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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 08:54

« Kerouac a été dévoré par la gloire. 

Jack-kerouac.jpegElle a surgi si brutalement, il n'était pas prêt à y faire face.

 Sans compter l'alcool. 

J'ai passé une semaine avec lui vers la fin de sa vie, en 1967. 

Il a débarqué sur mon campus, à Chapel Hill,

et s'est retrouvé à dormir chez moi. 

La plupart du temps déjà, il n'avait plus sa tête,

et montrait des signes de maladie. 

Il restait bel homme, du genre star de cinéma, 

et pouvait encore se révéler très charismatique. 

Mais il sombrait de temps à autre dans des délires racistes 

et antisémites qui nous effrayaient. 

C'était pour moi un héros, 

mais un héros qui pourrissait de l'intérieur. »

 

A Jean-Pierre Dupuy,

à son « Formidable ! » 

aussi surprenant qu’intimidant -

A Frédéric Schiffter,

à leurs commentaires qui ne laissent pas de 

m’interroger et de me surprendre.

L’écrit nous hante. 

Insensé ? Pathologique ? Fuite de ce monde inhumain ? L’écriture limerait les griffes pesantes de l’existence, en adoucirait les angles et tranchants, changerait les lacérations des tripes en plaies duveteuses...

 

Ecrire, c’est quoi ?

Se retrouver face à sa liberté ? Détenir la puissance du tout possible – en instantané ?

Posséder une vérité ? Avancer dans une contrée - tête baissée - tout de suite ? 

 

On croit sentir cette légèreté de plume, cette facilité, chez Kerouac.

Jack Kerouac, c’est l’incarnation d’une absence de contraintes. De l’herbe prenant racine à la cime d'un chêne.

« Sur la route » de l’écrit, le voyageur rassemble ses souvenirs en vrac. Maintenant. L’écrivain emporte son roman en « prose spontanée », top chrono de trois semaines vagabondes, embarque vers le jour, marche, allume l’aurore des mots avec la clarté du ciel naissant – et, en un rouleau de 120 pieds de long (soit 36 mètres) ébranle les principes de composition, les modèles de travail, reprises, les lentes maturations intellectuelles – savamment creusées – incarnées par Flaubert. 

 

 

Le  «tapuscrit » semble accompli sans effort – ou presque ; à grand coup de benzédrine et autres démons substan-ciels, une performance de 6000 mots / jour, mémoire immédiate – quasi spontanée, sans relecture ni rature – incandescente et furieuse. L’inspiré danse sur les lignes - et, sans faux pas, conquiert le couchant. 

 

Est-il si aisé de créer ? 

Suffirait-il d’un zest de griffures sur bloc-notes usés – d’une aptitude - et zou… voir poindre l’œuvre ? Le grand Oeuvre.

kerouac_manuscrit_rouleau.png

                                                 Le divin atteint la postérité sur rouleau mythique. 

 

Tant de choses que l’on croit élevées sont proches du sol. 

 

Que cherchons-nous dans l’écriture ? 

Russel Banks considère ces questions littéraires avec le regard incisif de l’être déchiré, écrasé sous le poids de sa naissance ; l’œil du mec lancé – en pleine conscience – au beau milieu d’une vie déchaînée, turbulente et sans  concession. 

L’écriture m’a tenu loin des turbulences qui menaçaient ma vie, explique-t-il avec la sincérité volontaire qui le caractérise.

 

La matière est crue. L’exercice fait souffrir sans doute, sort des tripes, transfigure. 

La substance est fumée à la mesure de ses ingestions, la saveur de ses infirmités - l’éternel retour de l’impossible, structure des vagues, forces de ses imaginations écrasantes, forme d’un vécu battu aux vents… au bout du rouleau. Embruns d’expérience, d’une vie – nous…

 

Libération  ? Apaisement ?

« Il est évident que l’art m’a aidé  à organiser et à discipliner ma vie, à devenir quelqu’un de plus honnête, de plus intelligent, de plus imaginatif que je ne l’aurais été.- Confie Russel Banks - La littérature a donné un sens à mon existence, ou plus exactement, une direction vers laquelle tendre est une exigence d’ordre à respecter. C’était capital, car j’étais un jeune garçon violent, sortant d’une enfance agitée et marquée par le spectacle de l’alcoolisme, par le divorce de mes parents, par la pauvreté. J’étais le reflet d’un milieu brutal et impitoyable. Je répète souvent que si je n’avais pas découvert la littérature, je serais mort sur un parking à la sortie d’une boîte de nuit, lors d’une bagarre, à 3 heures du matin. Nulle exagération là-dedans, c’est ce qui aurait dû m’arriver. De plus, la littérature a une propriété spéciale, qui tend à vous rendre moralement meilleur.». (1). p 60.

 

Russel Banks voit la littérature comme une thérapie. Un pharmacon, un remède. Mais quelles en sont les sources ? Est-ce qu’on peut être né pour elle ? Comment possède-t-on ces qualités ? Puisqu’un «  futur peintre doit apprendre à regarder le monde, n’est-ce pas ? » (1)

 

Gilles Deleuze exalte l’idée de « Rencontre » (2). 

La rencontre accroît notre acuité, nous travaille, crée un choc. Un bouleversement. La démarche s’entend comme un cheminement au milieu du texte. L’autre, c’est sa syntaxe. Le philosophe évoque l’incomparable balade dans les jardins géniaux, dans de vastes paysages cérébraux. La lecture est l’expérience d’un autre, un saisissement – un rapport. Le stylet transperce la conscience – traverse de mille aiguillons – nous blesse et nous altère tout en aiguisant les sens. 

Gilles Deleuze se promène dans un espace coloré de spiritualité. Il le reconnaît volontiers – se plonger dans le sublime du texte lui suffit.

 

La lecture, au vrai,  nous possède – contamine – le virus affecte plus qu’il ne saisit.

 

Si Russel Banks fréquente les classiques … « Après avoir lu Don Quichotte de Cervantès, par exemple, vous n’avez plus la même manière de considérer les fous. Vous vous êtes ouvert à leur expérience du monde »,  dit-il, sa conception de l’écrit embrasse un continent plus vaste, se fonde également sur l’expérience ferme et trébuchante de l’autre. 

L’écrivain étudie le monde, le pense à partir de son bon sens et de l’intérêt qu’il porte sur le concret. Etend son esprit vers la vie solide et mouvante. Ses écrits s’originent dans son interprétation, son analyse du siècle, son  attention « au visible. ».

«  Eh bien – ajoute-t-il - un futur romancier doit de la même manière apprendre à être attentif à la vie intérieure des autres. C’est la condition sine qua non pour écrire de bonnes histoires. » 

 

Eprouver la nécessité d’écrire ne suffit pas – souvent, des interrupteurs sont nécessaires. 

Le contact des énergies dynamiques, la puissance des rencontres électriques, voilà l’enjeu.

