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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 07:31

« Wittgenstein […] Tractatus, chef d’œuvre aphoristique :

maitreEleve.jpg« Le but de la philosophie est la clarification des pensées. […] La philosophie n’est pas un enseignement mais une activité […]

qui consiste essentiellement en « élucidations ».

Frédéric Schiffter. .(1)

 

"Lorsque les mots précis manquent aux enfants,

c'est le sens qu’ils tentent de donner au monde 

qui s'obscurcit."

      Alain Bentolila.

Chaque année, le temps de la rentrée est également le temps des comparaisons.

C’est l’époque où les études s’affrontent : cette fois, c’est sûr : le niveau des élèves baisse. Les accroches journalistiques ont du style, se répètent, se recopient à l’envi…

Ils ne savent plus lire, plus écrire, plus compter !

On mesure l’originalité de l’article dans les exemples : un élève de terminale est incapable de déchiffrer un texte de CP !

On sait à quoi s’en tenir. Le propos est étayé de cas précis, exposés sans enjolivures. Les manques scolaires des adolescents sont éloquents, parlent d’eux-mêmes. Ils ne comprennent pas le sens d’une question simple ! Le vocabulaire employé avoisine les 45 mots. La syntaxe est hachée, maladroite, à peine compréhensible.

Le décor est planté. 

 

 

      Pour ajouter au débat ou alimenter la polémique, selon, soulignons combien les atermoiements sur une baisse de niveau, réelle ou supposée, ne datent pas d'hier.

Socrate, déjà, fustigeait la déchéance de la jeunesse, son manque d 'éducation.

L'ironie veut qu'il ait été condamné à mort au motif d'être venu « corrompre les jeunes gens ».

 

Bref, immanquablement, le terme d'illettrisme, mot inventé en 1979 par ATD quart monde, refait surface (3).

On passe à l'analphabétisme avec virtuosité. A n’en point douter, les deux substantifs sont utilisés l’un pour l’autre, en une même réalité (4).

On fait l’économie d’une explication de texte. L’ambiguïté est savamment entretenue par ceux qui s’étonnent du manque de discernement des élèves d’aujourd’hui. Le bon usage des mots s’efface sans gêner le moindre professionnel - pourtant garant du bon usage de la langue. Le discours fait mouche, déchaîne les passions. Les exemples invoqués sont à couper le souffle. Tout le monde est convaincu. Pas de doute : le niveau baisse !

A charge, ensuite, aux professionnels de relativiser les résultats. Les uns discutent sur la nature des tests effectués. L’argument est recevable, les critères d'appréciation ayant changé avec le temps...

Aujourd'hui savoir lire, c'est comprendre un texte, écrire équivaut à savoir rédiger. Au début du siècle, savoir écrire équivalait à écrire correctement sous la dictée ou encore, savoir orthographier sans fautes. Savoir lire, c'était mettre le ton... Les autres invoquent la massification de la scolarisation « Jamais les citoyens français n’ont été aussi diplômés. Jamais une génération n’a pu porter au baccalauréat une proportion aussi grande de ses individus depuis sa création sous Napoléon, le 17 mars 1808. De 59 287 admis en 1960, nous sommes passés à plus 520 000 depuis 2006. »(5)

L’argument, lui aussi est acceptable, car enfin, il faut bien admettre qu'autrefois, le non admis au baccalauréat (ceux au-delà des 60 000 en 1960) se résignaient à sortir du système scolaire, n’étaient donc pas évalués. Pourtant, à l'évidence, un phénomène de déclin de certaines acquisitions existe bel et bien. « Parce qu'ils ne lisent pas très bien, parce qu'ils manquent de vocabulaire. » (6), constate Danièle Sallenave. Le malaise est palpable. A classe d'âge égal, les élèves scolarisés actuellement produisent davantage d'erreurs orthographiques.

Des études récentes relèvent cette réalité préoccupante alors qu’elles défendaient la proposition inverse jusqu’à récemment.

Ce phénomène enclenché dans les années 1990 s'explique aisément :

Du côté de l’école, on peut observer principalement :

- la multiplication des matières (anglais, informatique dès le primaire... Le temps n'étant pas extensible, il y a bien des matières qui ont dû « souffrir » de cet ajout. Manifestement, l’une des principales étant le français),

- une grammaire et orthographe parfois délaissées (ce n'est pas toujours plaisant à travailler tant pour l'élève que le maître),

- l'abus de photocopies (il y a tant à dire quant à l'usage de la photocopie... j’y reviendrai).

Du côté des élèves, on observe :

- la disparition des livres au profit des jeux vidéos (L’écrivaine Danièle Sallenave s’est inspirée de ses interventions en collège et lycée effectuées dans le Sud de la France pour marquer – et s’inquiéter – de ce phénomène visible de désaffection de la lecture. Son livre intitulé : « Nous, on n’aime pas lire. », cf bibliographie, dresse un constat peu rassurant pourtant non dénué d’espoir.) .

