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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 08:29

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Igor Morski

Nous planchons durant des heures sur un texte. Enfin, nous nous dressons, heureux, moment délicieux, plein d’orgueil – vaniteux - d’avoir accouché d’un animal si fort, d’une  incontestable nouveauté. 

Au creux du berceau de papier, remue une sauvage création, une figure exigeante - disons-le - géniale. 

Pourtant, à mieux observer… le vigoureux chérubin nous affecte d’un vague souvenir, une impulsion nous arrête. La créature originale, personnelle, palpite, se détache, se soulève, puis vertigineusement – sans rime ni raison -  se met en branle et s’élance à pleine vitesse pour fondre sur nous avant que de nous choquer en pleine face. 

 

Nous nous effondrons sous le poids de la tromperie

C’est monstrueux. Le je, notre je, notre idée native (on est possessif en ce cas) le fruit de notre cervelle et de nos entrailles, celui-là même… est un clone vagissant, un produit pensé depuis longtemps.

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L’influence des contes de fée sur les jeunes filles est semblable à l’analyse posée depuis belle lurette par Simone de Beauvoir dans le deuxième sexe. 

Horreur. 

             Enfer et damnation. 

Et si notre brillante imagination était marquée du cuivre d’autrui ? Le ‘Je est un autre’ d’Arthur Rimbaud ne serait-il pas à prendre au pied de la lettre ?… Souffle divin d’une jeunesse inspirée des traductions latines dans lesquelles Arthur excellait ? 1* Le Rimbaud céleste – illuminé - de dix-sept ans, sorte de génération spontanée du talent ne jouirait-il pas d’une parenté ? Et si la grâce divine disparaissait sous le dépôt séminal d’autres compositions ? Son Auguste figure brillerait-elle avec autant d’éclat ? 

 

Il est temps de s’éloigner du glorieux couffin. 

             Raphaël Enthoven dans un article de Philomag consacré à l’imagination reprend les paroles de  Louis Aragon : « On croit qu’on a de l’imagination, Guy me dit toujours : « Toi, avec l’imagination que tu as… » Mes professeurs de français aussi, c’est l’imagination qu’ils louent dans mes copies. Je ne sais pas pourquoi, je n’invente jamais rien. » 2* 

Le  ‘Sapere Aude’ de Montaigne est un emprunt de Gassendi, repris lui-même d’Horace.

Les Caractères de La Bruyère sont salés à la fleur de Théophraste.

Molière soupire des  murmures de Plaute et Térence.

La Fontaine mâchouille Esope, Montaigne, Phèdre avant que d’en cracher l’eau vive en fine bruine sonore et aérienne. Le fabuliste - révèle Pierre Lepape - dans un excellent ouvrage consacré à la littérature - a étudié les classiques, s’asperge avec délice de cette culture humaine appelée en son temps les ‘Humanités’. Le conteur « a pris ses leçons partout, sans exclusive; chez les Anciens, bien sûr, qu'il connaît comme sa poche, mais aussi chez les romanciers médiévaux, chez Marot, chez Ronsard, chez Montaigne. […] La Fontaine « traduit », La Fontaine « imite ». Il se cache derrière ses modèles, Aristote, Boccace, Martial d'Auvergne, Bonaventure des Périers, Marguerite de Navarre. Plus tard, Esope, Horace, Phèdre. Il met en vers, dans la plus parfaite innocence, des histoires inventées par d'autres. Il est l'humble artisan d'une mise en rimes françaises de genres anciens et mineurs, le conte, la fable. » 3 * 

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Mais ceci n’est qu’un aperçu…  Allons, encore un pas de côté.

Bernard Crick dans sa biographie consacrée à George Orwell 4* relate comment le géant de la littérature échafaudait ses œuvres : en sondant la matière précieuse de ce qu’il voyait, vivait – linteau classique : en pilleur de son histoire - mais également, et c’est plus embêtant, en élevant des pannes faîtières parallèles aux charpentes raffinées élaborées par d’imposants architectes. Toute progéniture imaginative – petite masse part de quelque chose ; pour Denis Diderot, c’est la mémoire des formes, des couleurs, le souvenir d’une scène, d’un événement, d’un spectacle .  