Son interrupteur à lui c’est Algren qu’il rencontra à l’occasion d’un atelier d’écriture*… 

Algren « m’a entraîné sous un arbre [Excellent présage, non ?]. Il a feuilleté une quarantaine de pages de mon texte et m’a montré quelques lignes : « Voilà un bon paragraphe, gamin ! » Puis il a encore passé une cinquantaines de pages et m’a désigné une autre page : « Ces quelques phrases sont fantastiques, j’adore… » Il est allé jusqu’à la fin du manuscrit de cette façon. En tout, il avait trouvé six pages qui lui plaisaient. Il m’a dit alors : « Maintenant, il va falloir écrire un roman entier qui soit aussi bon que ces quelques pages. Mais ne t’inquiète pas, tu peux le faire, tu as le truc ! Si tu ne l’avais, tu n’aurais pas pu écrire ces passages-là. »  C’était comme s’il me donnait une autorisation, la chose la plus importante qu’un écrivain m’a apportée. 

[…] Ce fut le début d’une relation modèle. Il ne m’a pas montré comment écrire – ça, je devais l’apprendre par moi-même -, mais comment vivre en écrivain. » (1) P 61. 

 

L’engagement personnel, les passions, les qualités que nous développons - ou pas - ont souvent des départs inattendus.

Un mot – une phrase – un regard – un soutien – une rencontre peuvent générer des passions livresques, alimenter des appétences aux savoirs, des feux. 

 

Les cimes prennent racine partout - dans le limon, à la surface des pierres, au centre des murs au flanc d’une montagne.   

 

On est en plein dans les propriétés de la rencontre. Tout ce qui nous fait sentir le démon du présent, l’indicible apport d’une relation qui nous porte. 

Claude-Ponti-leger-1.jpgclaude-Ponti---leger-4.jpg

      Qui nous fait sentir ce dont nous sommes le mieux capable. 

              Claude-Ponti---12.jpg          claude-ponti---leger-2.jpg

Ce qui compte, c’est le mouvement de nos rencontres. 

 

 

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Carnet de route Busnel-Russell Banks

 

 

 

 

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(1) Russel Banks. Philosophie Magazine N° 62 – septembre 2012. 

 

« Dans un journal, je suis tombé sur une annonce pour la Bead Loaf Writers’ Conférence, un atelier d’écriture très réputé, qui se déroulait dans le Vermont et où il était difficile d’être admis. J’avais écrit un roman, j’ai donc envoyé le manuscrit aux organisateurs, qui m’ont proposé de les rejoindre pour étudier avec le groupe. J’ai pris un congé spécialement. A mon arrivée, Nelson Algren – qui jouissait alors d’une belle notoriété, ayant déjà publié L’Homme au bras d’or, adapté au cinéma par Otto Preminger, mais aussi La Rue chaude et le Désert du néon – m’a entraîné sous un arbre. Il a feuilleté une quarantaine de pages de mon texte et m’a montré quelques lignes : « Voilà un bon paragraphe, gamin ! » Puis il a encore passé une cinquantaines de pages et m’a désigné une autre page : « Ces quelques phrases sont fantastiques, j’adore… » Il est allé jusqu’à la fin du manuscrit de cette façon. En tout, il avait trouvé six pages qui lui plaisaient. Il m’a dit alors : « Maintenant, il va falloir écrire un roman entier qui soit aussi bon que ces quelques pages. Mais ne t’inquiète pas, tu peux le faire, tu as le truc ! Si tu ne l’avais, tu n’aurais pas pu écrire ces passages-là. »  C’était comme s’il me donnait une autorisation, la chose la plus importante qu’un écrivain m’a apportée. 

[…] Nous avons continué à picoler et à discuter ainsi trois jours d’affilée, si bien qu’à notre retour, les organisateurs de l’atelier étaient furieux. Ils ont licencié Algren sur-le-champ. Comme il ne savait pas où aller, je lui ai proposé de venir vivre chez moi, dans le New Hampshire. C’est ainsi que nous avons habité ensemble quelques temps. Le jour, je travaillais comme plombier. La nuit, j’écoutais les histoires d’Algren avec avidité. Ce fut le début d’une relation modèle. Il ne m’a pas montré comment écrire – ça, je devais l’apprendre par moi-même -, mais comment vivre en écrivain. » P 61. 

 

« L’intérêt d’Algren pour le monde, sa compassion pour les marginaux, les invisibles, pas seulement les opprimés, mais tous ceux que l’on ignore, que l’on ne regarde même plus, a été une source d’inspiration. L’attention aux autres, centrale dans sa conception du rôle d’un écrivain responsable, se manifestait non seulement dans son travail littéraire mais aussi dans sa personnalité. » Russel Banks – Philosophie magazine-  p 61  

 

« le « noochoc » est l’occasion d’apparition d’un élément différentiel qui crée un décalage, une vibration et permet à la pensée d’émerger à travers les fissures de la rencontre ». (2) p 49 :…

 

(2) « Pendant toute une vie, la rencontre a donc une double fonction : elle est ce qui garantit le déséquilibre permanent de la pensée grâce aux difficultés nouvelles qu’elle suscite – l’équilibre est à chercher ; elle est ce qui défait les certitudes en nivelant l’implication affective de chaque rencontre. » P 50 

Deleuze pédagogue – Sébastien Charbonnier – La fonction transcendantale de l’apprentissage et du problème – L’Harmattan. 2009 - Paris

ISBN : 978-2-296-10610-9

 

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Published by Le chêne parlant - dans Littérature
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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 08:46

study_frederic_leighton.jpg « Les enfants aiment avoir peur…. 

Afin d’être rassurés, 

c’est toute la problématique

des contes de fée. »

Jean-Jacques Annaud - 18.08.2012 – 

Master class / Forum des Images – 

par Pascal Mérigeau.

 

 

«… le conte n’est pas un art du spectacle mais un art de la relation. » Henri Gougaud. 

Le conte merveilleux, “une perle de parole” Interview de Bernadette Bricout par Nathaël Moreau

 

I.  Le conte, agent libérateur ?  

 

Le…  Il était une fois… s’échappe

Certaines phrases du vilain petit canard, certaines répliques restent intactes – blotties là dans un coin de nos émotions… « C’était vraiment un vilain petit canard. ». 

