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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 16:48
 Dominique Szymusiak

Dominique Szymusiak

Parfois le monde détient les transparences d'un monde purgatoire où les couleurs nuageuses se mêlent aux pleurs du vent.

Henri Matisse, lui, donne au plat le relief d'une vision où le rouge érigé d’un clocher scinde l’empire des couleurs en constellations étincelles,

bleus embrasés de lumière,
où l'espace écaillé tuile l’horizon,
d’un carmin incurvé d’énergie,
où les à-plats lancés dans l'énigmatique mouvement du ciel jettent sur la vie déclinante d’un village, les éclats juvéniles d’un monde tissé de sentiments.

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 16:25
Georges braque et Picasso. « Il faut toujours avoir deux idées,  l’une pour détruire l’autre. »  Georges Braque.

Georges braque et Picasso. « Il faut toujours avoir deux idées, l’une pour détruire l’autre. » Georges Braque.

« L’ombre : là où gisent les discrets. »
Marie Castelin

Certaine histoires se font destinées et d’autres – exigeantes - pleines de passions calmes, d’apparence froides, se condamnent à rester confidentielles. 
 

Marie Castelain - Auditorium Musée des Beaux Arts Lille - Dimanche 20/11/13
Marie Castelain - Auditorium Musée des Beaux Arts Lille - Dimanche 20/11/13

Marie Castelain - Auditorium Musée des Beaux Arts Lille - Dimanche 20/11/13

Le monde de Georges Braque est plein de silences fougueux, de limon et de musique. C’est dans cet univers faussement dépassionné – original – que le peintre expérimente, étudie, songe au rythme de ses questions. Dans son atelier - en intimité avec son travail - ses pensées se bousculent. 
Il décortique les teintes : curieux d’en découvrir les propriétés, d’en dépecer l’intensité. Il confie à son ami, le poète Pierre Reverdy : « La couleur a très peu d’importance. C’est le rapport entre les couleurs qui compte  » 


Frère de sang d’Henri Matisse qui « utilise des couleurs comme des bâtons de dynamite. », à l’Estaque, George Braques harponne le soleil par le divisionnisme de la touche. Tout en tonalités franches, ses a plats étanchent la lumière. 


Le peintre commet sa ‘Petite Baie de la Ciotat’ : une géométrie aérée de blanc poussant l’intensité du spectre lumineux à ses limites. « Les couleurs n’y rugissent pas - dira l’artiste - c’est une violence contenue. ». Effectivement, le petit format est une porte ouverte sur un espace miroitant. Nous voici donc embarqués vers un étang flamboyant où la brise de coton délicat déclare la belle saison ; où les roses, les bleus, les jaunes surgissent comme autant de jours d’été au zénith. Il vendra l’œuvre. 
Puis, inconsolable... « J’y pense souvent comme quelqu’un qu’on aime – confiera-t-il - et qui est loin de soi. » … rachètera l’espace de sérénité pour ne la plus jamais quitter.

 

La petite baie de la Ciotat - 1907

La petite baie de la Ciotat - 1907

Son œil bouillonnant poursuit ses analyses. Rapidement, Cézanne l’intrigue. Quels sont les  effets produits par un trait, une ligne cassée, une courbe, un point, sur la conscience ? La géométrie solidifie le paysage, remarque-t-il. La couleur plus qu’un objet ou une matière, se fait flèche, direction - se mêle à l’espace... en Profondeur. 
 Il mariera intensément ces principes dans la ‘Vue de l’hôtel Mistral’. Au premier plan, le mur sert de repoussoir. Au second plan, le végétal s’agrège aux cieux  – l’hôtel Mistral situé au sud de la lumière est barricadé d'une nature ardente, fortifié d’un ciel arborescent d’intensité.

La terrasse de l'hôtel Mistral.

La terrasse de l'hôtel Mistral.

