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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 17:43

chuteIcare.jpg« C'était bien lui, ce fou, cet insensé sublime... 

Cet Icare oublié qui remontait les cieux »

Gérard de Nerval

 

 

« Je chute, donc je pense. » 

Frédéric Schiffter.

 

Icare est irrémédiablement frappé du sceau du péché. Son inconscience, son irrespect, sa démesure, son hybris - son âme certes libre mais inconsciente - sa vanité, tout cela fut puni de cinglante manière.

Foudroyé - Icare s’effondre, tombe et, telle une étoile filante – torche vivante -  meurt de noyade.

 

 

 

Icare est un mythe puni de son succès, comme tout récit légendaire, son interprétation – pourtant - est à double ciel.

Car au delà de l’abîme, Icare est un phénomène.

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Prenant le vol de son père en marche, les ailes du héros oscillent vers les cieux. Icare se soulève du bloc terrestre, décolle, s’arrache aux courants rugueux - s’emporte.  

Ses envies sont joyeuses et sa fuite devient promenade.

 

Montant, soulevé, l’expérience de cette suspension lui fait dépasser les murs. De là-haut, l’oiseau est devenu cime,  laissant sous lui la terre des hommes, s’arrachant de ses racines ; La hauteur lui procure de belles extases. Icare goûte l’abîme, la familière silhouette de son ombre le suit vainement – au ras des flots. 

Il s’amuse de ses / ces impressions.jf_rauzier08---va-te-faire-schampouiner.jpg

Voir le monde d’en haut, voler, l’esprit au vent, sentir les rayonnements, goûter le jour frissonnant sous les paupières et voir. Icare pénètre dans un absolu – c’est l’œil de la vie - sa légèreté se change en souplesse et lui procure les sensations du tourbillon aérien. L’aigle se détache, décrit des cercles, ne désire plus rien que de rompre avec sa condition - avec ce que nous sommes. 

Sa puissance a devant elle « tout ce qu’il a de grand… et tout ce qu’il y a de petit… O grain de poussière de la poussière. »*

 

Oh, bien sûr, il sait à quoi s’en tenir, il entrevoit ce qu’il risque, pèse le non-sens de cette aventure. 

Pourtant, la sève de la lumière coule dans son sang – et - le corps cuivré de soleil, seule compte cette clarté, cette pleine atténuation de la douleur, ce progrès,  cette grâce oublieuse des semelles de plomb. 

catherine_nelson-va-te-faire-schampouiner.jpg

 

Changement radical avec son passé. Il suivra jusqu’au bout le chemin aux couleurs absolues.

Comblé de plénitude, il tremble. Peu importe. Tout son être devient astre, Icare désire, il ne troquera pas sa quête de l’étoile contre un atterrissage – tout sauf se rendre au réel… Tout sauf rejoindre le sol.

Icare, n’est pas ivre, il n’a pas le choix. Sa désorientation n’a rien d’une arrogance, c’est un besoin d’abolir la pesante lourdeur du monde. 

 

Icare n’atteindra jamais le soleil, mais grisé de l’avoir approché, son spectre aux talons ailés se sera banni un temps du sol.  Plein de rayons éphémères – consumé par l’éblouissement solaire.

 

Son crash aura dynamité l’âme tranquille des terriens aimantés par la gravité, produit l’effet d’une illumination -  le flash électrique d’une descente enflammée. 

 

Francine-Van-Hove---Esquisse-d-une-ailejpg.jpg

 

______________

Le rêve d'Icare revisité.

 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 14:18

"C'est par la boulimie de la matière que Rubens échappe

3graces_rubens.jpg à la rhétorique creuse des peintres de cour. 

Tout se passe comme si les empâtements 

et les giclées de la couleur

 avaient peu à peu entraîné le virtuose, 

loin des pompes mytologoco-chrétiennes de son siècle, 

dans un monde où ne compte plus que la substance pure... 

