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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 18:03

 

« Seigneur Loup étrangla le baudet sans remède. »
 

L’Ane et le Chien -Livre VIII - Fable 17.
Jean de La fontaine.


L’image de l’âne, à l’école, n’est guère brillante.
 

L’âne, c’est le bête, l’idiot – au mieux, le rebelle, l’irrévérencieux, l’enfant refusant toute forme d’apprentissage – au pire le baudet, l’imbécile, l’attardé, bref, celui qui ne peut pas apprendre.

 

Dans ce contexte, porter le bonnet d’âne, c’est la honte, le summum de l’humiliation. Le couvre-chef marque délibérément du sceau de l’idiotie, voire d’une débilité profonde quiconque en est affublé. 

 

   

 

Aussi, lorsque j’entendis – pas plus tard qu’hier - sur l’antenne de France Inter dans une émission consacrée aux animaux que le « Bonnet d’âne » avait eu, naguère, une connotation positive, cela a tout de suite réveillé en moi la fibre guerrière (qui il est vrai ne sommeille jamais profondément). Et il n'en fallut pas plus pour que la pourfendeuse d’idées reçues – encore ceinte du semi-coma propre au lendemain de réveillon – se mette en branle.

 

Je commençais – donc – par réécouter attentivement l’extrait de « Vivre avec les bêtes » où Marinette Panabière, présidente de l’ADADA (l’Association nationale des amis des ânes) expliquait l’origine – surprenante - du bonnet d’âne.
 

« Au moyen âge, on avait créé le bonnet d’âne. Le bonnet d’âne était fait pour rendre les petits clercs aussi intelligents que l’âne, leur donner la sagesse et la réflexion de l’âne… Et ça a été déformé par l’école de Jules Ferry. » Un tel retournement de l’histoire - avouez, ça ne manque pas de piquant. Que le bonnet fût au moyen-âge un objet de transmission de savoir et de sagesse, on aimerait y croire, en effet.

 

Naturellement, si vous cherchez sur la toile la source de cette allégation… vous tombez sur les éternels « copier coller », répétant inlassablement les mêmes âneries, au mot prêt.

 

Je poursuivis donc mes recherches en direction des Fables d’Esope – celles-là mêmes reprises par Jean de la Fontaine sous forme versifiées.

 

Mais là encore, nouvelle déception. L’âne n’y est presque jamais intelligent. Bien au contraire, l’animal semble dénué de réflexion. Couard (De l’âne et du cheval – De deux hommes et d’un âne). Bon à recevoir des coups de bâton (de l’âne et du chien). Juste bon à travailler (De l’âne couvert de la peau du lion.) besogneux.

" Maître Baudet, qui croyez ici mériter nos hommages, attendez qu'on vous ait déchargé de l'Idole que vous portez, et le bâton vous fera connaître si c'est vous ou lui que nous honorons ". (De l'Âne qui porte une Idole.)


Ne forçons point notre talent,
Nous ne ferions rien avec grâce:
Jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse,
Ne saurait passer pour galant.
L'Âne et le petit Chien (IV,5)
 

Bref, l’âne est un animal « sans qualité ».

 

Une exception peut-être … Fable du mulet et du loup - Esope

 

Du Mulet et du Loup. 

 

Le Mulet voyant un Loup venir à lui, et craignant d'être pris, feignit d'avoir une épine au pied et d'être fort tourmenté du mal que lui causait cette épine. " Hélas ! mon ami, dit-il en s'adressant au Loup, je ne puis résister à la violence de la douleur que je sens ; mais puisque mon malheur veut que je sois bientôt dévoré par les oiseaux de proie, je te prie, avant que je meure, de m'arracher cette épine que j'ai au pied, afin que j'expire plus doucement. " Le Loup consentit à lui rendre ce bon office, et se mit en posture. Alors le Mulet lui donna un si grand coup de pied, qu'il lui enfonça le crâne, lui cassa les dents, et se mit à fuir. Le Loup se voyant dans un état si pitoyable, ne s'en prenait qu'à lui-même. " Je le mérite bien, disait-il ; car de quoi est-ce que je me mêle ? Pourquoi ai-je voulu m'ingérer mal à propos de faire le Chirurgien, moi qui ne suis qu'un Boucher ? "  (souce : blog shanaweb.net)

 

L’image de l’âne n’a-t-elle jamais inspiré autre chose que mépris et moqueries ?

 

Je consultai derechef l’excellent Bestiaire médiéval édité par la BNF (1), espérant – tel Jean-Noël Jeanneney « construire une réflexion autour de la multiplicité de sens dont l’animal est investit au Moyen Age. » (1) p 9.

 

Fiche pédagogique n°1.

 

Trouver - donc - des éléments dépassant l’anecdote.

 

Marie-Hélène Tesnière : «  De tout temps la fable a été le lieu d’un enseignement moral et d’une satire sociale ou politique. L’antiquité grecque eut Esope (VIème siècle avent J.C.), l’Antiquité latine Phèdre (1er siècle aptrès J.C.). Le moyen-âge est célèbre pour les fables de Marie de France, le Roman de Renart et le Roman de Fauvel. » (1) P 128.

 

Nicolas de Lyre - Postilles sur la genèse - ItalieMarie de France / Fables/ Paris entre 1285 et 1292 / Peint par le maître de la bible de Papeleu, BNF, Arsenal, m.s. 3142, f. 258

  

L’historienne poursuit : « A la fin du XIIème siècle et au début du XIIIème, Marie de France donne ses lettres de noblesse à la fable française. Elle écrit en français pour être comprise des enfants et des laïcs. Reprenant le modèle anglo-latin, elle place les fables dans une nature pittoresque, dote les animaux d’une psychologie quasi humaine et fait de sa moralité une sorte de critique de la société de cour contemporaine : le loup du « Loup et l’Agneau » y est semblable à ces puissants, à ces juges qui font un mauvais procès aux pauvres ; le corbeau du « Corbeau et le Renard » est comme ces orgueilleux qui dépensent follement leur bien.

