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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 15:27

« A la bonne heure, voilà parler. 

Artemisia-Gentileschi---Judith-decapitant-Holopherne--1612.jpgVos fantaisies de miséricorde 

vous ont quittée,

Dieu soit loué !

Je suis bien plus à mon aise avec votre altesse

Quand elle est naturelle comme la voilà.

Je m’y retrouve au moins.

Voyez-vous, madame, un lac, c’est le contraire d’une île ;

une tour, c’est le contraire d’un puits ; 

un aqueduc, c’est le contraire d’un pont ;

et moi, j’ai l’honneur d’être le contraire d’un personnage vertueux. »

Gubetta à Dona Lucrezia,

Lucrèce Borgia, Victor Hugo.

Acte I, partie II, scène I.

 

 

En partenariat avec 

logo philo mag

Annah Arendt - L'hypothèse du mal

 

 

10 avril 1961 – Jérusalem

L’assemblée enclenche la procédure d’écoute, l'œil vissé sur l’accusé. 

Costume tiré à quatre fils, yeux ouverts derrière des verres aveugles, dos des mains tournées vers le spectateur, abandonnées, livrées, indifférentes, le calme d’Eichmann est démentiel.  

Eichmann_Adolf1.jpg

Des voix fondent sur le fonctionnaire. 

Des gerbes de questions se détachent. 

Aucune contre-attaque. Les paroles d’Eichmann à peine sorties de la cage de verre rasent le sol, sans éclat, ternes, lourdes, égales - coulent non pas en un chaos de pluies acides mais en une cascade bien ordonnée, fluide.

La litanie tel un insecte figé dans l’ambre a traversé le temps, intacte, préservée comme au premier jour. Défense sans éclat d’un type ordinaire : il a accompli son devoir. Sans plaisir. Sans perversion. N’éprouve aucun remords. Dictature du faut bien - faut-bien-le-faire. Personne n’est interloqué sauf Hannah Arendt. La philosophe comme toute femme ou homme critique plante sur table les non-dits invisibles ou indicibles : « Avec la meilleure volonté du monde on ne parvient pas à découvrir en lui la moindre profondeur diabolique ou démoniaque. », reprend Martin Legros dans Philosophie Magazine, 1* p 48 

Eichmann  n’est pas un salopard cynique**. 

Cette phrase est un rien détonnant. Stupeur. 

Tu parles d'une manière ignoble de penser, lancent les détracteurs. Les invectives envers Hannah Arendt bondissent au ras du sol. Les tirs fusent de toutes parts – en rafales féroces. La grenade Arendtienne a déchiré la terre et n’en finit pas de secouer les consciences. 

Pourquoi ce carnage de feu ?

 

        Le problème majeur, c'est la liquéfaction du sol. 

Donner du sens au monde nécessite de l’étudier, de le creuser, d’en distinguer les qualités 2*. Ainsi l’argile noire ne se confond-elle pas avec la blanche, ni la rouge avec la jaune. Les associations, différenciations aboutissent à des tris, des classements générant eux-mêmes des catégories – points d’ancrages indispensables à la marche de la pensée. Ces activités occupent d’ailleurs une large place à l’école maternelle et primaire ; classifications s’organisant en réseaux appelés par Bruner « structure cognitive », c’est-à-dire explicite Britt-Mari Barth : « l’organisation de toutes les connaissances acquises d’un individu. » 2* p 30.

 

On imagine aisément en quoi ces critères, ces unités de sens, ces discriminations sont historiquement datés. Tout bonnement une stratégie de préservation, une aptitude acquise, l’intense nécessité de l’homme frappé à la tempe pour deux motifs diamétralement opposés : paniqué face au prédateur ou fébrile devant sa proie 3*. A l’émotion forte, deux solutions : d’un côté la crainte et la fuite, de l’autre l’angoisse d’échouer et la poursuite. Étonnement, le paléontologue Stephen Jay Gould use du terme de ‘dichotomie’, celui habituellement réservé aux sciences biologiques, afin d’expliciter cette propriété cérébrale : 

  « Claude Lévi-Strauss et les structuralistes français ont développé  leur théorie sur la nature humaine et l’histoire des sociétés à partir de l’hypothèse selon laquelle l’évolution nous a donné un penchant inné à la classification dichotomique comme outil cognitif de base pour ordonner les complexités de la nature et de la culture. » 3*  p 117-118.

