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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:04
Fenêtre du château de Montaigne.

Fenêtre du château de Montaigne.

« Quand je danse, je danse : quand je dors, je dors. Voire, et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps : quelque autre partie, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude, et à moi. » (1726)


Les essais bruissent des doutes, contradictions, avancées, reculades, allongeailles de son auteur : Sieur Michel de Montaigne. 


J’entends - le craquement des feuilles noircies.
Une force émane de ce livre ordonné. 

Montaigne : La pensée à portée d’œil.

Sont-ce les centaines de segments, les pans entiers de vie, les intrusions variées d’anecdotes, les citations qui murmurent si près de mon oreille ? Les gravillons sur lesquels marche l’écrivain font des allées familières.
« J’aime que les mots aillent où va la pensée. » écrit Montaigne.
 
Montaigne débute de nulle part, sinon du lieu de sa naissance, l’œuvre plane de l’histoire du périgourdin, maire Bordeaux , seigneur de Montaigne, un être non pas pédant mais vivant. Non pas homme – encore moins avide de pouvoirs, de médailles, de gloire vaine - mais mortel. 

Spécialiste en rien sinon en pensées.
Plein du désir solide de cheminer. 

 

Page raturée des essais.

Page raturée des essais.

« Et quand personne ne me lira ».
Cette sentence pourrait assurément augurer de l’avenir. 
Le public – nous, c’est-à-dire un dérivé du peuple – n’estime point les jugements de soi sévères. Nous ne sommes points prompts à respecter l’humilité. 
Qu’un esprit plein juge ses qualités propres avec froideur, dureté, rectitude, ne se laisse rien pa
sser et voici que son manque d’arrogance nous agace, nous aveugle.
Aux bourreaux de soi aux lames tranchantes, nous préférons les lectures légères.
Nos regards changent de point du vue. Nous ne voyons plus en lui que sa mémoire erratique. Ses doutes. Ses réflexions buissonnantes. Son manque d’affirmations. 
Son refus de faire système, de créer des concepts en font un philosophe trop ordinaire. Sa simplicité, ses allongeailles, ses pillotages, son scepticisme en font un écrivain faussement simple, atypique. L’homme, finalement, n’est pas si net, ni si passionnant. L’intérêt se détourne.  

Montaigne – pourtant – est un empoisonneur.
Son texte est un discours à livre ouvert. L’oral cultivé de pensées. 
L’équilibre de ses réflexions, limpides, font d’intenses paysage. Et c’est vrai, que tout de suite, l’esprit traverse l’univers vif, réel, cocasse, sincère de
ce gentilhomme - mieux : honnête homme. Ses introspections organiques, ses doutes font nos préoccupations : plus vibrants, étonnants, modernes que n’importe lequel de notre ordinaire. 

L’œil éveillé. La respiration de Montaigne est un « miroir cognitif » puissant déclencheur de pensées. 
Les branches vives de ses objections, dénonciations des clichés, se contorsionnent violemment pour atteindre la lumière de notre conscient. J'observe que...  nous  tendons l’oreille pour entendre… le souffle dense de son esprit parle tel un discours égocentrique à livre ouvert 1*.  


On ne peut pas oublier ça, ce frôlement des idées. Immédiatement, le cheminement saute à l’esprit.

 

                           Montaigne, c’est de la pensée à portée de vue.
 

 

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Les Nouveaux chemins de la connaissance –
Montaigne philosophe 1/5 : Montaigne philosophe

 

Arte vidéo - Emission à voir en entier sur le site !

INVITÉ : JEAN-YVES POUILLOUX


Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...). 

 



Les nuances de la pensée de Montaigne : Le gai savoir
- France Culture -


 

Sciences humaines - Pensées et langage. 

 

Persée - Pensées et langage

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1* - p 26-27 : Pour Vygotski, il n’est pas vrai que le langage égocentrique atteste le caractère initialement asocial de l’enfant et dépérisse à mesure que l’enfant se socialise. Il montre au contraire, sur une base expérimentale, que le langage égocentrique du jeune enfant est d’emblée social et que, loin de dépérir, il se transforme par la suite en langage intérieur, jouant un rôle de médiateur dans la formation de la pensée verbale au cours de l’activité pratique de l’enfant.


