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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 13:56

L’Art serait-il une reproduction ? Une idée ? Une combinaison de couleurs ? Une imitation ? Une abstraction ? Une œuvre originale issue d’un être singulier ?

Nous le voyons, nous avons beau penser de l’Art - gratter à sang notre questionnement épidermique - nous nous agaçons d’entendre des définitions aussi parcellaires qu’insatisfaisantes.
Heureusement, des acrobates de la pensée – plus virtuoses que d’autres, faut croire - pénètrent dans l’arène des idées et parviennent à mettre un peu d’ordre dans ce cirque de propositions. L’équilibriste es art, Jacqueline Lichtenstein 1* par exemple, mais également le philosophe Régis Debray dont la pensée de haute voltige fait le régal de tout questionneur émerveillé. A nous de saisir le trapèze original lancé à travers l’espace des conventions à géométrie plate. Que nous dit-il ? « L’art, c’est du beau fait exprès »*2.
La proposition interpelle.                        
Du fait exprès – l’objection de la photographie étant balayée par l’intentionnalité de la prise de vue -, la chose est entendue. Quant au beau, naturellement, il s’agit ici de la catégorie kantienne du beau… d’une « finalité sans fin », celle procurant une « satisfaction désintéressée ».   Car évidemment, en matière d’art contemporain la laideur rivalisant de médiocrité -,  retenir ce critère aurait pu paraître contestable. C’est pour cette ambiguïté de la langue que nous l’écarterons.
 « Du fait exprès »…  Bien. Retenons. Mais dans quel but ? Pour quoi faire ? … Montrer… Offrir ?...
Oui, c’est cela…  Donner.
« Du fait exprès pour donner à voir  » L’idée semble étrange. Pourtant sa proximité avec le « donner à penser » philosophique n’est pas inintéressante.  
L’Art – avec grand A, SVP – ne serait-il pas, en effet, ce qui ajoute, accroît, augmente ?
Pour preuve, piquons au fil du hasard deux exemples, celui d’une barre de béton d’un côté et de l’autre celui d’une œuvre de Sonia Delaunay. Comparons. L’essentiel distinguant les deux œuvres ne réside-t-il pas justement dans l’expression de chacune ? Autrement dit, dans le contenu de leurs propositions ?
Face à l’évidence – une fois n’est pas coutume - nul besoin de réfléchir ad vitam aeternam. Constat : la première ne représente qu’elle-même, proposition certes solide, mais quelque peu – avouons-le - monolithique et lourde. La seconde est couleurs, formes, profondeur, semble donc douée quant à elle, d’angles de vue à géométries multiples. Nous entrons là dans le monde courbe de la physique  des multitudes … : une sorte d’univers hyper-dimensionnel.
Nous le voyons, tout comme l’infime translation de sens provoque l’écart qui interpelle, du regard en biais émerge la pensée qui arrête.
Aussi, de la même manière, en s’exprimant sur les photographies atypiques de Gilbert Garcin, le physicien Etienne Klein, donne-t-il à voir une matière qui nous échappe… Plus qu’une interprétation décalée, la densité des savoirs propres au monde de la physique apporte une vision* étonnante. Un éclairage détonant…  Un autre langage, un ajout, un enrichissement, en ce qu’une lecture ordinaire – la nôtre, c’est-à-dire exempte de paramètres scientifiques –  en est incapable et donc, face aux photomontages demeure muette.
L’artiste serait-il alors un traducteur de monde ?
             De la lecture infinie d’un paysage, en tout cas, surgit l’intérêt du flâneur.     

Petite balade, donc, en langue des sciences…
 

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 17:18
Etienne Klein - Ce que la physique dirait du temps - 21-10-15 - Photo  - le chêne parlant

Etienne Klein - Ce que la physique dirait du temps - 21-10-15 - Photo - le chêne parlant

Ce partage est gracieux, aussi Le Chêne Parlant a-t-il migré sur une plateforme soucieuse d'un partage de culture désintéressé et dénué de publicité. Vous trouverez ce dernier en cliquant sur les lignes.

 

En partenariat avec Slow Classes.

"Toucher le réel." entretien avec Etienne Klein et Virginie, le chêne parlant.



"Toucher le réel." entretien avec Etienne Klein et Virginie, le chêne parlant.
De l’Art dans la science ou de la science dans l’art ?
Si les relations entre Art et science sont distinctes, des passerelles - et pas des moindres - existent bel et bien entre entre les deux disciplines.
Merci à Etienne Klein de ces réponses claires et éclairantes.

 

Pour accéderbà l'article et à la vidéo, cliquer sur la ligne.

et ici : http://lecheneparlant.blogspot.fr/2016/01/quel-est-le-vrai-reel-rencontre-avec.html

 Etienne Klein - Ce que la physique dirait du temps - 21-10-15 - Photo  - le chêne parlant

Etienne Klein - Ce que la physique dirait du temps - 21-10-15 - Photo - le chêne parlant

"La solidité de la science" entretien avec Etienne Klein, par Virginie Le Chêne parlant, vidéo 2/4.
Vidéo 2 sur 4 : La solidité de la science, entre science et recherche.
Etienne Klein : Lorsqu’on fait un calcul en physique quantique, ou en physique des particules, on se place dans un espace mathématique abstrait. On n’est pas dans un espace physique à 3 dimensions. Dans ces espaces abstraits, on fait des calculs permettant de dire quel sera le résultat d’une mesure si on fait telle expérience. On fait ce calcul, on a un résultat. Ensuite on fait l’expérience dans le réel physique. Et on trouve un résultat identique…  D’où vient cet accord ? … Les équations des physiciens, pour des raisons qu’on ne sait pas forcément expliquer, permettent de toucher le réel. Sinon il faudrait invoquer un miracle pour chaque succès, un miracle à chaque fois qu’un résultat coïncide avec le calcul, à chaque fois qu’une prédiction est confirmée par des mesures expérimentales. Or, il y a tellement de miracles, impossibles à assumer tous, qu’on est bien obligé de constater l’efficacité des équations. Elles touchent le réel. C’est ce qui permet d’échapper au relativisme. En cela, la science n’est pas une connaissance comme les autres.  Elle démontre sa capacité à toucher le réel à chaque fois que cela se produit. Et ça se produit toujours puisque la physique quantique n’a jamais été démentie par un fait expérimental,   ni la relativité générale d’Einstein. Pour l’instant, ce sont des théories qui n’ont jamais été contredites par les faits… Chaque accord observé produit une  sorte d’émotion. Quand on a eu la preuve que le boson de Higgs existait, les scientifiques qui étaient aux manettes de l’expérience ont éprouvé une émotion absolument incroyable. Donc l’émotion n’est pas l’apanage des artistes. L’objectivité n’est pas l’apanage des scientifiques. Mais ce constat ne suffit pas à dire que la science et l’Art, c’est la même chose.

