au prochain épisode… Quel suspens ! 

 

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(1) « … la plupart des bons lecteurs… lisent aux alentours de 400 à 500 mots par minute. » Les neurones de la lecture. p 42.

(2) p 43, Stanislas Dehaene : C’est ça que l’on appelle le problème de l’ « invariance perceptive ». 

(3): « … les opérations que réalise notre cerveau n’ont rien de commun avec une quelconque reconnaissance « globale » de la forme des mots […] L’objet visuel est explosé en myriades de petits fragments que notre cerveau s’efforce de recomposer, trait par trait, lettre après lettre. Reconnaître un mot, c’est d’abord analyser sa chaîne de lettres et y repérer des combinaisons de lettres (syllabes, préfixes, suffixes, racines de mots) pour enfin les associer à des sons et à du sens. C’est seulement parce que ces opérations ont été automatisées par des années d’apprentissage et se déroulent en parallèle, hors de notre conscience, qu’a pu persister pendant tant d’années l’hypothèse naïve d’une lecture immédiate et globale. […] p 28-29

 

(4) : « Lorsque nous ânonnons B.A. – BA, le planum temporale apprend progressivement à reconnaître les correspondances entre  la sonorité et l’apparence des lettres. A l’âge adulte, ces liens entre graphèmes et phonèmes s’automatisent et prennent la forme d’un véritable réflexe de conversion des lettres en sons. » p 152.

« … la communauté scientifique. Pour les uns, le passage par le son est essentiel – le langage écrit, après tout, n’est qu’un sous-produit du langage oral et nous devrions donc toujours passer par la voie des sons, ou voie phonologique, avant d’en retrouver le sens. Pour les autres, le passage par la phonologie n’est qu’une étape initiale, caractéristique du lecteur débutant. Chez le bon lecteur, la lecture efficace passerait par une voie directe ou voie lexicale, en ligne directe depuis la chaîne de lettres jusqu’au sens du mot. Aujourd’hui, un consensus se dégage : chez l’adulte, les deux voies de lecture existent et sont activées simultanément.» p 53.

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Les neurones de la lecture.

 

Cliquez pour avoir accès à la conférence. 

 img-1-small480.jpg

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Pour aller plus loin...   

(Médiation phonologique, Accès lexical et contrôle oculomoteur en lecture.)

 

Lille 3.


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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 07:15

« Qu'est-ce en effet que les classiques 

Le-savoir.JPGsinon les plus nobles pensées enregistrées de l'homme ? »

Henry David Thoreau (1).

 

 

« L’avenir ne sera pas maudit, 

nous y avancerons par la recherche, 

dans la douleur et l’espoir. »  

Cédric Villani.

 

 

 

Etienne Klein était en train d’expliquer la théorie de la relativité devant un parterre de centraliens – il faut bien le dire peu enthousiastes …

 

 

Lorsque soudain, dans la salle un bras se lève. 

Le professeur s’empresse de lui donner la parole.

- « Monsieur, intervient l’élève, je ne suis pas d’accord avec la théorie de la relativité d’Einstein ! »

Surprit et enthousiaste, l’enseignant l’invite à développer sa pensée. L’étudiant aurait-il trouvé une faille dans l’enchaînement mathématique ? Aurait-il perçu une contradiction dans les termes ?

Et bien non.

Et à l’étudiant d’annoncer du haut de sa suffisance :

« Je suis pas d’accord.

- Bien pourquoi ? Insiste Etienne Klein.

- Non, vraiment, je ne sais pas mais… Einstein je ne le sens pas … Et puis son équation, je n’y crois pas. » 

 

 

Qu'est-ce que c'est que cette pensée où le travail est absent, tout entraînement superflu, sans échec possible ? 

 

Ici, ce qui est significatif, c’est l’idée – somptueuse - d’une réussite sans contrainte. Sans affrontement. Sans rendez-vous avec le savoir. 

On sent la comédie cachée derrière ce beau – ce grand objectif. Une illusion. Une chimère. La conviction intime de vaincre sans l’aide de quiconque.

 

Mais – au reste – cela est-il seulement possible, cette idée d’une pensée solitaire et constructive ?

