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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 10:16

Sous-le-Plafond-de-Montaigne-copie-1.jpg«Les pensées sont signes d’un jeu et d’un combat des affects (der Affekte) :

 elles restent toujours liées à leurs racines cachées.

Friedrich Nietzsche ; FP XII I 75,  

 

 « … ce besoin de consolation est impossible à rassasier,

 mais à asséner l’évidence tragique selon laquelle

 « plus on a de sagesse, plus on a de chagrin » 

et « qui augmente son savoir, ajoute à sa souffrance ». 

Quel professeur de philosophie oserait recommander à des esprits juvéniles 

qui se destinent à réussir la lecture de cette apologie de l’impasse ? »

Frédéric Schiffter (1) p 104.

 

Les vacances sont propices à la rumination, aux lectures, aux résolutions. 

 

Les résolutions bruissent de la rumeur des temps. Elles s’enroulent d’injonctions, celle de sortir de nos habitudes, celle de brûler d’un feu nouveau - flambant haut, jusqu’au zénith - celle du changement, du nouveau, du bonheur – surtout celle du bonheur. Cette tranquille assurance – l’espoir d’un changement de « peau », plus neuve, plus étincelante, plus jeune, plus heureuse.

 

Etre plus heureux ?

« Pourtant il n’est pas de force plus douteuse que l’espérance – écrit Clément Rosset. Ce n’est sans doute pas par hasard, ni par l’effet d’une erreur de copiste, que Hésiode assimile, toujours dans les travaux et les jours, l’espoir au pire des maux, au fléau qui est resté dans la boîte de Pandore, à la libre disposition des hommes qui s’y précipitent dans la pensée qu’ils y trouveront le salut et le contrepoison à tous les autres maux, alors qu’il s’agit d’un poison parmi les autres, sinon du poison par excellence. Tout ce qui ressemble à de l’espoir, à de l’attente, constitue en effet un vice, soit un défaut de force, une défaillance, une faiblesse… [...] la vie doit dorénavant s’appuyer sur une force substitutive : non plus sur le goût de vivre la vie que l’on vit, mais sur l’attrait d’une vie autre et améliorée que nul ne vivra jamais. L’homme de l'espoir est un homme à bout de ressources et d’arguments, un homme vidé, littéralement « épuisé »… A l’opposé, la joie constitue la force par excellence. » (2) p 28 :

 

A trop s’alimenter de vigoureux désir de changements, gare à ne pas se consumer. 

Gare à ne pas s’épuiser dans de stériles chimères. S’incendier de béates croyances. 

Se calciner telle la paille flambant haut mais ravagée l’instant d’une étincelle.

Ces idées désertiques, ces valeurs bradées sont des leurres économiques, des scintillements tremblotants. 

 

Reconnaître ce que l’on doit à autrui. Admettre les influences qui nous déterminent. 

Henry-Lamb-The-Artists-Wife-1933.jpg« Ces récits trouvaient en moi des résonances familières - écrit Hubert Reeves -

et j'y reconnaissais nombre de mes états d'âme. 

Il furent déterminants dans le choix professionnel qui fut le mien. » p 7. (3)

 

Rendre compte des actes d’autrui, de leur travail, de leur action sur les choses – sur nous – c’est reconnaître aussi notre dépendance à leur égard – notre dette. les lectures, les échanges, les rencontres, les influences extérieures, les communions de pensées qui nous abreuvent et nous forgent. 

 

Ainsi sont-elles non seulement importantes mais primordiales, elles nous constituent. 

 Camille-Corot-Liseuse-couronnee-de-fleurs-ou-la-m-copie-1.jpg

Lecture Bucolique - Enfin livre.

Il n’est pas aisé de trouver le bon terme, la phrase exacte - sincère - sans tomber dans l’éloge mièvre ni dans le portrait « catalogue » Redoute de qualités aussi fausses que fabriquées. 

A fin de ne pas tomber dans le partial et partiel, car on oublie toujours des atomes d’importance.

 

 

Merci donc à vos blanches contemplations, vos souffles abrupts, sensibles et puissants, vos écrits solidement naufragés … vos merveilles vaporeuses et profondes, vos vagues et vos ciels, vos conversations, votre présence, merci à tous.

 

Une contemplatrice sentimentale et mélancolique.

