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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 08:59
« l’âme et la science, tout ensemble. » Hercule Salvinien Cyrano de Bergerac - photographer : Maleonn MA.

« l’âme et la science, tout ensemble. » Hercule Salvinien Cyrano de Bergerac - photographer : Maleonn MA.

Photo :  Maleonn Ma

 

Savinien Cyrano de Bergerac est une sonnerie de téléphone portable sortie du néant. 


Secoué vivement de votre conférence ennuyeuse, votre doigt bondit à la recherche de l’icône tactile. Impossible de décrocher – écran verrouillé – vous déboulez alors vers la sortie « Rob zombie : Foxy foxy. » tonitruant en main.

La force du métal ajouté aux riffs tapageurs offrent un contraste saisissant au ton lénifiant, cotonneux du conférencier - Hégélien de surcroît.  Imaginez les déplaisirs que ça cause.
Les auditeurs endormis - les somnolents convaincus à peine une seconde en arrière de finir leur nuit sereinement - sursautent. Une telle activité au milieu de la soufflerie ronronnante, un tel remue méninge au centre des écoutes flottantes nimbées de pensées de basse intensités, égales, ce n’est point une tentative d’assassinat, diantre, non, c’est un crime ! 
Des auditeurs ronchonnent, maugréent, montrent les gencives.
Dans ces conditions, votre accélération motrice est de mise. Votre discrétion impossible.
Votre pied bute contre une chaise.
 

Maleonn  Ma - Bruits

Maleonn Ma - Bruits

Vous avez beau bondir, charger, foncer, la sortie semble s’éloigner à mesure des mètres parcourus. La chose n’est pas impossible. Zénon d’Elée avait narré ce paradoxe. Achille, sûr de sa victoire, accorda à une tortue 100 longueurs de bonus. Or, tandis que ce dernier s’élançait, plein d’énergie vers cette dernière, la bestiole reptilienne, de même, progressait à menus pas. Aussi, en vertu de la « théorie de la rugosité » développée par Mandelbrot, propriété hologigogne de la géométrie fractale, Achille ne parviendra jamais à rejoindre cette satanée nature récursive. 


La distance, donc, séparant un coureur de la porte se peut donc agrandir au carré de la conscience développée par cet individu de la mesure qu’il lui reste à parcourir.
En gros, pour faire simple, apprenez ce théorème par cœur :

 

La lucidité accroît les distances séparant tout individu du réel au cube des avancées de sa conscience.  
 

Maleonn Ma - Voyage vers la lune.

Maleonn Ma - Voyage vers la lune.

La salle devant cette femme du XXIème siècle ne sachant point se servir d’un portable est médusée !  Une folle autant dire, qui avait l’air bien, adepte de l’acier symphonique pourtant, déboulant dans cette belle ordonnance, courant, fanfare métallique en main. 


Dans quel monde vit-on ?
 
Enfin, votre main se pose sur le battant. Arrivée – essoufflée, visage rougi à la sortie. 
L’appel se coupe.
Une main compatissante se pose sur votre épaule : 
- Ça va ? Pas trop grave... 
Vous regardez le portable à nouveau sans prononcer un mot. 


Dans la salle : 300 paires d’yeux sont tournées vers vous.
 

Maleonn Ma - Nuage

Maleonn Ma - Nuage

Vous l’aurez compris, Hercule Savinien est un mousquetaire Scotch-Brite : il astique les surfaces et récure en même temps.


Côté rêche, poil à gratter, il s’attaque aux résidus, pourfend les infirmes du savoir, prend en embuscade les poltrons, les serviteurs à la paillasse, montre les dents, combat les marionnettes incarnées, pousse à l’égout les jaseurs et frétilleurs, les adorateurs de la bêtise et autres trompeurs aux pensées convenues, du côté lisse, il balaye les croyances paralytiques, les idées reçues, les pseudo-sciences et moult avocats de l’ignorance. 


Ca donne côté rosse : 


« Messire Jean,
Je m’étonne fort que sur la chaire de vérité vous dressiez un Théâtre de Charlatan… » p 148
« Monsieur, … j’ai presque été forcé de vous écrire avec mon épée, tant il est glorieux d’écrire mal parmi des personnes dont les plumes ne se taillent point. » p 164
 

Maleonn Ma - Man posing with a large.

Maleonn Ma - Man posing with a large.

Côté essuie tout, la première lame soulève les opinions toutes faites, la seconde fauche le ridicule avant qu’il ne retombe.
Les tournures sont réjouissantes, jubilatoires.
Les figures de style pleuvent. Le voyage atmosphérique commence. 
La lumière crue dégringole et renverse tout droit les lieux communs, foudroie les usages nuisibles,  le dépotoir . Éclaboussure allongeant chaque corps d’une longue flaque de clarté. 


Science et beau langage font force et rage de penser.


Jugez plutôt :
Cyrano s’élève vers la lune à l’aide de « fusées, qu'on avait disposées six à six », des fioles de rosée, de chariots de fer portés par un aimant, de vols d’oiseaux. 
Il imagine les baladeurs :
« Lorsque j'ai depuis réfléchi sur cette miraculeuse invention de faire des livres, je ne m'étonne plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédaient plus de connaissance, à seize et dix-huit ans, que les barbes grises du nôtre; car, sachant lire aussitôt que parler, ils ne sont jamais sans lecture; à la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à la ceinture, une trentaine de ces livres dont ils n'ont qu'à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s'ils sont en humeur d'écouter tout un livre: ainsi vous avez éternellement autour de vous tous les grands hommes, et morts et vivants, qui vous entretiennent de vive voix. Ce présent m'occupe plus d'une heure; enfin, me les étant attachés en forme de pendants d'oreilles, je sortis pour me promener …. » 1* p 105.
Il déclare l’unité de la matière, composée d’atomes ayant la même origine et de vide. 
Inverse les genres : les hommes marchant à 4 pieds marquant l’évolution * 1.


Hercule Savinien Cyrano de Bergerac donc, est un personnage haut en valeurs. 


Lequel inspira la pièce éponyme d'Edmond Rostand. 

Maleonn Ma -

Maleonn Ma -

Il mourra la pointe lumineuse à la main le crâne défoncé d’une poutre cadeau de ses ennemis offerte du haut d’un échafaudage. 

 

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Les Machines de Savinien :

 

L’excellent site consacré à Savinien Cyrano de Bergerac

 

fait état des empires scientifiques du poètes :

 

Cette boîte était trouée par en bas ; et par-dessus la voûte qui l'était aussi, je posai un vaisseau de cristal troué de même, fait en globe mais fort ample, dont le goulot aboutissait justement, en s'enchâssait dans le pertuis que j'avais pratiqué au chapiteau. 

Le vase était construit exprès à plusieurs angles, et en forme d'icosaèdre, afin que chaque facette étant convexe et concave, ma boule produisit l'effet d'un miroir ardent. 

 

 
 

Machine volante - première variante -   © Carelman - Galerie du Dragon - 1965

"Le vase était construit exprès à plusieurs angles, et en forme d'icosaèdre, 
afin que chaque facette étant convexe et concave, ma boule produisit l'effet d'un miroir ardent."       

 

Machine volante (deuxième version) 


"... j'avais disposé autour de ma boîte une petite voile facile à contourner, avec une ficelle dont je tenais le bout, qui passait par le bocal du vase... "


Machine volante - deuxième variante -  © Carelman - Galerie du Dragon - 1965

 

Machine volante (troisième variante) 


... le soleil qui battait vigoureusement sur mes miroirs concaves, unissant les rais dans le milieu du vase, chassait avec son ardeur par le tuyau d'en haut l'air dont il était plein... 