Lev Vygotski – Pensée et langage – La dispute. Paris 1997 ; Isbn : 2-84303-004-8

 

INVITÉ : JEAN-YVES POUILLOUX Jean-Yves Pouilloux est professeur de littérature à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est spécialiste de Montaigne, de Rabelais et de littérature contemporaine (Queneau, Borges...).

Le château de Montaigne et sa tour.

Le château de Montaigne et sa tour.

La tour de Montaigne.

La tour de Montaigne.

Michel de Montaigne

Michel de Montaigne

« La philosophie ne me semble jamais avoir si beau jeu que quand elle combat nostre presomption et vanité, quand elle reconnoit de bonne foy son irresolution, sa foiblesse et son ignorance. Il me semble que la mere nourrisse des plus fauces opinions et publiques et particulieres, c’est la trop bonne opinion que l’homme a de soy. »

Essais, II, XVII, cité en exergue au chapitre "Socrate" de Montaigne, une vérité singulière", p. 217.

Montaigne - Jean-Yves Pouilloux est l’invité de "Philosophie"

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 08:43

      Horloge-humaine- Romain-Laurent              Horloge-humaine-2-Romain-Laurent.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Horloge humaine - Romain Laurent. 


   "Les heures, tel un chariot avançant dans la fin du jour, reviennent en grinçant parmi les ombres de mes pensées. Si je lève les yeux de ma méditation, je les sens brûlants du spectacle du monde."    p 322.

Fernando Pessoa – le livre de l’intranquillité. 

A Albert Jacquard

 

logo_philo_mag.jpg  

                                Physique et mental  - Etienne Klein.

 

 

 

La pause fait  la pensée,

                       comme le silence, la parole.

 

      Née dans le garage de l’agitation, usinée au fil du résultat et de la vanité, le bolide de la « Rapidité » est sur les starting-blocks. 

Le juge enclenche le chronomètre. Les aiguilles font loi, dénonce Albert Jacquard1*.

 

Une fois tournée la clé de l’efficacité, l’esprit précoce surgit, démarre, vif, réactif, rapide. 

Chacun retient son souffle. Sur cette piste tracée pour foncer, seule l’accélération compte. La dynamique s’enclenche. Dès le premier tour, le coureur rêve d'attacher sa réflexion au palmarès de la victoire. Les fonctions de l’accroissement, du plus – sont gage de progrès. 

Economie de la vitesse. Poursuite du but. L’intelligence s’oppose à la stagnation, se pique au jus de la compétition, yeux rivés au nombre de tours. 

C’est parti. La mécanique ronronne à l’innovation, carbure à la puissance concurrentielle.

Anabolisants. Régime forcé. Cadence – rendement. 

Le musicien se fait virtuose, les calculs prodigieux du mathématicien sont la condition de son génie. L’instantané croit arracher la performance au réel, comme ça, au prix d'un simple glissement de cheville.

 

Aucune surprise, le météore est en tête, n’en finit pas de scotcher la lenteur à la ligne de départ. 

 

A cette vitesse, rien ne s’arrête jamais. 

Les architectures de la pensée aux contours composites, complexes, aux richesses inépuisables sont écrasées. Les reliefs se confondent, les profondeurs s’aplanissent. Les caractères s’altèrent. 

L’air n’a plus d’odeur ; 

Les bigarrures du monde comme couleurs sur une toupie folle, fuient, se fondent, lisses, assimilées, dissoutes, sans délicatesse ;. le ruban circulaire tourne, l’information s’envole,   impressionne la rétine d’un pastel fade – uniforme.

 Impossible de saisir et de distinguer. La poursuite ne permet plus de contempler.

