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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 05:43

 

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« Lire devrait être tout autre chose, une expérience de la vie, 

la connaissance ou l'anticipation, 

à travers des situations fictives, 

de ce que c'est que vivre, 

c'est à dire se réjouir et avoir peur, 

aimer,

 désirer ». 

Danièle Sallenave - Nous, on n'aime pas lire ... p 98-99

 

 

A Céline,

ayant perdu sa mère il y a deux ans,

Qui vient de perdre son père. 

alba-3.JPG

      Perdre ses parents, quoi de plus insupportable ?

Comment trouver sa place, en ce monde, lorsqu’on est une enfant de 5 ans, seule, assise dans la poussière ? Peut-on vivre – après la disparition d’un père  ? Le manque tout à coup – envahi la scène à travers l’image de cette enfant – splendide, lumineuse, simple, « innocente » - assise en tailleur, dont la présence éclate. 

Peut-on surmonter le vide d’une caresse, d’un regard bienveillant, d’une présence ?


       Alba-1.JPG

 

Alba fait l’expérience du vide. On imagine mal une confrontation au réel plus violente. Mais ici, le désespoir, la souffrance, il n’en est pas question. L’enfant débute dans la vie – avec une manière à elle – celle du jeune âge – une naïveté encore, qui la protègent.   

Alba est un album certes de la perte et du manque mais non pas de l’inertie. La fillette  déambule au fil des pages – en paix – en recherche, en quête, en conquête. Pour elle, se pose une seule et même question, toujours, lancinante, répétitive : « Mais où est passé mon père ? » 

alba-7.JPG

Alba - peu à peu - à travers son petit monde, ses recherches infructueuses, ses rencontres sans résultats… se confronte au malheur… à l’échec.  Mais elle ne se laisse pas ensevelir par la tristesse. Elle (se) trouve...

Quoi ? 

Des raisons de continuer.

 alba-6.JPG

Chaque animal porte – apporte – une partie du monde. Au lieu de pencher leurs têtes attristées, ils lui décrivent les bons moments – certes révolus mais réels. Les fourmis lui parlent de toutes petites choses, lui enseignent la bénédiction des moments vécus ensemble.  

Un éléphant l’emporte, « écrase tout sur son passage ».

Les grenouilles lui rappellent les chants et les danses du passé.

L’évidence commence à saisir Alba. Quelque chose d’anormal se trame – elle le sent, elle le pressent – sans pouvoir le mettre en mot. 

C’est l’instant où sa lucidité se réveille.

Alba ne sait plus trop que penser… Pourquoi papa ne l’a-t-il pas emmenée avec lui ? Pourquoi ne lui a-t-il rien dit ? Elle s’assied songeuse et un peu triste, les pieds dans l’eau.

« Il n’était pas triste ? » interroge-t-elle. 

      Alba n’est pas dupe.

              Naturellement elle a compris combien la recherche du suprême bonheur est un leurre.  

 « Les hommes ne savent jamais - réellement - que quand ils ont fait l’expérience du malheur. »

              Elle sait et avance - seule. 

                              Elle sait ce que signifie - être seule - toute seule.

Pourtant,   Alba chemine…Saisit des petits instants de bonheurs – minuscules. Rencontre des zèbres, puis enfin, des girafes. Ces soutiens collectifs – peignent le tableau de moments positifs qui peu à peu s’ajoutent les uns aux autres - dessinent une vision du monde artistique. Elle fait l’expérience de la terre. Un assemblage de couleurs, de sons, de perceptions… La poésie du monde ?

La représentation de ce qui a été. 

Le paradoxe d’une beauté qui émerge des cendres. La vie se nourrit du disparu. Sa vie commence là où tout s’effondre. 

      « Alors, Alba voit courir les zèbres dans la plaine et leur galop fait trembler la terre. Elle entend barrir les éléphants et leurs cris font s’envoler des milliers d’oiseaux. Elle entend chanter les grenouilles et les cigales. Et elle se dit que c’est là le plus beau cadeau de la terre. »

alba-8.JPG

      Un rayon de lumière sur le visage perdu de Céline.

La lecture - ça procure des petits bonheurs pour une bonne partie de la journée.

 

      « Quand on a été bien tourmenté, bien fatigué par sa propre sensibilité - dit Chamfort - on s’aperçoit qu’il faut vivre au jour le jour. Oublier beaucoup. Enfin, éponger la vie à mesure qu’elle s’écoule. » 

Au fil de ses pérégrinations, elle acquiert un apaisement.  Une sagesse ?

La joie d’exister et d’être au monde. 

Une liberté. Sans mortification ni jubilation. « Il faut convenir que pour être heureux en vivant dans le monde, il y a des côtés de son âme qu’il faut entièrement paralyser. » 

 

                                                     Alba n’est pas heureuse, elle est. 

 

Nota :  (proposition d'étude de l'album - activité en classe).

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Don't Worry - Be Happy now... 

(Toute ressemblance avec l’ânesse chantante ne serait que purement fortuite.) 

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 19:12

 "Pour être esclave, 

il faut que quelqu'un 

désire dominer et... 

qu'un autre accepte de servir."

Etienne de La Boétie – Discours de la servitude volontaire.