Maison mobile 



L'architecte construisit chaque palais, ainsi que vous voyez, d'un bois fort léger, y pratique dessous quatre roues ; dans l'épaisseur de l'un des murs, il place dix gros soufflets dont les tuyaux passent d'une ligne horizontale à travers le dernier étage de l'un à l'autre pignon, en sorte que quand on, veut traîner les villes autre part, car on les change d'air à toutes les saisons, chacun déplie sur l'un des côtés de son logis quantité de larges voiles au-devant des soufflets ; puis ayant bandé un ressort pour les faire jouer, leurs maisons en moins de huit jours, avec les bouffées continuelles que vomissent ces monstres, sont emportées si on veut à plus de cent lieues. 


Maison sédentaire 

Quand à celles que nous appelons sédentaires, les logis en sont presque semblables à vos tours, hormis qu'ils sont de bois, et qu'ils sont percés au centre d'une grosse et forte vis, qui règne de la cave jusqu'au toit, pour les pouvoirs hausser et baisser à discrétion. Or, la terre est creusée aussi profond que l'édifice est élevé, et le tout est construit de cette sorte, afin qu'aussitôt que les gelées commencent à morfondre le ciel, ils puissent descendre leurs maisons en terre, où ils se tiennent à l'abri des intempéries de l'air. Mais sitôt que les douces haleines du printemps viennent à le radoucir, ils remontent au jour de leur grosse vis dont j'ai parlé. 


Horloge à vent 




Robert Parkeharrison - Breathing machine 1


Le geôlier, ni ses guichetiers, ne montaient jamais à ma chambre, qu'ils ne me rencontrassent occupé à ce travail ; mais ils ne s'en étonnaient point, à cause de toutes ces gentillesses de mécanique qu'ils voyaient dans ma chambre, dont je me disais l'inventeur. 



Il y avait entre autres une horloge à vent... 



Maquette du Britisch Museum.

La machine ci-contre fut construite par Su-song en 1092 - ENS Lyon


Oeil artificiel 


... un oeil artificiel avec lequel on voit la nuit... 



Dragon de feu (première variante) 

 


 

Robert and Shana ParkeHarrisson

 

... quelques-uns dirent qu'il fallait attacher quantité de fusées volantes, pour ce que, leur rapidité les ayant enlevées bien haut, et le ressort agitant ses grandes ailes, il n'y aurait personne qui ne prît cette machine pour dragon de feu... car dès que la flamme eut dévoré un rang de fusées, qu'on avait disposées six par six, par le moyen d'une amorce qui bordait chaque demi-douzaine, un autre étage s'embrasait, puis un autre en sorte que le salpêtre prenant feu, éloignait le péril en le croissant. 


Chariot de fer 

... je pris de l'aimant... et le réduisis à la grosseur d'environ une balle médiocre... je fis construire un chariot de fer fort léger... j'entrais dans mon industrieuse charrette... et lorsque je fus bien ferme et bien appuyé sur le siège, je ruais fort haut en l'air cette boule d'aimant. Or la machine de fer que j'avais forgée tout exprès plus massive au milieu qu'aux extrémités, fut enlevée aussitôt, et dans un parfait équilibre, à cause qu'elle se poussait toujours plus vite par cet endroit. Ainsi donc à mesure que j'arrivais où l'aimant m'avait attiré, je rejetais ma boule en l'air au-dessus de moi. 


Livre parlant 


A l'ouverture de la boîte, je trouvais dedans un je ne sais quoi de métal presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quels petits ressorts et de machines imperceptibles. C'est un livre à la vérité, mais un livre miraculeux qui n'a ni feuillet ni caractères ; enfin c'est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles ; on n'a besoin que des oreilles. Quand quelqu'un donc souhaite lire, il bande, avec grande quantités de toutes sortes de petits nerfs, cette machine, puis il tourne l'aiguille sur le chapitre qu'il désire écouter, et en même temps il en sort comme de la bouche d'un homme, ou d'un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l'expression du langage. 


Savinien de Cyrano de Bergerac, Etats et empires du Soleil et de la Lune.

 

 

 

Encore et toujours notre conférie poétique en tête !

 

Les nouveaux chemins de la connaissance.

 

Par Raphaël ENTHOVEN, avec Jean-Charles DARMON  - La Lune 4/5: dans Cyrano de Bergerac. 

 

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L'Autre Monde ou Les États et Empires de la Lune –

Hercule Savinien Cyrano de Bergerac - GF Flammarion.

1* « Quand ce peuple me vit passer, me voyant si petit (car la plupart d'entre eux ont douze coudées de longueur), et mon corps soutenu sur deux pieds seulement, ils ne purent croire que je fusse un homme, car ils tenaient, eux autres, que, la nature ayant donné aux hommes comme aux bêtes deux jambes et deux bras, ils s'en devaient servir comme eux. Et en effet, rêvant depuis sur ce sujet, j'ai songé que celle situation de corps n'était point trop extravagante, quand je ne suis souvenu que nos enfants, lorsqu'ils ne sont encore instruits que de nature, marchent à quatre pieds, et ne s'élèvent sur deux que par le soin de leurs nourrices qui les dressent dans de petits chariots, et leur attachent des lanières pour les empêcher de tomber sur les quatre, comme la seule assiette ou la figure de notre masse incline de se reposer. » p 54 - 55.

Hercule Savinien Cyrano de Bergerac : La machine philososcience. Les nouveaux chemins de la connaissance de Raphaël Enthoven avec Jean-Charles Darmon. La Lune 4/5: dans Cyrano de Bergerac. Montage vidéo : Le chêne parlant.

Rob Zombie - Foxy, Foxy

Hercule Savinien Cyrano de Bergerac, la machine philososcience.
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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 05:03
Flaubert, un Simpson comme les autres ?

Flaubert, un Simpson comme les autres ?

Dossier : La philosophie…


Un prof de philo publie ses états (d’âme). Pas toujours évident d’aborder cette discipline avec des élèves… 
De Flaubert aux Simpson, en passant par Dexter et les Jedi, les séries télé ouvrent de nouveaux horizons philosophiques. Symbole d’une médiocrité contemporaine, ou pédagogies innovantes ?
Avec les enfants, à l’école, à la maison comme au sein de tous leurs réseaux, elle amène à une ouverture au dialogue en apprenant, pas à pas, à penser par et pour eux-mêmes. Afin qu’ils deviennent des citoyens éclairés et ouverts à la différence…


Un dossier philo à lire dans le numéro 3 du Slow Classes

 

Contribution Gracieuse du Chêne Parlant.


SOMMAIRE du n°3


La connaissance de soi dans le socle commun de l’enseignement ?,
par Thierry Vissac, auteur du livre « Traversée »
La justice sociale, à l’école (aussi),
par Jean Archambault, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal
L’écologie de l’éducation : entretien avec André Stern,
auteur de « …et je ne suis jamais allé à l’école »
Tout ne se joue pas avant 3 ans…,
par Éric Stranen, neuropsychologue et psychologue scolaire
L’étonnant pouvoir pédagogique des Lego,
par Nathalie Duelz, fondatrice de « Les points sur les i »
           

 DOSSIER : la philosophie, les élèves et les enfants


M’sieur, m’sieur, ça sert à quoi la philo ?, présentation du livre « Y a-t-il un prof de philosophie dans la classe ? », par Patrick Fontaine ;
Flaubert, un Simpson comme les autres ?, par Virginie Glaine,
enseignante, conseillère pédagogique et collaboratrice à Philosophie magazine,
La philosophie, Ne jamais, ou presque, l’enseigner, par Michel De Bremaecker ;
Apprendre à penser par soi-même, entretien avec Michel Sasseville, Docteur en philosophie et professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval (Québec), et « Étonnement et ravissement, par Marike Reid-Gaudet, Présidente de l’AQED, l’Association québécoise pour l’éducation à domicile

Flaubert, un Simpson comme les autres ? par Virginie Glaine - Slow Classes Magazine

