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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 11:49

 

188px-I_Wait-_by_Julia_Margaret_Cameron.jpg« Ceux qui rêvent éveillés

ont conscience de mille choses 

qui échappent à ceux

qui ne rêvent qu’endormis » 

Edgar Allan POE

 

Comme les habitués de ce blogue le savent, le Chêne Parlant se mêle exclusivement de pédagogie. Ici, c'est l'aspect de la sieste et de ses bienfaits au regard des recherches pointues de Madame Leconte dont il est question.

Il s'agit bien de contrer cette idée reçue selon laquelle la sieste ne serait d'aucune utilité ou serait l'apanage d'une âme paresseuse.

Toute autre grille de lecture serait erronée.

 

« La nuit porte conseil.»

« Il dort du sommeil du juste. »               P1100059.JPG

« Une bonne nuit rend les idées claires. »

 

Quel regard portons-nous sur ces phrases lancées à l’emporte-pièce ? 

 

Au mieux, leur bêtise nous submerge d’un sourire – par égard pour l’émetteur, aussi vite mordu au coin de la lèvre - au pire nous flanquons leur intelligence au rang de « Sagesse populaire ». Le compliment n’est pas mince. Produit de lieux communs sans fondements, cette friandise a la saveur du vulgaire vendu dans les foires. Confiserie rutilante et bon marché enrobée de caramel – cuites et recuites - voyant  une fois croquée le verni rouge leur date de péremption largement expirée. 

 

On éprouve – certes - une certaine satisfaction à dérouler ces affirmatives parfaitement creuses, parfaitement conditionnées. Il se peut qu’un concours d’expressions voit le jour lors d’une soirée où tous les chemins mènent au rhum, où le vin d’ici est préféré à l’eau delà. Le faste des idées pétries de rumeurs, ankylosées d’habitudes, abandonnées au passé, coule alors en un péroquisme opulent. Débordant ; 

 

Nous nous abandonnons – rire aux yeux – au charme d’une spiritualité primaire. Simpliste. Moyenâgeuse. Dépassée. 

 

« Pierre qui roule n’amasse pas mousse. »

« tant va la cruche… »

 

« Le sommeil est la moitié de la santé »

Et si cette sagesse populaire avait la clarté de l’évidence sensible  et pour fondement une observation bien menée ? Et si ces dictons, proverbes eu autres citations étaient la traduction d’une expérience réelle, le langage d’un vécu vrai, l’héritage d’une sagesse manifeste, l’expression – mieux – la révélation d’une lucidité ordinaire ? 

Manifestation d’une pensée traditionnelle – partagée, folklorique - penchant davantage du côté du récit bienveillant, de la psychologie de base – mais non basique - que de la psychologie de bazar et de la fable ? 

Reflet d’une des facettes de la ‘common decency’ , ce fair-play, cette entraide, « ce sentiment intuitif des choses » cette qualité présente dans  le roman de Georges Orwell – 1984 et reprise avec force conceptuelle par Jean-Claude Michéa. 

 

Professeur émérite de psychologie de l'éducation, Claire Leconte travaille, depuis plus de trente ans, sur l'aménagement des temps de l'enfant. 

 

 claire-lecomte---3.jpg   « Le monde appartient aux gens qui se lèvent tôt ? »  

Il s’agit bel et bien de « profiter de la clarté mentale » matinale  – souligne la chercheuse – relevé par Binet en son temps. Cet instant de concentration optimale.

 

« En début de nuit, le sommeil compte double ? » 

La période située en première partie de la nuit est effectivement le lieu d’un endormissement profond, générateur de récupération, régénérateur des tissus cellulaires (peau notamment), producteur d’hormone de croissance pour les plus jeunes. 

 

« La sieste est excellente après un repas. » Ce temps correspond effectivement à un état physiologique avéré, celui dû au « creux méridien ». 

S’asseoir dans un coin, se reposer

 

 

 

"Il n'existe aucune raison scientifique pour que ces messieurs soient de mauvaise humeur."

 

« Les femmes sont de mauvaise humeur une fois par mois ». 

Parfaitement inepte. Non ?

 

 Le réel est un long sommeil dont la science, un instant nous éveille. 

 

 

      Hiberner - à présent, vous aurez des excuses scientifiques.

 

Pour une pédagogie du sommeil

Repérer les instants propices au sommeil, une compétence malheureusement trop peu développée. 

Claire Leconte milite pour une large diffusion de cette formation essentielle.

De même, la sieste située juste après le repas (moment propice du creux méridien)  permet un bon endirmissement. 

    

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Ceci est un article léger ayant rapport au sommeil, à la sieste. 

 

 

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Une petite sieste pour le bien de votre entreprise...

 

 

Les idées reçues ont la dent dure, ici encore la sieste apparaît comme un "Hymne à la paresse". Ne serait-ce point plutôt le fait de "prendre le temps" de... le temps de voir, d'observer, de réfléchir, d'apprendre ? ... De penser ?

