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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 04:03

« Si l’on voulait dresser un catalogue de monstres,

Le rocher aux sirènes- Edward Matthew Haleon ne pourrait mieux faire

que de photographier en mots les choses

que la nuit charrie jusqu’à nos esprits somnolents,

incapables de dormir. »

Fernando Pessoa*,

Le livre de l’intranquibilité,

p 253.

 

Lorsqu'on rencontre une personne dont on s’était fait une certaine idée, on est parfois surpris. La froideur imaginée fait place à un tact subtil, une proximité étonnante. Le détachement supposé s’efface, se reconnaît comme une lucidité aiguë de la nature humaine, une pensée pleine de finesse. L’inverse étant aussi justement observé. Celui-ci nous semblant débonnaire, amical, proche, s’avèrera véritablement inaccessible ; sans reconnaissance envers le lecteur avide de philosophie, sans réciprocité si ce n’est celle des conférences soigneusement cadrées. Au vrai, lorsqu’on rencontre des personnalités, on s’aperçoit vite de la faiblesse de nos jugements. On est bien obligé de reconnaître combien une façon d’être, un discours bien enveloppé peuvent contenir d’impressions reçues, d’apparences trompeuses. Voilà pour l’être humain.

Mais qu’en est-il des mots ? Du vocabulaire que nous employons ? Entretenons-nous un questionnement sérieux à son sujet ? Remettons-nous suffisamment en cause ce qui nous est proposé ? Et, privés des outils conceptuels adéquats, que se passe-t-il ?

Pour percevoir, voir, décrire, nous avons besoin de nommer les choses. Nos pensées sont conçues à l’aide de mots, des éléments de base décrivant une réalité conceptuelle (1) ou matérielle, précise. Au fond, soutenir une réflexion subtile, c’est penser le vocabulaire – ses attributs, ses liens logiques, ses sens cachés - et ce, avec force. En saisir les nuances afin d’augmenter notre acuité, décupler notre lucidité, cheminer en conscience. Aussi pour Bruner, ça ne fait-il aucun doute… « L’acquisition des concepts est un aspect de ce qu’on appelle traditionnellement « penser » (2)… La langue façonne la pensée, laquelle est également inséparable de l’expression de nos sentiments (3), sensations. « On ne perçoit que ce qu'on conçoit » nous dit Britt-Mari Barth (4) et dans le même temps nos conceptions s’élaborent à l’aide de concepts donnés, reçus ou construits. Restons un instant sur ces briques. (5). User d’un terme n’est jamais neutre (4’), puisqu’il est relatif aux qualités des rencontres intellectuelles et expérimentales ainsi qu’aux liens que nous aurons tissés. Mais il arrive fréquemment que ce dernier nous soit « donné ».

Giulio-Aristide-Sartorio---Sirene-ou-l-abysse-vert--1900.jpg

On ne choisit pas la notion de « reproduction », on l'a choisie pour nous – dans les livres, les conférences, les ouvrages spécialisés, les dictionnaires, cet intitulé fait « référence », il est institutionnalisé. Est-il légitime pour autant ? L’activiste humain Albert Jacquard (6) nous alerte contre ces types d’ondulations sonores qui nous susurrent leurs opinions à l’oreille, nous bercent de leurs idées, nous charment de leurs concepts. Enchantent – endorment, cherchent à nous égarer, nous conduisent bien gentiment en direction des rochers. Eliminer la complexité, substituer des mots dans le sens du simplisme, et ce de manière rationnelle – Orwell en est le merveilleux interprète - c’est agir sur nos pensées, les manipuler, façonner notre vision tout en détériorant singulièrement notre compréhension du monde. En d’autres termes, travailler à transformer l’individu commence par appauvrir son vocabulaire, supprimer les moyens qu’il pourrait employer – ses ressources donc – à fin** d’annihiler tout esprit critique. Ainsi dépouillé, ce dernier se devrait d’obéir aux pensées qu’on lui soufflera – insufflera – à l’esprit sans coup férir. Du moins, l’espère-t-on… "Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire." Martèle George Orwell.

