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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 17:24

 Ernest-Pignon-Ernest---Ecole-de-Michel-Ange---Promethee-e.jpg

    Une goutte de faiblesse se fait parfois l’océan du fort...

 

 

La plupart des concepts grammaticaux comportent des cas particuliers. L’être humain n’échappe pas à la règle. 

Dans une forme globale où règne le sensible, la raison, où tout un chacun semble en mesure de discerner le bien du mal, un petit nombre d’individus se montre capable d’assassiner son voisin, d’enlever la fille de ce dernier ou, pris d’une inspiration surréaliste, supprimera sans états d’âme tout ce qui bougera dans la rue. 

 

Ce principe d’un tout humain et d’une partie inhumaine est un récif. 

L’homme majoritaire ne cède pas à la violence gratuite, les forces du bien règnent en lui. C’est un être de mesure, ce qui est le sens du ‘normal’ – norma 1* – la règle, l’équerre.  

L’homme minoritaire, au contraire, peut se montrer violent, cruel, obstiné, obtus, médiocre, ignoble.

On supputera son geste par une biographie insoutenable ou un débordement maladif. 

Un monde nous sépare de lui. On martèlera ses bizarreries, sa froideur, ses excès, ses pulsions, sa maladie mentale. Une vitre étanche mure nos deux existences. On voit sa folie. 

 

Ainsi, jour après jour, cette distinction profonde se vérifie-t-elle. Le quotidien force la conviction. Le normal brille d’un côté, le pathologique de l’autre 1*. 

 

Or, voici qu’en présence du vil, dans les confidences du monstre, à le côtoyer - la démonstration confortable et rassurante perd de sa pertinence, les frontières se brouillent. Les cases éclatent.

 

« Le cinéma – écrit Frédéric Schiffter - est à la fois une école des sentiments et un atelier du regard. »

 

Ecoutons les leçons d’un maître de la noirceur - en ce cas.  

 

Les premiers épisodes de la série Dexter mettent le spectateur extrêmement mal à l’aise. Plus encore en version originale, le paysage offert est oppressant. Images très sombres, musique glauque, voix caverneuse, monde troublé de night-clubs, ponctué par la dégénérescence d’une ville qui s’étend à l’infini des ténèbres. On sent la violence du personnage, sa disposition au meurtre, son absence de sentiment, sa jouissance, sa jubilation face à l’exécution. 


Le premier regard est de nous disposer en dehors de ses furieux sentiments, nous exclure de son monde, nous  placer au-dessus, en dehors, nous donner le beau rôle. Nul ne peut a priori s’identifier ni comprendre un tel personnage. Il s’agit d’un esprit dérangé ne pensant pas comme nous – un dingue 2* - assiégé de l’image de son père – commandé par un code. En un mot : une âme malfaisante. Bref, son absence de sentiment moral, son insensibilité, son manque ‘d’humanité’ le placent indéniablement du côté du monstrueux, de l’inhumain. 

 Ernest Pignon Ernest - d'après Nicolas poussin - Le massac

Puis – habilement - la série nous mène par le bout de l’ombre. 

 

En absence de justice, puisque des assassins échappent à leur peine et passent allègrement entre les mailles de la police, mettre fin à leur existence ne devient-il pas un spectacle bien fait ? Après tout, les êtres supprimés ne l’avaient-ils mérité ? 

Non seulement tuer, découper deviennent le signe du tribunal du juste mais un geste de vertu. Dexter passe du statut de sociopathe à celui du protecteur de la veuve et des citoyens. En liquidant les ordures, le psychopathe pourfend le néfaste, nettoie la ville, sauve des vies. Son couteau sauvage devient le symbole insensé d’une lutte pour le bien, mieux, un remède au mal. 

 

Le spectateur glisse doucement, se dérobe à ses principes jusqu’au renversement du regard, l’inversion des valeurs. Le sentiment d’un châtiment mérité fait de lui un complice. 

 

Le personnage raconte - on l’écoute. Le meurtrier s’épanche – on éponge ses égarements. 

Morgan mâle sort de sa figure noire et blanche, son visage sent la souffrance. Ses longs monologues nous gagnent, nous rapprochent de ses états d’âmes, révèlent son combat gris, profond, quotidien. Sa lutte de tous les instants contre sa pathologie, ses difficultés à mener une existence ordinaire, l’envie d’échapper au vide, aux commandements noirs, aux instincts pèsent sur nos convictions. Nous apercevons dans sa cruauté – une impuissance. Un néant. L’image frappante d’une incapacité à lâcher prise, se donner à l’autre, à s’abandonner aux sentiments ordinaires. Un désarroi masqué ? Sa sinistre condition apparaît comme une malédiction subie. Mille nuances de sentiments étonnants. 

 

Au fond, ses préoccupations mortelles, ses envies de s’extirper de la caverne de tôle, d’éventrer le container de sa solitude, ses tentatives sans résultats, son rêve de mener une vie ordinaire, son exclusion, nous touchent.  

 

         Finalement, Dexter est plein d’une envie d’abolir les distances. 

 

                                Une quête d’intégration à fin de se fondre dans la matière du monde. 

