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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 08:59
« l’âme et la science, tout ensemble. » Hercule Salvinien Cyrano de Bergerac - photographer : Maleonn MA.

« l’âme et la science, tout ensemble. » Hercule Salvinien Cyrano de Bergerac - photographer : Maleonn MA.

Photo :  Maleonn Ma

 

Savinien Cyrano de Bergerac est une sonnerie de téléphone portable sortie du néant. 


Secoué vivement de votre conférence ennuyeuse, votre doigt bondit à la recherche de l’icône tactile. Impossible de décrocher – écran verrouillé – vous déboulez alors vers la sortie « Rob zombie : Foxy foxy. » tonitruant en main.

La force du métal ajouté aux riffs tapageurs offrent un contraste saisissant au ton lénifiant, cotonneux du conférencier - Hégélien de surcroît.  Imaginez les déplaisirs que ça cause.
Les auditeurs endormis - les somnolents convaincus à peine une seconde en arrière de finir leur nuit sereinement - sursautent. Une telle activité au milieu de la soufflerie ronronnante, un tel remue méninge au centre des écoutes flottantes nimbées de pensées de basse intensités, égales, ce n’est point une tentative d’assassinat, diantre, non, c’est un crime ! 
Des auditeurs ronchonnent, maugréent, montrent les gencives.
Dans ces conditions, votre accélération motrice est de mise. Votre discrétion impossible.
Votre pied bute contre une chaise.
 

Maleonn  Ma - Bruits

Maleonn Ma - Bruits

Vous avez beau bondir, charger, foncer, la sortie semble s’éloigner à mesure des mètres parcourus. La chose n’est pas impossible. Zénon d’Elée avait narré ce paradoxe. Achille, sûr de sa victoire, accorda à une tortue 100 longueurs de bonus. Or, tandis que ce dernier s’élançait, plein d’énergie vers cette dernière, la bestiole reptilienne, de même, progressait à menus pas. Aussi, en vertu de la « théorie de la rugosité » développée par Mandelbrot, propriété hologigogne de la géométrie fractale, Achille ne parviendra jamais à rejoindre cette satanée nature récursive. 


La distance, donc, séparant un coureur de la porte se peut donc agrandir au carré de la conscience développée par cet individu de la mesure qu’il lui reste à parcourir.
En gros, pour faire simple, apprenez ce théorème par cœur :

 

La lucidité accroît les distances séparant tout individu du réel au cube des avancées de sa conscience.  
 

Maleonn Ma - Voyage vers la lune.

Maleonn Ma - Voyage vers la lune.

La salle devant cette femme du XXIème siècle ne sachant point se servir d’un portable est médusée !  Une folle autant dire, qui avait l’air bien, adepte de l’acier symphonique pourtant, déboulant dans cette belle ordonnance, courant, fanfare métallique en main. 


Dans quel monde vit-on ?
 
Enfin, votre main se pose sur le battant. Arrivée – essoufflée, visage rougi à la sortie. 
L’appel se coupe.
Une main compatissante se pose sur votre épaule : 
- Ça va ? Pas trop grave... 
Vous regardez le portable à nouveau sans prononcer un mot. 


Dans la salle : 300 paires d’yeux sont tournées vers vous.
 

Maleonn Ma - Nuage

Maleonn Ma - Nuage

Vous l’aurez compris, Hercule Savinien est un mousquetaire Scotch-Brite : il astique les surfaces et récure en même temps.


Côté rêche, poil à gratter, il s’attaque aux résidus, pourfend les infirmes du savoir, prend en embuscade les poltrons, les serviteurs à la paillasse, montre les dents, combat les marionnettes incarnées, pousse à l’égout les jaseurs et frétilleurs, les adorateurs de la bêtise et autres trompeurs aux pensées convenues, du côté lisse, il balaye les croyances paralytiques, les idées reçues, les pseudo-sciences et moult avocats de l’ignorance. 


Ca donne côté rosse : 


« Messire Jean,
Je m’étonne fort que sur la chaire de vérité vous dressiez un Théâtre de Charlatan… » p 148
« Monsieur, … j’ai presque été forcé de vous écrire avec mon épée, tant il est glorieux d’écrire mal parmi des personnes dont les plumes ne se taillent point. » p 164
 

Maleonn Ma - Man posing with a large.

Maleonn Ma - Man posing with a large.

Côté essuie tout, la première lame soulève les opinions toutes faites, la seconde fauche le ridicule avant qu’il ne retombe.
Les tournures sont réjouissantes, jubilatoires.
Les figures de style pleuvent. Le voyage atmosphérique commence. 
La lumière crue dégringole et renverse tout droit les lieux communs, foudroie les usages nuisibles,  le dépotoir . Éclaboussure allongeant chaque corps d’une longue flaque de clarté. 


Science et beau langage font force et rage de penser.