 

Pour accéder à la vidéo et à l'article cliquer sur la ligne.

24 Octobre 2015 - L'instant zéro -1-photo - Virginie le Chêne parlant-6

24 Octobre 2015 - L'instant zéro -1-photo - Virginie le Chêne parlant-6

"Art et science, des sèves différentes ?" rencontre avec Etienne Klein par le Chêne parlant. 3/4
Vidéo 3 : Art et science, des sèves différentes ?
Merci à Etienne Klein d’avoir accepté de répondre aux questions du Chêne.


Etienne Klein : C’est  à mettre cela à l’honneur de l’esprit humain que d’être capable de penser contre son cerveau. Penser contre soi-même.
Virginie : C’est expliquer le monde par l’impossible.
Etienne Klein : Exactement. La phrase de Koyré que je cite très souvent : « Faire de la physique, c’est faire le pari d’expliquer le réel par l’impossible. » Les lois physiques peuvent complètement surprendre notre intuition.
Virginie : C’est peut-être ce qui sépare la science de l’Art. Il y a moins cette capacité d’impossibilité dans l’Art.
Etienne Klein : Il n’y a pas en art le critère de l’expérience, le critère du test. Le critère, c’est celui du marché. Si on veut vendre, il s’agit de répondre aux critères du marché. Les plus grands génies de la peinture ont souvent eu des mémoires posthumes. Les critères du moment où ils peignaient n’étaient pas ceux qui pouvaient les reconnaitre, repérer leur génie.

 

Pour accéder à l'article et à la vidéo cliquer sur la ligne. 

24 Octobre 2015 - L'instant zéro -1-photo - Virginie le Chêne parlant - 3

24 Octobre 2015 - L'instant zéro -1-photo - Virginie le Chêne parlant - 3

Quel est le vrai réel ? rencontre avec Etienne Klein par Le Chêne parlant - 4/4
Vidéo 4/4  : Quel est le vrai réel ?


Etienne Klein : Gilbert Garcin a fait des photomontages avec son épouse. Il semble mettre en scène différentes pistes théoriques explorées par les physiciens qui veulent unifier la physique quantique et la relativité générale. Avec des espaces-temps… Il est fasciné par le réel. Le vrai réel masqué  par nos vies, par les artifices qu’on y met, par les chatoiements de l’expérience qui peuvent nous tromper sur la noirceur du monde. Il y a un peu d’absurde. Il est fascinant de voir à quel point un artiste peut avoir des pressentiments qui rejoignent ce que les formalismes les plus abstraits tentent de mettre en scène.

 

Pour accéder à l'article et à la vidéo, cliquer sur la ligne.

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 17:03
Book of Life (2000) by Robert and Shana ParkeHarrison, « … la chose la plus importante du monde est justement  celle qu’on ne peut dire. Auprès de cette chose-là rien ne vaut la peine. » Vladimir Jankélévitch. 1*

Book of Life (2000) by Robert and Shana ParkeHarrison, « … la chose la plus importante du monde est justement celle qu’on ne peut dire. Auprès de cette chose-là rien ne vaut la peine. » Vladimir Jankélévitch. 1*

Book of Life (2000) by Robert and Shana ParkeHarrison

 

A quoi tient l’amour que l’on porte à un être, à une matière ? 
Qui sait ? Qui peut savoir quand cela se produit et où ?


Dans la caverne de Homeland, Carrie Mathison est agent de la CIA, son travail consiste à débusquer les éléments  terroristes, à dévoiler les impostures, à dénicher la vérité au plus profond de la meule du réel.
Bourreau de travail, méthodique mais également intuitive - nous le verrons - la jeune femme trouve, au fil des affaires résolues, une place stratégique au sein de l’agence. 


Au détour d’une enquête épineuse, une personne de confiance l’informe de la collaboration d’un agent d’importance avec la partie adverse. Aussi, lorsque le sergent Brody surgit dans l’univers médiatique après 8 longues années de captivité en terre étrangère, à coup sûr, l’esprit bouillonnant de l’espionne ne fait qu’un tour. 


Persuadée de la culpabilité du militaire, de son retournement à l’ennemi, la machine à dépecer  Mathison entre en action. 


Phase numéro 1 : L’étude. 


Carrie en toute méconnaissance de chose mais fraîche de ses préjugés 2* et savoirs antérieurs,  écoute, s’imprègne de son sujet, se documente, dévore l’ensemble des informations disponibles. Bercée de l’objectif de résoudre l’affaire, l’analyste pèse avec méthode chaque mot,  ausculte chaque phrase. Lit. Considère les faits un à un. 
L’ex-prisonnier de guerre est passé au crible, le moindre événement est soigneusement consigné, clairement identifié, précieusement  enregistré. 


Comme Mathison opère avec son calme fougueux habituel - et qu’elle excelle à couper les fausses évidences en huit - elle croit progresser dans son étude. 


Rien n’est moins sûr. 
Si édifier une théorie consiste effectivement à entrer dans une logique, développer un regard avec « cortège et contemplation » 3*, le scientifique n’est jamais neutre. Son intellect est pétri d’idées et de savoirs reçus de sa vie antérieure. 

 

Francine Van Hove - les bonnes pages

Francine Van Hove - les bonnes pages

« C'est dire, du coup – nous révèle Edgar Morin dans science avec conscience, petit chef d’œuvre à l’intelligence coupante  - que ce serait une grossière erreur que de rêver d 'une science qui serait purgée de toute idéologie et où ne régnerait plus qu'une seule vision du monde ou théorie « vraie ». » 4* 


Pour le dire autrement - un problème de mathématique, un agent double, un individu sera toujours davantage que la somme des données accumulées sur lui. 