« Le viaduc à l’Estaque » est un théâtre où un rideau d’arbres azurés saluent le jaune distillé de l’urbanisme. Rivière serpentine fondue de hauts fourneaux et de chemins champêtres, scène cimentée d’une antique présence, éclatante – et d’une moderne manufacture - vétuste déjà. Dans cette carte de France industrieuse, le vénérable aqueduc domine les contraires en leur milieu. Rempart à la voracité féroce de l’exploitation du monde.

Georges Braque - Le viaduc de l'Estaque 1907-1908.

Georges Braque - Le viaduc de l'Estaque 1907-1908.

George Braque fait partie de la constellation de Picasso. Les deux étoiles échangent, expérimentent, débattent, brillent - chacune – de l’éclairage de l’autre. Georges lui soumettra son Grand nu 3* : astre au corps massif, au champs gravitationnel de la tête courbant l’espace du dos. L’attraction est immédiate : Picasso terminera Les demoiselles d’Avignon, plein de l’influence de ce nouvel espace-temps.

Georges Braques - La grand nu - 1908

Georges Braques - La grand nu - 1908

Aux yeux de Braque arranger, réarranger des objets, un sujet, des éléments sur la toile, c’est s’enchaîner à un roc peuplé d’habitudes. « La liberté c’est surtout se libérer d’un automatisme. […] L’automatisme, c’est l’accomplissement des lignes. » 2*
 Il attaque la face ouest de la structure de l’objet. Démonte en altitude les points culminants de l’univers.
Sa maison à l’Estaque fourmille de cette orientation particulière. Balayé par le mouvement, un arbre verse sur la gauche. Au centre, le village ocre – gris – vert sans fenêtres ni portes, est battu par des bourrasques de formes ascendantes. La tempête nettoie, purifie, arrache tout élément anecdotique.
 

Georges Braque - Maison à l'Estaque - 1908

Georges Braque - Maison à l'Estaque - 1908

Le peintre entre en cubisme analytique : sacre des compositions / décompositions. Esquisse d’une plénitude en quête de symboles, ordre fait de méditations, de tons à granulosités hétérogènes : sables et papiers collés. 
Les coloris enfilent la bure grossière du lin : l’œil n’a pas besoin d’éclat pour examiner l’essence des choses. Entrer en communion avec les profondeurs ombrageuses réclame un examen des compositions étagées,  plans superposés comme autant de miroirs brisés. On parle d’hermétisme. 




« Je reviens toujours vers le centre. Je cherche à avoir des foyers d’intensité. » dévoilera-t-il.

 

Georges Braques - Verre sur table - 1909

Georges Braques - Verre sur table - 1909

NOTES.


1* - 20/11/13 Marie Castelain – Auditorium Musée des Beaux Arts Lille


2* - Georges BRAQUE (1882 - 1963) - Une vie, une œuvre. Emission du 02/11/ 2013 - de Matthieu Garrigou-Lagrange. France Culture 
« Un maître, c’est quelqu’un qui a un certain talent. Qui a un talent et qui l’exploite. »


3* Les critiques parlent – souligne Marie Castelain de primitivisme, pas cubisme au sujet de ce tableau.
 

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SITES :


ETERNELS ECLAIRS : Les tableaux .
 



Philippe SOLERS : Georges Braque tel quel
suivi de Braque et les écrans truqués par Marcelin Pleynet

 

 

La poésie à l’école : Pédagogie. 

 

George Braque : initiateur du cubisme.

Georges Braque - autoportrait.

L'histoire du cubisme.

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 16:29
Jacqueline lichtenstein et Adèle Van Reeth - Les nouveaux chemins de la connaissance - Conférence Citéphilo  du 10 novembre 2013 - Le faux en Art- au Palais des Beaux Arts de Lille - Merci de leurs accords gracieux.

Jacqueline lichtenstein et Adèle Van Reeth - Les nouveaux chemins de la connaissance - Conférence Citéphilo du 10 novembre 2013 - Le faux en Art- au Palais des Beaux Arts de Lille - Merci de leurs accords gracieux.