 

lenteur.jpg 

 

La lenteur quant à elle - insensible - percute, rebondit, se laisse submerger par le calme, sirote le temps, pense à 3 ou à 5 millimètres par heure, se laisse gagner par l'enchantement d’une réflexion marmonnée, gazouillis de l'infime, se lance dans un développement d’idées, observe un silence gêné, se ravise, revient en arrière 2*, détruit les évidences, prospecte les signes habituels, tire parti d’une maladresse, d’une trouvaille fortuite tel le laser. 3* Arpente les soubresauts de l’infime : brusques bifurcations d’idées. Déniche toutes ces bribes modérées, sans hauteur, tous ces essentiels issus d’une profusion d’observations, recherches délicates d’une prolifération de détails…  échelles fascinantes  formant mesure. 

Au moins, réclame Proust,

au moins, remettre ses conclusions à plus tard, pense Darwin.

On avance sur des petits miracles au ras du sol.

A ce niveau de concentration, le vivant prospère, prolifère, résiste, crève la terre. Rumine dans le vague d’un indécidable temporaire mais néanmoins bien présent, celui du à « tout-à-l’heure ». 

 

Déployer lentement ses compétences...   "Chiquer du temps pur"**, nous dit étienne Klein. 

 

 l-attente-3.jpg

 

 Dans le contexte d’un circuit à temps compté, l’aérolithe fuselé boucle son dixième tour.

Un peu plus loin, sous un soleil ardant, une forme exaltée s’échappe du peloton. Silhouette inattendue dans cette partie où le résultat est couru d’avance. Ce n’est rien. L’ombre furtive sera aisée à éliminer. L’étoile promue au firmament file, redouble d'intensité – faisant provision d’énergie, pleine d’excitation et de désir d’anéantir cette médiocre concurrente : accélération, force, vélocité. Vise le dépassement, brille, éblouissante, du serment du triomphe.

Mais l’autre, d’une manière inattendue, déroutante, produit – elle aussi – une belle avancée. Une ardeur peu commune.

Evidemment, la gagneuse ne s’estime pas vaincue, travaille, étudie chaque mouvement, aiguise ses sens, analyse les complications, se gorge de volonté. Va plus fort. Plus haut. Toujours plus ingénieuse, développe une passion pour la réussite intense, une stratégie opiniâtre, fourmille d’espérance, se charge de ferveur. Dans une volonté douloureuse s’élance, se dirige plus précisément encore, s'inflige les pires châtiments – pleurant, rageant, s’arrachant à elle-même -  avide de gloire.

Ca paye.

Mètre par mètre. Millimètre par millimètre, l’écart se réduisit.

La  fonceuse – presque brisée - positive,  attaque, se bat, se jette dans un douloureux sacrifice – plonge précipitamment dans l’atroce supplice – démoniaque – celui du dernier, de l’ultime effort. Réduit enfin la distance. 

 

     Passé la ligne d’arrivée épuisée – tremblante – le cœur précipité des efforts extrêmes – la médaille d’or se tourne vers l’autre dépassée d’une nanoseconde, plantée – à deux pas – là, atteignable, enfin.

 

         Etouffe un cri. 

              La perdante aux yeux impitoyables, primitifs, enflammés de rage, n’était autre qu’elle-même.

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Vidéo à lectures croisées...

 

Vidéo augmentée :

 

 

 Etienne Klein. 

 Bibliothèque Médicis, Public Sénat du 22/02/2013 et Les stagiaires. 

Montage vidéo fait de science et d'humour sur le temps.

Lenteur - vitesse. Course. Vivre le temps présent.

"Le temps est une prison à roulettes". 

Qu'est-ce que le temps, quelle perception en a-t-on ? Sommes-nous dépassés.

"Le temps est une prison à roulettes."

"Dieu ayant plus de cinquante ans et ayant sans doute le sentiment d'avoir réussi sa vie a sûrement une Rolex."

 

 BIBLIOTHEQUE MEDICIS

Invités: Jean-Michel Asselin, Etienne Klein, Guillaume Le Blanc et Jean-Christophe Rufin
Diffusée le 22/02/2013

 

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Prendre l’espace de dénicher des perles, équivaut à remarquer une sixième dimension dans un gravas de platitudes. Dégager l’exceptionnel du sable. Analyser les  vitrifiés. Toutes ces choses insignifiantes issues d’une époque lointaine.