Les faits ne sont-ils pas la crête, le résultat visible, apparent, d’une foule d’opérations antérieures ? Et si l’on pouvait  pratiquer une auscultation méthodique en les imprimant sur papier ; cette succession  de points solides, proprement alignés à la file des jours, des semaines, des mois, parleraient… Révèleraient… Quoi ? 
Les palpitations d’un encéphale stimulé de champs électriques contradictoires. Un horizon ténu, un rayon vert - perçu par l’aiguillon de nos sens -  mais dont les forces mouvantes sans nombre demeurent cachées. 

Le visible pour le philosophe Michel Foucault n’est-il pas « L’écume – les nuages de l’existence propre » 5* ? 

 

Phase numéro 2 : La rencontre.


Comme pour chacun d’entre nous, Carrie Mathison est le fruit de son histoire et de sa culture. Puisque Brody est l’agent recherché, il convient d’en accumuler les preuves et le tour est classé. Dossier résolu. Retour à la case confortable des recherches sur table et lectures de données. 
Dans sa naïveté toute occidentale, c’est-à-dire foutrement simplificatrice, Carrie Mathison est persuadée qu’un entretien suffit.  Un échange verbal  avec le marine, un dialogue un peu poussés, provoqueront un silence embarrassé et de cette hésitation dans la réponse, l’erreur émergera. Alors, le paysage du coupable sera étalé au grand jour. Saul Berenson, un agent haut placé de la CIA, accepte – davantage pour faire plaisir à Carrie que par conviction de la duplicité de Brody - d’organiser l’échange. 


A première vue, rien n’a émergé de l’entrevue.
Nicholas Brody et Carrie Mathison ont tous deux joué leurs partitions. 


Ca donne un remarquable échange de platitudes, on ne peut plus convenues. Impeccables.    


Et pourtant, l’atmosphère dans la salle est déjà pleine d’influences souterraines. De regards esquivés. De silences troubles.


 De l’ordinaire, du banal,  surgit ‘Un infime changement d’état’. 



 

Mikhail Kiryanov - liens confus...

Mikhail Kiryanov - liens confus...

Phase numéro 3 : Le tissage de l’araignée - phénomène plus communément étiqueté :  « faire des liens ». 


Sur le fond gris des lignes vidéo, contre toute attente, aucune preuve n’émerge. Pire, rien ne fonctionne comme prévu : l’œil de l’experte a beau s’attarder sur l’écran, le film ne révèle rien de l’autosatisfaction visible chez la plupart des personnages médiatiques. Carrie ne trouve pas plus trace de la froideur mécanique propre aux vedettes programmées pour exécuter leur service. L’image est inversée. Le soldat adopte un comportement étrange, inattendu. L’étude se découpe sur image sensible Le son grésille non d’une froideur souterraine mais d’un indicible froissement. 
Au long des semaines, les contours du rescapé  se précisent : Brody porte les stigmates, autant de cicatrices, qui font l’inordinaire du blessé aux longs jours. 
L’homme appartient au monde de l’exil. Et ces féroces ruptures, pour Carrie - en font un autre moi.


L’escalier de la connaissance est à double révolution. 
Plus l’agent de la CIA scrute le phénomène, l’étudie, plus la nature indivisible, entière, unitaire du sujet se craquèle : sous l’uniforme, la carapace révèle une complexité insoupçonnée. 
Et tout à la fois plus les imbrications se multiplient, foisonnent, plus la force d’attraction de l’objet d’étude croît.


Ce dont elle n’a pas encore conscience c’est que peu à peu, l’objet d’observation devient sujet de prédilection.
 

Robert et Shana Parkeharrisson - Tonnerre

Robert et Shana Parkeharrisson - Tonnerre

Robert et Shana Parkeharrisson - Tonnerre

 

Pourquoi ?


Petit détour explicatif… 

John Perry, le philosophe auteur de La Proscrastination, 6* compare – au début de son article intitulé « Un match de boxe intérieur » -  le désir à l’envie de dévorer une crêpe à la cannelle. Pour ce faire, le touriste devra développer des compétences linguistiques (afin d’acheter sa crêpe), des croyances (l’idée selon laquelle la crêpe me fera du bien malgré mon régime en cours) – « ce mélange de désir, de savoir-faire et de croyances, qui est indispensable à toute action humaine, est ce qu’il appelle un « complexe de motivation ». »  6* 
Le philosophe s’inscrit ici dans la conception classique des volontés qui se percutent – le billardball universe - comme autant d’atomes - vision égocentrique et égocentrée sur sa petite personne et ses multiples motivations. 
Dans cette vision – réductrice – l’autre est toujours chosifié, objet de convoitise, jamais sujet. 6*


Dans la droite courbe de cette manière de voir : le triangle de la pédagogie, j’en parlerai. 


Egalement, la conception deleuzienne, évoque Sébastien Charbonnier 7* - du Paquet enveloppant le problème. On ne désire pas un problème, affirme Gilles Deleuze, on désire le papier qui l’entoure, comme un paysage à dérouler.  Le danger de cette hypothèse, ce n’est pas sa fausseté – car bien sûr l’éros 8* de la recherche est connu -, c’est son caractère partiel et radical. Mais n’est-ce point le lot de tous les tripatouilleurs de concepts et vendeurs de systèmes dénoncés par Nietzsche ? 
Deleuze enfonce le clou : « Le désir, ajoute-t-il dans D comme désir, c’est construire un agencement, ce n’est rien d’autre. » 


Calme, volupté, plaisir, luxure, circulez ? 


En matière de science, la recherche se bornerait-elle à mater une paire de fesses, ou peloter des seins fussent-ils ceux de la Vénus de Milo ?
 

La Naissance de Botticelli - nombre d'or.

La Naissance de Botticelli - nombre d'or.

Le mathématicien Cédric Villani exprime très bien cette  force souterraine irrépressible poussant l’individu à commettre ses recherches.  Pour lui, c’est l’entropie 9* - nul n’est parfait.  Rien à faire, Subitement, l’envie de connaître se mêle de sentiments,  prend le pas sur la raison. 
C’est là. « Quand j’entreprends quelque chose, révèle Cédric Villani à la journaliste Caroline Fontaine -, je l’entreprends complètement. » 10*


Et il y a une espèce de folie – une sorte d’autisme - à se consacrer si pleinement à l’étude. Toutes les régions de l’intellect brouillonnent du phénomène étrange. On pense le surgissement, on le mange, on le dort. 