L’habitat familial, entre espaces et relations, par Didier Dillen, journaliste
Le théâtre, multifonction, par Malvine Cambron, journaliste
Le massage à l’école, par Nathalie Dillen, journaliste
Les enfants dans l’Égypte ancienne, par Christian Guilmin,
spécialiste de l’Égypte ancienne – la langue et surtout les scarabées gravés
Présentation d’une école du Monde, que Slow Classes soutient : à Gahanda,
au Rwanda, avec l’ASBL Igitego Inyange
Le bulletin de… l’Homme de Cro-Magnon, par Nathalie Dillen,
rapporteuse des commentaires des Conseils de classe et de guidance
de l’école de Lascaux, en -17.000

4 trucs pour initier votre enfant aux énergies renouvelables,
par Hugues Libotte, Docteur en Sciences appliquées
Les échecs, un jeu… d’enfant, par Laurence Barbier, « Le petit échiquier »
Écriture du slogan publicitaire : casser un décérébral-business rentable,
par Virginie Glaine, enseignante et conseillère pédagogique


Nos conseils livres et films…

 

 

André Stern

André Stern

Et dire qu’il n’est jamais allé à l’école… Depuis qu’il a publié son ouvrage, André Stern ne cesse d’être convié à en parler. Ce n’est pas un titre accusateur, ni un pamphlet, encore moins une méthode. Mais un témoignage. Celui d’un enfant - qui n’a d’ailleurs jamais cessé de l’être – qui a grandi et appris, loin de l’approche institutionnelle. Il nous partage un peu de ce parcours riche et essentiel. Et, à travers cette expérience personnelle, on perçoit une vérité immanente…


Les neurosciences ne sont pas loin. Le cerveau, si malléable, est donc particulièrement réceptif à tout ce qui le passionne. La plasticité cérébrale a lieu toute la vie. Nous sommes capables de nous adapter et d’apprendre, tout au long de notre vie. L’implication des émotions dans les processus d’apprentissage est fondamentale. Tout comme l’approche par le jeu, notamment…


Slow Classes vous livre cette grande et enthousiasmante analyse !

 

André Stern.

Pollinisation... 

 

Robert and Shana Parkeharrison Pollination

 

 Les Nouveaux chemins de la connaissance

Raphaël Enthoven et Adèle Van Reeth LAURE ANDRILLON©RADIO FRANCE

Le rêve américain à l'écran 3/4 : Avatar, quand Hollywood rencontre Rousseau


Aujourd'hui, Adèle Van Reeth reçoit Raphaël Enthoven pour évoquer le blockbuster américain Avatar, et voir en quoi Hollywood rencontre Rousseau dans ce film.



 

L'art nous rend-il meilleurs ?

Entretien téléphonique donné à Philosophie Magazine, numéro de juin 2013
Frédéric SCHIFFTER

 

 

L’art nous aide-t-il à vivre ?
Voilà un domaine qui ne connaît pas la crise. L’art, en effet, a aujourd’hui tout d’une valeur refuge : il attire les spectateurs en foules denses lors des grandes expositions et suscite une spectaculaire explosion des pratiques amateurs. Symptôme de fuite face à une trop pesante réalité ? Ce n’est sans doute pas aussi simple. Car à suivre l’ascension de l’attention esthétique depuis deux siècles – une histoire qui commence avec Kant et les romantiques –, l’art tend à s’imposer pour les Modernes comme un relais de l’idée effondrée du religieux. En témoigne le rapport initiatique dont nous font part les artistes – célèbres ou anonymes – interviewés ici. Et qui considèrent l’art comme un lieu privilégié d’accès à une réalité, de soi ou du monde, augmentée. Relevant moins, donc, d’une pression sociale que d’un désir d’allégement de la vie en société.

 

 

L’art rend-t-il moralement meilleur ?

 

- Barney Stinson et Dexter Morgan (Frédéric Schiffter - Sandra Laugier)

Axel Evigiran

 

 

Raphaël Enthoven &  Darius Rochebin

 

Pardonnez-moi

Cliquez sur le lien pour accéder à la vidéo.

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 17:26
Igor Morski - Book

Igor Morski - Book

Igor Morski - Book - Site.

Pierre Macherey – Gérard Engrand - Citephilo.
 
On respire avec gourmandise le monde d’un Proust, d’un Hugo, d’un Flaubert. Rapidement, les lignes d’apparence calme, enflent, grondent, infiltrent nos pensées avec obstination. L’air s’entête ; c’est un tourbillon de culture qui grouille – là - sous nos yeux. 
Comment ce phrasé « susceptible d’une compréhension immédiate »2* arrive-t-il à nous renverser ?  Comment parvient-il à nous souffler ?

Pierre Macherey a bien une idée.

Le professeur émérite à l’Université de Lille 3 n’a jamais pu se contraindre à délaisser la philosophie au profit de la littérature - et vice versa. Lors de sa conférence au Goethe Institut 1*, le maître ondoyant d’une vivacité délicate nous fait part de cette anecdote délicieuse : 
« Hegel a assisté à sa première mise au programme de l’agrégation. Ses collègues lui disaient : toi tu prendras ‘La Politique’, moi, ‘Spinoza’… Hegel dit : la philosophie n’est pas faite pour être enseignée. » « Il y perdrait sa liberté de penser. » conclut le professeur.
A l’époque, le couloir des disciplines était étanche : la philosophie s’alignait aux côtés des lettres sans croisement possible. 

Cette « séparation des matières : c’est incompréhensible », fustige Pierre Macherey. Effectivement, la raison se révolte contre tout cloisonnement d’un Montaigne, d’un Pascal, d’un Voltaire dans l’une ou l’autre de ces cellules cérébrales. Le penseur se dresse contre les idées escarpées : « J’ai passé ma carrière  - vue en tant que parcours, précise-t-il -  à être incommodé par cette distinction. C’est pénible et dérangeant. J’essaye de colmater la brèche. » Au reste, « il y a des cas où » les frontières dressées « ne fonctionnent pas. » 
Par exemple, de la 6ème à la terminale, ces auteurs ne changent-ils point de statut ? « Une fois mis au rang de la philosophie. Une fois mis au rang des lettres. » Ces orfèvres en bijoux précieux passent au rang des laissés pour compte, des SDF - Sans Discipline Fixe. Condition désœuvrée de textes allongés sur le pavé de l’indifférence, à côté desquels on passe sans s’arrêter, et dont l’insaisissable présence implique une situation hugolienne : précaire, indéterminée, injuste et misérable. 

 

Georgia Russell - Entre deux mondes

Georgia Russell - Entre deux mondes

Georgia Russell - Entre deux mondes

 

Le littérasophe Macherey rythme ses mots à la vitesse de ses lumières. Certains pensent qu’«il y a de la philosophie dans la littérature comme le lièvre dans le pâté. C’est faux. […] Il ne s’agit pas de philosopher sur la littérature mais au moyen de la littérature. A partir de ce qu’elle donne à penser. » A partir de son intensité philosophante.  

Pierre Macherey entre en philosophie littéraire. Voyage en pure littérature, au cœur des raisonnances multiples. Penché sur ses études, l’explorateur en vibrations déambule tel Jules Verne dans l’intimité de son bureau, au centre de lignes étroites, ouvertes sur l’infini. Le marcheur infatigable entame des balades orientales en usage singulier, chasse les idées générales, redoute leur appétit carnassier 3*, se perd dans les dédalles surprenants des temps et des verbes d’un Proust, des pronoms personnels d’un Flaubert. 
«  Je me suis demandé à quoi il faut penser – explicite-t-il - : c’est un travail d’explication de texte. Décortiquer un texte mot à mot, voir comment il fonctionne. » Au contraire des anglais/ américains regardant un texte de loin, en extrayant une phrase, le chercheur étudie les strates du mot. 
La richesse atomique de la matière littéraire. 