      Virginie Glaine

 

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** Propos sur la course dans le mont Blanc - 166 kilomètres sans s'arrêter, fausse contradiction, donc. Aimer courir en montagne - être dans l'instant présent.  

1 * « Tous les tests réalisés face à un examinateur qui déclenche un chronomètre sont avant tout des tests de rapidité – souligne Albert jacquard. - cette qualité est importante certes, mais pourquoi en faire une qualité première ? »

P 54 : Finalement, le pire danger de toutes ces méthodes est peut-être, paradoxalement, leur efficacité. Une fois les données introduites dans la machine, il serait bien étonnant qu’une classification ne puisse être obtenue. Le risque de lui attribuer une signification est d’autant plus grande que les calculs auront été nombreux, et les programmes de calculs mystérieux ; Nous risquons de définir des groupes, de tracer des limites qui résultent uniquement de la manipulation arbitraire que nous avons opérée sur les données, et non de la nature des choses.

P 119 : Tous les tests réalisés face à un examinateur qui déclenche un chronomètre sont avant tout des tests de rapidité : cette qualité est importante certes, mais pourquoi en faire une qualité première ?  

Dans notre effort de compréhension du monde qui nous entoure, les progrès les plus décisifs ne sont pas contrairement à ce que l’on croit trop facilement, les réponses trouvées à nos questions, mais la formulation de questions plus pertinentes et mieux posées.

 

« Une mésaventure personnelle m’a fait prendre conscience de l’importance de ce lent travail de maturation, de compréhension, de pénétration d’un problème : un certain matin, ayant, sans cause apparente, formulé intérieurement une idée, à vrai dire subtile et qui m »a semblé particulièrement originale, je me suis senti « très intelligent ». Dans l’après-midi je n’ai pas résisté au plaisir, à la fin d’une réunion de travail, d’énoncer cette nouvelle vérité première devant mes camarades ; au lieu de compliments attendus, l’un d’eux a répliqué par un sourire moqueur. « Tu ne trouves pas cette idée intéressante ? – Si, bien sûr, mais elle figure intégralement dans ma thèse. » J’avais, dix-huit mois plus tôt, fait partie de son jury ; je sors aussitôt de ma bibliothèque mon exemplaire de sa thèse : rapidement nous retrouvons le passage exprimant mot pour mot « mon » idée. Dans la marge, j’avais noté « non, faux ».

Peut-être suis-je particulièrement lent – dix-huit mois pour comprendre une phrase – mais j’avais, après ce long délai, vraiment compris le problème posé, au point d’en faire une idée personnelle. Aurai-je été moins intelligent » , si en une semaine j’avais compris cette phrase, mais en la laissant extérieure à moi ?  Comprendre, c’est aussi prendre, s’approprier ; qu’importe le processus de rapidité ? » p 119 - 121

Albert Jacquard, moi et les autres, initiation à la génétique, Point, Seuil, 1983, ISBN : 2-02-048237-1

 

Albert Jacquard, moi et les autres, initiation à la génétique, Point, Seuil, 1983, p 119.

 

2* Tirer parti de trouvailles fortuites – Arts plastiques – Programmes de l’école primaire. B0 2008

 

3*  « C’est même en poursuivant de fausses lueurs qu’on peut découvrir des vérités importantes, et il n’est pas rare de trouver une chose tandis qu’on en cherchait une autre. » Joseph Priestley (1733-1804).

 

« La sérendipité est le don de faire des trouvailles ou la faculté de découvrir, d’inventer ou de créer ce qui n’était pas recherché dans la science, la technique, l’art, la politique et la vie quotidienne, grâce à une observation surprenante. » P 7 :

 

… D’autant que dans une société de plus en plus moderne, où la rationalité et la réflexivité tiennent une place croissante, la place et le rôle du hasard méritent un surcroît d’intérêt.

