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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 18:12

Voici de quoi compléter l'article consacré aux images-sons. 

     

son-ill-  

  

   

son-enson an

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 09:52

l-agneau-qui-ne-voulait-pas-etre-un-mouton.jpg

L’agneau qui ne voulait pas être un mouton

Un troupeau de moutons se révolte contre le loup.

Une fable où il est question de courage, de solidarité et de résistance.
(Editions Syros).

 

 

« Il y a un enjeu démocratique très important derrière.

Etre lecteur, c'est complexe : ça demande des références.

Ca demande une culture.

Est-ce que ça, on le réserve à l'élite ? 

Est-ce qu'on est suffisamment méprisant 

pour dire que  dans les milieux populaires,

il faut faire des choses faciles ? »

Yvanne Chenouf.

 

« On aurait dû dire non, résister davantage. »
Matin Brun,
 Franck Pavloff.

 

  

Quand le troupeau – endormi – broute paisiblement, le loup n’est jamais loin !

 

Le Blog "A lire au pays des merveilles" reprend avec beaucoup de clarté la thématique difficile du livre.


« Depuis toujours, on vivait dans le pré, nous, les moutons. Celui-là, on ne l'aimait pas.

  

 

Depuis toujours,le soleil se levait et se couchait sur nos toisons.

  

 

Pourtant un soir, un loup vint à rôder autour du troupeau.

On aurait dû se méfier et se serrer les coudes.
Seulement voilà, depuis toujours, on vivait tête baissée, occupés à brouter, alors on a continué !"

 

Histoire ordinaire de "petites lâchetés occasionnelles,  habituelles" et pourtant, comme l'indique le site consacré à la littérature de Lille 3 "en rien moralisateur.".

 

Le loup engloutit d’abord un mouton malade, après tout…

 

Puis un mouton noir… Bof, on ne l’aimait pas trop.

 

Un mouton à trois pattes, un autre qui louchait, une mère et ses petits…

   

Faire fonctionner l’intelligence, se libérer des influences sournoises qui nous manipulent, nous endorment.

  

Exploitation pédagogique de l'album proposée par l'Académie de Marseille.

Exploitation possible en Arts Plastiques proposée par L'Académie de Lyon 2.

Apprendre à lire au cycle 2... Académie de Guadeloupe.

Autres pistes... Curiosphère.

 

Le roman de Franck Pavloff " Matin Brun ", s’y emploie - lui aussi - doucement, posément, intensément. 

 

Pour une exploitation pédagogique de "Matin Brun" en seconde.

   

 

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit…
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes...
Je n'ai rien dit,
je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs...
Je n'ai rien dit,
je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques.
Je n'ai rien dit,
je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait plus personne pour protester. »
 

« Rue des écoles »,
une émission de Louise Tourret du mercredi 25 novembre 2009 diffusée sur France culture,
aborde cette question d’une littérature enfantine engagée et engageante, celle qui provoque un choc, invite à la réflexion du lecteur.

 

« Les écrivains sont des experts de la langue... L'album, c'est sûrement la lecture la plus exigeante qui existe.... - Explique Yvanne Chenouf [Pour enseigner la compréhension Yvanne Chenoufd'albums, circonscription de Grenoble 4] professeur à l'IUFM de Livry-Gargan - C'est à dire que l'on fait toujours comme si parce qu'il y a des images ce serait pour les petits... chez Syros.   

L'agneau qui ne voulait pas être un mouton... fait référence aux moutons de Panurge de Rabelais...

Il est assez simple à comprendre... parce qu'il a une narrativité assez linéaire... l'album 'l'agneau qui ne voulait pas être un mouton'... est construit sur des ellipses... des ellipses constituées à la fois sur les images, à la fois sur le texte... ce qui veut dire que ça va donner de la part du lecteur un énorme travail de complétude...   la littérature de jeunesse est référentielle, c'est à dire, elle fait référence à la mythologie et elle fait référence à la littérature classique ».