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 07:18

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      Le thé des écrivains

« … le temps n’a rien d’un devenir mais d’un redevenir : « Rien de neuf sous le soleil. » Eadem sunt omnia semper, répétera quant à lui le poète Lucrèce, un autre membre du club des penseurs mélancoliques. Si les humains ne voient pas que « ce qui est arrivé arrivera encore », c’est parce que ce qui vient juste d’apparaître sous leurs yeux n’est pas assez vieux pour se révéler n’être qu’une redite, et, aussi, parce qu’ils répugnent à renoncer à l’espoir, source des illusions du progrès et de la salvation. »

Frédéric Schiffter, Le charme des penseurs tristes – 1*.

 

Frederic-Schiffter-et-Alexandre-Lacroix.jpg

« La vie est une comédie pour ceux qui pensent

et une tragédie pour ceux qui ressentent. » Jonathan Swift 1**

 Vidéo 4 : Job, L'Ecclésiaste face à l'absurdité du monde.

 

 

 Vidéo 5 : L'écho d'une subjectivité.

 

      

 

      « la joie comme le bonheur n’arrivent toujours que fortuitement.  Prétendre, comme nos philosophes, qu’il est au pouvoir de chaque mortel d’y accéder moyennant une ascèse, une tension de la volonté aux ordres de la droite raison, relève de la plus naïve des croyances. C’est nier la présence du dieu Hasard ivre de sa puissance qui n’aime rien tant que jouer avec nos nerfs et nos humeurs, nous accable et nous enjoue, sans que nous ne puissions jamais nous préserver de ses lubies. » 2* 

 

«  Le joyeux, dont la conscience s’oublie dans le présent, ne peut mettre la réalité à distance de son regard alors qu’elle s’offre aux yeux du mélancolique, en proie aux instants qui s’éternisent, comme un spectacle étrange et, néanmoins, jamais surprenant. » 3 * 

 

      Vidéo 6 : Henri Roorda, un anarchite sentimental ? 

 

 

 

 

Les mouvements désordonnés de l’âme (sur Henri Roorda)

« L’univers aura beaucoup moins d’importance quand je ne serai plus là." 4*

Henri-Roorda pensées                  Henri-Roorda---mathematiques.jpg

 

 

"Roorda confesse dans son testament qu’il souffrait d’une malformation métaphysique infantile : le chagrin. Un chagrin sans remède." 5* 

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« Par cécité ou par pudeur, les cyniques fourrent la sensibilité et la sensiblerie dans le même sac. En pensant sauver l’honneur de la raison, ils ne voient pas l’injustice faite à l’intelligence. L’être sensible ne raisonne pas mais pense en même temps qu’il ressent. A distance égale des rigidités de l’intellect et des mollesses de l’affect, il ne prête d’intérêt aux idées que si elles l’émeuvent et aux émotions que si elles l’émeuvent et aux émotions que si elles lui donnent à méditer.

     La pensée maîtresse de Mme Du Deffand [ vidéo 2 ] n’avait rien à voir avec l’une de ces grandes questions morales, scientifiques ou politiques qui agitaient les philosophes, mais procédait d’une disposition existentielle contractée depuis toujours : l’ennui. Non pas cette hébétude qui saisit les gens affairés et qui, soudain, se voient désœuvrés ; plus radicalement, le lancinant sentiment d’une vie stérile soumise à un temps porteur de nulle autre œuvre que la déchéance du corps et de l’esprit et nulle autre fin que la mort. » p 82.


le-charme-des-penseurs-tristes

 

Frédéric Schiffter, Le charme des penseurs tristes – 1* p 42.

1** p 75

2* p 12.

3 * p 15.

4* p 143.

5* p 149.

 

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Santiago Espinosa & Clément Rosset - L'inexpressif musical - Encre marine.  

Santiago Espinosa - Du jour au lendemain, émission d'Alain Veinstein sur France Culture, naturellement.   

Atelier Clément Rosset

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 06:53

En toute amitié.

 Le-charme-des-penseurs-tristes---causerie.jpg

      Alexandre Lacroix - Philosophie Magazine

La vague est fille d’un océan tourmenté par une dépression. »

1 * Frédéric Schiffter – Petite philosophie du surf.

 

Les commentaires exotiques pullulent à l’endroit de l’amitié.

 

Elle est parfois perçue telle la lumière d’une âme vouant / voulant du bien à l’autre (étrange présence du vouloir au sein d’un univers frappé de hasard), mais le plus souvent, son évocation reflète la communion de deux pensées cadencées, suprême accord de cœurs foulant un sol craquant au même rythme, accordés à l’unisson. 

 

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi. », ajoute le commun – aussi sec.

 

L’hommage fait à La Boétie par un Michel de Montaigne chaviré, dévasté, égaré non par la mort mais par la perte à vie d’Etienne -  ad vitam arraché, coupé de son lien et de sa conscience – se meut en sujet de dissertation ordinaire. Crime de lèse sauvagerie, le sujet bateau chavire, tyrannise des générations d’élèves, décompose la fine fleur Montainienne en mascarades rédactionnelles, platitudes de références classiques, soupe de citations décoratives, pétales sans nuances ni émotions et autres réflexions déterrées de manuels que rien n’égaye.