Les fesses des Trois Grâces sont des sphères."

 (Marguerite Yourcenar, 

les Archives du Nord, Gallimard, 

Paris 1977, p 83).

 

      R.C. Vaudey

à son bel hommage

à Rubens.

 

Au sortir du lit, la jeune épouse de Rubens se drape négligemment et, ‘dans la légère fourrure qui  l’  habille, étale l'heureuse lassitude d'un jour de noces avec le monde.’ *

 

 

 

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Peter Paul Rubens – Hélène Fourment Vienne Kunsthistorisches Muséum.

 

A regarder cette peinture droit dans les yeux, on y trouve un je-ne-sais-quoi de particulier… Une singularité... 

 

La trajectoire de l’œil suit le visage d’Hélène Fourment, fixe un instant ses yeux d’ange… longe ses formes voluptueuses. La composition contient des détails stupéfiants. Ca n’est ni la langueur démesurée du bras, ni cette peau d’ours enveloppante, pas plus que la familiarité du modèle avec le peintre. Alors quoi ?  Les détails du grain, la blancheur de la peau, sa lueur, le caractère organique de la chair ?  

 

On se sent attiré par d’infimes détails. Ces largesses montrées, déposées sur la toile. Quelles sont-elles ?

Ces matières accumulées traits après traits, ces épaisseurs habituellement moquées, gommées, cachées,  expressément effacées, Rubens leur accorde un espace – visible - choisit de les laisser  fleurir. 

 Sandrine-Vezilier-Marguerite-Yourcenar.jpg

De fait, souligne La Directrice du Musée Départemental de Flandre, il n’existe aucune forme de séduction ici, aucun désir de plaire. 

Sandrine Vézilier expose les principes de la peinture de Rubens : les corps sont saisis comme ils sont. Le nu pour le nu. La matière est rendue telle quelle, révélée. Il n’y a pas d’idéalisation. Ici, tout est représenté, même le déplaisant, même les chairs adipeuses. 

 

Marguerite Yourcenar, dans l’éclat du texte lu par Sandrine Vézilier … 

 

 

 

Rubens , c’est le mouvement saisissant de la peau contre la pause.

 

C’est l’inclination du sentiment qui s’oppose aux convenances, aux critères esthétiquement lisses, au dogme des conventions. Le détail contrarie le tout. De la répulsion première on passe à l’interrogation, de la réserve à la surprise, du déplaisant à l’étonnement.

 

Cette peinture d’une précision insensée agit non comme un miroir mais comme une photographie. Nous ne pouvons nous réjouir de cette contemplation, impossible de nous identifier à ce modèle - là.

 

L’extrême précision de Rubens est donc un témoignage fugace - le moment irréversible où l’intime prend place, où les chairs encore gorgées de vie sont en place, où la mort rode, où la matière du discours dévoile l’espace intime, le fil d’une histoire. 

 

La fibre s’oppose au côté figé, impersonnel de la pose. Le réel s’infiltre.

Peu à peu, les formes se révèlent – s’incarnent, se marquent, s’inscrivent dans le temps d’une vitalité, d’une tonalité, d’un caractère. Les muscles lâches d’Hélène Fourment, abandonnés, sont autant de formes en délicatesse, en mouvement, tout en mollesse. La chair adipeuse soigneusement reproduite est une présentation ambivalente à la fois érotique, à la fois terriblement proche du réel épais. Rouge. Pétillant. Chaud.  

Le tissu de l’épiderme prend chair – chaque repère infime, le moindre accident, sont autant de signes, de curiosités, d’indices, d’émanations sensibles, lesquels participent à la charpente d’une personnalité, à la lumière d’une humanité, composent une signature…  non pas celle de la texture humaine mais d’un modèle encore plus beau – parfait - de ses imperfections..