 

Jacques Mahieux, inspecteur de l'éducation nationale, adjoint à l'inspecteur d'académie de Seine Saint Denis, poursuit :


« Entrer dans des textes difficiles, la littérature de jeunesse a aussi cette fonction là… L'enjeu, c'est de rendre un lecteur autonome. »  Lire des contes

 

Yvanne Chanouf : « Les adolescents aiment bien lire les mêmes choses ensemble, participer à quelque chose... L'importance de l'apprentissage c'est de dire...  ce qui se passe à l'écrit, ce n'est pas la même chose que ce qui se passe sur l'image. (tv)  Pour que ça rentre dans la vie (la lecture), il faut que ça devienne une pratique sociale. »

 

Raison pourquoi, j'offre tous les jours (ou presque) un moment de lecture aux élèves, moment dit de "lecture offerte".

 

Elle défend, dans un entretien donné au journal "L'express" : "... une fréquentation assidue des livres. Il ne s'agit pas de dire aux enfants: «Tu dois lire», sans jamais lire soi-même. Si dans la famille la lecture a une valeur, les enfants se diront «ça doit être important» et, par mimétisme, liront aussi. Le problème est que la lecture est une pratique sociale avant d'être une pratique scolaire, comme dit Jean Foucambert, ex-chercheur à l'INRP. Les milieux lettrés sont le plus souvent privilégiés. Les autres milieux n'ont ni les moyens d'acheter les livres ni le temps et la disponibilité d'esprit pour lire le soir une histoire à leurs enfants et lire eux-mêmes. C'est une bataille culturelle et politique. "

   

Yvanne Chenouf : "lire, c'est transformer le monde !" 

 

« On est juché sur les épaules de ceux qui ont construit le savoir avant nous ». Grandir ne peut être que le bien commun, une route vers l’émancipation. Pour cela, « sucer des fables » avec le lait de l’enfance, mettre en avant la littérature dans l’enseignement, c’est aider à construire une conscience collective, une tradition littéraire, mais aussi des identifications sociales multiples.

 

La chercheuse conclut :

 

A quoi bon apprendre à lire si ce n’est pas pour apprendre à faire tourner le monde autrement ? »

 

 

 

Entrez dans l'univers de Didier Jean et Zad

 

 

 

 

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 Pour aller plus loin...

 

Voici une vidéo reprenant le texte intégral de "Matin Brun"

sous forme d'animation.  

 

 

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 09:36

Sur cette vidéo, nous pouvons observer une méthodologie (syllabique), qui  fonctionne – effectivement – très bien. J’utilise une technique – quasi similaire – en CLIS. Ce qui fait que les élèves l’ayant pratiquée sont tous parvenus à lire (c’est-à-dire déchiffrer) jusqu’à présent (ce qui ne présage pas de l’avenir). A noter aussi combien l'adhésion des parents est nécessaire.

 

 

Agir "Comme un enquêteur sur la scène du crime."
Alain Sotto - psychologue.


Comme je l’ai mainte fois répété le décodage (ou déchiffrement) n’a rien à voir avec le sens (qui sera travaillé à l’aide d’albums).

Il convient – donc - de s’interroger sur le paradoxe suivant :

 

Pourquoi en mathématiques tout le monde s’accorde à dire que le calcul mental est non seulement nécessaire mais indispensable comme préalable à toute situation-problème

 

Alors qu’en français lorsqu’on parle d’entraînement nécessaire et indispensable (sur une courte durée mais très intense, comme l'indique S. Dehaene), lorsqu'on évoque le décodage, on vous traite de tous les noms ? On vous rend responsable de tous les maux ?

 

La syllabique, mais vous n’y pensez pas… 

Vous voulez rendre les élèves bêtes !
Vous voulez les faire ânonner... comme des bêtes de foire !
Vous voulez leur faire écrire « chopo » !
Vous retournez en arrière, tel Pavlov avec ses réflexes.

Je passe les caricatures, elles sont innombrables.

 

Sûr que de mémoriser une suite de mots en « global » afin d’aborder un texte, c’est beaucoup plus « intelligent ». Ca, ça n’est pas de la mémorisation « bête et méchante ».