« C’est vrai que, de l’avis de tous, il est capable de développer une concentration étonnante. – témoigne sa compagne.
Cela se produit dès qu’il touche un point épineux, travaille sur une équation particulièrement difficile. : «son esprit est tellement absorbé, qu’il faut lui demander un accusé de réception pour s’assurer que ce qu’on lui a dit est bien monté au cerveau ! Ce n’est pas grave, le tout est de le savoir... » 10*


Si le scientifique poursuit ses analyses malgré les difficultés, les échecs, la gadoue, ce n’est uniquement par plaisir d’admirer un  magnifique petit lot d’équations - fut-il à 5 inconnues - ou par orgueil d’être potentiellement le premier à la résoudre.
Non.
Alors quoi ?

 

Revenons à Homeland… 
Au fil de l’histoire, le cœur du spectateur palpite, chavire, se passionne pour Carrie et Brody. Le sériephage s’interroge sur le moment de leur rapprochement. Espère. Voit en chaque occasion la possibilité d’un monde. Si le télévore lambda apprécie ce type d’événement, cela va au-delà du voyeurisme ou d’un « midinisme » fleur-bleue-pâle, c’est qu’il pressent qu’il se joue là quelque chose - un essentiel. En physique, on appelle cela une singularité – non seulement une chose ne devant pas se produire, mais une anomalie – un évènement fondamental. 




Effectivement, les tentatives se rapprochent. Afin d’en savoir plus, Carrie simule une rencontre fortuite dans un groupe de vétérans fréquenté par Nicholas. Une autre fois, c’est Nicholas qui demande à lui parler. A nouveau, le métal éclatant des hypothèses [ID anticiper] est un guide aveuglant. Les perches tendues sont autant de coups d’épée dans l’eau.


Les deux personnages se ratent, se cherchent, se désirent, se ratent encore, se croisent 


                                                                                   – et, toujours ce manque. 


Une analyse superficielle consisterait à incriminer les scénaristes. Ces écrivains étoilés ont le zèle du suspens, l’art de savoir tenir le public en haleine, pratiquent leur métier de sapeurs de rencontres avec brios.  Après tout, les histoires simples offrent peu d’intérêt. La foule aime les retournements imprévisibles, les coups du destin, les situations perdues à l’issue heureuse et vice-versa. Une relation banale ne rencontrerait à coup sûr aucun succès. 


Mais on peut aller plus loin dans l’analyse.  


Qu’est-ce qui les entrave ? 


Pour saisir la complexité d’autrui ou d’un problème encore faut-il entrer dans son monde – être de son univers. En saisir la structure, les caractéristiques.


Si les deux mondes ne sont pas corrélés …   Quand chacun des concepts 11* de la pensée de l’autre contient des attributs différents, ça donne à peu près ceci :  
 

Chercheur en recherche - Insensé

Chercheur en recherche - Insensé

« Un sourd citait un sourd devant le juge sourd.
« Il m’a volé ma vache ! » criait le premier sourd.
« Permettez, lui hurla le second, cette terre
Appartenait déjà à mon défunt grand-père. »
Le juge statua : « Evitons le scandale,
Mariez le gars mais c’est la fille la coupable. »
A. S. Pouchkine, poème sans titre, 1830.
Pensée et langage 12*, pages 466-467.


A l’inverse, deux êtres partageant le même univers, vont communiquer un peu à la manière de Kitty et Lévine dans le roman « Anna Karénine » de Tolstoï, repris par Vygotski dans son « pensée et langage ». 


« Les romans de Tolstoï, qui est revenu à plusieurs reprises sur la psychologie de la compréhension, offrent des exemples frappants de ces raccourcis du langage extériorisé et de sa réduction aux seul prédicats. « Personne ne distingua ce qu’il (Nikolaï Lévine mourant) disait, seule Kitty comprit. Elle comprit parce que sa pensée était sans cesse à l’affût de ses besoins. » L. N. Tolstoï, Anna Karénine, Cinquième partie, chapitre XVIII. Nous pourrions dire qu’en suivant la pensée du mourant elle avait présent à l’esprit le sujet auquel se rapportait ce qui avait été compris de personne. Mais l’exemple peut-être le plus remarquable est l’explication entre Kitty et Lévine à l’aide des initiales des mots. « Je voulais depuis longtemps vous demander une chose. » […] « Je vous en prie, demandez. » - « Voici, dit-il, et il écrivit les initiales : Q, V, M A, R : C, N, E, P, P, C, S, I : A, O, J. Ces lettres signifiaient : « Quand vous m’avez répondu : ce n’est pas possible, cela signifiait-il : alors ou jamais ? » Il était peu vraisemblable qu’elle pût comprendre cette phrase compliquée. […] « J’ai compris » dit-elle, en rougissant. – « Quel est ce mot ? dit-il, en indiquant le J, qui désignait le mot « jamais ». – « Ce mot signifie « Jamais », dit-elle, mais cela n’est pas vrai. » Il effaça rapidement ce qu’il avait écrit, lui tendit la craie et se leva. Elle écrivit : A, J, N, P, R, A. […] Soudain il 

rayonna de joie : il avait compris. Cela signifiait : « Alors je ne pouvais répondre autrement. » […] Elle traça les initiales : Q, V, P, O, E P, C, Q, E, A. Cela signifiait : « Que vous puissiez oublier et pardonner ce qui est arrivé. » Il saisit la craie de ses doigts que la tension de son esprit faisait trembler, la cassa et écrivit les initiales de la phrase suivante : « Je n’ai rien à oublier et à pardonner, je n’ai pas cessé de vous aimer. » […] « J’ai compris », murmura-t-elle. Il s’assit et écrivit une longue phase. Elle comprit tout et, sans lui demander s’il en était bien ainsi, elle prit la craie et répondit sur-le-champ. Longtemps il ne put comprendre ce qu’elle avait écrit et souvent la regardait dans les yeux. Le bonheur lui ôtait toute lucidité. Il était absolument incapable de reconstituer les mots qu’elle avait voulu dire ; mais dans ses yeux ravissants, rayonnants de bonheur, il comprit tout ce qu’il fallait savoir. » 12 *p 464 – 465. 