 

Effroyablement vôtre.

 

--------------------------.

 

 

(1) Frédéric SchiffterSur le blabla et le chichi des philosophes – PUF – France – Paris mars 2002 – ISBN : 978-2-13-059238-9

 

(2) Clément RossetLa force majeure – Les éditions de minuit – collection critique – isbn : 978-2-7073-0658-6

 

(3) Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps, Seuil - Trois philosophes à Vigur.

 

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SITES 

Frédéric Schiffter contre la pensée Chichi, Blabla et Gnangnan. 

Assez parlé - "Les philosophes vous pompent l'air avec leurs grands mots ? Ruez-vous sur cet essai killer aujourd'hui réédité." Martin Duru, Philosophie Magazine.

Atelier Clément Rosset.



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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 09:55

Selon Platon, 

« Connaître, c'est voir. 

ANDROMEDE-L-ESCLAVE--DE-T.-DE-LEMPICKA.jpgPenser, c'est regarder.

 Réfléchir, c'est discerner. »

Roger-Pol Droit.

 

Penser en tant qu’activité mentale est une évidence.

Mais apprendre, réfléchir, se réduiraient-il à l’usage de la raison ? 

Faut-il se libérer du corps pour accéder au réel ? 

Quelle est la place du sensible – des sens - dans ce monde de l’intelligible ?

 

En gros, la sensation, le sensible, ont-ils une place dans l’apprentissage ?

Pas sûr…

Révisons dans un premier temps ce que les penseurs de la philosophie ou chercheurs ont à nous dire… 

 

I Le corps comme moyen et fin d’accéder au réel.

 

« Penser, comme vous voyez, c’est toujours sentir et ce n’est rien que sentir. 

Maintenant, me demanderez-vous qu’est-ce que c’est que sentir ? 

Sentir est un phénomène de  notre existence. C’est notre existence elle-même. Car un être qui ne sent rien  peut bien exister pour les autres êtres s’ils le sentent mais il n’existe pas pour lui-même puisqu’il ne s’en aperçoit pas.

Vous pourriez avec plus de raison me demander pourquoi penser étant la même chose que sentir, on a fait deux mots au lieu d’un. Je vous dirai que c’est parce que l’on a plus spécialement destiné le mot sentir à exprimer l’action de sentir les premières impressions qui nous frappent celles que l’on nomme « sensation ». Et le mot « penser » à exprimer l’action de sentir les impressions secondaires que celles-là occasionnent : les souvenirs, les rapports, les désirs dont elles sont l’origine. Ce partage entre ces deux mots est mal vu sans doute, il n’est fondé que sur les idées fausses qu’on s’était faites de la faculté de penser avant de l’avoir bien observée.  Et il a ensuite causé d’autres erreurs. Mais malgré l’obscurité que ce mauvais emploi des mots répand sur notre sujet. Il est clair, quand on y réfléchit, que penser c’est avoir des perceptions ou des idées. Et que nos perceptions ou nos idées, je ferai toujours ces deux mots absolument synonymes. Sont des choses que nous sentons et que par conséquent : penser, c’est sentir. »  Destutt de Tracy dans son ouvrage sur l’idéologie.

 

Destutt de Tracy est un philosophe confidentiel, tombé dans l’oubli. Adèle Van Reth dans son émission des « Nouveaux chemins de la connaissance » nous dévoile avec Claude Jolly, les bases de cette pensée ‘Idéologique’.

 

Une philosophie appartenant au courant dit des « sensualistes » – ou « sensationnistes », clairement basée sur les affects. Evidemment, ce socle du « tout vient des sens » est loin de provoquer l’enthousiasme des pairs, plus d’un rectifie cette infâme philosophie d’un trait de plume - si l’on peut dire - bien « senti ». 

Claude Jolly se fait l’écho des corrections adverses :

Les spiritualistes les attaquent rudement.

Les romantiques les considèrent avec mépris et les conspuent en tant que rationalistes. 

Les traditionalistes combattent eux aussi ces traîtres vendus à la révolution. 

 

De fil en balayette, d’époussetage en coups de canifs, de déformation en caricature, cette pensée et son auteur Destutt de Tracy vont être conduits à l’écart, pour – vaporisation expresse – être mené prestement en direction des oubliettes de l’histoire. 