 

Mais plus inattendu, le miroir historial de Vincent de Beauvais nous a conservé une trentaine de fables latines abrégées et mises en prose. C’est que cette immense histoire de l’humanité est également une somme de textes savants et littéraires, compilés par le grand dominicain et ses assistants. » (1) p 128.

 

Je cherchai donc dans les enluminures extraites de ces textes de quoi renvoyer une image positive de l’âne.

 Vincent de Beauvais - Miroir historial en français - 1463

  Vincent de Beauvais – Miroir historial – traduit en français Paris, 1463 – Peint par maître François pour Jacques d’Armagnac, B NF, Manuscrits français 50, f.25

 

Malheureusement, la description est la suivante : "Cavalcade des vices qui mènent le fidèle en enfer : un roi chevauche un lion (orgueil), un lourd bourgeois  un ours (gloutonnerie), un manant un âne (paresse), un bourgeois un singe (luxure), un vieillard un léopard (avarice), un noble un sanglier (colère), un jeune homme un chien (envie)." (1) pp 64-65.

 

Pas de quoi redorer le blason de l’âne…

 

Autres exemples...

Le Lion et l'Âne : fables contre ceux qui épouvantent les autres et contre ceux qui entrent sans réfléchir dans la maison des puissants.
Dans la fable d’Esope du Lion et de l’âne : « Au sommet de la colline, l’âne brait le plus fort qu’il peut pour épouvanter les animaux, mais le lion le connaît, il n’a pas peur. » Fables d’Esope insérées dans le Miroir historial de Vincent de Beauvais, Paris 1370-1380 / exemplaire de Charles V, BNF, Manuscrits, NAF, 15939 f. 85 - (1) p 132.  

 

Dans « Le lion malade : les animaux entourent le lion souffrant ; déjà le bouc le frappe de ses cornes, l’âne et le renard le malmèneront autant car quiconque perd sa force et son intelligence est mal traité même par ceux qui l’ont aimé. » (1) p 128.
L'âne ne semble pas fidèle en amitié...

 

Exposition BNF : fiches pédagogiques 2.

Ne comptant pas en rester là, je m’attachai à poursuivre mes recherches du côté de la religion…

 

nativit-sandro_botticelli_-fresque-201476_200_300-20cm_san.jpeg

 Nativité de Botticelli. 1476. Florence, Santa Maria della Nova.

 

Après tout l’âne et le bœuf ne représentaient-ils point la nativité ? Le symbole positif de la naissance ? Leurs souffles conjoints n’avaient-il pas réchauffé le nourrisson, ne l’avaient-ils pas protégé du froid ?
Le Bestiaire médiéval recèle également des iconographies où « Dans la même harmonie, hommes et animaux chantent un hymne à la création et au Créateur (psaume XCI) » (1) p p54 – 55.

 

Et ô miracle l’âne en fait partie !   Paustier de Saint Louis et de Blanche de Castille vers 1230

                                 Psautier dit de Saint Louis et de Blanche de Castille / Paris, vers 1230 / Peint par le maître de l’atelier de Blanche de Castille / BNF, Arsenal, m.s. 1186, f. 13 V°
                                                                 (L’âne est à gauche.)

 

 Mais les choses se gâtent vite…

 

L'excellent site "Archéographe.net" nous apporte des réponses :

 

« Le bœuf et l'âne veillant sur l'enfant Jésus sont indissociables de la crèche. Leur présence s'explique par deux passages de la Bible dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Le bœuf symbolise la patience devant les difficultés, la mansuétude, la gravité et la sagesse, l'âne l'obéissance aveugle et la fidélité [ce qui n’est pas inintéressant comme qualités requises pour un jeune clerc.]. Les deux, réunis derrière la crèche, représentent le judaïsme et le christianisme au moment du passage de l'Ancien Testament au Nouveau. Le bœuf connaît son possesseur, et l'âne la crèche de son maître, Israël ne me connaît pas, mon peuple ne comprend pas. Hypocrites ! Chacun de vous, le sabbat, ne délie-t-il pas de la crèche son bœuf ou son âne pour le mener boire ? »

 

Le boeuf et l'âne de la Nativité du Hortus Deliciarum. , A. Christen et Ch. Gries, Hortus Deliciarum. Mise en couleurs Cl. Tisserand-Meyer. Edition Tisserand-Christen, 1981-88 Le boeuf et l'âne de la Nativité du Hortus Deliciarum. , A. Christen et Ch. Gries, Hortus Deliciarum. Mise en couleurs Cl. Tisserand-Meyer. Edition Tisserand-Christen, 1981-88.

  

"Le bœuf et de l'âne se trouvent déjà dessinés dans les catacombes au début du IIIe s. Le thème est une tradition attestée dès le IVe s., consignée pour la première fois au VIe s. dans l'Évangile apocryphe du Pseudo Matthieu (Au chapitre 14, verset 14.) qui s'inspire d'un texte d'Isaïe détourné de son sens.
Or, le troisième jour après la naissance du Seigneur, Marie sortit de la grotte, entra dans une étable, et elle déposa l'enfant dans la crèche, et le bœuf et l'âne l'adorèrent. Ainsi s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : le bœuf a connu son maître et l'âne la crèche de son maître [ Voilà qui est plus raisonnable]. Ces animaux donc, qui avaient l'enfant entre eux, l'adoraient sans cesse. Ainsi s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Habacuc : Tu te manifesteras au milieu de deux animaux. "

 (Archéographe)

Pour enfoncer le clou…

 

8U4JBUCAHFSG3PCAKGCHP9CARJLGMJCA5BJ9ZUCACC5F5BCAYGVM50CA31Nativité, f.57v, Livre d’heures de Béatrice de Rieux (MS 2044), 1390, France (Ouest)

 

  "Situés aux pieds et à la tête du nouveau-né, l’âne et le bœuf le réchauffent de leur haleine, le protégeant du froid. Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, aucun des quatre Évangiles ne mentionne leur présence. Il faut attendre les IVe et Ve siècles pour que ces animaux apparaissent dans des textes chrétiens apocryphes. Seul l’Évangile selon Saint Luc indique que la naissance du Christ s’est faite dans une étable. Or, ici, le décor étant réduit à des éléments ramenant la Nativité à l’essentiel, seuls trois détails permettent de figurer cette étable : la mangeoire et les deux animaux. Dans cette optique, leur présence est donc obligatoire et peut expliquer leur position relativement centrale dans l’image. C’est le bœuf qui souffle sur le visage de l’enfant tandis que l’âne se « contente » des pieds. Ce détail n’est pas anodin car au Moyen Âge le bœuf a une réputation plus flatteuse que l’âne. Cette différence va s’abolir au fil du temps, les deux animaux étant alors représentés sur le même plan dans la Nativité." Bibliothèque, musée de Bretagne.