François Ascher – université Paris 8.

 

2* Revenir en arrière :  reprendre, combler des « lacunes » est l’aide numéro 5 proposée aux élèves par Roland Goigoux  (7 familles d’aides proposées dans une interview au Café pédagogique le 15 septembre 2009.)

 

P 12 : En pratique une vraie découverte, invention, création est toujours la combinaison d’un élément étonnant et d’une vérification pertinente.

La recherche systématique et la sérendipité ne s’excluent pas, au contraire elles se complètent et même se renforcent. Dans la recherche et en général dans l’action, il faut planifier. Mais un plan n’est jamais sacré : des milliers d’évènements inattendus ou d’effets non anticipés interviennent dans le cours d’une expérience ou d’un projet, dont un bon chercheur doit savoir se servir.

De la sérendipité, dans la science, la technique, l’art et le droit – Leçons de l’inattendu – Pek van Andel, Danièle Bourcier – L’Act Mem, Libres sciences, Paris, 2009, isbn : 978-2-35513-018-2

                                                                    ---------------------

Télescopage    

 

Hasard du calendrier, l'excellente émission d'Adèle Van Reeth -

Les nouveaux chemins de la connaissance - traite du temps.

 

Actualité philosophie : l’urgence et la paresse


        

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 07:18

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      Le thé des écrivains

« … le temps n’a rien d’un devenir mais d’un redevenir : « Rien de neuf sous le soleil. » Eadem sunt omnia semper, répétera quant à lui le poète Lucrèce, un autre membre du club des penseurs mélancoliques. Si les humains ne voient pas que « ce qui est arrivé arrivera encore », c’est parce que ce qui vient juste d’apparaître sous leurs yeux n’est pas assez vieux pour se révéler n’être qu’une redite, et, aussi, parce qu’ils répugnent à renoncer à l’espoir, source des illusions du progrès et de la salvation. »

Frédéric Schiffter, Le charme des penseurs tristes – 1*.

 

Frederic-Schiffter-et-Alexandre-Lacroix.jpg

« La vie est une comédie pour ceux qui pensent

et une tragédie pour ceux qui ressentent. » Jonathan Swift 1**

 Vidéo 4 : Job, L'Ecclésiaste face à l'absurdité du monde.

 

 

 Vidéo 5 : L'écho d'une subjectivité.

 

      

 

      « la joie comme le bonheur n’arrivent toujours que fortuitement.  Prétendre, comme nos philosophes, qu’il est au pouvoir de chaque mortel d’y accéder moyennant une ascèse, une tension de la volonté aux ordres de la droite raison, relève de la plus naïve des croyances. C’est nier la présence du dieu Hasard ivre de sa puissance qui n’aime rien tant que jouer avec nos nerfs et nos humeurs, nous accable et nous enjoue, sans que nous ne puissions jamais nous préserver de ses lubies. » 2* 

 

«  Le joyeux, dont la conscience s’oublie dans le présent, ne peut mettre la réalité à distance de son regard alors qu’elle s’offre aux yeux du mélancolique, en proie aux instants qui s’éternisent, comme un spectacle étrange et, néanmoins, jamais surprenant. » 3 * 

 

      Vidéo 6 : Henri Roorda, un anarchite sentimental ? 

 

 

 

 

Les mouvements désordonnés de l’âme (sur Henri Roorda)

« L’univers aura beaucoup moins d’importance quand je ne serai plus là." 4*

Henri-Roorda pensées                  Henri-Roorda---mathematiques.jpg

 

 

"Roorda confesse dans son testament qu’il souffrait d’une malformation métaphysique infantile : le chagrin. Un chagrin sans remède." 5* 

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« Par cécité ou par pudeur, les cyniques fourrent la sensibilité et la sensiblerie dans le même sac. En pensant sauver l’honneur de la raison, ils ne voient pas l’injustice faite à l’intelligence. L’être sensible ne raisonne pas mais pense en même temps qu’il ressent. A distance égale des rigidités de l’intellect et des mollesses de l’affect, il ne prête d’intérêt aux idées que si elles l’émeuvent et aux émotions que si elles l’émeuvent et aux émotions que si elles lui donnent à méditer.