 

Pierre Macherey – Proust, entre littérature et philosophie  - Citéphilo 20/11/2013  - médiateur : Gérard Engrand – Goethe Institut de Lille. Merci de son accord gracieux.

Pierre Macherey – Proust, entre littérature et philosophie - Citéphilo 20/11/2013 - médiateur : Gérard Engrand – Goethe Institut de Lille. Merci de son accord gracieux.

Voyage au bout de la nuit n’est ni un miroir contemplatif ni répétitif - une imitation vulgaire - de la vie, c’est un Monde, et plus exactement sa Fosse commune ;
« Céline s’est enlisé » pour l’écrire. Dans un jeu d’ombre foutrement sombre, « il invente une nouvelle façon de façonner et d’enchaîner les phrases. » Saisit l’indicible barbarie de la parole orale transcrite en écriture. Alors l’image se teinte de noirceur, de cruauté, de misérable lucidité. Alors la voûte nocturne s’encre d’une accumulation d’ordure. Alors, le feu sans étoiles incarne une monstruosité vertigineuse où l’âme du lecteur frappée de vertige, paniquée vient à chuter, tomber, s’enfoncer, buter. 

            S’écrase encore - dans ce gouffre de souffre et d’horreur…
 
Les pages provoquent une « étrangeté intérieure », confie le philosophe. Un paradis pour l’explorateur - un enfer pour certains hommes plombés, bouleversés, secoués, déboussolés, laissés dans un état lamentable sur la grève. 


Un écart monde, une transgression aux reflets crépitants, frappants. L’anomalie scintille, chauffe, file, gronde, brûle, carbonise l’entendement. L’errant reniflera avec bonheur l’odeur de la cendre et la suie : strates roussies et grises sur lesquelles poussent les lichens et la mousse.


« Je est un autre. » d’Arthur Rimbaud.
                                                            Trésor national.


« Je préfèrerais ne pas… » de Bartleby.
                                                            Trésor non monnayable.




Le chasseur émérite est un  débuscoeur d’étrangetés.

 

Daniel Essignet - les clous

Daniel Essignet - les clous

Extraits choisis :

1 * Conférence Citéphilo 20/11/2013  - 17h00 à 19h00 donnée au Goethe Institut de Lille. Pierre Macherey – et Gérard Engrand, médiateur.
 Proust – Entre littérature et philosophie
Je me suis confronté à des textes et me suis demandé à quoi il faut penser : c’est un travail d’explication de texte. : Décortiquer un texte mot à mot, voir comment il fonctionne.
Les anglais/ américains regardent un texte de loin, en extraient une phrase.
Mon livre « théorie marxiste de littérature » était venu en son temps. J’étais éberlué par les comptes-rendus des journaux et naturellement bien content.


« A quoi pense la littérature »… Je n’ai eu aucun succès.
J’ai changé le titre « Philosopher avec la littérature »
Penser : personne ne sait ce que ça veut dire. 
Littérature (lieu de pensée philosophique)
forme stylistique. Il faut repérer les anomalies. C’est ce qui est intéressant, fait sens
Valéry (poïétique) un style, c’est une manière de déstructurer la langage. 
Herméneutique : Qu’est-ce qui est caché en dessous ?
Proust : que faire de l’intelligence stylistique ? Existe-t-elle ?
La littérature « oblige » à philosopher.


2 * « Note de bas de page : C’est ainsi qu’on peut lire dans « Drôles de goûts », article publié dans le n°11 de Volontés en novembre 1938 : « Toute œuvre demande à être brisée pour être sentie et comprise, toute œuvre présente une résistance au lecteur, toute œuvre est une chose difficile ; non que la difficulté soit un signe de supériorité, ni une nécessité ; mais il doit y avoir effort du moins vers le plus » (VG, p 140) 
NBP (4) Ainsi cette indication qu’on trouve dans « Drôles de goûts » (art. cit.) : « L’œuvre doit être susceptible d’une compréhension immédiate, telle que le poète ne soit pas séparé de son public possible (tout homme parlant la même langue), abstrait du monde culturel où il vit. Et cette compréhension immédiate peut être suivie d’appréhension de plus en plus approfondies. » (VG, p 140.) Ceci signifie que la lecture d’un texte littéraire se déploie successivement à plusieurs niveaux. [VG = Le Voyage en Grèce, Raymond Queneau, Gallimard, 1973.] » Pierre Macherey – Philosopher avec la littérature P 116 :
 Pierre Macherey – Philosopher avec la littérature – Exercices de philosophie littéraire – Essais Hermann


3* « Je n’aime pas les idées générales, je les redoute. » Conférence Citéphilo 20/11/2013  - 17h00 à 19h00 : Proust – Entre littérature et philosophie

 

La philosophie au sens large
Groupe d'études animé par Pierre Macherey


La philosophie au sens large 
 

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Gai savoir de Raphaël Enthoven et Paola Rayman.
Moby Dick - Melville (Rediffusion du 07.04.2013) à écouter d'urgence !
 

Les Nouveaux Chemins de la connaissance avec Adèle Van Reeth
Peut-on échapper au travail ? (2/4) : L’effet Bartleby
 


Les Nouveaux chemins de la connaissance par Adèle Van Reeth. 

Actualité philosophique : Pierre Macherey.

 

Une figure éclairée de l’impérative examen de l’écrit.  L’irruption du texte touchant nos conscience du doigt.  Pour cette joie confuse du pur plaisir d'écouter, cette rencontre personnelle avec l’étoile de la  lecture, cette présence  - dix fois plus saisissantes, cent fois plus épaisses que les terres continentales... 

 

Proust – Entre littérature et philosophie - Citéphilo 20/11/2013 - Pierre Macherey – Gérard Engrand – Goethe Institut de Lille. Merci de son accord Gracieux.

Proust – Entre littérature et philosophie - Citéphilo 20/11/2013 - Pierre Macherey – Gérard Engrand – Goethe Institut de Lille. Merci de son accord Gracieux.

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 18:43
Ben Sandler - photographer  -

Ben Sandler - photographer -

Ben Sandler - photographer  - 

 

Métier difficile que la vente où l’on doit trouver la cadence : mise en rayon rapide de la marchandise, encaissements, lessivages, piétinement du parquet, et ce à minima deux fois quatre heures d’affilée.
Je sais de quoi je parle. 
Ce ne fut pas tout à fait déplaisant néanmoins : à chaque situation sa diversité d'expériences.  


Fréquemment, des clientes abandonnaient un tas de chiffons au fond des cabines. 
Parfois, elles balançaient les vêtements sur les portants. Un jour, l’une d’entres elles rata ma figure de peu. J’aimais à discuter  avec ces femmes hautaines, toujours surprises ô combien, qu’une simple travailleuse manuelle puisse posséder de tels diplômes.   

 

Christophe Huet

Christophe Huet

Christophe Huet - Asile-paris.com

 

J'examine l'écran myope des lunettes de Sartre.
Le philosophe s'épanche sur le papier ; dissout d’un trait le malheureux serveur - réduit d'un coup à un rôle de marionnette. 

J’entends les foulées rapides de l’employé. J’écoute le bruit tonitruant de chacun de ses mouvements.
Le garçon est certes vif, bruyant, précis, rapide, mais ne joue pas. Il ne s’amuse pas, il gagne sa vie. Ne triche pas, mais remplit son contrat. Chacun de ses mouvements empressés sont des victoires. Chaque foulée experte, une lutte. Il garde les yeux ouverts, bien ouverts pour répondre aux besoins du client. Courbé sur un café, il attend – au garde à vous – les directives du patron. Stoïque, il compte les semaines qui le séparent encore du jour de paye.