Naturellement, la chose est plus aisée quand les deux entités sont issues du même monde, de la même sphère. C’est ce qui peut laisser à penser en la facilité de trouver l’âme sœur – ou l’esprit frère - dans son entourage. 
La rencontre n’est point de cet ordre. Aucun axiome ne saurait définir ce qu’il se passa entre Montaigne et La Boétie.
Ca advient. Ce n’est pas une addition, c’est une émergence*.  


En ce qui concerne Carrie et Brody, leurs caractères n’ont rien d’incompatible, bien au contraire. 


Simplement, la pensée est une partition et, malheureusement, jusqu’à présent, la musique intérieure de l’un est toujours en décalage avec celle de l’autre. 

 

Andrew Leipzig - Toxic love

Andrew Leipzig - Toxic love



Phase numéro 5 :  Penser, ou agir contre...


Travailler dans un domaine de recherche, c’est essayer d’effleurer la chaleur d’une flamme située 200 km, un jour de  soleil. 
Ca demande de dépasser sa propre ramure. D’entendre l’infime palpitation du vent battant au-delà des branches.
De rencontrer le rythme géométrique du ciment scellant les briques rouges de son propre entendement. Etre ce mur là. Cette faille. Ce grain prêt à chuter ou à voler – emporté par la bourrasque. 
Suivre la respiration du lierre. 
C’est plein d’inspirations floues, d’expirations troubles.  La symphonie des découvertes scientifiques se jouent au violon des stagnations,  des piétinements, du découragement. 
Il convient d’accepter de se tromper dans l’interprétation des signes.  
Ne pas s’effrayer d’entrer dans le monde de l’errance ; de pénétrer dans le labyrinthe de l’ignorance sans être certain de ne pas s’y perdre.


Pourquoi ce gouffre ? 


Pour saisir la complexité d’autrui, encore faut-il entrer dans son monde. En appréhender la structure, les caractéristiques. Voilà qui réclame un effort de décryptage. Or, peut-être cette avancée paraît-elle difficile, dérisoire, vaine  à la plupart ?
Sans doute lever l’énigme demande-t-il une dépense d’ énergie trop importante ? Mais c’est également – nous allons le voir - céder une part de soi à l’avantage de l’autre ; 

 

Reprenons.
Le problème de mathématique est fait de concepts complexes liés entre eux par une histoire, des liens physiques, des champs implicites, ce n’est pas qu’une équation, c’est un univers. Appelons cela un « paradigme » 13*. Or, pour que le mathématicien puisse le résoudre, il doit en saisir non seulement le sens  - cela suppose de  se dépouiller de ses préjugés, se débarrasser de sa culture, de quitter ses propres schémas de pensées… - mais plus encore de pouvoir l’embrasser de toute « son étendue ». 
Là est sans doute le plus difficile à appréhender, puisque, finalement, résoudre un problème complexe – c’est en épouser tous les paramètres – donc, en quelque sorte, l’avoir déjà résolu. 
Ca provoque une étrange impression, celle d’une connaissance déjà sue,  comme l’indique Platon en citant Socrate dans Le Ménon. Connaître, c’est en somme, se ressouvenir. 14*


C’est cette plongée irrépressible au bout de l’impossible qui fait la condition du chercheur, son charme et sa solitude… 
 

 

 Le fou de sciences rumine son théorème, sent « sa » présence partout. Ca lui donne l’air gentiment décalé, précisément à côté de la plaque, de l’amoureux, mi-nuage, mi-fébrile – prêt à  chuter sur la glace de la vie quotidienne.


Retour à Homeland,


Dans la fiction, a priori, tout oppose Carrie et Brody. Leurs deux univers sont clos sur eux-mêmes. Carrie s’inscrit dans la sphère de ses recherches et de ses enquêtes. Quant à Brody, ce dernier est enfermé dans son histoire, ses blessures… L’un traque les terroristes, l’autre est un agent retourné. L’un est de l’ombre, l’autre sous le feu médiatique. L’un est tout de réserve, l’autre, pas, en apparence…
Rien, donc, qui puisse les rapprocher. Et pourtant, ils se reconnaissent… malgré.


Cette dimension du malgré, fait partie intégrante de la recherche. L’homme de sciences pense non seulement contre les autres – dans le cas de découvertes majeures, il s’oppose même à la société tout entière – mais aussi contre soi 15*. Il agit malgré soi, malgré les autres. Pensons à Pauli et son neutrino, Pasteur et le vaccin, Darwin et l’évolution des espèces, sans citer Galilée, exemple par trop convenu. 


A la fin de sa vie, Albert Einstein ne parvint pas à dépasser sa foi, passa à côté de la physique quantique pour ces raisons, et ne cessa pas de se le reprocher.
   
Que se passe-t-il ? 


C’est affaire de mouvements ondoyants. Un froissement d’air – infime point de convergences sifflant si fort. C’est là.
Le sentir et le ressentir ne sont pas étrangers à cette affaire. 
Brody et Carrie se re-connaissent mutuellement. Lévinas parle de visage, en tant qu’entité humaine, singulière. Ils se « dévisagent » - manière de traverser les apparences.  


Nous irons plus loin que Lévinas 16*, 


L’objet de savoir est également un sujet.
 

Cédric Villani ne parle-t-il pas de « théorème vivant » ? 
Pour faire court :
1) Le théorème est un univers, à part soi.
2) Le chercheur doit quitter son paradigme, pour avoir une chance de « rencontrer » le théorème.
3) Il se documente, travaille d’arrache pied, se désespère.
4) Un fait inattendu advient. Une prescience. Le chercheur sent sa présence. Un lien se noue.
5) Le monde du théorème lâche un peu de lui-même, infiltre celui du mathématicien. Il y a donc perméabilité. (Sans cet échange, aucune découverte ne serait possible.)
6) En aboutissant à ses conclusions, l’homme de sciences n’est plus le même. Il est devenu : lui et le théorème. Un infini…  Une force. Une puissance. Mieux et plus - bien davantage que ce qu’il était, avant.


Aussi Cédric Villani se trompe donc lorsqu’il affirme qu’il passe à autre chose, une fois l’équation résolue. Quand bien même le voudrait-il, que cela lui serait impossible, puisqu’elle est partie intégrante de lui-même. A présent, il pense avec elle. 