 Combien de déserts arides avant que de passer la frontière du style. Et ce n’est sans doute pas un hasard si les oasis tampon abreuvent si spectaculairement les écrivains en début de carrière. A propos de 'La fille du clergyman', par exemple, Crick écrit, à regret : « La scène de nuit, écrite comme un dialogue entre vagabonds de Trafalgar Square, est, en elle-même consternante et semble, de plus, un plagiat direct de l’Ulysse de Joyce (méritant pour le coup les insultes d’O’Casey), ce qui est un peu gênant. » 5 *  Très honnêtement, il confie ensuite – ce qui ajoute à la valeur de la biographie – qu’Orwell écrivit une épopée en vers sur l’Histoire anglaise du temps de Chaucer, façon très Chaucérienne, poursuit page 324 : «Et vive l’aspidista ! fut le dernier de ses livres consciemment « littéraires », dans lequel on pouvait facilement repérer des passages de Joyce, Gissing, Laurence et Wells. » 

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L’enfant divin tout à-coup se fait mortel - masse hybride issue d’une fécondation in libro, le nourrisson a pour génétique des années de lectures, de réflexions, d'expériences diverses… Bon Dieu, on ne sait plus trop qui est le père ni à quel saint se vouer. Le prodige devant attirer tous les regards change de visage. L’admiration s’effrite. De façon évidente, la lumineuse apparition se décolore, le sourire joufflu n’est plus si frais mais bel et bien niais, les épaules ont un je-ne-sais-quoi de mou, le sourire suspect, le crâne chauve est cadavérique – bref, l’aspect tient tout entier d’une décomposition humaine. Peut-on encore aimer ce fils trempé de recompositions, de recordages, des rayons terrestres ?  L’originalité gicle sous l’encombrante humanité.

 

Nurseries d’un drame - Accoucher des autres, c’est voir le nouveau-né sous l’œil de sa condition bâtarde. Comme cette confidence murmurée par Raphaël Enthoven d’un « Paul Eluard qui, tombant un jour sur un cageot d’oranges pourries, écri[vi]t : « La terre est bleue comme une orange. » 6* 

Le « Un seul être me manque et tout est dépeuplé. » de Nicolas Germain Léonard à jamais inconnu (sauf de Lamartine) – devient par un tour de passe-passe incroyable le fameux  « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. ». Secret niché au sein d’un poète atteint peut-être de cryptomnésie, c’est-à-dire d’une lecture filant en soi jusqu’à ce que l’onde moelleuse  reprenne sa cascade en coulant de soi, plus probablement victime d’une crise de plagiat aiguë. Dissimulation honnête du philosophe, du mathématicien, du scientifique, de l’écrivain ne désirant point lâcher ses sources. Conception innée du Talent oblige.

 

Voici donc la biologie de l’idole – celle appelée non sans complaisance œuvre géniale : un « point imperceptible – à la Diderot - formé de molécules plus petites, éparses dans le sang, la lymphe de votre père ou de votre mère ; ce point devint un fil délié, puis un faisceau de fils. » une tête d’épingle punaisée sur les trouvailles d'autrui. 

 

Qui a le culot de briser le miracle ‘made in Céleste’ répondant au cahier des charges du sacré – pureté originelle, perfection garantie. Qui ose dévoiler la chair et les os d’une procréation sexuée des idées, d’une filiation prenant trop d’ascendance ? Qui pour proclamer cette vérité dérangeante ? 

 

Plotin d’abord. « Nos théories – selon lui - n’ont donc rien de neuf ; elles ont été énoncées il y a longtemps... » nous rapporte Lucien Jerphagnon dans une excellente Histoire de la pensée 7* … Mais qui de nos jours lit Plotin ou le remarquable Lucien Jerphagnon ?