 

La preuve :
J’ai gardé en mémoire le cas d’une petite Camille qui a dupé (il y a 5 ans, ce qui n’est pas si vieux…) tout le monde. Personne ne s'est rendu compte  de la « technique » employée par cette dernière. Laquelle - ficelle - consistait à mémoriser tout sans – naturellement - qu’elle ne sache lire quoi que ce soit. En juin, c'était trop tard...

 

Le sens, on vous dit ! Le sens !

 

Justement, le sens…

 

La méthode syllabique, comme sur cette vidéo, a pour but (du moins telle que je l’entends et la pratique) de faire décortiquer les mots. De pointer les difficultés. De mémoriser mieux par des astuces, peu importe lesquelles (celles qui conviennent à l'enfant).

 

1) Prononcer doucement le mot.

2) Le "Décortiquer".

3) Repérer toutes les difficultés (accents - lettres doubles - muettes...)

4) Travailler sur des "familles" (chant - chanter - chanteur) de mots. 

 

Petits plus :      -       associer le mot (ou le son) à un dessin.

                          -       dessiner la syllabe ou le mot dans l'espace (geste : canal tactile.

                                   + B. Maisonny

                          -        écouter le "son" du mot (le maître accentue par exemple le doublement de la consonne.)


N’est-ce pas là, justement, faire preuve de bon sens et d’intelligence ?

 

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Nota : Chaque année, la "méthode Boscher" (syllabique) est vendue à 100 000 exemplaires... De quoi se poser des questions, non ?    

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 13:54

 « Le peuple n’est pas le maître de l’écriture comme de la parole. »
Varron.
L’orthographe (1), p 3.

 

 

réforme hystérique  A chaque fois que l’on évoque une réforme « possible », pensée de l’orthographe… on y perd son « latin. »

 

Il n’y a pas de débat possible.

 

La controverse (voire querelle) intéressante, constructive, se fait la malle : la pensée se rétracte, la réflexion se fige. Un soupçon de malveillance émerge d'emblée. Que cherche l’investigateur de la « Réforme » ? Ecrire en langage SMS ? On tombe dans la caricature, on parle de paresse, d’inculture… « Oui, ah, oui, avec vous chapeau va s’écrire chapo !  (2) ». On se heurte, au fond, aux mêmes certitudes bloquantes que celles rencontrées au niveau de la lecture syllabique. Les procès – préjugés - étriqués se répètent.

 

Naturellement, sans conteste, comme l’énonce Danièle Sallenave, une orthographe commune est nécessaire. Il ne s’agit pas d’écrire « chacun à sa manière »  - comme on veut - bref, n'importe comment. Il s'agit (tout simplement ?) de trouver une manière « intelligente – applicable par le plus grand nombre, sans baisser les exigences - d’écrire en commun ».

 

La quadrature du cercle ?  

 

Pas simple non plus chez les allemands...

La réforme de la réforme à réformer ?

Schifffahrt... avec 3 F ? Est-ce une avancée ?

 

Heureusement, certaines personnalités « de poids » sortent des « sentiers battus » et osent briser le tabou d’une orthographe fixée une fois pour toutes, parmi elles, j’en ai déjà parlé, Nina Catach

 
En l’occurrence, un peu d’histoire s’impose :

 

L’orthographe est une notion relativement récente. Le mot se rattache à deux mots grecs « écrire », « correctement », nous indique-t-elle.

 

Notre alphabet vient globalement du latin (excepté les accents, le j, le v…).
  L'orthographe, Nina Catach

 

En l'an 842 (serments de Strasbourg), latin et français  présentent des similarités.

On lisait le latin « à la française », on écrivait le français à la « latine ». (1) p 9.

Les langues vont se séparer ensuite « avec beaucoup de mal ».
 

« Au IXème siècle, la volonté de séparation des deux langues a déjà fait l’objet de ce qu’on appelle la réforme de Charlemagne. » p 10.

 

« Le moyen français : la période gothique (XIIème-XVIème siècle)
Le moyen français, période de transition entre l’ancienne langue et le français moderne. » p 13. 