 « Si l’occasion est une grâce, la grâce a besoin, pour être reçue, d’une conscience en état de grâce. » Vladimir Jankélévitch 17* 


Dans la série, les deux protagonistes sont en état de grâce.  C’est  l’intuition d’une présence. Elle, d’habitude adepte du litium, en raison de ses troubles bipolaires – trouvaille des scénaristes américains adeptes du manichéisme : un être doué de fulgurances, faisant des liens improbables et pensant en couleurs est forcément a-normal - s’équilibre. Brody la guide. L’aide à se retrouver elle-même. la protège. Croit en elle.


La machine à penser repart de plus belle – rien n’arrête les mouvements de ses cogitations, ses fissures sont autant de passages, ses failles des ouvertures, ses faiblesses des sensations ouvrant vers des infinis.
 

                                                        ...à cœur perdu.

En partenariat avec :

* J’y reviendrai - une autre fois. 
1* Martin Duru, Philosophie Magazine Juillet/ Août 2014 n° 81
2* – l’idée reçue forme la base du jugement -
3* Le de la Theoria au sens grec l’inspirent – Jean-François Mattéi.
4* Édgar Morin, science avec conscience, p  24, éd du Seuil, point, 1990, ISBN : 2-02-012088-7,
« Elle porte en elle un univers de théories, d'idées, de paradigmes, ce qui nous renvoie d'une part aux conditions bio-anthropologiques de la connaissance (car il n'y a pas d'esprit sans cerveau), d'autre part à l'enracinement culturel, social, historique, des théories. Les théories scientifiques surgissent des esprits humains au sein d'une culture hic et nunc. La connaissance scientifique ne saurait s'isoler de ses conditions d'élaboration. Mais elle ne saurait être réduite à ces conditions. » pp 24-25.   


5* Michel Foucault - contre lui-même – Arte vidéo - 18 juin 2014.


6* « Un match de boxe intérieur » , John Perry – propos recueillis par Alexandre Lacroix et Samuel Webb, Philosophie magazine N° 81, p 55.
Il ajoute page 57 : « Mais les choses qui ont réellement dominé ma vie sont largement accidentelles. Je ne m’attendais pas à tomber amoureux quand j’étais étudiant… Cela m’est juste tombé dessus… » 


7 * Deleuze pédagogue – Sébastien Charbonnier – La fonction transcendantale de l’apprentissage et du problème – L’Harmattan.
« L’amour des problèmes n’est pas qu’une image chez Deleuze. Le rapport à la pensée est un rapport amoureux et les problèmes sont désirés de la même manière qu’on désire une femme ou qu’on désire aller quelque part. Les pages de Deleuze sur autrui comme structure a priori valent pour les problèmes : « Il n’y a pas d’amour qui ne commence par la révélation d’un monde possible en tant que tel. » (DR, 335) Leibniz aime à parler des paysages – pensons à l’exemple de la mer -, or un problème est justement une affaire de paysage. Proust le dit admirablement quand il nous explique qu’une femme désirée, c’est comme un paysage à parcourir, un paysage à dérouler. De même, on déroule les enroulements problématiques, leurs complications. Pour mieux comprendre ce rapport premier et amoureux au problème, servons-nous d’une audace interprétative de Deleuze, qui consiste à croiser les couples leibniziens clair/obscur et distinct/confus. » pp 71 – 72.
 
« Dans la physique de la pensée deleuzienne, le désir fonctionne comme carburateur.
… Vous désirez toujours un ensemble. [Vous désirez toujours ensemble, plutôt] C’est pas compliqué » (Abc, « désir ») p 69.

« Le désir n’est donc pas subordonné à un besoin ou à un manque, il est suscité par des rencontres qui favorisent plus ou moins sa production. » p 70 :
«  je désire pas un [problème], je désire aussi un paysage qui est enveloppé dans ce [problème]. Paysage qu’au besoin je connais pas et que je pressens. » p 72 :
Deleuze pédagogue – Sébastien Charbonnier – La fonction transcendantale de l’apprentissage et du problème – L’Harmattan.
2009 – Paris - ISBN : 978-2-296-10610-9


8* Julie Gacon : «Vous citez André Weil qui dit :  Tout mathématicien digne de ce nom a ressenti, même si ce n’est que quelque fois, l’état d’exaltation lucide dans lequel une pensée succède à une autre comme par miracle contrairement au plaisir sexuel, ce sentiment peut durer pendant plusieurs heures voire plusieurs jours. Alors êtes-vous un mathématicien digne de ce nom ?
Cédric Villani : Avec une citation comme ça, vous allez faire classer X votre émission.
[…] Tout est bon pour avoir le plus d’audience possible, je vois. […]
J’ai décrit une expérience comme ça dans mon ouvrage. C’est, comme le dit Weil justement c’est pas tout le temps, c’est quelque fois que ça arrive mais ça vous arrive.. Il y a quelques expériences que je peux citer de cet état d’exaltation à la fois très intense et avec un sentiment de quelque chose qui dure, de quelque chose qui vous apaise aussi.

Par exemple… La solution de la conjecture de Cercignani … Complètement coincé sur un calcul… Incapable de trouver quelle est la route logique qui mènera au résultat… après une nuit infernale passée à chercher… J’entre dans le TGV qui va me mener à Paris sans la démonstration…quand  je m’assoie paf la démonstration est là… C’est la ligne directe… Et là c’est un sentiment incomparable
Le stress peut-être une chose à la fois paralysante quand elle est trop envahissante et une chose extrêmement exaltante et motivante quand vous la maîtrisez. »
Cédric Villani - médaille Fields 2010 : récit d'une traque à plusieurs inconnues.
22.08.2012 - 07:00 - Les Matins d'été par Julie Gacon.


Mais aussi, Emilia Ferreiro : « J’aime la recherche. J’éprouve un réel plaisir lorsque, après m’être longtemps battue avec un problème, avec des données, je m’aperçois soudain que j’ai compris. Cela signifie que je suis parvenue à construire un modèle théorique qui rend compte d’un aspect de la réalité, qui demeurait jusqu’alors inintelligible. C’est une satisfaction difficile à décrire. Pour rien au monde je ne renoncerais à cela. » Emilia Ferreiro, Culture et éducation. p 187.

9 * « La mathématique trouve son inspiration dans toutes sortes de choses, ça peut être une inspiration interne de l’objet mathématique – avec la théorie des nombres, ça peut être la physique, ou de la biologie
Dans mon cas, c’est clairement la physique avec l’entropie comme fil conducteur de chacun de mes travaux. »
25 min continent sciences. 