  
En outre...

 

L’âne est irrévérencieux, il brait et détourne la tête, il ne veut voir " la lumière ". Cette attitude est fréquente dans les " Nativités " des Etats de Savoie au XVème siècle. C’est la conséquence des écrits de Saint Jérôme qui a vu en lui le symbole de l’Ancien Testament et dans le bœuf celui du Nouveau.

 

 

Abbaye Notre-dame d’abondance - nativité  

Le bestiaire médiéval, un monde symbolique.
 

Quelques animaux..
 

Conclusion :

 

La version positive du bonnet d’âne semble peu probable. Il parait plus vraisemblable que ce dernier (attribué aux jeunes clercs) ait eu fonction de "sagesse" dans le sens d'obéissance, d'écoute - bref ait été synonyme de conformité. Il faut donc – à regret, je sais, c'est dur – abandonner cette idée.

 

Reste – toutefois – deux images promptes à nous consoler :

 

D’abord celle du « Portrait du fou regardant à travers ses doigts », exécutée vers 1500.

 

 

 Portrait du fou regardant à travers ses doigts », exécutée vers 1500 - Musée de Cassel.
On y voit un fou affublé d’un costume  au bonnet d’âne et à la crête de coq.
«La clé de compréhension à notre représentation repose sur l’expression vernaculaire « regarder à travers ses doigts ». Au-delà du personnage du fou qui participe certes à la compréhension de l’œuvre mais qui n’est pas central pour autant, les lunettes et la gestuelle vont de paire. Le fou est en train de ranger ses lunettes et regarde le monde à travers ses doigts. L’expression néerlandaise « door de vingers zien », qui est couramment employée, révèle une attitude qui consiste à prendre des distances par rapport à tout ce qui tourne pas rond dans le monde. En fermant les yeux et en se taisant, l’individu parvient donc à se prémunir. Dans le cas du fou, il espère aussi en contre partie que le spectateur aura la même comportement bienveillant à son égard et ne pointera pas ses failles. 

Les lunettes qui sont d’ordinaire signe d’érudition sont ici associées à l’aveuglement et à la supercherie. » Musée Départemental de Flandres – Cassel – Catalogue des œuvres choisies, 2010 (ISBN : 9788836618057) – SilvanaEditoriale – p 164.


La deuxième rejoint la première :

 

 

 

 

Qui sait où les frontières de la bêtise et de la folie se situent ?

 

   

Garder, donc,


« une attitude qui consiste à prendre des distances par rapport à tout ce qui tourne pas rond dans le monde. En fermant les yeux et en se taisant, l’individu parvient donc à se prémunir. Dans le cas du fou, il espère aussi en contre partie que le spectateur aura la même comportement bienveillant à son égard et ne pointera pas ses failles. » 

 

 

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(1) Bestiaire médiéval – enluminures – Marie-Hélène Tesnière - BNF, Bibliothèque Nationale de France – Belgique 2005

 

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 07:35

 En ces fêtes de fin d'année,

                           Un peu d’humour et d’autodérision s’impose…

 L'humour, le dernier rempart avant la désespérance ?

     
Joyeux Noël !

 

Le prof :  Vous avez compris ? Elève modèle selon l'éducation nationale ?
Les élèves :  Ouiiii !
- Alors c'est que je me suis mal exprimé.

 

Ecrits de profs :

 

Elève fantôme, mais qui manque totalement d'esprit.

 

Pas d'abrév. SVP.

 

Qu'est-ce que j'ai écrit dans la marge ? Fais voir ? Ah oui : illisible !

   

 

Enseignant, un métier d'écoute ? 

 

 

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

 

 

 

 

     

Perles du bac...

 

Effet de serre :

 

   
Prostitution européenne :

 

   
Les amazones, un peuple féroce, plus que les femmes :   

 

 

L’alcool permet de rendre l’eau potable :

  

 

 De Gaulle était très un protestant très croyant, très catholique :

 

 

 La guerre de cent ans :

  

  

Le zéro... 

 

 

  PERLES DU BAC 2008 "ZERO" par Loadings

  

Une ministre très à l'écoute...   

 

Problème de lecture globale Foresti  :

La ministre des affaires problématiques, Dominique Pipeau. Une ministre proche des enseignants…
La réforme des méthodes globales ou syllabiques…
"Il faut dépoussiérer les institutions. "

 

 

 "Un enfant a besoin d’identifier les lettres."

 

   L’instituteur (humour) :

Du vécu !?

   

   
Education à la française… Les Deschiens...
"Il a combien de livres ?"
 
 
Mais il y en a là-dedans....
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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 14:21

Zadig de Voltaire - 1747« Zadig vit combien il était dangereux quelquefois d’être trop savant,
et se promit bien, à la première occasion, de ne point dire ce qu’il avait vu. »
Voltaire - Zadig (1) P 27.

 

La preuve, c’est ce qui reste vrai malgré les différents éclairages.
 

Il y a une volonté de croire dans l’histoire même qui nous est racontée.

 

J’ai eu l’occasion de rencontrer Claudine Cohen dans le cadre – très riche décidément - de Cité-philo. (Cité philo – 19/ 11/ 11  Claudine Cohen   - Alain Corbin  - Carlo Ginzburg « Reconstruire l’histoire : l’indice, la trace, la preuve. » )  

 

« Une belle rencontre » pour reprendre les termes de Sébastien Charbonnier.