  « Le besoin de facilité et de rapidité […] de clarté […]  ornemental […ou les ] besoins sociaux [Bien que non liés directement à la langue – puisque liés à la technique, au graphisme, etc. - auront pourtant un impact sur sa transformation.]. » p 20.

« On sait par exemple, que le h de huile, huis, huit, huistre (oléum, ostrium, octo, ostreum), loin d’être d’origine latine, servait uniquement à signaler que le u initial était voyelle. » P 21.
« Le x final, abréviation de us, pas plus que le y calligraphique ou le z muet, n’ont rien de latin. » Pp21 –22

 

Du XVIème et XVIIème siècle...

Les imprimeurs vont jouer un rôle dans la fixation de l’orthographe.

« Les mots se séparent, les caractères sont nettement distincts, les ligatures et les abréviations disparaissent, et un système progressivement normalisé de majuscules, de signes de ponctuation, d’accents se met en place, remplaçant les procédés compliqués de lettres adscrites, plus commodes à l’écriture manuscrite.
(1529 le Champfleury de G. Tory est publié... A l’exemple des Italiens et des Espagnols, qui utilisaient déjà certains caractères accentués et signe de ponctuation, il préconise l’emploi de la cédille, de l’apostrophe, voire des accents.)
Robert Estienne adopte l’accent aigu à la finale en 1530. » p 26.

 

Mais les écrivains ne sont pas non plus sans influence : On suit l’orthographe de Ronsard, etc. (P 27).

 

zzPuis, les choses se gâtent… « Les imprimeurs du roi, suivant l’exemple de R. Estienne et ses continuateurs, reprennent les choses en main. Les guerres de religion chassent de France beaucoup de ces typographes d’avant-garde, souvent trop remuants et soupçonnés de protestantisme. A la fin du siècle et jusqu’en 1640 (fondation de l’imprimerie royale par Richelieu), le monde de l’édition connaît une crise… Les erreurs, les coquilles, l’ignorance des règles les plus élémentaires vont de pair avec le retour à l’orthographe la plus archaïque. » p 28.

 

Le Dictionnaire francoilatin (1529) de R Estienne va alors servir de modèle d’orthographe…  « Pourtant, il a aussi ses idées. Il imagine des règles pour justifier et normaliser l’état de chose existant. Ainsi, il a tendance à ne garder y que dans les diphtongues ay, oy, uy.. Il pratique largement le redoublement de l et de t après e plus ou moins ouvert, sans tenir compte de l’étymologie : ainsi, il écrit appeler, appelle, chandelle, comette, planette, mortelle, secrette, etc ; Il remplace systématiquement l’ancien tilde par le redoublement de n ou m (honneur), rétablit les lettres grecques, etc. » p 29 :

 

Le XVIIème siècle : les classiques.

 

« Les écrivains reviennent  tout naturellement aux habitudes graphiques de la Renaissance.
Les … réformateurs (Poisson, L’Esclache, Lartigaut) reprennent le flambeau dressé par Meigret, Péletier et Ramus. Deux traditions s’opposent et s’équilibrent : celle des « modernes », grammairiens, éditeurs, créateurs de la langue … et d’autre part celle des « anciens, clercs, praticiens, maîtres d’écriture, gens de lettres, officiers royaux, maître des écritures officielles. » p 30.

« Beaucoup d’auteurs (et d’éditeurs) s’intéressent aux réformes, Bossuet, par exemple. Corneille, en particulier, joue un rôle non négligeable en ce domaine : il se déclare, en 1663, en faveur de l’emploi de l’accent grave, préconise, l’emploi du s au lieu du z comme signe de pluriel (amitiés et non amitiez), et utilise le j et le v, qu’il fait adopter par l’Académie. En France, les progrès sociaux, littéraires et orthographiques vont souvent de pair. » p 31.

 

Vers l’orthographe d’état. Première édition de L’Académie (1694).

 

« Voltaire, joue un rôle non négligeable afin de faire adopter ai pour oi dans les mots Voltaire comme François, les Anglois, et les formes verbales comme j’estoi, je feroi, je finirois, etc. déclare : 

 

« L’écriture est la peinture de la voix : plus elle est ressemblante, meilleure elle est. »

 

Devancé par l’usage, soutenu par l’opinion, d’Olivet (3ème édition : 1740) réalise ainsi une série de réformes réfléchies, qui font date et rompent de façon éclatante avec l’usage des manuscrits : un mot sur quatre est ainsi transformé. » P 37.