Jugez plutôt :
Cyrano s’élève vers la lune à l’aide de « fusées, qu'on avait disposées six à six », des fioles de rosée, de chariots de fer portés par un aimant, de vols d’oiseaux. 
Il imagine les baladeurs :
« Lorsque j'ai depuis réfléchi sur cette miraculeuse invention de faire des livres, je ne m'étonne plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédaient plus de connaissance, à seize et dix-huit ans, que les barbes grises du nôtre; car, sachant lire aussitôt que parler, ils ne sont jamais sans lecture; à la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à la ceinture, une trentaine de ces livres dont ils n'ont qu'à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s'ils sont en humeur d'écouter tout un livre: ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes, et morts et vivants, qui vous entretiennent de vive voix. Ce présent m'occupe plus d'une heure; enfin, me les étant attachés en forme de pendants d'oreilles, je sortis pour me promener …. » 1* p 105.
Il déclare l’unité de la matière, composée d’atomes ayant la même origine et de vide. 
Inverse les genres : les hommes marchant à 4 pieds marquant l’évolution * 1.


Hercule Savinien Cyrano de Bergerac donc, est un personnage haut en valeurs. 


Lequel inspira la pièce éponyme d'Edmond Rostand. 

Maleonn Ma -

Maleonn Ma -

Il mourra la pointe lumineuse à la main le crâne défoncé d’une poutre cadeau de ses ennemis offerte du haut d’un échafaudage. 

 

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Les Machines de Savinien :

 

L’excellent site consacré à Savinien Cyrano de Bergerac

 

fait état des empires scientifiques du poètes :

 

Cette boîte était trouée par en bas ; et par-dessus la voûte qui l'était aussi, je posai un vaisseau de cristal troué de même, fait en globe mais fort ample, dont le goulot aboutissait justement, en s'enchâssait dans le pertuis que j'avais pratiqué au chapiteau. 

Le vase était construit exprès à plusieurs angles, et en forme d'icosaèdre, afin que chaque facette étant convexe et concave, ma boule produisit l'effet d'un miroir ardent. 

 

 
 

Machine volante - première variante -   © Carelman - Galerie du Dragon - 1965

"Le vase était construit exprès à plusieurs angles, et en forme d'icosaèdre, 
afin que chaque facette étant convexe et concave, ma boule produisit l'effet d'un miroir ardent."       

 

Machine volante (deuxième version) 


"... j'avais disposé autour de ma boîte une petite voile facile à contourner, avec une ficelle dont je tenais le bout, qui passait par le bocal du vase... "


Machine volante - deuxième variante -  © Carelman - Galerie du Dragon - 1965

 

Machine volante (troisième variante) 


... le soleil qui battait vigoureusement sur mes miroirs concaves, unissant les rais dans le milieu du vase, chassait avec son ardeur par le tuyau d'en haut l'air dont il était plein... 




Maison mobile 



L'architecte construisit chaque palais, ainsi que vous voyez, d'un bois fort léger, y pratique dessous quatre roues ; dans l'épaisseur de l'un des murs, il place dix gros soufflets dont les tuyaux passent d'une ligne horizontale à travers le dernier étage de l'un à l'autre pignon, en sorte que quand on, veut traîner les villes autre part, car on les change d'air à toutes les saisons, chacun déplie sur l'un des côtés de son logis quantité de larges voiles au-devant des soufflets ; puis ayant bandé un ressort pour les faire jouer, leurs maisons en moins de huit jours, avec les bouffées continuelles que vomissent ces monstres, sont emportées si on veut à plus de cent lieues. 


Maison sédentaire 

Quand à celles que nous appelons sédentaires, les logis en sont presque semblables à vos tours, hormis qu'ils sont de bois, et qu'ils sont percés au centre d'une grosse et forte vis, qui règne de la cave jusqu'au toit, pour les pouvoirs hausser et baisser à discrétion. Or, la terre est creusée aussi profond que l'édifice est élevé, et le tout est construit de cette sorte, afin qu'aussitôt que les gelées commencent à morfondre le ciel, ils puissent descendre leurs maisons en terre, où ils se tiennent à l'abri des intempéries de l'air. Mais sitôt que les douces haleines du printemps viennent à le radoucir, ils remontent au jour de leur grosse vis dont j'ai parlé. 


Horloge à vent 




Robert Parkeharrison - Breathing machine 1


Le geôlier, ni ses guichetiers, ne montaient jamais à ma chambre, qu'ils ne me rencontrassent occupé à ce travail ; mais ils ne s'en étonnaient point, à cause de toutes ces gentillesses de mécanique qu'ils voyaient dans ma chambre, dont je me disais l'inventeur. 



Il y avait entre autres une horloge à vent... 



Maquette du Britisch Museum.

La machine ci-contre fut construite par Su-song en 1092 - ENS Lyon


Oeil artificiel 


... un oeil artificiel avec lequel on voit la nuit... 



Dragon de feu (première variante) 

 


 

Robert and Shana ParkeHarrisson

 

... quelques-uns dirent qu'il fallait attacher quantité de fusées volantes, pour ce que, leur rapidité les ayant enlevées bien haut, et le ressort agitant ses grandes ailes, il n'y aurait personne qui ne prît cette machine pour dragon de feu... car dès que la flamme eut dévoré un rang de fusées, qu'on avait disposées six par six, par le moyen d'une amorce qui bordait chaque demi-douzaine, un autre étage s'embrasait, puis un autre en sorte que le salpêtre prenant feu, éloignait le péril en le croissant. 