Dans cette Loi ‘thermoapathique’, aucune transtantiation 2*, rien de transcendant : l’inerte se substitue aux sentiments, le sublime 3*  fait tapisserie, le relief devient creux, la beauté absurde, les fines pointes – écrasées à coup de briques – se flétrissent instantanément sur elles-mêmes. 

 

Alors  ? 

                             Heureux le simple du vague à l’âme.

 

L’amitié bruisse d’une totalité tonitruante vagissant dans un pois de silence, a la saveur du rien, la petitesse du tout, l’éclat d’un arc électrique situé au fin fond d’un univers opaque. 

 

Mécanique du ciel jetant  les âmes errantes au hasard, l’agitation amicale n’entre pas en fusion mais se heurte en un champ de sensibilités métalliques. 

 

                De l’escarbille jaillit la direction, incandescente et impalpable.

 

                                    Etincelle sans écho, imprévisible, frappée de l’envie d’être désorientée.

 

 Frederic-et-Francoise---cadre.jpg

 

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1 * P 37 - Frédéric Schiffter – Petite philosophie du surf. Editions Milan.

2* « Si Cook enregistre le mot, il ignore que, pour un « sauvage », « faire corps » avec un élément signifie communier en esprit avec lui, échanger son âme avec la sienne. Cook ne voit pas qu’il assiste à une transtantiation. A une transe. » p 50 :

3 * P 26-27 : 

« Lorsque, confrontés à l’immensité du monde, nous mesurons la petitesse de notre être, ce que nous voyons n’est pas beau, nous dit Kant, mais sublime. Sublime, par une nuit claire, la majesté de la voûte céleste étoilée. Sublime, la succession, à perte de vue, des massifs enneigés. Plus sublime encore, les chutes d’eau d’un torrent, un orage en montagne ou une tempête sur l’océan. Mais que nous mesurions notre inconsistance face aux puissances naturelles ne nous humilie pas. Au contraire, cela nous édifie. Sachant que c’est à nous, les hommes, et à nous seuls, qu’il est donné de contempler la nature, même si nous ignorons le sens de ce don, nous ne pouvons nous empêcher d’y voir une élection. Devant ces spectacles, nous éprouvons un « sentiment de jubilation mêlé d’effroi ». C’est en cela, en ce qu’ils nous invitent à ressortir que nous ne sommes nés que pour être les témoins à la fois maudits et privilégiés d’un monde où nous ne comptons pour rien, que Caspar David Friedrich et William Turner s’affirment comme les maîtres du sublime. » 

Frédéric Schiffter – Petite philosophie du surf – Milan 2005 – ISBN : 2-7459-1680-7

 

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      Le charme des penseurs tristes. 

 

« Le penseur vaut mieux que le philosophe. Affaire de politesse. Il ne nous importune pas avec des idées, des analyses, des spéculations, mais nous touche par ses songes, ses observations, ses hantises. […] Au lieu d’un pesant traité avec quoi un philosophe se venge sur ses lecteurs de la peine qu’il eut à l’écrire, le penseur nous régale de notes, de traits, d’anecdotes assemblés en recueils comme s’il s’adressait à un proche. »

Le charme des penseurs tristes. p 81

 

 

Vidéo 1 - Une philosophie des sentiments et de la douleur,


      

 

Vidéo 2 : Cioran, La marquise Du Deffand, Hérault de Séchelles. 

 

" A ceux qui – tel Roland Barthes en son temps – relèguent La Rochefoucault dans le registre d’une critique sociale de son époque et de son milieu, comme si le moraliste était un intellectuel « traître à sa classe », pour en portraiturer les illusions, les ridicules et les simagrées, on ne peut que leur faire valoir combien les Maximes n’ont trouvé autant d’actualité qu’en notre époque où rivalisent les professeurs de la vie heureuse et juste, de la sculpture de soi, etc. La Rochefoucauld nous avertit que si tous s’évertuent à nous persuader de notre perfectibilité c'est parce que tous désirent passer à nos yeux comme aux leurs pour les illustrations mêmes du bien-fondé de leurs éthiques. Pas de dissimulation dans cette bonne parole mais une ruse de leur amour-propre qui les « ventriloque ». Pour qui sait voir sans ce besoin aveuglant d’admirer, leurs doctrines et leurs « exercices spirituels » trahissent leurs vices, leurs complexes et leurs carences affectives les plus secrets, totalement cachés à leur propre conscience et qui n’ont d’autre issue pour trouver un peu de jouissance ou de compensation que le moyen détourné du magistère. Quel ressort psychique peut bien animer un philosophe qui se dévoue à « éclairer » un public sinon un désir de le dominer et d’en être aimé ? Pourquoi, en retour, le public adule son maître sinon parce que, souffrant de maux semblables aux siens, il trouve quant à lui gratification à lui être soumis et ainsi, pense-t-il, à en être aimé en  retour ? La servitude intellectuelle montre que l’amour-propre souvent « se hait lui-même » et qu’il fourvoie nombre d’esprits faibles dans les impasses de la conviction uniquement pour qu’ils aient l’impression de penser avec force."