 

Jean-Baptiste Carpeau - Pourquoi naître esclave -1867.jpg 

La servitude se cache derrière des actes anodins, des obéissances acquises. Des orientations scolaires.

  

Elisabeth Bautier et Patrick Rayou indiquent clairement combien la « théorie « démocratique » et généreuse (chacun possède en lui-même des ressources qu'il lui suffirait de mobiliser en situation), participe de fait à l'exclusion de certains élèves, exclusion langagière, donc exclusion cognitive. En effet, il ne suffit pas de solliciter des usages langagiers pour que ceux-ci soient réalisés, soient réalisables. Soulignons avec Bernstein, qui évoque « le prix de l'abstraction du sujet », que cette théorie dominante des compétences participe d'une désociologisation. Car les interventions des élèves ne sont pas analysées dans leur dimension différenciatrice, ou au moins comme l'indice d'un travail différencié. » (1) p 85.

  

Les sociologues  ajoutent :« La recherche engagée dans les années 1960 par P. Bourdieu et J.-C. Passeron (1970) sur le rôle de l'université dans la sélection sociale et la reproduction des élites les a en effet conduits à repérer chez les enseignants des comportements discriminants pour les étudiants originaires des classes les plus défavorisées à qui ils refusaient de « vendre la mèche » sur ce qu'ils attendaient réellement d'eux. De fait, par leurs propres prestations, en n'exposant pas les objets et techniques nécessaires aux apprentissages, ceux-ci accréditaient l'idée que la réussite est l'effet d'une « grâce » alors qu'elle procède nécessairement d'une acquisition laborieuse ou d'un héritage social. Ces auteurs stigmatisaient alors des pratiques pédagogiques qui, dans l'ensemble du système éducatif, maintenaient à distance les publics d'élèves n'entretenant pas avec lui la familiarité nécessaire à la réussite. Ils appelaient de leurs vœux une pédagogie qui, par une explication continue et méthodique, permette à ces étudiants d' « entendre les sous-entendus » et réduise ainsi au maximum le « malentendu sur le code scolaire ». p 6 -7 Voilà qui invalide encore un peu plus le mythe du génie.

 

Alfred Boucher - les Nymphes de la Seine - 1899 

Les chercheurs poursuivent – sans concession : « Le système français engendre de ce point de vue une modalité particulière de culpabilisation. Sa construction pyramidale ne permet pas de multiplier les filières de réussite et l'unicité factice du collège, puis du lycée et de l'université de masse renvoie aux vaincus de la compétition scolaire la responsabilité de leur échec (Dubet et Duru-Bellat, 2000).  Là où d'autres systèmes, pourtant réputés plus socialement sélectifs comme celui des États-Unis, semblent autoriser davantage de mobilité ascendante en s'organisant en cours de niveaux différents (Quid mixité/ filières sélectives) , l'école française, par ses filières plus ou moins prestigieuses, organise de fait un tri précoce et peu réversible ». (1) p 28.

 

Pour reprendre des éléments cités dans l’une de mes réponses suivant un commentaire « de qualité ». 

 

L’élève en difficulté procède souvent de ce schéma :

1) J’éprouve une difficulté à entrer dans le bain.

2) Je tente quand même. Je plonge.

3) La vague de l’incompréhension me gifle. La noyade me guette – en tout cas je bois la tasse.

4) J’entre à nouveau dans l’eau. Je m’échine, j’éclabousse - pour rien - ou pas grand chose.

 

« Tantôt la vague me gifle, tantôt elle m’emporte… Ca, c’est des effets de choc… Je ne connais rien aux rapports qui se composent ou qui se décomposent. Je reçois des effets de parties extrinsèques […]. Les parties qui m’appartiennent à moi sont secouées par les parties qui appartiennent à la vague[…] .Tantôt je rigole, tantôt je pleurniche[…]. Je suis dans les affects passions… Ah, maman , la vague m’a battue […]. Ca revient exactement au même que de dire l’autre m’a fait du mal… » Gille Deleuze.

 

5) Nouvel échec.

6) Nouvelle tentative d’élucidation - bien moindre. Et ça finit ainsi : « je barbote. ».

La boucle de rétroaction ne tarde pas à produire ses effets : moins je travaille, moins je suis compétent. Moins je suis compétent moins je réussis, donc moins je travaille. CQFD.

 

Ainsi, l’élève en difficulté s’entrave-t-il peu à peu lui-même, s’accroche-t-il puis s’attache-t-il au mat solide de la difficulté. 

 

Encore une fois, il pense que tout vient de lui - qu’il s’agit de sa faute en propre. Qu’il est en tout responsable. Sa  bêtise (crasse diront ceux qui réussissent à l’école - ceux libres de voyager d’un concept à l’autre - prouvant pour le coup leur degré de sottise) il la doit à sa « non capacité » à comprendre, à saisir. Il est idiot pense-t-il, il n’ y a rien à ajouter.

Pour le coup, il est vrai qu’il détenait des difficultés qu’il ne s’agit pas de nier. 

Mais « L'école est censée construire des ressources pour les élèves, non les supposer « déjà là » et en constater les absences. » (1) p 159.