Chariot de fer 

... je pris de l'aimant... et le réduisis à la grosseur d'environ une balle médiocre... je fis construire un chariot de fer fort léger... j'entrais dans mon industrieuse charrette... et lorsque je fus bien ferme et bien appuyé sur le siège, je ruais fort haut en l'air cette boule d'aimant. Or la machine de fer que j'avais forgée tout exprès plus massive au milieu qu'aux extrémités, fut enlevée aussitôt, et dans un parfait équilibre, à cause qu'elle se poussait toujours plus vite par cet endroit. Ainsi donc à mesure que j'arrivais où l'aimant m'avait attiré, je rejetais ma boule en l'air au-dessus de moi. 


Livre parlant 


A l'ouverture de la boîte, je trouvais dedans un je ne sais quoi de métal presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quels petits ressorts et de machines imperceptibles. C'est un livre à la vérité, mais un livre miraculeux qui n'a ni feuillet ni caractères ; enfin c'est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles ; on n'a besoin que des oreilles. Quand quelqu'un donc souhaite lire, il bande, avec grande quantités de toutes sortes de petits nerfs, cette machine, puis il tourne l'aiguille sur le chapitre qu'il désire écouter, et en même temps il en sort comme de la bouche d'un homme, ou d'un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l'expression du langage. 


Savinien de Cyrano de Bergerac, Etats et empires du Soleil et de la Lune.

 

 

 

Encore et toujours notre conférie poétique en tête !

 

Les nouveaux chemins de la connaissance.

 

Par Raphaël ENTHOVEN, avec Jean-Charles DARMON  - La Lune 4/5: dans Cyrano de Bergerac. 

 

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L'Autre Monde ou Les États et Empires de la Lune –

Hercule Savinien Cyrano de Bergerac - GF Flammarion.

1* « Quand ce peuple me vit passer, me voyant si petit (car la plupart d'entre eux ont douze coudées de longueur), et mon corps soutenu sur deux pieds seulement, ils ne purent croire que je fusse un homme, car ils tenaient, eux autres, que, la nature ayant donné aux hommes comme aux bêtes deux jambes et deux bras, ils s'en devaient servir comme eux. Et en effet, rêvant depuis sur ce sujet, j'ai songé que celle situation de corps n'était point trop extravagante, quand je ne suis souvenu que nos enfants, lorsqu'ils ne sont encore instruits que de nature, marchent à quatre pieds, et ne s'élèvent sur deux que par le soin de leurs nourrices qui les dressent dans de petits chariots, et leur attachent des lanières pour les empêcher de tomber sur les quatre, comme la seule assiette ou la figure de notre masse incline de se reposer. » p 54 - 55.

Hercule Savinien Cyrano de Bergerac : La machine philososcience. Les nouveaux chemins de la connaissance de Raphaël Enthoven avec Jean-Charles Darmon. La Lune 4/5: dans Cyrano de Bergerac. Montage vidéo : Le chêne parlant.

Rob Zombie - Foxy, Foxy

Hercule Savinien Cyrano de Bergerac, la machine philososcience.
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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 05:03
Flaubert, un Simpson comme les autres ?

Flaubert, un Simpson comme les autres ?

Dossier : La philosophie…


Un prof de philo publie ses états (d’âme). Pas toujours évident d’aborder cette discipline avec des élèves… 
De Flaubert aux Simpson, en passant par Dexter et les Jedi, les séries télé ouvrent de nouveaux horizons philosophiques. Symbole d’une médiocrité contemporaine, ou pédagogies innovantes ?
Avec les enfants, à l’école, à la maison comme au sein de tous leurs réseaux, elle amène à une ouverture au dialogue en apprenant, pas à pas, à penser par et pour eux-mêmes. Afin qu’ils deviennent des citoyens éclairés et ouverts à la différence…


Un dossier philo à lire dans le numéro 3 du Slow Classes

 

Contribution Gracieuse du Chêne Parlant.


SOMMAIRE du n°3


La connaissance de soi dans le socle commun de l’enseignement ?,
par Thierry Vissac, auteur du livre « Traversée »
La justice sociale, à l’école (aussi),
par Jean Archambault, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal
L’écologie de l’éducation : entretien avec André Stern,
auteur de « …et je ne suis jamais allé à l’école »
Tout ne se joue pas avant 3 ans…,
par Éric Stranen, neuropsychologue et psychologue scolaire
L’étonnant pouvoir pédagogique des Lego,
par Nathalie Duelz, fondatrice de « Les points sur les i »
           

 DOSSIER : la philosophie, les élèves et les enfants


M’sieur, m’sieur, ça sert à quoi la philo ?, présentation du livre « Y a-t-il un prof de philosophie dans la classe ? », par Patrick Fontaine ;
Flaubert, un Simpson comme les autres ?, par Virginie Glaine,
enseignante, conseillère pédagogique et collaboratrice à Philosophie magazine,
La philosophie, Ne jamais, ou presque, l’enseigner, par Michel De Bremaecker ;
Apprendre à penser par soi-même, entretien avec Michel Sasseville, Docteur en philosophie et professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval (Québec), et « Étonnement et ravissement, par Marike Reid-Gaudet, Présidente de l’AQED, l’Association québécoise pour l’éducation à domicile

Flaubert, un Simpson comme les autres ? par Virginie Glaine - Slow Classes Magazine

