L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
« C'était bien lui, ce fou, cet insensé sublime...
Cet Icare oublié qui remontait les cieux »
Gérard de Nerval
« Je chute, donc je pense. »
Frédéric Schiffter.
Icare est irrémédiablement frappé du sceau du péché. Son inconscience, son irrespect, sa démesure, son hybris - son âme certes libre mais inconsciente - sa vanité, tout cela fut puni de cinglante manière.
Foudroyé - Icare s’effondre, tombe et, telle une étoile filante – torche vivante - meurt de noyade.
Icare est un mythe puni de son succès, comme tout récit légendaire, son interprétation – pourtant - est à double ciel.
Car au delà de l’abîme, Icare est un phénomène.
Prenant le vol de son père en marche, les ailes du héros oscillent vers les cieux. Icare se soulève du bloc terrestre, décolle, s’arrache aux courants rugueux - s’emporte.
Ses envies sont joyeuses et sa fuite devient promenade.
Montant, soulevé, l’expérience de cette suspension lui fait dépasser les murs. De là-haut, l’oiseau est devenu cime, laissant sous lui la terre des hommes, s’arrachant de ses racines ; La hauteur lui procure de belles extases. Icare goûte l’abîme, la familière silhouette de son ombre le suit vainement – au ras des flots.
Il s’amuse de ses / ces impressions.
Voir le monde d’en haut, voler, l’esprit au vent, sentir les rayonnements, goûter le jour frissonnant sous les paupières et voir. Icare pénètre dans un absolu – c’est l’œil de la vie - sa légèreté se change en souplesse et lui procure les sensations du tourbillon aérien. L’aigle se détache, décrit des cercles, ne désire plus rien que de rompre avec sa condition - avec ce que nous sommes.
Sa puissance a devant elle « tout ce qu’il a de grand… et tout ce qu’il y a de petit… O grain de poussière de la poussière. »*
Oh, bien sûr, il sait à quoi s’en tenir, il entrevoit ce qu’il risque, pèse le non-sens de cette aventure.
Pourtant, la sève de la lumière coule dans son sang – et - le corps cuivré de soleil, seule compte cette clarté, cette pleine atténuation de la douleur, ce progrès, cette grâce oublieuse des semelles de plomb.
Changement radical avec son passé. Il suivra jusqu’au bout le chemin aux couleurs absolues.
Comblé de plénitude, il tremble. Peu importe. Tout son être devient astre, Icare désire, il ne troquera pas sa quête de l’étoile contre un atterrissage – tout sauf se rendre au réel… Tout sauf rejoindre le sol.
Icare, n’est pas ivre, il n’a pas le choix. Sa désorientation n’a rien d’une arrogance, c’est un besoin d’abolir la pesante lourdeur du monde.
Icare n’atteindra jamais le soleil, mais grisé de l’avoir approché, son spectre aux talons ailés se sera banni un temps du sol. Plein de rayons éphémères – consumé par l’éblouissement solaire.
Son crash aura dynamité l’âme tranquille des terriens aimantés par la gravité, produit l’effet d’une illumination - le flash électrique d’une descente enflammée.
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Le rêve d'Icare revisité.