 

Claudine Cohen est philosophe, historienne des sciences et écrivain, maître de conférences à l’EHESS. (Voilà pour la partie universitaire).  Mais ça n’est pas le plus important, car l’écrivaine est avant une personne pétillante – pleine de passions et d’envies - celles d’apprendre, de transmettre, de comprendre, de décortiquer les savoirs - comme on peut l'apercevoir sur la vidéo. 

 

Dans un livre passionnant qui se lit « comme un roman » (pour reprendre l’honnête critique de la journaliste de France Inter – à offrir pour Noël - absolument) intitulé  « la méthode de Zadig » l’historienne des sciences s’attache à décrypter les méthodes utilisées par les paléontologues. A s’interroger sur la fabrication des images. Bref à briser les fers des idées reçues qui nous scellent au mur du mensonge.  Evitons donc de tomber dans « Le … positivisme plus ou moins naïf qui prétendrait se borner à « laisser parler les faits » (1), p 250.

 

 

 

 

  « la méthode de Zadig » - explique Claudine Cohen, est la suivante - de même que le héros de Voltaire la chienne de la reine et le cheval du roi en chair et en os après avoir observé leurs traces dans le sable, de même le paléontologue utilise, à bien des égards, des méthodes conjecturales pour reconstruire les êtres éteints, l’histoire de la vie et de l’Homme, à partir de fragments dispersés. Non seulement l’observation et la rationalité, mais aussi la sagacité et l’intuition, la fiction et l’imagination, jouent un rôle nécessaire dans ces hypothèses. Si ces reconstitutions se sont transformées au cours de l’histoire, c’est qu’elles sont aussi tributaires des modes de l’imagination, des représentations philosophiques ou idéologiques, et des cadres changeants de la pensée scientifique elle-même. » (1) P 25

 

Claudine Cohen illustre ses propos d'anecdotes savoureuses.

 

En voici deux exemples frappants :

 

Le premier :

  

"Au début du Xxème siècle aux Etats-Unis, la peinture préhistorique devient un genre scientifique à part entière : Charles Knight, peintre des fresques paléontologiques et préhistoriques qui longtemps couvrirent les murs des galeries de paléontologie du Muséum d’histoire naturelle de New-York…" (1) p136.

 "… les énormes herbivores… - évoquet-elle -  au corps massif, pourvus d’un très long cou et d’une queue immense, étaient figurés comme des animaux quadrupèdes, trop lourds (on a évalué leur poids à 10 tonnes) pour se mouvoir sur la terre ferme, et passant l’essentiel de leur vie dans l’eau." (1) p 78.

 

Charles Knight - Snorkelling Brachiosaurus, 1957 Charles Knight - Snorkelling Brachiosaurus, 1957

 

Le second :

 

Anomalocaris Fossile"Le destin scientifique d’Anomalocaris, un animal des schistes du Cambrien moyen de Burgess (Colombie-Britannique) vieux de 515 millions d’années, à travers les différentes reconstitutions anatomiques qui en ont été tentées pendant près de cent ans, en est un exemple frappant.

 

 

 

Des fragments de cet animal furent d’abord interprétés séparément comme des organismes à part entière.

Une partie fut identifiée comme l’abdomen et la queue d’un crustacé pyllocaridien, une autre comme une méduse, tandis que d’autres étaient rangées parmi les concombres de mer, les vers et les éponges.

Des animaux complets, ou presque complets, étaient pourtant connus depuis le début du XXème siècle -  mais il fallut attendre une profonde révision des conceptions évolutionnistes, et une découverte particulièrement éloquente en 1985, pour que fût produite une description correcte de l’animal entier : un grand prédateur appartenant à une classe éteinte d’Arthropodes.
Selon Gould, cet exemple révèle non seulement l’imprédictibilité des formes vivantes et l’imprévisibilité de l’histoire de la vie, mais aussi l’incidence des préjugés et des cadres mentaux dans la manière de concevoir l’évolution." (1) pp 130 – 131.

 

Faune cambrienne selon Charles Knight (1940) "Faune cambrienne selon Charles Knight (1940). Stephen J. Gould a dénoncé dans La vie est belle (1989) les préjugés qui conduisirent les paléontologues du début du Xxème siècle à méconnaître la radicale étrangeté de cette faune : les organismes figurés comme une méduse, une crevette et une sorte d’éponge sont en réalité trois fragments d’un même animal." (1) p 131.


« En fin de compte, l’animal fossile inconnu ne se laisse jamais reconstruire déductivement que dans la mesure où il concorde avec des animaux connus. » ironise son contemporain Henry Ducrotay de Blainville." P 122 :

  

 

Voici le nouveau modèle d'Anomalocaris proposé...

Anomalocaris "Les préhistoriens savent qu’une grande partie de ce qui fait les comportements humains, la parole, les sentiments, les rapports entre les individus, les croyances, les rituels même, leur est inaccessible, sauf à projeter leurs propres cadres mentaux dans l'interprétation. Ils savent aussi que « la démonstration… n’existe pas » en préhistoire : les hypothèses tirées par exemple de l’expérimentation fournissent « simplement des probabilités » (3) , et démontrent, « non la réalité des faits envisagés, mais leur faisabilité » (3) ". (1) P 199.

 

"Reconstituer et faire vivre l’ensemble auquel ont appartenu ces restes disparates et muets, exige chez le chercheur perspicacité, sagacité, intuition, imagination, et requiert un sens aigu de l’analyse, une véritable stratégie du déchiffrement." (1) p 238.