La-Verite-sortant-du-puits--1898--Edouard-Debat-Ponsan--1.jpg

Si la pensée de Destutt de Tracy a été payée d’injures, il ne faut y voir aucun hasard, bien sûr. Naturellement ce sont des raisons profondes – des thèses diamétralement opposées, contradictoires, incompatibles avec les philosophies « dominantes » qui l’ont poussée dans la pelle à ordures.  

Claude Jolly explique les bases de la pensée Idéologique…[Rose Goetz apporte une précision importante  : Tracy crée en 1796 ce néologisme d’Idéologie dans un mémoire sur la « faculté de penser ». Idéologie vue comme ensemble d’idées fausses est venue plus tard. ] qui assimile penser et sentir. « Destutt de Tracy s’inscrit dans une tradition philosophique anglaise initiée par Bacon et par Locke et dans la tradition des Lumières illustrée par Condillac. Les idéologues poussent à l’extrême cette affirmation que toutes nos connaissances et tout notre être sont fondés sur nos sensations. Ca fera de l’Idéologie une science non pas des causes (qui sont inconnues) mais des effets. Ca fera de l’Idéologie un système qui est totalement étranger à des concepts comme l’idée innée ou l’ a priori. » 

 

En quoi cette mise à l’écart philosophique est-elle éclairante ? 

 

Que ce soit en philosophie ou dans d’autres matières, telles les mathématiques ou la lecture, ce combat de « la sensation », des sens, du sentir est toujours présent à l’école. Et notamment en France.

 

II. Se libérer du corps pour accéder au réel.

 

Des raisons historiques expliquent ce dualisme séparant corps et pensée. «… humer, flairer, tendre les naseaux, ce n'est presque jamais affaire de philosophes. » écrit Roger Pol Droit dans son article du Monde des livres consacré à L'ODORAT DE CONDILLAC. (1)

Le philosophe écrit à propos de Platon : « Ce qui se met en place avec Platon aura dans toute l'histoire de la pensée européenne une postérité immense. Connaître, c'est voir. Penser, c'est regarder. Réfléchir, c'est discerner. Bien plus que des images ou des métaphores, ces formules ne cesseront de dire que la philosophie est une ophtalmologie - un savoir de l'œil, une histoire de vision, de direction du regard, d'accommodation. Et de passages de l'ombre à la lumière ou, inversement, de la lumière à l'ombre. » in LA VUE DE PLATON.

Le philosophe cherche la vérité...

 

Platon est un homme connaissant, un homme à la recherche de la réalité véritable, de la Vérité, en tant que connaissance. Il se méfie des sens et des sensations, lesquels nous illusionnent, nous trompent et nous égarent.  

« La vérité est ce qui éclaire la réalité. » Jean-Marie Frey.

 

       Mais c’est surtout au XVIIème siècle – écrit Jacques Darriulat – que la « La vérité du monde divorce d’avec son évidence. Pour connaître la loi, il ne faut plus décrire les phénomènes, il faut au contraire déjouer les apparences. La vérité de la nature n’est pas visible ni même sensible, elle est invisible et mathématique. » (2)

                Descartes à son tour, contemple le monde, l’analyse, se pénètre de ses fictions et les dénonce. Ainsi la tour carrée (reprenant Lucrèce)  paraît-elle ronde de loin. Ainsi une statue monumentale paraît-elle petite sous un certain angle (7).

 

 

Pour des questions d’objectivité, nous devons nous méfier du monde sensible. Nous nous forgeons une idée de la science telle qu’une vérité issue de la raison. Les principes perceptifs n’y ont pas place. « Ces principes, explicite Edgar Morin, ont été, en quelque sorte, formulés par Descartes : c'est la dissociation entre le sujet (ego cogitans), renvoyé à la métaphysique, et l'objet (res extensa), relevant de la science...  les théories scientifiques ne sont pas le pur et simple reflet des réalités objectives, mais sont les coproduits des structures de l'esprit humain et des conditions socioculturelles de la connaissance » (3) p 126. 

 

      Elodie Cassan – Raphaël Enthoven – 

Descartes : homme, femme, c’est un corps et un esprit.

L’âme et le corps sont différents en nature…

«Ceci est un bâton pas brisé…  Magie, je le trempe... Et hop !… L'angle varie.