Albert-Jacquard.JPG

 

« Il faudrait supprimer de tous les livres d’école le mot reproduction sexuée. Du moment qu’il y a sexe, il y a pas reproduction, il y a tirage au sort et il a justement mise en place d’un processus extraordinaire de création du neuf à tous les coups. C’est pourquoi, il faut parler de procréation, j’ai été créé et il n’y en a pas deux comme moi. Et on peut dire ça à chacun. »

Le message critique d’Albert Jacquard est relayé par les documents d’accompagnement des programmes qui soulignent le même danger de confusion. En somme – tout le monde s’accorde sur ce point - la maîtrise du vocabulaire est un enjeu primordial.

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      .

 

Albert Jacquard évoque de manière toute aussi rigoureuse ce que recouvre le terme de reproduction.

 

.

 


A écouter et lire Albert Jacquard (7), la différence entre reproduction et procréation est nette, bien établie, ne laisse aucune place à l’équivoque. Alors pourquoi cette ambiguïté ? Pourquoi persévérer dans cet emploi fautif ? Comme souvent, pour comprendre, il s’agit de repérer la source de l’intérêt, de s’en rapprocher. Jacques Testart (2) est bien placé pour ce faire. La reproduction, c’est le domaine du certain, du sûr, de l’exact. Quoi de plus connu et attendu que la photocopie, la copie du mème ? Dans cette science omnisciente, toute puissante, tout est fiable, déterminé. L’homme obéit à une logique implacable, son avenir devient manifeste, probable. On peut considérer toutes ses propriétés en les notant noir sur blanc. Se représenter la ‘procréation’ comme une reproduction, c’est composer une image précise de la conception. C’est la penser en tant qu’expérience fixe – garantie - maîtrisable. Mais plus encore, cette détermination de lois naturelles lisses, homogènes, ordonnées, oriente la recherche dans le sens d’une simplification du monde, de sa réduction à la plus simple expression, celle d’une nature limitée, soumise. Soit, tel Descartes, se rendre « comme maître et possesseur de la nature. »

L’idée de procréation est différente. Ce concept contient ce qu’il est bien convenu d’appeler du vague, de l’incertain, de l’aléatoire, de la nouveauté. Un flottement, un flou règne sur le résultat de l’opération. La représentation de l’homme est ici en germe, indéterminée. Cette part d’indécision - et d’indécidable - ne saurait satisfaire les vendeurs de sciences exactes – ces amoureux de la norme – ces croyants en codes et brevets en bonne et due forme. Ceux qui adaptent l’environnement à leurs besoins et non l’inverse… Comment, en effet s’accaparer ce qui est insaisissable ? On ne peut ‘posséder’ ce qui nous échappe.

Transformer le vocabulaire est donc une arme ; d’autant plus redoutable qu’elle n’a l’air de rien. Elle infléchit néanmoins la pensée de l’utilisateur dans une direction voulue, travaille à modifier l’esprit de celui qui en use dans un sens particulier et déterminé. Celui…d’un système dévoyé puisque dédié à servir ses propres intérêts. Saper les bases de la réflexion, au fond - priver des mots pour le dire, - démonter l’accès à la complexité, masque une violence, une aliénation, la volonté de..

                    fondre le savoir d’autrui en leur volonté, prendre un pouvoir infernal sur les esprits…

                                                            …faire des hommes des moutons labellisés.

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Ce billet est une réponse aux questionnes posées à propos de Charles Darwin.  

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* Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. Christian Bourgois éditeur. 1999. ISBN : 2-267-01516-1

** Détournement volontaire - bien sûr. Bien que fautive cette tournure fait sens.

(1) « La notion de catégorie ou concept – définie comme une relation entre mot, ce à quoi le mot se réfère, c'est-à-dire des situations réelles dans lesquelles ce mot est utilisé, et les caractéristiques ou les attributs qui permettent d'identifier ce à quoi on se réfère. » Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347, p 34.