     

La suite n’est qu’une longue liste de réformes puis de rétractations. Jugez plutôt :

 

(4ème édition : 1762) :

« l’Académie simplifie ancholie, phanio, scrophule, paschal, phlegme, phlegmatique, déthrôner, scholarité, scholastique, etc. qui deviennent  ancolie, fanion, scrofule, pascal, flegme, flegmatique, détrôner, scolarité, etc. » p 39.

 

5ème édition, 1798 :

« simplification de lettres doubles… consolidation du système d’accentuation (accent circonflexe), simplification des mots venus du grec (amarante, antropophage, abîme, amigdale, analise, anonime, etc.), suppression partielle de e muet avant ou après une voyelle (échoir, grément, crûment, éternument, etc.). » p 40.

 

6ème édition 1835 : (retour en arrière) :

« Nous sommes, au milieu du XIXème siècle, en plein « scientisme ». Quoi d’étonnant que la nouvelle Académie, qui doit, pour la deuxième fois, tout au pouvoir qui l’a remise en place ( par les ordonnances de 1816), revienne à un étymologisme outrancier ?
Aussi écrit-elle de nouveau : anthropophage, amygdale, analyse, anévrysme, anonyme, asyle, et aussi aphte, diphthongue, rhythme, phthisie … (monstres auxquels l’édition de 1878 se contentera d’enlever un h sur deux.) » p 40.  [On croit rêver !]

 

1835 : « adoption définitive de la même forme au singulier et au pluriel des noms, adjectifs et participes présents en ant, ent ‘enfants, présents, aimants au lieu de enfans, présens, aimans). L’Académie avait toujours hésité sur ce point, adoptant ants en 1694, puis ans, ens en 1740, après de nombreuses décisions contradictoires. Cette réforme, comme la précédente, souleva des tollés dans l’opinion conservatrice, et certains écrivains, comme CH. Nodier, ou Chateaubriand, s’obstinèrent longtemps à écrire sans t les participes présents et mots assimilés (Journal des Savans). » p 41.

 

1878 : 7ème édition. (1877-1878) :
« On y trouve (dans la 7ème édition) beaucoup de mots simplifiés introduits sous formes de variantes, et il faut y voir le reflet de l’idée neuve de tolérance, au moins dans les examens : «  La pratique orthographique actuellement imposée aux élèves… est, dans bien des cas, en contradiction flagrante avec l’enseignement grammatical donné dans toutes les universités… Il y aurait lieu, tout au moins, de ne plus imputer à faute aux élèves qui en usent les formes reconnues les meilleures par la science grammaticale… L’orthographe ne saurait être soustraite plus longtemps, par un dogmatisme intransigeant, aux lois de l’évolution… » (vœu du conseil supérieur de l’Instruction publique, 1908).
 

L’idée de tolérance, ou de double orthographe, permises dans les examens et par conséquent introduites indirectement dans l’usage, est à la fois une idée réaliste et dangereuse.

 

Réaliste, dans certaines circonstances, parce qu’elle peut permettre à un usage bloqué de retrouver une certaine souplesse.

Dangereuse, si ces tolérances ne sont pas strictement limitées dans le temps et à certaines zones marginales et bien dominées, intégrées ensuite progressivement selon une étude et un plan préalablement établis.

(Note de bas de page : Une des séries ainsi « libérées » se trouvait être celle des adverbes et noms en ement [qui deviennent ment] : maniement ou maniment, dévouement, dévoûment, gaiement, gaîment, écrits de deux façons, réforme amorcée en 1835. Dans l’esprit de l’Académie, il semble que l’accent circonflexe (comme cela s’était produit en 1740) marquant une lettre disparue était un accent de transition, destiné ensuite à disparaître, comme dans vraiment, bâtiment, châtiment, etc. L’édition suivante (1935) restitue le e interne dans toute cette série de mots.) » p 42.