 Cedric-Villani.jpeg

Prenons l’exemple de Cédric Villani, médaille Fields en mathématiques déjà évoqué sur ce blogue. Son excellence, se situe moins dans sa capacité prodigieuse à résoudre des équations que dans sa « manière de voir les choses ». Il y a les matheux – explique-t-il – mais comme toute personne lucide – en prise avec le monde et sa complexité - il connaît ses points forts et ses faiblesses (Toutes choses étant relatives par ailleurs.). 

« Je trouve des connexions entre les questions qui ne semblent pas en avoir. » Mais ces connexions, ces liens, il ne les trouve pas seul. « J’ai pris plusieurs embranchements inattendus – ajoute-t-il - au gré des rencontres avec des matheux travaillant dans d’autres domaines. Il faut être curieux, tenace et imaginatif. » 

 


Ainsi, nous le voyons, l’idée du chercheur solitaire planqué dans sa tour d’ivoire est un mythe.

 

C’est le mythe du « self-made-pensée » – 100% vue à la TV, série made in USA. Peut-on se faire seul ? Sans l’aide de personne ? Le jeune philosophe Cédric Lagandré le self-made-man n’est pas un homme. Il développe : « selon Aristote il n'est pas humain : seul l'animal « se fait seul », c'est à dire non pas « librement », mais sans monde en partage, et précisément ailleurs il ne se fait pas. » (2) p 85-86.

 

Nous sommes le fruit de notre culture. Comme tout le monde, le chercheur a ses préjugés, ses idées reçues, ses convictions. Ce dernier aura spontanément tendance à s’intéresser aux travaux qui vont dans son sens. Un moyen de ce prémunir du solipsisme est de parler, communiquer, échanger avec d’autres chercheurs. 

 

Cédric Villani évoque clairement sa place au sein d’une communauté de chercheurs. Les publications, les colloques ont ces fonctions de dialogues actifs, d’échanges contradictoires constructifs.  

 

En outre, un chercheur fait partie d’un laboratoire, d’une équipe. Ainsi n’est-t-il pas rare qu’un chercheur finisse les travaux de ses prédécesseurs.

« .. en 1854, Rayer et Davaine observèrent des bâtonnets cylindriques dans le sang serenpiditecouvertured’animaux morts du charbon, mais cette observation ne mena à rien tant qu’une connexion ne fut pas établie avec une autre observation, celle de Pasteur, qui remarqua que le même bâtonnet était l’agent de fermentation du beurre. » p 59 De la sérendipité, dans la science, la technique, l’art et le droit – Leçons de l’inattendu – Pek van Andel, Danièle Bourcier. 

 

      Nous sommes un maillon.

Or un maillon fait toujours partie d’une chaîne. Il n’existe pas de maillon seul, « Il faut savoir – écrit la professeur de philosophie Hansen-Love , citant Hegel - que la progression de la culture ne peut être regardée comme le calme prolongement d'une chaîne, aux maillons précédents de laquelle les maillons suivants seraient rattachés - certes, de telle façon qu'il soit tenu compte de ceux-là - mais en raison de leur matière propre, et sans que ce travail ultérieur soit mis en perspective sur le premier. »

La philosophe – toujours citant les 'Textes Pédagogiques' -  poursuit : « la culture doit nécessairement disposer d'un matériau et objet préalable sur lequel elle travaille, qu'elle modifie et élève à une forme nouvelle. » (Trad. fr.. Bernard Bourgeois ,( 1811)in Textes pédagogique Paris, Ed. Vin, 19781978, p 82)

 

Einstein fait suite à Lavoisier, connaissait les travaux de Poincaré (pas le président, Henri, son cousin.) etc.

Etienne-Klein.JPG

 

Il va de soi qu'« Aucune pensée n'est jamais isolée »(3) Lucien Jerphagnon le montre tout au long de son livre dédié à l'Histoire de la pensée. « Il y avait bel âge que l'Antiquité avait posé que de nihilo nihil fit, que de rien, rien ne sort – et on savait dire pourquoi.(4)» La pensée est le fruit d'une histoire, c’est une construction. En philosophie, comme dans d'autres matières, les élèves s'inspirent des pairs « fondateurs », les lisent, les analysent, fournissent des objections, enfin, conçoivent leur propre opinion philosophique. 