Montaigne ensuite - emboivant l’humeur des anciens telles « Les abeilles pilotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur ; ce n’est plus thym ni  marjolaine : ainsi, les pièces empruntées d’autrui ; il les transformera et, confondra, pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugement. Son institution, son travail et étude ne vise qu’à le former. » 

 

Frédéric Schiffter ensuite, provocateur de réel - Montainien devant l’éternel.

 « … on ne lit d’abord en soi que celle de ses aînés et, évidemment, celle de ses maîtres. Pas de pensée propre qui ne soit une appropriation, voire une expropriation ; pas de pensée nouvelle qui ne soit une reprise. 

C’est le style ou le ton qui fera, peut-être, l’originalité de ce que l’on écrit et qui, comme cela est souhaitable, fera l’agrément du lecteur. » 8* p 16.

 

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L'inspiration - Marianne Massin et Raphaël Enthoven.

 

 

«Puisque rien n’est jamais présent à l’esprit que des perceptions. Puisque toutes les idées produites proviennent de  quelque chose qui a été précédemment présent à l’esprit, il s’ensuit qu’il nous est impossible ne serait que de concevoir ou de former une idée d’une chose spécifiquement différente des idées ou des impressions. Fixons notre attention hors de nous même autant que possible, hasardons notre imagination dans les cieux  ou jusqu’aux limites ultimes de l’univers. En réalité, nous n’avançons pas d’un degré au delà de nous-même et ne pouvons concevoir aucune sorte d’existence hormis les perceptions qui sont apparues dans ces étroites limites. C’est l’univers de l’imagination et nous avons d’autres idées que celles qui y sont produites. »  Hume, texte lu par Raphaël Enthoven lors d’une émission réalisée avec  Frédéric Brahami, professeur à l'Université de Franche-Comté – Besançon sur Hume. L'imagination 3/4 : Hume, l'imagination entre fiction et raison Les chemins de la connaissance, France Culture, du 12-5-2010 

 

 

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1* - « C’est faux de dire : je pense : on devrait dire on me pense. – Pardon du jeu de mots – Je est un autre. » Arthur Rimbaud.

« Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. » 

 

2* Raphaël Enthoven, « L’imagination », article publié dans la revue Philosophie magazine, d’avril 2010, n° 38, p 22.

 

3* - Pierre Lepape Le pays de la littérature, p 209 et 212. L'express

4 * - Bernard Crick, George Orwell, grandes biographies, Flammarion, Lonrai, 2008, p 218« Dans les chapitres autobiographiques du Quai de Wigan, il écrira : « La plupart des épisodes de ce livre ont réellement eu lieu, même si j’en ai parfois modifié l’ordonnancement. » […] « Je n’ai rien inventé. Il n’y a dans cette histoire aucune scène, aucun incident dont je n’ai été moi-même le témoin direct ou pour lesquels je ne dispose de preuves concluantes. » […] Et dans son introduction à la Vache enragée, Orwell écrivait : « Quand à la véracité de mon récit, je crois pouvoir affirmer que je n’ai rien exagéré, sinon dans la mesure où tout écrivain exagère, c’est-à-dire en choisissant. Je ne me suis pas cru obligé de relater les faits dans l’ordre même où ils se sont passés, mais tous ceux que j’ai rapportés sont réellement arrivés à un moment ou à un autre. .

 

5* - Ibid p 302

 

6* - Raphaël Enthoven, « L’imagination », article publié dans la revue Philosophie magazine, d’avril 2010, n° 38, p 22

 

7* - Histoire de la pensée, Lucien Jerphagnon, p 228, « Nos théories n'ont donc rien de neuf ; elles ont été énoncées il y a longtemps... ». Plotin. Ennéades, V, 1,8.

 

8* Frédéric Schiffter – Sur le blabla et le chichi des philosophes – PUF – France – Paris mars 2002 – ISBN : 978-2-13-059238-9

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France culture - Marianne Massin - La pensée vive.

 

Le frère Dominicain Pascal David - La pensée vive.

 

Frédéric Brahami - La vie des idées.

 

Pierre Lepape - le pays de la littérature - la faute à Diderot.