 - la généralisation de l'utilisation d'un langage "simplifié" dit "SMS".

les-lettres-s-envolent.jpg

Cependant, dresser un constat ne suffit pas. Analysons les chiffres de près. Que constate-t-on ? Sur ces 3 100 000 personnes en situation d'illettrisme, la moitié a plus de 45 ans. (7)

En contradiction avec l'observation précédente, le gros du score d'illettrisme enregistré n’est pas attribuable aux jeunes (n’incombe donc pas au système scolaire présent).

Mais - contre toute attente – est imputable aux personnes âgées de plus de 45 ans (donc issues du système scolaire précédent.)

Un analyste de mauvaise fois en déduirait l’inefficacité de l’école d’antan - de la « vieille école ». Cela démontre - affirmerait-il avec une conviction sans faille - et ce de manière chiffrée (sous-entendue scientifique) que l'école moderne est bien plus efficace !

Là encore, gardons-nous des interprétations rapides. Il nous manque une information essentielle : Ces illettrés, nés avant 70, qui sont-ils ?

Ont-ils bénéficié d’une scolarité courte, moyenne ou longue ? Sans cette information, aucune supputation, aucune explication n'est possible.

 

En l’absence de réponses, des chercheurs volent à notre secours. Suite à des études abondantes et rigoureuses, dressant des hypothèses, des analyses fondamentales. Des informations qui portent à réfléchir, aident à saisir ce qui se joue. L’une des idées enrichissantes est celle décrite par Britt-Mari Barth.

Contrairement à l'opinion commune, souligne-t-elle le savoir n'est pas constitué une bonne fois pour toutes, immuable. La chercheuse s'étend sur les difficultés afférentes au savoir, rappelle les principes dont il est porteur. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... »(8)

Il s'agirait donc d'une construction personnelle, évolutive... Et qu'en est-il de son caractère posé, assuré, définitif ? ... Le savoir pourrait-il être comparable à un bâtiment non entretenu qui – pour le coup - se désagrégerait avec le temps, s'abîmerait, se fissurerait ? Le savoir serait-il réversible ? C’est-à-dire en progression avec l'entraînement et, à l'inverse, régressif sans ?

Ainsi, les règles de grammaires s'oublieraient-elles peu à peu, doucement ?

Pour le savoir, il n'est qu'à vouloir passer un concours tardivement (ce qui est mon cas - ayant baigné dans le monde ultra-libéral du prêt-à-penser féminin près d'une décénnie.), ou plus familièrement, il suffit de se (re)plonger dans la leçon de son enfant pour mesurer les affres de la mémoire.... « Comment faisait-on cet exercice, déjà ? … C'est quoi, déjà, ce théorème ?... C'est quoi cette querelle entre les anciens et les modernes ?... Ah, oui, je me rappelle ! » Heureusement, nous nous inclinons (discrètement, le plus souvent) sur la leçon, le cahier, le livre et – miracle - les souvenirs, les règles reviennent. L’honneur est sauf.

Autre résurgence du phénomène :

Les émissions où un enfant de 10 ans triomphe de savoirs adultes, remporte la palme des connaissances.

 

 

De quoi enorgueillir des générations d’enseignants.

Une belle revanche, finalement, non ?

Alors, l’élève « dizenaire » serait-il un « surhomme » ?

La réalité est plus triviale. L’enfant chéri est préparé au « programme », poursuit un travail actif, une préparation (un conditionnement ?) tout bau long de l'année. L'autre, doit se contenter de multiplier les souvenirs. Or, remettre en place d'anciennes connaissances, de vieilles procédures est coûteux en temps et en énergie. Aussi, ne nous y trompons pas, si l'activité cérébrale n'est pas sollicitée sur le sujet de référence, si la pensée n'est pas activée, la potentialité à répondre rapidement, correctement à une question sera moindre.

En outre, le lien entre «entraînement » et résultats ne doit pas être sous-estimé non plus. Stanislas Dehaene est là pour nous le rappeler, les neurones "inactifs" ou "mis en sommeil" sont "recyclés". Les savoirs seront donc oubliés.

 

Au reste, à la question "Le niveau baisse-t-il ?" La réponse du sociologue François Dubet est sans appel :

                                                     Oui, il baisse. 

francois-Dubet.JPG 

En raison de la massification, le niveau des élèves a baissé.

Plus inquiétant encore : les écarts se creusent.

 

Nous venons d'entrer dans une aire paradoxale où la maîtrise du français formel est moindre, certes, et pourtant n'exclut pas un désir d'écrire démultiplié.

La vigueur de ce phénomène se mesure à l'aune du nombre de livres reçus par les éditeurs. Les éditions « Actes Sud », par exemple, reçoivent pas moins de 500 désirs d'être publiés par jour, ce chiffre ne faisant qu'augmenter année après année.