« Il s’agit, selon Carlo Ginzburg, de faire usage du « paradigme indiciaire ».  « Dans ce type de connaissance [par déchiffrement d’indices] entrent en jeu […] des éléments impondérables : le flair, le coup d’œil, l’intuition. » (1) p 23. C’est-à-dire des « méthodes, qui se situent au niveau du particulier plutôt que du général, de l’individuel plutôt que de l’universel, mobilisant les sens et l’intuition plutôt que la pure rationalité, sont surtout opératoires dans les sciences humaines ; mais des savoirs tels que la médecine, l’archéologie, la paléontologie mettent en œuvre des méthodes semblables. Ces disciplines « indicielles » font appel, à côté de procédures formalisées et parfois qualifiées, à des méthodes plus qualitatives, qui visent à reconstruire une totalité à partir du déchiffrement de détails, d’indices ténus, et qui requièrent l’intuition, la sagacité, l’imagination du chercheur.
L’hypothèse de Ginzburg était celle d’un historien dont les travaux mettent en œuvre une démarche originale (la microstoria) en partie inspirée de ces réflexions. » (1) p 23 :


La méthode de Zadig - Claudine Cohen - Seuil 

" La trace, c’est le vestige fossile – mais c’est aussi l’empreinte, qui constitue un objet d’étude à part entière pour le paléontologue et le préhistorien." (1) p 24 :

 

On se construit de ses réflexions et - non moins - des interactions que l’on noue avec le monde.
Ce mode de construction de la connaissance, Edgar Morin dans son livre référence « science avec conscience » l’affirme très clairement :

 

« […] la connaissance ne se réduit pas à des informations ; la connaissance a besoin de structures pour pouvoir donner du sens aux informations […]  on se rend compte que si nous avons trop d'informations et pas assez de structures mentales, l'excès d'informations nous plonge dans un « nuage d'inconnaissance », ce qui nous arrive fréquemment quand nous écoutons la radio ou lisons nos journaux. » (2) p 92.
           Science avec conscience - Edgar Morin
L’accès à la connaissance renvoie précisément à une faculté, une disposition, un effort à comprendre un système... Et... bien sûr, comme la plupart des acquisitions motrices, cette capacité intellectuelle n’est pas donnée. Elle se construit, fait appel à la conscience. Or, la posséder suppose des contraintes (celle de persévérer dans la lecture d’un texte obscur, de se frotter à l’échec, de dépasser une difficulté passagère, ou encore de surmonter ses craintes de ne pas comprendre d’emblée...).
 

« C'est dire, du coup, que ce serait une grossière erreur
que de rêver d 'une science qui serait purgée de toute idéologie
et où ne régnerait plus qu'une seule vision du monde ou théorie « vraie ». »
Edgar Morin,
 Science avec conscience (2). p  24

 

 

Il s'agit de s'extirper du "meme".

" … La notion de « meme » formulée par le biologiste anglais Richard Dawkins a été reprise par certains anthropologues pour désigner des « unités d’information culturelle », idées, croyances ou pratiques, qui se transmettent entre les individus à l’intérieur d’une culture." (1)   P 250

 

 

Conquérir le monde, tomber, se heurter aux obstacles est un éclatant début, de quoi développer le courage de se relever, fournir les armes de son évolution future. L’enfant est saisit d’une incroyable volonté quand il compte marcher seul, veut se redresser. Rassemble tout son courage pour échapper à l’attraction du sol. Au fond, il fait preuve d’une indéniable témérité.

 

Une audace. Une effronterie. Une mise en péril, un danger qui forgent.

 

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(1) Claudine Cohen – La méthode Zadig, La trace, le fossile, la preuve – science ouverte, Seuil, Paris, 2011, isbn : 978-2-02-040298-9
(2) Édgar Morin, science avec conscience, éd du Seuil, point, 1990, ISBN : 2-02-012088-7.

(3) M. Lorblanchet, Les grottes ornées de la préhistoire. Nouveaux regards, Paris, Errance, 1995, p 223.) 

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 17:54

 

« La pensée pédagogique, chez Deleuze,
c’est celle qui part d’un fond obscur.
Tout est noir… Une étincelle jaillit, une touche claire se détache

Le doute hyperbolique de Descartes,

c’est du white spirite.
Chez Descartes, le doute est un infanticide…
On tue l’enfant en nous.
On efface tout… Pshitt… Tableau  blanc ».
Sébastien Charbonnier.

 

« Le propre du savoir n’est ni de voir ni de démontrer, mais d’interpréter. »
Michel Foucault, Les mots et les choses,

Gallimard, Paris, p 55.

 

 

Explorer et comprendre l'environnement font partis d'un besoin qui nous saisit dès l'enfance. Il n’est qu’à observer le bambin qui part à la découverte de son petit monde pour s’en rendre compte. Il tâtonne, il imite, il invente, il tombe fatalement se faisant mal parfois, mais toujours il se relève, et, par  succession d’essais-erreurs parvient à surmonter les difficultés. Il le fait d'abord d'instinct. Il n'est qu'à voir la joie, le sourire, le rire inimitable, incroyablement naturel et communicatif du nourrisson en train de grimper sur un coussin pour comprendre combien l'exploration est irréductiblement liée aux sentiments (1). Cet éclat, cette part infinie de bonheur saisit l'enfant dés qu'il établit une relation entre son action (par exemple lorsqu'il lance un objet) et les répercussions que cela va produire sur son environnement. En résulte des tentatives sans fin... Parfois, aussi, des frustrations et des pleurs. Ça ne l'empêche pas de recommencer, encore et toujours. Il expérimente son lancer, évalue sa « force », l'amplitude de son geste, fait des analogies, analyse le résultat obtenu, cherche à améliorer le point d'impact de son projectile, change les paramètres de poussée, les degrés d'angle... Obtient des courbes en cloche, des paraboles. Perfectionne le tir... Il fait de la physique sans le savoir. Et il aime ça !


Cette singularité du plaisir de découvrir, d’apprendre, perdure chez certains (2).

 
Étienne Klein (3),  professeur à l'école centrale, directeur de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA) a vécu cet état de grâce, cette passion, générés par l'attrait de la compréhension, cette jouissance immense de confronter sans cesse ses savoirs à ses observations, ses expérimentations. C'est « la joie singulière qui surgit dans un esprit lorsque enfin, lorsque soudain, il comprend ce qu'il cherchait à comprendre. Personnellement, je me souviens comme si c'était hier de mes premières joies intellectuelles, au collège puis au lycée : une démonstration mathématique qui devient soudain lumineuse ; un raisonnement abstrait, philosophique ou scientifique, qui fait mouche... Chaque fois, c'était une révélation, une jubilation. Comprendre, sentir la portée d'une idée ou d'un concept, percevoir sa beauté, découvrir la clé d'un raisonnement ou d'une découverte, cela vous déplace, vous transforme subitement en quelqu'un d'autre. Le réel soudain, vous répond. Se crée alors un contact qui procure qui procure une joie sans équivalent. » 

  

Pourtant, à l’école, apprendre rime peu souvent avec plaisir.  