(2) « mais nous avons insisté sur un sens plus large : pratiquement toute activité cognitive comprend et dépend du processus de la catégorisation » p 31. « Le rôle de l’enseignant consiste à faciliter la conceptualisation, c’est-à-dire à guider l’élève dans la mise en relation pour qu’il puisse organiser et intérioriser la nouvelle information à partir de ce qu’il sait déjà. » p 61 Britt-Mari Barth, l’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école ; RETZ, 1987, isbn : 9-782725-611990.

(3) « … on ne parle que pour exprimer des choses que l’on sent, ou que l’on pense, on cherche par un instinct naturel le son le plus conforme à ses sentiments et les paroles les plus propres pour communiquer ses pensées : de sorte que si le génie est subtil ou grossier, tendre ou dur, civil ou rustique, humain ou farouche, actif ou paresseux, tout cela se découvre dans les mots et dans les façons de parler. » De Méré, « Œuvres posthumes », t. III (« De l’éloquence et de l’entretien »), p 111-112. In Histoire du visage – Jean-Jacques Courtine, Claude Haroche, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 2007. p 162. ISBN : 9782228902144.

(4) def système : ensemble d'éléments interdépendants. « Le savoir est évolutif. … le savoir se structure comme un réseau d'interconnexions (un ensemble organisé d'éléments dépendants), chaque personne crée son propre réseau en associant tout ce qu'elle sait ou ressent par rapport à une idée. Les points de repère ne sont pas les mêmes. Pour un même savoir - un concept -, par exemple « démocratie » , l'expérience qu'un individu en a fait varier le sens qu'il attribue à ce mot. » p 51.

(4’)… (savoir/ subjectivité) « il n'est donc pas parfaitement neutre et objectif, il est pénétré par les valeurs et les croyances de l'individu qui le détient. » p 51 Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

(5) « Le développement cognitif comprend une capacité de plus en plus grande de dire à soi-même et aux autres, à l’aide de mots ou de symboles ce qu’on a fait et ce qu’on fera. » (Bruner, JS, Toward a Theory of Instruction, Cambridge, Harvard University Press, 1966, p 13.) Britt-Mari Barth, l’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école ; RETZ, 1987, isbn : 9-782725-611990 Procréation ou reproduction ? Le vocabulaire est extrêmement important, il détient un pouvoir politique.

(6) « Connaissant les gènes des parents, il nous est simplement possible d’énumérer les divers génotypes que peuvent recevoir les enfants, non de prévoir celui qui sera effectivement réalisé. Si nous tenons compte de l’ensemble des caractères qui définissent l’individu, cette énumération aboutit à un nombre d’enfants possibles pour un couple donné si élevé que deux enfants ont nécessairement des patrimoines génétiques différents (à l’exception des « vrais » jumeaux qui sont issus du même œuf) ; Chacun de nous est unique, exceptionnel. Il ne reproduit aucun de ses parents ou de ses ancêtres. Il est le résultat d’une création et non d’une reproduction. » P 26 « Dans d’autres cas, par chance, la protéine modifiée apporte un pouvoir nouveau ; elle permet de mieux résister à l’environnement, ou de se reproduire à un rythme plus élevé. De génération en génération, la structure mutée se multiplie et finit par éliminer la structure initiale. Une population peut ainsi se diversifier et se transformer. » P 77

(7) « reproduction sexuée » et qui justement n’est pas une reproduction : deux êtres s’associent pour en procréer un troisième. Le troisième n’est ni l’un ni l’autre des deux « parents », ni leur somme ni leur moyenne : il est nouveau, définitivement unique, exceptionnel. Albert Jacquard, moi et les autres, initiation à la génétique, Point, Seuil, 1983, ISBN : 2-02-048237-1

(8) : Jacques Testart reprend le sens de ces deux termes.