Le charme des penseurs tristes. p 71-72.

 

Vidéo 3 : Albert Caraco.

 

       "L’homme est un animal métaphysique et qui voudrait que l’univers n’existât que pour lui, mais l’univers l’ignore et l’homme se console de cette ignorance en peuplant l’étendue de dieux, dieux faits à son image. Ainsi nous parvenons à vivre en nous payant de raisons creuses, mais ces raisons si belles et si consolantes tombent à rien, quand nos yeux s’ouvrent sur la mort et le chaos, dont nous vivons enveloppés et toujours menacés. La foi n’est qu’une vanité parmi les vanités et l’art de tromper l’homme sur la nature de ce monde."

Albert Caraco, Le charme des penseurs tristes, p 122.

 

Le charme des penseurs tristes, suite :

Le charme de la mélancolie.

 

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Le Charme des penseurs tristes. Flammarion. 

 

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Le philosophe sans qualités - Blogue de Frédéric Schiffter.

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 05:04

Ernest-Pignon-Ernest.jpg

 

« La dernière démarche de la raison n’est-elle pas de reconnaître

qu’une infinité de choses la surpassent ? »

Pascal. 

 

 

Le citadin entre dans la torpeur du trajet à but précis, la conscience clouée au sol, la pensée semi-comateuse. 

Flâneur d’une vie sans progrès, errant entre les murs dévorés par le vent, l’homme trace sa route sur des kilomètres de bitume - gisements nécrosés n’amenant aucune subtilité, aucune question, aucune envie, aucun principe, aucune conclusion.

La Ville est un condensé de tout ce que peut produire l'apocalypse de la croissance. En périphérie, des grues rouillées s'alignent en cavalerie d’outre-tombe. Au centre, des architectes élèvent au rang de monuments des structures bétonnées où s'entassent les travailleurs précaires prêts-à-dépenser à temps plein, cubes vaniteux contre lesquels des pots d’échappements vomissent des gaz étouffants à doses régulières - certains plus rapidement que d'autres - creusant une fosse commune. 

 

Le marcheur urbain passe, l’œil flottant à la surface du bâti, dénué de volonté apparente, anesthésié, pris d'une torpeur rugueuse, le regard soudé aux murs ou en Dialogue avec ses pieds.

Puis, au détour d’une pensée négligente. Au soir d’un parcours fade. 

L’effraction heurte – jette toute la réalité du monde à la figure. 

 Ernest-pignon-Ernest---Naples.jpg

« L’art doit surgir là où on ne l’attend pas, quelque part dans quelque carrefour. » nous confie Ernest Pignon Ernest citant Jean Dubuffet.  

 

Ce n’est pas qu’une question de surprise, bien sûr. Il y a une autre dimension, n'est-ce pas ?  

Lentement, les yeux se jettent sur le cadre de papier, pénètrent dans le domaine broussailleux de la représentation. Les combinaisons du neuf et de l’ancien, du simple et du complexe, du sacré et du païen restaurent les couleurs des pensées daltoniennes. 

 

“Je fais remonter à la surface enfouie les souvenirs oubliés, je réactive leur potentiel symbolique” 1*.

 

L’image de soie fragile franchit les friches de l’oubli. Le dessin devient impression, émanation des lieux même, bruisse d’un écho particulier, comme si chaque parcelle, chaque centimètre de brique, chaque atome, avaient été instruits, habités de l’endroit. 

Le sens gît ici. 

 

« Il fallait que je saisisse les lieux. Me saisir de tout le potentiel poétique la force suggestive des lieux… ou des évènements et de l’exacerber.  Je prends les lieux […] J’essaye de comprendre l’espace. 

Je provoque des espèces d’interactions. Ma palette, c’est le souvenir du lieu – dans sa qualité plastique et son potentiel suggestif. »  

 

 La représentation réverbère le soleil en pluie d’encre brume, aérienne. L’idée coule sur le bitume en clapotis léger, foulés à l’air, fouettés au soleil. 

 

Description viscérale :

 

La façade se ravale de l’identité des autres, se fait chair, sang, eau. Le long ciment sans éclat, la tôle anodine, la poutre tordue prend des proportions inattendues. Le moindre pylône aux fils d'acier hirsutes se charge d’une présence, vrille d’un éclat imprévisible, d’une mémoire trouble. Doucement, personne ne sait exactement comment, les noirs terreux deviennent des passages profonds, impriment les humeurs de la terre… La lumière danse dans la sphère de l’homme, roses auroriens, rouges éprouvés, crie d’une existence à peine audible, bleus de l'intérieur, marécages putréfiés,  tourbillons rauques.

 PIGNON-ERNEST-SAINT-BARTHELEMY.jpg             Pignon-Ernest--Naples.jpg

 

 

« Je parle de la souffrance des hommes. »

 

Le dessin vient contrarier les perceptions. L’esprit comme foudroyé, sursaute, se lève tout de go. Argumente. Comment comprendre cette intrusion ? 

