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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 07:31

« Wittgenstein […] Tractatus, chef d’œuvre aphoristique :

maitreEleve.jpg« Le but de la philosophie est la clarification des pensées. […] La philosophie n’est pas un enseignement mais une activité […]

qui consiste essentiellement en « élucidations ».

Frédéric Schiffter. .(1)

 

"Lorsque les mots précis manquent aux enfants,

c'est le sens qu’ils tentent de donner au monde 

qui s'obscurcit."

      Alain Bentolila.

Chaque année, le temps de la rentrée est également le temps des comparaisons.

C’est l’époque où les études s’affrontent : cette fois, c’est sûr : le niveau des élèves baisse. Les accroches journalistiques ont du style, se répètent, se recopient à l’envi…

Ils ne savent plus lire, plus écrire, plus compter !

On mesure l’originalité de l’article dans les exemples : un élève de terminale est incapable de déchiffrer un texte de CP !

On sait à quoi s’en tenir. Le propos est étayé de cas précis, exposés sans enjolivures. Les manques scolaires des adolescents sont éloquents, parlent d’eux-mêmes. Ils ne comprennent pas le sens d’une question simple ! Le vocabulaire employé avoisine les 45 mots. La syntaxe est hachée, maladroite, à peine compréhensible.

Le décor est planté. 

 

 

      Pour ajouter au débat ou alimenter la polémique, selon, soulignons combien les atermoiements sur une baisse de niveau, réelle ou supposée, ne datent pas d'hier.

Socrate, déjà, fustigeait la déchéance de la jeunesse, son manque d 'éducation.

L'ironie veut qu'il ait été condamné à mort au motif d'être venu « corrompre les jeunes gens ».

 

Bref, immanquablement, le terme d'illettrisme, mot inventé en 1979 par ATD quart monde, refait surface (3).

On passe à l'analphabétisme avec virtuosité. A n’en point douter, les deux substantifs sont utilisés l’un pour l’autre, en une même réalité (4).

On fait l’économie d’une explication de texte. L’ambiguïté est savamment entretenue par ceux qui s’étonnent du manque de discernement des élèves d’aujourd’hui. Le bon usage des mots s’efface sans gêner le moindre professionnel - pourtant garant du bon usage de la langue. Le discours fait mouche, déchaîne les passions. Les exemples invoqués sont à couper le souffle. Tout le monde est convaincu. Pas de doute : le niveau baisse !

A charge, ensuite, aux professionnels de relativiser les résultats. Les uns discutent sur la nature des tests effectués. L’argument est recevable, les critères d'appréciation ayant changé avec le temps...

Aujourd'hui savoir lire, c'est comprendre un texte, écrire équivaut à savoir rédiger. Au début du siècle, savoir écrire équivalait à écrire correctement sous la dictée ou encore, savoir orthographier sans fautes. Savoir lire, c'était mettre le ton... Les autres invoquent la massification de la scolarisation « Jamais les citoyens français n’ont été aussi diplômés. Jamais une génération n’a pu porter au baccalauréat une proportion aussi grande de ses individus depuis sa création sous Napoléon, le 17 mars 1808. De 59 287 admis en 1960, nous sommes passés à plus 520 000 depuis 2006. »(5)

L’argument, lui aussi est acceptable, car enfin, il faut bien admettre qu'autrefois, le non admis au baccalauréat (ceux au-delà des 60 000 en 1960) se résignaient à sortir du système scolaire, n’étaient donc pas évalués. Pourtant, à l'évidence, un phénomène de déclin de certaines acquisitions existe bel et bien. « Parce qu'ils ne lisent pas très bien, parce qu'ils manquent de vocabulaire. » (6), constate Danièle Sallenave. Le malaise est palpable. A classe d'âge égal, les élèves scolarisés actuellement produisent davantage d'erreurs orthographiques.

Des études récentes relèvent cette réalité préoccupante alors qu’elles défendaient la proposition inverse jusqu’à récemment.

Ce phénomène enclenché dans les années 1990 s'explique aisément :

Du côté de l’école, on peut observer principalement :

- la multiplication des matières (anglais, informatique dès le primaire... Le temps n'étant pas extensible, il y a bien des matières qui ont dû « souffrir » de cet ajout. Manifestement, l’une des principales étant le français),

- une grammaire et orthographe parfois délaissées (ce n'est pas toujours plaisant à travailler tant pour l'élève que le maître),

- l'abus de photocopies (il y a tant à dire quant à l'usage de la photocopie... j’y reviendrai).

Du côté des élèves, on observe :

- la disparition des livres au profit des jeux vidéos (L’écrivaine Danièle Sallenave s’est inspirée de ses interventions en collège et lycée effectuées dans le Sud de la France pour marquer – et s’inquiéter – de ce phénomène visible de désaffection de la lecture. Son livre intitulé : « Nous, on n’aime pas lire. », cf bibliographie, dresse un constat peu rassurant pourtant non dénué d’espoir.) .

 - la généralisation de l'utilisation d'un langage "simplifié" dit "SMS".

les-lettres-s-envolent.jpg

Cependant, dresser un constat ne suffit pas. Analysons les chiffres de près. Que constate-t-on ? Sur ces 3 100 000 personnes en situation d'illettrisme, la moitié a plus de 45 ans. (7)

En contradiction avec l'observation précédente, le gros du score d'illettrisme enregistré n’est pas attribuable aux jeunes (n’incombe donc pas au système scolaire présent).

Mais - contre toute attente – est imputable aux personnes âgées de plus de 45 ans (donc issues du système scolaire précédent.)

Un analyste de mauvaise fois en déduirait l’inefficacité de l’école d’antan - de la « vieille école ». Cela démontre - affirmerait-il avec une conviction sans faille - et ce de manière chiffrée (sous-entendue scientifique) que l'école moderne est bien plus efficace !

Là encore, gardons-nous des interprétations rapides. Il nous manque une information essentielle : Ces illettrés, nés avant 70, qui sont-ils ?

Ont-ils bénéficié d’une scolarité courte, moyenne ou longue ? Sans cette information, aucune supputation, aucune explication n'est possible.

 

En l’absence de réponses, des chercheurs volent à notre secours. Suite à des études abondantes et rigoureuses, dressant des hypothèses, des analyses fondamentales. Des informations qui portent à réfléchir, aident à saisir ce qui se joue. L’une des idées enrichissantes est celle décrite par Britt-Mari Barth.

Contrairement à l'opinion commune, souligne-t-elle le savoir n'est pas constitué une bonne fois pour toutes, immuable. La chercheuse s'étend sur les difficultés afférentes au savoir, rappelle les principes dont il est porteur. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... »(8)

Il s'agirait donc d'une construction personnelle, évolutive... Et qu'en est-il de son caractère posé, assuré, définitif ? ... Le savoir pourrait-il être comparable à un bâtiment non entretenu qui – pour le coup - se désagrégerait avec le temps, s'abîmerait, se fissurerait ? Le savoir serait-il réversible ? C’est-à-dire en progression avec l'entraînement et, à l'inverse, régressif sans ?

Ainsi, les règles de grammaires s'oublieraient-elles peu à peu, doucement ?

Pour le savoir, il n'est qu'à vouloir passer un concours tardivement (ce qui est mon cas - ayant baigné dans le monde ultra-libéral du prêt-à-penser féminin près d'une décénnie.), ou plus familièrement, il suffit de se (re)plonger dans la leçon de son enfant pour mesurer les affres de la mémoire.... « Comment faisait-on cet exercice, déjà ? … C'est quoi, déjà, ce théorème ?... C'est quoi cette querelle entre les anciens et les modernes ?... Ah, oui, je me rappelle ! » Heureusement, nous nous inclinons (discrètement, le plus souvent) sur la leçon, le cahier, le livre et – miracle - les souvenirs, les règles reviennent. L’honneur est sauf.