 

« Nos théories n'ont donc rien de neuf; - souligne Plotin, au IIIème siècle - elles ont été énoncées il y a longtemps... (5)» On a tout à gagner de ce partage. On a tout intérêt à cultiver l'échange, à apprendre des autres plutôt que de se contenter de ce que l’on sait ou croit savoir, de ce que l'on fait ou croit bien faire. Aussi, qu'on se le dise, imiter le meilleur de ce que nous a donné la culture humaine, toucher du doigt leur pensée, sans la déformer ni la trahir, saisir les subtilités, sans prétention, en toute humilité, sans être soi-même Rimbaud (premier en versification) ou Verlaine, échanger sur ce qui cela nous inspire, serait peut-être déjà pas si mal comme objectif, non ?  

 

 Ensuite, fort de cette réflexion - «  il arrivera que le cadre de ces grandes pensées, révolues mais toujours influentes, fournisse à tel penseur de première grandeur le principe organisateur de son propre génie... » (6) Lucien Jerphagnon.

 

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(1) Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, L'imaginaire Gallimard, 2009, Mesnil-sur-l'Estrée, p 119.

(2) Cédric Lagandré, La société intégrale, climats, Paris, 2009, ISBN : 978-2-0812-2014-6. 

(3) Histoire de la pensée. Lucien Jerphagnon, P 226.

(4) P 376, op. Cit.

(5) P 228, tiré des Ennéades, V, 1,8).

(6) P 228, op. Cit

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      E = MC2 ?

 

 

 

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:19

Portrait-de-Charles-IX--1561-1574--par-Francois-Clouet--Mu.jpg

C’est le 1er mai de l’an 1561 que Charles IX décida d’offrir du muguet en guise de porte-bonheur.

 

 

La reine mère, Catherine de Médicis n’y vit rien à redire, le cadeau – pour le coup - ne coûtant rien à la couronne.

 

Ce que l’on sait moins, c’est que le peuple – affamé et heureux d’un tel présent  – associa cette fleur à sa soupe.

 

Jean Teulé écrit à propos de : Jean-Teule.gif

 

Charly le bon, Charly le maudit :

       ” — Voulez-vous du muguet ? C’est de la part de Notre Majesté qui ne boit que de l’eau où trempent des fleurs…

Assis sur son banc et dos à un misérable lit de feuilles de châtaignier, un père squelettique, qui portait la cuillère à sa bouche d’un air rien moins que soumis, râle après Charly 9 :

— Pour une fois qu’il nous file à bouffer, celui-là !… Donnes-en une poignée, soldat, pour mettre dans la soupe.

Le père répartit également les clochettes et les feuilles de porte-bonheur dans chacune des écuelles de sa famille en calculant :

— Toujours ça de plus à becqueter !…

Puis ils se remettent à manger mais soudain suffoquent, tombent, les yeux révulsés. Ailleurs, c’est une mère qui fait boire à son tout-petit l’eau du gobelet où elle avait plongé la tige d’un brin :

— Allez, ça masquera l’odeur de vase de la Seine. Encore une gorgée pour Notre Altesse !

L’enfant devient violet, tétanisé. Des gens vomissent contre un mur orné d’un graffiti : « Roi de rien ! » Ils ont cru agir tel le monarque en mangeant leur porte-bonheur ou buvant l’eau des fleurs sauf que le muguet est particulièrement toxique. Tige, feuilles, clochettes, sont mortelles sitôt ingérées. D’une agression voisine de la digitaline, même l’eau où a plongé ce porte-bonheur enflamme la gorge, provoque des nausées, diarrhées immédiates. Panique respiratoire, augmentation fantastique de la pression artérielle, on meurt vite d’un arrêt cardiaque. C’est une hécatombe dans Paris.

— Ah, nom de Dieu de nom de Dieu ! Palsangué, vertuguoy, taguienne !…

Sous une frise de pierre où s’insèrent des enfants joueurs tenant des guirlandes fleuries, Catherine de Médicis passe, catastrophée, dans le couloir au rez-de-chaussée du pavillon des reines :

— Bon, le coup du muguet pour le 1er mai, ça aussi c’est une idée… il va falloir l’oublier et le mieux serait qu’en fait le roi retourne à la chasse.

— Oh, morte couille ! Je n’aurai donc jamais de repos ! Quoi ! Toujours des troubles !