 

Il est fort à parier que cet acte sera sanglant. 

 

 

 

 

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1* Canguilhem, Le normal et le pathologique. 

Georges Canguilhem – le normal et le pathologique – Quadrige PUF

 « Le dictionnaire de médecine Littré et Robin définit le normal comme suit : normal (normalis, de norma, règle) qui est conforme à la règle, régulier…

Le vocabulaire technique et critique de Lalande est plus explicite : est normal, étymologiquement, puisque « norma » désigne l’équerre ce qui penche ni à droite, ni à gauche, donc ce qui se tient dans un juste milieu, d’où deux sens dérivés : est normal ce qui est tel qu’il doit être : est normal, au sens le plus usuel du mot, ce qui se rencontre dans la majorité des cas d’une espèce déterminée ou ce qui constitue soit la moyenne soit le module d’un caractère mesurable. […]… terme équivoque, désignant à la fois un fait  et une valeur attribuée à ce fait par celui qui parle, en vertu d’un jugement d’appréciation qu’il produit à son compte. » p 76.

« On souligne enfin une confusion analogue en médecine où l’état normal désigne à la fois l’état habituel des organes et leur état idéal, puisque le rétablissement de cet état habituel est l’objet ordinaire de la thérapeutique. » p 77 

Dominique Lecourt

 

2 * Gérald Bronner, Vie et mort des croyances collectives

* M; Duval, Un ethnologue au Mandarom, Paris, PUF, 2002, p 19.

« D'ailleurs, au début de son enquête, on lui demandait souvent s'il valait le peine de faire une étude sur ce groupe (le Mandarom), attendu que « le gourou est un dingue et les adeptes aussi * ». Après une étude de plusieurs années sur cette secte, Duval s'est fait un point de vue un peu différent. Non seulement les adeptes ne lui paraissaient pas plus fous que la moyenne des gens, mais il constate, statistiquement, qu'ils ne sont pas en rupture avec la société extérieure (ils travaillent, lisent des journaux, inscrivent leurs enfants dans les écoles publiques ou privées, appartiennent à des associations etc.) Il ne s'agit pas de trouver raisonnables les croyances absurdes qui sont défendues dans le fanatisme politique ou religieux ou dans les sectes, mais de voir pourquoi et comment les gens qui les endossent ne sont pas forcément déraisonnables. 

….

Une croyance individuelle a une histoire, c'est à dire qu'elle résulte d'une construction parfois lente et progressive, de sorte qu'il n'est pas toujours possible pour le croyant en devenir de prendre conscience qu'il s'engage, pas à pas, sur le chemin d'une adhésion qui, en d'autres contextes, eût pu lui sembler déraisonnable. » P 39 :

Gérald Bronner, Vie et mort des croyances collectives, Hermann, collection sté et pensées, France, 2006, ISBN : 2-7056-6570-6

 

3* Frédéric Schiffter - Philosophie magazine. L'art nous rend-il moralement meilleurs ? 

"Quand aux séries télévisées, les meilleures sont descriptives et non normatives. Prenons la plus réussie : Dexter. Si le héros, un sérial Killer, nous est sympathique, au sens le plus fort du terme, ce n'est pas parce qu'il traque les "méchants", mais parce qu'il réveille l'instinct du tueur qui est ne nous. Est-il sur le point d'être découvert ? Nous tremblons pour lui. Si on l'arrête, nous ne pourrons plus jouir par procuration de son art de boucher. Les saisons de Dexter semblent écrites par des disciples de Baltasar Gracián ou de La Rochefoucault. Le héros ne comprend rien à l'amitié ni à l'amour dont ses proches font grand cas. Dès lors, il mime les comportements de la normalité affective qui, peut-être, se dit-il, finiront par déteindre sur ses sentiments totalement anesthésiés. Aidé d'une figure aimable, il joue à merveille la comédie. Tout le monde s'y laisse prendre, à part quelques-uns - mais ceux-là, il se dépêche de les liquider sans état d'âme. Dexter nous venge de toutes nos compromissions. 

A celui qui voit de bons films ou de bonnes séries, quand il sort du cinéma ou éteint son poste, la réalité humaine lui apparaît clairement. Les artistes ne sont pas des prêcheurs de vertu mais des maîtres de lucidité."

Philosophie Magazine - Dossier l'art - L'art nous rend-il moralement meilleurs ? P 55

 

frédéric Schiffter - Blogue Entretien téléphonique donné à Philosophie Magazine, numéro de juin 2013

L'art nous rend-il meilleurs ?

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A Lire... L’art rend-t-il moralement meilleur ? - Barney Stinson et Dexter Morgan. Blogue d'Axel

 

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      Analyse de la série sur Arte. 


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 Raymond Devos a vu l'une de ses vidéos, censurée par quelque « bien pensant »... 

      Un excellent sketch de second degré, genre d'humour anti-charlatans incompris des petits soldats de la censure. 

 

Qui tu es ? Ou ne laisse jamais les autres te dicter qui tu es.

 

Un jour, en pleine nuit... mon médecin me téléphone:

"Je ne vous réveille pas ?"