Cette femme là, aux accents disgracieux, est reconnaissable entre toutes, unique. La dysharmonie sert la création de sa singularité, fait son unicité, la tire de la foule, des anonymes, exprime son identité - marque son authenticité.

Hélène Fourment n’a pas d’égale - identique à elle-même -, la jeune femme est faite de ces petits renflements, de ces plis fâcheux, obstinément disgracieux. Sa distinction nous frappe. Son existence devient palpable. On entrevoit si nettement sa réalité qu’on ne peut en douter. On accède… à l’harmonie de sa vie… aux atomes singuliers, pleins et emprunts de sa  noblesse 2), celle que Rubens aimât 3).

 

La vérité de sa chair enveloppée, charnelle, décomplexée, offerte est cruellement chatoyante.

 

                   …  Présence magnifique d’une figure inesthétique qui chante.

 

 les-3-graces-Rubens-1636-1638.jpg   les-3-graces-rubens---detail---leger.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1) « Marguerite Yourcenar avait besoin d’avoir une érudition presque complète sur un sujet avant de le traiter. » Explique Sandrine Vézilier. « Elle a besoin de ces visuels. Absorbe, s’approprie puis, par émiettement, s’engage dans un processus de création. » La commissaire d’exposition ajoute : Si ce n’est Rubens qui - comme l’avance Marguerite Yourcenar – sera le premier à mettre en scène des féminités charnelles, décomplexées mais Van Hecke, au moins Rubens aura-t-il été un précurseur au sens d’une représentation nue, simple, sans appel au thème mythologique récurrent chez ses prédécesseurs. 

Marguerite Yourcenar - hélène Fourment -1Marguerite-Yourcenar---Helene-Fourment---2.jpg Marguerite-Yourcenar---Helene-Fourment---3.jpg

 

 

 

 

 

 

 

2) Le noble, c’est le « connu », rappelle Ortega y Gasset dans La révolte des masses, celui qui se distingue, sort de la foule.

3) «  J’essaierai de vous faire voir que l’expression est aussi une partie qui marque les mouvements le l’âme, ce qui rend visible les effets de la passion. » Le Brun p 83

 

  *« Le visage mouillé de sueur, mais le corps frais dans la légère toile qui nous habille, nous étalons tous l'heureuse lassitude d'un jour de noces avec le monde. » Noce Albert Camus.

 

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SITES 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 05:02

      « La peinture a beaucoup de choses à nous apprendre, elle nous apprend à voir. »

Marguerite Yourcenar, à propos de ‘Les aveugles conduits par des aveugles’.

 Bosch-Jardin_des_delices-1504.jpg

 

Marguerite Yourcenar n’a jamais vraiment fréquenté l’école.

Elle prend connaissance de l’art par les livres et par de fréquentes visites au Louvre.  

 « L’art est une vision hallucinée de la réalité et la vie est là d’un coup. », dit-elle. L’écrivaine voit les peintres classiques comme des visionnaires. Elle explore ces legs du passé avec respect, avec tendresse, mieux, avec amour. « Boccace, Poussin prenaient racine en moi. » (1).

Elle savoure ce précieux héritage, ce témoignage providentiel. C’est la conserve d’une trace vive des mentalités, coutumes, croyances de l’époque. 

« Jérôme Bosch n’avait rien inventé - écrit Dino Buzzatti - il avait peint tel quel le spectacle qui s’offrait quotidiennement à ses yeux. […] C’était des hommes, des femmes, des enfants dans notre habituel et proche quotidien, mais mélangés à eux, avec la supériorité du nombre ; s’agitaient, fourmillantes, d’innombrables choses vivantes semblables à des coelentérés, à des huîtres, à des crapauds, à des poissons irascibles. […] Ils aboyaient, vomissaient, mordaient, bavaient, s’embrochaient… » (2) 

 

La romancière alimente ses écrits de recherches documentaires extrêmement poussées. Epuise toutes les œuvres picturales ou statuaires disponibles – quitte à se déplacer pour en prendre connaissance in situ, Marguerite s’attache – tout comme Flaubert** - à parcourir tout ce qui concerne son sujet, à étudier tout ce que son personnage a vu de source sûre ou aurait pu voir. Derrière son bureau, une étagère est entièrement consacrée à ses classeurs. Livres de mémoire où elle rangeait ses précieuses reproductions de tableaux de Bruegel ou de Jérôme Bosch entre autres … qu’elle considérait d’un œil expert, émerveillé.  