Christophe Huet - Les Echos

Christophe Huet - Les Echos

Jean-Paul Sartre, pendant ce temps, domine, embrasse la scène. Du haut de son esprit boursouflé pose un regard distant sur les gesticulations du pantin.  
L’intellectuel serre la pointe bille du stylo sur la feuille. Pris d’exaltation, griffe sans relâche l’épais carnet de ses visions clairvoyantes. En une chevaleresque entreprise de monstration, de dénonciation de l’aliénation, le penseur met en vue – rend visible - l’imbécillité en acte : celle qui consiste à subir sans maudire, pire, à se réjouir et à jouir de son médiocre conditionnement. 


Le surplomb glacial de Sartre est celui du conquérant sur le vaincu. 
La vanité du connaisseur du monde sur l’ignorant. 


L’esprit malin décharge toute sa supérieure logique sur la poitrine du médiocre professionnel : pas de quartier : fonction Full auto.

 

Christophe Huet - http://www.christophehuet.com/

Christophe Huet - http://www.christophehuet.com/

« Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule [...]. Toute sa conduite nous semble un jeu [...]. Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. » Sartre.

« Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule [...]. Toute sa conduite nous semble un jeu [...]. Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. » Sartre.

Philomag 

Le garçon de café. 

« Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule [...]. Toute sa conduite nous semble un jeu [...]. Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. » Sartre.

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Les Nouveaux chemins de la connaissance d'Adèle Van Reeth :

Jean-Paul Sartre (1/4) : Le garçon de café : L'Etre et le Néant 

Jean-Marc Mouillie, maître de conférences en philosophie à l' université d’Angers
 

Je suis un intellectuel.

« J’ai connu de grandes ambitions, des rêves démesurés – mais tout cela, le garçon de course ou la cousette l’ont connu aussi, parce que tout le monde fait des rêves : ce qui nous distingue, c’est la force de les réaliser, ou la chance de les voir se réaliser pour nous.
Dans mes rêves, je suis semblable au coursier et à la cousette. Je ne me distingue d’eux que parce que je sais écrire. Oui, c’est par un acte, par une réalité totalement mienne que je me différencie d’eux. Dans mon âme, je suis semblable à eux. »

Considération 18 – Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. p 52.

Article à lire : L'express.

Suite du texte :

§ 2 : Toute sa conduite nous semble un jeu. Il s'applique à enchaîner ses mouvements comme s'ils étaient des mécanismes se commandant les uns les autres, sa mimique et sa voix même semblent des mécanismes; il se donne la prestesse et la rapidité impitoyable des choses. Il joue, il s'amuse. Mais à quoi donc joue-t-il ? Il ne faut pas l'observer longtemps pour s'en rendre compte : il joue à être garçon de café. Il n'y a rien là qui puisse nous surprendre : le jeu est une sorte de repérage et d'investigation. L'enfant joue avec son corps pour l'explorer, pour en dresser l'inventaire; le garçon de café joue avec sa condition pour la réaliser.

§ 3 : Cette obligation ne diffère pas de celle qui s'impose à tous les commerçants : leur condition est toute de cérémonie, le public réclame d'eux qu'ils la réalisent comme une cérémonie, il y a la danse de l'épicier du tailleur, du commissaire priseur, par quoi ils s'efforcent de persuader à leur clientèle qu'ils ne sont rien d'autre qu'un épicier, qu'un commissaire-priseur, qu'un tailleur. Un épicier qui rêve est offensant pour l'acheteur, parce qu'il n'est plus tout à fait un épicier. La politesse exige qu'il se contienne dans sa fonction d'épicier, comme le soldat au garde-à-vous se fait chose-soldat avec un regard direct mais qui ne voit point, qui n'est plus fait pour voir, puisque c'est le règlement et non l'intérêt du moment qui détermine le point qu'il doit fixer (le regard "fixé à dix pas").

§ 4 : Voilà bien des précautions pour emprisonner l'homme dans ce qu'il est. Comme si nous vivions dans la crainte perpétuelle qu'il n'y échappe, qu'il ne déborde et n'élude tout à coup sa condition. Mais c'est que, parallèlement, du dedans le garçon de café ne peut être immédiatement garçon de café, au sens où cet encrier est encrier, où le, verre est verre. Ce n'est point qu'il ne puisse former des jugements réflexifs ou des concepts sur sa condition. Il sait bien ce qu'elle "signifie" : l'obligation de se lever à cinq heures, de balayer le sol du débit, avant l'ouverture des salles, de mettre le percolateur en train, etc.

§ 5 : Il connaît les droits qu'elle comporte : le droit au pourboire, les droits syndicaux, etc. Mais tous ces concepts, tous ces jugements renvoient au transcendant. Il s'agit de possibilités abstraites, de droits et de devoirs conférés à un "sujet de droit". Et c'est précisément ce sujet que j'ai à être et que je ne suis point. Ce n'est pas que je ne veuille pas l'être ni qu'il soit un autre. Mais plutôt il n'y a pas de commune mesure entre son être et le mien. Il est une "représentation" pour les autres et pour moi-même, cela signifie que je ne puis l'être qu'en représentation.

§ 6 : Mais précisément si je me le représente, je ne le suis point, j'en suis séparé, comme l'objet du sujet, séparé par rien, mais ce rien m'isole de lui, je ne puis l'être, je ne puis que jouer à l'être, c'est-à-dire m'imaginer que je le suis. Et, par là même, je l'affecte de néant. J'ai beau accomplir les fonctions de garçon de café, je ne puis l'être que sur le mode neutralisé, comme l'acteur est Hamlet, en faisant mécaniquement les gestes typiques de mon état et en me visant comme garçon de café imaginaire à travers ces gestes... Ce que je tente de réaliser c'est un être-en-soi du garçon de café, comme s'il n'était pas justement en mon pouvoir de conférer leur valeur et leur urgence à mes devoirs d'état, comme s'il n'était pas de mon libre choix de me lever chaque matin à cinq heures ou de rester au lit quitte à me faire renvoyer.»

Jean Paul SARTRE,
"L'Etre et le Néant",
Paris, Gallimard, 1976, coll. Tel, pp. 95-96.

Cde4.com

La coquette :

"Voici, par exemple, une femme qui s'est rendue à un premier rendez-vous. Elle sait fort bien les intentions que l'homme qui lui parle nourrit à son égard. Elle sait aussi qu'il lui faudra prendre tôt ou tard une décision. Mais elle n'en veut pas sentir l'urgence : elle s'attache seulement à ce qu'offre de respectueux et de discret l'attitude de son partenaire. Elle ne saisit pas cette conduite comme une tentative pour réaliser ce qu'on nomme « les premières approches », c'est-à-dire qu'elle ne veut pas voir les possibilités de développement temporel que présente cette conduite : elle borne ce comportement à ce qu'il est dans le présent, elle ne veut pas lire dans les phrases qu'on lui adresse autre chose que leur sens explicite, si on lui dit : « Je vous admire tant », elle désarme cette phrase de son arrière-fond sexuel, elle attache aux discours et à la conduite de son interlocuteur des significations immédiates qu'elle envisage comme des qualités objectives. [...] Mais voici qu'on lui prend la main. Cet acte de son interlocuteur risque de changer la situation en appelant une décision immédiate : abandonner cette main, c'est consentir de soi-même au flirt, c'est s'engager. La retirer, c'est rompre cette harmonie trouble et instable qui fait le charme de l'heure. Il s'agit de reculer le plus loin possible l'instant de la décision. On sait ce qui se produit alors : la jeune femme abandonne sa main, mais ne s'aperçoit pas qu'elle l'abandonne. Elle ne s'en aperçoit pas parce qu'il se trouve par hasard qu'elle est, à ce moment, tout esprit. Elle entraîne son interlocuteur jusqu'aux régions les plus élevées de la spéculation sentimentale, elle parle de la vie, de sa vie, elle se montre sous son aspect essentiel : une personne, une conscience. Et pendant ce temps, le divorce du corps et de l'âme est accompli ; la main repose inerte entre les mains chaudes de son partenaire : ni consentante ni résistante - une chose."