Raphaël Enthoven - Cynthia Fleury - L'imagination

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 16:48

« Je crois, plus profondément, que le livre vous débarbouille 

Vittorio-Matteo-Corcos---Pomeriggio-in-terrazza.jpgdu sentiment que les destins sont formatés.

 Il vous guérit, s'il en est besoin, des déterminismes. 

Le livre, c'est la surprise, c'est l'imprévu. 

La cause des livres, c'est la liberté des êtres. 

De sorte que l'on voit bien qui sont ses adversaires : 

ce sont ceux qui ont peur des livres, au point, 

éventuellement, de les brûler. 

Parce que dans un livre - c'est la grande question posée 

sous la Révolution française –

 gît toujours la menace d'un contre-enseignement. 

Georgia-Russell-entre-deux-mondes.jpgOn a beau imaginer la pédagogie la plus adaptée, la plus formatée, 

la plus dirigée vers le bonheur collectif, 

il peut toujours se faire qu'en lisant un livre on soit contre-éduqué. 

Il y a toujours eu dans les esprits ou les sociétés totalitaires 

une méfiance vis-à-vis du livre. 

Ce n'est pas tenir un propos exagérément exalté 

que de dire que la cause des livres est celle de la liberté. 

Voilà, c'est ce que ce titre veut dire. » 

Mona Ozouf. La cause des livres.

 

 

Les ouvrages ont été récoltés aux quatre coins de la ville. Aucun spécimen fut-il détérioré, terriblement arraché, situé en zone de déchèterie n’a pu échapper à la ciselure incessantes de Georgia Russell.

 

La main brasse les pages sans effort. Sans bruit, le scalpel rapide, précis, s’élance et célèbre « la forme sculpturale du livre ». 

 

Autour de l’artiste fleurissent des récits mythiques, gorgones spiralées, fougères hybrides, laminaires, algues à rameaux feuillus. La nymphe calcule les panaches prospères, équilibre les nervures lunaires. 

Tout ce qu’il y a de personne bien née se presse afin d’admirer les variétés rares, insolites de sa pendulaire collection. A sa droite, dans une salle dimensionnée comme une serre, trône sa création la plus originale : un rideau de polypiers, gorgone à branches arborescentes, tenture filamenteuse plongeant jusqu’au sol.

Le regard s’attarde sur les gigantesques hampes, les systèmes en éventail dont le miroitement vaporeux semble produire sa propre lumière. 

 

La jeune femme participe au mouvement des pages. Il surgit de cette inspiration ni brusque ni molle, ferme et juste - car calculée à la mesure de sa densité – « La mémoire d’un paysage ». 

 

          Est-il encore besoin de révéler cette lumière ?

 livre-soleil.jpg

          Est-il seulement nécessaires de raviver des écrits malmenés par une humanité en mal de nouveauté, de changement, de frissons, d’attractivité ? Pourquoi - après tout - ne pas les laisser mourir au rythme du contemporien, c’est-à-dire : divertissement  tenant ?  

 

Si le livre vaut par son univers de narration, sa fonction symbolique comme l’indique l’Inspectrice de l’Education Nationale Viviane Bouysse [Vidéo E], ce dernier vaut non moins par l’exigence de pensée offerte par son auteur…  « Plus un livre est riche… » nous dit Marguerite Yourcenar, plus ses détails ont « une valeur d’extrême réalité. » [Vidéo B]

« Il y a une immense attention chez l’écrivain. », poursuit Marguerite Yourcenar. « C’est une qualité excessivement rare. » [Vidéo C].

Cette position de surplomb, ces perceptions travaillées se traduisent par un ordonnancement de mots précis, un vocabulaire choisi, une structure exigeante, une intellectualisation – une représentation - un plan – une intention – c’est-à-dire un processus de fabrication tant élaboré que sophistiqué.

 

Bref, l’écriture est le saisissement de l’infime, du subtil, du réel ou de l’imaginaire passés au crible d’une réflexion tenace et ingénieuse. 

 

Et c’est bien cette construction, cette pensée organisée, mature, complexe – quasi scientifique – assurément experte qu’il s’agit de sortir de l’ombre. 