 

Ces instants suspendus, Hubert Reeves en garde un souvenir vivace. L’astrophysicien se rappelle ces moments d’émotions passés avec sa grand-mère – sa façon de dire les contes, le pouvoir magnétique du récit, sa saveur originale, ses étranges détails remuant les pensées...  « Ma grand-mère prolongeait les contes de Charles Perrault de suites inattendues... Ces moments étaient pour moi d'une grande douceur, d'un charme exquis, toujours renouvelé. Je pouvais l'écouter indéfiniment. Je ressentais le plaisir qu'elle éprouvait à faire rêver, baissant la voix pour mieux nous captiver et retenir notre attention, ralentissant le débit de ses paroles pour exciter notre curiosité, jouant de notre impatience à connaître la suite : « Et après ?  Et après ? » Lorsqu'on me demande d'où me vient le goût de raconter des histoires sur l'univers, les étoiles, les atomes, et de poser des devinettes, c'est à ces instants magiques que je pense. » pp 37- 38. (1) 

 

Ces histoires issues des imaginations ancestrales n’ont pas pris une ride. Leur jeunesse s’explique en partie par l’architecture particulière de leur récit. Une narration présente – dont la flèche pointe le futur – quoique appartenant à la mémoire du passé. Le « Il était - une fois… »  s’inscrit dans un passé indéfini – souligne Bernadette Bricout. Celui du rêve, d’une autre nature, celui où les bêtes parlaient, celui d’un temps anhistorique marqué du sceau de l’extraordinaire. Le tumulte des deux expressions « Il était… » et « une fois » arrête notre respiration, heurte nos consciences  d’un :  « cette histoire est exemplaire et si je la connais, je l’écoute pour la première fois. » (2) 

 

Edmond-Dulac---BNF.jpgPleines de poésie, de merveilleux, voire d’épouvante, elles procurent un moment d’évasion, une part de rêve, un instant d’absolue distraction où notre souffrance s’envole, où tout devient possible, où les problèmes se résument à ceux du héros. 

Rien ne peut mieux  « Donner des inventions pour le rêve », comme l’exprime un très jeune garçon.

 

Mais les contes n’apportent pas que du plaisir, leur portée dépasse de loin le registre des émotions.

Les contes ne l’oublions pas – rappelle Bernadette Bricout – s’adressaient d’abord aux adultes. Les contes d’avertissement, les contes de mises en garde contre le loup, étant - quant à eux - réservés aux enfants

 

Les contes sont des caisses de résonance / raisonnance de la vie. Leur inventivité, leurs merveilles sont des décors de théâtre où s’épanouissent les peurs ancestrales, surgissent les angoisses existentielles, se tendent les pièges de l’existence, s’accomplissent les atrocités atemporelles de nos belles et grandes civilisations.  

 Rackaham---Chaperon-rouge---BNF.jpg

Le petit chaperon rouge, Hansel et Gretel : la pédophilie et le viol.

Peau d’âne : l’inceste.

Le vilain petit canard : l’intolérance, le rejet de l’autre. 

De manière générale, le thème de l’humiliation et de la jalousie, arrosé de pauvreté - les minima sociaux n’existant pas - sont des grands classiques.

 

Sur la scène féerique, à l’intérieur d’un folklore en trompe-l’œil, ondulent des personnages faits d’une réalité brute, effrayante – valsent des désirs scandaleux, des démences et des crimes odieux….    Humains. 

Pas sûr – effectivement que l’imaginaire des contes soit sans rapport avec le nôtre… Pas sûr – encore – qu’ils soient de gentils petits récits ; les gentillettes histoires que l'on imagine.

 

Leur essence est ancrée dans le fonctionnement de l’être.

En troublant la quiétude littéraire, en giflant le lecteur de fantasmes à donner la chair de poule et de passages horrifiques, ces histoires posent des questions complexes, difficiles, épineuses, déstabilisantes, convoquent la réflexion. 

Sous les frissons, les grandes interrogations humaines font irruption. Un monde faisant voler en éclat bien des tabous, détruisant nombre de non-dits. 

 

                                     Constituent une libération ?

 

Au moins, il dessinent le palier indispensable au saisissement des obstacles, à la préhension des dangers, au dépassement des impasses, exercent à ce titre une influence sur la construction de soi – 

Sont-ils importants ? ... Oui.

Faut-il les étudier ? ...  Trois fois oui.

 

Ainsi donc le conte ‘art et expression de l’émotion', érudit, profond, intellectuel serait doté de toutes les qualités ? 

 

Taratata… Ce serait sans compter sur la nature de l’homme. 

L’homme - champion toutes catégories - espèce imbattable dans ses horrœuvres.

 

II Le conte, agent de servitude ? 

 

john-William-Waterhouse---Penelope.-jpeg.jpg

Si le conte touche à l’intime. Si le "pollen des contes" (Joseph Bédier - ) nous flatte l’odorat, nous chatouille les muqueuses, nous envoûte, nous parle, nous remue, nous transporte, nous marque l’esprit, de la même manière, ces "myriades de molécules"  flottant dans l’air ne peuvent-elles nous congestionner, nous enrhumer, nous asphyxier, nous polluer, nous – empoisonner ?

 

« Le conte de fées trouve ses origines dans des mythes et des légendes aux motifs universels. » BNF.

 

A ce titre, la génétique du conte tient beaucoup de celle de son aïeul -  le mythe. 

Adèle Van Reeth, nous en fait un portrait  saisissant :

 « Quelle forme de savoir la mythologie nous livre-t-elle ? Procédant par image, par symbole et récits les mythes persuadent et convainquent sans aucun argument ni démonstration. Ils s’adressent à l’imagination mais nous donnent à penser. Et au côté de la raison raisonnante, ils dynamisent la recherche, alimentent la foi et enrichissent l’espérance. Qu’ont-ils de si puissant pour qu’un philosophe tel que Platon qui les condamne explicitement dans certains de ses écrits y fasse non seulement appel mais contribue à les corriger et à les forger, faisant par là même l’aveu de l’insuffisance ponctuelle de la raison. » (3) Adèle Van Reeth avec Luc Brisson. La mythologie platonicienne.  03/07/2012

 

A l’époque de Platon – explique Luc Brisson - l’éducation se résumait essentiellement à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et de la composition.  La ‘Musike’ (ce qui relève des muses ) se faisait par l’intermédiaire des textes d’Homère, ce dernier étant la référence unique.

Les mythes  représentent la tradition, véhiculent des sentiments, des valeurs, des savoirs partagés par toute une communauté. C’est donc l’armature émotionnelle éthique et politique de toute la société qui passe par les poèmes et récits d’Homère – Platon l’a parfaitement compris.  

 

Homère acquière donc une importance éthique et politique*.  

Luc Brisson poursuit : Platon sait que la philosophie n’est pas hauteur, n’est pas autonome. Elle s’enracine dans la tradition, elle la transforme et lui impose des exigences qu’elle ne peut pas atteindre. Elle prend ses points de départs, puise ses axiomes, s’ancre dans la tradition – émotions – savoirs – valeurs partagées par l’ensemble de la population.

 

« Moi qui parle et vous qui êtes mes juges, sommes d’humaine nature.  De sorte que si en ces matières, on nous propose un mythe vraisemblable (eikos muthos), il ne sied pas de chercher plus loin  »

Platon, Timée. 29 d, 1.

 

Le récit détient un pouvoir d’adhérence. Non seulement le lecteur – ou l’auditeur – en est émerveillé mais il est littéralement aspiré par le monde, l’univers, les valeurs du mythe. Les discours produisent la persuasion. 

Raison pourquoi Platon se permet de transformer des mythes dans le sens qui l’arrange.