Histoire-cnrs.revues.org « la biologie et, plus particulièrement, ce qui touche à la génétique qui soulèvent des questions redoutables. En effet, la maîtrise de la procréation semble avoir atteint le stade où ce qui est incertain est transformé en probable, rejoignant ainsi au niveau des objectifs généraux le but déjà atteint par les autres champs du savoir. C'est la thèse centrale de ce livre, que l'auteur justifie en puisant dans l'histoire des vingt dernières années de recherche. Cette transition est explicite si l'on considère que l'on ne parle presque plus de procréation mais de reproduction. En effet, la maîtrise de la procréation semble avoir atteint le stade où ce qui est incertain est transformé en probable, rejoignant ainsi au niveau des objectifs généraux le but déjà atteint par les autres champs du savoir. C'est la thèse centrale de ce livre, que l'auteur justifie en puisant dans l'histoire des vingt dernières années de recherche. Cette transition est explicite si l'on considère que l'on ne parle presque plus de procréation mais de reproduction. » En gros, les théoriciens insistant sur l’idée de reproduction ont à l’esprit l’idée d’un individu fait de gènes, d'un individu « machine ». 

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 04:47

« Karl Popper – écrit Edgar Morin - était proche des positivistes logiques du Cercle de Charles-Joshua-Chaplin--Blowing-Bubbles--seconde-moitie-XI.jpgvienne par sa volonté de créer, de trouver une démarcation entre la science et la pseudo-science. Mais il s’en est différencié en introduisant au cœur de la science l’idée de « faillibilisme ». Il a dit : « ce qui prouve qu’une théorie est scientifique, c’est qu’elle est faillible, elle accepte d’être réfutée. »

      Intervient ici ce fameux mot de « falsification » qui a fait couler beaucoup d’encre. A tort ; ce mot de falsification / falsifiabilité employé par Popper déjà dans un sens non prévu par le lexique en anglais, que signifie-t-il ? Il a voulu trouver un mot fort qui puisse s’opposer à « vérifiabilité ». Il a dit : « Il ne suffit pas qu’une théorie soit vérifiée, il faut qu’elle puisse être falsifiée », c’est-à-dire qu’on puisse prouver, éventuellement, qu’elle est fausse. C’était ce qu’il a voulu dire et c’est pour cela que les traducteurs en français de Popper ont fait une traduction correcte en employant le mot falsifiabilité. » p 37 (1)

 

La falsification / falsifiabilité  constituerait une méthode infaillible propre à déterminer ce qui est scientifique (théorie dotée de données objectives*) ou non. 

Car enfin la science ne poursuit-elle pas, dans son génie idéal, la recherche de la substance des choses, de ce qui les constituent, ne désire-t-elle pas décrire le monde tel qu’il nous est caché ? Immanquablement se rapprocher d’une description « exacte », la plus proche possible des phénomènes, décrire ou approcher la nature au plus juste – dans sa quintessence. 

Peut-elle dès lors se permette d’inclure dans ses théories des imprécisions, de vagues calculs, des éléments aléatoires ?

 Jean-Baptiste_Simeon_Chardin--XVIIIe-siecle.jpg

 

Théorie Scientifique ou pas ?

 

 

A première vue, l’idée de Karl Popper est une bulle conceptuelle idéale. Appliquée aux pseudo-sciences, effectivement, on en mesure parfaitement la puissance.

bulle.jpgSon efficacité est redoutable.

Ses résultats semblent « infaillibles ».

 

 Mais est-elle vraiment parfaite ? 

Si non.  Où se situe sa faiblesse ?

Nous y venons. 

 

Le falsification détient un présupposé : celui du lien attachant ou unissant théorie scientifique et vérité ou objectivité. 

 

Pour faire simple :

 Karl-Popper---refutabilite.JPG

               

 

Et d’autres termes pour qu’une théorie soit scientifique, il faut qu’elle même ou à tout le moins ses données soient réputées « Vraies » dans le sens d’objectives puisque c’est de cette objectivité propre – ontologique – que va découler la classification en catégorie soit scientifique soit non scientifique.

 

Or cette objectivité absolue des théories scientifiques est-elle toujours vérifiée ?

Est-il seulement possible de la vérifier à tout coup ? 

 

Eh bien non.  

 

Sans parler du caractère arbitraire des axiomes et postulats en mathématiques **, ceci a été démontré magistralement par Kurt Gödel et son théorème d’incomplétude [En réalité ses deux théorèmes] : 

1) : il existe des énoncés que l'on ne pourra jamais déterminer en restant dans le cadre de la théorie.