Et comme dit Descartes : Ma raison le redresse aussitôt.

Ce qui m'a toujours laissé perplexe. 

Ma raison ne redresse rien du tout. » Raphaël Enthoven.

 

Illustration du dualisme par René Descartes. Les entrées sensorielles sont transmises par les organes sensoriels à la glande pinéale dans le cerveau, puis à l’esprit immatériel.

C’est l’esprit – donc - qui dirige le corps.

En gros, être philosophe, c'est se méfier de ses sens et « avoir de la cire dans les oreilles ».

      « La science nouvelle est critique, et non plus phénoménologique. » écrit le philosophe Jacques Darriulat.

« Kant, Critique de la raison pure, esthétique transcendantale, remarque générale III : opposition de l’apparence (“Schein”) et du phénomène (“Erscheinung”) : l’apparence est subjective ; elle n’est que la matière de la sensation non encore ordonnée par la forme de la catégorie, le divers des phénomènes non encore subsumé par la synthèse catégoriale ; le phénomène est objectif : il démontre la validité d’une théorie élaborée par l’entendement. Seul l’entendement a pouvoir de poser l’objet en tant qu’objet, de poser donc le monde comme un non-moi, et par conséquent le moi comme un non-monde. Le savant se désintéresse de l’apparence immédiate et ne s’intéresse qu’au phénomène mis en évidence par le dispositif expérimental. A la nature, il substitue le laboratoire. » (2)

 

Il existe – et particulièrement en France – une séparation nette entre tout ce qui est de l’ordre du ressenti, des affects et ce qui appartient au monde des connaissances à acquérir. Cette méfiance extrême s’imprègne jusque dans la matières scolaires où le règne du français ne saurait pactiser avec celui des mathématiques. Dans cette sourde bataille, choisis ton camp. 

 

En quoi cette vision du monde – ce paradigme – est-il néfaste ? 

 

Nous le verrons dans un second temps.

 

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Les nouveaux chemins de la connaissance, Quatre penseurs oubliés du XIXème siècle 2/4 : Destutt de Tracy, l'idéologue 

Adele-Van-Reeth-et-Raphael-Enthoven.JPG

Adèle Van Reeth reçoit Rose Goetz et Claude Jolly à propos de Destutt de Tracy.

Les penseurs oubliés du XIXème siècle.  Antoine Destutt de Tracy. (La dernière des idéologies classiques ?)

 

Condillac (sensations externes dans le « traité des sensations »)  alors que … (sensations internes : kinesthésie, cinesthésie, etc).

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(1) Les cinq sens de la philosophie - Roger-Pol Droit - Le Monde des livres. 

(2) Jacques Darriulat : La Révolution copernicienne.

(3) Édgar Morin, science avec conscience, éd du Seuil, point, 1990, ISBN : 2-02-012088-7,

(4) Épilepsie chez l'enfant : La recherche et la prise en charge médico-sociale. responsable de l'unité neuro-pédiatrique à l'hopital Necker-Enfants malades, professeur à l'université Paris-Descartes. Émission « Avec ou sans rendez-vous » par Olivier Lyon-Caen du 14 juillet 2009. 

(5) Les neurones de la lecture, op cit p 389

(6) Suzanne Borel Maisonny, langage oral et écrit, Delachaux et Niestlé, 1985.

 (7) «C’est ainsi que, selon l’exemple présenté dans Méditation Sixième, exemple par ailleurs emprunté à Lucrèce, une tour carré semble ronde dans le lointain, ou bien encore les statues colossales au sommet des architectures, celles de Palladio par exemple, semblent petites vues d’en-bas. » 

La critique de la certitude sensible est le premier argument du doute méthodique. »

Néanmoins, nuance Jacques Darriulat in ‘Descartes et la réhabilitation du sensible’ : « Cependant, la réhabilitation des sens dans la Méditation sixième est physiologique plutôt qu’esthétique, et porte davantage sur la mécanique du réflexe que sur le jugement de goût. On a parfois prétendu qu’il n’existe pas d’esthétique cartésienne, et que Descartes est indifférent au Beau. »

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SITES 

Contrepoints - L’économie selon Destutt de Tracy.

Jacques Darriulat - INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE ESTHETIQUE.

Les cinq sens de la philosophie - Le Monde des livres -  Roger-Pol Droit. 