     La pensée maîtresse de Mme Du Deffand [ vidéo 2 ] n’avait rien à voir avec l’une de ces grandes questions morales, scientifiques ou politiques qui agitaient les philosophes, mais procédait d’une disposition existentielle contractée depuis toujours : l’ennui. Non pas cette hébétude qui saisit les gens affairés et qui, soudain, se voient désœuvrés ; plus radicalement, le lancinant sentiment d’une vie stérile soumise à un temps porteur de nulle autre œuvre que la déchéance du corps et de l’esprit et nulle autre fin que la mort. » p 82.


le-charme-des-penseurs-tristes

 

Frédéric Schiffter, Le charme des penseurs tristes – 1* p 42.

1** p 75

2* p 12.

3 * p 15.

4* p 143.

5* p 149.

 

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Santiago Espinosa & Clément Rosset - L'inexpressif musical - Encre marine.  

Santiago Espinosa - Du jour au lendemain, émission d'Alain Veinstein sur France Culture, naturellement.   

Atelier Clément Rosset

Santiago-Espinosa---dedicace.jpg

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 06:53

En toute amitié.

 Le-charme-des-penseurs-tristes---causerie.jpg

      Alexandre Lacroix - Philosophie Magazine

La vague est fille d’un océan tourmenté par une dépression. »

1 * Frédéric Schiffter – Petite philosophie du surf.

 

Les commentaires exotiques pullulent à l’endroit de l’amitié.

 

Elle est parfois perçue telle la lumière d’une âme vouant / voulant du bien à l’autre (étrange présence du vouloir au sein d’un univers frappé de hasard), mais le plus souvent, son évocation reflète la communion de deux pensées cadencées, suprême accord de cœurs foulant un sol craquant au même rythme, accordés à l’unisson. 

 

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi. », ajoute le commun – aussi sec.

 

L’hommage fait à La Boétie par un Michel de Montaigne chaviré, dévasté, égaré non par la mort mais par la perte à vie d’Etienne -  ad vitam arraché, coupé de son lien et de sa conscience – se meut en sujet de dissertation ordinaire. Crime de lèse sauvagerie, le sujet bateau chavire, tyrannise des générations d’élèves, décompose la fine fleur Montainienne en mascarades rédactionnelles, platitudes de références classiques, soupe de citations décoratives, pétales sans nuances ni émotions et autres réflexions déterrées de manuels que rien n’égaye.

Dans cette Loi ‘thermoapathique’, aucune transtantiation 2*, rien de transcendant : l’inerte se substitue aux sentiments, le sublime 3*  fait tapisserie, le relief devient creux, la beauté absurde, les fines pointes – écrasées à coup de briques – se flétrissent instantanément sur elles-mêmes. 

 

Alors  ? 

                             Heureux le simple du vague à l’âme.

 

L’amitié bruisse d’une totalité tonitruante vagissant dans un pois de silence, a la saveur du rien, la petitesse du tout, l’éclat d’un arc électrique situé au fin fond d’un univers opaque. 

 

Mécanique du ciel jetant  les âmes errantes au hasard, l’agitation amicale n’entre pas en fusion mais se heurte en un champ de sensibilités métalliques. 

 

                De l’escarbille jaillit la direction, incandescente et impalpable.

 

                                    Etincelle sans écho, imprévisible, frappée de l’envie d’être désorientée.

 

 Frederic-et-Francoise---cadre.jpg

 

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1 * P 37 - Frédéric Schiffter – Petite philosophie du surf. Editions Milan.