 

De fait, l’accès à la connaissance ne renvoie-t-elle pas – elle-même - à une faculté, une disposition, un effort à comprendre un système ? 1 *

« Le livre a à voir avec la science. » confirme Etienne Klein [Vidéo D]

 

« Apprendre - écrivent Sylvianne Giampino et Catherine Vidal -  nécessite d’être assidu et méthodique, de procéder par étapes ou répétition, de ne pas lâcher le sujet avant d’avoir fini. » 2* . Cela suppose des contraintes (celle de persévérer dans la lecture d’un texte obscur, de se frotter à l’échec, de dépasser une difficulté passagère, ou encore de surmonter ses craintes de ne pas comprendre d’emblée...).

 

On se construit des interactions, questionnements, réflexions que l’on noue avec le monde et - non moins - de nos observations et lectures.

 

Au fond, suivre une intense élévation, une interprétation, un cheminement intellectuel déjà réalisés, s’accrocher aux variations textuelles transparentes ou obscures, se laisser malmener par les écrits d’autrui ;  

 

          C’est stimuler et faciliter les variations de ses propres réflexions. 

    C’est échapper à l’attraction du plaisir immédiat en faisant preuve d’une indéniable témérité. 

                                     D’une audace. 

 

 

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Georgia Russell – le livre découpé au scalpel – Vidéo A

 

 

 

"La forme sculpturale du livre.

 

Capter la lumière. 

 

La mémoire d’un paysage." 

 

Georgia Russell : Livres sous verre en bocaux

GEORGIA RUSSELL : BOOKS OF MOTION ( LE LIVRE CINETIQUE) de Jean-Paul Gavard-Perret

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Marguerite Yourcenar – Vidéo B

 

"L’attention est le premier devoir de l’écrivain. 

Mobilité du détail chez tout grand écrivain.

 

Nous nous croyons fermement établis dans quelque chose – en vérité nous ne sommes établis dans rien du tout.

Derrière chaque être, il y a toutes les virtualités en lui.

 

Ne pas fixer la pensée.  

L’écrivain doit vivre."

 

Marguerite Yourcenar – Vidéo C

 

 

 

 

      Il faut apprendre à voir ce que les choses sont.

 

Marguerite Yourcenar parle d’ « honnêteté artisanale ».

 

 

Etienne Klein – la science a à voir avec le livre – Vidéo D

. 

Livre Etienne Klein – la science a à voir avec le livre - La crise de la patience – Les rendez-vous du futur

 

« Je crains que la science soit victime d’une crise de la patience. »

      " Ne pas échapper à la linéarité du livre."

Etienne Klein 

 

 

Viviane Bouysse – Vidéo E  La fonction symbolique du livre.

"C’est du faux rassurant."

Conférence de Viviane Bouysse, Inspectrice Générale de l'Education Nationale, du 14/11/12 - Entrer dans l'écrit en maternelle - Auditorium de Douai. 

 

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1 * Edgar Morin, : « […] la connaissance ne se réduit pas à des informations ; la connaissance a besoin de structures pour pouvoir donner du sens aux informations […]  on se rend compte que si nous avons trop d'informations et pas assez de structures mentales, l'excès d'informations nous plonge dans un « nuage d'inconnaissance », ce qui nous arrive fréquemment quand nous écoutons la radio ou lisons nos journaux. » 

science avec conscience, p 92.

 

 