Aussi les tyrans du savoir, en lieu et place de pallier ces difficultés, de trouver des solutions originales, reportent-ils toute la responsabilité de la situation sur l’élève – lequel ne détient pas les ressorts nécessaires pour sortir de son état de servitude 'involontaire'. 

 

« Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent avoir d'autres biens ni d'autres droits que ceux qu'ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l'état de leur naissance. » (2)

 

 

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 Ils m'ont dit
tu n'es qu'un nègre
juste bon à trimer pour nous
j'ai travaillé pour eux
et ils ont ri

Ils m'ont dit
tu n'es qu'un enfant
danse pour nous
j'ai dansé pour eux
et ils ont ri

Ils m'ont dit
tu n'es qu'un sauvage
laisse-là tes totems
laisse-là tes sorciers
va à l'église
je suis allée à l'église
et ils ont ri

Ils m'ont dit
tu n'es bon à rien
va mourir pour nous
sur les neiges de l'Europe
pour eux j'ai versé mon sang
l'on m'a maudit
et ils ont ri

Alors ma patience excédée
brisant les noeuds de ma lâche résignation
j'ai donné la main aux parias de l'Univers
et ils m'ont dit
désemparés
cachant mal leur terreur panique
meurs tu n'es qu'un traître
meurs...
pourtant je suis une hydre à mille têtes.

 

François Sengat-Kuo

 

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(1) Élisabeth Bautier Patrick Rayou, les inégalités d'apprentissage, PUF, France, 2009, ISBN : 978-2-13-057527-6 

(2) Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un – 1549 Etienne de La Boétie.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 11:03

palais-ideal-3405-copie-2.jpg« Lorsqu’on est en présence de cet immense travail, l’imagination en reste saisie et frappée et l’on se demande si l’on n’est pas transporté tout à coup, comme par enchantement, dans un autre hémisphère où tout serait surhumain, phénoménal et éblouissant ; on ne peut s’imaginer qu’un seul homme fit tout cela sans le secours de personne. »
Ferdinand Cheval, dit « Le facteur cheval », cahier de décembre 1911. (1)


 

 

 

 

A Frédéric Schiffter...

à Cédric… tentative de réponse - bien imparfaite...

 

  

Henri Rousseau dit « Le Douanier Rousseau » s’est pris de passion pour la peinture à l’âge de 41 ans. A l'époque, on ironisait sur ses choix stylistiques. Le fin du fin - le courage des critiques - était de rabattre son interprétation de la nature au rang d'art « naïf ».

A partir de là, une conclusion s’impose : Rien n’est jamais dit.

 

Rien n’est jamais fait.
Rien n’est jamais achevé.

 

Bachelard est l’homme du tardif. L’expression est d’une poésie harmonieuse, sensible, touchante, sincère, vraie. Raphaël Enthoven en fait l’écho dans les nouveaux chemins de la connaissance : « Toute ma vie est sous le signe du tardif, disait-il à ses amis… Bachelard a travaillé 10 ans dans l’administration des postes… il obtient l’agrégation à l’âge de 38 ans…avant de devenir docteur en lettres à 43 ans, en 1927, grâce à son essai sur la connaissance approchée…  (il) disait lui-même que le plus important était de prendre son temps. » (2) Chacun possède des vérités complémentaires - une prolifération de petites ingéniosités -  des trouvailles qui constituent autant de talents, qu’il s'agit de libérer, d’exercer au fil du temps.

  J'ai voulu prouver ce que peut la volonté - Fateur Cheval - 1911.

Le temps révèle, fait émerger des formes :
 

« J’ai commencé ce travail gigantesque à l’âge de 43 ans – écrit le Facteur Cheval à André Lacroix, dans une lettre qu’il ne lui enverra jamais. Je n’ai pas servi le gouvernement comme soldat mais je l’ai servi près de 30 ans comme facteur des postes. […] J’ajoute – note-t-il en bas de page – […] pensant que ça vous sera utile la longueur totale du monument. Elle est de 23 mètres, sa largeur à certains endroits est de 12 mètres, la hauteur varie aussi de 6.9 à 11 mètres, la forme entière de ce travail qui n’est qu’un seul bloc de rocaille qui a environ 600 mètres cube de pierres dans son ensemble. Le tout a été construit par la main d’un seul homme.  » (3) 

 

 

 

Le tombeau du silence...

 

De quoi ce projet pharaonique est-il le nom ? D’un concours de circonstance ? « Un jour du mois d’avril en 1879, en faisant ma tournée de facteur rural, à un quart de lieue avant d’arriver à Tersanne. Je marchais très vite, lorsque mon pied accrocha quelque chose qui m’envoya rouler quelques mètres plus loin. Je voulus en connaître la cause. Je fus très surpris de voir que j’avais fait sortir de terre une espèce de pierre à la forme bizarre, à la fois si pittoresque que je regardais autour de moi. Je vis qu’elle n’était pas seule. Je la pris et l’enveloppais dans mon mouchoir de poche et l’apportais soigneusement avec moi me promettant bien de profiter des moments que mon service me laisserait libres pour en faire une provision. A partir de ce moment, je n’eus plus de repos matin et soir. »

 

A quoi tient une œuvre ? A la présence d’un rocher sur lequel on bute, d’un choc en retour. D’un rêve ? D’une sommation interne, d’un besoin fondamental ? Ou d’un désir essentiel ? 
Le fait est que de construire – un roman, une école, une pédagogie – paradoxalement – ne trouve pas son intérêt dans sa finalité. La force de l’écriture, la solidité d’un bâtiment, se situent dans la maçonnerie, dans l’élévation des savoirs assemblés, des recherches, du partage des idées en somme, non dans l’objet obtenu mais dans son élaboration.