Charles_IX---Francois-Clouet---1570---Paris--BNF--Estampes.jpg

Le monarque, dans le même pavillon que sa mère, grimpe à l’étage vers les appartements de sa femme :

— Trop heureux le mortel qui peut cacher sa vie ! Le trône est souvent chargé d’infortunes ! “

 

 

Le roi atteint d’hématidrose – la sueur de sang - une maladie des humeurs qui ne lui porta guère bonheur mourut à l'âge de 23 ans.

Moralité :

Doit-on offrir du muguet à son pire ennemi ?

                                                                     A vous de voir…

 

 

Quoi qu’il en soit, bon premier mai à tous ! 

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L'express - Jean Teulé.

 


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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 08:39

« L’avenir de l’humanité reste indéterminé, 

Agnes-Obel.jpgparce qu’il dépend d’elle. »

Henry Bergson (1932) 

 

 

 

 

Au fond, il y a dans la vie un processus insaisissable – des évènements improbables -  quelque chose d’intangible, d’absolument incertain.

 

 Piou-Piou fait partie de ce mouvement. 

 2002-05-07---Piou-Piou-02.jpg

      Tombée d’un nid situé à huit mètres de hauteur, déplumée, à peine visible dans l’herbe, tout espoir de vie semblait s’être envolé pour elle.  

 

C’est le destin ?

On le dit. On avance ces paroles évidentes : il n’y a rien à faire. « Sois réaliste ! »

Le réaliste - c’est simple - c’est celui qui vous susurre les bornes et limites de la réalité, celles bien entendu à ne pas dépasser. Son jugement est authentiquement vrai puisqu’il découle d’une adéquation entre l'idée et la chose. La voix de la raison, quoi.

 

La preuve ? On l’avance sans plus tarder :

 

Primo : C’est un oisillon petit et misérable. Dont l’image provoque même une certaine répulsion.

Secundo : Les oisillons ont des besoins spécifiques.

Tertio : Tu n’es pas un moineau.

Conclusio : Le moignon est condamné à mort – CQFD ou équivalent latin : QED, « quod erat demonstrandum » (ceci fait toujours mieux lors d’un repas).

 

Le plus extraordinaire, c’est que nous nous conformons au verdict. Aucune pitié. L’esprit s’encage.

Non par suivisme ou esprit moutonnier – non – trop simple. 

Plus probablement dans le domaine de l’esprit ou de l’intellect, sommes-nous avides de causalité. En ce sens, nous recherchons des liens logiques, de ceux notamment nous prouvant le bien fondé de ce que nous avons fait, confortant la validité de nos choix, affirmant que nous ne nous trompons pas. 

 

Si ces pensées semblent rationnelles, nous évitent des situations possiblement tragiques, faire face à une quelconque déception, alors nous la faisons nôtre sans peine. Après tout, nous sommes des animaux sentimentaux.

 

La réalité la plus importante pour la pensée, la base vitale dont elle jaillit elle-même, est l’  « ordre concret et efficace de la vie ». Cet ordre, à son tour, est mieux compris à travers les structures particulières économique et politique sur lequel il est fondé. » écrit Hannah Arendt dans ‘La philosophie de l’existence’ (1) p 46. 

 2002-05-07---Piou-Piou-01.jpg

Or l’ordre concret et efficace de la vie, on ne tarde pas à en percer les secrets.

C’est la fatalité – le struggle for life – poussé hors du nid en raison de sa faiblesse, il ne lui reste qu’une alternative : mourir. Après tout n’est-ce point là « La loi de la sélection naturelle » celle où l’inadaptation périt où seule l’adapté survit. 

 

Laissons faire la nature, se dit-on la voix pleine d'une lassitude défaite. Darwinisme social (2), oblige. Quand bien même pense-t-on agir, essayer, tente-t-on de sauver le pauvre animal, que l’on observe votre belle énergie l’œil plein d’une acide ironie. 

 

Aussi, ça coule de source. 

Il faut clairement se rendre à l’évidence : vouloir sauver ce volatile est une folie.

 

                                         … L’évidence même !

2002-05-15---piou-piou-sur-l-ordinateur-03.jpg 2002-05-15---piou-piou-01.jpg

 2003-02-15---piou-piou-04.jpg

 

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(1) Hannah Arendt – La philosophie de l’existence et autres essais. Bibliothèque philosophique Payot.

 

(2) Le darwinisme social –  Jean Gayon. 08/03/2011 dans l'excellente émission des nouveaux chemins de la connaissance.