Les nouveaux Chemins de la connaissance. Le garçon de café : L'être et le Néant.

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Published by Le chêne parlant - dans philosophie
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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 03:42
Le chêne et la glace.

Le chêne et la glace.

Une rencontre.

La vie a souvent la couleur du vide : blanc, rouge et or. Démonstration de puissance. 
On s'acclimate. Nous dormons comme des naufragés, en temps déchirés, parcourus d'attentes folles et d'espoirs inexistants. 
Dans cette réalité, nous sommes en parfait accord avec la température ambiante : amollissante.  Partout, de la plate musique, dans les grandes surfaces, même dans les ascenseurs - surtout dans les salles d’attentes - interdit la lecture mais s’avère bénéfique - disent-ils - pour la conservation du calme. 


    On obéit alors aux règles spécifiques de la modernité : regard étanche au ciel. Le jour en flux de déconvenues dénuées d’interrupteur : une pizza qui décongèle en 5 minutes au lieu des 3 promises. Un taxi qui s’échappe. Un dentiste non disponible. Un téléfilm zapé qui mène à un programme de télé-réalité sans queue ni tête.

Sont-ce là les prémisses dérisoires d'un futur écrasant, d'un avenir déchiqueté ?

On peut soustraire un tas de choses dans cette réalité - des moisissures, des troncs crevés d'avidité, des chênes verts prêts à s'abattre - mais soudain, en contre bond, des faits étranges, intranquilles, vous viennent aux battements de l’âme : 
       
Un livre. 
Un enseignant de CM2.
Un chercheur.
Un astrophysicien.
Un écrivain, un philosophe, un inconnu.
    Quelqu’autre, n'importe, – qui - chance inestimable, vous tire vers la science et au milieu des étoiles.   

Jean-Pierre Dupuy à gauche, Etienne Klein et Hubert Reeves à droite.

Jean-Pierre Dupuy à gauche, Etienne Klein et Hubert Reeves à droite.

Etienne Klein et Hubert Reeves.

Etienne Klein et Hubert Reeves.

Personnalité de papier, de sang, de vie qui – réellement – vous pousse vers le mieux ; vous tourne en direction du soleil et de l’exigence ; Vous mène – quelle folie - en direction de l’Etrange, du gratuit, de l’échange, trois fois rien de connaissances, un savoir sans bornes. 


Lorsqu'on y prête attention, on perçoit alors une vibration. Ce n’est ni un chant, ni un murmure mais le heurt d’une étoile qui vous offre le meilleur, sans contrepartie. S'efface en vous indiquant la voie. 
A vos pieds, l’eau clapote contre les ajoncs.


Vous pourrez alors effectuer un tas d'additions – des petites-pépites-d’éternité – des lectures Pessoennes, des feuilles Baudelairiennes, des buissons Rimbaldiens applaudissant le ciel ; 


« La créativité est à la source d'un des plus beaux fleurons de l'évolution de la vie sur la terre : l'art, dans toutes ses expressions. Nous dit Hubert Reeves On lui doit Mozart, Van Gogh, Baudelaire et tous les artistes qui embellissent notre vie et enrichissent notre monde. »


Une quantité faramineuse de poésie et de dons fermentant l'air et fécondant la mémoire - tendant à prouver l’existence d'un paysage sans propriétaire : exactement l'inverse du calcul.


Au loin, le sol incendie, crépite. Les herbes folles aux tiges roussies dressent leurs gerbes flamboyantes. La lumière enragée perce le fin voile de brume. On se laisse gagner par la douceur du vent... Cet héritage – offert, conforme à nos besoins, sans note de frais.


Une rencontre - une personne - et le stagnant s’éclaircit.
 

Hubert Reeves.

Hubert Reeves.

Hubert Reeves et sa merveilleuse épouse.

Hubert Reeves et sa merveilleuse épouse.

Rencontres aux pôles de l'éternité.
Rencontres aux pôles de l'éternité.

Pépites d'éternité : 

 

Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps, Seuil, 2008, ISBN : 978-2-02-097494-3 

p 7 : Ces récits trouvaient en moi des résonances familières et j'y reconnaissais nombre de mes états d'âme. Il furent déterminants dans le choix professionnel qui fut le mien. 

P 18 : Il est de coutume, dans les bonnes familles, de s'intéresser à la lignée des ancêtres. Cette préoccupation est particulièrement importante chez les nobles, qui peuvent ainsi faire valoir les mérites politiques ou guerriers de leurs ascendants. Il importe pourtant de remarquer que cette tradition repose sur l'idée que la prétendue « qualité du sang » se transmet uniquement par le père. A la lumière de nos connaissances contemporaines en génétique, nous devons reconnaître que cette idée est totalement fausse. Le partage se fait moitié-moitié entre le père et la mère.

P 29 : C'est dans le grenier de notre maison de Bellevue que j'ai commencé à assouvir ma soif de connaissances. Les grandes malles en bois qui y étaient entreposées débordaient de manuels de classe rangés sous les combles à la fin des études de mes oncles et cousins... j'en extrayais les objets de ma convoitise : précis de science physique, chimique, biologique et surtout astronomique. Un trésor inestimable de livres écornés, aux pages souvent décollées et parfois soulignées à grands traits de crayons gras. Assis dans un coin, parmi les lampes brisées et les chaises à trois pattes, je les feuilletais puis emportais dans ma chambre ceux qui me paraissaient les plus simples, les plus pédagogiques, les plus prometteurs...   
     … J'ai retrouvé, des années plus tard, le livre qui m'avait procuré les plus grandes émotions : D'où venons-nous ? De l'abbé Moreux. 

P 36: Les rêves de l'enfance, souvent empreintes d'une naïve mégalomanie, mobilisent des énergies nécessaires à la poursuite d'une carrière, malgré les difficultés et les aridités dont elle est parsemées....
     p 37 : Ce narcissisme enfantin fut pour moi un puissant moteur, mais aussi un poids parfois lourd à porter. Le jeune chercheur comprend rapidement qu'il n'est pas seul dans la course au savoir. Son ambition est partagée par bien d'autres, tous aussi décidés à rendre manifestes leur supériorité intellectuelle et leur aptitude à résoudre des énigmes. Le milieu scientifique est un monde de haute compétition, quelquefois accompagné de coups bas.

P 37-38 : Ma grand-mère prolongeait les contes de Charles Perrault de suites inattendues... Ces moments étaient pour moi d'une grande douceur, d'un charme exquis, toujours renouvelé. Je pouvais l'écouter indéfiniment. Je ressentais le plaisir qu'elle éprouvait à faire rêver, baissant la voix pour mieux nous captiver et retenir notre attention, ralentissant le débit de ses paroles pour exciter notre curiosité, jouant de notre impatience à connaître la suite : « Et après ?  Et après ? » Lorsqu'on me demande d'où me vient le goût de raconter des histoires sur l'univers, les étoiles, les atomes, et de poser des devinettes, c'est à ces instants magiques que je pense.

P 38 (influence extérieure/ réussite) : Mais l'influence bénéfique de ma grand-mère sur moi ne s'est pas arrêtée là. Me voyant continuellement plongé dans des livres de sciences, mes parents s'inquiétaient : « Ce n'est pas comme ça que tu vas gagner ta vie. Fais plutôt de la médecine comme ton frère ou bien du droit. Il y a beaucoup de juristes dans la famille, tu seras bien introduit dans le milieu. » 
    Ma grand-mère protestait : « Laissez-le faire ce qui lui plaît, cessez donc de le bâdrer » (ennuyer : dérivé de l'anglais to bother).   