L’âme ailée… Pour Platon une âme est un principe de mouvement. Il fait appel au mythe pour en parler (chat, tiré par 2 cochers) ou âme ailée (comme un oiseau) .

 

Le mythe détient une force à la fois structurante (comme la science, les mythes cherchent à expliquer – présente des solutions), et une puissance performative**, aliénante. « Le récit engendre chez celui qui l’écoute une volonté d’imiter, s’il y a une volonté d’imiter, c’est parce que le récit donne du plaisir. Il donne du plaisir, c’est une sorte de drogue.

 Il y a un lien entre le récit mythique et les séries télévisées et même les concerts rock. » dit clairement Luc Brisson.

 

Il ne se contente pas de nous inviter à participer aux valeurs transmises, il nous les fait ingérer.

Tel un caramel mou où de monstrueuses vérités  seraient camouflées dans un enrobage féerique.

Les mythes et récits sont prescripteurs, exercent une certaine influence, quand bien même depuis l’arrivée de la télévision et surtout celle de l’Internet, cela soit beaucoup plus diffus.

Ce 'pouvoir' peut-il nous conditionner ?  

 hyde-maureen-4.jpg

Simone de Beauvoir donne les clés de ce qui fait qu’à «douze ans la fillette est aussi robuste que ses frères, elle manifeste les mêmes capacités intellectuelles ; il n'y a aucun domaine où il lui soit interdit de rivaliser avec eux. » puis se « vouent à la passivité, à la coquetterie, à la maternité ». C’est que « l'intervention d'autrui dans la vie de l'enfant est presque originelle et que dés ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée. » Le Deuxième sexe (4).

 

On ne naît pas femme : on le devient. La philosophe dénonce haut et fort les attitudes  – encouragements – découragements -  les différences d’attentes, de traitement (4.1) qui vont sournoisement façonner les codes de sexe, imprimer la marque des bonnes habitudes féminines.   

La fillette doit être entourée d’objets délicats, seuls capables d’épanouir sa pleine sensibilité, de développer les fibres de sa personnalité future. Cela requiert un certain investissement – certes – mais la dépense est justifiée. Elle jouera avec ses Barbies. « la poupée représente le corps dans sa totalité et que, d'autre part, elle est une chose passive. Par là, la fillette sera encouragée à s'aliéner dans sa personne tout entière et à considérer celle-ci comme un donné inerte. ».

Néanmoins, ce moyen d’instruction ne saurait suffire, « …la bonne éducation – explique John Dewey – s’acquiert par l’habitude en réponse à des stimulis habituels et non par la communication d’informations. » (5) p 97. 

La petite princesse sera donc abreuvée de douceurs et de fermetés conformes à sa royale Serge-Ivanoff-1893-1983-Nude-in-front-of-a-mirror-1945.jpgnature.  « A travers compliments et gronderies, à travers les images et les mots, elle découvre le sens des mots « jolie » et « laide » ; elle sait bientôt que pour plaire il faut être « jolie comme une image » ; elle cherche à ressembler à une image, elle se déguise, elle se regarde dans les glaces, elle se compare aux princesses et aux fées des contes. » (4.2)

Des chemins de vie factices, des repères … (aliénants – traditionnels) mythes « créés par l'orgueil et les désirs des hommes : c'est à travers les yeux des hommes que la fillette explore le monde et y déchiffre son destin. » (4.3)

 

« L’atmosphère et l’esprit dans lesquels baigne l’enfant – écrit John Deweysont, en fin de compte, l’agent principal de la formation des manières. » (5)

 

Le classique du conte mais également celui des romans et albums pour enfants… C’est un héros masculin, actif, fort, puissant, intelligent, genre Harry Potter ou Eragon  « … Le rôle du héros : 83,3 % des pères mis en scènes dans les albums occupent le rôle du personnage principal contre 16.7% des 202 mères » (7) Marie Claude Hubert – Sexualisation des petites filles. p 255.

 

 

La norme en littérature et particulièrement dans les contes, c’est l’attente de l’héroïne… Un jour, mon prince viendra… je l’attends… Une espérance de potiche « L’homme de l’espoir est un homme à bout de ressources et d’arguments, un homme vidé, littéralement « épuisé »… » (6) Son rôle est celui d’une figurante, d’une mineure – au mieux tenue par la main - se laissant conduire par un mâle fougueux - plein de testostérones - sur le chemin des aventures - au pire placée sous globe, figée dans des draps éternellement soyeux, infiniment lisses, dénués d’aspérité et surtout plats de caractère. 

 

Vous objecterez : « Ce sont de vieilles histoires. » Des contes de grand-mères que l’on pourrait qualifier de « traditionnels », révolus – désuets - d’un autre temps. 

Quelle héroïne de roman s’attacherait encore à suivre les fesses du héros – plutôt que de construire sa propre histoire ? Quelle jeune fille moderne se jetterait dans un lit, renoncerait à sa personnalité, s’offrirait en spectacle ? Quelle âme éduquée pactiserait avec des médiocres en mal de reconnaissance, contracterait sa vie  comme une marchandise, renoncerait à s’élever ? Quelles femmes du 21ème siècle, dans le coup, émancipées, se laisseraient berner par une telle supercherie – franchement ?

 

Quelle sublime beauté serait assez stupide pour ne pas s’apercevoir de ces horroeuvres perpétuées ?

      Sleeping Beauty

 

 

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Entendons-nous bien, cet article a pour but de souligner le stéréotype de la princesse, de son attente figée.  Eventuellement d’en faire un motif de discussion fécond.

Le voir comme une condamnation serait une lecture fautive.

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* [pour Platon la politique, ne signifie pas une tentative de solution des conflits, une gestion des populations, c’est l’éducation. Son but est d’éduquer l’ensemble des citoyens.]

** Performatif : qui accomplit un énoncé en acte. Ex : "Vous êtes mari et femme."

 

(1) Hubert Reeves - Je n'aurais pas le temps.

(2) France Inter – Bernadette Bricout - Professeure de littérature orale à l’Université Paris-Diderot, 

auteure de « La clé des contes » ed. Seuil.

France inter 

 

(3) Adèle Van Reeth avec Luc Brisson. La mythologie platonicienne.  03/07/2012

(4) Simone de Beauvoir – Le 2ème sexe - Tome 2: L'expérience vécue. Paris: Gallimard, 1949, pp. 13-48.

– Bernard Dantier, sociologue, 9 mai 2007.