Adèle Van Reeth - conférence Citéphilo du 10 novembre 2013 - Le faux en art - merci de son accord gracieux

Adèle Van Reeth - conférence Citéphilo du 10 novembre 2013 - Le faux en art - merci de son accord gracieux

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Jacqueline lichtenstein- conférence Citéphilo du 10 novembre 2013 - Le faux en art - merci de son accord gracieux«Que soient maudits les pilleurs
et les imitateurs du travail et du talent des autres »
Albrecht Dürer

 

« Il faut dessiner, dessiner,
Dessiner encore, la peinture viendra après. »
Picasso

 

Admiratif.
Vous vous asseyez sur la banquette rouge du Palais des Beaux Arts.
Là à regarder fixement, telle la femme du narrateur du livre de Thomas Bernhard, ce tableau merveilleux, un ange, vous dites-vous. Vous souriez, vous ne vous expliquez pas ce prodige. Une heure durant : vous planez.

« Cet homme à la barbe blanche de Tintoret vous plaît donc tant que cela ? » interroge Reger, le personnage du roman de Bernhard, Maîtres anciens.
Pas de réponse.
« Ce n’est qu’au bout d’un temps assez long que la femme a dit un Non »
Ce non abrupt, direct, sans concession, fascine le narrateur. Stupéfait, il poursuit : « jusqu’à ce Non je n’avais encore jamais entendu un pareil Non. » […] L’homme à la barbe blanche de Tintoret ne vous plaît donc pas du tout ?» p 160

La réponse de la visiteuse pour extrêmement concrète est parlante. L’effet est cocasse. L’image, stupéfiante.
La ménagère épuisée de courses avait dû trouver repos dans ce salon divin. La visiteuse n’admirait pas, tout simplement, elle récupérait de la fatigue de la Foire humaine dans ce havre de culture échappant aux lois du marché. Aussi le corps repu de magasins 1*, les genoux abrutis d’abord du désir d’achats puis pleins du spectacle des tableaux avaient-ils trouvé à se régénérer dans cet antre muséal.

A travers ce passage, Thomas Bernhard pose la question de la société marchande, du monde et de ses dommages collatéraux : l’affairement, la vitesse et la superficialité. Il gifle également les représentations et les idées solidement établies que nous nous forgeons sur le monde.

On retrouve ces questions parfaitement posées par Jacqueline Lichtenstein dans la conférence de Citéphilo et des nouveaux chemins de la connaissance.

Que le monde soit fait d’illusions, de fausses impressions, de simulacres, la philosophie d’obédience idéaliste nous le dit depuis le troisième siècle avant Jésus Christ.

Mais l’Art partage avec la science, un idéal d’objectivité peu souvent questionné.
L’œuvre estampillée comme telle, n’est-elle pas une valeur sûre ? Un pilier ? Sa côte n’est-elle pas assurée sur des critères sérieux, dénués de fantaisie ?
Son intérêt ne réside-t-il point dans celui qu’on lui trouve à cœur ouvert ?

Une qualité précieuse que l’on ne lui peut retrancher. Tenez cette statue - ce Cupidon vendu par Michel-Ange à son mécène Laurent de Médicis par exemple. Eh bien, plus nous nous plantons devant ce marbre - cette offrande faite aux esprits - plus nous sentons à le regarder toute la sûreté du sculpteur antique : la puissance du burin, la précision de la masse.
Rien de subjectif, donc.
Le spectacle de ses traits nous emporte. Séduits par sa lumière, nous voici ensorcelés. Ses yeux, animés de vie, vrais, nous suivent. Sa musculature exceptionnelle fait le palpitant de notre chair.
Savant ou non, il faudrait être de fort mauvaise foi pour ne pas lui trouver des proportions harmonieuses. Une sincère beauté. Un force vraie. Sa valeur semble incontestable.

Et pourtant, une révélation – d’un coup - mène la vie dure à la plastique naguère célébrée : le marbre n’est qu’un Michel-Ange, apprend Laurent de Médicis.