La fabrication – le Facteur Cheval le sait – est une bulle d’éternité. L’essentiel n’est pas dans la façade - comme ces dentelles aériennes pourraient le laisser croire - l’essentiel est ailleurs. L’action de penser est un réservoir d’énergie. Le "faire" métamorphose, il est à lui-même son propre empire. La grande figure est un principe de construction de soi.

 

Le palais idéal du Facteur Cheval. 

Nietzsche, avec son âpreté habituelle, nous invite à suivre notre propre chemin, nous construire une identité solide.  Trouve-toi un maître. Se trouver un maître, c’est élaborer des fortifications – fiables, sûres, motivantes – puisqu’elles émanent de soi, pour soi. L’efficace réside dans la capacité à « se constituer », « s’individuer », s’élever par la passion développée sur un sujet. Peu importe lequel (des maquettes aéronautiques,  le système solaire de Vincent, participer à un club de gymnastique comme Clara, ou même de Majorettes comme Cindy.) Bref, se trouver.

 

Nous avons cette chance inouïe - incroyable – de pouvoir nous réaliser, nous investir – à notre manière. Chacun le peut. Tout le monde peut élaborer des concepts, imaginer des dispositifs de savoirs, accéder à la connaissance (pure/ de soi) : traverser une rivière, faire l’expérience de sa profondeur, aboutir à la finalisation d’un projet, accéder à l’eau vive d’une matière – il n’est pas nécessaire d’en appeler au « génie » pour cela. C’est une autre façon de voir les choses.

 

Faire ce qui doit être fait. Se trouver des domaines d’élection. Développer ses capacités. Exister avec plus ou moins de bonheur... cela demande un engagement… Des sacrifices ? … peut-être…


Il semble que pour cesser de subir, il faille devenir acteur. Etudier. Toute connaissance suppose un dépassement, une connaissance, une volonté.

 

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Petite vidéo trouvée sur la toile réalisée par un amateur du beau.

 

 

 

  
« Etre l’enfant qui vient de naître et le vieillard qui va disparaître. »

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(1) Ferdinand Cheval,  Le palais idéal du Facteur Cheval, Quand le songe devient la réalité, Jean-Pierre Jouve, Claude et Clovis Prevost, ARIES éditions, Paris 1994, P 9.    Nota : Le Palais Idéal se situe à Hauterives, dans la Drôme.
(2) Raphaël Enthoven. 28.06.2010 - Gaston Bachelard, le dormeur éveillé : vie et œuvre. Les nouveaux chemins de la connaissance, France Culture.
(3) Ferdinand Cheval,  Le palais idéal du Facteur Cheval, Quand le songe devient la réalité, Jean-Pierre Jouve, Claude et Clovis Prevost, ARIES éditions, Paris 1994, ISBN : 2-95-06317-0-3, p 7. 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 09:50

kandinsky-nouveau-langage-1-L-2.jpg« Quand je regarde une suite de nombres,
ma tête se remplit de couleurs,
de formes et de textures
qui s’accordent spontanément entre elles
pour former des paysages.
Ceux-ci sont toujours très beaux pour moi.
Enfant, je passais souvent des heures
 à explorer les paysages numériques de mon esprit. »
Daniel Tammet

(1) p 224.

 

« L’inventivité, la créativité,
la liberté cessent d’être attribuées à un deus ex machina,
y compris le Dieu du Hasard. »  
Edgar morin science avec conscience. p 282


« L'échec c'est le fait de ne pas dépasser ses peurs. »
Cynthia Fleury.


Le génie – être génial.
Le génie, c’est l’esprit enchanté – harmonieux – sans limite. Caressé par le dieu « Providence », il possèderait la science infuse, des dons insensés – stupéfiant mélange de raisonnements illimités et d’apprentissages instantanés. 
Lorsqu’on évoque l’idée de « don », on découvre un monde bouffon : plein d’apprentissages faciles, de facultés tombées du ciel, de qualités innées, de capacités exceptionnelles. Le génie ? Allons-y sans hésitation, c’est Mozart, Daniel Tammet ou… Albert Einstein!

 

On leur connaît des mémoires prodigieuses. Des « facilités » (on parle de prédispositions) exceptionnelles. Etrangement, on passe sous silence le rapport qu’ils entretiennent avec leur art : leur travail, leurs exercices, leur volonté, leur constance.