Autre résurgence du phénomène :

Les émissions où un enfant de 10 ans triomphe de savoirs adultes, remporte la palme des connaissances.

 

 

De quoi enorgueillir des générations d’enseignants.

Une belle revanche, finalement, non ?

Alors, l’élève « dizenaire » serait-il un « surhomme » ?

La réalité est plus triviale. L’enfant chéri est préparé au « programme », poursuit un travail actif, une préparation (un conditionnement ?) tout bau long de l'année. L'autre, doit se contenter de multiplier les souvenirs. Or, remettre en place d'anciennes connaissances, de vieilles procédures est coûteux en temps et en énergie. Aussi, ne nous y trompons pas, si l'activité cérébrale n'est pas sollicitée sur le sujet de référence, si la pensée n'est pas activée, la potentialité à répondre rapidement, correctement à une question sera moindre.

En outre, le lien entre «entraînement » et résultats ne doit pas être sous-estimé non plus. Stanislas Dehaene est là pour nous le rappeler, les neurones "inactifs" ou "mis en sommeil" sont "recyclés". Les savoirs seront donc oubliés.

 

Au reste, à la question "Le niveau baisse-t-il ?" La réponse du sociologue François Dubet est sans appel :

                                                     Oui, il baisse. 

francois-Dubet.JPG 

En raison de la massification, le niveau des élèves a baissé.

Plus inquiétant encore : les écarts se creusent.

 

Nous venons d'entrer dans une aire paradoxale où la maîtrise du français formel est moindre, certes, et pourtant n'exclut pas un désir d'écrire démultiplié.

La vigueur de ce phénomène se mesure à l'aune du nombre de livres reçus par les éditeurs. Les éditions « Actes Sud », par exemple, reçoivent pas moins de 500 désirs d'être publiés par jour, ce chiffre ne faisant qu'augmenter année après année.

C'est naturellement l'informatique et l'utilisation de logiciels de traitement de texte simples, efficaces qui favorisent ce phénomène. Tout à chacun aimerait avoir son heure de gloire, devenir un écrivain. Le déluge de livres soumis aux éditeurs, prouve - quoi qu'il en soit - de belles aspirations de principe, une belle vigueur d'écriture. Un désir de communiquer quelque chose. De demeurer ancré dans le présent par le biais de l'écrit. De quoi rester optimiste ?

Pas sûr...

      Chaque sketch d'humour recèle des vérités partielles. 

Ainsi, les écarts se creusent - les insuffisances orthographiques deviennent criantes - la vidéo humoristique d'Isabeau de R. recèle des réalités palpables, observables.

1) Un manque de respect croissant.  

2) Des lectures inexistantes.

3) Une pauvreté accrue du langage oral et écrit.

Face à ce constat préoccupant, il convient de mettre en place des parades, des stratégies, des dispositifs (Y compris la bonne vieille dictée, je le développerai.) pour fournir des alternatives, des gouvernails au bateau dérivant. D'en revenir à l'acquisition de concepts, d'outils pour ce qu'ils sont : une aide au pouvoir de l'expression, un médium propice à véhiculer des idées, des opinions, un moyen de se confronter les uns les autres. Y compris sa rébellion d'adolescent.

"Alain Bentolila cite cette «loi simple» de la linguistique: «Moins on a de mots à sa disposition, plus on les utilise et plus ils perdent en précision. On a alors tendance à compenser l’imprécision de son vocabulaire par la connivence. La pauvreté linguistique favorise le ghetto; le ghetto conforte la pauvreté linguistique.» L’enjeu des premières lectures est donc aussi celui de l’expression, et de la compréhension…" nous rappelle à juste titre Danièle Sallenave.

      

        En ce sens, enseigner les humanités, la maîtrise de la belle langue – au sens Schifftérien du terme – n’est  pas « une coquetterie de réactionnaire ». Il existe effectivement un lien étroit unissant la maîtrise de la langue et le développement d’une pensée pleine et entière. 


"Vivre sans lire, ce serait toujours vivre. Mais comme un corps sans âme. Comme un arbre sans la sève et le vent." Danièle sallenave

Yggdrasil, Peinture attribuée à Oluf Olufsen Bagge.

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(1) Le bluff éthiqueFrédéric Schiffter – J’ai lu, essai, 9089, isbn : 978-2-290-01705-0, p 79..

(3) Illettrisme : Personnes de plus de 16 ans, qui, bien qu'ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire et à comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne et/ou ne parviennes pas à écrire pour transmettre des informations simples. » Source: Enseigner le français n°7, Lutte contre l'illettrisme, lutte contre l'analphabétisme, Yves Guérin, doyen honoraire du groupe de l'enseignement primaire de l'inspection générale de l'éducation nationale.

(4) L'analphabétisme fonctionnel touche des personnes non scolarisées ne sachant pas lire du tout. L'illettrisme exprime une impossibilité à répondre à des questions précises sur un texte, donc est relatif au sens et non au décodage. Les élèves en situation d'illettrisme savent lire mais ne comprennent pas (tout ou partie) de ce qu'ils lisent. Le problème étant de savoir ce que l'on met dans ce tout ou partie...

(5) Perdons-nous connaissance ? Lionel Naccache. P 119 ; L’exemple vaut pour les chiffres avancés, non pour une quelconque prise de position. (6) Danièle Sallenave, nous, on n’aime pas lire , P 75.

(7) Danièle Sallenave, nous, on n’aime pas lire , P 75.

(8) P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 09:27

Portrait-de-Victor-Hugo-par-Leon-Bonnat--1879---conserve-.jpg« L’avenir de l’humanité reste indéterminé, 

parce qu’il dépend d’elle. »

Henry Bergson (1932) 

 

 

« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?

Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?

 

Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;

Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement

Dans la même prison le même mouvement.

Accroupis sous les dents d'une machine sombre,

Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,

Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,

Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer. »

 

Melancholia, Victor Hugo.

"En s'en allant, il emporta la peine de mort avec lui."

Robert Badinter.      

 

Aux combats contre la résignation. 

             A l’éradication de l’humeur méfiante du monde.

Le premier humain était un être à part, un primate « raté » remarque Albert Jacquard, c’est à dire, quelqu'un de « rien », un individu qu’on ne regarde pas, une injure à la « norme ». Toutes les grandes avancées humaines s'arrachent aux déterminismes de leur époque, sont des victoires remportées sur des pensées traditionnelles écrasantes.

Résister au conformisme réclame un certain courage - pas de l’héroïsme - juste l’affirmation d’une différence, juste ne pas laisser dissoudre sa manière de penser dans l’acide de la « bien-pensance ».  

 

Victor Hugo – est un écrivain des travailleurs de l’amer – de la misère. En combat contre les fatalités. Il était ami de Victor Schœlcher

 

Victor-hugo---video.JPG

L’universitaire Arnaud Laster parle des combats de Victor Hugo.

Toute la lyre :

XX Ce que vous appelez

Ce que vous appelez dans votre obscur jargon :

Civilisation du Gange à l’Orégon,

Des Andes au Thibet, du Nil aux Cordillères,

Comment l’entendez-vous, ô noires fourmilières ?

De toute votre terre interrogez l’écho.