Son intensité, sa perfection disparaît avec la connaissance de l’usurpation.
La tromperie, nous ébranle.
Nous nous sentons en présence d’une beauté fatale dont nous nous serions approchés imperceptiblement afin de sentir son harmonie, de nous rendre complices de son existence, de respirer sa singulière beauté et qui, aurait découvert d’odieuses ancres mal tatouées sur toute la superficie de ses bras en retirant sa veste.
D’un coup, la laideur crasse nous chavire.
La sauvagerie se mêle à l’absurde. Le désir est tué net.

La fascination fait place à la froideur. L’unique, la belle, l’originale, la Parfaite. Le « Dieu le sait, je n’ai cherché autre chose en toi que toi-même. » confessé par Héloïse à Abelard se vaporise.

Liquidé l’Adéquation parfaite entre 'nous et l’œuvre’.

Notre répulsion est un fait, une réalité.

 

Et voici que son imperfection nous écœure.

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Les Nouveaux chemins de la connaissance :

Ressemblances et faux-semblants (4/4) : Le faux en art

 

Citéphilo : Le faux en art.

 

Réplique d'Alain Finkielkraut avec Jean Clair et Régis Debray : La passion des images

 

Revue électronique Céroart : 

Vers des frontières plus claires entre restauration et hyper-restauration

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Dimanche 10 novembre 2013 - Citéphilo -

Auditorium du Palais des Beaux Arts de Lille Le faux en art - 

Jacqueline Lichtenstein et Adèle Van Reeth lors de l'émission des nouveaux chemins de la connaissance.

Merci de leurs accords gracieux ainsi que celui de Gilbert Glassman.  

Michel-Ange du temps où ce dernier n'était point encore connu, réalisa un faux Cupidon de marbre qu'il vendît comme antique à son mécène Laurent de Médicis. Ce dernier s'étant aperçu de la supercherie, lui demanda de lui restituer la somme. Troquant ainsi - pour le coup - un faux antique mais un vrai Michel-Ange contre une somme dérisoire.

 

Dimanche 10 novembre 2013 - Citéphilo - Auditorium du Palais des Beaux Arts de Lille - Le faux en art - Jacqueline Lichtenstein et Adèle Van Reeth lors de l'émission des nouveaux chemins de la connaissance. Merci de leurs accords gracieux ainsi que celui de Gilbert Glassman.

Quelques notes : 

Les trois-quarts des tableaux de Rubens, Rembrandt étaient réalisés par des ateliers et non par l’auteur.

L’idée d’auteur s’est construite au moment du "Romantisme" ;

L’auteur se doit d'être 'original'. (Dürer) Au XVIIème l’originalité est confondue avec l’origine.

Le faussaire introduit un doute. On doit réfléchir : doute théorique / philosophique.

Le corpus des œuvres de Corot,  Utrillo contiennent nombre de copies.

Parfois l’artiste falsifie lui-même (Chirico)

L'hyperrestauration  de Joseph Van der Veken (1872-1964)

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Thomas Bernhard – Maîtres anciens – Folio – Gallimard – isbn : 9782070383900.


P 164 - 165 :
« Ma femme avait ce qu’on appelle un problème de conscience, Explique le narrateur. pendant plusieurs heures, marchant devant le centre-ville, elle n’avait pas su si elle devait s’acheter un manteau de la firme Braum ou un tailleur à la firme Knize. Ainsi déchirée entre la firme Braun et la firme Knize, elle a finalement décidé de n’acheter ni un manteau à la firme Braun, ni un tailleur à la firme Knize et, à la place, de se rendre au Musée d’art ancien où, jusque-là, elle n’était allée qu’une seule fois de sa vie. »
Regger conclut :
« … tout simplement, elle était complètement épuisée. En fait les gens, dans les musées, commettent toujours l’erreur de projeter trop de choses, de vouloir tout voir, si bien qu’ils vont, ils vont, et ils regardent, ils regardent, puis soudain, tout simplement parce qu’ils se sont gavés d’art, ils s’effondrent. C’est ce qui est arrivé à ma femme… »


« … Nous nous sommes assis sur cette banquette, abandonnés du ciel et de la terre, a dit Reger, et nous sommes plus ou moins la déprime elle-même, la désespérance, a déclaré Reger… »

Le profane va au musée et se le gâche par excès.