 

pensée mathématique en acte.« J’adorais résoudre ces problèmes. Nous confie Daniel Tammet.  Ils m’emmenaient dans des régions mathématiques que l’école n’abordait pas. Je passais des heures à travailler et à réfléchir à la question, en classe, dans la cour de récréation ou à la maison. Dans ces pages, je trouvais le sens du plaisir et la paix. Pour un temps, le livre de problèmes et moi fûmes inséparables. » P 81-82

 

Wolfgang-amadeus-mozart_2.jpeg 

Et que dire d’Albert Einstein ou de Mozart ?
La musique, chez Mozart : une manie névrotique ? (Il n’est pas sûr qu’en notre modernité – hyper normative - Mozart n’eut pas été traité de monomaniaque. Un goût si prononcé, si « outrancier » l’eût – c’est fort à craindre - mené en institution.)

 

Mozart vit une symbiose étroite sans souffrance mais permanente, une passion qui ne dit pas son nom… Antoine de la Garanderie – philosophe et pédagogue - a posé sa réflexion dans « Comprendre et imaginer. » (2) sur les motifs de réussite ou d’échec des élèves. Admirateur - on l’imagine de Mozart - il n’a pas manqué de réagir sur certaines idées reçues liées aux prédispositions enfantines… « N'oublions pas que les enfants qui manifestent une remarquable précocité font toujours preuve de qualité de volonté, autant par l'intensité qu'ils mettent à se concentrer que par la régularité dans la répartition de leurs activités, sans oublier de placer en premier une ouverture à s'instruire, inlassable. »

 

Son secret ?

Il n’en fait pas grand cas, l’a révélé au grand jour, l’a confié avec une absolue honnêteté à un italien désireux d’en connaître la clé. La recette de son prodigieux pouvoir n’est en rien révolutionnaire : « Vous avez raison signor, j’attribue en effet à un précieux talisman le talent que l’on me reconnaît et ce talisman c’est le travail. » (3)

Pour le coup, cette pseudo-révélation – car peut-on affirmer qu’on l’ignore ? – n’éveille aucun enthousiasme.

 

Pire – la perspective d’un travail régulier, honorable mais intense et conséquent – a de quoi anéantir les meilleures volontés du monde. La recette désespère.
 Travailler sans inquiétude, sans hésitation ni fatigue, pour exceller. Jouer de la musique comme on respire. Vivre non pas de sa musique mais avec la musique, en musique. Etre travaillé, habité par elle. Quoi de plus évident chez des virtuoses tels que Mozart ? Quoi de plus déprimant ? Quoi de plus fatigant pour le novice ?

On l’aura compris : Son absolue maîtrise est à chercher dans l’amalgame, dans la fusion d’une pratique parfaite et d’un principe identitaire défini par la musique. Aussi, toute tentative de réduire des compétences – si célestes soit-elles - par de la chance, par un coup du sort dû à une loterie génétique (4) serait aussi erronée que de l’expliquer exclusivement par un travail imposé, une répétition d’exercices à l’infini. « Le « don pour la musique », explique Albert Jacquard, dépend nécessairement des gènes, car l’enfant doté de gènes qui le rendent sourd deviendra difficilement un grand musicien ; mais peut-on affirmer que certains gènes ou certaines combinaisons de gènes sont la cause du génie musical, ou même que ce génie est héréditaires ? On n’en voit pas la moindre preuve. L’exemple de la famille de J.S. Bach, si souvent cité, ne permet nullement de l’affirmer ; la densité exceptionnelle de musiciens dans cette famille s’explique mieux encore en invoquant une influence du milieu. » (5)

 

Pourquoi les élèves qui « excellent » dans une matière s’y consacrent-ils pleinement, la dévorent jusqu'à plus faim, passent-ils leur temps à travailler ? De toute évidence, ils se réalisent dans le plaisir de réussir, d’exceller là où leurs compétences sont déjà louées, là où ils sont félicités. Le rite des compliments n’est-il pas plaisant ?
Daniel Tammet l’a évoqué lorsqu’il dit ‘Dans ces pages, je trouvais le sens du plaisir et la paix.’

 

Pour Daniel Tammet, les maths et lui forment une seule et même entité, non pas de nature mais de culture. Car Daniel Tammet – tel Mozart et la musique – n’avait de cesse que d’y penser : 
 

« Pour tuer le temps, je créais mes propres codes, en remplaçant les lettres par des nombres. Par exemple, « 24 1 79 5 3 62 » cryptait le mot Daniel. »

Mais ce n’est pas tout…
 Daniel Tammet se met aussi à inventer des jeux mathématiques : « Alors qu’après l’école les autres enfants allaient dans les rues et dans les parcs pour jouer, je me contentais de rester dans ma chambre, à la maison. Je m’asseyais sur le sol et je m’absorbais dans mes pensées. Parfois, je jouais à une forme simple de réussite, où chaque carte avait une valeur numérique. » Pp 108-109
… Il développe ainsi une bonne estime de lui-même :
« Je trouvai cette réussite de mon invention fascinante – parce qu’elle mettait en jeu et les mathématiques et la mémoire. » P 94.