 10 * CÉDRIC VILLANI LE VIRTUOSE DES MATHS - Par Caroline Fontaine  - Paris Match
 Ses recherches fonctionnent souvent par phases. Ces dernières se décomposant en quatre points :
« Le prologue d’abord : plusieurs problèmes tourbillonnent dans ma tête jusqu’à ce que l’un s’approche plus près. Vient ensuite la première phase, où je ne comprends rien. Darwin disait qu’un matheux est comme un aveugle, qui, dans une pièce complètement noire, cherche à voir un chat noir qui n’existe pas ! Au cours de la deuxième phase, ma préférée, je perçois une petite lueur. 
A la troisième, je comprends tout, d’un coup. Je suis très fier, je multiplie les conférences.»  
CÉDRIC VILLANI LE VIRTUOSE DES MATHS - Par Caroline Fontaine  - journaliste à Paris Match

11* Britt-Mari Barth.

12 * « Pour comprendre le langage d’autrui, la seule compréhension des mots est toujours insuffisante, il faut encore comprendre la pensée de l’interlocuteur. Mais la compréhension  de la pensée de l’interlocuteur est elle-même incomplète si l’on ne comprend pas son motif, ce qui lui fait exprimer cette pensée. 
De même l’analyse psychologique d’un énoncé quelconque ne parvient à son terme que lorsque nous découvrons ce dernier plan intérieur de la pensée verbale, le plus secret : sa motivation. » Lev Vygotski – Pensée et langage p 495.
Lev Vygotski – Pensée et langage – La dispute. Paris 1997 ; Isbn : 2-84303-004-8

13 * PARADIGME : … ce que Kuhn appelle une révolution scientifique, laquelle, quand elle est exemplaire et fondamentale, entraîne un changement de paradigme (c'est à dire des principes d'association/ exclusion fondamentaux qui commandent toute pensée et toute théorie) et par là, un changement dans la vision même du monde. P : 26
 

14 *  Socrate : « . Ce sont des prêtres et des prêtresses, soucieux de rendre raison de ce à quoi ils se consacrent; c'est également Pindare et maints poètes, gens divins. Voici ce qu'ils disent ; à toi de voir si, à ton avis c'est vrai. Ils disent que l'âme de l'homme est immortelle, que tantôt elle a un terme [ce qu'on appelle : mourir], et tantôt elle renaît, mais qu'elle n'est jamais anéantie ; et que c'est pour cela qu'il faut avoir une vie aussi pieuse que possible
[...] Ainsi, immortelle et maintes fois renaissante l'âme a tout vu, tant ici-bas que dans l'Hadès, et il n'est rien qu'elle n'ait appris ; aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à ce que, sur la vertu et sur le reste, elle soit capable de se ressouvenir de ce qu'elle a su antérieurement. Toute la nature étant de même souche, et l'âme ayant tout appris, rien ne s'oppose à ce que celui qui se ressouvient d'une seule chose [c'est précisément ce qu'on nomme : apprendre] retrouve toutes les autres, pour peu qu'il montre courage et ténacité dans sa recherche ; car chercher et apprendre sont au total réminiscence. Il ne faut donc pas se laisser persuader par cet argument éristique ; il nous rendrait paresseux, et il n'y a que les mous pour le trouver agréable ; le mien rend les gens actifs et les incite à chercher; c'est parce que j'ai foi en sa vérité que je veux chercher avec toi ce qu'est la vertu. » Platon, Le Ménon. Ménon, 80d-82a
http://archipope.over-blog.com/article-21153453.html


15* «Pour moi, il faut rechercher cette souffrance.
« Si on ne souffre jamais, c’est pas bon signe… ça  veut dire qu’on recherche des choses qui sont un peu trop balisées, c’est un peu trop facile. C’est un moment qu’on apprend à apprécier. Il y a une certaine jouissance à se sentir plongé corps et âme dans un problème. Dans votre soirée arrive le moment où elle est passée toute entière en immersion dans un problème. Ça vous fait souffrir mais en même temps ça vous occupe complètement. C’est comme lorsque vous êtes amoureux, par exemple. Ça vous fait souffrir mais vous ne pouvez pas imaginer d’arrêter ça. Ça vous paraîtrait bien pire de mettre un terme à cette souffrance. » 
Cédric Villani – NCC – 03/02/2011 – Sciences en miroir de la philosophie.
 

16* Levinas. Les nouveaux chemins de la connaissance.  
« Autrui me regarde. » Il est injonction à répondre
« Le visage est sans contexte. » Levinas.
Concept « d’otage ». Je suis pris par autrui.


17* Cinthia Fleury, Philosophie Magazine, p 82




Piaget parle d’assimilation des données, de déséquilibre puis d’accommodation.
 
 

La série américaine expliquée par son créateur.

Deleuze - Abécédaire - "D comme désir"

Carrie Mathisson

Carrie Mathisson

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 14:23

société

 

Costume par le photographe Katarzyna Konieczka 

 

Ce n’est pas l’âme ou le vide qui infuse dans le corps de Lady Dior, c’est le "bankable". Tout le volume corporel de Lady Dior est plongé, tendu vers cet unique but : Faire du chiffre. L’équation de ses courbes ne recèle aucun second degré. Le corps infuse, diffuse une fausse liberté, une illusion d'insouciance; la nature de ses frémissements sont calculés à la fleur de carat près.



La Chorégraphie au charme désuet conserve un goût exotique.

Le travail des chorégraphes est bien orchestré, l’aspect mécanique s’efface, le désir prend le dessus.
C’est « le lien très intime du désir - écrit Jacques Darruilat sur son blogue ‘philosophie esthétique’, le philosophe poursuit : Le choc tout physique, par l’effet de l’union, communique alors à l’âme un ébranlement qui la commotionne d’autant plus que l’intensité de la rencontre a été plus grande, ce qui fait qu’elle demeure comme étourdie sous le coup de cette révélation, et qu’elle ne peut plus détacher son regard de l’objet surgissant qui, soudain, la fascine. »


Lady Dior est une automatisation du désir, un mécanisme bien huilé, une surenchère permanente d’effets, de lumières, de costumes, de mouvements calibrés, avec, ici une touche de Marilyne, là une retenue à la … - je ne sais - à vous d'imagier... 
Derrière la marche aériennes de Lady Dior – des coachs professionnels – des chorégraphes du mouvement, de l’envie, de la mesure, experts es sciences des « besoins du public » sculptent là une mèche dans le vent, ici, des cheveux plongeant vers le bas des reins. Sa réalité est scénique, celle d’habiles ingénieurs experts en manipulation de pensées. Sa générosité est une qualité au service de la Marque. Ses tremblements, sa langueur, ses rires, ses gémissements, ses larmes sont les signes d’une manipulation bien orchestrée. 