P 163 : Nous arrachons de notre vie un objet qui nous est cher, qui, comme on dit, nous tient au cœur, une œuvre d’art, et celui qui l’a reçu s’en va le vendre pour une somme scandaleuse, extravagante, a dit Reger. Faire des cadeaux est une habitude épouvantable, naturellement contractée par mauvaise conscience et, très souvent aussi, par la peur commune de la solitude.

P 162 (cadeau) … sa nièce, quelques jours après avoir reçu le tableau de sa tante, ma future femme, l’avait vendu deux cent mille schillings au Musée de la ville de Vienne. Faire des cadeaux est l’une des plus grandes folies, a dit Reger.

P 101 : Seul l’imbécile admire, l’intelligent n’admire pas, il respecte, estime, comprend, voilà. Mais pour le respect, l’estime et la compréhension, il faut de l’esprit, et de l’esprit, les gens n’en ont pas, sans esprit et parfaitement dépourvus d’esprit ils vont voir le Pyramides et les colonnes siciliennes et les temples perses et s’imbibent d’admiration avec toute leur bêtise, a-t-il dit. L’état d’admiration est un état de faiblesse d’esprit,

P 102 : « L’admiration – écrit Thomas Bernhard dans « Maîtres anciens » - n’est pas seulement le signe distinctif de l’homme soi-disant inculte, tout au contraire, elle l’est aussi, dans la mesure tout à fait effrayante, oui, en vérité terrifiante, surtout des gens soi-disant cultivés, ce qui est encore beaucoup plus répugnant. L’homme inculte admire parce qu’il est tout bonnement trop bête pour ne pas admirer, en revanche l’homme cultivé est trop pervers pour cela, a dit Reger. L’admiration des gens soi-disant incultes est tout à fait naturelle, en revanche l’admiration des gens soi-disant cultivé est une perversité positivement perverse, a dit Reger.

Dimanche 10 novembre

 

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 10:35

 

Ernest-Pignon-Ernest---Le-Christ--pleure-par-les-anges---d.jpg 

 

Il est mille façons d’empoisonner le discernement. 

 

Celui d’abord, dénoncé avec brio par Thomas Berhard : « En fait les gens, dans les musées, commettent toujours l’erreur de projeter trop de choses, de vouloir tout voir, si bien qu’ils vont, ils vont, et ils regardent, ils regardent, puis soudain, tout simplement parce qu’ils se sont gavés d’art, ils s’effondrent. […] Le profane va au musée et se le gâche par excès », écrit-il dans « Maîtres anciens » p 164. 1*

 

A cet emportement, cette précipitation ôtant la vue et brouillant la pensée du visiteur de musée, s’ajoute l’aveuglement  dû à l’exposition même. Le procédé consiste à monumentaliser les entrailles de l’artiste, lesquelles trônent bientôt en Chef-d’œuvre. 

 

Vertige assuré.

Tout est fait, il est vrai, pour élever le niveau. 

 

Le tableau habillé d’or est accroché sur fond crème sublime ou rouge titanesque.

La composition aboutie, au fini équilibré, solide, sûr dans son exécution,  impeccable, domine le spectateur tel le palais ou la cathédrale écrasant le sujet.   

Ainsi l’œuvre frappe-telle - fait-elle autorité, règne en maître. Sceptre foudroyant d’un roi sacré par son excellence. Nous sentons sous le vernis, la pâte du génial artiste, son trait expert, rapide, n’ayons pas peur des mots, sa virtuosité, son inspiration Divine. 

 

Le génie est né. Décalé, excentrique – c’est-à-dire hors centre, supra- ordinaire. Salvador Dalí au Veston aphrodisiaque ne démentirait pas.