L’habitat familial, entre espaces et relations, par Didier Dillen, journaliste
Le théâtre, multifonction, par Malvine Cambron, journaliste
Le massage à l’école, par Nathalie Dillen, journaliste
Les enfants dans l’Égypte ancienne, par Christian Guilmin,
spécialiste de l’Égypte ancienne – la langue et surtout les scarabées gravés
Présentation d’une école du Monde, que Slow Classes soutient : à Gahanda,
au Rwanda, avec l’ASBL Igitego Inyange
Le bulletin de… l’Homme de Cro-Magnon, par Nathalie Dillen,
rapporteuse des commentaires des Conseils de classe et de guidance
de l’école de Lascaux, en -17.000

4 trucs pour initier votre enfant aux énergies renouvelables,
par Hugues Libotte, Docteur en Sciences appliquées
Les échecs, un jeu… d’enfant, par Laurence Barbier, « Le petit échiquier »
Écriture du slogan publicitaire : casser un décérébral-business rentable,
par Virginie Glaine, enseignante et conseillère pédagogique


Nos conseils livres et films…

 

 

André Stern

André Stern

Et dire qu’il n’est jamais allé à l’école… Depuis qu’il a publié son ouvrage, André Stern ne cesse d’être convié à en parler. Ce n’est pas un titre accusateur, ni un pamphlet, encore moins une méthode. Mais un témoignage. Celui d’un enfant - qui n’a d’ailleurs jamais cessé de l’être – qui a grandi et appris, loin de l’approche institutionnelle. Il nous partage un peu de ce parcours riche et essentiel. Et, à travers cette expérience personnelle, on perçoit une vérité immanente…


Les neurosciences ne sont pas loin. Le cerveau, si malléable, est donc particulièrement réceptif à tout ce qui le passionne. La plasticité cérébrale a lieu toute la vie. Nous sommes capables de nous adapter et d’apprendre, tout au long de notre vie. L’implication des émotions dans les processus d’apprentissage est fondamentale. Tout comme l’approche par le jeu, notamment…


Slow Classes vous livre cette grande et enthousiasmante analyse !

 

André Stern.

Pollinisation... 

 

Robert and Shana Parkeharrison Pollination

 

 Les Nouveaux chemins de la connaissance

Raphaël Enthoven et Adèle Van Reeth LAURE ANDRILLON©RADIO FRANCE

Le rêve américain à l'écran 3/4 : Avatar, quand Hollywood rencontre Rousseau


Aujourd'hui, Adèle Van Reeth reçoit Raphaël Enthoven pour évoquer le blockbuster américain Avatar, et voir en quoi Hollywood rencontre Rousseau dans ce film.



 

L'art nous rend-il meilleurs ?

Entretien téléphonique donné à Philosophie Magazine, numéro de juin 2013
Frédéric SCHIFFTER

 

 

L’art nous aide-t-il à vivre ?
Voilà un domaine qui ne connaît pas la crise. L’art, en effet, a aujourd’hui tout d’une valeur refuge : il attire les spectateurs en foules denses lors des grandes expositions et suscite une spectaculaire explosion des pratiques amateurs. Symptôme de fuite face à une trop pesante réalité ? Ce n’est sans doute pas aussi simple. Car à suivre l’ascension de l’attention esthétique depuis deux siècles – une histoire qui commence avec Kant et les romantiques –, l’art tend à s’imposer pour les Modernes comme un relais de l’idée effondrée du religieux. En témoigne le rapport initiatique dont nous font part les artistes – célèbres ou anonymes – interviewés ici. Et qui considèrent l’art comme un lieu privilégié d’accès à une réalité, de soi ou du monde, augmentée. Relevant moins, donc, d’une pression sociale que d’un désir d’allégement de la vie en société.

 

 

L’art rend-t-il moralement meilleur ?

 

- Barney Stinson et Dexter Morgan (Frédéric Schiffter - Sandra Laugier)

Axel Evigiran

 

 

Raphaël Enthoven &  Darius Rochebin

 

Pardonnez-moi

Cliquez sur le lien pour accéder à la vidéo.

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 17:26
Igor Morski - Book

Igor Morski - Book

Igor Morski - Book - Site.

Pierre Macherey – Gérard Engrand - Citephilo.
 
On respire avec gourmandise le monde d’un Proust, d’un Hugo, d’un Flaubert. Rapidement, les lignes d’apparence calme, enflent, grondent, infiltrent nos pensées avec obstination. L’air s’entête ; c’est un tourbillon de culture qui grouille – là - sous nos yeux. 
Comment ce phrasé « susceptible d’une compréhension immédiate »2* arrive-t-il à nous renverser ?  Comment parvient-il à nous souffler ?

Pierre Macherey a bien une idée.

Le professeur émérite à l’Université de Lille 3 n’a jamais pu se contraindre à délaisser la philosophie au profit de la littérature - et vice versa. Lors de sa conférence au Goethe Institut 1*, le maître ondoyant d’une vivacité délicate nous fait part de cette anecdote délicieuse : 
« Hegel a assisté à sa première mise au programme de l’agrégation. Ses collègues lui disaient : toi tu prendras ‘La Politique’, moi, ‘Spinoza’… Hegel dit : la philosophie n’est pas faite pour être enseignée. » « Il y perdrait sa liberté de penser. » conclut le professeur.
A l’époque, le couloir des disciplines était étanche : la philosophie s’alignait aux côtés des lettres sans croisement possible. 