2)  : il existe un énoncé exprimant la cohérence de la théorie - le fait qu'elle ne permette pas de démontrer tout, et donc n'importe quoi - et que cet énoncé ne peut pas être démontré dans la théorie elle-même. À cause des hypothèses des théorèmes, toute théorie qui prétend formaliser l'ensemble des mathématiques, comme la théorie des ensembles, est concernée.


« … le théorème de Gödel a démontré qu'un système logique formalisé complexe avait au moins une proposition qui ne pouvait être démontrée, proposition indécidable qui mettait en cause la consistance même du système. (Constante). » p 137.

 

Bertrand Russell enfonce le clou : « la mathématique est une science où l’on ne sait jamais de quoi l’on parle ni si ce qu’on dit est vrai » 

      eclatement-bulle.jpg

 

 

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      A quoi voit-on que quelque chose est objectif ? , eh bien ! C’est effectivement au consensus des chercheurs. Nous faisons confiance à ce consensus des chercheurs et, comme dit Popper, l’objectivité des énoncés scientifiques réside dans le fait qu’ils puissent être intersubjectivement soumis à des tests.

 

 « L'objectivité, semble une condition sine qua non, évidente et absolue, de toute la connaissance scientifique. Les données sur lesquelles se fondent les théories scientifiques sont objectives, elles sont objectives par les vérifications, par les falsifications, ceci est absolument incontestable. Ce que l'on peut contester, à juste titre, c'est qu'une théorie soit objective. Non, affirme-t-il clairement, une théorie n'est pas objective : une théorie n'est pas le reflet de la réalité, une théorie est une construction de l'esprit, une construction logico-mathématique, laquelle permet de répondre à certaines questions que l'on se pose au monde, à la réalité. Une théorie se fonde sur des données objectives mais une théorie n'est pas objective en elle-même. » (1) p 39.

 

**« axiomes, propositions admises sans démonstration comme évidentes (par la foi de l'intuition intellectuelle), et des postulats, propositions indémontrables que l'on demande (postulare) au lecteur d'accepter (sur la foi de l'intuition empirique).

Ex. d'axiomes : le tout est plus grand qu'une partie de ce tout; deux quantités égales à une même troisième sont égales entre elles;

Ex.de postulat, le postulat d'Euclide: par un point pris hors d'une droite passe une parallèle à cette droite, et une seule. » Michel Pérignin.

 

(1) Edgar Morin - Science sans conscience.

 

      --------------------------------

 

Karl Popper    .

 

Théorie - Expérience - Falsification

 

Conjectures et réfutations


 

      Gerard-Gerrit-Dou---Garcon-a-la-bulle-de-savon-1635-36--.jpg

 

 

Gérard Gerrit Dou - Garçon à la bulle de savon 1635-36 -  Vanité.

Tokyo Musée national de Western Art

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 14:23

« Je peux m’imaginer être tout, parce que je ne suis rien.

Si j’étais quoi que ce soit, je ne pourrais plus rien imaginer.

L’aide-comptable peut bien se rêver empereur romain ;

le roi d’Angleterre ne le peut pas, parce que le roi d’Angleterre se voit privé,

dans ses rêves, d’être un autre roi que celui qu’il est.

Sa propre réalité ne le laisse plus rien sentir. »

Fernando Pessoa* . 

 

 

Penser différemment – autrement – suppose de pouvoir se détacher des paradigmes dans lesquels nous baignons. 