 

 

 

 

La science de l’artiste se fait fulgurante - cosmique - infuse. Congénitale.

 

 

 

C’est qu’à « jouer au génie, on finit par le devenir ». Ses intuitions satinées  imposent le respect. 2 * 

 

La bêtise se caractérise par le ton péremptoire de l’auteur. On y lit une forme d’emportement, de lourdeur. Des notes faites de certitudes – sans questionnement - sans nuance. Une démesure. 

 

Ernest-Pignon-ernest-d-apres-Nicolas-Poussin---Le-massacre.jpg

C’est contre cette idée fort répandue de l’œuvre fusant d’un trait – aisément - sans travail, coulant d’une cervelle intarissable que se dresse l’exposition « Traits de génie ». Une démarche rare, une inversion 4* où les ébauches, l’appétit d’étudier, de tester, de comprendre, s’épanouissent en pleine lumière. Un événement, donc.

 

« Mes dessins réunis dans l’exposition sont comme une quête, une interrogation – énonce Ernest Pignon Ernest dans le guide de la visite – dessiner pour voir, dessiner pour comprendre. »

 

La peine du peintre, les esquisses hésitantes, ses doutes, ses menus effacements – la rouille obscure, le travail de fond – nous en discernons enfin la substance. 

 

Tout cet itinéraire menant à la composition définitive, tout ce qui d’ordinaire nous échappe, nous le voici plaisamment balancé en un lieu en rien commun. 

 

              Le brouillon nous gagne là – au milieu du crâne – comme une morsure de rappel. 

 

Ernest Pignon Ernest - Etudes détaillées - Palais des BeaErnest Pignon Ernest - détail     

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1 * Thomas Bernhard – Maîtres anciens – Folio – Gallimard – isbn : 9782070383900.

 

 

2 * « Il n’y a pas de différence (au plus haut niveau) entre la froide intelligence spéculative et l’intuition de l’artiste. Il y a quelque chose d’artistique dans la découverte scientifique 

et quelque chose de scientifique dans ce que les naïfs nomment les « géniales intuitions de l’artiste ». 

 (Umberto Eco, De Superman au surhomme, Paris, Livre de Poche, 1995) Claudine Cohen (1)

 

3* Musée des Beaux Arts de Lille.

 

4* « La mise à l’envers » p 55.

 

Il suffit d’inverser la hiérarchie et de faire un art dans lequel les évènements de la vie les plus infimes apparaissent au premier plan, soulignés avec un air monumental. […]

« Infraréalisme » 

L’ascension poétique peut être remplacée par une immersion en dessous du niveau de la perspective naturelle. Les meilleurs exemples qui illustrent comment, en poussant le réalisme à l’extrême, on le dépasse – tout simplement en prêtant attention, la loupe à la main, aux choses microscopiques de la vie -, ce sont Proust, Ramon Gomez de la Serna, Joyce ?

[…] Le procédé consiste simplement à donner le premier rôle du drame vital aux bas quartiers de l’attention, à ce que nous négligeons d’habitude. Giraudoux, Morand, etc. appartiennent, chacun à leur manière, à la même équipe lyrique.  P 52-53. José Ortega y Gasset – La déshumanisation de l’artAllia

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Palais des beaux Arts - Document pédagogique.

 

Prolongement-pedagogique---1er-degre-JPG 

 

Lille Infos

 

Pour rappel ... (Pour plus de détails) 

 

 

 

Bouleverser le regard : 

 


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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 05:04

Ernest-Pignon-Ernest.jpg

 

« La dernière démarche de la raison n’est-elle pas de reconnaître

qu’une infinité de choses la surpassent ? »

Pascal. 

 

 

Le citadin entre dans la torpeur du trajet à but précis, la conscience clouée au sol, la pensée semi-comateuse. 