C'est naturellement l'informatique et l'utilisation de logiciels de traitement de texte simples, efficaces qui favorisent ce phénomène. Tout à chacun aimerait avoir son heure de gloire, devenir un écrivain. Le déluge de livres soumis aux éditeurs, prouve - quoi qu'il en soit - de belles aspirations de principe, une belle vigueur d'écriture. Un désir de communiquer quelque chose. De demeurer ancré dans le présent par le biais de l'écrit. De quoi rester optimiste ?

Pas sûr...

      Chaque sketch d'humour recèle des vérités partielles. 

Ainsi, les écarts se creusent - les insuffisances orthographiques deviennent criantes - la vidéo humoristique d'Isabeau de R. recèle des réalités palpables, observables.

1) Un manque de respect croissant.  

2) Des lectures inexistantes.

3) Une pauvreté accrue du langage oral et écrit.

Face à ce constat préoccupant, il convient de mettre en place des parades, des stratégies, des dispositifs (Y compris la bonne vieille dictée, je le développerai.) pour fournir des alternatives, des gouvernails au bateau dérivant. D'en revenir à l'acquisition de concepts, d'outils pour ce qu'ils sont : une aide au pouvoir de l'expression, un médium propice à véhiculer des idées, des opinions, un moyen de se confronter les uns les autres. Y compris sa rébellion d'adolescent.

"Alain Bentolila cite cette «loi simple» de la linguistique: «Moins on a de mots à sa disposition, plus on les utilise et plus ils perdent en précision. On a alors tendance à compenser l’imprécision de son vocabulaire par la connivence. La pauvreté linguistique favorise le ghetto; le ghetto conforte la pauvreté linguistique.» L’enjeu des premières lectures est donc aussi celui de l’expression, et de la compréhension…" nous rappelle à juste titre Danièle Sallenave.

      

        En ce sens, enseigner les humanités, la maîtrise de la belle langue – au sens Schifftérien du terme – n’est  pas « une coquetterie de réactionnaire ». Il existe effectivement un lien étroit unissant la maîtrise de la langue et le développement d’une pensée pleine et entière. 


"Vivre sans lire, ce serait toujours vivre. Mais comme un corps sans âme. Comme un arbre sans la sève et le vent." Danièle sallenave

Yggdrasil, Peinture attribuée à Oluf Olufsen Bagge.

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(1) Le bluff éthiqueFrédéric Schiffter – J’ai lu, essai, 9089, isbn : 978-2-290-01705-0, p 79..

(3) Illettrisme : Personnes de plus de 16 ans, qui, bien qu'ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire et à comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne et/ou ne parviennes pas à écrire pour transmettre des informations simples. » Source: Enseigner le français n°7, Lutte contre l'illettrisme, lutte contre l'analphabétisme, Yves Guérin, doyen honoraire du groupe de l'enseignement primaire de l'inspection générale de l'éducation nationale.

(4) L'analphabétisme fonctionnel touche des personnes non scolarisées ne sachant pas lire du tout. L'illettrisme exprime une impossibilité à répondre à des questions précises sur un texte, donc est relatif au sens et non au décodage. Les élèves en situation d'illettrisme savent lire mais ne comprennent pas (tout ou partie) de ce qu'ils lisent. Le problème étant de savoir ce que l'on met dans ce tout ou partie...

(5) Perdons-nous connaissance ? Lionel Naccache. P 119 ; L’exemple vaut pour les chiffres avancés, non pour une quelconque prise de position. (6) Danièle Sallenave, nous, on n’aime pas lire , P 75.

(7) Danièle Sallenave, nous, on n’aime pas lire , P 75.

(8) P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 09:27

Portrait-de-Victor-Hugo-par-Leon-Bonnat--1879---conserve-.jpg« L’avenir de l’humanité reste indéterminé, 

parce qu’il dépend d’elle. »

Henry Bergson (1932) 

 

 

« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?

Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?

 

Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;

Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement

Dans la même prison le même mouvement.

Accroupis sous les dents d'une machine sombre,

Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,

Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,

Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer. »

 

Melancholia, Victor Hugo.

"En s'en allant, il emporta la peine de mort avec lui."

Robert Badinter.      

 

Aux combats contre la résignation. 

             A l’éradication de l’humeur méfiante du monde.

Le premier humain était un être à part, un primate « raté » remarque Albert Jacquard, c’est à dire, quelqu'un de « rien », un individu qu’on ne regarde pas, une injure à la « norme ». Toutes les grandes avancées humaines s'arrachent aux déterminismes de leur époque, sont des victoires remportées sur des pensées traditionnelles écrasantes.

Résister au conformisme réclame un certain courage - pas de l’héroïsme - juste l’affirmation d’une différence, juste ne pas laisser dissoudre sa manière de penser dans l’acide de la « bien-pensance ».  

 

Victor Hugo – est un écrivain des travailleurs de l’amer – de la misère. En combat contre les fatalités. Il était ami de Victor Schœlcher

 

Victor-hugo---video.JPG

L’universitaire Arnaud Laster parle des combats de Victor Hugo.