Cette « séparation des matières : c’est incompréhensible », fustige Pierre Macherey. Effectivement, la raison se révolte contre tout cloisonnement d’un Montaigne, d’un Pascal, d’un Voltaire dans l’une ou l’autre de ces cellules cérébrales. Le penseur se dresse contre les idées escarpées : « J’ai passé ma carrière  - vue en tant que parcours, précise-t-il -  à être incommodé par cette distinction. C’est pénible et dérangeant. J’essaye de colmater la brèche. » Au reste, « il y a des cas où » les frontières dressées « ne fonctionnent pas. » 
Par exemple, de la 6ème à la terminale, ces auteurs ne changent-ils point de statut ? « Une fois mis au rang de la philosophie. Une fois mis au rang des lettres. » Ces orfèvres en bijoux précieux passent au rang des laissés pour compte, des SDF - Sans Discipline Fixe. Condition désœuvrée de textes allongés sur le pavé de l’indifférence, à côté desquels on passe sans s’arrêter, et dont l’insaisissable présence implique une situation hugolienne : précaire, indéterminée, injuste et misérable. 

 

Georgia Russell - Entre deux mondes

Georgia Russell - Entre deux mondes

Georgia Russell - Entre deux mondes

 

Le littérasophe Macherey rythme ses mots à la vitesse de ses lumières. Certains pensent qu’«il y a de la philosophie dans la littérature comme le lièvre dans le pâté. C’est faux. […] Il ne s’agit pas de philosopher sur la littérature mais au moyen de la littérature. A partir de ce qu’elle donne à penser. » A partir de son intensité philosophante.  

Pierre Macherey entre en philosophie littéraire. Voyage en pure littérature, au cœur des raisonnances multiples. Penché sur ses études, l’explorateur en vibrations déambule tel Jules Verne dans l’intimité de son bureau, au centre de lignes étroites, ouvertes sur l’infini. Le marcheur infatigable entame des balades orientales en usage singulier, chasse les idées générales, redoute leur appétit carnassier 3*, se perd dans les dédalles surprenants des temps et des verbes d’un Proust, des pronoms personnels d’un Flaubert. 
«  Je me suis demandé à quoi il faut penser – explicite-t-il - : c’est un travail d’explication de texte. Décortiquer un texte mot à mot, voir comment il fonctionne. » Au contraire des anglais/ américains regardant un texte de loin, en extrayant une phrase, le chercheur étudie les strates du mot. 
La richesse atomique de la matière littéraire. 

 

Pierre Macherey – Proust, entre littérature et philosophie  - Citéphilo 20/11/2013  - médiateur : Gérard Engrand – Goethe Institut de Lille. Merci de son accord gracieux.

Pierre Macherey – Proust, entre littérature et philosophie - Citéphilo 20/11/2013 - médiateur : Gérard Engrand – Goethe Institut de Lille. Merci de son accord gracieux.

Voyage au bout de la nuit n’est ni un miroir contemplatif ni répétitif - une imitation vulgaire - de la vie, c’est un Monde, et plus exactement sa Fosse commune ;
« Céline s’est enlisé » pour l’écrire. Dans un jeu d’ombre foutrement sombre, « il invente une nouvelle façon de façonner et d’enchaîner les phrases. » Saisit l’indicible barbarie de la parole orale transcrite en écriture. Alors l’image se teinte de noirceur, de cruauté, de misérable lucidité. Alors la voûte nocturne s’encre d’une accumulation d’ordure. Alors, le feu sans étoiles incarne une monstruosité vertigineuse où l’âme du lecteur frappée de vertige, paniquée vient à chuter, tomber, s’enfoncer, buter. 

            S’écrase encore - dans ce gouffre de souffre et d’horreur…
 
Les pages provoquent une « étrangeté intérieure », confie le philosophe. Un paradis pour l’explorateur - un enfer pour certains hommes plombés, bouleversés, secoués, déboussolés, laissés dans un état lamentable sur la grève. 


Un écart monde, une transgression aux reflets crépitants, frappants. L’anomalie scintille, chauffe, file, gronde, brûle, carbonise l’entendement. L’errant reniflera avec bonheur l’odeur de la cendre et la suie : strates roussies et grises sur lesquelles poussent les lichens et la mousse.


« Je est un autre. » d’Arthur Rimbaud.
                                                            Trésor national.


« Je préfèrerais ne pas… » de Bartleby.
                                                            Trésor non monnayable.




Le chasseur émérite est un  débuscoeur d’étrangetés.

 

Daniel Essignet - les clous

Daniel Essignet - les clous

Extraits choisis :

1 * Conférence Citéphilo 20/11/2013  - 17h00 à 19h00 donnée au Goethe Institut de Lille. Pierre Macherey – et Gérard Engrand, médiateur.
 Proust – Entre littérature et philosophie
Je me suis confronté à des textes et me suis demandé à quoi il faut penser : c’est un travail d’explication de texte. : Décortiquer un texte mot à mot, voir comment il fonctionne.
Les anglais/ américains regardent un texte de loin, en extraient une phrase.
Mon livre « théorie marxiste de littérature » était venu en son temps. J’étais éberlué par les comptes-rendus des journaux et naturellement bien content.