Voyez Lima, Cuba, Sydney, San-Francisco,

Melbourne. Vous croyez civiliser un monde,

Lorsque vous l’enfiévrez de quelque fièvre immonde,

Quand vous troublez ses lacs, miroirs d’un dieu secret,

Lorsque vous violez sa vierge, la forêt ;

Quand vous chassez du bois, de l’antre, du rivage

Votre frère aux yeux pleins de lueurs, le sauvage,

Cet enfant du soleil peint de mille couleurs,

Espèce d’insensé des branches et des fleurs,

Et quand, jetant dehors cet Adam inutile,

Vous peuplez le désert d’un homme plus reptile,

Vautré dans la matière et la cupidité,

Dur, cynique, étalant une autre nudité,

Idolâtre du dieu dollar, fou qui palpite,

Non plus pour un soleil, mais pour une pépite,

Qui se dit libre, et montre au monde épouvanté

L’esclavage étonné servant la liberté !

 

Oui, vous dites : Voyez, nous remplaçons ces brutes ;

Nos monceaux de palais chassent leurs tas de huttes ;

Dans la pleine lumière humaine nous voguons ;

Voyez nos docks, nos ports, nos steamers, nos wagons,

Nos théatres, nos parcs, nos hôtels, nos carrosses ! -

Et vous vous contentez d’être autrement féroces !

Vous criez : - Contemplez le progrès ! admirez !

Lorsque vous remplissez ces champs, ces monts sacrés,

Cette vieille nature âpre, hautaine, intègre,

D’âmes cherchant de l’or, de chiens chassant au nègre,

Quand à l’homme lion succède l’homme ver,

Et quand le tomahawk fait place au revolver !."

Victor Hugo.

victor Hugo - 93 - Vidéo

       Edgar Morin (1) insiste sur une valorisation du dissemblable, une protection de la déviance. Penser différemment, prendre position contre la majorité, voilà la véritable formule, voilà une vision du « rebelle » plus réaliste – ma foi dix mille fois plus proche - du courage. 


Olivier Reboul (2) insiste : l’écriture, le style, le talent s’inscrivent dans des propositions  flamboyantes, imprévisibles, non mécanicistes de la langue. L’inspiration réclame une critique, un recul, une implication personnelle, des univers inédits, débordants, provocateurs,  un nouveau rapport au monde, enrichissant, faisant voler en éclat bien des dogmes. La différence – reconnaissons - est probablement une clé, une chance. « Après tout, Mozart, et Beethoven, Rousseau et Nietzsche, Van Gogh et Gauguin furent des inadaptés et leur génie [substituons à génie - je tiens à cette nuance - le substantif « Art »] tient à leur inadaptation elle-même. »(3) 


Naturellement, admettre les cafouillages, entendre les voix discordantes n’est pas rallier les poncifs juvéniles, cautionner les croyances faciles de la différence forcément « géniale », de l’atypisme incompris. Simplement en faire  - froidement, posément – un champ du possible, le voir comme l’émergence d’une possibilité. D’un potentiel peut-être intéressant…

 

Victor-Hugo---dessins.JPG

Certains hommes luttent fort heureusement pour défendre cette position. Ca fait du bien de les entendre : « La société.-  exhorte Jean-Pierre Ollié - à se ré-interroger sur son attention à la prise en compte des  capacités de chacun [...]  Redevenir des humanistes et non pas simplement des techniciens. »  Prendre « en considération l'ensemble de l'individu. » (4)

 

Le sublime ne dépend pas d’un simple raisonnement logique ou d’une éducation banale,

mais constitue une résistance,

une résurgence de l’étrangeté,

un état de guerre contre les évidences. 


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(1) Sciences avec conscience, p 33« il est vrai que le surgissement et le développement d’une idée neuve ont besoin d’un champ intellectuel ouvert, où débattent et se combattent théories et visions du monde antagonistes ; s’il est vrai que toute nouveauté se manifeste comme déviance et apparaît souvent soit comme menace, soit comme insanité aux tenants des doctrines et disciplines établies, alors le développement scientifique, dans le sens où ce terme comporte nécessairement invention et découverte, nécessite vitalement deux conditions : 1) maintien et développement du pluralisme théorique (idéologique, philosophique) dans toutes les institutions et commissions scientifiques ; 2) protection de la déviance. Nécessité de tolérer/ favoriser les déviances au sein des programmes et institutions… ».

 

(2) Olivier Reboul, La philosophie de l’éducation, op. Cit.P 25 «Montaigne et Rabelais, Gide et Proust ont appris la même langue, mais chacun, au delà des clichés, a su trouver son propre style et s’exprimer, lui. »

 

(3) Olivier Reboul, op. Cit., P 24.

 

(4) Jean-Pierre Ollié, France culture, avec ou sans rendez-vous, émission d'Olivier Lyon Caen,  La santé mentale des français, du mardi 3 novembre 2009.

 

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SITES 

 

Culture.gouv.

 

France Culture. Le Choix du noir.

 

@lalettre.com

 

Victor Hugo dessinateur.

 

Nuageneuf - Victor Hugo.


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Ceux qui vivent, Victor Hugo [passé la référence religieuse...]

Une belle interprétation d'Anaïs Gabay

      "Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités,

Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,

Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues !"

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 08:33

L'abolition de l'esclavage -  Sénat

 

« Victor Schoelcher, 

Victor-Schoelcher---portrait-1833----1804-1893-.jpgun des rares souffles d’air pur

qui ait soufflé sur une histoire de meurtres, 

de pillage, 

d’exactions ».

Aimé Césaire, 

introduction à Esclavage et colonisation, 

recueil de textes de Victor Schoelcher, 

P.U.F., 1948.

 

« Evoquer Schoelcher,

 ce n’est pas invoquer un vain fantôme, 

c’est rappeler à sa vraie fonction un homme 

dont chaque mot est encore une balle explosive. [...] 

Schoelcher dépasse l’abolitionnisme 

et rejoint la lignée de l’homme révolutionnaire : 

celui qui se situe résolument dans le réel et oriente l’histoire vers sa fin ».

Recueil de textes de Victor Schoelcher publié par Emile Tersen, 

Presses Universitaires de France, Paris, 1948. 

Aimé Césaire, introduction de Esclavage et colonisation,

 

Dès le XVIIIe siècle, des philosophes engagèrent un débat sur la légitimité de l’esclavage, affirmant haut et fort l’importance de l’égalité entre les hommes, se battant et débattant de leurs droits naturels à la liberté.

Parmi ces philosophes et hommes de pensées célébres, on pouvait compter : Condorcet, Montesquieu, de Mirabeau, de l’abbé Grégoire, de William Wilberforce, de Thomas Clarkson ou encorede Morenas.

 

En 1848, Louis Napoléon Bonaparte abolissait l'esclavage.

 

Pourtant, ce que l’on sait moins, c’est qu’en 1791, les esclaves se révoltèrent violemment.

esclave-puni-de-s-etre-revolte.jpg

La rébellion des Caraïbes obligea les commissaires civils délégués par le gouvernement révolutionnaire à proclamer l’abolition de l’esclavage en août 1793. Mais cela ne s’arrêta pas là. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention étendait la mesure aux autres colonies – la Martinique exceptée, qui était alors occupée par les Anglais – en votant un décret le jour éponyme. Depuis 1794 – donc -  l’abolition de l’esclavage avait cours dans la majeure partie des colonies françaises. 

C’est Bonaparte lui-même – qui - sous la pression des planteurs antillais – le rétablit en 1802

 

Quelques repères chronologiques indispensables afin de s’y retrouver…

 

Victor Schœlcher, autodidacte , mais surtout homme de conviction et de combats méconnu se battit de longues années – envers et contre tous les courants de l’époque, contre tous les préjugés, contre tous les pouvoirs – afin d’abolir ce qu’il appela un « crime de lèse-humanité ».