« Un entrepôt devient poétique »

 

Le passant fixe avec une insistance gênante ce qui l’affecte… La vue ripe sur l’image, en lutte contre soi-même. 

Anéantir ses propres réflexes de touriste 3*. 

Surmonter son vide. Le mural pousse de la mort des autres.

Rien n’émeut davantage l’anorexique de la pensée que l’évocation des idées. Ca raisonne étrangement. D’énormes coulures plongent vers le sol. Propositions d’encre de brume, noires, profondes, absorbantes, traversantes. L’écho d’une  invective. Ce débris fibreux, tel un soûlard pointant un autre soûlard (plus saoul encore) d’un doigt meurtrier est une matière organique vagabonde et avide, combinaison de fibre, de chair et d’acier. Nécessité brûlant d’une existence en déliquescence, disparaissant en grande hâte. 

 

« Quand je dessine – tout devient très noir. Je dessine la lumière qui circule dans le dessin.

Je suggère un mouvement à l’intérieur du dessin » 1*

 

Chose surprenante, en dépit de vents violents en cet endroit exposé du front de mer, ces quelques crains drus, broussailles désordonnées, fragments éparpillés protégés par les riverains - car l’homme du quartier sait distinguer la réserve éperdue de sacré, sait ce qui ajoute 4* -  étaient parvenus à supplanter le vide. 

 

« Bouleverser le regard qu’on a sur les choses, c’est un peu le rôle de l’art et de la poésie. » 

 

Ainsi parla Ernest Pignon Ernest.

 

 Au rythme d’une lucidité hachant le crâne en menus intervalles de plénitude. 

 

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Bouleverser le regard... Montage du 'Chêne'.

.   .

 

      Ernest Pignon Ernest - Extases - Conférence avec Régis Debray du 29 mai 2013 

Palais des Beaux Arts de Lille

 

 

 

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1* Ernest Pignon Ernest.

2 * ... Régis Debray - fragments choisis :

Un franc tireur  qui fait groupe. Le tout à l’ego domine également le monde de l’Art.

Rassemblement. Pionnier du Street Art. 

Réintroduit de l’ancien dans le moderne.

Il réveille les morts – vengeur des torturés, des sans grades. 

Monté Christo des formes communes

Sacré Chœur avec les fusillés de la commune

Plasticien de la fraternité

Allégorie de la désolation

Solitude, c’est-à-dire l’inverse de la fraternité

Temps préalable au temps

Soubassements géologiques

Extase : volonté d’un corps de se désincarner

Algérie : restitution d’une mémoire perdue.

Œuvre d’effraction.

 

3* Régis Debray – Le bel âge – Café voltaire - Flammarion.

 « C’est la différence, si l’on préfère, qu’on peut trouver dans un lieu saint entre un pèlerin et un touriste. Les deux peuvent arriver et se côtoyer au même moment à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le touriste est arrivé en car, avec son Guide bleu et des sous en poche, une providence pour les restaurateurs, et il visite ce qui, au fond, ne le visite pas lui-même et envers quoi il n’a pas de compte à rendre. Le pèlerin arrive à pied et en sueur, avec bourdon et coquille mais sans fifrelins. Le premier repartira comme il était venu. Le second en reviendra différent, avec une sensation d’accomplissement personnel couronnant un long travail de soi sur soi. Et bien sûr, nous sommes tous à la foi pèlerins à perpétuité, ce serait le cor au pied ad vitam aeternam, on rendrait vite son tablier.  

Il y a le même écart entre un voyage culturel et un pèlerinage qu’entre l’objet patrimonial et le défi excitant, le fétichisme du vestige et l’envie de revanche. Le patrimoine, c’est l’ensemble de tout ce qui reste à voir ; une histoire, l’ensemble de tout ce qui reste à faire. Et quand on ne sait plus quoi faire, on s’absorbe dans l’inventaire des bijoux de famille. » p 47.

 

 

4* les habitants des quartiers prennent soin des œuvres. 

 

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SITES 


Ernest Pignon Ernest. Site. 

 

Régis Debray. Site. 

 

Vidéo - Un film de Julie Bonan. "L'Art et la Manière".

Une image de Jean Genet.

 

l-art-et-la-maniere---film-de--JPG

 

 

Extases. Richard Michalska.

 

Naples: Classical Street Art by Ernest Pignon-Ernest

 

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 14:25


 « Une langue écrite n’est pas une langue orale transcrite, 

Bibliothèque du VIIIème siècle - le livre des sages -BNFc’est un nouveau phénomène linguistique et culturel. »

Claude Hagège,

L’homme de paroles.

 

 

« L’écriture est un stimulant qui renforce la mémoire orale. » 

Jean-Jacques Glassner,

Directeur de recherche au CNRS

 

 

La naissance de l’écriture donne lieu à de multiples récits, des recherches inépuisables. 

 

A chercher des filiations – inévitablement - on en trouve. 