« A quoi pense la littérature »… Je n’ai eu aucun succès.
J’ai changé le titre « Philosopher avec la littérature »
Penser : personne ne sait ce que ça veut dire. 
Littérature (lieu de pensée philosophique)
forme stylistique. Il faut repérer les anomalies. C’est ce qui est intéressant, fait sens
Valéry (poïétique) un style, c’est une manière de déstructurer la langage. 
Herméneutique : Qu’est-ce qui est caché en dessous ?
Proust : que faire de l’intelligence stylistique ? Existe-t-elle ?
La littérature « oblige » à philosopher.


2 * « Note de bas de page : C’est ainsi qu’on peut lire dans « Drôles de goûts », article publié dans le n°11 de Volontés en novembre 1938 : « Toute œuvre demande à être brisée pour être sentie et comprise, toute œuvre présente une résistance au lecteur, toute œuvre est une chose difficile ; non que la difficulté soit un signe de supériorité, ni une nécessité ; mais il doit y avoir effort du moins vers le plus » (VG, p 140) 
NBP (4) Ainsi cette indication qu’on trouve dans « Drôles de goûts » (art. cit.) : « L’œuvre doit être susceptible d’une compréhension immédiate, telle que le poète ne soit pas séparé de son public possible (tout homme parlant la même langue), abstrait du monde culturel où il vit. Et cette compréhension immédiate peut être suivie d’appréhension de plus en plus approfondies. » (VG, p 140.) Ceci signifie que la lecture d’un texte littéraire se déploie successivement à plusieurs niveaux. [VG = Le Voyage en Grèce, Raymond Queneau, Gallimard, 1973.] » Pierre Macherey – Philosopher avec la littérature P 116 :
 Pierre Macherey – Philosopher avec la littérature – Exercices de philosophie littéraire – Essais Hermann


3* « Je n’aime pas les idées générales, je les redoute. » Conférence Citéphilo 20/11/2013  - 17h00 à 19h00 : Proust – Entre littérature et philosophie

 

La philosophie au sens large
Groupe d'études animé par Pierre Macherey


La philosophie au sens large 
 

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Gai savoir de Raphaël Enthoven et Paola Rayman.
Moby Dick - Melville (Rediffusion du 07.04.2013) à écouter d'urgence !
 

Les Nouveaux Chemins de la connaissance avec Adèle Van Reeth
Peut-on échapper au travail ? (2/4) : L’effet Bartleby
 


Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth. 

Actualité philosophique : Pierre Macherey.

 

Une figure éclairée de l’impérative examen de l’écrit.  L’irruption du texte touchant nos conscience du doigt.  Pour cette joie confuse du pur plaisir d'écouter, cette rencontre personnelle avec l’étoile de la  lecture, cette présence  - dix fois plus saisissantes, cent fois plus épaisses que les terres continentales... 

 

Proust – Entre littérature et philosophie - Citéphilo 20/11/2013 - Pierre Macherey – Gérard Engrand – Goethe Institut de Lille. Merci de son accord Gracieux.

Proust – Entre littérature et philosophie - Citéphilo 20/11/2013 - Pierre Macherey – Gérard Engrand – Goethe Institut de Lille. Merci de son accord Gracieux.

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:04
Fenêtre du château de Montaigne.

Fenêtre du château de Montaigne.

« Quand je danse, je danse : quand je dors, je dors. Voire, et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps : quelque autre partie, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude, et à moi. » (1726)


Les essais bruissent des doutes, contradictions, avancées, reculades, allongeailles de son auteur : Sieur Michel de Montaigne. 


J’entends - le craquement des feuilles noircies.
Une force émane de ce livre ordonné. 

Montaigne : La pensée à portée d’œil.

Sont-ce les centaines de segments, les pans entiers de vie, les intrusions variées d’anecdotes, les citations qui murmurent si près de mon oreille ? Les gravillons sur lesquels marche l’écrivain font des allées familières.
« J’aime que les mots aillent où va la pensée. » écrit Montaigne.
 
Montaigne débute de nulle part, sinon du lieu de sa naissance, l’œuvre plane de l’histoire du périgourdin, maire Bordeaux , seigneur de Montaigne, un être non pas pédant mais vivant. Non pas homme – encore moins avide de pouvoirs, de médailles, de gloire vaine - mais mortel. 

Spécialiste en rien sinon en pensées.
Plein du désir solide de cheminer. 

 

Page raturée des essais.

Page raturée des essais.

« Et quand personne ne me lira ».
Cette sentence pourrait assurément augurer de l’avenir. 
Le public – nous, c’est-à-dire un dérivé du peuple – n’estime point les jugements de soi sévères. Nous ne sommes points prompts à respecter l’humilité. 
Qu’un esprit plein juge ses qualités propres avec froideur, dureté, rectitude, ne se laisse rien pa
sser et voici que son manque d’arrogance nous agace, nous aveugle.
Aux bourreaux de soi aux lames tranchantes, nous préférons les lectures légères.
Nos regards changent de point du vue. Nous ne voyons plus en lui que sa mémoire erratique. Ses doutes. Ses réflexions buissonnantes. Son manque d’affirmations. 
Son refus de faire système, de créer des concepts en font un philosophe trop ordinaire. Sa simplicité, ses allongeailles, ses pillotages, son scepticisme en font un écrivain faussement simple, atypique. L’homme, finalement, n’est pas si net, ni si passionnant. L’intérêt se détourne.  