In Libro Veritas - Platon, Le paradoxe du simulacre - Par Julie Martineau.

L'inspiration de la poésie et de la philosophie chez Platon - PDF.

Jean-François Mattéi.

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Esprit es-tu là ?

 

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 03:21

Juste pour le plaisir – intermède philosophique.

 

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 08:39

« L’avenir de l’humanité reste indéterminé, 

Agnes-Obel.jpgparce qu’il dépend d’elle. »

Henry Bergson (1932) 

 

 

 

 

Au fond, il y a dans la vie un processus insaisissable – des évènements improbables -  quelque chose d’intangible, d’absolument incertain.

 

 Piou-Piou fait partie de ce mouvement. 

 2002-05-07---Piou-Piou-02.jpg

      Tombée d’un nid situé à huit mètres de hauteur, déplumée, à peine visible dans l’herbe, tout espoir de vie semblait s’être envolé pour elle.  

 

C’est le destin ?

On le dit. On avance ces paroles évidentes : il n’y a rien à faire. « Sois réaliste ! »

Le réaliste - c’est simple - c’est celui qui vous susurre les bornes et limites de la réalité, celles bien entendu à ne pas dépasser. Son jugement est authentiquement vrai puisqu’il découle d’une adéquation entre l'idée et la chose. La voix de la raison, quoi.

 

La preuve ? On l’avance sans plus tarder :

 

Primo : C’est un oisillon petit et misérable. Dont l’image provoque même une certaine répulsion.

Secundo : Les oisillons ont des besoins spécifiques.

Tertio : Tu n’es pas un moineau.

Conclusio : Le moignon est condamné à mort – CQFD ou équivalent latin : QED, « quod erat demonstrandum » (ceci fait toujours mieux lors d’un repas).

 

Le plus extraordinaire, c’est que nous nous conformons au verdict. Aucune pitié. L’esprit s’encage.

Non par suivisme ou esprit moutonnier – non – trop simple. 

Plus probablement dans le domaine de l’esprit ou de l’intellect, sommes-nous avides de causalité. En ce sens, nous recherchons des liens logiques, de ceux notamment nous prouvant le bien fondé de ce que nous avons fait, confortant la validité de nos choix, affirmant que nous ne nous trompons pas. 

 

Si ces pensées semblent rationnelles, nous évitent des situations possiblement tragiques, faire face à une quelconque déception, alors nous la faisons nôtre sans peine. Après tout, nous sommes des animaux sentimentaux.

 

La réalité la plus importante pour la pensée, la base vitale dont elle jaillit elle-même, est l’  « ordre concret et efficace de la vie ». Cet ordre, à son tour, est mieux compris à travers les structures particulières économique et politique sur lequel il est fondé. » écrit Hannah Arendt dans ‘La philosophie de l’existence’ (1) p 46. 

 2002-05-07---Piou-Piou-01.jpg

Or l’ordre concret et efficace de la vie, on ne tarde pas à en percer les secrets.

C’est la fatalité – le struggle for life – poussé hors du nid en raison de sa faiblesse, il ne lui reste qu’une alternative : mourir. Après tout n’est-ce point là « La loi de la sélection naturelle » celle où l’inadaptation périt où seule l’adapté survit. 

 

Laissons faire la nature, se dit-on la voix pleine d'une lassitude défaite. Darwinisme social (2), oblige. Quand bien même pense-t-on agir, essayer, tente-t-on de sauver le pauvre animal, que l’on observe votre belle énergie l’œil plein d’une acide ironie. 

 

Aussi, ça coule de source. 

Il faut clairement se rendre à l’évidence : vouloir sauver ce volatile est une folie.

 

                                         … L’évidence même !

2002-05-15---piou-piou-sur-l-ordinateur-03.jpg 2002-05-15---piou-piou-01.jpg

 2003-02-15---piou-piou-04.jpg

 

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(1) Hannah Arendt – La philosophie de l’existence et autres essais. Bibliothèque philosophique Payot.

 

(2) Le darwinisme social –  Jean Gayon. 08/03/2011 dans l'excellente émission des nouveaux chemins de la connaissance.

Darwinisme social : c’est une idéologie, explique clairement Jean Gayon dans les nouveaux chemins de la connaissance.