(4.1) « … la prend sur ses genoux et flatte ses cheveux ; on l'habille avec des robes douces comme des baisers, on est indulgent à ses larmes et à ses caprices, on la coiffe avec soin, on s'amuse de ses mines et de ses coquetteries : des contacts charnels et des regards complaisants la protègent contre l'angoisse de la solitude. Au petit garçon, au contraire, on va interdire même la coquetterie ; ses manœuvres de séduction, ses comédies agacent. « Un homme ne demande pas qu'on l'embrasse... Un homme ne se regarde pas dans les glaces... Un homme ne pleure pas ». lui dit-on, On veut qu'il soit « un petit homme » ; c'est en s'affranchissant des adultes qu'il obtiendra leur suffrage, Il plaira en ne paraissant pas chercher à plaire. »

(4.2) « la poupée représente le corps dans sa totalité et que, d'autre part, elle est une chose passive. Par là, la fillette sera encouragée à s'aliéner dans sa personne tout entière et à considérer celle-ci comme un donné inerte. Tandis que le garçon se recherche dans le pénis en tant que sujet autonome, la fillette dorlote sa poupée et la pare comme elle rêve d'être parée et dorlotée ; inversement, elle se pense elle-même comme une merveilleuse poupée. A travers compliments et gronderies, à travers les images et les mots, elle découvre le sens des mots « jolie » et « laide » ; elle sait bientôt que pour plaire il faut être « jolie comme une image » ; elle cherche à ressembler à une image, elle se déguise, elle se regarde dans les glaces, elle se compare aux princesses et aux fées des contes. (…) »

(4.3) « Tout contribue à confirmer aux yeux de la fillette cette hiérarchie. Sa culture historique, littéraire, les chansons, les légendes dont on la berce sont une exaltation de l'homme. Ce sont les hommes qui ont fait la Grèce, l'Empire romain, la France et toutes les nations, qui ont découvert la terre et inventé les instruments permettant de l'exploiter, qui l'ont gouvernée, qui l'ont peuplée de statues, de tableaux, de livres. La littérature enfantine, mythologie, contes, récits, reflète les mythes créés par l'orgueil et les désirs des hommes : c'est à travers les yeux des hommes que la fillette explore le monde et y déchiffre son destin. La supériorité mâle est écrasante : Persée, Hercule, David, Achille, Lancelot, Duguesclin, Bayard, Napoléon, que d'hommes pour une Jeanne d'Arc ; et derrière celle-ci se profile la grande figure mâle de saint Michel archange ! Rien de plus ennuyeux que les livres retraçant des vies de femmes illustres : ce sont de bien pâles figures à côté de celles des grands hommes ; et la plupart baignent dans l'ombre de quelque héros masculin. Eve n'a pas été créée pour elle-même mais comme compagne d'Adam et tirée de son flanc ; dans la Bible il y a peu de femmes dont les actions soient notoires (…). Les déesses de la mythologie sont frivoles ou capricieuses et toutes tremblent devant Jupiter ; tandis que Prométhée dérobe superbement le feu du ciel, Pandore ouvre la boite à malheur. Il y a bien quelques sorcières, quelques vieilles femmes qui exercent dans les contes une puissance redoutable. Entre autres dans le Jardin du paradis d'Andersen la figure de la Mère des vents rappelle la Grande Déesse primitive : ses quatre énormes fils lui obéissent en tremblant, elle les bat et les enferme dans des sacs quand ils se sont mal conduits. Mais ce ne sont pas là des personnages attrayants. Plus séduisantes sont les fées, sirènes et ondines qui échappent à la domination du mâle ; mais leur existence est incertaine, à peine individualisée ; elles interviennent dans le monde humain sans avoir de destinée propre. »

(4.4) « ...c'est que l'amour féminin est une des formes de l'expérience dans laquelle une conscience se fait objet pour un être qui la transcende; et ce sont aussi ces délices passives que la jeune dévote goûte dans l'ombre de l'église.  

Prostrée, le visage enfoui entre ses mains,  elle connaît le miracle du renoncement: à genoux elle monte au ciel; son abandon aux  bras de Dieu lui assure une Assomption capitonnée de nuages et d'anges. C'est sur cette merveilleuse expérience qu'elle calque son avenir terrestre. L'enfant peut aussi le découvrir par beaucoup d'autres chemins: tout l'invite à s'abandonner en rêve aux bras des hommes pour être transportée dans un ciel de gloire. 

Elle apprend que pour être heureuse il faut être aimée; pour être aimée, il faut attendre l'amour. La femme c'est la Belle au bois dormant, Peau d'Ane, Cendrillon, Blanche Neige, celle qui reçoit et subit. Dans les chansons, dans les contes, on voit le jeune homme partir aventureusement à la recherche de la femme; il pourfend des dragons, il combat des géants; elle est enfermée dans une tour, un palais, un jardin, une caverne, enchaînée à un rocher, 

captive, endormie: elle attend. Un jour mon prince viendra... Some day he'll come along, the man I love... les refrains populaires lui insufflent des rêves de patience et d'espoir. » p 44.

Plus d'extraits du deuxième sexe de Simone de Beauvoir.

Université du Québec

 

(5): John Dewey – Démocratie et Education, Armand Colin, Paris, 2011, ISBN : 978-2-200-27265-4

Dewey - lectures.    

(6) "Pourtant il n’est pas de force plus douteuse que l’espérance. Ce n’est sans doute pas par hasard, ni par l’effet d’une erreur de copiste, que Hésiode assimile, toujours dans les travaux et les jours, l’espoir au pire des maux, au fléau qui est resté dans la boîte de Pandore, à la libre disposition des hommes qui s’y précipitent dans la pensée qu’ils y trouveront le salut et le contrepoison à tous les autres maux, alors qu’il s’agit d’un poison parmi les autres, sinon du poison par excellence. Tout ce qui ressemble à de l’espoir, à de l’attente, constitue en effet un vice, soit un défaut de force, une défaillance, une faiblesse…

la vie doit dorénavant s’appuyer sur une force substitutive : non plus sur le goût de vivre la vie que l’on vit, mais sur l’attrait d’une vie autre et améliorée que nul ne vivra jamais. L’homme de l’espoir est un homme à bout de ressources et d’arguments, un homme vidé, littéralement « épuisé »… » Clément Rosset – La force majeure - p 28 – Les éditions de minuit – collection critique – isbn : 978-2-7073-0658-6

(plafond montaigne)

 

(7) Marie Claude Hubert – Sexualisation des petites filles. In Genre et éducation: Former, se former, être formée au féminin.

Etude d’Anne Dafflon Novelle sur la littérature enfantine, plus précisément les albums.

PDF : Quelles normes de rapports sociaux de sexe la littérature enfantine véhicule-t-elle ?


« … Le rôle du héros : 83,3 % des pères mis en scènes dans les albums occupent le rôle du personnage principal contre 16.7% des 202 mères » Marie Claude Hubert – Sexualisation des petites filles. p 255.

 

E. Gianini Belotti Du côté des petites filles.

 

Bernadette Bricout - La clé des contes  - Une perle de parole.

 

 Les contes d’Henri Pourrat

 

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Thèse de Caroline SCANDALE

-Université Lumière – Lyon II - Master 2 Lettres spécialité masculin/féminin

- La sorcière, héroïne de romans-jeunesse contemporains : pour quelles images des femmes?. 


Pour tout savoir sur les contes : BNF - cliquer sur l'image.