 

L’homme engagé pour la liberté procéda, bien sûr par étapes, on ne s’attaque pas impunément à de telles conventions historiques, ce qui l’amena à préciser : « Loin de nous cependant, la pensée de bouleverser le monde, de compromettre les intérêts et la vie de tant de colons attachés à l’esclavage »... La « mort » et les « affranchissements successifs » des esclaves mèneraient selon lui à l’extinction de l’esclavage.

Peinture-anonyme-representant-un-groupe-d-esclaves-dans-un.jpg

Schoelcher rédige la pétition pour l’émancipation immédiate publiée par la Société Française pour l’Abolition de l’Esclavage, 1847

      « Nous demandons, Messieurs, l’abolition immédiate et complète de l’esclavage dans les colonies françaises ;

Parce que la propriété de l’homme sur l’homme est un crime ;

Parce que l’épreuve des lois des 18 et 19 juillet 1845 a rendu plus manifestes que jamais l’insuffisance et le danger des moyens prétendus préparatoires ;

Parce qu’aujourd’hui même ces lois ne sont pas encore appliquées dans leur entier ;

Parce qu’on ne peut détruire les vices de la servitude qu’en abolissant la servitude elle-même ;

Parce que toutes les notions de justice et d’humanité se perdent dans une société à esclaves ;

Parce que l’homme est encore vendu à l’encan, comme du bétail, dans nos colonies ; (...)

Parce que la prolongation de l’esclavage porte atteinte aux véritables intérêts des colonies et à la sécurité de leurs habitants ;

Parce que l’abolition, en réhabilitant le travail agricole, y rattachera toute la population libre ; (...)

Parce que l’affranchissement des nègres français entraînera l’émancipation de toute la race noire ;

Parce qu’en vertu de la solidarité qui lie tous les membres de la nation entre eux, chacun de nous a une part de responsabilité dans les crimes qu’engendre la servitude ».

 

Un site exceptionnel - HISTOIRE PAR L'IMAGE - propose une étude de ce tableau :

Cliquez sur l'image pour accéder à l'animation :

Animation - La Deuxième République abolit l'esclavage

 

       BiardAbolitiondel-esclavage1849.jpg

 

L'abolition de l'esclavage (27 Avril 1848). François BIARD (1798-1882) Musée national du Château de Versailles

L'article - La Deuxième République abolit l'esclavage-  de Mathilde LARRÈRE est excellent. 

 

Tableau-de-Johann-Moritz-Rugendas--1835.-Danse-de-la-guerre.jpg

      Danse de la guerre.

La capoeira est un art martial afro-brésilien qui puise ses racines dans les méthodes de combat et les danses des peuples africains du temps de l'esclavage au Brésil. Elle se distingue des autres arts martiaux par son côté ludique et souvent acrobatique ."

 

 

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Des servitudes contemporaines.


      Site de l'Assemblée nationale.

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 08:08

Ne pas tomber dans 

« Le … positivisme plus ou moins naïf 

qui prétendrait se borner à « laisser parler les faits » 

Claudine Cohen (1), p 250.

La méthode Zadig, La trace, le fossile, la preuve 

 

On parle de sciences exactes. 

A priori, quoi de plus banal ? De plus anodin ? De plus fiable ? Que l’histoire écrite avec un grand H ? Apprise par cœur, justifiée au nom d’une vérité - objective et inattaquable. Nous désignons l’histoire comme le plus sûr moyen de nous cultiver sérieusement. Au point que nous l’envisageons sous un joug réaliste, celui de faits « avérés », sous l’angle d’une  « Réalité » historique, incontestable. Nous en faisons un objet de savoir idéal. Une religion. Ne parle-t-on pas des « Grandes Leçons de l’Histoire ? » 

 

Mais tout n’est pas aussi simple. Les faits ne sont peut-être pas aussi objectifs  qu’on pourrait le penser.

Ainsi, partons d’une assertion ô combien ressassée : 

 

1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique.

 

Information réelle ou interprétation subjective ?

 

Le problème est bien celui-ci : c’est celui de la manière dont nous allons formuler l’histoire. 

 

Effectivement 1492 et Christophe Colomb constituent deux faits indiscutables. 

 

Pour le reste...

discovery_of_the_mississippi-de-soto.jpg

 William Henry Powell (Peintre américain 1823 - 1879), Discovery of the Mississippi by De Soto, 1541. 

 

Qu’est-ce qu’une découverte ? 

      « 1)  Action de découvrir, de trouver, de faire connaître ce qui n'était pas connu. La découverte d'un trésor, d'un pays. Faire une découverte. La découverte de la vaccine par l'anglais Jenner. La découverte de l'Amérique, des satellites de Jupiter.

Fig. Chose nouvelle qu'on aperçoit dans un sujet quelconque.

Voyage de découvertes, navigation dont le but est de trouver des terres, des îles, des baies, des roches, ou, en général, des objets qui étaient ignorés des navigateurs, des géographes, des naturalistes. »

 

2) Terme de guerre et de mer. Aller à la découverte, aller en avant d'une armée navale ou de terre pour trouver l'ennemi, reconnaître ses forces et savoir la route qu'il tient.

Par extension, aller observer ce qui se passe.

Il leur fallait tous les jours des voitures pour aller à la découverte, et ils ne découvraient rien. [Voltaire, l'Ingénu, 13]

Être à la découverte, être à la recherche.

Terme de marine. Bâtiment léger envoyé en avant ou sur les ailes d'une escadre, pour observer les mouvements de l'ennemi. Matelot en vigie au haut d'un mât. »    Littré

 

Pour le « Larousse » :

A) Action de découvrir ce qui était caché, dissimulé ou ignoré ; la chose découverte : Découverte d'un trésor, d'un complot.

B) Action de trouver, d'inventer un produit, un matériau, un système nouveau ; invention : Découverte de la pénicilline.

C) Fait de prendre conscience d'une réalité jusque-là ignorée ou à laquelle on n'attachait aucun intérêt ; révélation : La découverte du monde extérieur par le petit enfant.

D) Personne, artiste révélé récemment au public : Une des dernières découvertes de la chanson.

 

Ces définitions se classent en 2 catégories :

 

1) Découvrir ce qui était caché ( 2- A - B – D et 1 pour partie ) ce qui suppose une volonté implicite ou explicite de la personne cherchant. 

L’exemple 1, de la découverte d’un trésor ou de « la vaccine » suppose un acte volontaire de la part du chercheur. De même, la découverte de la pénicilline souvent citée comme un cas exemplaire d’intervention du hasard (sérendipité) est le résultat d’un travail préalable effectué par Alexander Fleming sur les bactéries. 

L’exemple D d’une « révélation musicale » implique un travail singulier et personnel  - une caractéristique - de la personne elle-même qui engendrera sa notoriété.

 

2) Faire connaître – révéler  - ce qui n’était pas connu ( 1, - C ).

Les cadres des définitions C et 1 correspondraient mieux à la découverte telle qu’on l’entend à propos de Christophe Colomb. Quoi que de placer la découverte d’un trésor sur le même plan que la découverte de l’Amérique soit surprenant - pour le moins - voire sujet à caution. En ceci qu'un trésor enfoui est un objet, qui plus est réellement caché au monde, il est en "sommeil", sa découverte et son appropriation sont légitimes, s'en "emparer" ne fait de mal à personne.

La découverte d'un continent est d'un tout autre ordre.