 Bosch détail 3

Dans ‘L’œuvre au noir’, le personnage principal « Zénon » découvre une esquisse sur sa table. En voici la vue : 

(l.4) ...un de ces jardins de délices [On y reconnaît aisément le Jardin des délices terrestres de Jérôme Bosch] ‘Une belle entrait dans une vasque pour s'y baigner, accompagnée par ses amoureux.

           bosch---jardin-des-delices-detail.jpg           Bosch-detail-2.jpg

Deux amants s'embrassaient derrière un rideau, trahis seulement par la position de leurs pieds nus. Un jeune homme écartait d'une main tendre les genoux d'un objet aimé qui lui ressemblait comme un frère. De la bouche et de l'orifice secret d'un garçon prosterné s'élevaient vers le ciel de délicates floraisons. Une moricaude promenait sur un plateau une framboise géante’ .

 

Quoi de plus questionnant, étonnant que cette peinture du ‘ jardin des délices’ ?  

Cette exubérance, ce troublant mélange de séduction et de misères repoussantes, de délires grossiers, d’explorations monstrueuses ou féeriques. C’est un « paysage monde »  où sont célébrées les préoccupations et tentations humaines. Un fatras où se débattent des créatures entre ‘misère et vanité*’, bonheur et désarroi. Un « Ensemble fourmillant, grouillant et ricanant » souffle Flaubert à propos de – La tentation de Saint Antoine (3), la chose s’ajuste merveilleusement ici. 

 

 

Le regard se perd dans ce foisonnement, cette richesse de détails. Là un oiseau dévorant un homme. Là-bas un derrière déféquant des pièces d’argent. Au centre, des naïades voluptueuses. Là, encore, une truie déguisée en nonne. 

Les corps sont nus. 

Que cache ce vertige des membres accumulés, enchevêtrés, hybrides, angéliques ou démoniaques, cette fascinante liberté de mœurs, cette somme d’actions, cette démultiplication des désirs et des phantasmes ? 

La nudité physique est une mise à nue, une fausse exhibition dans un simple appareil. Une humilité qui montre l’essentiel. C’est le point de départ d’une vaste réflexion,  un art cru, apocalyptique des représentations humaines. Un questionnement des relations. 

 

On peut voir dans ce flot, cette prodigieuse accumulation, des querelles, des alliances – la quotidienneté des envies, le commandement des possessions - le mouvement sans limite des satisfactions et mécontentements. 

Derrière la  peinture fantastique et fantasque – derrière toutes ces vues -  se cachent des représentations réelles. Des paraboles, issues de la bible, des proverbes, des expressions de l’époque. Le jardin, bien sûr… protecteur, celui de l’Eden où Eve croqua la pomme du savoir. Jardin plein de signes et de codes, de symboles et de farces. 

Une vision cosmogonique du monde ? 

Une vue d’aujourd’hui ?

Les dimensions sont paradoxales… Considérons l’œuvre avec attention. 

« plongé dans cette rêverie mêlée de veille et de sommeil qui prête aux réalités les apparences de la fantaisie et donne aux chimères le relief de l’existence » (4).

 

Le triptyque nous parle, nous répond (5). 

L’univers décrit ici n’est pas sans rappeler le nôtre. Les courses actuelles. Les actions vaines, la volonté de se dépenser en vides brassages… Les  dispersions en divertissements. Les dévorations des puissants cherchant à exploiter les faibles. 