2* « Si Cook enregistre le mot, il ignore que, pour un « sauvage », « faire corps » avec un élément signifie communier en esprit avec lui, échanger son âme avec la sienne. Cook ne voit pas qu’il assiste à une transtantiation. A une transe. » p 50 :

3 * P 26-27 : 

« Lorsque, confrontés à l’immensité du monde, nous mesurons la petitesse de notre être, ce que nous voyons n’est pas beau, nous dit Kant, mais sublime. Sublime, par une nuit claire, la majesté de la voûte céleste étoilée. Sublime, la succession, à perte de vue, des massifs enneigés. Plus sublime encore, les chutes d’eau d’un torrent, un orage en montagne ou une tempête sur l’océan. Mais que nous mesurions notre inconsistance face aux puissances naturelles ne nous humilie pas. Au contraire, cela nous édifie. Sachant que c’est à nous, les hommes, et à nous seuls, qu’il est donné de contempler la nature, même si nous ignorons le sens de ce don, nous ne pouvons nous empêcher d’y voir une élection. Devant ces spectacles, nous éprouvons un « sentiment de jubilation mêlé d’effroi ». C’est en cela, en ce qu’ils nous invitent à ressortir que nous ne sommes nés que pour être les témoins à la fois maudits et privilégiés d’un monde où nous ne comptons pour rien, que Caspar David Friedrich et William Turner s’affirment comme les maîtres du sublime. » 

Frédéric Schiffter – Petite philosophie du surf – Milan 2005 – ISBN : 2-7459-1680-7

 

signature-1.jpgsignature-2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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      Le charme des penseurs tristes. 

 

« Le penseur vaut mieux que le philosophe. Affaire de politesse. Il ne nous importune pas avec des idées, des analyses, des spéculations, mais nous touche par ses songes, ses observations, ses hantises. […] Au lieu d’un pesant traité avec quoi un philosophe se venge sur ses lecteurs de la peine qu’il eut à l’écrire, le penseur nous régale de notes, de traits, d’anecdotes assemblés en recueils comme s’il s’adressait à un proche. »

Le charme des penseurs tristes. p 81

 

 

Vidéo 1 - Une philosophie des sentiments et de la douleur,


      

 

Vidéo 2 : Cioran, La marquise Du Deffand, Hérault de Séchelles. 

 

" A ceux qui – tel Roland Barthes en son temps – relèguent La Rochefoucault dans le registre d’une critique sociale de son époque et de son milieu, comme si le moraliste était un intellectuel « traître à sa classe », pour en portraiturer les illusions, les ridicules et les simagrées, on ne peut que leur faire valoir combien les Maximes n’ont trouvé autant d’actualité qu’en notre époque où rivalisent les professeurs de la vie heureuse et juste, de la sculpture de soi, etc. La Rochefoucauld nous avertit que si tous s’évertuent à nous persuader de notre perfectibilité c'est parce que tous désirent passer à nos yeux comme aux leurs pour les illustrations mêmes du bien-fondé de leurs éthiques. Pas de dissimulation dans cette bonne parole mais une ruse de leur amour-propre qui les « ventriloque ». Pour qui sait voir sans ce besoin aveuglant d’admirer, leurs doctrines et leurs « exercices spirituels » trahissent leurs vices, leurs complexes et leurs carences affectives les plus secrets, totalement cachés à leur propre conscience et qui n’ont d’autre issue pour trouver un peu de jouissance ou de compensation que le moyen détourné du magistère. Quel ressort psychique peut bien animer un philosophe qui se dévoue à « éclairer » un public sinon un désir de le dominer et d’en être aimé ? Pourquoi, en retour, le public adule son maître sinon parce que, souffrant de maux semblables aux siens, il trouve quant à lui gratification à lui être soumis et ainsi, pense-t-il, à en être aimé en  retour ? La servitude intellectuelle montre que l’amour-propre souvent « se hait lui-même » et qu’il fourvoie nombre d’esprits faibles dans les impasses de la conviction uniquement pour qu’ils aient l’impression de penser avec force."

Le charme des penseurs tristes. p 71-72.

 

Vidéo 3 : Albert Caraco.