Comme je dormais, je lui dis:

"Non."

Il me dit:

- Je viens de recevoir du laboratoire 

le résultat de nos deux analyses. 

J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer. 

En ce qui me concerne, tout est normal. 

Par contre, pour vous... c'est alarmant.

Je lui dis:

- Quoi?... Qu'est ce que j'ai ? 

Il me dit:

- Vous avez un chromosome en plus... 

Je lui dis:

- C'est à dire ? 

Il me dit:

- Que vous avez une case en moins !

Je lui dis:

- Ce qui signifie ?

Il me dit :

- Que vous êtes un tueur-né ! 

Vous avez le virus du tueur...

Je lui dis:

- ...Le virus du tueur ?

Il me dit:

- Je vous rassure tout de suite. 

Ce n'est pas dangereux pour vous, 

mais pour ceux qui vous entourent... 

ils doivent se sentir visés.

Je lui dis:

- Pourtant, je n'ai jamais tué personne !

Il me dit:

- Ne vous inquiétez pas... cela va venir ! 

Vous avez une arme ? 

Je lui dis:

- Oui ! Un fusil à air comprimé.

Il me dit:

- Alors pas plus de deux airs comprimés par jour !

Et il raccroche !

!!!

Toute la nuit... j'ai cru entendre le chromosome 

en plus qui tournait en rond dans ma case en moins. 

Le lendemain, je me réveille avec une envie de tuer...

Irrésistible !

Il fallait que je tue quelqu'un. Tout de suite ! Mais qui ?

Qui tuer ?... Qui tuer ?

Attention ! Je ne me posais pas la question : 

"Qui tu es ?" dans le sens :

"Qui es-tu, toi qui cherches qui tuer ? "

ou : "Dis-moi qui tu es et je te dirais qui tuer."

Non !... Qui j'étais, je le savais !

J'étais un tueur sans cible !

(Enfin... sans cible, pas dans le sens du mot sensible !)

Je n'avais personne à ma portée. 

Ma femme était sortie ...

Je dis : "Tant pis, je vais tuer le premier venu !"

Je prends mon fusil sur l'épaule... et je sors.

Et sur qui je tombe ? Le hasard, tout de même ! 

Sur... le premier venu !

Il avait aussi un fusil sur l'épaule...

(Il avait un chromosome en plus, comme moi!)

Il me dit:

- Salut, toi, le premier venu !...

Je lui dis:

- Ah non! Le premier venu, pour moi, c'est vous !

Il me dit:

- Non ! Je t'ai vu venir avant toi et de plus loin que toi !

Il me dit:

- Tu permets que je te tutoie ? Je te tutoie et toi, tu me dis tu !

Je me dis:

- Si je dis tu à ce tueur, il va me tuer !

Je lui dis:

- Si on s'épaulait mutuellement ? 

D'autant que nous sommes tous les deux en état 

de légitime défense !

Il me dit:

- D'accord ! 

On se met en joue...

Il me crie:

- Stop!... Nous allions commettre tous deux une regrettable bavure...

On ne peut considérer deux hommes qui ont 

le courage de s'entre-tuer comme des premiers venus !

Il faut en chercher un autre !

J'en suis tombé d'accord !

Là-dessus, j'entends claquer deux coups de feu

et je vois courir un type avec un fusil sur l'épaule...

Je lui crie:

- Alors, vous aussi, vous cherchez à tuer le premier venu ? 

Il me dit:

- Non, le troisième ! 

J'en ai déjà raté deux ! 

Et tout à coup, je sens le canon d'une arme 

s'enfoncer dans mon dos. Je me retourne. C'était mon médecin...

Qui me dit:

- Je viens vous empêcher de commettre un meurtre à ma place...

Je lui dis:

- Comment, à votre place ? "

Il me dit:

- Oui ! Le laboratoire a fait une erreur.

Il a interverti nos deux analyses. 

Le chromosome en plus, le virus du tueur, c'est moi qui l'ai !

Je lui dis:

-Docteur, vous n'allez pas supprimer froidement un de vos patients ? 

Il me dit:

- Si ! La patience a des limites. 

J'en ai assez de vous dire: Ne vous laissez pas abattre !

Je lui dis:

- Vous avez déjà tué quelqu'un, vous ?

Il me dit:

- Sans ordonnance... jamais ! Mais je vais vous en faire une !

 

Raymond Devos.

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 15:27

« A la bonne heure, voilà parler. 

Artemisia-Gentileschi---Judith-decapitant-Holopherne--1612.jpgVos fantaisies de miséricorde 

vous ont quittée,

Dieu soit loué !

Je suis bien plus à mon aise avec votre altesse

Quand elle est naturelle comme la voilà.

Je m’y retrouve au moins.

Voyez-vous, madame, un lac, c’est le contraire d’une île ;

une tour, c’est le contraire d’un puits ; 

un aqueduc, c’est le contraire d’un pont ;

et moi, j’ai l’honneur d’être le contraire d’un personnage vertueux. »

Gubetta à Dona Lucrezia,

Lucrèce Borgia, Victor Hugo.