 

L’étymologie précise :

Étymol. et Hist. 1209 a le descoverte « ouvertement, franchement » (Reclus de Molliens, Charité, 29, 7 ds T.-L.); 1595 descouverte « action de trouver ce qui était ignoré ou caché » (Montaigne, Essais, éd. A. Thibaudet, livre III, 5, p. 995). Part. passé fém. substantivé de découvrir*.

 

Trois remarques - de taille - s’imposent. Première remarque :

 

Christophe Colomb n’a pas découvert l’Amérique volontairement.

 

 

Christophe Colomb pensait effectivement trouver une voie plus sûre – ou du moins plus aisée – à fin d’atteindre les Indes. Le voyage sur mer étant – on comprendra pourquoi – moins soumis au brigandage, mais surtout, les voies terrestres faisant l’objet d’octrois ou d’embargos divers et variés de la part des pays traversés. Le commerce étant remis en cause par les turcs, Isabelle se laissa convaincre de la nécessité d’une telle expédition. Il s’agit bien d’une lutte pour l’hégémonie. 

Première leçon, l'inscription narrative de cette erreur, son analyse n'ont pas eu lieu dans l'histoire (ou si peu). L’image du tâtonnement, de l’erreur, succède à l’autre, à une vitesse impressionnante… à une vérité qui nous arrange ?… La proposition a fait place à une autre, plus grandiose, clinquante pour le coup – réjouissante pour les occidentaux que nous sommes. Christophe Colomb – nous autant dire  - avons découvert l’Amérique !

L’assertion suivante : « Christophe Colomb est tombé – par hasard – sur l’Amérique croyant découvrir l’Inde. » serait plus juste. Mais avouez que cela est beaucoup moins « réjouissant ».

Cette découverte « accidentelle » est un exemple – nous dit-on - de  Sérendipité

Soit.

Ce serait l’action de trouver quelque chose d’inattendu. 

Soit.

 

On me rétorquera : peu importe si Christophe Colomb « est tombé sur l’Amérique par hasard », il l’a quand même découverte le premier !

Est-ce vrai ?

 

Deuxième remarque, Christophe Colomb n’était pas le premier.

Dans le sillage des Vikings.

Eif Erikson  Leif vient de découvrir l’amérique qu’il nomme le Vinland (arte)

 

Là encore, les recherches attestent de la fausseté de cette assertion.

Jared Diamond, dans son livre intitulé « Effondrement » rappelle l’occupation Viking de l’Amérique. 

Laquelle a quand même duré  deux décennies. 

La colonisation du « Vinland », littéralement « Pays du vin » par les Vikings est fascinante.

« Les Vikings – écrit Jared Diamond - établirent donc un camp de base sur Terre-Neuve pour y passer l’hiver, afin de pouvoir consacrer la totalité de l’été suivant aux explorations.

Les explorations du Vinland dont l’histoire a conservé la trace furent organisées au départ du Groenland par deux fils, une fille et une belle-fille du même Erik le Rouge qui avait fondé la colonie du Groenland en 984. Leur objectif était de prospecter le territoire, afin d’identifier ce qu’il avait à offrir et d’évaluer son potentiel par la colonisation. D’après les sagas, ces premiers explorateurs emportèrent du bétail à bord de leurs navires, de manière à pouvoir éventuellement établir une colonie permanente dans le pays si celui-ci leur paraissait favorable à leur installation. Par la suite, après que les Vikings eurent abandonné cette idée de colonisation, ils continuèrent d’explorer la côte nord-américaine pendant plus de trois cent ans dans le but de trouver du bois de construction (dont les réserves étaient toujours minces au Groenland) et peut-être d’extraire du fer sur les sites où l’abondance du bois rendait possible la fabrication du charbon de bois (qui lui aussi était rare au Groenland) pour la fabrication d’outils. 

Nous disposons de deux sources d’information concernant ces tentatives de colonisation de l’Amérique du Nord par les Vikings : les comptes rendus écrits et les fouilles archéologiques. Les comptes rendus écrits se présentent essentiellement sous la forme de deux sagas… intitulées La saga du Groenland et La saga d’Erik le Rouge. » p 326 – 327.

 

 

De fait, les vestiges retrouvés ne sont pas minces : 

« Le site de l’Anse aux Meadows, dont la localisation semble correspondre à la description fournie par les sagas  d’un camp connu sous le nom de Leifsbudir est constitué de vestige de six constructions, parmi lesquelles trois vastes résidences pouvant accueillir quatre-vingt personnes, une forge où l’on extrayait la limonite et où étaient fabriqués des clous en fer pour les bateaux, un atelier de charpentier et des ateliers de réparation des navires, mais on n’y trouve ni bâtiment de ferme ni matériel agricole. 

D’après les sagas, Leifsbudir n’était qu’un camp de base dont le lieu avait été choisi parce qu’il permettait de passer l’hiver et de repartir en exploration une fois l’été revenu ; les véritables centres d’intérêts des Vikings doivent bien plutôt être recherché du côté  de ces zones d’exploration qu’on appelle le Vinland. » (2) P 329.

 

 

 

   Pourquoi la colonisation Viking a-t-elle échoué ? 

Les sagas, dit Jared Diamond,  l’expliquent par un manque de tact vis-à-vis d’indiens de plus en plus hostiles. Dès leur arrivée, les Vikings rencontrèrent neuf indiens ; ils en tuèrent huit. Le rescapé revint donc plus tard, accompagné de nombreux autres. « On prétend que Thorvald, agonisant, arracha une flèche de son ventre et déclara : « Il y a de la graisse autour de mon ventre ! Nous avons trouvé un beau pays regorgeant de fruits, mais on ne nous laissera guère en profiter. » (2) p 331 

 

Les vagues de colonisations successives aboutirent toutes au même résultat : les Vikings par manque d’échanges culturels finirent toujours par se mettre les populations autochtones à dos.

       Valhalla Rising, le Guerrier Silencieux. (pour public adulte et vacciné), 

 (Terrible, sombre, magnifique.)

 

On me rétorquera : 

Certes les Vikings ont sans doute été les premiers à fouler le sol américain mais – il y a toujours un mais – ces derniers ne l’ont pas ‘fait savoir’ au ‘reste du monde’, ils n’ont donc pas « Découvert l’Amérique ».

 

D’accord, on veut jouer sur les mots, alors dansons sur les mots !

 

Troisième remarque : 

Christophe Colomb a-t-il fait savoir au reste du monde qu’il avait « découvert » l’Amérique ? 

 

La réponse ne vous surprendra pas, là encore, est négative.

Non seulement Christophe Colomb n’a jamais fait savoir ‘au reste du monde’ qu’il avait « découvert » un nouveau continent, mais plus grave encore, il n’en a jamais eu conscience. La 'découverte' ayant été réalisée après.

 

« En partant – écrivent Pek van Andel et Danièle Bourcieril ne savait pas où il était allé. Il avait cependant vécu la plus grande aventure de tous les temps. Bien qu’il fit quatre voyages aux Indes orientales, il mourut sans savoir qu’il avait découvert un nouveau monde. »  (3) p 95.

 

La définition prodiguée par le Larousse tombe donc.

« Action de découvrir, de trouver, de faire connaître ce qui n'était pas connu. »

 

La règle appliquée aux Vikings, devant – par une honnêteté intellectuelle primaire  - de base - s’appliquer de même à Christophe Colomb. 

Eh bien non, on nous rétorque avec le plus grand sérieux : « OK, il ne l’a jamais su de son vivant… Mais… Mais il est précurseur. APRES LUI LES CHOSES NE SERONT PLUS JAMAIS COMME AVANT ! IL A FAIT PLACE A LA DECOUVERTE DU MONDE ! »

      Rien que ça.   