Toute la lyre :

XX Ce que vous appelez

Ce que vous appelez dans votre obscur jargon :

Civilisation du Gange à l’Orégon,

Des Andes au Thibet, du Nil aux Cordillères,

Comment l’entendez-vous, ô noires fourmilières ?

De toute votre terre interrogez l’écho.

Voyez Lima, Cuba, Sydney, San-Francisco,

Melbourne. Vous croyez civiliser un monde,

Lorsque vous l’enfiévrez de quelque fièvre immonde,

Quand vous troublez ses lacs, miroirs d’un dieu secret,

Lorsque vous violez sa vierge, la forêt ;

Quand vous chassez du bois, de l’antre, du rivage

Votre frère aux yeux pleins de lueurs, le sauvage,

Cet enfant du soleil peint de mille couleurs,

Espèce d’insensé des branches et des fleurs,

Et quand, jetant dehors cet Adam inutile,

Vous peuplez le désert d’un homme plus reptile,

Vautré dans la matière et la cupidité,

Dur, cynique, étalant une autre nudité,

Idolâtre du dieu dollar, fou qui palpite,

Non plus pour un soleil, mais pour une pépite,

Qui se dit libre, et montre au monde épouvanté

L’esclavage étonné servant la liberté !

 

Oui, vous dites : Voyez, nous remplaçons ces brutes ;

Nos monceaux de palais chassent leurs tas de huttes ;

Dans la pleine lumière humaine nous voguons ;

Voyez nos docks, nos ports, nos steamers, nos wagons,

Nos théatres, nos parcs, nos hôtels, nos carrosses ! -

Et vous vous contentez d’être autrement féroces !

Vous criez : - Contemplez le progrès ! admirez !

Lorsque vous remplissez ces champs, ces monts sacrés,

Cette vieille nature âpre, hautaine, intègre,

D’âmes cherchant de l’or, de chiens chassant au nègre,

Quand à l’homme lion succède l’homme ver,

Et quand le tomahawk fait place au revolver !."

Victor Hugo.

victor Hugo - 93 - Vidéo

       Edgar Morin (1) insiste sur une valorisation du dissemblable, une protection de la déviance. Penser différemment, prendre position contre la majorité, voilà la véritable formule, voilà une vision du « rebelle » plus réaliste – ma foi dix mille fois plus proche - du courage. 


Olivier Reboul (2) insiste : l’écriture, le style, le talent s’inscrivent dans des propositions  flamboyantes, imprévisibles, non mécanicistes de la langue. L’inspiration réclame une critique, un recul, une implication personnelle, des univers inédits, débordants, provocateurs,  un nouveau rapport au monde, enrichissant, faisant voler en éclat bien des dogmes. La différence – reconnaissons - est probablement une clé, une chance. « Après tout, Mozart, et Beethoven, Rousseau et Nietzsche, Van Gogh et Gauguin furent des inadaptés et leur génie [substituons à génie - je tiens à cette nuance - le substantif « Art »] tient à leur inadaptation elle-même. »(3) 


Naturellement, admettre les cafouillages, entendre les voix discordantes n’est pas rallier les poncifs juvéniles, cautionner les croyances faciles de la différence forcément « géniale », de l’atypisme incompris. Simplement en faire  - froidement, posément – un champ du possible, le voir comme l’émergence d’une possibilité. D’un potentiel peut-être intéressant…

 

Victor-Hugo---dessins.JPG

Certains hommes luttent fort heureusement pour défendre cette position. Ca fait du bien de les entendre : « La société.-  exhorte Jean-Pierre Ollié - à se ré-interroger sur son attention à la prise en compte des  capacités de chacun [...]  Redevenir des humanistes et non pas simplement des techniciens. »  Prendre « en considération l'ensemble de l'individu. » (4)

 

Le sublime ne dépend pas d’un simple raisonnement logique ou d’une éducation banale,

mais constitue une résistance,

une résurgence de l’étrangeté,

un état de guerre contre les évidences. 


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(1) Sciences avec conscience, p 33« il est vrai que le surgissement et le développement d’une idée neuve ont besoin d’un champ intellectuel ouvert, où débattent et se combattent théories et visions du monde antagonistes ; s’il est vrai que toute nouveauté se manifeste comme déviance et apparaît souvent soit comme menace, soit comme insanité aux tenants des doctrines et disciplines établies, alors le développement scientifique, dans le sens où ce terme comporte nécessairement invention et découverte, nécessite vitalement deux conditions : 1) maintien et développement du pluralisme théorique (idéologique, philosophique) dans toutes les institutions et commissions scientifiques ; 2) protection de la déviance. Nécessité de tolérer/ favoriser les déviances au sein des programmes et institutions… ».

 

(2) Olivier Reboul, La philosophie de l’éducation, op. Cit.P 25 «Montaigne et Rabelais, Gide et Proust ont appris la même langue, mais chacun, au delà des clichés, a su trouver son propre style et s’exprimer, lui. »

 

(3) Olivier Reboul, op. Cit., P 24.