Acte I, partie II, scène I.

 

 

En partenariat avec 

logo philo mag

Annah Arendt - L'hypothèse du mal

 

 

10 avril 1961 – Jérusalem

L’assemblée enclenche la procédure d’écoute, l'œil vissé sur l’accusé. 

Costume tiré à quatre fils, yeux ouverts derrière des verres aveugles, dos des mains tournées vers le spectateur, abandonnées, livrées, indifférentes, le calme d’Eichmann est démentiel.  

Eichmann_Adolf1.jpg

Des voix fondent sur le fonctionnaire. 

Des gerbes de questions se détachent. 

Aucune contre-attaque. Les paroles d’Eichmann à peine sorties de la cage de verre rasent le sol, sans éclat, ternes, lourdes, égales - coulent non pas en un chaos de pluies acides mais en une cascade bien ordonnée, fluide.

La litanie tel un insecte figé dans l’ambre a traversé le temps, intacte, préservée comme au premier jour. Défense sans éclat d’un type ordinaire : il a accompli son devoir. Sans plaisir. Sans perversion. N’éprouve aucun remords. Dictature du faut bien - faut-bien-le-faire. Personne n’est interloqué sauf Hannah Arendt. La philosophe comme toute femme ou homme critique plante sur table les non-dits invisibles ou indicibles : « Avec la meilleure volonté du monde on ne parvient pas à découvrir en lui la moindre profondeur diabolique ou démoniaque. », reprend Martin Legros dans Philosophie Magazine, 1* p 48 

Eichmann  n’est pas un salopard cynique**. 

Cette phrase est un rien détonnant. Stupeur. 

Tu parles d'une manière ignoble de penser, lancent les détracteurs. Les invectives envers Hannah Arendt bondissent au ras du sol. Les tirs fusent de toutes parts – en rafales féroces. La grenade Arendtienne a déchiré la terre et n’en finit pas de secouer les consciences. 

Pourquoi ce carnage de feu ?

 

        Le problème majeur, c'est la liquéfaction du sol. 

Donner du sens au monde nécessite de l’étudier, de le creuser, d’en distinguer les qualités 2*. Ainsi l’argile noire ne se confond-elle pas avec la blanche, ni la rouge avec la jaune. Les associations, différenciations aboutissent à des tris, des classements générant eux-mêmes des catégories – points d’ancrages indispensables à la marche de la pensée. Ces activités occupent d’ailleurs une large place à l’école maternelle et primaire ; classifications s’organisant en réseaux appelés par Bruner « structure cognitive », c’est-à-dire explicite Britt-Mari Barth : « l’organisation de toutes les connaissances acquises d’un individu. » 2* p 30.

 

On imagine aisément en quoi ces critères, ces unités de sens, ces discriminations sont historiquement datés. Tout bonnement une stratégie de préservation, une aptitude acquise, l’intense nécessité de l’homme frappé à la tempe pour deux motifs diamétralement opposés : paniqué face au prédateur ou fébrile devant sa proie 3*. A l’émotion forte, deux solutions : d’un côté la crainte et la fuite, de l’autre l’angoisse d’échouer et la poursuite. Étonnement, le paléontologue Stephen Jay Gould use du terme de ‘dichotomie’, celui habituellement réservé aux sciences biologiques, afin d’expliciter cette propriété cérébrale : 

  « Claude Lévi-Strauss et les structuralistes français ont développé  leur théorie sur la nature humaine et l’histoire des sociétés à partir de l’hypothèse selon laquelle l’évolution nous a donné un penchant inné à la classification dichotomique comme outil cognitif de base pour ordonner les complexités de la nature et de la culture. » 3*  p 117-118.

 

Le problème est le suivant : la matière cérébrale saisie de discriminations multiples – éprise de netteté – a une fâcheuse tendance à l’ordre, souffre d’une manie de la propreté pathologique, d’un penchant maniaque au nettoyage par le vide. De coups de balais en passage de serpillières, une force irrésistible scinde in fine tous les savoirs en deux. 

Ainsi la vie n’est-elle jamais aussi clairement exposée que lorsqu’elle est comparé à la mort. Le sec à l’humide. Le mou au dur – le liquide au solide – le clair à l’obscur – le petit au grand – ces symétries sont des propositions concrètes – vérifiables, semblent si imparables, logiques, qu'elles en  deviennent des fondements ; des bases sur lesquelles on prend position, des socles à partir desquels marche la pensée. 

 

L’esprit a tôt fait de séparer le Bien synonyme de lumière, beauté, en gros la gentillesse au visage d’ange - du  Mal pétrit de pénombre, de laideur. La structure bétonnée s’incarne en ogres gras, patibulaires, en mégères aux nez sanguinaires, en dictateurs fougueux aux cheveux austères, aux humeurs démentes. L’archétype basé sur une réalité humaine démoniaque est profondément enraciné dans les méandres cérébraux. Inébranlable. 