Evidemment, à force de jeux, d’exercices, d’entraînement (associés ne le nions pas à des prédispositions certaines)…

« Je finissais toujours mes calculs avant les autres enfants. Avec le temps, cette avance devint considérable : j’avais terminé le livre d’exercices. On me demandait pourtant de rester assis à ma table, calme, pour ne pas déranger les autres pendant qu’ils finissaient leur devoir. Alors, je mettais ma tête dans mes mains et je pensais aux nombres. Parfois, absorbé dans mes pensées, je me mettais à chantonner doucement, sans réaliser ce que je faisais… »(1)  p 93.
« Je visualisais chaque ensemble de quatre cartes comme un carré délimité par des points. Les carrés avaient différentes valeurs et textures, dépendant de la valeur des cartes. » (1) p 109.


Etre valorisé, récompensé pour ses qualités, qui n’aimerait  ?
L'élève féru de mathématiques, ayant des facilités de calculs, désireux de prolonger les louanges, va tout mathématiser. Le processus s’enclenche doucement, progressivement, sûrement, avec le temps... A la maison, sous le charme des savoirs du chérubin, les parents – on le devine - vont rapidement s’en emparer – fierté compréhensible du frère de Daniel Tammet, qui vérifie, sourire aux lèvres et calculette à la main les sommes faramineuses effectuées par ce dernier - l’exposer autour d’eux, dans la famille d’abord, puis transmettre la bonne nouvelle aux voisins, dans le village, à l’enseignant. Le mécanisme est fixé, renforcé par l’acquisition de livres.

Chacun apporte son grain de sel, son idée, sa solution, son petit truc pour aider encore. Résultat, cette compétence célébrée par tous va s'auto-renforcer, s'auto-alimenter. Au bout du compte, les calculs vont se fluidifier, les écarts de pratique constitueront des centaines, voire des milliers d'heures de différence. La maîtrise de la matière entre un élève ordinaire et cet élève stimulé, volontaire, seront sans commune mesure. Difficile, ensuite, de combler l’écart. Difficile de comparer. L’hypothèse du don s’affirme. L’illusion d’une intelligence « innée » s’impose.
Daniel Tammet joue également aux échecs avec assiduité. « … je prenais beaucoup de plaisir à jouer… Confie-t-il.  J’adorais aller au club une fois par semaine. » (1) p 137.
 

 

« Les échecs impliquent de nombreux problèmes de logique. Le plus célèbre, mon préféré, est connu sous le nom de « tour de cavalier », une suite de mouvements avec le cavalier qui doit parcourir toutes les cases de l’échiquier sans passer deux fois sur la même case. »(1) p 135.

 

carremagic
« Beaucoup de mathématiciens célèbres ont travaillé sur ce problème. Une solution simple consiste à utiliser la règle de Warnsdorff, selon laquelle chaque mouvement du cavalier doit se faire vers la case qui lui permettra le moins de mouvements au coup suivant. » (1) p 136.
 

Mais cela ne suffisait pas – bien sûr…
 

«  Après chaque tournoi, je prenais la feuille de papier [où chaque coup est noté] et je rejouais la partie sur mon échiquier, à la maison, assis sur le sol de ma chambre, analysant les positions et essayant d’améliorer mon jeu. J’avais lu que c’était ainsi qu’il fallait faire et cela m’aidait à ne pas répéter mes erreurs et à me familiariser avec les différentes combinaisons possibles au cours d’une partie. » (1) p 138.

 

Soyons honnêtes avec nous-mêmes - qui de vous à moi – aurait pris soin de reprendre chaque problème mathématique vu en classe afin d’en étudier les arcanes, d’en autopsier les termes, d’en déterminer précisément les difficultés, d’en cerner les erreurs possibles afin de ne plus les reproduire ?
 

Nous avions bien mérité notre moyenne…
 
« Totalement distrait – poursuit Daniel Tammet - je jouai une série de coups médiocres et perdis la partie.
Néanmoins , je continuai à jouer régulièrement tout seul, sur mon échiquier, assis sur le sol de ma chambre. Ma famille savait qu’il n’était pas question de me déranger quand j’étais au milieu d’une partie. Quand le jouai seul, les échecs étaient fluides, avec leurs règles établies et consistantes, leurs modèles répétitifs de coups et combinaisons. A 16 ans, je créai un problème en 18 coups que j’envoyai au magazine spécialisé… A ma surprise, il fut publié. » p 139-140 :

 

L’illusion des illusions, serait de croire que l’on peut « réussir » sans rien faire. De suivre la mode – ancienne, déjà – consistant à imaginer atteindre le sommet sans grimper. L’illusion des illusions serait de croire que la famille – ou la société par le biais d’un enseignant - ne jouent aucun rôle dans ce processus d’élaboration interne.
Daniel Tammet indique au reste bien combien c’est – par l’habitude et le travail régulier qu’il s’est construit ses compétences.
 

« Mes dernières années de scolarité – confie-t-il- furent difficiles, mais pour d’autres raisons. Le changement dans la manière dont les cours étaient organisés, et dont les matières étaient étudiées, fut un choc pour moi. En histoire, les thèmes que je connaissais depuis deux ans avaient été remplacés par d’autres, sans aucun rapport avec les précédents et qui ne m’intéressaient pas du tout. La quantité de travail écrit exigée augmenta considérablement. J’eus du mal à en venir à bout. Pourtant ma relation avec le professeur d’histoire, Mr Sexton, était très bonne, bien meilleure qu’avec mes camarades. Il respectait mon amour de la matière et appréciait nos discussions après la classe sur les sujets qui me plaisaient le plus. » p 144- 145.