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 12:12

On-the-Road-New-Mexico-Christmas-Day-2004-Painting---Chris-.jpg

(On the Road New Mexico Christmas Day 2004 Painting - Chris Easley)

 

 

« Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers. »

Henri Michaux 1939.

 

 

Dean Moriarty est un explorateur enthousiaste, extraverti, amoureux de la vie, séducteur – magnétique - débordant de la saveur du chaos. 

 

L’espace de Dean, c’est le démon de la route – la vie dévorée au kilomètre – les pulsions puissantes, radicales, la blancheur craquante des substances illicites, l’excès, l’orgie, l’abandon des corps aux contemplations érotiques. 

 

Le mouvement est une poussée avide, étrangère au calme. Ça permet d’échapper à l’immobilité, au figé, à la pesanteur de la vie, aux responsabilités – à la tranquille lassitude – au ralentissement automnal – c’est un remède curant les démangeaisons, un cataplasme posé sur le vide urticant, camouflant la détresse.            

 

La marche n’est-elle pas une suite de chutes anticipées de justesse ?

 

Dean est un astre brûlant à haute énergie, suivant son propre mouvement, sa trajectoire est sans destination précise. Il expérimente, n’en fait qu’à sa tête, dans un désir sans remède, celui qui l’assure au monde, ne redresse rien et lui évite à peine de se disloquer. 

 

 « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » demande-t-il à Sal Paradise – alias Jack Kerouac – son ami. 

Que peut répondre Sal à ça ? 

Que peut-on répondre quand on est dans la recherche multiple d’un chemin, en quête de soi ? 

 

Au fond, rejoindre Mauriarty, épouser son orientation, c’est entrer dans un tournoiement, aller de l’avant. Eprouver le lever du soleil, sentir le tourbillon de l’univers où chaque départ brille d’un ‘Eternel retour’, celui de la flamme, du solaire, du démesuré. Du Sur-expressif. De la vie. En marche. Irrésistible emprunt d’émotions violentes. 

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(New Work - On The Road Again.)

Oui, ne pas stagner à l’ombre mauvaise, c’est suivre la lumière, se laisser transporter vers l’horizon.

Suivre la route du vent, à l’évidence, suivre la route – gêné par personne -, voguer sans obstacles jusqu’aux confins des sensations.

                                            On-The-Road-Again---Abstract-Landscape-by-California-Artist.JPG

                                                                                                (On The Road Again -  Janet Bludau.)


 La route est un ruban d’éternité filant vers le ciel.

 

Dean – d’une certaine manière s’y accroche - aujourd’hui comme hier, s’exaspère d’attendre.

Son tempérament lui dicte de s’arracher au poison du présent. Etre dans le précaire – dans une sobre trajectoire. Se brûler sur l’asphalte, s’absorber à - toujours - suivre la direction indiquée par le goudron. 

 

Se perdre dans l’amoncellement confus des distances.

Sans soucis. Sans s’en faire. Vraiment ?

A vouloir trop prendre et reprendre la route, la vaste agitation de la poussière laissée derrière soi finit par retomber.

La réalité physique de la droite - courbe dans l’espace  - conduit le voyageur à boucler son périple. L’égaré retourne alors immanquablement à son point de départ. 

 

Sal et Dean partent donc ailleurs, plus loin, vers le Mexique.  

 

Mais cette fois, le vertige – l’ivresse de l’intensité...  ont la saveur des terres déjà froissées aux pieds. 

 

L’euphorie s’élève – certes – mais avec un je ne sais quoi de morbide, d’inutile, d’insensé. Une sourde fatigue surgit de derrière la fièvre. La route, dont la perspective semble désigner une hauteur, s’affaisse. L’étendue se vrille, se tasse et s’écrase - sans dénivellation. La ligne continue se barde de pointillés effilochés, trompeurs.  

Sal Paradise sait lire ces feuilles de route. Sa conscience décèle la platitude de l’Electro-encéphalogramme, l’absurdité de la tentative, l’impasse. 

 

A toute force, il refuse d’y croire. Il dérivera encore avec Dean. Dans un ultime élan, il avancera une dernière fois - sans rien gravir.

Saturé de fièvre, las, atteint de dysenterie, prostré dans une chambre sordide, il attend la dislocation.

L’enthousiasme organique de Dean ne se transforme pas, ne change pas, ne cultive rien. Son éternité c’est sa conduite tourmentée, inquiète, explosive. Démuni face à l’inertie, Dean disparaîtra, laissant Sal à ses ruines somnambuliques, l’œil teinté de goudron noirâtre, la pupille brouillée d’abandon.

.

                                   L’amitié cloque et crève sous la canicule d'un zénith crépusculaire. 

 

 

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La Route.
Kerouac_Map.jpg

Carte des trajets de Kerouac dans Sur la route :

  •      1947
  •       1949
  •       1950

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Russel Banks et Jack Kerouac - une belle rencontre.

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 09:49

Nature-morte-aux-gaufrettes---Lubin-Baugin---1631.jpg « Nietzsche raisonne souvent en termes de ruminations et de ruminants ; la pensée de la digestion l’occupe même si matériellement qu’il a pris soin, dans Ecce Homo, de nous donner de longues précisions sur le régime alimentaire qu’il s’était aménagé au cours de sa vie, régime auquel il attribue une part importante de la qualité de sa vie et de son œuvre. Mais il y a deux espèces de ruminants chez Nietzsche : ceux qui ruminent sans cesse mais sans réussir à digérer (cas de l’homme de ressentiment), et ceux qui ruminent et digèrent (cas de l’homme dionysiaque). Mauvais et bons ruminants. … le bon ruminant a accès tout à la fois au bonheur et au malheur, et le sort du mauvais ruminant est de n’avoir accès ni à l’un ni à l’autre. Car il ignore le bonheur puisqu’il ne réussit pas à digérer le malheur, mais il ignore aussi le malheur, précisément puisqu’il ne réussit pas à en digérer la pensée ».

Clément Rosset. (1) p 41. 

 

Il n’est pas rare dans de nombreuses familles de rechercher ses ancêtres, d’en vouloir connaître la naissance, l’histoire, le métier, voire les circonstances de leur mort. Cette enquête généalogique se poursuit généralement sur une longue période. De longues années, des décennies où l’homme croit (re)trouver - par ce lignage – les « qualités » qui lui auraient été transmises par les gênes.

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Depuis l’observatoire de mes branches en friches, j’ai souvent regardé ces recherches frénétiques d’un œil retenu, parfois amusé, souvent critique. Tant de courage, d’abnégation, de temps passé à remplir ces cases, à visiter les mairies, à rédiger lettres et courriels. Reproduire, embranchement par embranchement, pousse après pousse, brindille par brindille ce cortège d’ancêtres - faire la rencontre avec ici, un tapissier, là un éleveur de poules… Vaine tentative de se trouver parent de l’illustre. 

Ne sommes-nous pas - après tout - tous fils et filles de Charlemagne ? 