On appelle Darwinisme social, un système de pensée  construit par Spencer et qu’on appelle « l’idéologie du laisser-faire ».

Une extension aux phénomènes politiques, sociaux de la compétition et de la lutte pour la vie.

 

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Free as a bird

 

Libre comme un oiseau, c'est la meilleure façon d'être.

      .... 

Pouvons nous vraiment vivre sans l'autre ?


Se sentir si libre.

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For the Birds – Pixar... Aucun rapport, mais bon... gentiment drôle.

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 17:15

 

A mes petites étoiles de mer...

Et à Albina du Boisrouvray

Ensemble-nous-brillons-2.jpg 

La métaphore des sables et du vent.

Rien à première vue n’est plus étendue que cette plage, sable rythmé par des dunes sans fin. Voie illimitée sur des kilomètres et au-delà, prise dans le chaos inconcevable des vagues et du vent.

Etoiles-de-mer---Caroline-PCjpg.jpgA chaque marée, des étoiles de mer viennent s'échouer par centaines de milliers. Des bancs informes, monstrueux, des copies répétées de sorte qu’on ne puisse plus les distinguer, affluent à chaque vague.

Dans le même temps, un jeune homme les cueille une par une, en un mouvement routinier qui n’a l’air de rien. Répétant en gestes dupliqués, depuis des semaines, des mois, des années son entêtement à les sauver. Travailleur inlassable, il distingue chacune d’entre-elles, se presse, s’échine, les transporte individuellement, les soustrait au sol brûlant, afin de les rendre à l'eau paisible.

Un jour de grand soleil, plein de cette lumière particulière des grands moments, un sage vint à examiner le jeune homme doué d'une belle persévérance et l'interrogea en ces termes :

« A quoi te sert-il de te fatiguer ? De t'épuiser dans une bataille perdue d'avance ? Regarde autour de toi. Et vois. Il y en a des milliers séparées, immobiles, échouées au hasard. Des milliers devant. Des centaines de milliers derrière... A chaque marée, un tas d'autres viendront s'échouer sur le sol. Où est ta consolation ? L'activité est illogique : la lutte sans fin. Enfin, voyons, ouvre les yeux : ce sacrifice ne représente pas grand chose, c’est un travail sans fin, une lutte acharnée aussi vaine qu'inutile. Oublie cette dépense d'énergie et viens me rejoindre. Marchons, ensemble, sur les chemins ! Ensemble, nous aurons de grandes joies, nous découvrirons de villes incroyables. Des royaumes oubliés. Tu deviendras mon apprenti : enfin un être libre et affranchi de toutes contraintes. »

Le jeune homme regarda un instant l’homme doué de certitudes, âgé mais solide. Ses yeux … à la fois présents et séparés suivirent le mouvement des flots. Plein de rêveries, l’éphèbe se tourna ensuite vers les étoiles de mer étendues sous les attaques du soleil, desséchées, fiévreuses, délirantes - amassées dans une confusion totale..

« Non Grand Sage, lui répondit-il d'une voix légère tout en déployant le bras afin d’attraper le doigt d'un mollusque épuisé. Sûrement, tu as raison, je ne parviendrai jamais à satisfaire tous les besoins. J’ai des limites. Je n'ai aucun pouvoir sur les mécanismes des marées. Et, bien sûr des cohortes s'échoueront en permanence jusqu’à la fin des temps. Des légions que je ne parviendrai pas à sauver. Pour beaucoup, précisément, ma présence sera inutile. Rien à première vue ne peut paraître plus vain, non rentable, je te l’accorde. Mes mains contiennent si peu, mes jambes avancent si lentement, mes pieds sont si malhabiles. Mes forces s’épuisent si rapidement. Mon intervention se déploie en de si étroites limites… … Mais pour celle là, tu vois - il déclara en posant délicatement les branches à la surface de l'onde –

étoiles de mer.jpg

 

pour celle-là, tu vois, échapper à la rugosité du sable où elle se traîne, atteindre un autre univers dans lequel elle recouvrira la faculté de se mouvoir – librement – où elle possèdera un pouvoir de légèreté - pour celle-là, tu vois, mon travail fait toute la différence. »

 

72184116.jpg

V. Glaine

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Présentation

  • : Le chêne parlant
  • Le chêne parlant
  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
  • Contact

Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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