2*  Sylviane Giampino et Catherine Vidal : « Notre société, passée à l’ère du multimédia et du fast-food, favorise les comportements éclatés, les activités superposées et les temps de relation courts.  On fait ; écoute, regarde plusieurs choses à la fois. Les parents eux-mêmes, dans la vie quotidienne, interrompent sans cesse les actions de leurs enfants ou de leurs rêveries. C’est le syndrome du zapping, le rapt de l’attention. Difficile de forger dans un tel environnement la sécurisation en solitaire et le calme intérieur. Les enfants se construisent dans la discontinuité et s’y habituent. Or rapidité et discontinuité stimulent la capacité à comprendre vite, mais créent des difficultés pour certains apprentissages. Apprendre nécessite d’être assidu et méthodique, de procéder par étapes ou répétition, de ne pas lâcher le sujet avant d’avoir fini. Nos enfants sont nourris de nouveautés, doués pour la découverte, curieux, mais dans de mauvaises conditions pour apprendre comme l’école le demande. Cet apprendre- là demande de s’installer dans le temps, de penser tout seul, de supporter la répétition de ce qu’on a déjà vu, entendu et compris, et de faire une chose à la fois. » Sylviane Giampino et Catherine Vidal, « Nos enfants sous haute surveillance, p 132-133

« Nos enfants sous haute surveillance, Albin Michel, 2009, ISBN : 978-2-226-18999-8.

 

3* Yves Citton , « économie de la connaissance » ou « société de l’information » reposent sur un idéal simpliste (et sur une idéologie) de la transparence communicationnelle. Elles induisent en effet l’image d’une société de lecteurs, auxquels il suffisait d’enseigner un socle de « bons codes » et de « bons cadres d’analyse » pour qu’ils puissent assurer sans heurt la reproduction des richesses et des conventions sociales. Contre une telle idéologie de la transparence reproductrice, il convient de défendre l’idéal d’une société d’interprètes, forcément traversée et animée par des conflits interprétatifs. p 46.

« Même si l’on est actuellement incapable de compter précisément en quoi ni pour combien comptent de tels débats interprétatifs, ce sont dans les échanges de paroles et d’idées auxquels donne lieu la culture des Humanités que se forge et se régénère une bonne partie des ressources dont nous disposons collectivement pour interpréter activement et pour transformer intelligemment notre monde. » p 177.

L’avenir des humanités, économie de la connaissance ou culture de l’interprétation ?

La découverte, Paris, 2010, isbn : 978-2-7071-6009-6

 

4* - « La communication verbale avec les adultes est ainsi un moteur, un facteur puissant du développement des concepts enfantins. […] l’enfant commence en fait à utiliser et à manier les concepts avant d’en prendre conscience. Lev Vygotski « Pensée et langage » p 232.

 

 

 

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 07:03

Un texte parlant...

                                         à ceux qui connaissent la valeur des choses.

La vraie valeur des choses est un idéal modeste – peut-être – une herbe qui pousse, un arbre, ‘les jacinthes du Mont Noir, les violettes du Connecticut’*, une Marguerite – un coin de ciel - possession sans coût financier.  La rigueur de cet homme est une force – pas un idéal. Un planteur sans plan, un sage ? peut-être… Peu importe. 

Sa vie est une poussée. Son nom, c’est son corps fourbu, fatigué, son calme, son chant, son coin de soleil. Une harmonie. Loin des avidités, des quêtes sans objet, des attentions aux honneurs, de la recherche maladive de médailles, de la soif de brillance  (L’or pour les anciens, au Mexique, est l’excrément des dieux). Ce conte est une insulte aux politiciens imbéciles prisonniers de leurs chaînes. C'est la liberté d’un homme à part, plein d’un dévouement sombre. Sans ambition, sans avenir. Sans passé.

Celui qui passe – inconnu – sans attente. 

Un monument

                                   La dignité majestueuse d’un hêtre.  

*Marguerite Yourcenar, réponse faite à un journaliste vers soixante-dix ans à propos des images marquantes de sa vie.

 

Que Giono l’ait rencontré, je ne sais. En revanche, je sais qu’ils existent, ces Hommes. J’en ai connu de pareille écorce.  Seulement, personne ne les remarque jamais.  


 

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Pistes pédadogiques ... Jounal des instituteurs

20 questions à choix multiples - Ecole H. Jacquement  24430 Marsac sur Isle -2004

Etude complète pour des CM2 ou SEGPA...

Structure narrative, etc.

Circonscription de Strabourg 5.

ORDP - questions...

 


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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 17:15

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 2666 douleurs muettes.