 

Conclusion : 

      Christophe Colomb est un navigateur qui s’est beaucoup trompé. 

Christophe Colomb n’a pas découvert l’Amérique mais « est-tombé-dessus-par-hasard-en-croyant-trouver-l’Inde-sans-jamais-réaliser-son-erreur. »

 

Il a accosté sur des îles américaines, les bahamas, proches d’un continent non pas désert mais habité de milliers d’autochtones. Des terres non pas inconnues «  du monde » mais juste inconnues de nous, de notre point de vue idéalo – européano – centré.

 

Comme si ce continent n’avait eu aucune forme d’existence avant notre arrivée ! Comme si les indiens (appelés ainsi par la même confusion de l’Amérique avec l’inde) n’avaient pas eu d’historicité propre (Cela a donné la suite que l’on sait.). 

 

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Nota Bene : Précisions importantes !

Le but de cet article n’est pas de trancher si « Christophe Colomb a découvert l’Amérique » ou « n'a pas découvert l’Amérique » - je ne suis pas historienne - le but est d’interroger le sens des mots, sur le sens – profond – des choses. Sur ce qu’entraîne tel ou tel vocable. Là je dispose d'une petite compétence car je puis regarder les définitions du dictionnaire et réfléchir. Essayer de comprendre pourquoi le terme de « découverte » a été utilisé - préféré - à celui par exemple de "trouver" ou " tomber sur" n’est donc pas hors de portée.

La valeur de la philosophie tout comme l’enseignement, à mon sens, se situe dans leurs capacités à interroger, leurs encouragements à apprendre – cette invite à penser.  

C’est-à-dire à aller jusqu’au bout du sens de ce qui est dit, à réfléchir sur les mots, sur leurs implications – à saisir les nuances.

Il s’agit – donc – d’un article destiné aux adultes  et exclusivement à eux.

Ce n’est pas un cours d’histoire, bien sûr.

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(2) Jared Diamond – Effondrement – Folio essais – Malesherbes - 2009 – Gallimard – isbn : 978-2-07-036430-5 

P 292 : "… l’abandon forcé par les Vikings de leur colonie la plus lointaine, le Vinland, vers l’an 1000, après seulement deux décennies d’occupation.

… Lorsque des immigrants colonisent une nouvelle terre et se l’approprient, le mode de vie qu’ils y établissent reprend en général des caractéristiques du mode de vie qui était le leur dans leur pays d’origine ; ils puisent dans un « capital culturel » de connaissances, de croyances, de moyens de subsistance et d’organisation sociale accumulés dans leurs pays d’origine. "

p 325 :" La brève existence de la colonie viking la plus éloignée de l’Atlantique Nord, le Vinland, constitue en elle-même une histoire fascinante. Considérée comme la première tentative européenne de colonisation des Amériques, près de cinq cents ans avant Christophe Colomb, elle a fait l’objet de spéculations romantiques et de nombreux ouvrages. Pour le présent ouvrage et ce qu’il entend montrer, les leçons les plus importantes de l’histoire du Vinland sont celles que l’on peut tirer des causes de son échec."

 

(3) Peek van Andel, Danièle Bourcier - De la sérendipité, dans la science, la technique, l'art et le droit, leçons de l'inattendu - Act Mem, libres sciences, ISBN : 9782355130182.

Editions Hermann. Sérendipité, le hasard heureux (tout dépend pour qui). 

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Pour la classe : Histoire
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Les lapins découvrent l'Amérique :
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Published by Le chêne parlant - dans Histoire - Préhistoire
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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 15:00

« Dieux, souverains des âmes, Ombres silencieuses,

Dante-et-Virgile-au-Enfers--Dante-and-Virgil-in-Hell--By-Bo.jpgChaos et Phlégéthon, lieux muets étendus dans la nuit,

 permettez-moi de dire ce que j'ai entendu, accordez-moi de révéler

les secrets enfouis dans les profondeurs obscures de la terre. »

Virgile.

ÉNÉIDE, LIVRE VI

LA DESCENTE AUX ENFERS

Arrivée dans le monde souterrain (6, 264-425)

Invocation - Vestibule lugubre (6, 264-294)

 

Dante et Virgile par William-Adolphe Bouguereau (1850).

 

 

« Ils ont voulu abolir toute supériorité au-dessus d’eux

et ils retrouvent la majorité, 

la masse et le poids de leurs semblables. »

Alexis de Tocqueville

(Lucien Jaume, de mémoire). 

 

Pourquoi se dresser, se relever lorsqu’on  travaille tranquillement ses abdominaux, un dimanche de janvier ?

 

Eh bien… lorsqu’on entend Michel Serre parler de pédagogie en ces termes : 

       «Il faut changer la pédagogie et les institutions… affirme le membre de l’Académie Française, dans ‘Les Retours du dimanche’. Il ajoute : Si la société du savoir existe…  Si chacun – en effet - est porteur de certains types de savoirs de jugement, etc.

 Il faut renverser  tout simplement le vecteur enseignant – enseigné. 

Avant : il y avait du savoir qu’on enseignait à quelqu’un qui est ignorant

Aujourd’hui mes étudiants ne sont pas ignorants. Il suffit qu’ils aient regardé sur Internet ou sur Wikipédia le sujet que je vais expliquer pour qu’ils soient à égalité avec moi. Par conséquent, la pédagogie est en train de se renverser. Et c’est vrai que beaucoup de mouvements sont en train de se créer pour ça… Et ça crée un nouveau monde… »

 

Bon ; ni concentrée, ni motivée sur mes exercices, je me relève... Voilà ce qui arrive lorsqu’on a eu la flemme d'aller à la salle de gym.

 

Je reprends :

Ce discours d’apparence banale, sans danger, l’est-il vraiment ? 

Outre un postulat de base évidemment faux  - hier comme aujourd’hui - les élèves n’ayant jamais été ‘ignorants’ (Ces derniers – de tout temps – ayant été traversés de leurs expériences, de leurs explorations personnelles, de leurs lectures passées, de leurs pensées.), parler d’un renversement d’un rapport enseignant – enseigné, pire en appeler à ce qu’il se produise, n’est pas sans conséquences. 

En vrac : des élèves percevant de moins en moins les enjeux de l’école. 

Des parents renversant et intervertissant les rôles des acteurs éducatifs. 

Une société  de plus en plus négligente, en position de défiance voire de mépris vis-à-vis de ses institutions. 

 

Exagération ? 

      Petite vidéo dont j’apprécie l’humour – en toile de fond – la conclusion reprend la même thèse d’élèves en position d’égalité avec les savoirs du maître. Savourez plutôt :

 

Le monde change, paraît-il - Clip 1 - "Nouvelles Pédagogies - Nouvelles Technologies"

 

 

Creusons le propos.

Suffirait-il de « chercher » des informations sur Internet pour « savoir » ? Croire que tout se vaut, serait-il un signe des temps ?

 

Qu’est-ce qu’enseigner ? … 

                           Question épineuse.  

      Bien sûr, la dimension de la transmission des savoirs - incontestablement - est prépondérante.

 

Mais il existe plusieurs écueils au sein desquels il s’agit de ne pas tomber. Je me fais l’écho ici de trois d’entre eux (Il en existe au moins un quatrième - celui de la construction « socio-cognitive ».) Bien évidemment cette typologie m’appartient et saura – je l’espère – faire l’objet de discussions constructives.

 

1) La figure de Charon, le passeur d’âmes. Passer des savoirs sans autre forme de procès.

      Comparer l’enseignement au franchissement du fleuve marécageux de l’ignorance qu’il se nomme Styx, Achéron ou Cocyte est réducteur bien sûr. 