 

Bosch.     La célébration des excréments des Hommes ?

Bosch.     Un regard complexe sur la nature Homo Sapiens ?

Bosch.     L’ inventaire de l’humaine condition ?

 

                                       Le monde des apparences cache parfois la laideur du monde. 

 

 

 

 Film de Lech Majewski pour public averti aimant le cinéma d'Art (avare en paroles) et Essai.

Le film vaut pour l'explication du tableau, ajoutons l'interprétation magistrale de Rutger Hauer.

Pour le reste, à vous de jeter votre propre regard sur l'oeuvre...

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(1) Grégory Vroman – Excellente conférence du dimanche 14 octobre à la Piscine de Roubaix.

 (2) L’opera completa di Hieronymus Bosh, Milan, Rizzoli, « Classici dell’arte », 1966

      * Montaigne.

(3) «… tout semble sur le même plan, écrit Flaubert à propos de la tentation de saint Antoine. Ensemble fourmillant, grouillant et ricanant, d’une façon grotesque et emportée, sous la bonhomie de chaque détail. Ce tableau paraît d’abord confus, puis il devient étrange pour la plupart, drôle pour quelques-uns, quelque chose de plus pour d’autres ; il a effacé pour moi toute la galerie où il est, et je ne me souviens plus du reste. » Gustave Flaubert, Voyage en Italie, 1845 in La tentation de saint Antoine, Claudine Gothot-Mersh, Folio, Gallimard, 1983, p 257.

      ** Flaubert lira 1500 ouvrages divers et variés avant d’écrire Bouvard et Pécuchet. "En août 1873 Il dira à Edma Roger des Genettes : "Savez-vous combien j'ai avalé de volumes depuis le 20 septembre dernier ? 194 !" En juin 1874, il se sent accablé par les difficultés de cette oeuvre, pour laquelle [il a] déjà lu et résumé 294 volumes !" Et, en janvier 1880, quelques mois avant sa mort, il se confie de nouveau à l'amie Edma : "Savez-vous à combien se montent les volumes qu'il m'a fallu absorber pour mes deux bonhommes ? A plus de 1500 ! Mon dossier de notes a huit pouces de hauteur." 

La première phase de documentation étant achevée, l'écrivain peut "passer aux phrases", c'est-à-dire l'écriture du roman." Flaubert, Bouvard et Pécuchet, GF Flammarion, Paris, 1999, introduction, pp 20-21.

(4) La peau de chagrin, Balzac, 1831

(5) - « A l’aube du XVIème siècle, les artistes flamands réinventent la notion de paysage en conférant à celui-ci un sens inédit. Il devient le réceptacle des idées humanistes qui se développent à cette époque. La nature se métamorphose et accueille des représentations fabuleuses, aux frontières du réel et de l’imaginaire, dont on a parfois aujourd’hui oublié le sens. Le spectateur est invité à se perdre dans un labyrinthe végétal et minéral qui lui permet d’explorer les limites du monde sensible et du monde spirituel. » Aurélie Filippetti, Fables et paysages flamands, Somogy, éditions d'art, Palais des Beaux arts de Lille.

 

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Guillaume Gallienne - Ca ne peut pas faire de mal.

Les Mémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar, à écouter en boucle. 

 

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      Pour compléter...


Le Jardin des délices de Jerôme Bosch – Jean Eustache. Les vidéos valent pour la présentation détaillée de l'oeuvre. Le commentaire compte peu.

Le Jardin des délices 2.

Le Jardin des délices 3.

Le Jardin des délices 4.      

 

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 15:34

« La vie se ramène pour nous à ce que nous pouvons en concevoir. 

Alesia-vercingetorix-jules-cesar.jpgAux yeux du paysan, pour lequel son champ est tout au monde,

 ce champ est un empire. 

Aux yeux de César, pour qui son empire est encore peu de chose, 

cet empire n’est qu’un champ. 