P 54 : Lors d'un cours de physique, une équation m'avait particulièrement frappé parce qu'on la retrouve dans des domaines très divers. Elle décrit en effet aussi bien les variations de température que la distance parcourue par une voiture, la diminution de la longueur d'une bougie allumée et beaucoup d'autres choses encore. J'avais cherché à comprendre comment la même formule pouvait s'appliquer à tous ces phénomènes. L'explication tient en ces quelques mots : les mathématiques permettent d'extraire la structure logique commune à de nombreux faits différents. Je retrouve effectivement ce que Galilée avait découvert quatre siècles auparavant et qui lui faisait dire que les mathématiques sont le langage de l'Univers. Ce fut au Xxème siècle le crédo d'Einstein. 

P 57 (rencontre/ réussite) : 
Cette rencontre (Joseph-Henri Le Tourneaux) a été l'un des faits marquants de mon adolescence. Il m'est difficile de déterminer à quel point elle est arrivée au non moment pour semer dans un terreau propice les germes de ce qui susciterait mes joies les plus profondes. Je m'imbibais de son enthousiasme, de nos promenades sur le lac, j'appréciais tout cela jusqu'à la délectation. Son aura, la valeur qu'il donnait aux choses de l'esprit et de la culture, créaient une atmosphère exaltante. Il était, en quelque sorte, le grand prêtre qui donnait leur sens aux idées. Contrairement à nos professeurs qui, quelle que fût leur valeur, « étaient là pour ça » - ce qui ternissait en quelque sorte leur crédibilité -, la gratuité de son approche garantissait que tout, là, était digne et vénérable... bien au-delà du cadre et du temps de scolarité. Il faisait reculer toujours plus loin l'horizon des connaissances et donnait l'envie d'aller jusque-là, et même au-delà. 

P 70-71 (réussite/ prof/ estime de soi) : En 1950, mes premiers mois à l'université de Montréal furent pénibles. Les cours de mathématiques, que j'affectionnais tant au collège, m'étaient devenus d'insupportables corvées. Je n'y comprenais plus rien. Le langage m'échappait, les raisonnements ne faisaient plus sens. Je me sentais perdu, comme exclu du monde dont j'avais tant rêvé et dans lequel mes camarades de classe semblaient à l'aise. Selon toute vraisemblance, j'allais devoir en faire mon deuil. J'envisageais de renoncer, d'avouer que j'avais atteint mon « niveau d'incompétence ». 
     Mes notes étaient lamentables. Jamais, je le craignais, je n'accéderais à la carrière scientifique à laquelle j'avais aspiré. Les premières vacances de Noël, uniquement et vraisemblablement consacrées à tenter d'assimiler mes cours, m'avaient laissé épuisé, véritablement découragé, et soucieux...
         Mais en janvier, à la reprise des classes, la situation changea du tout au tout. Je me souviens du moment précis où, se plaçant devant le tableau noir, un nouveau professeur dont je n'oublierai jamais le nom (Abel Gauthier) a commencé son cours sur un chapitre des mathématiques appelé « séries de Fourrier ». Tout me parut clair, lumineux. Les raisonnements, les équations s'alignaient dans un enchaînement d'une élégance rigoureuse et puissante, parfaitement compréhensible. 
            Quel soulagement de n'avoir plus à douter ni de mes capacités intellectuelles, ni de la poursuite de ma carrière que, quelques heures plus tôt, je croyais encore compromise ! 

        Pp: 71 – 72 : Que s'est-il passé ? Je me suis souvent posé la question. Chacun possède son mode de fonctionnement psychique et mental. Les scientifiques les plus brillants s'avèrent quelquefois incapables d'expliquer clairement ce qu'ils ont compris. Une sorte d'intuition leur permet de former et d'utiliser des raccourcis efficaces grâce auxquels ils appréhendent rapidement l'ensemble de la situation. Cela explique, je pense, pourquoi nombre de ces chercheurs géniaux sont de piètres pédagogues. 

P 75 : (échec/ surmonter) … Il faut s'habituer aux échecs, garder confiance et recommencer aussi souvent qu'il le faut pour réussir. 
      On raconte que vivaient en Perse trois frères, princes de Sérendip, dont on disait qu'ils avaient l'art de « tirer parti des circonstances adverses ». On appelle aujourd'hui « sérendipité » cette faculté de première importance pour les chercheurs. 

P 98 (différence/ penser autrement/ ouvrir le débat) :  … Fred Hoyle. Déception : c'est un homme sec, distant, sans charisme. L'opposé de ce que, dans ma naïveté, j'avais imaginé de lui. D'autres éléments me déplaisent : une superbe frôlant l'arrogance, un mépris exprimé pour ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui. Néanmoins, je découvre pensant ses séminaires des éléments de sa personnalité qui m'attirent : sa puissance intellectuelle, une articulation de la pensée frisant le génie, un regard perçant et critique, une imagination pénétrante, une grande indépendance par rapport aux idées à la mode, une délectation intense à les renverser.  

P 110 : … la culture scientifique est un élément fondamental de l'apprentissage du métier de chercheur. Un préalable que j'estime indispensable; 

p 123 ( statut erreur/ place de l'échec)
     « Quand quelques « grands professeurs » vous présentent les résultats mirobolants de leurs travaux géniaux, vous avez l'impression qu'ils réussissent facilement tout ce qu'ils entreprennent. Cela vous impressionne tout autant que cela vous déprime. Par cet exemple personnel, j'ai voulu vous montrer qu'eux aussi rencontrent souvent des échecs. Qu'ils peuvent rester longtemps dans le noir avant d'arriver à quelque chose. Dites-vous que le « grand professeur » a fait lui aussi beaucoup d'erreurs, peut-être les mêmes que vous, mais... avant vous ! Simplement, il a persisté. » Feynman. (Richard Feynman : un maître en pédagogie, écrit Hubert Reeves en sous-titre, p 121).

P 124 (aide adulte/ progrès pensée/ avancée)  : J'entrepris de trouver une explication à ce phénomène (face cachée de la lune dénuée d'impacts de météorites) en termes de déviation de ces bolides par le champ de gravité de la terre avant l'impact sur la lune. Mon explication, qui avait nécessité de longs calculs, semblait crédible. Je la présentai à Feynman. Il me montra que mon hypothèse ne pouvait être valable puisqu'elle était incompatible avec un théorème fondamental de la physique céleste formulé par Joseph Liouville en 1844. Je dus me rendre à l'évidence et oublier mon idée, qui m'avait pourtant paru lumineuse.

P 125 (Plagiat) : Quelque temps plus tard, je reçois une lettre de lui. Quelle n'est pas ma surprise lorsque je lis : « Bravo ! Vous m'avez convaincu de la valeur de ce projet. J'en ai fait un article qui paraîtra d'ici peu. Je tiens à vous remercier de votre contribution; » J'en reste muet de stupéfaction ! Résultat pour moi : ma thèse perd toute son originalité. Devant mon dépit, mon directeur de thèse m'a simplement dit : « C'est la vie, il faut s'y faire ! » Je me suis réellement senti spolié.     

P 126 : La cryptomnèsie.  (mémoire cachée). … Quelqu'un énonce devant vous une idée nouvelle. Vous l'écoutez puis vous l'oubliez. Plus tard, au cours d'un travail ou d'une réflexion, elle vous revient à l'esprit. Mais, isolée de son contexte, vous avec l'impression de l'avoir découverte et … vous la publiez sous votre nom. 