      « Que veulent ces âmes ?

Pour quelle raison celles-ci quittent-elles la rive ?

tandis que celles-là balaient de leurs rames les eaux livides ? »

 

Les âmes (celles des élèves, bien sûr) veulent passer – atteindre l’autre rive - et payent leur obole d’une pièce placée sous la langue.

Le Nocher des enfers, Charon – homme fier, sombre, lugubre - les aide à traverser le monde souterrain. Avec, lui, aucune surprise. On parvient toujours à destination, « sain et sauf », ou presque. Au silence sec du passeur, s’ajoute la frayeur du « passé » plus mort que vif.

 Joachim-Patinir--1524--Madrid--Prado--Charon-traversant-le-.jpg

      La traversée est sans saisissement – dénuée de fulgurances.

« ceux que transporte la rivière sont les inhumés. ». 

« Ici, c'est le royaume des ombres, du sommeil et de la nuit qui endort :

transporter dans la barque stygienne des corps en vie est interdit. »

 

Montaigne, quant à lui, préfère à l’idée l’endormissement, celle d’étouffement. 

Dans un chapitre lié au pédantisme – ce dernier montre combien les connaissances accumulées ne sauraient constituer des « savoirs », de la pensée. Un danger se profile, celui de l’acquisition de connaissances accolées les unes aux autres, accumulées, lesquelles peuvent bien « meubler la teste de science ». Rien à voir, donc, avec un questionnement constructif.

Un trop plein d’huile – suggère Montaigne  - pouvant « étouffer » la flamme et d’éteindre la lampe.

      Bref, il ne suffit pas de lire, de nous « imprégner » des idées des autres, encore faut-il les faire nôtre. Comme Montaigne nous le conseille, il nous faut acquérir des connaissances mais encore s’agit-il de « gouster les choses, [de] les choisir et discerner ».

 

      2) La figure du « Karaté Kid » ou l’apprentissage par l’action.

 

Les exercices peuvent faire des miracles – bien sûr. L’exercice est nécessaire, voire primordial. 

la-philosophie-du-karate.jpg

      Mais là encore – faire des exercices – s’exercer ne suffit pas.

Bernard Stiegler explique combien : « L'esprit de la grande majorité des hommes se développe de façon nécessaire et au contact de ses activités quotidiennes. Un homme qui dépense toute sa vie à exécuter un petit nombre d'opérations simples n'a pas l'occasion d'exercer sa raison […] En général, il devient aussi stupide et ignorant qu'il est possible de l'être pour une créature humaine […]. (1) » (2) 

 

D’abord parce que nous avons du mal à « voir » ce qui se trouve sous nos yeux. 

Les idées les plus simples nous échappent. On peut étudier de près l’anatomie des batraciens et pourtant penser que le crapaud et la grenouille appartiennent à une même espèce, l’un étant mâle, l’autre femelle.  

« Comme il m'est difficile de voir ce que j'ai sous les yeux » reconnaît avec justesse Wittgenstein dans ses remarques mêlées, éditées en 1940 : 

« Les aspects des choses qui sont les plus importants pour nous sont cachés à cause de leur simplicité et de leur familiarité » (Recherches philosophiques, I). »(3) 

      Nous ne « conscientisons » pas, nous ne réalisons pas nos erreurs

Les élèves, combien de fois s’exercent-il à différencier « et » de « est » ? Combien d’années durant ? Et pourtant, la plupart du temps, dès qu’il s’agit d’écrire… L’envie de raconter une histoire prend le dessus et les erreurs basiques (accords du nom en genre, accords du verbe)  foisonnent.

 

Ce phénomène trouve son explication en 2 causes évidentes :

1) L’élève met toute sa concentration dans l’écriture, laissant de côté le reste.

2) L’exercice systématique (qui a son utilité) est un type de travail dont la logique « réflexe » n’est pas du même ordre – voire est complètement contradictoire – avec l’exercice d’écriture.

 

La plupart du temps nous croyons voir – ou savoir – des choses, alors que l’essentiel nous échappe. Ce n’est souvent que par l’intermédiaire d’un tiers, de l’autre, d’autrui, que nous sommes en mesure de « Réaliser »…  François Jullien, par l’emploi de ce verbe, apporte un nouvel éclairage, une précision, une remarque qui nous fait avancer, cheminer, méditer, sur la question. Réaliser, développe-t-il,  « est plus précis que le simple « prendre conscience » (qui vaut aussi pour la connaissance) : réaliser , c'est prendre conscience, non pas de ce qu'on ne voit pas, ou de ce qu'on ne sait pas, mais au contraire, de ce qu'on voit, de ce qu'on sait, voire de ce qu'on ne sait que trop – de ce qu'on a sous les yeux; réaliser, autrement dit, c'est prendre conscience de l'évidence »(4). 

 

En gros, pour générer du savoir, encore faut-il être en mesure d’objecter, d’acquiescer, de rebondir, d’approfondir, de rechercher, de laisser, de choisir. 

 

Entrer dans le monde du dragon… 

 

Cédric Villani explique comment il s’y prend pour sortir du « cadre ordinaire » des mathématiques.  inattendues : «  Moi, je suis plutôt au milieu, au cœur de la fourmilière avec des extensions efficaces. Je trouve des connexions entre les questions qui ne semblent pas en avoir. J’ai pris plusieurs embranchements inattendus, au gré des rencontres avec des matheux travaillant dans d’autres domaines. Il faut être curieux, tenace et imaginatif. »

Pour Dewey, « apprendre veut dire apprendre à penser », la compréhension et le raisonnement expliquent l'apprentissage. En d'autres termes, « l'éducation intellectuelle consiste à former une pensée réfléchie. » Britt-Mari Barth, p 33.

 

Or, de toute évidence, « Fortifier son jugement » s’apprend. 

La notion d’appropriation (oikeiôsis en grec, conciliatio en latin) permet de comprendre le paradoxe d’un jugement qui se développe lui-même à partir des pensées d’autrui.

 

Mais si penser, c’est faire des choix, remettre en cause, Sur quels savoirs peut-on s’appuyer ? Que peut-on croire ? 

Faut-il douter de tout ?

 

3) La figure de l'« inception » le « pyrrhonisme » - soit l’esprit critique poussé jusqu’au doute généralisé.

 

Tout remettre en doute - ne plus croire en rien ?

      Nous avons besoin – pour pouvoir penser – de nous appuyer sur des « propositions pivots » dans le sens de Wittgenstein. 

« Une « proposition pivot » nous explique la sublime Adèle Van-Reeth, c’est-à-dire des choses auxquelles on a besoin de croire pour pouvoir avancer dans la connaissance et dans la certitude. Il y a des choses que l’on doit tenir pour acquises sinon on ne peut rien savoir, on ne peut rien dire. »  Nous avons besoin de nous appuyer dessus – ajoute Jocelyn Benoist - pour avancer.

Pour faire simple, ce sont des critères solides à partir desquels on va pouvoir avancer.

Etienne Klein (cf article consacré au discours scientifique) dénonce l’idée d’une science associée au doute (toujours remise en cause donc  relative et contestable...). La science n’est pas le doute - précise-t-il non sans agacement - la recherche, c’est le doute. 

Il est absolument indispensable de bien distinguer ‘La science’ de ‘La Recherche’. 

Le savoir scientifique ayant été fondé par le temps, vérifié, validé par un groupement d’experts est extrêmement stable, vérifiable et toujours en prise sur les choses dans le contexte dans lequel il est utilisé. Pensons à la théorie de la relativité d’Einstein. 