 

Outre le fait que nous ne soyons jamais certains que nos ancêtres le soient vraiment (du point de vue du sang, s’entend). « Il importe – développe Hubert Reeves se plaçant sur un terrain scientifique - de remarquer que cette tradition repose sur l'idée que la prétendue « qualité du sang » se transmet uniquement par le père. A la lumière de nos connaissances contemporaines en génétique, nous devons reconnaître que cette idée est totalement fausse. Le partage se fait moitié moitié entre le père et la mère. » P 18.

Il apparaît également qu’une généalogie si brillante soit-elle ne pourra jamais apporter les idées, les valeurs, qui cimenteraient une soif de communion de pensées.

 

Car nous ne sommes jamais « nous-mêmes » sans autrui. Nous ne sommes pas les self-made-man de notre existence, bien qu’actuellement, tout soit organisé – tel que Cynthia Fleury l’indique dans son livre référence «Les pathologies de la démocratie ».(3) 

Se forger sur des qualités exclusivement filiales – de nature et non de culture, nier les personnes, les lectures, les expériences qui nous constituent est non seulement un déni pur et simple de la réalité mais un délire névrotique.

 

C’est, en effet – un refus de reconnaître la longue construction de la carte de notre territoire individuel. Une négation de notre généalogie culturelle : de nos tentatives, nos hésitations, nos échecs, nos élans – qui – tantôt nous ont précipités vers les hauteurs du savoir, tantôt nous ont jetés à bas d’un profond désespoir.

Mais c’est aussi – par dommage collatéral – accroire tout devoir à soi-même. Or l’on survit difficilement à l’échec lorsqu’on s’est décrété seul responsable. Etre un pur produit de son essence – être le feu de sa propre lumière, c’est flamber haut et vite à la moindre paille de déchéance. 

 

Au sein de notre vagabondage – singulier par nature –des chemins ont été défrichés au milieu des montagnes sauvages, des jalons ont été posés, des êtres nous ont guidé. 

 

Imaginez alors comment pourrait être la vie, si tous, nous nous mettions à citer les influences que certains trésors ont eu sur nous – à déclamer nos sources, l’origine de nos idées, à livrer haut et fort nos lectures. 

 

Comme tout jaillirait – limpide – comme nos oreilles entendraient la claire musicalité du chant des sirènes.

Les hommes dans les cités conteraient fleurette ainsi :

      "Etes-vous de ce village ?" 

 

      Dom Juan - Molière - Acte II, scène 2 - 1665.

(Vidéo libre de droit : un outil pour la classe.)

 

« Ces récits trouvaient en moi des résonances familières 

et j'y reconnaissais nombre de mes états d'âme. 

Il furent déterminants dans le choix professionnel qui fut le mien. » p 7. 

Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps, Seuil

 

« Une vie sans livre serait une erreur » énonce Aléa Keen – plagiant Nietzsche sans vergogne. 

Ainsi, la philosophe en herbe – qui sait ce qu’elle doit à autrui – cite à son tour Clément Rosset, qu’elle tient en haute estime.

 

Citer ces pensées – issues d’autrui -  qui nous forgent, déclamer ces grands auteurs constituerait « une triple initiation : initiation au bonheur, initiation à la vie, initiation à la philosophie.

Initiation, bien sûr et tout d’abord au bonheur : « Comme le bonheur tient à peu de choses ! Le son d’une cornemuse… » (Crépuscule des idoles.)

Mais aussi initiation à la vie et à la philosophie. A la vie, comme en témoignent par exemple les pages du « Cas Wagner » consacrées à Carmen, dont Nietzsche célèbre par-dessus tout le « sens du réel » » (1) p 48

 

Les vols – de bourse - se dérouleraient ainsi :

"La peste soit de l'avarice et des avaricieux." 

 

            L'avare - Molière - Acte I, scène 3 - 1668. 

 

      La joie remplacerait l’affectation. La beauté terrasserait le vulgaire.

Le monde prendrait de suite une autre profondeur. La parole deviendrait la marque d’une richesse. La pensée profonde déterminerait nos actes singuliers. L’allégresse d’une phrase, d’un mot, d’un verbe, illuminerait notre journée. 

Peu à peu, nous ferions nôtres ces  influences extérieures.  

Inséparables des réflexions buissonnantes d’autrui ; leurs richesses nous contamineraient, les bifurcations nous donneraient à penser, l’ivresse des savoirs nous enivrerait d’une complexité étoilée, inspirante, de fulgurances foudroyantes… de…

 

Quoi ? 

          Chimères ?

                 Si on ne peut même plus rêver !

 

 

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(1) Clément Rosset – La force majeure – Les éditions de minuit – collection critique – isbn : 978-2-7073-0658-6

 

(2) Citation complète : « : Il est de coutume, dans les bonnes familles, de s'intéresser à la lignée des ancêtres. Cette préoccupation est particulièrement importante chez les nobles, qui peuvent ainsi faire valoir les mérites politiques ou guerriers de leurs ascendants. Il importe pourtant de remarquer que cette tradition repose sur l'idée que la prétendue « qualité du sang » se transmet uniquement par le père. A la lumière de nos connaissances contemporaines en génétique, nous devons reconnaître que cette idée est totalement fausse. Le partage se fait moitié-moitié entre le père et la mère. » Hubert Reeves, p 18.

 

(3) Cynthia Fleury, Les pathologies de la démocratie, p 64 reprenant le travail de  Francis Jauréguiberry, « Hypermodernité et manipulation de soi », in Nicole Aubert (dir.) , L'Individu hypermoderne, Paris, Erès, 2004, p 162. « lui-même » sans autre référence que sa propre volonté... On n'espère plus collectivement dans le futur : il faut réussir personnellement dans le présent. L'individu est mis face à ses propres réalisations. Démiurge de lui-même, il n'est plus l'objet de son destin, il est le seul maître de sa vie. Or, l'écart vécu entre l'idéal de lui-même (auquel il ne manque alors pas de prétendre) et ce qu'il constate être vraiment le déçoit dans bien des cas. 

 

 

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Sites 

 

Nicolas Delon : Atelier Clément Rosset

 

Entretien avec Clément Rosset..


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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 17:22

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 « La poésie,

c’est quand ça chante dans la voix.

Lire,

c’est quand ça danse dans la tête. » 

Elodie, élève de CLIS.


 

A V., merci.

 

      Dans l’heure flottante du jour en devenir, les jambes sportives de Vincent Safrat chevauchent d’un pied léger le vélocipède du savoir.

 

La luminosité est magnifique, aveuglante à souhait. Vincent Safrat se dresse, mains serrées à fond sur le guidon, descend vers le monde. 

 

Pour aller où ? 

Droit devant !

          Sur le chemin de l’ « Omnia in omnibus », tout est dans tout.

 Il avale les pavés d’un trait, se fraye un passage sur la route chaotique et pleine d’embûches du monde de l’édition. 