 

(4) Jean-Pierre Ollié, France culture, avec ou sans rendez-vous, émission d'Olivier Lyon Caen,  La santé mentale des français, du mardi 3 novembre 2009.

 

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SITES 

 

Culture.gouv.

 

France Culture. Le Choix du noir.

 

@lalettre.com

 

Victor Hugo dessinateur.

 

Nuageneuf - Victor Hugo.


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Ceux qui vivent, Victor Hugo [passé la référence religieuse...]

Une belle interprétation d'Anaïs Gabay

      "Et j'aimerais mieux être, ô fourmis des cités,

Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,

Un arbre dans les bois qu'une âme en vos cohues !"

 

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 11:47

Quelqu’un aurait-il jamais cru Qu’un Lion d’un rat eût affaire ? « Ramasse dans tes filets ce qui échappe à tout filet ! »
Ray Kurzweil (1) P 97.


 

  

 

    

  

Le Lion et le Rat.

   

« Or ce n’est pas assez que notre éducation ne nous gâte pas,
 il faut qu’elle nous change en mieux. »
Montaigne, les essais (3) P 172.


En quoi consiste le travail de l’enseignant ?

 

Est-ce une transmission des savoirs anciens, brute, accompagnée du sempiternel « apprentissage par cœur » ?

 

Est-ce une capacité de « lecture des informations et savoirs divers » basée sur des « grilles de lectures » stéréotypées – validées – qui aboutiraient immanquablement à décrypter toute la culture humaine d’une manière ferme et définitive ?

 

Se contenter de l'un, ou de l'autre est bien sûr aussi réducteur qu'insuffisant. 

Entre la copie reproductive d’un savoir  plaqué et la lecture interprétative à travers un filtre prédigéré (par d’autres) n’y aurait-il pas la possibilité d'une voie médiane ?

 

yves citton 

Ecoutons l'Académicien Marc Fumaroli nous parler de ce savoir « validé par le temps », appelé communément « humanités ».

Pour lui, "Ce pluriel définit un choix éducatif. C’est avant tout un programme d’enseignement, c’est même, selon son acception dans la très longue durée européenne, le contenu par excellence de l’enseignement à donner aux jeunes gens appelés à devenir des hommes et des femmes civilisés." 

 

Des textes - des jugements, des pensées, des sensibilités d'autrui - à partir desquels l'on va exercer son esprit critique, confronter les points de vue, mettre en tension "entre-choquer  deux mots, deux paroles, deux époques, deux contextes, deux systèmes de valeurs, deux visions du monde" à fin de nourrir "L’interprétation inventrice" développée par Yves Citton. (1) p 91.

 

Avant toute chose, nous nous devons de connaître, d’apprendre, d’ « emmagasiner » des connaissances.
Tous ces savoirs (pratiques, expérimentaux, intellectuels) constitueront le substrat de notre humanité. Ce dont nous sommes faits.
 

Ainsi, interroge Yves Citton : « Aurai-je interprété de la même manière Tiphaigne, si je n’avais pas aussi lu préalablement Diderot, Spinoza, Hegel, McLuhan, Foucault, Baudrillard et Latour ? Tiphaigne, quant à lui, n’aurait certainement pas écrit le même livre, s’il n’avait lu Lucrèce, Lucien, Descartes, Montfaucon de Villars ou Swift. » (1) p 104.
 
C’est à partir de cet  héritage culturel exigeant et pertinent que nous allons baser nos réflexions. D’abord parce que nous ne pouvons pas réinventer un savoir vieux de plus de 3 000 ans (nous n’en aurions ni le temps ni la capacité intellectuelle pour ce faire). Nous devons donc penser – comme l’indique Etienne Klein, parfois en « méconnaissance de cause ». Ensuite, parce que ce savoir est parfois hors de notre portée, par exemple, en mathématiques (matière qui n’est pas mon fort – je dois dire), je suis bien obligée de faire confiance « aux experts » pour m’informer des dernières avancées astrophysiques.   

 

Samson aveuglé par les philistins, Rembrandt, 1636. 

Néanmoins, si nous sommes tous porteurs de « La tache de Mariotte » cette caractéristique  biologique qui rend une partie de notre rétine aveugle, cela ne nous rend pas incapables de "voir" pour autant. 

Aussi, en dépit de ce point aveugle exempt de photorécepteurs, de ce caractère défavorable, nous cerveau va-t-il mettre en place des stratégies de « compensation ». A partir de ces dernières, nous allons (re)découvrir le monde, nous allons nous le (re)présenter.
 

Des liaisons se créent, des rapprochements s’effectuent, une interprétation émerge et l’intelligence surgit.

 

L’intelligence ne serait-elle que l’occasion de se ressouvenir ?