 

8ème édition (1932 – 1935)
« La 8ème édition présente certaines caractéristiques qui la rapprochent de la 6ème (1835) : retour en arrière (dans maniement, déploiement, etc.), suppression des variantes admises précédemment, corrections de détails, tournant souvent dos aux simplifications (abattis, abbatage, alignés sur abattre mais coupés de combatif, combativité, courbatu..) etc. Cependant, elle soude certains composés (chienlit, passerose, primesautier, toutou, etc.) » p 43

 

Conclusion :

 

L’histoire (celle-là même que l’on tend à rendre facultative) vient à bout des préjugés les plus tenaces, aide à mieux saisir la réalité  - complexe - des choses, efface les idées simplistes.

Oui, une réforme « pensée » de l’orthographe est non seulement possible mais nécessaire. Puisque : .. « les lois graphiques relèvent bien de décisions humaines. » p 33.

Comment se concrétiserait-t-elle ?

Il s’agirait d’une réforme limitée et – finalement – assez modeste, par exemple, développe Nina Catach :

«
1) Le remplacement de l’x muet final par un s (bijous) ;
2) Une réforme partielle ou totale des consonnes doubles ;
3) Une révision des consonnes parasites internes (sculteur) et anomalies les plus criantes (oignon [cela a été fait depuis mais n’est pas passé… dans les mœurs…] ;
4)  Un révision des … mots composés ;
5) des accents… » (1) p 94.

Naturellement, ne croyez pas que nous soyons différents des autres. Il nous sera tout aussi difficile de lâcher une grammaire et une orthographe si chèrement acquises (L’ante cancre orthographique que j’étais - et que je suis toujours un peu -  témoigne en connaissance de cause.).

 

C'est ce que propose également - mais en allant encore plus loin André Chervel... Comme on peut le voir dans cette vidéo proposée par Philippe Mérieu.

 

 

 

« Moi, je n'ai jamais pu me fourrer l'orthographe en tête ! » confie l’écrivain voyageur Blaise Cendrars dans Bourlinguer(3). Pour mettre fin à ses doutes orthographiques, il transportait constamment avec lui un petit dictionnaire. 

 

 

C'est-à-dire usons d’une langue qui, loin de gouverner notre esprit, l’éclaire.

 


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(1) L’orthographe, PUF, Que sais-je ? N° 685, Paris, 1997, ISBN : 9-782130-460565
(2) Cet argument (hautement intellectuel) a pu être entendu sur France Culture ! dans l’émission par ailleurs intéressante intitulée Rue des écoles (Débat entre Stanislas Dehaene et…) ; le débat constructif n’est pas encore pour demain… :(
(3) Blaise Cendrars, Bourlinguer, Gallimard, 74, rééd. 2003, Folio 602, P 477.

 

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Un peu d'over humour... Les inconnus.

  

Pour  une réforme de l'orthographe en verlan... De quoi être "Over désabusé."

"Pourquoi avoir gardé le K dans Keuf, alors que ça veut dire Flic à l'envers ?"

 

Sites :
L'orthographe en ligne ... "a ou à ?"  ... "Trucs et astuces de  l'orthographe"
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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 08:09

« L’écriture est la peinture de la voix :
plus elle est ressemblante, meilleure elle est. »
Voltaire,
nina-catach en 1947Nina Catach,
(1), P 37.

 
 

 

 

  

La parole, la langue (orale ou écrite) sont non seulement solubles, labiles dans le temps mais détiennent un pouvoir politique.

 

Nina Catach, dans un livre consacré à « L’orthographe » (1), le démontre magistralement.

 

Elle y dénonce l’illusion d’une orthographe fixe, donnée une fois pour toutes, logique (issue de l’étymologique), dénuée d’arbitraire, d’erreurs interprétatives – ou pire exempte de « coquilles ». Bref, d’une orthographe « parfaite » - quasi « divine » comme par « hasard », la nôtre.