Parfois, quand des commentateurs manquent de lucidité (englués sans doute dans leurs obsessions) – ce qui fut le cas d’un texte rédigé à propos du maître livre de Roberto Bolaño, 2666  – il faut savoir planter de la plume sur la table. Question de droiture intellectuelle.

 

Quel est l’intérêt d’une critique si ce n’est de toucher l’essentiel, de restituer la saveur d’un texte tout en le revisitant. Ca consiste à le servir sans concession, saisir sans répéter, décrire sans singer. Bref… proposer un point de vue, introduire un regard, un parti pris incisif ; c’est une forme qui agite sans disqualifier, déménage sans briser, ajoute – par les liens historiques, culturels, qu’elle ne manque pas d’établir - sans déshonorer l’esprit de l’auteur. 

 

En gros, une critique réussie embrasse sans s’amouracher, chérit sans aduler, est l’ennemie du mime, du fade et du plat, ne saurait tomber dans la facilité mais surtout, elle ne distord pas l'oeuvre.

 

Que nous dit Bolaño dans 2666 ? 

 

Sous le gravier de son écriture sont enterrées des femmes, de très jeunes femmes, des filles de rien, des ouvrières des maquiladoras, des écolières, des étudiantes. 

 Quelques petites piqûres -Frida Kahlo - 1935

Leurs meurtres coulent comme un fleuve, sans murmure, c’est le flux des oubliées, sans traces,pleines d’entailles, le courant ordinaire des dépouillées de tout jusqu’à leur existence, assassinées par des individus cachés derrière les vitres fumées de leurs 4 X 4 ou de leurs berlines noires ; une machine infernale, bien huilée et organisée -  trop humaine.  

 

Ces âmes broyées, sans nombre, ‘sans nom’ martyrisés sont la matière même du roman. Leurs ombres s’ajoutent les unes aux autres sans qu’aucune ne prenne forme. Privées de toute substance, elles sont néant. Rien de plus facile – dés lors - que de s’en débarrasser, tuer ce qui n’est pas saisissable, nier ce qui n’existe pas. Tout est permis quand la mort est un amas putride, une décomposition, un gaz volatile.   

 

Roberto Bolaño qui a (ce fait est essentiel) beaucoup enquêté sur le nazisme et la seconde guerre mondiale – oriente notre regard vers ces lucioles, expose leur chimie organique à notre flamme.

Un meurtre après l’autre, par touches, par succession de crimes ajoutés – une chaussure précédant une jupe retroussée, une tête décapitée suivant un sein arraché - 2666 dépeint la réalité sadique. La banalité du mâle. 

L’un des héros de cette fresque est un écrivain allemand dénommé Hans Reiter ou plutôt… Benno von Archimboldi. 

Et comment ne pas penser que ces corps amoncelés forment une figure, à la manière de celles crées par le peintre maniériste du XVIème siècle Guisepe Arcimboldo ?

Miroir dérangeant !

Car on éprouve un sourd malaise à contempler le profil de ce "Juriste".  On le pressent  plus qu’on ne le distingue – sous l’esquisse de peau, se devine la  purulence, ce grain indistinct, taché d’ombres, grouillant de vers. 

 arcimboldo-eve-h-copie-1

Le Juriste - 

 

 

Sont-ce des êtres humains ?

 

Dans le roman de Roberto Bolaño ces personnages ont le faciès de ceux qui se conduisent en seigneurs. Le cynisme de ceux qui se sentent au delà de la loi commune. L’Histoire se répète. Bégaye.

Des assassins rompus à l'art de transformer la victime en coupable "Elle l'a bien cherchée, la salope !" d’échapper à la justice – et – ultime obscénité de considérer la vie de ces filles, des plantes à piétiner, puis à arracher.

Dans cette histoire racontée sous forme d’enquête, sans dolorisme, où le lecteur se transforme en enquêteur, l’écrivain philosophe dépasse l’aspect fugitif de la malchance, décrit en nuance l’exercice d’anéantissement, le nauséabond, la jouissance, nous ouvre au monde des tortures ordinaires – mais également à ceux de la peinture, des lettres et de l’écriture – tout en subtilité, exhibe les viscères de l’âme humaine..