Darwinisme social : c’est une idéologie, explique clairement Jean Gayon dans les nouveaux chemins de la connaissance.

On appelle Darwinisme social, un système de pensée  construit par Spencer et qu’on appelle « l’idéologie du laisser-faire ».

Une extension aux phénomènes politiques, sociaux de la compétition et de la lutte pour la vie.

 

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Free as a bird

 

Libre comme un oiseau, c'est la meilleure façon d'être.

      .... 

Pouvons nous vraiment vivre sans l'autre ?


Se sentir si libre.

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For the Birds – Pixar... Aucun rapport, mais bon... gentiment drôle.

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 17:22

MOONSHADOW.jpg

 « La poésie,

c’est quand ça chante dans la voix.

Lire,

c’est quand ça danse dans la tête. » 

Elodie, élève de CLIS.


 

A V., merci.

 

      Dans l’heure flottante du jour en devenir, les jambes sportives de Vincent Safrat chevauchent d’un pied léger le vélocipède du savoir.

 

La luminosité est magnifique, aveuglante à souhait. Vincent Safrat se dresse, mains serrées à fond sur le guidon, descend vers le monde. 

 

Pour aller où ? 

Droit devant !

          Sur le chemin de l’ « Omnia in omnibus », tout est dans tout.

 Il avale les pavés d’un trait, se fraye un passage sur la route chaotique et pleine d’embûches du monde de l’édition. 

      « Au cours de ses promenades, il s’attachait toujours à faire surgir des innombrables reliques de la vieille cité une image vivante et cohérente des siècles passés. Sa demeure, vaste bâtisse de l’époque des rois George, se dressait au sommet de la colline abrupte… » Lovecraft, L’affaire Charles Dexter Ward.

 

De loin en loin c’est le bruit du papier qui raisonne.

      Les œuvres suspendues aux porte-bagages avant et arrière, flottent, frappent, balafrent, disloquent l’espace. Le faisceau lumineux des étendards contrent la misère. 

La culture se projette sur l’asphalte. 

       Vincent Safrat calcule combien d’œuvres il pourra imprimer, distribuer, partager, en lieu et place des tarifs prohibitifs.

Le pari est risqué. La tâche phénoménale. Personne ne misera sur lui.

      Son visage : Les ’indices de résistance, Le visage d’un homme sur la brèche, image flottante de l’équilibriste. Singulièrement calme, les yeux couleur tempête.

Il se sent bien. 

Ouais, il gagne du terrain… 

 
Vincent Safrat, l'editeur social - Ma-Tvideo France3
Vincent Safrat, l'editeur social

Un livre feuilleté, ce n’est pas le virage décidé d’un élève fatigué mais le bâillement en éveil d’une pensée en marche, laquelle se laisse guider par les lignes.

      La lumière clignote sur des visages enfantins imbibés de joie.

 

Une société démocratique – énonce Cynthia Fleury, reprenant Karl Popper « doit considérer « la défense des enfants » comme un principe de structuration politique. Pour Karl Popper, c'est, même là « ce que nous avons de plus précieux »(1). Or défendre les enfants relève davantage d'une attitude offensive que défensive, dans la mesure où il s'agit de leur donner le meilleur de nous-mêmes, d'avoir sur eux la meilleure des influences intellectuelle et morale. En un mot, les défendre, c'est les éduquer, c'est prémunir la démocratie de ses dérives entropiques. »  (2) P 247 – 248

 Agnes-Obel-ange-lecture---2.-jpg.jpg

« Les mots - des mots anglais regorgent d’écoutes, de souvenirs et d’associations. Ils ont beaucoup voyagé sur les lèvres des gens, dans leur maison, dans les rues, dans les champs pendant de si nombreux siècles. Et c’est là que réside la difficulté principale lorsqu’il s’agit de les utiliser aujourd’hui. Ils sont chargés de tant de sens et de souvenirs. Ils sont reliés si souvent entre eux. Pensez à ce que cela pourrait signifier si l’on pouvait enseigner et par là apprendre l’art de l’écriture. Chaque livre, chaque journal serait détenteur de vérité et capable d’engendrer la beauté. On se rendrait cependant compte qu’il existe des obstacles pour nous barrer la route dans l’enseignement des mots. Ils sont la plus sauvage, la plus libre, la plus irresponsable et la moins transmissible des choses. Nous pouvons bien sûr les regrouper, les trier, les ranger dans les dictionnaires par ordre alphabétique. Mais les mots ne vivent pas dans les dictionnaires, ils vivent dans l’esprit. »

Virginia Woolf. 