 

Raphaël Enthoven cite un passage éclairant tiré de Hume…

«Puisque rien n’est jamais présent à l’esprit que des perceptions. Puisque toutes les idées produites proviennent de  quelque chose qui a été précédemment présent à l’esprit, il s’ensuit qu’il nous est impossible ne serait-ce que de concevoir ou de former une idée d’une chose spécifiquement différente des idées ou des impressions. Fixons notre attention hors de nous même autant que possible, hasardons notre imagination dans les cieux  ou jusqu’aux limites ultimes de l’univers. En réalité, nous n’avançons pas d’un degré au-delà de nous-même et ne pouvons concevoir aucune sorte d’existence hormis les perceptions qui sont apparues dans ces étroites limites. C’est l’univers de l’imagination et nous avons d’autres idées que celles qui y sont produites. » (Raphael Enthoven et Frédéric Brahami, professeur à l'Université de Franche-Comté - Besançon. Hume. L'imagination 3/4 : Hume, l'imagination entre fiction et raison Les chemins de la connaissance, France Culture, du 12-5-2010) 

 

Denis Diderot écrit dans « Le rêve de d'Alembert » : « L'imagination, c'est la mémoire des formes et des couleurs. Le spectacle d'une scène, d'un objet, monte nécessairement l'instrument sensible d'une certaine manière. Il se remonte ou de lui-même, ou il est remonté par quelque cause étrangère. Alors il frémit au-dedans, ou il résonne au-dehors. Il se recorde [Recorder : répéter, se rappeler.] en silence les impressions qu'il a reçues, ou il les fait éclater par des sons convenus. » (2) p 63.   Portrait de d’Alembert par Maurice Quentin de Latour  Yves Citton - tout comme Marc Fumaroli - souligne l’importance jouée par de notre héritage culturel :
 « … chacun de nous hérite de l’ensemble coagulé (indistinct et confus) de toute notre culture passée à travers le vocabulaire fourni par la langue commune, dans laquelle nous baignons depuis notre naissance, l’enjeu propre à l’interprétation (littéraire) consiste à isoler un fragment singulier de cette culture, afin de repérer dans les détails de ce fragment ce qui n’est pas passé dans notre conscience linguistique de façon explicite, mais qui contribue à jeter une lumière éclairante et nouvelle sur nos problèmes actuels. » (1) P 89.

 

C’est à partir de mes connaissances, expériences, savoirs de tous bords que je vais développer – comme l’indique Yves Citton : « mon activité interprétative ».

 

Cette dernière trouvant sa place :
«  Entre la fidélité du littéralisme et de l’historicisme, d’une part, et les réinventions interprétatives actualisantes casseuses de clichés, d’autre part, il n’y a pas contradiction, mais tension dynamique. » (1) P 90.

 

 Le professeur de littérature développe :  
« L’interprétation littéraire relève d’un  jeu de transduction dans la mesure où elle fait passer un texte ou une phrase non seulement d’une époque à une autre, mais aussi d’un domaine de savoir à un autre, d’une référence à une autre, à travers les différences, les disparités, voire les incompatibilités qui les séparent.
Ce jeu consiste à sélectionner un élément textuel, à le sortir de son contexte original, à le déplacer pour le faire entrer dans la résonance d’un contexte nouveau, et à laisser se propager les résonances qu’il induit, de proche en proche, dans ce nouveau contexte. » P 91.

P 97 : "…il s’agit de repérer ce qui est véritablement significatif (et réellement nouveau) , en ce qu’il va au-delà des clichés déjà disponibles dans mon état de conscience actuel. "

 

Il s’agit - encore - de passer d’une…
 « « reconnaissance spontanée » et de nous pousser à un travail de « reconnaissance attentive » qui, au lieu de nous faire retomber su du déjà-connu (remémoré), nous fait « pressentir » de nouvelles formes de syntaxe, de versification et de sémantique. » (1) P 99.

 

Quelle serait la génèse de l’invention ? :

 

« Le moment de l’invention (le surgissement d’une bonne idée nouvelle) est précédée en amont par tout un travail d’enquête (généralement livresque) et de réflexion (généralement collective) ; il est suivi en aval de toutes les opérations de vérification qui établissent qu’il ne s’agit pas d’une fausse bonne idée, mais d’une véritable découverte.
… c’est à partir d’une certaine intuition de départ qu’on aura dirigé l’enquête de ce côté-ci plutôt que d’un autre. En y regardant de plus près, on verrait que cette intuition de départ résulte elle-même probablement d’une enquête précédente, d’une ancienne question ou d’une vieille lecture… » (1) P 103.

 

Ray Kurzweil… « Ramasse dans tes filets ce qui échappe à tout filet ! » Autrement dit : « Repère l’irrepérable ! Comprends l’incompréhensible ! » (1) p 97.

 

Rappelez-vous Deleuze : Se nourrir de tout et donner à penser.  

Sinon ?