 

 

L’horreur avancée. 

                           … comme un Holocauste terrifiant.

 

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Bouju17Vanessa200.jpg  SITE D' ENRIQUE VILA-MATAS


 Excellente Critique d' EMMANUEL BOUJU

 

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« l’impératif catégorique  des camps  n’est  pas simplement  de  réduire des  humains  à l’état d’animaux,  mais  de  les  ramener à  l’état  les  plus  inférieurs de  l’animalité, au  grouillement anonyme de la vermine, dans l’indistinction des individus ; ou à l’état le plus délabré de l’animalité, « des bêtes malades et dolentes ou encore à une nourriture pour la vermine, des nids à poux » Antelme, 1957, p 288. 

Bolaño, transforme un fait divers en  « symptôme » et « avertissement politique » nous dit Alberto  Bejarano, Doctorant en philosophie à l’Université Paris 8 Vincennes – Saint – Denis. 

Or, ajoute-t-il, l’écrivain chilien  Roberto  Bolaño  (1953-2003)  n’a  pas  fait une  simple  « transposition »  d’un fait divers.  Bolaño  construit  dans  son  roman  2666 (2004)  un  récit  apocalyptique  sur  la violence « totalitaire » et la violence « suicidaire* ».

*Le terme violence « suicidaire » est-il pertinent ? 

Le suicide du latin sui, « soi » et cidium, « acte de tuer », c’est l’acte de celui qui se défait comme dit Montaigne

C'est un acte volontaire puissant ou désespéré, on peut y voir une faiblesse, comme Chateaubriand « Les suicides, qui ont dédaigné la noble nature de l'homme, ont rétrogradé vers la plante, ils sont transformés [dans l'Enfer de Dante] en arbres rachitiques qui croissent dans un sable brûlant." [ Le génie du christianisme, ou Les beautés de la religion chrétienne]

ou l'action ultime d'un exercice, celui de sa liberté - lequel ne saurait être dénué de noblesse. L'excellent article de Jérôme Leroy à propos du suicide d'Henry de Montherlant, parle d' "un suicide de Romain, un suicide d’affirmation de soi, c’est le même à vingt siècles d’écart, que celui de Caton d’Utique ne voulant pas survivre à la victoire de César et se tuant avec sa propre épée. Montherlant écrit d’ailleurs : « Lucrèce apporte une conception métaphysique nouvelle dans le monde romain, et la seule qui convienne à un homme de raison. Sénèque, un art de vivre par la sagesse, qui est nouveau également pour les Romains. Pétrone, un art de vivre par le libertinage gracieux, dont la littérature latine n’a pas d’équivalent. Tous trois se suicident. » 

 

Paul Lafargue s'étant suicidé avec sa femme à l'âge de 70 ans a fait l'objet de ces ambivalences critiques envers son geste auguste. 

 

Les brutes épaisses du livre, quant à elles, n’ont rien du  désespéré ni du type éclairé par l'orage. Au contraire, ce sont des hommes aisés financièrement, policiers véreux, narcotrafiquants, fils de notables ou lettrés, des hommes vigoureux et convaincus de leur bonne fortune - défaisant la vie des autres pour mieux jouir de la leur. Ces intelligences rustres sont dénuées de liberté, embourbées dans leur bestialité.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 17:02

 C’était ce samedi 29 septembre ; une bien sympathique rencontre.

 

La preuve en images : 

Jérôme Leroy - le 29 septembre 2012

« Je n’ai plus rien que la haine, cette nuit. La haine simple et nette d’un monde qui  veut à nouveau ma peau comme il voulait la peau du petit garçon quand Usinor a fermé. J’ai des images de pluie et de friches industrielles qui me reviennent. J’avais tout oublié. Ou plutôt, je croyais avoir tout oublié, à la longue. […] Trop de tristesse qui vient du fond de ma vie. Trop de honte. Trop d’horreur.  »


Le Bloc, Jérôme Leroy

 

Leroy - 7

Le bloc

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  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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