Son rayonnement nous aveugle.

Sa fantaisie nous anesthésie. Ses excès hypnotiques sont autant de mépris proférés à l’encontre de la pensée. Le minimalisme de la tenue pailletée à fin d’attirer le regard concupiscent du spectateur fonctionne. La jolie fille montre ses atours à fin de provoquer un seul désir – celui d’acheter. Et de fait, nos regards sont les mêmes : effarés. Nous l'observons, la savourons, la goûtons.

Puis, nous nous précipitons vers la caisse.


La liberté – le beau - le meilleur sensualité – l’illusion d’indépendance – la légèreté, l’érotisme. Dans ce tourbillon où les mannequins s’abandonnent « Tu n’es plus toi-même, tu es une vision de toi-même », explique le coach de Cloé Morteux, visage satisfait tout imprimé de morgue.


Faire appel au superficiel, c’est mieux qu’être soi-même, c’est être une narration, une image, un idéal, un fantasme,
                                                            une vision.
                                                                                    Un vacillement.

 

 

Article rédigé entre 2010 et 2012.

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Sites    :)

 

Katarzyna Konieczka     - Site du photographe 

 Katarzyna Konieczka galerie

 

Socrate au pays de la pub. Philosophie magazine

 

 

Lady Dior - Le film.

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 16:21

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Lyubomir Bukov's - Gallery.

 

« Les gènes isolés sont muets ; 

ils ne peuvent s’exprimer que grâce aux apports de l’environnement. » 

Albert Jacquard, moi et les autres, 1* 

 

Le partisan du progrès étudie l’homme. 

Il décrit les déclins cognitifs, dissèque l'anatomie, évoque les dispositions, anticipe les prédispositions, trouve les forces et déniche les faiblesses humaines. Il faut s’incliner devant les puissances opératoires de la science.

Aucune erreur possible, le gène est responsable de tout. Le CEPT est cause du déclin cognitif.  Le pessimiste, homo-négativus atteint de cette saleté de variante du ADRA2b, jamais, ne pourra plus profiter de la beauté de son environnement.  Quant au BRCA1, sa corruption garantit le cancer. 

 dennis_ziliotto31.jpg

Dennis Zilotto - Photography.


      Le quidam à l’œil fixé sur le diagnostic est définitivement désespéré. La science a parlé. Le verdict est tombé. Résultat réclame chez le patient en bonne santé une amputation en grande pompe. Effaçant un grand malheur par un désagrément de moindre envergure.

 

« Dans  la pratique – pourtant, écrit très clairement Albert Jacquard - les systèmes auxquels nous nous intéressons ne sont nullement isolés ; ils sont en contact avec d’autres systèmes ; ils réalisent avec eux des échanges (notamment d’énergie) ; ils sont traversés par des flux ; à leurs limites ils subissent des perturbations provoquées par le milieu qui les entoure. » 1* p 129.

 

Le généticien ajoute : « un gène ne s’exprime jamais seul, il se manifeste dans un ensemble, et il peut être jugé en dehors de son contexte. » 2*

 

Colombie.

Les Kogis aux yeux brillants établissent toujours conseil les nuits sans lune. 

Ce qu’ils recherchent, c’est le noir absolu. Dans ce néant complet, leurs paroles naissent de l’ombre, semblent sorties de l’air ; palabres d’âmes caressées de pénombre.

L’occidental perdu dans ce fado, examine l’espace comme un fou : à la recherche d’un individu. Cherchant une main, un pied, un torse, une tête. Quelque chose qui ressemble à un indien ou à un sage. Une humanité, n’importe quoi pourvu que ce soit précis. Un point d’ancrage, une forme à qui s’adresser. 

Peine perdue, leurs voix sont profondément attachées à l’espace. Se répondant curieusement de lieu en lieu. 

Et c’est vertige que de se heurter à leurs appels sans point de départ. 

Leurs dialogues deviennent des échos, vastes comme une conscience multiple se parlant à soi-même.   

Dans cette assemblée sans sujet - divergences d’intensité sans propriétaire - les esprits prennent leur essor.. Langages sans gouvernement. 

Volontés sans maîtres. 

Personne ne peut prendre le dessus.

 

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1*  Albert Jacquard, moi et les autres, initiation à la génétique, p 133.

Point, Seuil, 1983, ISBN : 2-02-048237-1

 

2* P 94 (contre le cloisonnement) : De même la notion de « bon » et de « mauvais » gène a pratiquement disparu ; car un gène ne s’exprime jamais seul, il se manifeste dans un ensemble, et il peut être jugé en dehors de son contexte.

3* P 95 : le gène S est-il bon ou mauvais ? ainsi posée, la question n’a pas de réponse : il est catastrophique pour ceux qui en reçoivent deux exemplaires, et en meurent ; il est bénéfique pour ceux qui n’en reçoivent qu’un exemplaire, ils sont protégés contre le paludisme.

Il semble que, dans de nombreux cas, il soit ainsi impossible de porter un jugement sur la valeur de tel ou tel gène. 

Albert Jacquard, moi et les autres, initiation à la génétique, Point, Seuil, 1983, ISBN : 2-02-048237-1

 

« On n’ « est » pas intelligent, on le devient  - nous rappelle Albert Jacquard -

Il est très facile de ne pas devenir intelligent, la recette est simple : s’assoupir dans la passivité des réponses apprises, renoncer à l’effort de formuler ses propres questions . » Albert Jacquard, moi et les autres (1) p 123.

Albert Jacquard

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Sites 

 

France Culture, bien sûr.  Sur les Docks du 08/10/2013. Irène Omélianenko.

"Chez les indiens Kogis."   

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Bienvenue à Gattaca

 

 

 

      Je rentre chez moi.

 

 

 

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Et l'environnement ? 

 

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Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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