 

« Quand on n’est plus foutu de devenir soi-même,
on est le plus exposé aux gens qui vous font devenir ce qu’ils veulent que vous soyez ! »
 

Lucien Jerphagnon,
Philosophie magazine, n°42, spt 2010, p41.

 

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(1) Yves Citton , L’avenir des humanités, économie de la connaissance ou culture de l’interprétation ? La découverte, Paris, 2010, isbn : 978-2-7071-6009-6


(2) Denis Diderot, le rêve de d'Alembert, folioplus philosophie, barcelone, 2008, ISBN : 978-2-07-035769-7

 

(3) Montaigne, les essais, Quarto Gallimard, paris 2002, ISBN : 978-2-07-012242-4.


Yves Citton reprend le story Telling développé par Christian Salmon,

il n’hésite pas à citer ses « inspirations » et ses sources.

 

 

 

 

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Sites

 

Denis Diderot, "le rêve de d'Alembert" - Philippe Sollers .

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 08:09

« L’écriture est la peinture de la voix :
plus elle est ressemblante, meilleure elle est. »
Voltaire,
nina-catach en 1947Nina Catach,
(1), P 37.

 
 

 

 

  

La parole, la langue (orale ou écrite) sont non seulement solubles, labiles dans le temps mais détiennent un pouvoir politique.

 

Nina Catach, dans un livre consacré à « L’orthographe » (1), le démontre magistralement.

 

Elle y dénonce l’illusion d’une orthographe fixe, donnée une fois pour toutes, logique (issue de l’étymologique), dénuée d’arbitraire, d’erreurs interprétatives – ou pire exempte de « coquilles ». Bref, d’une orthographe « parfaite » - quasi « divine » comme par « hasard », la nôtre.

« L’orthographe n’est pas « naturelle » - n’hésite-t-elle pas à écrire - le langage lui-même, qui échappe à l’homme ne l’est pas. » (1) p 44.
Sa construction n’est qu’un perpétuel « aller et retour du « modernisme » au « conservatisme ».

« Première édition de L’Académie (1694).
C’est l’orthographe des greffes royaux qui est en principe choisie par la nouvelle Académie française crée par Richelieu en 1635. La prise de position de Cahiers de Mézeray, chargé par l’Académie de déterminer les règles d’orthographe à suivre dans le Dictionnaire, est suffisamment explicite à cet égard : « La compagnie, dit-il, déclare qu’elle désire suivre l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorans et les simples femmes… » (Note de bas de page : Les femmes avaient rarement droit au latin. Elles ont souvent lutté aux côtés des modernistes, depuis Marguerite de Navarre (protectrice des imprimeurs et des poètes) jusqu’à Mme de Rambouillet ou mme du Deffand. Leurs attaques agaçaient les grammairiens. Ainsi, l’orthographe des Précieuses, que F Brunot lui-même ne semble pas prendre au sérieux, n’était effectivement pas une invention de salon comme le prouve le dictionnaire de Somaize. Mme de Sévigné, brocardée traditionnellement pour son orthographe, et taxée (bien à tord) d’ignorance et de légèreté, mérite d’être réhabilitée : élève de Ménage, elle présente tout simplement les traits de la prononciation et de l’orthographe de son temps et de son milieu, avec un usage modernisé bien supérieur à la moyenne des manuscrits de l’époque (consonnes muettes supprimées en grand nombre, ainsi que certaines consonnes doubles, mots grecs francisés, ai pour oi, s pour z final, suppression du h, ex : orizon pour horizon ; an pour en, ex : tandresse, assamblée, etc. On retrouve aisément ici l’influence des réformateurs de son temps, eux-mêmes en accord avec les traditions du Moyen Age et de la Renaissance.) » P 32.

 

Elle conclut par une phrase pleine de bon sens … … il plaira à l’usage de modifier ou de proscrire.

 

La langue est variable, et c'est justement ce que nous explique Irène Rosier Catach dans cette vidéo :

 

  Remerciements à Irène Rosier Catach, Bruno Ambroise mais également

à l'inventeur de ces merveilleuses rencontres que sont les conférences de Cité philo, Gilbert Glasman, d'avoir si spontanément accepté la diffusion de ces "petites citations audio".

   

"Il faut simplement réguler la langue à un moment donné.

Les langues sont variables, elles sont le produit de la nature humaine.

Il faut construire - ensemble - une langue commune."

Irène Rosier Catach.

 

Naturellement, il nous appartient "de comprendre et de juger cet héritage, en perpétuel mouvement."

 

Et c’est – justement – le travail entrepris par la linguiste Irène Rosier Catach dans son étude du « Traité de l’éloquence en vulgaire », de Dante édité chez Fayard.

 

 

  (Article réalisé à partir de la conférence : 

 Cité philo,  26/11/11, intitulée : "L’importance politique de la langue commune." )

 

Contexte historico-culturel :                                 

 

 Rappel rapide des écrits de Dante...

 

                                 "Viva Nova"
Dante a écrit       "Le Banquet" pour ceux « qui n’avaient pas eu la chance de manger du pain des anges. »
Il éprouve la nécessité de parler en langue « vulgaire » même aux femmes.
                                 