 

   Un grand merci  à Sébastien Charbonnier d'avoir accepté la mise en ligne de cet extrait.

(Le son a été révisé.) Merci également à Gilbet Glasman.

"Deleuze est un philosophe de la conquête de la raison."

C'est le cheminement de la pensée qui compte.

Vous pouvez écouter la conférence (en entier, cette fois) enregitrée avec Eva Lerat (ici).

 

A l’école, le problème, c’est ce dont on veut (se) sortir.

Le problème - ce n'est pas comme Etienne Klein l'a exposé, une énigme, un défi à relever, une joie singulière et lumineuse - c’est ce qui pose problème, nous explique Sébastien Charbonnier dans le cadre de Citéphilo (19 / 11 / 11  conférence intitulée : Deleuze Pédagogue).

Il existe un côté castrateur de l’histoire de la philosophie  - et il y a un côté castrateur à l’école.

On nous donne le problème (On ne cherche pas où est le problème). Dans ce contexte (ou ailleurs) un problème donné, c’est ce qui n'est "pas bon pour nous". On veut rompre avec le « non – savoir", l’incertain. La réponse obtenue est « correcte » ou « non correcte ». Il faut bien déterminer des critères objectifs. C’est commode, certes. On suppose qu’à réduire à toute force les variations, on tombe effectivement dans un fonctionnement administratif, purement descriptif, éloigné des surprises – résistant aux innovations, voire – et c’est le plus étonnant – hostile aux envolées intellectuelles, aux interprétations inventives.

 

L’élève - tout comme l'enseignant - a peur de « se tromper », de passer pour un « idiot ». L’image dogmatique de la pensée, c’est-à-dire la fausse image que l’on s’en fait revient à s’imaginer que l’important, c’est Le Savoir, lequel est fixe, objectif, « Vrai ».

Car, en matière d'enseignement – comme en certaines philosophies telle celle de Descartes - on ne veut que : « Du vrai .» – ce que l’on recherche  est une « Belle Vérité Pleine et Parfaite »  

« On ricane de la bêtise. » Poser une question est une forme d’émotion (c’est la honte). On ricane de l'erreur. Cela s'exprime par des paroles d'élèves acides : "Hé, madame, tu n'es pas une vraie maîtresse, tu t'es trompée." Par des parents - très emportés - qui se perdent en soulignages de toutes sortes dans les cahiers. Par les enseignants pensant détenir la vérité.

Se tromper - scolairement - revient à perdre toute légitimité, constitue presque un crime. On tente d'y répondre radicalement. On s'exclut alors de la bêtise. 

 

Pourtant, la bêtise c’est le cheminement vers le savoir. Avant de savoir marcher, l'enfant tombe. De même, avant toute maîtrise d'une technique, d'un savoir, on essaye, on se trompe. Il ne devrait y avoir aucune honte à dire des bêtises. Pour Bachelard comme pour Deleuze, ce qui compte, c’est - bel et bien - le problème, la construction, l'échafaudage. Pour Deleuze - souligne Sébastien Charbonnier - un problème c’est bon, c’est joyeux.

 

Patrick Wotling dans l'excellente émission des Nouveaux Chemins de la connaissance, diffusée sur France Culture (Nietzsche -  2011.01.20 - Nietzsche, critique des philosophes et de la philosophie.) enfonce le clou.

 Patrick Wotling - Nietzsche

Pour Nietzsche - Le philosophe, c’est l’esprit libre.

 

Combien de gens éminents, interroge Nietzsche – par exemple des professeurs - donnent à leurs discours un ton objectif ?  Une valeur d’objectivité scientifique ?

  

«Il reproche aux philosophes un manque de probité, un manque de droiture intellectuelle. »
 

« Se tromper tout en prétendant dire la vérité et qu’on est le seul à le dire. » - pour Nietzsche - est une « faute » impardonnable. A ses yeux « Ce sont tous des avocats sans le savoir… Des avocats de leurs préjugés qu’ils baptisent vérité. Ils sont très éloignés de ce courage. De la conscience qui s’avoue ce qu’il en est. Très éloignés de ce bon goût du courage qui donne à comprendre ce qu’il en est soit pour prévenir un ami ou un ennemi, soit par générosité et pour se moquer de soi. » La charge est vigoureuse, franche. Bref, Nietzsche ne les épargne pas.

 

Naturellement - penser (dans le sens de décréter) détenir la Vérité -  ça évite de (se) poser des questions - mais c'est également commettre une terrible imposture.

  Deleuze Pédagogue - Sébastien Charbonnier 

 

Yves Citton l'énonce également « …nous ne pouvons attendre de disposer d’assez de connaissances pour nous lancer dans l’action. » (4)  P 64 .

 

Penser, c'est donc se tromper, dire des bêtises. Oser.

  

« Les questions sont plus essentielles que les réponses » rappelle Carl Jaspers.

 

Mais reprenons le fil de la conférence....

Petites choses (utiles à rappeler selon Deleuze) pour penser : être bête et être un bon observateur

  

«Se ressourcer en permanence à partir du concret et d’autres savoirs.

Tout part de la relation (L’individu est la résultante de cette relation). Plus il y a de rencontres, plus on va niveler « son niveau de croyance » plus on devient libre.   

 Ou, pour le dire autrement : plus on crée de perspectives, plus on multiplie les variations, de telle sorte - qu'à la longue - nous serons moins soumis aux clichés, aux lieux communs.

Leibniz fait l’éloge de la littérature. Il faut du matériau : tout ce qui donne des idées : conte, littérature, tout ça est  bon à prendre. Ca me donne des idées, peu importe lesquelles et « j’en fais ma tambouille. » Des idées nouvelles vont jaillir.

