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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 16:25
Georges braque et Picasso. « Il faut toujours avoir deux idées,  l’une pour détruire l’autre. »  Georges Braque.

Georges braque et Picasso. « Il faut toujours avoir deux idées, l’une pour détruire l’autre. » Georges Braque.

« L’ombre : là où gisent les discrets. »
Marie Castelin

Certaine histoires se font destinées et d’autres – exigeantes - pleines de passions calmes, d’apparence froides, se condamnent à rester confidentielles. 
 

Marie Castelain - Auditorium Musée des Beaux Arts Lille - Dimanche 20/11/13
Marie Castelain - Auditorium Musée des Beaux Arts Lille - Dimanche 20/11/13

Marie Castelain - Auditorium Musée des Beaux Arts Lille - Dimanche 20/11/13

Le monde de Georges Braque est plein de silences fougueux, de limon et de musique. C’est dans cet univers faussement dépassionné – original – que le peintre expérimente, étudie, songe au rythme de ses questions. Dans son atelier - en intimité avec son travail - ses pensées se bousculent. 
Il décortique les teintes : curieux d’en découvrir les propriétés, d’en dépecer l’intensité. Il confie à son ami, le poète Pierre Reverdy : « La couleur a très peu d’importance. C’est le rapport entre les couleurs qui compte  » 


Frère de sang d’Henri Matisse qui « utilise des couleurs comme des bâtons de dynamite. », à l’Estaque, George Braques harponne le soleil par le divisionnisme de la touche. Tout en tonalités franches, ses a plats étanchent la lumière. 


Le peintre commet sa ‘Petite Baie de la Ciotat’ : une géométrie aérée de blanc poussant l’intensité du spectre lumineux à ses limites. « Les couleurs n’y rugissent pas - dira l’artiste - c’est une violence contenue. ». Effectivement, le petit format est une porte ouverte sur un espace miroitant. Nous voici donc embarqués vers un étang flamboyant où la brise de coton délicat déclare la belle saison ; où les roses, les bleus, les jaunes surgissent comme autant de jours d’été au zénith. Il vendra l’œuvre. 
Puis, inconsolable... « J’y pense souvent comme quelqu’un qu’on aime – confiera-t-il - et qui est loin de soi. » … rachètera l’espace de sérénité pour ne la plus jamais quitter.

 

La petite baie de la Ciotat - 1907

La petite baie de la Ciotat - 1907

Son œil bouillonnant poursuit ses analyses. Rapidement, Cézanne l’intrigue. Quels sont les  effets produits par un trait, une ligne cassée, une courbe, un point, sur la conscience ? La géométrie solidifie le paysage, remarque-t-il. La couleur plus qu’un objet ou une matière, se fait flèche, direction - se mêle à l’espace... en Profondeur. 
 Il mariera intensément ces principes dans la ‘Vue de l’hôtel Mistral’. Au premier plan, le mur sert de repoussoir. Au second plan, le végétal s’agrège aux cieux  – l’hôtel Mistral situé au sud de la lumière est barricadé d'une nature ardente, fortifié d’un ciel arborescent d’intensité.

La terrasse de l'hôtel Mistral.

La terrasse de l'hôtel Mistral.

« Le viaduc à l’Estaque » est un théâtre où un rideau d’arbres azurés saluent le jaune distillé de l’urbanisme. Rivière serpentine fondue de hauts fourneaux et de chemins champêtres, scène cimentée d’une antique présence, éclatante – et d’une moderne manufacture - vétuste déjà. Dans cette carte de France industrieuse, le vénérable aqueduc domine les contraires en leur milieu. Rempart à la voracité féroce de l’exploitation du monde.

Georges Braque - Le viaduc de l'Estaque 1907-1908.

Georges Braque - Le viaduc de l'Estaque 1907-1908.

George Braque fait partie de la constellation de Picasso. Les deux étoiles échangent, expérimentent, débattent, brillent - chacune – de l’éclairage de l’autre. Georges lui soumettra son Grand nu 3* : astre au corps massif, au champs gravitationnel de la tête courbant l’espace du dos. L’attraction est immédiate : Picasso terminera Les demoiselles d’Avignon, plein de l’influence de ce nouvel espace-temps.

Georges Braques - La grand nu - 1908

Georges Braques - La grand nu - 1908

Aux yeux de Braque arranger, réarranger des objets, un sujet, des éléments sur la toile, c’est s’enchaîner à un roc peuplé d’habitudes. « La liberté c’est surtout se libérer d’un automatisme. […] L’automatisme, c’est l’accomplissement des lignes. » 2*
 Il attaque la face ouest de la structure de l’objet. Démonte en altitude les points culminants de l’univers.
Sa maison à l’Estaque fourmille de cette orientation particulière. Balayé par le mouvement, un arbre verse sur la gauche. Au centre, le village ocre – gris – vert sans fenêtres ni portes, est battu par des bourrasques de formes ascendantes. La tempête nettoie, purifie, arrache tout élément anecdotique.
 

Georges Braque - Maison à l'Estaque - 1908

Georges Braque - Maison à l'Estaque - 1908

Le peintre entre en cubisme analytique : sacre des compositions / décompositions. Esquisse d’une plénitude en quête de symboles, ordre fait de méditations, de tons à granulosités hétérogènes : sables et papiers collés. 
Les coloris enfilent la bure grossière du lin : l’œil n’a pas besoin d’éclat pour examiner l’essence des choses. Entrer en communion avec les profondeurs ombrageuses réclame un examen des compositions étagées,  plans superposés comme autant de miroirs brisés. On parle d’hermétisme. 




« Je reviens toujours vers le centre. Je cherche à avoir des foyers d’intensité. » dévoilera-t-il.

 

Georges Braques - Verre sur table - 1909

Georges Braques - Verre sur table - 1909

NOTES.


1* - 20/11/13 Marie Castelain – Auditorium Musée des Beaux Arts Lille


2* - Georges BRAQUE (1882 - 1963) - Une vie, une œuvre. Emission du 02/11/ 2013 - de Matthieu Garrigou-Lagrange. France Culture 
« Un maître, c’est quelqu’un qui a un certain talent. Qui a un talent et qui l’exploite. »


3* Les critiques parlent – souligne Marie Castelain de primitivisme, pas cubisme au sujet de ce tableau.
 

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SITES :


ETERNELS ECLAIRS : Les tableaux .
 



Philippe SOLERS : Georges Braque tel quel
suivi de Braque et les écrans truqués par Marcelin Pleynet

 

 

La poésie à l’école : Pédagogie. 

 

George Braque : initiateur du cubisme.

Georges Braque - autoportrait.

L'histoire du cubisme.

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Published by Le chêne parlant - dans Arts
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commentaires

le chêne et ses conférences 17/02/2014 19:47

J'y serai bientôt également, cher Alfonso.

Merci.

Alfonso 17/02/2014 17:09

« Solitude de Cézanne ».
Conférence prononcée en 1991 à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris,
à l’invitation de Marcelin Pleynet, titulaire, à cette époque, de la chaire d’esthétique :

— J'y étais à cette conférence.

http://ironie.free.fr/iro_116.html

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  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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