      « Au cours de ses promenades, il s’attachait toujours à faire surgir des innombrables reliques de la vieille cité une image vivante et cohérente des siècles passés. Sa demeure, vaste bâtisse de l’époque des rois George, se dressait au sommet de la colline abrupte… » Lovecraft, L’affaire Charles Dexter Ward.

 

De loin en loin c’est le bruit du papier qui raisonne.

      Les œuvres suspendues aux porte-bagages avant et arrière, flottent, frappent, balafrent, disloquent l’espace. Le faisceau lumineux des étendards contrent la misère. 

La culture se projette sur l’asphalte. 

       Vincent Safrat calcule combien d’œuvres il pourra imprimer, distribuer, partager, en lieu et place des tarifs prohibitifs.

Le pari est risqué. La tâche phénoménale. Personne ne misera sur lui.

      Son visage : Les ’indices de résistance, Le visage d’un homme sur la brèche, image flottante de l’équilibriste. Singulièrement calme, les yeux couleur tempête.

Il se sent bien. 

Ouais, il gagne du terrain… 

 
Vincent Safrat, l'editeur social - Ma-Tvideo France3
Vincent Safrat, l'editeur social

Un livre feuilleté, ce n’est pas le virage décidé d’un élève fatigué mais le bâillement en éveil d’une pensée en marche, laquelle se laisse guider par les lignes.

      La lumière clignote sur des visages enfantins imbibés de joie.

 

Une société démocratique – énonce Cynthia Fleury, reprenant Karl Popper « doit considérer « la défense des enfants » comme un principe de structuration politique. Pour Karl Popper, c'est, même là « ce que nous avons de plus précieux »(1). Or défendre les enfants relève davantage d'une attitude offensive que défensive, dans la mesure où il s'agit de leur donner le meilleur de nous-mêmes, d'avoir sur eux la meilleure des influences intellectuelle et morale. En un mot, les défendre, c'est les éduquer, c'est prémunir la démocratie de ses dérives entropiques. »  (2) P 247 – 248

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« Les mots - des mots anglais regorgent d’écoutes, de souvenirs et d’associations. Ils ont beaucoup voyagé sur les lèvres des gens, dans leur maison, dans les rues, dans les champs pendant de si nombreux siècles. Et c’est là que réside la difficulté principale lorsqu’il s’agit de les utiliser aujourd’hui. Ils sont chargés de tant de sens et de souvenirs. Ils sont reliés si souvent entre eux. Pensez à ce que cela pourrait signifier si l’on pouvait enseigner et par là apprendre l’art de l’écriture. Chaque livre, chaque journal serait détenteur de vérité et capable d’engendrer la beauté. On se rendrait cependant compte qu’il existe des obstacles pour nous barrer la route dans l’enseignement des mots. Ils sont la plus sauvage, la plus libre, la plus irresponsable et la moins transmissible des choses. Nous pouvons bien sûr les regrouper, les trier, les ranger dans les dictionnaires par ordre alphabétique. Mais les mots ne vivent pas dans les dictionnaires, ils vivent dans l’esprit. »

Virginia Woolf. 

 

Alba - Anne-catherine de Boel.

 

Défendre les élèves, c’est leur offrir ce qu’il y a de mieux. Offrir l’excellence, ce qu’il y a de plus haut. "Le véritable progrès démocratique n'est pas d'abaisser l'élite au niveau de la foule, mais d'élever la foule vers l'élite." Gustave Le Bon - 1841-1931 - Hier et demain

Leur offrir tels les mots de Virginia Wolf «…une beauté différente… le passage de l’esprit  à travers le monde… une totalité constituée de fragments frémissants. »   Des textes qui nous saisissent au corps.

 Le ciel est joli comme un ange, de V.

 

Virginia Woolf : 

« Elle aurait pu marcher de la sorte jusqu’à s’égarer complètement si elle n’avait été Alfonso.JPGinterrompue par un arbre qui bien que ne poussant pas sur son chemin, l’arrêta de façon aussi radicale que si les branches l’avaient frappé au visage. C’était un arbre ordinaire mais il lui apparut à elle, étrange au point qu’il eut pu être le seul arbre au monde. Sombre était le tronc en son milieu et les branches s’élançaient ça et là ménageant entre elles des intervalles d’ombre et de lumière aussi distincts que s’il eût à l’instant même surgi du sol. Ayant procuré une vision propre à l’accompagner une vie entière et à préserver cet instant une vie entière. Cet arbre retomba au rang des arbres ordinaires et elle put s’installer sous son ombrage et cueillir des fleurs rouges aux délicates feuilles vertes qui poussaient au dessous de lui. Elle les déposa côte à côte, fleur contre fleur, tige contre tige, les caressant. Car dans cette promenade solitaire les fleurs et même les petits cailloux sur le sol avaient leur vie et leur disposition propre. »

 

Impressions gommées des lecteurs étourdis par les prix…. 

 

Le pari est gagné.

 

« Les mots ne vivent pas dans les dictionnaires, ils vivent dans l’esprit. »

Virginia Woolf.

 

 

Cette exquise beauté… du texte, ce frémissement… 

 

Agnès Obel.

Au bord de la rivière.

 

Au bord de la rivière par les bateaux

Où tout le monde se rend seul

Où tu ne verras aucun soleil levant

Au bord de la rivière nous voyagerons

 

Une fois sur l'eau que nous buvons jusqu'à la lie

Regarde les pierres sur le lit de la rivière

Je peux voir à tes yeux

Que tu n'as jamais été au bord de la rivière

 

Au bord de l'eau du lit de la rivière

Quelqu'un t'appelle, quelqu'un dit

Nage avec le courant et flotte au loin

Au bord de la rivière chaque jour

 

Oh mon Dieu, je vois comment tout se déchire dans cette profonde rivière

Et je ne sais pas pourquoi je vais dans cette direction

Au bord de la rivière

 

Quand cette ancienne rivière étendue passe sous tes yeux

Pour laver la saleté sur le bord de l'eau

Va dans l'eau si proche

La rivière sera vos yeux et vos oreilles

 

Je marche vers les limites de mon plein gré

Tomber dans l'eau comme une pierre

Gelée jusqu'à la moelle des os

Pourquoi dois-je aller là toute seule

 

Au bord de la rivière

Au bord de la rivière

 

 

 

Ne laissons pas la bicyclette brûler.

En ces matins de désaffiliation des liens et de confusionnisme intellectuel, tenir le cap du remarquable, de l’excellence, offrir le meilleur au plus grand nombre,  ça a tout de l’extraordinaire.


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(1) Karl Popper, La leçon de ce siècle, Jacqueline Henry et Claude Orsini, Paris, Anatolia Editions, 1993, Pp 72-73

(2) Cynthia Fleury, Les pathologies de la démocratie, Fayard, 2005, ISBN : 2-213-62322-8

 

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"Lire, c’est s’en sortir"

      Vincent-Safrat---Lire--c-est-partir.JPG

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Le lorgnon mélancolique.

The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore par William Joyce and Brandon Oldenburg (Studios Moonboot)

 

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Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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