 

Bouvard et Pécuchet de Flaubert, c'est le grand roman sur la bêtise.    

Deleuze applique cette "recette" dans "Mille plateaux", un ouvrage écrit avec Guattari.

  

Le seul but est de : "Donner à penser". Créer un choc de la nouveauté qui va faire vaciller notre système de croyances.

 

Le pluralisme des expériences, les confrontations avec autrui vont élargir les horizons de nos pensées.

 

Comment devenir une machine désirante ?

interroge Gilles Deleuze – Une vie une œuvre, 01-05-11, France Culture. 

    

Yves Citton donne peut-être quelques pistes... Yves Citton

  

"Toute connaissance relève d’une interprétation dans la mesure où elle considère son objet à partir d’un certain point de vue relatif à une certaine pratique qui nous met au contact de cet objet." (4) P 35.

Il ajoute, page 52 combien : "L’interprétation consiste précisément en un échange de projections et d’impressions, en inter-prêt de sensations et de manipulations à travers lesquelles l’objet et le sujet s’actualisent réciproquement."

 

Il résume : "l’émergence de nouveauté résulte simultanément d’un processus d’imitation puisant à une multitude de sources préexistantes et de l’intersection absolument singulière qui noue ces imitations hétérogènes autour de la personne unique de l’interprète. (gabriel tarde, La logique sociale (1893), Les empêcheurs de tourner en rond, Paris, 1999 et Maurizio Lazzarato, Puissances de l’invention) Dans la mesure où l’originalité n’est pas une donnée première – originelle - , mais se compose progressivement au fur et à mesure qu’on augmente le nombre et la variété des influences qui s’impriment en nous, plus j’imite (de modèles hétérogènes), plus je deviens original (puisque je suis alors le seul à imiter cet ensemble-là de modèles)". (4) Pp 106-107

Partir, donc, à la conquête de la liberté de penser par le pluralisme des expériences. 

 

Il faut y aller, ne pas avoir peur de dire des bêtises [C'est chose difficile, souvent.].

 

Etre capable de tout absorber pour en faire ressortir ce qui est intéressant. 

 

« Le hasard ne touche que les esprits préparés. »  Pasteur.

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(1) Le paramètre affectif est anormalement négligé à l'école.
( 2) Parfois, non, malheureusement.... Cf évaluation.
(3) Etienne Klein, Galilée et les indiens, café Voltaire Flammarion. P 48.
(4) Yves Citton , L’avenir des humanités, économie de la connaissance ou culture de l’interprétation ? La découverte, Paris, 2010.

 

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  Est-ce qu’on est capable de construire ensemble quelque chose ? (c’est ça l’important).

  S. Charbonnier.

   

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 10:51

intelligence 

« On n’ « est » pas intelligent, on le devient  - nous rappelle Albert Jacquard -
Il est très facile de ne pas devenir intelligent, la recette est simple : s’assoupir dans la passivité des réponses apprises, renoncer à l’effort de formuler ses propres questions . » Albert Jacquard, moi et les autres (1) p 123.
 

« La meilleure façon de réaliser ses rêves

est de se réveiller. »

Paul Valéry.


Qu’est-ce que « Le Quotient Intellectuel » ?

 

Explications :

 

Le QI s’appelle « en anglais l’« intelligence quotient » ou IQ - explicite, Albert Jacquard - Il n’y aurait rien à en dire, si ce nombre n’avait été utilisé dans des conditions aberrantes.
Le fait qu’il soit un  nombre et soit même présenté comme un quotient (ce qu’il n’est le plus souvent pas) lui donne une façade de scientificité : on ne se permet pas de discuter un nombre, surtout lorsqu’il résulte de longs calculs auxquels il est difficile d’avoir accès.
En réalité, ce qui importe n’est pas le nombre lui-même, mais ce qu’il représente. Pour rester très « mesuré », j’admettrai qu’il mesure peut-être quelque chose ; mais force est de constater que personne ne peut dire quoi ? je ne pense pas qu’un seul psychologue oserait affirmer que « le QI mesure l’intelligence ». Ce serait évidemment absurde : comment un nombre unique parviendrait-il à mesurer un objet aux multiples caractéristiques ?
Malheureusement cette idée est très répandue dans le public par certains auteurs ayant un large accès à des journaux à grand tirage, et a été étrangement acceptée. » (1) p 104-105.

 

« Le véritable enjeu est plus grave encore, c’est le regard même que nous portons sur l’homme qui est en cause. En effet, le QI étant un nombre obtenu à la suite d’observations réalisées avec objectivité, et de calculs rigoureux, on admet facilement qu’il correspond à une caractéristique de la personne mesurée. » (1) p 107 :

 

Le problème est bien là. 
A la fois dans cette fonction fixée par la science, donc scientifique ! Dans la pseudo-objectivité, de la « mesure ».
Mais le pire reste à venir, puisque par un glissement sémantique bien senti, ce quotient se fait valeur… Et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la mesure de l’intelligence de la personne.
Puis d’évaluative, elle se fait prédictive. La "mesure du QI" vous poursuivra toute votre vie (Vous êtes intelligent… ou pas.)

 

« Certes, un QI de 90 permet de prévoir un manque de réussite – reconnaît Albert Jacquard -. si les conditions restent ce qu’elles sont. Mais pourquoi le resteraient-elles ? Il n’y a là aucune fatalité. Tout au contraire, l’objectif de la mesure du QI doit être non le plaisir de prévoir l’échec, mais la possibilité de prendre les mesures qui permettrons de l’éviter. » (1) p106- 107.