P 133 (ne pas se contenter du donné)  : Enseigner pour mieux comprendre.
 Pour préparer son cours, le professeur doit en approfondir la matière bien au-delà du niveau qu'impose le cursus universitaire, sinon, gare aux questions des étudiants ! Il m'est très vite apparu que cela permet à l'enseignant de mieux assimiler les notions qu'il doit synthétiser et globaliser, notions entre lesquelles, jusque-là, il n'avait pas forcément établi de lien. Il m'arrivait parfois de réaliser, pendant une classe, que je venais seulement de comprendre vraiment telle ou telle finesse de raisonnement.  
P 137 (culturel) : … toute la famille s'installait pour quelques mois dans l'état du New Jersey, à proximité de New York. Avec les enfants, nous avons passé de nombreuses heures au Musée d'histoire naturelle et au Jardin zoologique du Bronx...

P 138 (étudiants/ conditionnement français) : Parmi les étudiants, il y avait plusieurs français. J'ai pu me rendre compte d'une caractéristique de l'enseignement en France dont j'avais souvent entendu parler : l'accent mis sur l'abstrait plutôt que sur le concret. Sur les mathématiques plus que la physique. Plus exactement, sur les aspects théoriques de la physique plus que la visualisation, l'imagination et l'intuition. 
… Un étudiant français, après avoir correctement dérivé les équations qui décrivent la structure de l'atmosphère, obtient une hauteur totalement aberrante. Je lui dis : « Le plus étonnant, ce n'est pas que vous ayez fait une erreur de calcul, chacun peut en faire, c'est que vous n'ayez pas réalisé que votre estimation place le sommet de l'atmosphère de Mars bien au-delà de la galaxie d'Andromède ! »

P 143 (évaluation) : Mais je me heurtais partout aux mêmes arguments : « Oui, c'est un sujet très intéressant, mais l'ensemble des opérations nécessitait une bonne dizaine d'année. » Dans l'ambiance de compétition qui règne dans les milieux scientifiques, il était impensable d'attendre aussi longtemps pour obtenir les premiers résultats : « Publish or perish » (« Publiez ou périssez ») était l'impératif assigné tout groupe d'études. 

P 209 (remettre en cause les données pourtant validées/ faire place au raisonnement/ contrôle/ vigilance) : … nous avons étudié les articles qui rapportaient ces mesures. Il m'expliqua (Bernard Peters) pourquoi, à son avis d'expert, les chiffres mentionnés étaient beaucoup plus incertains que ne le prétendaient les auteurs. Des observations ultérieures confirmèrent son verdict, et les objections que j'avais soulevées ne tenaient plus.

P 220 (culture/ ontologique) : (Ceci est assez fréquent en sciences; les mêmes idées naissent à plusieurs endroits quasi simultanément. On dit alors qu'elles sont « dans l'air »!)

P 233 : Rêve d'immortalité ?

P 244 (erreur/ vérité définitive) : Une théorie n'est jamais définitive : elle se rapporte à une situation et à un moment donnés. De nouveaux résultats peuvent la remettre en cause, et elle pourrait bien rétrograder sérieusement dans l'échelle des certitudes. 
     Cette situation de précarité interdit de parler de « vérités absolues ». En même temps, elle confère à la science la souplesse qui en fait sa force et sa fiabilité. Elle stimule sa puissance d'investigation du monde réel, aux antipodes des idéologies figées. 

P 244 – 245 (sommes le fruit de notre culture) : Pourtant, comme tout un chacun, le chercheur a ses convictions et ses préjugés, qui l'amèneront à s'intéresser plus volontiers aux faits qui abondent dans son sens. Spontanément, il choisira d'aller pêcher dans les eaux où vivent les poissons qu'il préfère ! L'antidote à cette attitude et aux dangers qu'elle comporte consiste à développer vis-à-vis de soi-même quelque lucidité. « Qu'ai-je investi, affectivement, dans la vérification de l'hypothèse que je propose ? Comment vivrais-je le fait qu'elle soit démontrée fausse ? »

P 249 – 250 (Einstein)  : Pertinence et limite des convictions
     Les avantages et les limites des convictions sont bien illustrés dans le parcours scientifique d'Albert Einstein. Ce physicien est convaincu que le comportement de la matière est parfaitement déterminé en termes de causes et d'effets. Rien n'est laissé au hasard.
      Ces croyances, qu'il ne remettra jamais en question, ont sur lui un effet extrêmement dynamique. En quelque vingt années, de 1904 à 1925 environ, elles l'amènent à énoncer les théories de la relativité restreinte et générale. Deux monuments de la pensée humaine qui vont profondément modifier toute la physique contemporaine. 
        Plus tard, malheureusement, ces mêmes convictions joueront un rôle stérilisant. Il n'acceptera jamais les fondements de la physique quantique. 

P 252 (construction du savoir) : On admet généralement qu'une nouvelle connaissance ne sera convenablement mémorisée que si elle peut trouver un lieu d'accueil précis et s'intégrer ainsi dans la ramure. En d'autres termes, à celui qui n'a encore aucune donnée sur l'histoire de la Chine, la période Han qu'on lui narre tout à coup ne trouvera aucun support où se greffer. Celui qui ignore tout de la physiologie animale ne pourra incruster nulle part l'action du diphényle sur la rate. Inversement, tout document qui trouve un lieu préparé à son arrivée enrichit la culture et l'érudition de la personne. 
     L'édification de la mémoire par additions successives, dont l'ordonnancement se développe harmonieusement, est attestée par des résultats d'expériences récentes en sciences cognitives. 

P 253 : La frustration de ne pas tout comprendre est souvent compensée chez l'auditeur par la  gratification de se sentir admis dans une assemblée de haut niveau intellectuel... et par la conviction qu'on ne le prend pas pour un ignorant... 

P 262-263 (difficulté d'édition) :
     Pour réduire le coût du projet, je me résignai à une version abrégée, avec quelques photos en noir et blanc regroupées dans un cahier intérieur. Je me remis en quête d'un éditeur. Peine perdue ! Plus de trente maisons d'édition me renvoyèrent mon manuscrit avec quelques mots de pure politesse. Découragé, j'allais le ranger dans un tiroir, décidé à l'oublier, mais le sort en décida autrement.
    C'est en effet à ce moment-là que Jean-marc Lévy-Leblond, un ami physicien, me proposa d'écrire un livre pour la collection « science ouverte » qu'il dirigeait aux Éditions du Seuil. Je lui ai immédiatement envoyé mon ouvrage. Sa réaction fut très positive. 

Pp 286 – 287 : La curiosité. La créativité.
La créativité est à la source d'un des plus beaux fleurons de l'évolution de la vie sur la terre : l'art, dans toutes ses expressions. On lui doit Mozart, Van Gogh, Baudelaire et tous les artistes qui embellissent notre vie et enrichissent notre monde. 

P 298 :      … je cherchais à me rassurer. La science me paraissait être d'un précieux secours contre l'angoisse et les menaces de l'existence. En fait, elle a joué ce rôle à maintes reprises. 

P 329 (visions, lectures différentes/ différenciations de perceptions: enrichissement du savoir)  
    Pour Pascal (« Le silence éternel de ces espaces infinis m 'effraie ») pour loger les galaxies, les étoiles et les systèmes planétaires essentiels à l'apparition de la vie et de la conscience, il faut des dimensions gigantesques.
     Pour Galilée et Newton : il n'y a pas d'espace et de temps absolus. Les deux entités sont inextricablement reliées, formant un ensemble qui peut même être courbe.
      Pour Wolfgang Pauli, inventeur du neutrino : la masse de tous les neutrinos dans l'Univers est comparable à celle de toutes les étoiles. 
      Pour Albert Einstein, qui doutait de l'existence réelle des trous noirs, issus de sa théorie de la relativité : ces astres existent par milliards et jouent un rôle fondamental dans la formation des galaxies.
   Pour Alfred Wegener, ridiculisé parce qu'il défendait l'idée de la dérive des continents : cette notion est maintenant un élément fondamental de la géologie. 

 

Editions du seuil - Je n'aurai pas le temps.

L'aventure de la raison.

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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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