On imagine l’écrit naître de mille dessins. Souvenons-nous du principe des graphismes évolutifs : la forme de l’animal ou de la chose allant vers une stylisation aboutissant à l’abstraction. Au vrai, cette origine - vérifiée au niveau des graphismes sumériens – est séduisante tant elle a l’apparence de l’évidence, aussi adhère-t-on à cette merveille de logique sans réfléchir. 

Mais en ce qui nous concerne, cette genèse est-elle valide ? 

 

 

Reprenons… (Chronologie BNF)...

On recense quatre foyers d’écritures déchiffrées - nous explique dans l’excellente émission du Salon Noir, le Directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études,  Pascal Vernus 1) - en voici la liste  :

 

1 - La Mésopotamie : l’écriture sumérienne s’étend vers l’Iran et fait tâche d’huile.

2 - L’Egypte : Ce sont les signes du pouvoir, le besoin d’affirmer l’emblème de la souveraineté. 

3 - La Chine. 

4 - La Méso-amérique - Amérique centrale.

 

A cela s’ajoute deux foyers d’écritures non déchiffrées :

5 - La Crête (Le linéaire A ),

6 – L’Indus.

 

 

Pourtant, si ces foyers se sont enflammés, si ces systèmes se sont côtoyés et/ou se sont succédés, ils n’ont pas connu de descendance directe.

Cette option d’un dessin transformé peu à peu dans un mécanisme « naturel » étant au fondement de notre système écrit est donc à flanquer au panier. Emilia Ferreiro confirme : « Aujourd’hui, un certain nombre de chercheurs rejette l’idée de la pictographie comme première étape de l’histoire de l’écriture. En effet, il apparaît peu probable que le « dessin » ait évolué dans le seul but d’aboutir à l’écriture. Le dessin, aujourd’hui encore, possède son propre développement. » 2) p 57. 

 

Notre écriture ne s’étant point créée de toute pièce, quelle est son origine ?

 

Son histoire ne saurait s’expliquer dans une transmission de techniques soulignent Pascal Vernus et Jean-Jacques Glassner. Alors quoi ? Il s’agit d’idées. C’est bien l’idée de conserver des paroles, des faits, des savoirs qui est à la source d’inventions scripturales particulières. Autrement dit, l’écrit est un objet pensé, travaillé dans une culture particulière 3), chaque société étant créateur de son système en propre 4). 

 

En l’occurrence, c’est le  système alphabétique dont « le principe […] veut qu’à toute ressemblance sonore corresponde une ressemblance graphique et vice versa. » 5) , qui, par sa facilité d’utilisation, son caractère économique, a triomphé. 

Pascal Vernus enfonce le clou, il n’existe pas de proto ou de pré-écriture... l’écriture est « l’intersection entre deux dimensions de la culture humaine, d’une part la représentation, d’autre part le langage. »  C’est le principe des belles « paroles » comme disaient les égyptiens – correspondant à nos belles lettres.

 

Et cette relation entre l’oral et l’écrit, nous nous devons de la rendre explicite.

 

 Chirurgie-des-IIkhans---Cauterisation-d-une-verrue--.jpg

Pour autant cette accroche de l’écriture à la langue, cette belle mécanique constituant sa chance en fait également sa malédiction. Le diable – ange déchu – est dans les nuances.

De la lumière du simple, de l’aisé, du facile, du brillant, émerge toujours les pires aveuglements. 

 

1 - Confusion chez celui qui en maîtrise le code :

 

Evènement fréquent chez ‘l’intellectuel’ penché sur l’admiration de la science dont il est issu et pris de fièvres raisonnantes : 

Emilia Ferreiro nous rapporte une anecdote savoureuse: 

 

 « À un certain moment, les grecs ont introduit les voyelles. Un alphabet constitué de voyelles et de consonnes voyait le jour pour la première fois. Comme, au même moment, sont apparues la pensée rationnelle et l’organisation démocratique des citées, on a tout amalgamé : l’alphabet, la pensée rationnelle et la démocratie.

… la linguistique, en faisant des phonèmes les unités ultimes, les atomes du langage, que seule l’écriture alphabétique parvient à isoler, entretient la croyance à la supériorité de l’alphabet. » Ferreiro Emilia,  Culture écrite et éducation, p 156 – 6). 

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Le meilleur est à venir, jugez plutôt   : 

« David Olson raconte une anecdote intéressante, qui met en évidence les présupposés qui sous-tendent cette conception. Après la seconde Guerre mondiale, alors que les Américains se demandaient comment ils pourraient aider le Japon, une commission a recommandé de remplacer leur système d’écriture par un système alphabétique. Ils prétendaient que le Japon ne pourrait atteindre le développement technologique occidental tant qu’il maintiendrait son système d’écriture car, selon eux, ce dernier ne favorisait ni la pensée rationnelle, ni le progrès technologique. L’histoire a semble-t-il, contredit les prévisions des américains.

L’alphabet semblait indissociable de la pensée rationnelle, de la science, de la technologie et, surtout, de la démocratie, si bien qu’aucun linguiste n’aurait osé proposer aux populations agraphes une écriture qui ne fût pas alphabétique. » Ferreiro Emilia, Culture écrite et éducation, p 60 – 6).