 

Pour autant, cette dernière n’est plus transposable dans le monde de l’infiniment petit. Lequel microcosme met en avant des principes propres à la Physique Quantique.  

Faut-il pour autant invalider la découverte d’Einstein ?  

Bien sûr que non. 

C’est là que la recherche entre en jeu. La recherche, c’est la dimension qui nous manque. C’est le jeu qui permet d’ouvrir l’espace, de pousser plus loin les savoirs, d’atteindre une « hauteur de vue ». Elle produit du nouveau à partir de l’ancien. Elle se vit comme un enrichissement, une amélioration, une ouverture, et non tel un enfermement ou la négation de tout. 

Au lieu d’être dans une limite – dans le blocage de ce qui est systématiquement remis en question – ‘La Recherche’ renvoie à la vérification, au dépassement, à l’exercice d’une pensée critique, cette dernière transcende les paradoxes. 

Le but est d’être attentif, d’essayer de s’arracher aux pensées usuelles communes mais non pour les nier – les biffer – mais pour en trouver les erreurs, en déterminer les limites. 

 

C’est la figure de ‘l’Inception’, celle où le rêve est réalité où la réalité devient rêve. Un monde où l’on ne peut croire en rien, où l’on se perd. 

 

      « Toute vie humaine périrait forcément si ces principes [doute généralisé – scepticisme extrême] devaient universellement et fermement prévaloir. Tout raisonnement – toute action – cesseraient aussitôt. Et les hommes resteraient dans une totale léthargie jusqu’à ce que les nécessités de la nature n’étant pas satisfaites mettent fin à leur misérable existence. » Enquête sur l’entendement humain – David Hume. 

 

Le doute absolu est l’envers de la certitude absolue – au fond appartiennent au même état d’esprit, lequel est un rapport d’une pauvreté effroyable au monde.

 

Conclusion : 

      Le regard du maître diffère de celui de l’élève ou de l’étudiant.

      Il dispose d’un solide socle de connaissances et ne se laisse pas imposer n’importe quoi. Sa pensée s’inscrit dans ses lectures, son expérience, ses analyses – son esprit critique. Pour Jean-Pierre Astolfi (spécialiste des sciences), une grande part de l’apprentissage passe par cette prise en compte de nos erreurs. L’enseignant a repéré l’essentiel des écueils dans lesquels l’élève ne doit pas tomber – quand bien même certains  peuvent lui échapper. 

 

Tout le savoir qu’il a accumulé, il va s’en servir afin de « guider » l’élève. Il interagit en permanence avec ce dernier. Il s’agit pour le professionnel de reconstituer le chemin de la personne qui erre – de chercher les erreurs qu’il a commises ou qu’il peut commettre – de lui « enseigner » non pas seulement des savoirs mais le sens des savoirs. Et pour ce faire, l’enseignant sait non seulement où il va mais où il veut en venir. 

 

Si l’enseignant entretient avec son élève une relation de « proportion » (150) . C’est à dire qu’il sache se mettre à la portée de son élève (condition pour que la confrontation des jugements soit profitable, et pour qu'un dialogue soit possible.) Le principe de l'enseignement n’est pas renversé  pour autant : les savoirs de l’élève ne « valent » pas ceux du maître. Le professeur a fait preuve de compétence  pédagogique c’est-à-dire à fait montre d’une aptitude professionnelle à se « ravaler pour s’accomoder à sa force » de son élève. Ce qui est – au reste – le minimum de psychologie nécessaire à l’exercice de l’enseignement. 

 

Comprendre, c’est négocier le sens. 

C’est la raison pour laquelle l’instruction a  toujours été très importante. 

Dans cette vidéo, on voit Michel Serres expliquer ses thèses, s'appuyer sur ses savoirs …

Il montre combien le langage, les cultures, les mœurs ont changé. 

 

 

L'un de ses étudiants en serait-il capable ?

 

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(1) Montaigne in (SKOLE - Montaigne, la charge du gouverneur).

« un conducteur qui eust plustost la teste bien faicte que bien pleine, et qu'on y requit tous les deux, mais plus les meurs et l'entendement que la science; et qu'il se conduisist en sa charge d'une nouvelle maniere. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verseroit dans un antonnoir, et nostre charge ce n'est que redire ce qu'on nous a dict. Je voudrois qu'il corrigeast cette partie, et que, de belle arrivée, selon la portée de l'ame qu'il a en main, il commençast à la mettre sur la montre, luy faisant gouster les choses, les choisir et discerner d'elle mesme : quelquefois luy ouvrant chemin, quelquefois le luy laissant ouvrir. Je ne veux pas qu'il invente et parle seul, je veux qu'il escoute son disciple parler à son tour. »

Michel de Montaigne, Essais, I, 26, 150 A

Marc Foglia explicite ce qu’il faut entendre par « science » chez Montaigne : ce sont des savoirs déjà constitués, institutionnalisés, transmis par les maîtres et mémorisés par les élèves.

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(1) Bernard Stiegler, La télécratie contre la démocratie, champ essais, 2006 et 2008, isbn 978-2-0812-1782-9. A propos d’Adam Smith, Wealth of Nation, I , chap. 1, art. 2.

(2) Bernard Stiegler, La télécratie contre la démocratie, champ essais, 2006 et 2008, P 227.

(3) François Jullien, La Philosophie inquiétée  par la pensée chinoise, opus seuil, Paris 2009, ISBN : 978-2-02-096742-6 ,  P 119.

(4) François Jullien,  Op. Cit, P 128-129.

 Les nouveaux chemins de la connaissance : Wittgenstein, le devoir de génie

Les retours du dimanche, une émission d’Agnès Chauveau, Nicolas Truong, diffusée sur France Culture Année indignée, 2012 année de tous les dangers. 01.01.2012 - 17:00…

 

 

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Virgile, Enéide, VI, 295 – 304


Hinc via Tartarei qua fert Acherontis ad undas.

Turbidus hic caeno vastaque voragine gurges

aestuat atque omnem Cocyto eructat harenam.

Portitor has horrendus aquas et flumina servat

terribili squalore Charon cui plurima mento

canities inculta iacet, stant lumina flamma,

sordidus ex umeris nodo dependet amictus.

Ipse ratem conto subigit velisque ministrat

et ferruginea subvectat corpora cumba

iam senior, sed cruda deo viridisque senectus.

 

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Ici un gouffre aux eaux fangeuses, agité de vastes remous

bouillonne et crache tout son sable dans le Cocyte.

Un portier effrayant surveille ces eaux et ces fleuves,

Charon, d'une saleté repoussante, au menton tout couvert

de poils blancs et hirsutes, aux yeux fixes et ardents ;

un manteau sordide, retenu par un noeud, pend de ses épaules.

 

À l'aide d'une perche, il pousse son radeau, manoeuvre les voiles,

et transporte les corps dans sa barque couleur de rouille ;

assez vieux déjà, mais de la vieillesse vive et verte d'un dieu.

 

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Inception :

 

 

« Les rêves semblent vrais tant qu’on est dedans, ce n’est qu’au réveil qu’on réalise ce qu’il y avait dedans. »

« Le rêve est en train de s’écrouler. » 

Méfiez-vous des stages à pourvoir…

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HUMOUR :

 

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Published by Le chêne parlant - dans Recherche pédagogique - Sciences
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Présentation

  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

Contributions et Partenariats.

Contributions gracieuses : Magazine Slow-classes. Numéro 1 Faire Mouche en géométrie et 2. Le moulinet à vent : mettre des mathématiques dans les voiles. ....... SLOW CLASSES : Slow Classes __________________________________________ Partenariat gracieux Philosophie Magazine. Philomag ________________________________________

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