 

Alba - Anne-catherine de Boel.

 

Défendre les élèves, c’est leur offrir ce qu’il y a de mieux. Offrir l’excellence, ce qu’il y a de plus haut. "Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule, mais d'élever la foule vers l'élite." Gustave Le Bon - 1841-1931 - Hier et demain

Leur offrir tels les mots de Virginia Wolf «…une beauté différente… le passage de l’esprit  à travers le monde… une totalité constituée de fragments frémissants. »   Des textes qui nous saisissent au corps.

 Le ciel est joli comme un ange, de V.

 

Virginia Woolf : 

« Elle aurait pu marcher de la sorte jusqu’à s’égarer complètement si elle n’avait été Alfonso.JPGinterrompue par un arbre qui bien que ne poussant pas sur son chemin, l’arrêta de façon aussi radicale que si les branches l’avaient frappé au visage. C’était un arbre ordinaire mais il lui apparut à elle, étrange au point qu’il eut pu être le seul arbre au monde. Sombre était le tronc en son milieu et les branches s’élançaient ça et là ménageant entre elles des intervalles d’ombre et de lumière aussi distincts que s’il eût à l’instant même surgi du sol. Ayant procuré une vision propre à l’accompagner une vie entière et à préserver cet instant une vie entière. Cet arbre retomba au rang des arbres ordinaires et elle put s’installer sous son ombrage et cueillir des fleurs rouges aux délicates feuilles vertes qui poussaient au dessous de lui. Elle les déposa côte à côte, fleur contre fleur, tige contre tige, les caressant. Car dans cette promenade solitaire les fleurs et même les petits cailloux sur le sol avaient leur vie et leur disposition propre. »

 

Impressions gommées des lecteurs étourdis par les prix…. 

 

Le pari est gagné.

 

« Les mots ne vivent pas dans les dictionnaires, ils vivent dans l’esprit. »

Virginia Woolf.

 

 

Cette exquise beauté… du texte, ce frémissement… 

 

Agnès Obel.

Au bord de la rivière.

 

Au bord de la rivière par les bateaux

Où tout le monde se rend seul

Où tu ne verras aucun soleil levant

Au bord de la rivière nous voyagerons

 

Une fois sur l'eau que nous buvons jusqu'à la lie

Regarde les pierres sur le lit de la rivière

Je peux voir à tes yeux

Que tu n'as jamais été au bord de la rivière

 

Au bord de l'eau du lit de la rivière

Quelqu'un t'appelle, quelqu'un dit

Nage avec le courant et flotte au loin

Au bord de la rivière chaque jour

 

Oh mon Dieu, je vois comment tout se déchire dans cette profonde rivière

Et je ne sais pas pourquoi je vais dans cette direction

Au bord de la rivière

 

Quand cette ancienne rivière étendue passe sous tes yeux

Pour laver la saleté sur le bord de l'eau

Va dans l'eau si proche

La rivière sera vos yeux et vos oreilles

 

Je marche vers les limites de mon plein gré

Tomber dans l'eau comme une pierre

Gelée jusqu'à la moelle des os

Pourquoi dois-je aller là toute seule

 

Au bord de la rivière

Au bord de la rivière

 

 

 

Ne laissons pas la bicyclette brûler.

En ces matins de désaffiliation des liens et de confusionnisme intellectuel, tenir le cap du remarquable, de l’excellence, offrir le meilleur au plus grand nombre,  ça a tout de l’extraordinaire.


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(1) Karl Popper, La leçon de ce siècle, Jacqueline Henry et Claude Orsini, Paris, Anatolia Editions, 1993, Pp 72-73

(2) Cynthia Fleury, Les pathologies de la démocratie, Fayard, 2005, ISBN : 2-213-62322-8

 

      ------------------------------------------------

"Lire, c’est s’en sortir"

      Vincent-Safrat---Lire--c-est-partir.JPG

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Le lorgnon mélancolique.

The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore par William Joyce and Brandon Oldenburg (Studios Moonboot)

 

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Présentation

  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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