 

Et voici qu’Hannah Arendt tire la goupille, balance ses observations… La ‘Banalité du mal’ décrit une courbe impeccable ; descend rapidement, au-dessus, derrière, en dessous, on ne sait... Son concept frappe, déchire, pulvérise les pierres solides, bat en brèche les idées dominantes. Emporte tout. Une tonne de pensées toutes faites – arrangeantes – éclate et sème la confusion.

La terre est éventrée ... Le monde fondé d’éléments incontestablement bons, héroïques  (nous) et d’autres non moins fondamentalement – entièrement - mauvais (eux, les autres, les SS, les nazis, les collabos) a explosé.  Tout s’écroule. Personne ne sait plus où poser les pieds – chacun pousse un cri rauque beaucoup, beaucoup trop nerveux pour être honnête. 

Hannah Arendt a touché juste. 

 

La catastrophe de la seconde guerre mondiale aurait-elle pu avoir lieu sans cette graine du mal en germination potentielle ? La destruction aurait-elle pu prendre une telle ampleur sans l’adhésion – et la participation - d’individus dont des juifs eux-mêmes ? Les pétainistes n’étaient-ils qu’« Une équipe de gâteux précoces groupés autour d’un képi à feuille de chêne. » ? 4* écrit Jankélévitch. La question est insupportable. Tous se mettent à trembler, yeux rivés sur Eichmann, son corps inerte, ses doigts croisés sur le crâne. Hannah Arendt fait face à un tourbillon, elle nuance :  « Mais cela ne revient pas à en faire un phénomène ordinaire. » 

 

Un phénomène singulier, donc ? 

 

Le psychologue américain Philip Zimbardo a effectué une étude où des individus recrutés pour leur équilibre psychique, leur  sens de la mesure se sont vus attribuer des ‘rôles’ de prisonniers ou de gardiens de prison. L’incubation des monstruosités et leur explosion a interrompu l’étude - laissant derrière elle des égratignures béantes, des blessures aux contours noyés.

 

Un film excellent – La vague - remue les idées, secoue les consciences, se trouve au cœur tonitruant du réel. Un professeur moderne, humaniste - pédagogue à quel point - aux yeux glorieux, curieux d’observer le cratère béant de l’autocratie, en réactive l’idée. L’idéologie cent fois charriée dans les jeunes consciences emporte les résistances. La force du courant fait flotter les cœurs et les tripes. La rage violente de la communauté triomphe. « Tout marche comme sur des roulettes, tout marche au quart de poil. » comme l’énonce Zeev Sternhell. 5* La colique radicale s’écoule, le flux fait froid dans le dos. Personne ou presque n’échappe à la gastro-entérite. Le laboratoire universitaire frémit à bloc.  

 

 


Reste à s’aplatir au sol, face contre terre, jusqu’à ce que passe la morve barbare, pourvu qu’elle ne submerge pas tout.

 

Quand les duretés éclatent, les tranchée verticales s’ouvrent.

Porter un pied après l’autre dans la mélasse, s’arracher à la glu est laborieux, réclame certes une énergie prodigieuse

                       C’est le prix à payer de l’avancée.. 

 

Le jugement s’assure sur une terre assez molle pour supporter son poids.    

 

 

 

** Du moins n’en a-t-il pas l’air.

 

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1 * Philosophie Magazine – mensuel N° 69 – mai 2013. D’où vient le mal ? 'L'hypothèse Arendt' p 45-52 - Article de Martin Legros

[Normalité] « beaucoup plus terrifiante que toutes les atrocités réunies, car elle supposait que ce nouveau type de criminel, tout ennemi du genre humain qu’il soit, commet des crimes dans des circonstances telles qu’il lui est pour ainsi dire impossible de savoir ou de sentir qu’il fait le mal. » p 48 « Eichmann n’était pas stupide. C’est la pure absence de pensée – ce qui n’est pas du tout la même chose – qui lui a permis de devenir un des plus grands criminels de son époque… »   P 50

Philomag. 

 

2* « La conceptualisation est un processus complexe. Bruner insiste sur les stratégies mentales que les sujets utilisent inconsciemment pour conceptualiser : les individus forment des hypothèses, mettent en œuvre des stratégies pour les tester, révisant à la fois les hypothèses et les stratégies pour atteindre les concepts.[…]

Formation des concepts :

Quand quelqu’un décide que tels éléments vont ensemble pour certaines raisons, il a formé un concept, c’est-à-dire qu’il a décidé des critères qui permettent de classer ensemble certaines choses. Il a distingué un certain nombre de similarités et il prend sa décision d’après des ressemblances, sans s’occuper des différences. Ce sont les similarités – les attributs essentiels - qui comptent. Il se peut que le concept ainsi formé n’existe pas selon les conventions, ou qu’il soit « faux » ; malgré cela, il remplit temporairement sa fonction d’organiser le monde pour la personne qui l’a formé. Avec le temps et l’expérience, le concept va se préciser et d’objectiver. » p 29 

« Bruner appelle « structure cognitive »… l’organisation de toutes les connaissances acquises d’un individu. » p 30

 « Bruner… « L’acquisition des concepts est un aspect de ce qu’on appelle traditionnellement « penser »… mais nous avons insisté sur un sens plus large : pratiquement toute activité cognitive comprend et dépend du processus de la catégorisation ». » p 31.