 

Le savoir est affectif mais également fait d’habitudes et de régularités.
 

Dans ces conditions, pourquoi prôner l’existence d’une intelligence innée ? Pourquoi vouloir propager ce cliché, en faire une vérité ? A l'évidence, le poncif rend service. La théorie du don se décline ensuite en divers tests, qui - tous - font diversement appel à l’intelligence mais ne mesurent pas l’intelligence, prouvent pourtant (scientifiquement) la nature exceptionnelle de ceux qui les réussissent. Les résultats sont à la mesure de la sélection recherchée. Bien sûr, on admettra quelques exceptions. Le succès improbable du type sorti de rien - tiré du caniveau, aidé par personne - cautionne l’honnêteté globale du système.

 

Il faut bien se donner des airs de probité, avancer des gages d’égalité.
 

La conception génétique du savoir balaye la concurrence, confisque le pouvoir, affirme la supériorité du possesseur.
Le « doué » est un roi dont la juste noblesse est assurément divine.

Voici comment naît l’élève de droit divin. Il obtient 20 sans réviser. Il saute des classes en apprenant tout seul. Il sait lire – par lui-même - dès l'entrée au CP !
 « la même idée est sans cesse exprimée, condamne Albert Jacquard : certains sont plus intelligents que d’autres, ils ont gagné à la loterie génétique, ils sont plus doués ; les autres sont par nature stupides, ils sont perdants, les pas-doués. »(6) Il existe une « dynamique du fonctionnement du cerveau dont les connexions se réorganisent en permanence dans le temps et dans l'espace, selon l'expérience propre à chacun.(7)»(8). Le travail, les exercices, réguliers auront une influence décisive sur les savoirs à venir. Patience – régularité - constance. La culture de la persistance, du tâtonnement produisent de grands effets.

Elle constitue en tout cas, une opportunité consciente ou inconsciente de se positionner.

 

Où ?

Au-delà.
Au-dessus.
En haut.
En altitude.
Dans les sphères du supérieur.

 

Chacun est à sa place, on dirait.

 

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(1) Daniel Tammet - Je suis né un jour bleu.
(2) Antoine de la Garanderie, « Comprendre et imaginer. Les gestes mentaux et leur mise en oeuvre. Centurion ed, Mayenne, 1987, page 83.
(3) « Le journal des Professionnels de l’Enfance. Nov. Déc. 2003, N°25, P 26, article du professeur Jacques Vauthier, professeur à l’université Paris VI
(4) « L’existence de « dons », précise Albert Jacquard, notamment intellectuels, semble si évidente, elle est évoquée si souvent, à tous propos, qu’il semble absurde de la remettre en cause . Et pourtant… »  Moi et les autres op cit, p 100.
(5) Moi et les autres, op cit, P 115.
(6) Moi et les autres, op cit, P 100.
(7) F. Ansermet, P. Magistretti, A chacun son cerveau, Odile Jacob, 2004.
(8) Nos enfants sous haute surveillance, op cit , pp 78-79 Il en résulte qu'aucun cerveau ne ressemble à un autre

 

 

 

 

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Humour.... Un peu d'humour ne saurait nuire à la santé.

 

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 07:43

                                                                               « Qu'y a-t-il pour toi de plus humain ?
- Epargner la honte à quelqu’un. »
Nietzsche, aphorisme 274 du Gai savoir.

 

 « Les courageux ne sont pas, en ce sens, « conformes ».
 Ils ne se conforment pas à l’idée que l’on se fait d’eux. » P 104
Le courage est sans victoire
Cynthia Fleury.


Le bonheur est une construction fragile, laquelle n’est pas à l’abri des glissements de terrain. L’édifice familial présente des fragilités, en effet. Elles se nomment « normalité », « différence », « atypisme ». L’angoisse engendrée par tout ce qui n'entre pas « dans la moyenne » d'une « classe d’âge » - bref, le « hors norme » - ébranle bien des fortifications.

 

Daniel Tammet, le bonheur, il ne le connaît pas « naturellement ». Ses fragments de vie sont des tessons éparpillés au sol. Sa liberté, il a dû la gagner, explique-t-il non sans fierté. « Je gagne mon pouvoir d’être comme tout le monde. »
 

 

 

"Je gagne ma liberté. Je gagne le pouvoir d'être moi-même."


Le syndrome dit « Asperger » dont souffre Daniel Tammet, est associé généralement au terme de « savant » ou encore de « haut niveau ». Utiliser ce type de vocable est clivant - voire détestable – ça va sans dire. Qui dit de haut niveau – suppose en contrepartie – l’existence de bas niveau, de rebus, de « non savants ».

Si l’expérience de Daniel Tammet est intéressante, c’est pour des raisons strictement inverses de celles recherchées par les vendeurs de lessives,  les gueux du savoir qui se jouent de la différence, l’instrumentalisent, afin d’en faire un objet « hautement lucratif ».
Ceux-là même qualifiant les autres asperger de médiocres, collent à Daniel Tammet (et seulement lui puisque - disent-ils - il ferait partie des 100 plus grands esprits du siècle !) l’étiquette de « génie », de "brillant", affirment qu'il a un "don", le transforment donc en bête de foire.