En fait, nous ne possédons jamais que nos impressions ; 

c’est donc sur elles, et non sur ce qu’elles perçoivent, 

que nous devons fonder la réalité de notre existence. 

(Cela ne me vient à propos de rien en particulier.) » 

27 juin 1930 . 

Fernando Pessoa (1) p102. 

 

 

De la guerre des Gaules au « Tour de France par deux enfants » – en passant par les ouvrages des ‘lumières’ l’étude de l’histoire semble irrémédiablement liée aux livres.

« Plutarque   écrivain grec qui a vécu aux 1er et IIième siècles après Jésus-Christ, – écrit Alain Corbin - a laissé un magnifique ouvrage intitulé Vies parallèles, dans lequel il compare, deux à deux, les plus grands héros de l’Antiquité grecque et latine. Il a ainsi fourni à de nombreux siècles une série de biographies exemplaires, un modèle d’écriture et le goût d’une histoire consacrée spécifiquement aux héros et aux grands hommes. Aucun livre, peut-être, n’a davantage guidé l’admiration et pesé sur les comportements virils. » (2) p 15.

 

Au reste, comment rendre compte des actions humaines, de leur fureur si ce n’est par la puissance des textes et images ? Qui mieux que ces « classiques » pour rendre intelligible la syntaxe des mouvements, les verbes des affrontements, souligner les antagonismes, éclairer les subtilités ? Les tableaux (Delacroix y excelle) et les documents authentiques constituent des essentiels. Leurs récits laissent de vifs souvenirs dans nos mémoires, restent des incontournables.

 

Outre les sorties pédagogiques – les extraits de films bien choisis - il existe cependant un autre tournant, un nouveau  biais possible. 

 eau-farine.jpg eau-farine-ocre.jpg

Une discipline – dans cet abîme de recherches universitaires - voit le jour.

Il s’agit de ‘L’archéologie expérimentale’.

Cette  pratique de terrain ne se contente plus de fouiller, d’observer, d’émettre des hypothèses pour interpréter, puis reconstituer. Pleine de reconnaissance et d’interprétation des gestes - elle se fait expérimentale - jette la saveur du faire sur l’histoire. Partant des décombres, elle en cerne les objets, débris, les extrait, les reproduit – selon des procédés authentiques - à fin  de former une réflexion plus profonde.  


Jacques Pelegrin est un spécialiste de cette appropriation par le geste. 

À partir de la découverte d'un atelier de taille dans le Tardenois, le chercheur au CNRS explique comment et pourquoi les hommes du Mésolithique final taillaient le silex.

taille-silex---Jacques-pelegrin.JPG

(Pour voir la vidéo : cliquer sur l'image.)

Il imite à l’identique, reconstitue. Procède pas à pas, aptitude après aptitude, s’approprie les compétences, qualifications, talents de nos ancêtres.

Se laisse conduire par la précision des mouvements, décrypte leur logique, en restitue la richesse, la finesse, retrouve l’essence des choses. Ensuite - plein de la profondeur des techniques – le Directeur de recherche piège les erreurs d’interprétations, libère ses réflexions, approfondit son érudition et ses savoirs.

 

Cette traduction en acte donne des résultats parfois inattendus.

calques-et-modeles.jpgtracer-le-contour--puis-utiliser-l-ocre.jpg

 

Bien sûr, « sentir » l’histoire par l’expérience – est sans miracle.  

 

Il s’agit d’une proposition, laquelle contribue à rendre plus nette une réalité ancienne. Crée un choc de  rencontre, amorce des évocations parfois inexistantes, favorise l’appréciation des complexités, crée des vibrations. 

 

Le but est d’éprouver, ressentir, restituer, vaincre les résistances. Rendre proche le lointain. Accessible l’inaccessibles. Une action appréciable par ses côtés fédérateurs*, concrets – remède aux barrières abstraites qui plongent certains élèves encore immatures** dans la confusion et l’accablement.