Britt-Mari Barth, l’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école ; RETZ, 1987, isbn : 9-782725-611990

 

« Abstraire est une activité intellectuelle qui permet de rapprocher, dans un ensemble complexe, des caractères communs à plusieurs phénomènes ou objet de pensée et de s'y référer à travers un langage qui appartient à un ordre symbolique... Ce processus est conditionné par ce que l'on sait déjà et par le contexte culturel et social dans lequel on se trouve. La perception individuelle est ainsi déterminée par nos connaissances et notre expérience de vie auxquelles il faut ajouter nos attitudes, nos valeurs et nos émotions. » p 80 Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

 

3 *  « Je suspecte fortement que notre penchant dichotomique a une source profondément enfouie dans notre architecture mentale, qu’il est une propriété acquise par le cerveau – et non un caractère adaptatif particulier. […] On peut commencer par des divisions empiriquement défendables du genre mâle-femelle ou nuit-jour. Mais on extrapole ensuite à des dichotomies plus subjectives telles nature-culture ( « le cru et le cuit », chez Lévi-Strauss), ou beau-sublime (dans la théorie esthétique de Burke) et, de fil en aiguille, de façon moins anodine, à des jugements d’ordre éthique menant à des anathèmes et, parfois, à la guerre et à la destruction massive. Car lorsqu’on leste du poids du jugement conscient – autre particularité unique à notre espèce, souvent dangereuse, et acquise par évolution – une simple division basée sur la seule apparence, on transforme une dichotomie purement formelle en distinction morale entre bien et mal, transition qui peut aisément glisser vers la tragédie politique, ou même le génocide, dès que le bien et le mal se subliment en « Divin » nécessairement victorieux d’un « diabolique » promis aux flammes de l’enfer. »

Stephen Jay Gould – Le renard et le hérisson – SciencesSeuil – 2005 – ISBN 978-2-7578-2633-1

 

4 * France culture - Réplique - émission d'Alain Finkielkraut -

Vladimir Jankélévitch – ‘dans l’honneur et la dignité.  

Le fascisme en France – réplique, émission d’Alain Finkielkraut avec Zeev Sternhell, historien et penseur politique israélien , professeur d'histoire des idées, titulaire de la chaire Léon-Blum de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem.

 

Et Jean-François Sirinelli, professeur d'histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Paris (chaire d'histoire politique et culturelle du vingtième siècle) et directeur du Centre d'histoire de Sciences Po (FNSP). 

 

5 * Philip Zimbardo gardiens de prison.  Expérience de Sanford.

 

 

 

L'expérience

 

 

 

 

 

Eichmann.

 

 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 20:34

Epictète – les stoïciens.

 

Demande-toi d’abord ce que tu veux être…

 

                                                                       Et alors fais ce que tu fais.

 

Epicure - 

 

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 18:28

« Les sons émis par les oiseaux offrent à plus d’un égard la plus proche analogie avec le langage, car tous les membres de la même espèce émettent les mêmes cris instinctifs exprimant leurs émotions ; et toutes les espèces qui chantent exercent leur capacité instinctivement ; mais le chant en lui-même, et même les notes d’appel, sont enseignés par leurs parents ou leurs parents nourriciers. Ces sons, comme Daines Barrigton l’a prouvé, « ne sont pas plus innés que le langage ne l’est chez l’homme ». Les premières tentatives pour chanter « peuvent être comparées aux essais imparfaits de l’enfant pour babiller ». Les jeunes mâles continuent à s’exercer, ou, comme le disent les éleveurs d’oiseaux, « à répéter », pendant dix ou onze mois. Leurs premiers essais montrent à peine les rudiments du chant futur ; mais à mesure qu’ils avancent en âge on commence à percevoir où ils veulent en arriver ; et pour finir on dit qu’ils « chantent leur chant parfait ». Les couvées qui ont appris le chant d’une espèce distincte, comme les canaris élevés au Tyrol, enseignent et transmettent leur nouveau chant à leurs descendants. Les légères différences naturelles de chant dans la même espèce habitant des régions différentes peuvent être comparées avec pertinence, comme le remarque Barrington, « à des dialectes provinciaux » ; et les chants d’espèces alliées, quoique distinctes, peuvent être comparés aux langues des races distinctes de l’homme. J’ai donné les détails qui précèdent pour montrer qu’une tendance instinctive à acquérir un art n’est pas particulière à l’homme. » p 155-156 La filiation de l’homme Ed Syllepse p 171-172.  Patrick Tort – l’effet Darwin – sélection naturelle et naissance de la civilisation – science ouverte seuil. 

 

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Pour peu qu’un chant d’oiseau se fasse entendre, il flotte dans l’air un parfum d’harmonie, d’entente et de légèreté ; la marque du territoire et du rude combat ayant lieu entre mâles afin de marquer l’espace ne nous parvient pas. 

 

Tout enseignement vient de partout et même – souvent - de nulle part. A travers un fourmillement de réponses : un mot, une phrase, une idée...  autant de patrimoines à préserver.