Flâneur d’une vie sans progrès, errant entre les murs dévorés par le vent, l’homme trace sa route sur des kilomètres de bitume - gisements nécrosés n’amenant aucune subtilité, aucune question, aucune envie, aucun principe, aucune conclusion.

La Ville est un condensé de tout ce que peut produire l'apocalypse de la croissance. En périphérie, des grues rouillées s'alignent en cavalerie d’outre-tombe. Au centre, des architectes élèvent au rang de monuments des structures bétonnées où s'entassent les travailleurs précaires prêts-à-dépenser à temps plein, cubes vaniteux contre lesquels des pots d’échappements vomissent des gaz étouffants à doses régulières - certains plus rapidement que d'autres - creusant une fosse commune. 

 

Le marcheur urbain passe, l’œil flottant à la surface du bâti, dénué de volonté apparente, anesthésié, pris d'une torpeur rugueuse, le regard soudé aux murs ou en Dialogue avec ses pieds.

Puis, au détour d’une pensée négligente. Au soir d’un parcours fade. 

L’effraction heurte – jette toute la réalité du monde à la figure. 

 Ernest-pignon-Ernest---Naples.jpg

« L’art doit surgir là où on ne l’attend pas, quelque part dans quelque carrefour. » nous confie Ernest Pignon Ernest citant Jean Dubuffet.  

 

Ce n’est pas qu’une question de surprise, bien sûr. Il y a une autre dimension, n'est-ce pas ?  

Lentement, les yeux se jettent sur le cadre de papier, pénètrent dans le domaine broussailleux de la représentation. Les combinaisons du neuf et de l’ancien, du simple et du complexe, du sacré et du païen restaurent les couleurs des pensées daltoniennes. 

 

“Je fais remonter à la surface enfouie les souvenirs oubliés, je réactive leur potentiel symbolique” 1*.

 

L’image de soie fragile franchit les friches de l’oubli. Le dessin devient impression, émanation des lieux même, bruisse d’un écho particulier, comme si chaque parcelle, chaque centimètre de brique, chaque atome, avaient été instruits, habités de l’endroit. 

Le sens gît ici. 

 

« Il fallait que je saisisse les lieux. Me saisir de tout le potentiel poétique la force suggestive des lieux… ou des évènements et de l’exacerber.  Je prends les lieux […] J’essaye de comprendre l’espace. 

Je provoque des espèces d’interactions. Ma palette, c’est le souvenir du lieu – dans sa qualité plastique et son potentiel suggestif. »  

 

 La représentation réverbère le soleil en pluie d’encre brume, aérienne. L’idée coule sur le bitume en clapotis léger, foulés à l’air, fouettés au soleil. 

 

Description viscérale :

 

La façade se ravale de l’identité des autres, se fait chair, sang, eau. Le long ciment sans éclat, la tôle anodine, la poutre tordue prend des proportions inattendues. Le moindre pylône aux fils d'acier hirsutes se charge d’une présence, vrille d’un éclat imprévisible, d’une mémoire trouble. Doucement, personne ne sait exactement comment, les noirs terreux deviennent des passages profonds, impriment les humeurs de la terre… La lumière danse dans la sphère de l’homme, roses auroriens, rouges éprouvés, crie d’une existence à peine audible, bleus de l'intérieur, marécages putréfiés,  tourbillons rauques.

 PIGNON-ERNEST-SAINT-BARTHELEMY.jpg             Pignon-Ernest--Naples.jpg

 

 

« Je parle de la souffrance des hommes. »

 

Le dessin vient contrarier les perceptions. L’esprit comme foudroyé, sursaute, se lève tout de go. Argumente. Comment comprendre cette intrusion ? 

« Un entrepôt devient poétique »

 

Le passant fixe avec une insistance gênante ce qui l’affecte… La vue ripe sur l’image, en lutte contre soi-même. 

Anéantir ses propres réflexes de touriste 3*. 

Surmonter son vide. Le mural pousse de la mort des autres.