 

En prendre plein les yeux, plein la tête.

 

                                                             Devenir des porteurs de lumière

 

 Ca prend forme presque fini

 

 

 

.

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      Vidéo :

 

 

      Chauvet – Utiliser les aspérités de la grotte….

 

 

Le proto-cinéma de la grotte Chauvet.

 

La-grotte-Chauvet---visite---cliquer-sur-l-image-JPG

 

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* « C’est seulement en s’engageant vers une activité commune dans laquelle l’usage que l’on fait des matériaux et des outils renvoie consciemment à l’usage que les autres font de leurs capacités et de leurs instruments, que l’on peut parvenir à diriger socialement les dispositions d’un individu. » John Dewey, p 119.

– Démocratie et Education, Armand Colin, Paris, 2011, ISBN : 978-2-200-27265-4

[L’exclusive du « seulement » et le terme « diriger » me gênent.]

 

** Immature n’a rien de péjoratif. Chez John Dewey, cela exprime un potentiel de maturation. Une aptitude à se développer. Un « pouvoir de croître ».

P 121 : La condition première de la croissance est l’immaturité. Cela peut paraître n’être qu’un truisme, puisque l’on dit qu’un être ne peut se développer que dans un domaine où il n’est pas développé. Mais le préfixe « im » dans le mot « immaturité » signifie quelque chose de positif, non pas simplement un vide ou un manque. […] Or, quand nous disons que l’immaturité signifie la possibilité de croissance, nous ne faisons pas allusion à l’absence de pouvoir qui peut exister à une période ultérieure : nous exprimons une force réellement présente – l’aptitude à se développer.

 

(1) Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. Christian Bourgois éditeur. 1999. ISBN : 2-267-01516-1

 

(2) Alain Corbin – Les héros de l’histoire de France , expliqués à mon fils, Seuil, Paris, 2011, isbn : 978-2-02-103665-7 

 

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      Grotte Chauvet en 3 D.

 

     Tautavel

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SITES  - Préparations, séances, etc.

 

Séance "le paléolithique" (abracadarita).

Document PDF.

 

La classe de mallory . com

 

Dossier « Apparition de l’homme » CNDP -  académie de Reims

 

Sur les traces de l’homme – cap sciences      !

 sur-les-traces-de-l-homme.JPG

 

Dossier pédagogiquel

 

Histoire. La préhistoire : L'évolution de l'homme. Roland Kara. 

 

Dossier homme de Cro-Magnon , Lutin Bazar.

 

La classe de Maxetlyly – pdf paléolithique.

 

Fée Coquelicot - Préhistoire.


Mode de vie des premiers hommes.

 

Petits cailloux   -    Séances diverses…

 

Petite prune.


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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 11:30

Hemiksen--vers-1500----vers-156.jpgVan Hemessen - Vanité  - vers 1535 -1540. Huile sur bois.

 

Certains ont besoin de contempler le crépuscule, sentir l’inclinaison des rayons par degré, s’épouvanter des reflets ambrés, s’asperger de couleurs vitrifiées, mesurer minute après minute le sablier du temps, respirer l’âcre parfum d’une faneur*, géo-localiser l’entrée d’un tombeau, s’ombrer l’œil de la nuit ou - encore - parsemer leur existence d’acide. 

Oui, certains ont besoin de sentir ces cauchemars dans leur chair, de toucher – sans doute -  leur déclin du doigt, se meurtrir de leur absolue finitude, conserver les lambeaux poussiéreux de leur vie à fin* de ressentir la pleine puissance de leurs organes.