Lorsqu’on enseigne en milieu très défavorisé – comme en certains quartiers situés à la périphérie d’une grande ville – chose qui arriva à l’une de mes collègues, il y moins d’une dizaine d’année – on pressent les difficultés que l’on va rencontrer. Un manque typique de vocabulaire, une syntaxe approximative, un sens des mots assez vague, confus voire défaillant. 

Vous vous attelez donc à enseigner les fondamentaux ; 

Dans un souci de simplicité et d’efficacité, une professeure des écoles demanda un jour aux élèves :

- Vous allez conjuguer « Avoir un canari » au présent.

Les élèves déclinent le verbe d’une manière cacophonique – sans assurance, sans dynamique ni cohérence d’ensemble :

- j’ai un canari,

- tu as…

 

Heureux de leur réussite, tout à la fois mis en confiance par l’institutrice et dépourvus de cette barrière sociale qui rend l’ignorance ridicule - ces derniers osent demander ce qu’est une fourchette, ou encore, comme ici :

- Mais madame, c’est quoi un canari ?

- A votre avis ?

- Un oiseau.

- C’est le petit du canard, m’dame.

 

Deux ans plus tard – l’enseignante reprend la même respiration en banlieue de la ville auprès, cette fois, d’élèves favorisés.

Les voix se pressent, restituent les savoirs avec rapidité et élégance. Sans faute. Sans hésitation. Avec un tel phrasé, une telle certitude, l’enseignant se sent presque inutile. 

Cette belle unanimité exprimant sans aucun doute un savoir fixé, typique d’une connaissance acquise – possédée - bien assimilée. 

Pourtant, soudainement prise d’un doute, la maîtresse ne manqua pas d'interroger : 

- Au fait, c’est quoi un canari ? Vous savez ce que c’est ?

Des épaules se haussent, des yeux se lèvent. Emotions banales d’un individu soumis à une question stupide - pire, dont l’évidence de la réponse est une injure.  

- Bien oui, madame, c’est un oiseau, bien sûr.

Un autre surenchérit :

- Jaune.

 

Evidemment… Rien que de très prévisible. Pas la peine d’insister.

Mis en confiance par les réponses des autres, un dernier répond : 

- Bein oui, c’est le petit du canard, voyons ! 

 

                                                         Acquiescement de tous. 

 

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Patrick Tort – l’effet Darwin – sélection naturelle et naissance de la civilisation – science ouverte seuil. 2008. Paris ISBN : 978-2-02-097496-7.

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 18:39

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Le monde dans lequel nous vivons – reconnaissons-le – souffre souvent de ne pas nous convenir. Nous y cherchons, quoi ? Un divertissement ? De la nouveauté ? Un point rythmique qui viendrait réveiller l’encéphalogramme plat de notre réalité ?

A l’offensive de la vie, nous nous perdons dans des contemplations distrayantes, des achats joyeux – parce que nous croyons les posséder – rassurants parce que nous pensons les avoir - décevants car nous n’en avons jamais assez.

 

Et puis il est des phénomènes psychiques délicieux, comme ceux de relire les livres aimés – heureux de vivre ces instants de rencontre, en résonance avec ces mondes intérieurs, insolites, inépuisables.

 

On peut alors consentir au réel, aimer ce que l’on possède, « être sidéré – nous rappelle Raphaël Enthoven - par la présence de ce qui est ». « Il arrive - en effet - que certains se satisfassent du fruit qu’ils mangent. », de l’émission qu’ils écoutent ou de la conférence à laquelle ils assistent. 

 

Dès ce lundi Les Nouveaux chemins de la connaissance, en relation avec Citéphilo, se proposeront d’aborder le thème du réel. 

Qu’est-ce que le réel ? Quel réel ? 

 

Nous pourrons alors nous étonner de ce qui est.

Trouver de l’insolite, notamment au travers du prisme de la sociologie, avec Robert Castel. Apprécier le singulier des mathématiques et de ses vérités plurielles avec Jean-Pierre Kahane. Désirer aborder la philosophie et la littérature, avec, d’une part, Jean-François Favreau qui nous entretiendra de Michel Foucault et d’autre part Raphaël Enthoven qui viendra aborder la question centrale du réel chez Clément Rosset, séparément du besoin qu’on en a. 

 

En marge de cette passionnante série d’émissions, enregistrées ce week-end, les invités ont eu la gentillesse de répondre aux questions singulières des auditeurs de l’auditorium du Palais des Beaux Arts de Lille.

 

Dans les extraits vidéos – réels - qui suivent l’auteur du Philosophe de service répond avec une passion communicative aux questions des auditeurs. 

 

 

VIDEO 1

 

 (En remerciant Raphaël Enthoven ainsi que Gilbert Glasman

de leur gracieuse autorisation à la mise en partage sur la toile de cette vidéo) 

 

00.00 : A propos du spinosisme de Clément Rosset, compatible avec Pascal avec Bergson. 

 

00.22 (Sur la transcendance) :Dans un système transcendant il y a le sensible et le transcendant. Chez Rosset il n’y a pas de transcendance, mais il y a au sein du réel une scission entre la quantité et la qualité. 