« L’orthographe n’est pas « naturelle » - n’hésite-t-elle pas à écrire - le langage lui-même, qui échappe à l’homme ne l’est pas. » (1) p 44.
Sa construction n’est qu’un perpétuel « aller et retour du « modernisme » au « conservatisme ».

« Première édition de L’Académie (1694).
C’est l’orthographe des greffes royaux qui est en principe choisie par la nouvelle Académie française crée par Richelieu en 1635. La prise de position de Cahiers de Mézeray, chargé par l’Académie de déterminer les règles d’orthographe à suivre dans le Dictionnaire, est suffisamment explicite à cet égard : « La compagnie, dit-il, déclare qu’elle désire suivre l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorans et les simples femmes… » (Note de bas de page : Les femmes avaient rarement droit au latin. Elles ont souvent lutté aux côtés des modernistes, depuis Marguerite de Navarre (protectrice des imprimeurs et des poètes) jusqu’à Mme de Rambouillet ou mme du Deffand. Leurs attaques agaçaient les grammairiens. Ainsi, l’orthographe des Précieuses, que F Brunot lui-même ne semble pas prendre au sérieux, n’était effectivement pas une invention de salon comme le prouve le dictionnaire de Somaize. Mme de Sévigné, brocardée traditionnellement pour son orthographe, et taxée (bien à tord) d’ignorance et de légèreté, mérite d’être réhabilitée : élève de Ménage, elle présente tout simplement les traits de la prononciation et de l’orthographe de son temps et de son milieu, avec un usage modernisé bien supérieur à la moyenne des manuscrits de l’époque (consonnes muettes supprimées en grand nombre, ainsi que certaines consonnes doubles, mots grecs francisés, ai pour oi, s pour z final, suppression du h, ex : orizon pour horizon ; an pour en, ex : tandresse, assamblée, etc. On retrouve aisément ici l’influence des réformateurs de son temps, eux-mêmes en accord avec les traditions du Moyen Age et de la Renaissance.) » P 32.

 

Elle conclut par une phrase pleine de bon sens … … il plaira à l’usage de modifier ou de proscrire.

 

La langue est variable, et c'est justement ce que nous explique Irène Rosier Catach dans cette vidéo :

 

  Remerciements à Irène Rosier Catach, Bruno Ambroise mais également

à l'inventeur de ces merveilleuses rencontres que sont les conférences de Cité philo, Gilbert Glasman, d'avoir si spontanément accepté la diffusion de ces "petites citations audio".

   

"Il faut simplement réguler la langue à un moment donné.

Les langues sont variables, elles sont le produit de la nature humaine.

Il faut construire - ensemble - une langue commune."

Irène Rosier Catach.

 

Naturellement, il nous appartient "de comprendre et de juger cet héritage, en perpétuel mouvement."

 

Et c’est – justement – le travail entrepris par la linguiste Irène Rosier Catach dans son étude du « Traité de l’éloquence en vulgaire », de Dante édité chez Fayard.

 

 

  (Article réalisé à partir de la conférence : 

 Cité philo,  26/11/11, intitulée : "L’importance politique de la langue commune." )

 

Contexte historico-culturel :                                 

 

 Rappel rapide des écrits de Dante...

 

                                 "Viva Nova"
Dante a écrit       "Le Banquet" pour ceux « qui n’avaient pas eu la chance de manger du pain des anges. »
Il éprouve la nécessité de parler en langue « vulgaire » même aux femmes.
                                 
1304Le "Traité de l’éloquence en vulgaire" (non médiatisé à l’époque).
                                                                               La "Comédia"
                                                                             De "Monarchia"

 

 1324 : reparaît le traité de l’éloquence au cours d’un contexte lié aux discussions à propos de la langue.

 

Précisions nécessaires :

 

Le traité de l'éloquence en vulgaire n'est pas une préparation à "la comédia", c'est un écrit indépendant.

 

Pour Dante le langage, c’est la « locutio » (le parler à autrui), il permet le commerce entre les hommes (autrement dit : l’interlocution).