Montaigne – pourtant – est un empoisonneur.
Son texte est un discours à livre ouvert. L’oral cultivé de pensées. 
L’équilibre de ses réflexions, limpides, font d’intenses paysage. Et c’est vrai, que tout de suite, l’esprit traverse l’univers vif, réel, cocasse, sincère de
ce gentilhomme - mieux : honnête homme. Ses introspections organiques, ses doutes font nos préoccupations : plus vibrants, étonnants, modernes que n’importe lequel de notre ordinaire. 

L’œil éveillé. La respiration de Montaigne est un « miroir cognitif » puissant déclencheur de pensées. 
Les branches vives de ses objections, dénonciations des clichés, se contorsionnent violemment pour atteindre la lumière de notre conscient. J'observe que...  nous  tendons l’oreille pour entendre… le souffle dense de son esprit parle tel un discours égocentrique à livre ouvert 1*.  


On ne peut pas oublier ça, ce frôlement des idées. Immédiatement, le cheminement saute à l’esprit.

 

                           Montaigne, c’est de la pensée à portée de vue.
 

 

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Les Nouveaux chemins de la connaissance –
Montaigne philosophe 1/5 : Montaigne philosophe

 

Arte vidéo - Emission à voir en entier sur le site !

INVITÉ : JEAN-YVES POUILLOUX


Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...). 

 



Les nuances de la pensée de Montaigne : Le gai savoir
- France Culture -


 

Sciences humaines - Pensées et langage. 

 

Persée - Pensées et langage

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1* - p 26-27 : Pour Vygotski, il n’est pas vrai que le langage égocentrique atteste le caractère initialement asocial de l’enfant et dépérisse à mesure que l’enfant se socialise. Il montre au contraire, sur une base expérimentale, que le langage égocentrique du jeune enfant est d’emblée social et que, loin de dépérir, il se transforme par la suite en langage intérieur, jouant un rôle de médiateur dans la formation de la pensée verbale au cours de l’activité pratique de l’enfant.


Lev Vygotski – Pensée et langage – La dispute. Paris 1997 ; Isbn : 2-84303-004-8

 

INVITÉ : JEAN-YVES POUILLOUX Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...).

Le château de Montaigne et sa tour.

Le château de Montaigne et sa tour.

La tour de Montaigne.

La tour de Montaigne.

Michel de Montaigne

Michel de Montaigne

« La philosophie ne me semble jamais avoir si beau jeu que quand elle combat nostre presomption et vanité, quand elle reconnoit de bonne foy son irresolution, sa foiblesse et son ignorance. Il me semble que la mere nourrisse des plus fauces opinions et publiques et particulieres, c’est la trop bonne opinion que l’homme a de soy. »

Essais, II, XVII, cité en exergue au chapitre "Socrate" de Montaigne, une vérité singulière", p. 217.

Montaigne - Jean-Yves Pouilloux est l’invité de "Philosophie"

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 21:23

 

gary0.jpg«  Ces stoïciens de boudoir boivent dans leur masque leur sang qui coule, 

et restent masqués.  » 

Barbey d’Aurevilly P 92.

Du dandysme et de George Brumell. 

 

 

Quel homme se cache derrière Romain Gary, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi ou Emile Ajar ? 

Que  masque cette écriture à la fois classique, sérieuse dans les Racines du ciel en même temps que teintée d’humour et de sensibilité dans Gros câlin

 

Romain - Gary en russe, c’est celui qui se consume.

Brûle d’écrire, le soir, la nuit, au petit matin surtout – à l’heure où le ciel plein de pénombre encore se désagrège et coule doucement vers les  bleus du jour.

 

Romain Gary est un immigré. Juif. Sur sa vie plane l’ombre de la guerre. Contraint de quitter sa Lituanie natale, il effectuera de brillantes études à Nice où il subira les ricanements veules de collégiens, ces êtres ordinaires  qui se sentent à leur place. « Un homme qui est bien dans sa peau – nous révèle Pierre Audi, se faisant porte voix de Romain Gary -  est soit un inconscient soit un salop. » 1*

Il est difficile d’être soi-même, de rentrer dans sa propre peau. On peut être fissuré de ce que l’on est – et - touché parce que l’on n’est pas. Marionnette impuissante et honteuse.

 

Nous sommes des additionnés, des êtres de plusieurs visages, explicite Paul Audi en porte pensée de l’écrivain. 1*

 

Aviateur accompli. Compagnon de la libération. Consul général de France. Fils irréprochable, écrasé par la perfection qu’on attend de lui. Assuré de la peine capitale du devoir être à la hauteur. 