 

« Le paradigme - explique Edgar Morin - c’est aussi quelque chose qui ne découle pas des observations. Le paradigme, en quelque sorte, c’est ce qui est au principe de la construction des théories, c’est le noyau obscur qui oriente les discours théoriques dans tel ou tel sens. Pour Kuhn, il y a des paradigmes qui dominent la connaissance scientifique à une époque, et les grands changements d’une révolution scientifique interviennent quand un paradigme cède la place à un nouveau paradigme, c’est-à-dire opère une rupture des visions du monde d’une théorie à l’autre. » (1) p 44 

Le concept de noyau dur de Lakatos est très proche de celui de paradigme : «  c’est-à-dire  que, au noyau de l’activité scientifique, il y a quelque chose qui n’est pas scientifique, mais dont, paradoxalement, le développement scientifique dépend. (1) p 45

 

Chaque révolution scientifique «  quand elle est exemplaire et fondamentale – [au sens de Kuhn] , entraîne un changement de paradigme (c'est à dire des principes d'association/ exclusion fondamentaux qui commandent toute pensée et toute théorie) et par là, un changement dans la vision même du monde. » (1) p : 26

 

 

Mais se débarrasser des ses vieilleries mentales est plus difficile qu’il n’y paraît.

 

En effet, contempler un panorama depuis le haut d’une montagne, découvrir, observer les vallées avec ravissement, en éprouver la profondeur vertigineuse, les déclivités, n’est guère suffisant. En matière de paradigme, c’est non seulement la montagne qu’il s’agit de déplacer mais c’est surtout la perspective qu’il nous faut renverser.

 

Vivre ces changements suppose un détachement, une imagination libre, nécessite de développer des sensations neuves

 

Est-ce à portée de nos  facultés comme on se l’imagine ?

Est-il aisé de voyager hors des dimensions qui nous sont coutumières ?

L’homme est-il autre chose que l’époque et le monde dans lesquels il vit ?

 

A la question simple du : 

                 « Qu’est-ce qui est difficilement accessible à la pensée pour un homme ? »

Un physicien des particules répondra sans hésitation :

« Les dimensions. Nous vivons dans un monde à 3 dimensions. Que nos calculs représentent un univers fait de 4, 5 voire 10 dimensions – même si nous les appréhendons sur le papier, même si nous disposons des équations, nous sommes incapable de nous le représenter. »

la-fille-dans-le-bocal-a-poisson-rouge.jpeg

Pourquoi ? 

Pourquoi ne suffirait-il pas de suivre une voie  aride, difficile, pour sortir des représentations qui nous constituent ?

 

Parce que nous sommes victimes de deux phénomènes : 

 

Le premier est celui du poisson rouge d’Aristote, dont Bernard Stiegler se fait l’écho : 

 

« Sans doute est-il difficile quand on nage sans cesse dans la même eau, de comprendre ce que c'est que l'eau : telle est une remarque lumineuse d'Aristote dans soin traité sur le désir, De L'âme : l'eau, pour un poisson, c'est ce qu'il ne verra jamais : il ne voit qu'à travers elle. » (2) p 199.

Sortie-du-bocal-ou-suicide-du-poisson-rouge.jpg

Le second est celui d’être prisonnier des sens qui nous constituent. Ainsi, goûtant toute la saveur d’un nouveau paradigme, ne réalisons nous – en réalité – que le saut d’un bocal rustique, vieillot, désuet à un autre. Ce brusque surgissement du côté du spacieux - de l’original - de nature sans doute plus abstraite, moins monotone - qu’est-il ? 

 

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Semblable toujours – différent pourtant.

 

Ce qui fait dire au poisson rouge : 

« La vérité ne s’identifie pas à ma modeste condition ni à la tienne, car elle n’est du côté de personne. » 

Et à Pessoa de répondre :

« le bonheur, en revanche est son conteste de son côté à lui. »

 

_____________________________

 

* Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité, Christian Bourgois, éd., p 193. 

 

(1) Édgar Morin, science avec conscience, éd du Seuil, point, 1990, ISBN : 2-02-012088-7,,

 

(2) Bernard Stiegler, La télécratie contre la démocratie, champ essais, 2006 et 2008, isbn 978-2-0812-1782-9.

      _____________________________

 

Changer de paradigme – Une nouvelle manière de penser.


Michel Fromaget.

 

Un paradigme est composé de présupposés, ces derniers pourraient être autres.

_______________

Sites 

 

Principia

Histoire et philosophie des sciences

 

      Delphine MONTAZEAUD - KUHN Thomas Samuel

"La Structure des Révolutions Scientifiques"

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Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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