1304Le "Traité de l’éloquence en vulgaire" (non médiatisé à l’époque).
                                                                               La "Comédia"
                                                                             De "Monarchia"

 

 1324 : reparaît le traité de l’éloquence au cours d’un contexte lié aux discussions à propos de la langue.

 

Précisions nécessaires :

 

Le traité de l'éloquence en vulgaire n'est pas une préparation à "la comédia", c'est un écrit indépendant.

 

Pour Dante le langage, c’est la « locutio » (le parler à autrui), il permet le commerce entre les hommes (autrement dit : l’interlocution).


A l’époque, on oppose deux parlers :
 

Le « parler vulgaire »                                   et le "parler réglé"... « regulata ».
(vulgaire = langage ordinaire)                        Secondaire
                                                                          ( celui des lettres, appris à l’école, figé)

 

Durant la période aristotélicienne, les savants ont posé les bases d’une « grammatica » : un latin savant pour se comprendre, pour développer les sciences, née du consensus des savants (Un parler élitiste – donc – à la fois d’inclusion pour les initiés et d’exclusion  pour le « vulgaire », la masse, le non-savant (Cf pour plus de précisions, la 3ème vidéo).

 

Chaque métier dispose de sa langue, de son langage. D’un quartier à l’autre, parfois, les hommes disposent de leur propre dialecte, ils ne se comprennent plus. Selon certains, se référant à la bible, cela constituerait une punition divine. La sanction ultime d’un Dieu courroucé envers des hommes pécheurs.

   

  Remerciements à Irène Rosier Catach, Bruno Ambroise mais également

à l'inventeur de ces merveilleuses rencontres que sont les conférences de Cité philo, Gilbert Glasman, d'avoir si spontanément accepté la diffusion de ces "petites citations audio".

 

"Il y a un renversement, là, absolument formidable."

Irène Rosier Catach.

 

A l'époque, il existe une hiérarchie des êtres, une hiérarchie des communications (les hommes tiennent leur place entre les animaux (régis par des instincts : Aristote, Avicenne) et les anges).

 

Dante se base sur Aristote et les commentaires d’Aristote (c’est-à-dire à partir de la philosophie) ainsi que sur la genèse (côté théologique) afin de bâtir son "Traité"… L’histoire linguistique des hommes passe forcément par la genèse où seul l’homme est doué de langage.

 

Mais il le fait à sa manière, c’est-à-dire d’une façon originale et subversive.

 

Pour Dante : Eve serait le premier être doué de locutio... 

 

Il revisite l’histoire biblique.

 
Pour Dante, c’est Eve qui est le premier être parlant lorsqu’elle s’adresse au serpent.

Il s’agit ici d’un « parler » infus/ inné/ d’un don de Dieu…

Imaginez le tollé qu’aurait provoqué cette assertion si Dante avait maintenu son hypothèse.

 

Mais bien vite – contraint ou terrassé par le poids de ses propres préjugés ? – il se reprend et efface l’idée d’une Eve porteuse de langage premier au profit d’Adam.
Les clercs ont dû respirer.

Là encore, il revisite – ou peut-être se crée-t-il une porte de sortie ?


Adam, aurait été le premier homme doué de langage en remerciant Dieu de l’avoir créé.

 

Autre coup de tonnerre : Dante, ardant défenseur du « vulgaire illustre ».

 

Le "Vulgaire illustre" de Dante :

 

C’est un vulgaire qui illumine. Illustre, voulant dire illuminer.
Pour lui, la variabilité des langues n’est pas un problème. 

En prenant les différentes langues vulgaires parlées dans les quartiers mais en se basant sur la pratique des poètes qui résident dans ces quartiers (et se faisant - pourtant - comprendre de tous), veut-il créer un « unum » qui n’empêchera pas la diversité.

 

Pour Dante, la langue des poètes doit « éclairer » les usages linguistiques. Elle joue un rôle politique. « Rhetor – rector » : le rhéteur doit être recteur.

Cela vient de la "police" d’Aristote (L’homme peut vivre dans différentes sociétés mais dans chaque communauté, il faut des « chefs ».  Des bergers qui serviront de guide.

 

La civitates (collectivités) c’est la communauté humaine.

L’important c’est de trouver une langue commune.

Convivencia (convivialité dans le sens de vivre ensemble, d’une coexistence harmonieuse).

 

 

 

"Le latin est la langue du savoir.

L'anglais est une langue économique.

Il faut s'entendre, mais ne pas imposer une langue commune."

Irène Rosier Catach.

 

"Un intraduisible, c'est quelque chose qu'on n'arrête pas de retraduire."

Barbara Cassin.

   

"C'est un idéal."  

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 (1) "L’orthographe », PUF, Que sais-je ? N° 685, Paris, 1997

 

        Dante, de l’éloquence en vulgaire, Fayard

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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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