 

       "L’homme est un animal métaphysique et qui voudrait que l’univers n’existât que pour lui, mais l’univers l’ignore et l’homme se console de cette ignorance en peuplant l’étendue de dieux, dieux faits à son image. Ainsi nous parvenons à vivre en nous payant de raisons creuses, mais ces raisons si belles et si consolantes tombent à rien, quand nos yeux s’ouvrent sur la mort et le chaos, dont nous vivons enveloppés et toujours menacés. La foi n’est qu’une vanité parmi les vanités et l’art de tromper l’homme sur la nature de ce monde."

Albert Caraco, Le charme des penseurs tristes, p 122.

 

Le charme des penseurs tristes, suite :

Le charme de la mélancolie.

 

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Le Charme des penseurs tristes. Flammarion. 

 

le-charme-des-penseurs-tristes.jpg

 

Le philosophe sans qualités - Blogue de Frédéric Schiffter.

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 10:15

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Anja Stiegler.

 

Je me rappelle ces moments passés avec Vladimir Jankélévitch, Gilles Deleuze, Lucien Jerphagnon et vous, Raymond Trousson. Vous  spécialement, cher Raymond et votre voix caverneuse au parfum hanté de figures. Vous, faisant battre les tempes du rythme de la pensée.  

 

Vos discours remplissaient l’espace d'un volume de connaissances. Votre univers tempétueux d’anti-modernité s’exprimait en  continu d’un ton docte motivé par les idées. Vos paroles exemptes de modes se faisaient l’écho d’une conscience plus vieille que nous tous. Oui, je me souviens de vos conférences éternelles, saisissantes, contenues de hauteurs de fête, livrant un combat contre le trivial. Alors, votre expression puissante aux accents roques volait en dynamique baroque par delà les représentations ordinaires, se concentrait dans les interstices : moments pleins d’une épaisseur, d’une densité, d’une vitesse n’ayant rien de commun avec cet échelon de l’homme débordant - ce Malstrom Moderne.

Autrement dit, ce cyclone tournant sur lui-même, tornade aspirant l’information sans fin, principe désorienté, instable, indéfiniment tonique, absorbé dans une angoisse démesurée de l’urgence, dégageant un ardant besoin d’action, incessamment en quête de célébrité, produit d’un mépris des sources et d’un goût insatiable pour sa PSPP - pas-si-petite-personne chevillée à la Rolex, pleine de valeurs sans passé ayant le présent pour étalon.

 

Cher Ténor qui jamais ne parle trop, racontez-nous encore ces harmonies nettes et intenses faites du passé, cet idéal issu des humanités. 

Racontez, cher maître, racontez-nous toujours ces symphonies faites de lignes. 

Signes intemporels, principes vivants de l’Important. 

Aromatiques points de départ. 

Chemins retentissants

Une alchimie de mots nous touchants, nous atteignant. Et cette clarté folle et riante... On ne peut rester insensible à ces emballements, entrecoupés d’anecdotes, ces bouffées de richesses, cette plénitude spirituelle, substance essentielle à la vie… modelée par de longues et lentes lectures souterraines. 

Votre profondeur généreuse est celle de ceux qui savent qu’ils ne savent pas, suintent de la science puisée dans les feuillets pliés de l’esprit. Vous êtes, chère rareté, de ces êtres pleins des connaissances toujours en  mouvement sans être surchargés, lourds des livres sans être pesants. 

 

Contez, cher Raymond, agitez ces feuilles sonores. Bruissez de ces pièces de pensées alignées en cortège triomphal. Tintez de ces mélodies - un rien sublimes.

 

Un chant mâture qui avance. Décisif. Un cadeau. Un surcroît de conscience. Une présence. Un don précieux, une prose qui nous laisse sans voix.  

 

Tout à coup, cher maître, à l’annonce de votre départ, au savoir de votre existence aujourd’hui envolée ; 

 

                      …surgit en mon âme un vaste vide.

 

                                                            je suis saisie d’un froid silence. 

 

 

 

Arte vidéo 

 

 

 

 

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      SITES 

 

Axel Evigiran : En hommage à Raymond Trousson - De Diderot à Rousseau, passant par Voltaire. 

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Published by Le chêne parlant - dans philosophie
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  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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