Rien n’émeut davantage l’anorexique de la pensée que l’évocation des idées. Ca raisonne étrangement. D’énormes coulures plongent vers le sol. Propositions d’encre de brume, noires, profondes, absorbantes, traversantes. L’écho d’une  invective. Ce débris fibreux, tel un soûlard pointant un autre soûlard (plus saoul encore) d’un doigt meurtrier est une matière organique vagabonde et avide, combinaison de fibre, de chair et d’acier. Nécessité brûlant d’une existence en déliquescence, disparaissant en grande hâte. 

 

« Quand je dessine – tout devient très noir. Je dessine la lumière qui circule dans le dessin.

Je suggère un mouvement à l’intérieur du dessin » 1*

 

Chose surprenante, en dépit de vents violents en cet endroit exposé du front de mer, ces quelques crains drus, broussailles désordonnées, fragments éparpillés protégés par les riverains - car l’homme du quartier sait distinguer la réserve éperdue de sacré, sait ce qui ajoute 4* -  étaient parvenus à supplanter le vide. 

 

« Bouleverser le regard qu’on a sur les choses, c’est un peu le rôle de l’art et de la poésie. » 

 

Ainsi parla Ernest Pignon Ernest.

 

 Au rythme d’une lucidité hachant le crâne en menus intervalles de plénitude. 

 

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Bouleverser le regard... Montage du 'Chêne'.

.   .

 

      Ernest Pignon Ernest - Extases - Conférence avec Régis Debray du 29 mai 2013 

Palais des Beaux Arts de Lille

 

 

 

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1* Ernest Pignon Ernest.

2 * ... Régis Debray - fragments choisis :

Un franc tireur  qui fait groupe. Le tout à l’ego domine également le monde de l’Art.

Rassemblement. Pionnier du Street Art. 

Réintroduit de l’ancien dans le moderne.

Il réveille les morts – vengeur des torturés, des sans grades. 

Monté Christo des formes communes

Sacré Chœur avec les fusillés de la commune

Plasticien de la fraternité

Allégorie de la désolation

Solitude, c’est-à-dire l’inverse de la fraternité

Temps préalable au temps

Soubassements géologiques

Extase : volonté d’un corps de se désincarner

Algérie : restitution d’une mémoire perdue.

Œuvre d’effraction.

 

3* Régis Debray – Le bel âge – Café voltaire - Flammarion.

 « C’est la différence, si l’on préfère, qu’on peut trouver dans un lieu saint entre un pèlerin et un touriste. Les deux peuvent arriver et se côtoyer au même moment à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le touriste est arrivé en car, avec son Guide bleu et des sous en poche, une providence pour les restaurateurs, et il visite ce qui, au fond, ne le visite pas lui-même et envers quoi il n’a pas de compte à rendre. Le pèlerin arrive à pied et en sueur, avec bourdon et coquille mais sans fifrelins. Le premier repartira comme il était venu. Le second en reviendra différent, avec une sensation d’accomplissement personnel couronnant un long travail de soi sur soi. Et bien sûr, nous sommes tous à la foi pèlerins à perpétuité, ce serait le cor au pied ad vitam aeternam, on rendrait vite son tablier.  

Il y a le même écart entre un voyage culturel et un pèlerinage qu’entre l’objet patrimonial et le défi excitant, le fétichisme du vestige et l’envie de revanche. Le patrimoine, c’est l’ensemble de tout ce qui reste à voir ; une histoire, l’ensemble de tout ce qui reste à faire. Et quand on ne sait plus quoi faire, on s’absorbe dans l’inventaire des bijoux de famille. » p 47.

 

 

4* les habitants des quartiers prennent soin des œuvres. 

 

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SITES 


Ernest Pignon Ernest. Site. 

 

Régis Debray. Site. 

 

Vidéo - Un film de Julie Bonan. "L'Art et la Manière".

Une image de Jean Genet.

 

l-art-et-la-maniere---film-de--JPG

 

 

Extases. Richard Michalska.

 

Naples: Classical Street Art by Ernest Pignon-Ernest

 

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  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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