 

2 - Confusion dangereuse chez celui qui n’en maîtrise pas le code :

 

L’écriture est certes accrochée à la langue, elle en a la sonorité, le pétillant, l’éclat, le rythme mais ce n’est pas de la parole. 7). 

« L’écriture n’est pas née pour refléter la parole quotidienne, celle des conversations en tête-à-tête. » insiste Ferreiro Emilia – 2) - p 85.

Si la voix du texte et celle du lecteur se confondent, c’est en raison d’une interprétation parfaite de la partition. Le lecteur donne voix au texte parce qu’il en maîtrise les pauses, le sens, les notes.

C’est un déchiffreur hors pair.

 

Viviane Bouysse – Vidéo A

      (Grand merci pour cet accord gracieux.) 

Conférence de Viviane Bouysse du 14/11/12 -

Entrer dans l'écrit en maternelle - Auditorium de Douai. 

"L'oral écrit n'est pas un oral spontané mais un oral structuré."

 

Rendre les enfants conscients qu’on n’écrit pas exactement comme on parle. Développer une conscience syntaxique – quel est le bon ordre des mots dans une phrase - est une aide.

De même, Emilia Ferreiro dit - presque mot pour mot : « On n’écrit pas comme on parle, on n’organise pas les mots de la même façon. » 2) - p 8.

La chercheuse insiste : « Il  est  nécessaire  de  déstabiliser  l’adulte  pour  qu’il  abandonne  cette  idée  naïve  qui correspond à la vision séculaire suivant laquelle l’écriture reflèterait la parole… Il faut rendre  plus  complexe  le  regard  que  nous  portons  sur  l’écriture.  Paradoxalement,  le regard  de  l’enfant  en  développement  est  plus  complexe  que  celui  de  l’adulte alphabétisé. » 2) -  p.99.

 

Ecrire, c’est donc se construire un système de représentation 8) et non pas simple notation ponctuelle des aspects sonores du langage. (Culture écrite) 

 

Viviane Bouysse – Vidéo B

 

"Lire c’est connaître un code culturel."

"Passer de ce qui est écrit à ce qui est oralisé et inversement, lire c’est connaître ce code et l’appliquer.

… Ce qui est écrit peut être converti en langage oral et en même temps ce que l’on dit, on peut l’écrire.

Ce que je vois écrit, on peut le lire. Et ce que l’on dit, on peut l’écrire.

Rendre explicite cette relation entre l’oral et l’écrit."

 

Qu’est-ce que c’est un mot ? Vivianne Bouysse et Emilia Ferreiro se sont posées la question, répondant à l’identique.  

« C’est par la fréquentation des textes à travers la lecture (une lecture soutenue par autrui avant de devenir autonome) que l’enfant découvre la signification conceptuelle de cette « banalité » technique : les blancs entre les mots ;

… au début de la période phonographique, les enfants préfèrent écrire en scripto continua, c’est-à-dire tout attaché, comme le faisaient les grecs et les romains de la période classique. » Ferreiro Emilia –2)  p 8.

Vivianne Bouysse, dans la vidéo, développe : "A l’oral, on ne parle pas par mot. L’unité articulatoire c’est la syllabe.

Il faut connaître l’écrit – d’une certaine façon – pour repérer les mots à l’oral."

 

Aussi, conclurons-nous cet article en ces termes au goût, à l’apparence, à la sonorité de  tautologies mais qui n’en sont pas : 

 

Ecrire – c’est écrire de la langue écrite.

 

Lire – c’est lire de la langue écrite.

 

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Viviane Bouysse – Vidéo C

De l’importance de rendre explicite l’apprentissage. 

 

Prise de conscience du travail effectué.

Leur dire explicitement ce que l’on va faire et pourquoi.

On va s’installer pour un travail important.

« On apprend à bien comprendre les histoires. 

On va chercher tout ce que cette histoire nous raconte.»

 

« On n’apprend jamais tout du premier coup. 

On ne comprend pas tout du premier coup»

 

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Notes :

 

1 - Salon Noir – Naissance de l’écriture.

Pascal Vernus, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études

Jean-Jacques Glassner, directeur de recherche au CNRS

 

2 - Ferreiro Emilia – Culture écrite et éducation – Retz, Paris, 2002, ISBN : 9782725620497

 

3 – « L’écrit n’existe que dans la culture (objet socioculturel). » p  5. Ferreiro Emilia – Culture écrite et éducation.

 

 4 – [ système d’écriture non élaboré à partir du dessin qui se serait modifié au cours du temps mais inventé exprès.] 

« … en octobre 1991, lors d’un symposium interdisciplinaire consacré à la literacy, à l’université de Michigan, un mésopotamiste, Piotr Michalowsky, a violemment attaqué la conception évolutionniste de l’histoire de l’écriture. Il soutenait que les systèmes d’écriture avaient été créés en tant que systèmes et qu’à l’origine, ils étaient mixtes, ce dont on possédait d’ailleurs des preuves. » Ferreiro Emilia – Culture écrite et éducation. p 56. 