A l’époque, on oppose deux parlers :
 

Le « parler vulgaire »                                   et le "parler réglé"... « regulata ».
(vulgaire = langage ordinaire)                        Secondaire
                                                                          ( celui des lettres, appris à l’école, figé)

 

Durant la période aristotélicienne, les savants ont posé les bases d’une « grammatica » : un latin savant pour se comprendre, pour développer les sciences, née du consensus des savants (Un parler élitiste – donc – à la fois d’inclusion pour les initiés et d’exclusion  pour le « vulgaire », la masse, le non-savant (Cf pour plus de précisions, la 3ème vidéo).

 

Chaque métier dispose de sa langue, de son langage. D’un quartier à l’autre, parfois, les hommes disposent de leur propre dialecte, ils ne se comprennent plus. Selon certains, se référant à la bible, cela constituerait une punition divine. La sanction ultime d’un Dieu courroucé envers des hommes pécheurs.

   

  Remerciements à Irène Rosier Catach, Bruno Ambroise mais également

à l'inventeur de ces merveilleuses rencontres que sont les conférences de Cité philo, Gilbert Glasman, d'avoir si spontanément accepté la diffusion de ces "petites citations audio".

 

"Il y a un renversement, là, absolument formidable."

Irène Rosier Catach.

 

A l'époque, il existe une hiérarchie des êtres, une hiérarchie des communications (les hommes tiennent leur place entre les animaux (régis par des instincts : Aristote, Avicenne) et les anges).

 

Dante se base sur Aristote et les commentaires d’Aristote (c’est-à-dire à partir de la philosophie) ainsi que sur la genèse (côté théologique) afin de bâtir son "Traité"… L’histoire linguistique des hommes passe forcément par la genèse où seul l’homme est doué de langage.

 

Mais il le fait à sa manière, c’est-à-dire d’une façon originale et subversive.

 

Pour Dante : Eve serait le premier être doué de locutio... 

 

Il revisite l’histoire biblique.

 
Pour Dante, c’est Eve qui est le premier être parlant lorsqu’elle s’adresse au serpent.

Il s’agit ici d’un « parler » infus/ inné/ d’un don de Dieu…

Imaginez le tollé qu’aurait provoqué cette assertion si Dante avait maintenu son hypothèse.

 

Mais bien vite – contraint ou terrassé par le poids de ses propres préjugés ? – il se reprend et efface l’idée d’une Eve porteuse de langage premier au profit d’Adam.
Les clercs ont dû respirer.

Là encore, il revisite – ou peut-être se crée-t-il une porte de sortie ?


Adam, aurait été le premier homme doué de langage en remerciant Dieu de l’avoir créé.

 

Autre coup de tonnerre : Dante, ardant défenseur du « vulgaire illustre ».

 

Le "Vulgaire illustre" de Dante :

 

C’est un vulgaire qui illumine. Illustre, voulant dire illuminer.
Pour lui, la variabilité des langues n’est pas un problème. 

En prenant les différentes langues vulgaires parlées dans les quartiers mais en se basant sur la pratique des poètes qui résident dans ces quartiers (et se faisant - pourtant - comprendre de tous), veut-il créer un « unum » qui n’empêchera pas la diversité.

 

Pour Dante, la langue des poètes doit « éclairer » les usages linguistiques. Elle joue un rôle politique. « Rhetor – rector » : le rhéteur doit être recteur.

Cela vient de la "police" d’Aristote (L’homme peut vivre dans différentes sociétés mais dans chaque communauté, il faut des « chefs ».  Des bergers qui serviront de guide.

 

La civitates (collectivités) c’est la communauté humaine.

L’important c’est de trouver une langue commune.

Convivencia (convivialité dans le sens de vivre ensemble, d’une coexistence harmonieuse).

 

 

 

"Le latin est la langue du savoir.

L'anglais est une langue économique.

Il faut s'entendre, mais ne pas imposer une langue commune."

Irène Rosier Catach.

 

"Un intraduisible, c'est quelque chose qu'on n'arrête pas de retraduire."

Barbara Cassin.

   

"C'est un idéal."  

________________________________________________________________________________

 

 (1) "L’orthographe », PUF, Que sais-je ? N° 685, Paris, 1997

 

        Dante, de l’éloquence en vulgaire, Fayard

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