« Un phénomène » un personnage atypique – non conforme – hors norme, tout de même capable - excusez du peu - de réciter 22 500 décimales de pi.
 

 

Daniel Tammet confirme combien le particularisme – quel qu’il soit – ne relève pas tant d’une question de nature que de degré. Il précise :« les pensées d’un autiste ne sont pas différentes de celles d’un individu normal. Elles sont seulement une forme extrême de celles-ci. En inhibant temporairement certaines activités cérébrales – la capacité de penser contextuellement, ou conceptuellement, par exemple. » (1) P 59. 

 

Petit, Daniel Tammet a d’abord vécu le rejet des autres, les moqueries. Il a senti sa différence. « Certains enfants de la cour de récréation venaient me trouver pour me taquiner en imitant ma main qui battait et en se moquant de moi. ». (1) p 105.

 

Heureusement, ses parents l’ont vaillamment soutenu.

 

Daniel Tammet était un enfant – difficile – dormant peu - pleurant beaucoup. Pourtant, lors de crises, ses parents le mettaient dans une couverture et le berçaient des heures durant.

 

 

 

« Mes parents n’aimaient pas que je sorte seul. Aussi, je collectais les marrons avec mon frère Lee. Je n’avais rien contre,  c’était une paire de mains supplémentaire. Je prenais chaque marron entre mes doigts et je pressais sa forme lisse et ronde contre le fond de ma paume ( une habitude que j’aie gardée aujourd’hui – le toucher agit comme un calmant, même si aujourd’hui j’utilise plutôt la monnaie ou des billes). Je remplissais mes poches de marrons, un par un, jusqu’à ce qu’elles soient pleines et gonflées. C’était comme une compulsion, je devais collecter tous les marrons que je pouvais trouver et les rassembler tous ensemble à un endroit. » p 82  (arbre-monde)

« Une fois dans ma chambre, je répandais tous les marrons sur le sol de ma chambre, les comptais et les recomptais. Mon père arrivait avec un sac poubelle et m’aidait à les compter. » P 83 :

 

Les parents du petit Tammet ne se sont pas contentés de l’observer, ou de compatir, non ils ont agi avec force et courage. Car il est bien là le courage : c’est la capacité de pouvoir affronter au quotidien des difficultés incommensurables. Le courage explique Cinthia Fleury « comme la justice est un acte sans capitalisation possible… l’ennemi du courage est le découragement… Le courage est sans victoire. » p 34

 

 

 

"Grandir, ça n'est pas du court terme."

"Je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes." Tocqueville.

Se préparer à l’âge adulte, à la pleine possession de ses moyens…

Ma partie, c'est les pratiques...

 

 

« Un jour, ma mère me demanda de fixer un point – une clôture, un arbre ou une maison – au loin et de marcher sans le quitter des yeux. Cette astuce simple m’aida à garder la tête haute et dans les mois qui suivirent, ma coordination s’améliora beaucoup. Je cessai de tout heurter sans cesse et mon assurance devint plus grande. » P 117

 

Cette astuce trouvée par sa mère paraît « ordinaire » - toute bête – voire anodine. Il n’en est rien. Ce simple geste a certainement joué un grand rôle dans les progrès de Daniel Tammet. Il existe donc – des techniques – des recettes - des coups de pouces susceptibles de modifier la vie de celui qui les met en application.

 

Ainsi, ce sont ces mêmes parents qui lui ont permis d’entreposer des livres dans sa chambre. Des livres et des livres formant des piles qui – parfois – s’écroulaient.

 

C’est son père encore qui l’a conduit toutes les semaines dans un club de jeu d’échecs.

« J’étais paniqué par l’eau, paniqué à l’idée d’être enfoncé sous elle et de ne pas pouvoir remonter à la surface. »
p 117

 

Indénablement ses parents – comme ceux d’Alexandre Jollien – l’ont aidé à garder la tête haute (1) p 117. Avec patience, courage,abnégation, ils ont soutenu, porté leur enfant.

 

"Nous sommes fiers de toi." aimaient-ils à répéter.

 

« Les courageux ne sont pas […] « conformes ».
Ils ne se conforment pas à l’idée que l’on se fait d’eux. » (2) p 104.


Si Daniel Tammet a pu écrire « J’ai gagné ma liberté, j’ai gagné mon pouvoir d’être comme tout le monde… » au-delà de ses propres efforts (considérables et remarquables), c’est aussi grace à ses parents et à tous ceux qui l'ont soutenu.

 

Ils l’ont aidé à apprendre à «nager » à ne plus être – telle l’expression Deleuzienne - à « la merci de la vague ».

   

Aujourd'hui Daniel Tammet est écrivain et il développe différentes méthodes d'apprentissage des langues. 

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(1) Daniel Tammet – Je suis né un jour bleu – j’ai lu -2007 – paris – isbn : 9782290011430
 (2) Cynthia Fleury, La fin du Courage, Fayard, 2010, ISBN : 978-2-213-65162-0

 

 

 

 

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La Livrophile.net... Lire ne nuit pas à santé !

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  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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