 

« Je veux vivre, sentir des sensations fortes, actives. » me dit un jour un moniteur à l'enthousiasme sympathique non sans avoir préalablement indiqué au groupe de gogos présents – dont je faisais partie - quel était « Le mode d’emploi de la plage. » 

« Je vais nager avec les grands requins blancs… Oui, ça… ajouta-t-il  l’œil mouillé de bonheur et le torse gonflé d’énergie…  Ca... ça , un jour je vais le faire.** »

 

D’autres n’ont pas besoin de ces piqûres pour se perfuser un succédané de vie en intraveineuse.

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Ceux-là ne remuent rien, ne creusent pas plus, n’espèrent pas davantage mais laissent glisser sur leur rétine la gouttelette tremblotante du vin projeté sur une nappe, les fragments musicaux d'une poétique distillée dans un livre, l’esthétique d’une vanité aux ailes ouvertes.

 

Ceux-là ont le néant réfracté d’un soleil éteint depuis leur naissance.

 

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      * Librement détourné, et avec délectation qui plus est.

      ** Ce qui ne saurait constituer le meilleur moyen de rester en vie.    

 

 

"Ce tableau refaçonne la perception que nous avons des vanités.

L’identité de cet ange qui ne nous est pas donné – a une expression énigmatique – décryptable. Ses yeux nous regardent de ses ailes colorées, nous percevons les chatoiements lumineux du vivant.

      Van Hemessen a imposé parmi les romanistes une interprétation très personnelle des italiens du début du XVIe siècle dont cet ange à la stature puissante est caractéristique. 

L’iconographie est ici insolite : alors que le crâne et les inscriptions évoquent la vanité des plaisirs terrestres, les ailes de papillon faisant allusion à l’immortalité de l’âme tempèrent le pessimisme habituel du genre. Le crâne dans le miroir est sans doute le reflet d’un personnage qui occupait un volet droit disparu que l’ange vient avertir de l’aboutissement inéluctable de toute destinée humaine. Les quelques mots autour du miroir « Ecce rapinam rerum omnium » désignent la mort comme le pillage de toutes choses."

Palais des Beaux-Arts de Lille.

 

Alexis Donetzkoff, Conservateur du patrimoine au Palais des Beaux-Arts de Lille : 

"Peinture inédite jusqu’à son passage en vente publique, la Vanitéde Jan van Hemessen est apparue dès ce moment comme une oeuvre incontestable et importante de ce peintre. Elle est à dater probablement vers 1535-1540. A ce tournant de sa carrière, l'artiste, qui a acquis une connaissance approfondie des peintres d'Italie du Nord, peut-être à l'occasion d'un voyage dans ce pays, achève d'élaborer une manière "romanisante" très personnelle dont cet ange à la stature puissante est un exemple caractéristique. Le triptyque du Jugement Dernier exécuté vers 1537 pour la famille Rockox (Anvers, église Saint-Jacques), avec lequel notre tableau présente plus d’un point commun, amène même à se demander si l’artiste n’a pas vu la fresque de Michel-Ange à la Sixtine en cours d’exécution. L'iconographie, qui est bien celle d'une Vanité, présente cependant des caractères insolites. Le crâne et les inscriptions correspondent bien à l'insistance traditionnelle sur la vanité des plaisirs de l'existence. Les ailes de papillon de l'ange, en revanche, sont sans doute là pour tempérer le pessimisme habituel du genre en rappelant la résurrection de la chair. Surtout, le crâne n'est très probablement que le reflet d'un personnage qui occupait un volet droit disparu, peut-être une figure allégorique des plaisirs de ce monde ou, plus vraisemblablement, le portrait d'un haut personnage qu'un messager céleste vient avertir de l'aboutissement inéluctable de toute destinée humaine. Une telle création, sans équivalent connu, contribue à confirmer la place éminente de Hemessen parmi les peintres flamands du 16e siècle." 

 

Lille, Palais des Beaux-Arts

Numéro d'inventaire : P 2009 

Date d'acquisition : Acquis en 1994 avec l'aide du F.R.A.M. et le mécénat de White Public Relation, Tokyo.

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L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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