 

00.52 ( Du cœur et de la raison) : Il y a dans l’immanence rossetienne deux registres : le registre du cœur et le registre de la raison. Le registre de ce qui s’explique et celui de ce qui se comprend. 

 

1.30 (Le monde selon Spinoza) : Pour Spinoza la seule énigme c’est l’existence elle-même. Il n’y a plus de pourquoi. 

 

2.15 : Rosset aime les philosophes qui ne démontrent pas l’existence de Dieu. Pascal ne démontre pas l’existence de Dieu (2.25). Ce qui se démontre (Nietzsche) ne vaut pas grand chose (2.40)

 

3.20 : L’immanence de Rosset : c’est un immanence qui ménage la possibilité de merveilleux – et  en est la condition. Il n’y aurait pas d’émerveillement s’il y avait une instance tutélaire chargée de dissiper les mystères (3.35)

 

4.00 : Du matérialisme de Rosset. Quand on est matérialiste on ne peut pas adhérer à la transcendance (4.10).  Rosset ne comprend pas comment on peut être matérialiste et révolutionnaire (4.15). 

 

4.38 : Double dimension du marxisme : dimension explicative (rien à dire), mais morale de temps en temps (problématique). 

 

VIDEO 2

 

 

 (En remerciant Raphaël Enthoven ainsi que Gilbert Glasman

de leur gracieuse autorisation à la mise en partage sur la toile de cette vidéo) 

 

00.00 : L’athéisme (ou du moins son agnosticisme) de Clément Rosset sont-ils les conditions de son mysticisme : c’est précisément parce que Clément Rosset ne croit pas en dieu qu’il peut être mystique.

 

00.40 : Totalité et singularité plutôt que universalité et particularité ? 

Clément est un critique de l’idée d’universel. De même du particulier, vu comme phénomène d’une loi plus générale. 

1.35 : Pour Clément Rosset le vrai couple est hasard et nécessité. Hasard et nécessité sont des synonymes qui ne s’admettent pas. (2.28)

 

2.35 : A propos de Parménide.

On a fait dans l’histoire des idées de Parménide le père de Platon (3.35) et Platon aurait commis un parricide en introduisant le non-être au sein de l’être. Rosset dit que c’est une interprétation fautive et pauvre (4.27)

(4.55) D’un point de vue parménidien, comment peut-on croire en dieu ? Soit dieu est, soit il n’est pas. Si il est il n’y a pas besoin d’y croire, s’il n’est pas la question ne se pose pas. Ce qui existe, existe, ce qui n’existe pas n’existe pas. C’est la formule même de l’immanence. 

 

5.36 Le paradoxe de l’université : elle n’accepte pas les philosophes.

 

6.30 invite à lire Principes de sagesse et de folie (Parménide et les fourberies de Scapin de Molière). Rosset a remplacé un Parménide transcendant par un Parménide immanent (7.07)

 

VIDEO 3 

 

 (En remerciant Raphaël Enthoven ainsi que Gilbert Glasman

de leur gracieuse autorisation à la mise en partage sur la toile de cette vidéo) 

 

00.00 : Sur la physique quantique et la philosophie de l’immanence. 

Sur le fait de ne pouvoir dissocier le phénomène des procédures mises en œuvre pour l’observer. Une philosophie de l’immanence est une philosophie où l’homme n’a pas sa part (00.32)

Rosset aime beaucoup le Sartre de la première façon : celui de la Nausée par exemple (1.00)

 

2.00 : De la musique : la jubilation musicale vient du fait que la musique ne parle pas la langue des hommes. C’est en cela que elle est si précise quant au réel (2.14). L’enjeu de la musique est celui d’une science intuitive (2.42)

 

3.30 : Sohrawardi : C’est un philosophe de la lumière, de l’épiphanie. Rosset aussi. L’éducation sentimentale (4.00) : « Ce fut comme une apparition ». 

Grande question métaphysique : Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien (4.42) : C’est un faux problème pour Rosset. Quand on ne voit pas quelque chose à laquelle on s’attend on dit qu’il n’y a rien (5.25) – on cherche des vers et on tombe sur de la prose (exemple de Bergson). 

 

VIDEO 0

 

 

0.00 : Il ne faut pas s’en tenir à la vérité – Ne jamais renoncer au vertige – Faire de la philosophie c’est ne pas se satisfaire de ce qui nous rassure 

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Pour ceux qui en ont l’occasion, ce billet est une invite à se rendre à une ou plusieurs conférences bien réelles de cette seizième édition de Citéphilo qui se déroule du 8 au 28 novembre avec pas moins de quatre invités d’honneur.

 

Encore merci à Raphaël Enthoven dont je cite de mémoire la réponse qu’il me fit alors que je lui demandais son accord pour la mise en ligne de ces extraits vidéos : « Oh là, oui, je contresigne tout ce que j’ai dit. » 

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A LIRE :

 

Le réel, traité de l’idiotie.


Principes de sagesse et de folie

 

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Sites 

 

Site officiel de Clément Rosset.


Les Nouveaux Chemins de la connaissance : Clément Rosset et le réel

 

 

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Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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