 

étiquettes - prisons

 

Seulement voilà, une fois le code barre placé – bien haut sur le front  - difficile de s’en extirper.
En science cognitive « l’effet Pygmalion », "Je pense donc tu es", est bien connu (cf IUFM de la Réunion) et a été démontré par de nombreuses études (psychologie sociale). (Vous croyez aux qualités intellectuelles, manuelles de quelqu’un et cette personne en surinvestissant effectivement le domaine valorisé, va développer une compétence réelle en la matière.)
Inversement, la dépréciation va générer une non-mobilisation des compétences. Les capacités potentielles n’adviendront donc pas. 
On parle alors de prophétie auto-réalisatrice ou en climatologie de boucle de rétroaction.
Le ressort psychologique est simple à comprendre.
 (Je produis ce que l’on me dit que je suis, en conséquence de quoi, je deviens ce que l’on m’a dit que je serais : la boucle est bouclée CQFD.)
 

A partir de là, pourquoi travailler ?

 

 

Vision du monde scindée en deux catégories :  

Les Minus    et les Cortex.

 

Sylviane Giampino et Catherine Vidal, « Nos enfants sous haute surveillance, Albin Michel, 2009, dénoncent cette vision simpliste et régressive des choses : « Chez l’enfant – rappellent-elles avec force -  c’est l’interaction avec l’environnement familial, social, culturel qui va orienter le développement de certaines aptitudes et contribuer à forger les traits de la personnalité. »P 193. « Plus tard, la plasticité cérébrale va nous permettre d’acquérir de nouveaux talents, de changer d’habitudes, de choisir différents itinéraires de vie. Muni de son gros cerveau, l’être humain a pu échapper aux lois dictées par les gènes et acquérir une liberté de penser de se projeter dans l’avenir, d’imaginer et de rêver. » pp 193-194.
 

« Cette plasticité est à l'œuvre de la même façon pour le développement des aptitudes intellectuelles. De nombreuses études ont montré que des enfants adoptés à la naissance et élevés dans un milieu favorisé ont un QI supérieur à celui d'enfants élevés dans un milieu défavorisé (3). Mais rien n'est inéluctable. Si l'adoption concerne des enfants de quatre à six ans issus des milieux défavorisés avec au départ un faible QI, ces enfants peuvent aussi rattraper leur retard, et ce d'autant plus que le milieu socio-économique des familles d'adoption est élevé. » (2) p 75.


« Tous les tests réalisés face à un examinateur qui déclenche un chronomètre sont avant tout des tests de rapidité : cette qualité est importante certes, mais pourquoi en faire une qualité première ?" (1) p 119.  

[Quoi de plus bloquant - tétanisant - stressant - qu'une évaluation chronométrée ? ]

 
« On sait également qu'un environnement affectif et social défavorable peut induire chez l'enfant un retard de développement mental. Ce fut le cas des enfants issus des orphelinats roumains dans les années 1980 et qui présentaient des altérations du fonctionnement cérébral. Cependant, une fois placés dans des familles d'adoption, la plupart ont progressivement rattrapé leur retard et ont pu suivre une scolarité comme les autres enfants. » (2) P 68.

 

Oui – martelons-le, énonçons-le, rappelons-le, crions-le - la réflexion, comme Albert Jacquard l’a signifié, c’est aller lentement.

L’intelligence est une construction.

C’est un processus, un déploiement, «Etre intelligent » revient – a-t-on dit -  à se poser sans cesse des questions, sans n’être jamais satisfait des réponses.

 

Philippe Ravoux dans son livre intitulé « l'unité des sciences », explique page 102, combien « les travaux de Piaget ont mis en évidence que les tests d'intelligence n'ont jamais mesuré l'intelligence, mais des savoirs et des savoir-faire qui ne sauraient à eux seuls définir l'intelligence. De plus, les items de ces tests étant culturels, ils sont par conséquent sans valeur universelle. »


Albert jacquard conclut  :


« Ce qui est dramatique avec le QI aujourd'hui, c'est qu'il est utilisé comme n'importe quelle mesure, aussi simplement qu'on pourrait mesurer votre taille; or, votre taille existe avant d'être mesurée. Au contraire, le QI n'a d'existence que par la mesure. Il est aberrant de faire croire qu'une telle mesure correspond à une vérité objective, et que les mots : « Il a un QI de... » équivalent à : « Il a un poids de x Kg ». L'intelligence dont il est question, lorsque nous parlons de QI, se limite à celle que mesurent les tests ! Ces tests pourraient être différents; autrement dit, le QI n'est pas quelque chose qui serait en nous. Si, à l'âge de cinq ans, vous obtenez 95 points de QI, votre entourage pensera que vous êtes quelqu'un d'inférieur par nature ! Or, ce n'est pas du tout ce que disait Binet. Il attirait l'attention des éducateurs en disant : « Il y a un problème, il faut donc y veiller. » (5)

 

En d'autres termes – comme le souligne Nicolas Gauvritt "il ne faudrait pas confondre l’intelligence au sens commun et l’intelligence au sens du QI" . 

 

J'ajoute : ces tests font appel à l'intelligence mais ne mesurent en aucun cas l'intelligence.

 

 

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(1) Albert Jacquard, moi et les autres, initiation à la génétique, Point, Seuil, 1983

(2) Sylviane Giampino et Catherine Vidal, « Nos enfants sous haute surveillance, Albin Michel, 2009,

(3) M. Duyme et al. , « How can we boost Iqs of dull chidren ? A late adoption study », PNAS, Vol.96, 8790-8794, 1999.

(4) Philippe Ravoux dans son livre intitulé « l'unité des sciences »,

(5) Albert jacquard, Axel Kahn, L'avenir n'est pas écrit, p 95.

 

Nicolas Gauvrit est maître de conférence en mathématiques à l’Université d’Artois, docteur en sciences cognitives, et membre du comité de rédaction de Science et pseudo-sciences.

 

 

A lire sur la toile  : J.J. Rousseau, aux sources de l'effet Pygmalion".

 

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 Comment  "contrer le système" ?

En vous entraînant...

 

 


Dans notre effort de compréhension du monde qui nous entoure, les progrès les plus décisifs ne sont pas contrairement à ce que l’on croit trop facilement, les réponses trouvées à nos questions, mais la formulation de questions plus pertinentes et mieux posées. » (1) p 119.

 

Le QI, Un " moyen " efficace d’éliminer les plus fragiles ? Une technique de sélection ? 

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  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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