« Le dessin n’est pas le précurseur de l’écriture. A partir d’une indifférenciation générale (dans laquelle il n’y a ni dessin ni écriture, mais trace et exploration de l’espace graphique), l’enfant parvient à distinguer nettement dessin et écriture. Or, cette différenciation initiale contredisait l’interprétation établie par l’histoire de l’écriture, qui postulait une première période pictographique et présentait les débuts de l’écriture comme une stylisation du dessin. » Emilia Ferreiro – Culture écrite et éducation – p 55.

 

5 - (Eléments non alphabétiques dans le système d’écriture. = Les indicateurs silencieux qui donnent des informations au lecteur. )  « L’espace entre les mots, ) par exemple. C’est une indication d’un autre ordre, puisque ce blanc ne correspond pas à un silence. Si l’écriture était le reflet fidèle de la parole, il n’y aurait pas de blancs, ou il y en aurait seulement pour indiquer que quelque chose, effectivement, se termine. Ainsi, à la place du point, il faudrait laisser un espace. 

L’espace entre les mots est un indicateur silencieux qui donne des informations au lecteur. Il en est de même de la ponctuation, qui indique au lecteur s’il doit traiter les informations ensemble ou séparément, ou encore si les unités considérées sont de même nature. Les majuscules, aussi, sont des éléments étrangers au principe alphabétique. 

Le principe alphabétique veut qu’à toute ressemblance sonore corresponde une ressemblance graphique et vice versa. Les ressemblances et différences dans le signifié n’ont pas de place dans un système alphabétique pur, bien qu’elles interviennent clairement dans de nombreuses écritures alphabétiques. Ainsi, certaines langues comme le français et l’anglais contiennent de nombreux homophones qui, pourtant, ne sont pas homographes (les exemples bien connus comme « peau/pot », « toit/toi »…) 

Ceci entraîne des difficultés supplémentaires pour celui qui apprend à écrire, mais facilite considérablement la tâche du lecteur. Dans tous les cas, il s’agit de ressources non alphabétiques introduites dans un système alphabétique.

L’évolution historique des systèmes alphabétiques est allée dans ce sens. Elle a introduit des éléments graphiques qui tendent vers l’indication des différences sémantiques, transgressant par là même les principes alphabétiques. » Ferreiro Emilia – Culture écrite et éducation. p 59. 

 

6) Ferreiro Emilia – Culture écrite et éducation – Retz, Paris, 2002, ISBN : 9782725620497

 

7) « Lire et écrire sont, par définition, des activités orientées vers les formes écrites d’un langage que le sujet pratique déjà oralement. » Emilia Ferreiro . Comment s’y apprennent-ils ? p 11. [D’où les problèmes de ‘parasitages’.]

 

8) « A cette conception traditionnelle, Parkes ajoute une autre hypothèse… : préférer  un texte sans marques, c’est préférer un texte neutre, qui autorise de multiples interprétations.

L’une des fonctions sociales de l’écriture non ponctuée était de permettre à un groupe restreint de lecteurs de multiplier les lectures potentielles. Plus la méfiance vis-à-vis du lecteur est grande, plus on introduit de marques dans le texte…   la ponctuation sert de guide à l’interprétation. Il est facile de constater qu’à notre époque, il y a surabondance de moyens graphiques pour orienter la lecture (encadrés, typographies, )

En ce sens… le texte ponctué est un texte déjà interprété. 

… l’auteur introduit des marques pour prévenir certaines interprétations, parce qu’il veut être compris d’une certaine manière, bien qu’il sache pertinemment qu’il ne peut contrôler l’interprétation du lecteur. Il se produit une tension intéressante entre la prolifération des marques (désir de contrôle, de protection) et la multiplication d’usagers qui ne partagent pas les présupposés de la culture lettrée. » Ferreiro Emilia – Culture écrite et éducation – p 64 

 « Claude Hagège, un linguiste français influent, a publié un livre qui s’appelle L’homme de paroles, où il écrit : « L’écriture est une analyse linguistique avec différents degrés de conscience. » … « Une langue écrite n’est pas une langue orale transcrite, c’est un nouveau phénomène linguistique et culturel. » Ferreiro Emilia – Culture écrite et éducation – p 84-85.

 

Quelques définitions, à toutes fins utiles :

 

Ecrire, c’est se construire une représentation selon une série de règles socialement codifiées ; lire, c’est reconstruire un réel langagier à partir de l’interprétation des éléments fournis par la représentation. Emilia Ferreiro – L’écriture avant la lettre – p 62.

Hachette éducation – 2000 – Paris ISBN : 2-01-170619-X

 

 

Viviane Bouysse - Compte rendu de la conférence - Entrer dans l'écrit en maternelle- réalisée par Catherine Mulero, Inspectrice de l'Education Nationale Douai-Cuincy.

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La BNF 

 

Kalila-et-Dimna-conversant---litterature-persanne---1392.jpg

Très belle analyse en cliquant sur l'image.


Des écrits scripto continua.

 

Des écritures grecques et latines.  

 

 

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  • : Le chêne parlant
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L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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