 

  Bien plus tard, il tombera inanimé dans le ghetto de Varsovie  « Foudroyé par les absents. », confiera-t-il aux journalistes. 2*

 

Plume contre plaie. Pointes contre glaive. L’écrivain se dresse contre l’absurdité d’un monde qu’il n’a pas choisi - sculpte le présent en sons et couleurs.  

Par la fiction – fut-elle celle de sa vie - lui, le dépossédé, contraint d’abandonner ses racines, le seul au monde entend se débarrasser du réel – et ce - une bonne ligne pour toutes. 

Après la Russie, la France, les Etats-Unis d’Amérique, un quatrième monde l’habite et le hante, Gary exerce son énième langue maternelle : le Daîmon de la littérature. L’impérative sensation des lettres. La joie confuse du pur plaisir d'exister - dix fois plus rafraîchissante, cent fois plus épaisse que les cinq autres continents. 

L’irruption du roman est insaisissable et brûlant.

Succès rapide. Fulgurant. Foudroyant. L’auteur obtient le prix Goncourt en 1956.  La consécration à 42 ans. 

L’enfermement, aussi. 

La cage de l’écriture sûre, solide, exigeante, lettrée, se referme sur lui. Etiquette : lettres classiques.

Même de ce continent – là, frôlant – trébuchant, les critiques, lecteurs, éditeurs veulent le spolier.

 

Romain Gary est-il heureux ?

« Je me lie très facilement. » rappelle Paul Audi, en le citant. 

  Il établit certes des rapports aimables avec autrui développe le philosophe mais le romancier se confie : « Je suis absolument sans amis. » 1*

 

Retour à la base, à l’inconnu. Repartir à zéro. 

Etre du côté du Rien.

« Mon vieux, demande Romain Gary à son petit cousin germain, Paul Pavlovitch, j’ai besoin de toi, peux-tu être Emile Ajar ? Donner quelques interviews, jouer à l’écrivain ? » 2* 12 min « Paul Pavlovitch se prend au jeu »

 « Je savais que Romain était bourré d’idées impossibles. Et que probablement on allait les réaliser. »2*

« Il m’avait dit : t’as pas besoin d’en rajouter. Les gens compléteront.  Tu n’as rien à faire. Et là il avait entièrement raison, y’ avait rien à faire. Les gens voyaient ce qu’ils croyaient, Vous n’aviez pas à jouer. D’abord les types considéraient que j’avais du talent, donc ils apercevaient mon talent même si j’étais réellement quelconque. Ca, c’était un fier coup de main.» 2* 

 

Changer de peau, un idéal, muer tel un serpent « Je change davantage de costume que de peau. » 

Peut-on se (re)trouver en bâtissant des milliers de personnages fictifs ? Peut-on dévorer le monde à travers le ventre de ses personnages ? La littérature peut-elle être le creuset de son histoire. 

 

« Nous sommes faits de la peau des autres. » reprend Paul Audi 1*

Entre désespoir du miroir de soi-même et espoir boulimique d’être autrui, Romain Gary tente adroitement de lisser du temps en volant des morceaux de vie – simplement pour lisser le fripé, s’adoucir, se rajeunir. 

S’accepter à perte de peau, jusqu’à sa disparition en autre. 

 

L’imposture fonctionne . Emile Ajar, alias Romain Gary obtient le prix Goncourt en 1975 pour La vie devant soi.  

Peut-on se réinventer ? 

Renaître à une vie potentiellement supérieure ? 

La danse de Gengis Cohn, ce livre racontant le fantôme d’un juif venant hanter un soldat allemand est certes d’un Humour explosif mais reste le tourbillon d’écorchés ouverts à vif par excès de sensible.

 

Le Dibbouk,  l’attachement, l’ esprit malin, le démon est un dys-book, le dysfonctionnement du fantôme des mots venant hanter les vivants. « Romain Gary s’éprouve comme déjà disparu. » 1*

 

Sa réalité est en morceau. C’est « Un sourire sans défense. » 2* 

 

            Cette fois, n ’est-ce pas dans sa propre chair qu’il plante la plume ? 

 

                                                                                                                        En profondeur ?

 

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      Citephilo.

 

 paul-audi---Adele-van-reeth.jpg

1* - La fin de l’impossible – Deux ou trois choses que je sais de Gary.

Citéphilo du 9/11/2013 – Adèle Van Reeth, Paul Audi.

 

2* Vidéo .

3min 29

4min 29 (photo romain)

12 min

14 min (j’étais mal - ) 

18 (Simone Babil – l’homme coïncide avec son texte)

22 « moi, créateur de personnage »

23 « Une percée dans l’absolu » 

25 «  Avec l’amour maternelle, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela à chaque fois vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. »

 

      (Petit montage vidéo à venir)

 

 

      Les nouveaux chemins de la connaissance. Bonne écoute à tous !

 

Paul audi - Adèle La fin de l’impossible – Deux ou tro

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      Paul Audi - France Culture

La fin de l’impossible – Deux ou trois choses que je sais de Gary.

Citéphilo du 9/11/2013 – Adèle Van Reeth, Paul Audi.

 

Philépol - site philosophique, d'épistémologie et de politique, dirigé par Yves-Chearles Zarka.

 

Romain Gary par Paul Audi - Je suis toujours été un autre.

L'affaire homme - Gallimard.

 

Philosophie Magazine - Citephilo.


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Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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