 

Le problème est le suivant : la matière cérébrale saisie de discriminations multiples – éprise de netteté – a une fâcheuse tendance à l’ordre, souffre d’une manie de la propreté pathologique, d’un penchant maniaque au nettoyage par le vide. De coups de balais en passage de serpillières, une force irrésistible scinde in fine tous les savoirs en deux. 

Ainsi la vie n’est-elle jamais aussi clairement exposée que lorsqu’elle est comparé à la mort. Le sec à l’humide. Le mou au dur – le liquide au solide – le clair à l’obscur – le petit au grand – ces symétries sont des propositions concrètes – vérifiables, semblent si imparables, logiques, qu'elles en  deviennent des fondements ; des bases sur lesquelles on prend position, des socles à partir desquels marche la pensée. 

 

L’esprit a tôt fait de séparer le Bien synonyme de lumière, beauté, en gros la gentillesse au visage d’ange - du  Mal pétrit de pénombre, de laideur. La structure bétonnée s’incarne en ogres gras, patibulaires, en mégères aux nez sanguinaires, en dictateurs fougueux aux cheveux austères, aux humeurs démentes. L’archétype basé sur une réalité humaine démoniaque est profondément enraciné dans les méandres cérébraux. Inébranlable. 

 

Et voici qu’Hannah Arendt tire la goupille, balance ses observations… La ‘Banalité du mal’ décrit une courbe impeccable ; descend rapidement, au-dessus, derrière, en dessous, on ne sait... Son concept frappe, déchire, pulvérise les pierres solides, bat en brèche les idées dominantes. Emporte tout. Une tonne de pensées toutes faites – arrangeantes – éclate et sème la confusion.

La terre est éventrée ... Le monde fondé d’éléments incontestablement bons, héroïques  (nous) et d’autres non moins fondamentalement – entièrement - mauvais (eux, les autres, les SS, les nazis, les collabos) a explosé.  Tout s’écroule. Personne ne sait plus où poser les pieds – chacun pousse un cri rauque beaucoup, beaucoup trop nerveux pour être honnête. 

Hannah Arendt a touché juste. 

 

La catastrophe de la seconde guerre mondiale aurait-elle pu avoir lieu sans cette graine du mal en germination potentielle ? La destruction aurait-elle pu prendre une telle ampleur sans l’adhésion – et la participation - d’individus dont des juifs eux-mêmes ? Les pétainistes n’étaient-ils qu’« Une équipe de gâteux précoces groupés autour d’un képi à feuille de chêne. » ? 4* écrit Jankélévitch. La question est insupportable. Tous se mettent à trembler, yeux rivés sur Eichmann, son corps inerte, ses doigts croisés sur le crâne. Hannah Arendt fait face à un tourbillon, elle nuance :  « Mais cela ne revient pas à en faire un phénomène ordinaire. » 

 

Un phénomène singulier, donc ? 

 

Le psychologue américain Philip Zimbardo a effectué une étude où des individus recrutés pour leur équilibre psychique, leur  sens de la mesure se sont vus attribuer des ‘rôles’ de prisonniers ou de gardiens de prison. L’incubation des monstruosités et leur explosion a interrompu l’étude - laissant derrière elle des égratignures béantes, des blessures aux contours noyés.

 

Un film excellent – La vague - remue les idées, secoue les consciences, se trouve au cœur tonitruant du réel. Un professeur moderne, humaniste - pédagogue à quel point - aux yeux glorieux, curieux d’observer le cratère béant de l’autocratie, en réactive l’idée. L’idéologie cent fois charriée dans les jeunes consciences emporte les résistances. La force du courant fait flotter les cœurs et les tripes. La rage violente de la communauté triomphe. « Tout marche comme sur des roulettes, tout marche au quart de poil. » comme l’énonce Zeev Sternhell. 5* La colique radicale s’écoule, le flux fait froid dans le dos. Personne ou presque n’échappe à la gastro-entérite. Le laboratoire universitaire frémit à bloc.  

 

 


Reste à s’aplatir au sol, face contre terre, jusqu’à ce que passe la morve barbare, pourvu qu’elle ne submerge pas tout.

 

Quand les duretés éclatent, les tranchée verticales s’ouvrent.

Porter un pied après l’autre dans la mélasse, s’arracher à la glu est laborieux, réclame certes une énergie prodigieuse

                       C’est le prix à payer de l’avancée.. 

 

Le jugement s’assure sur une terre assez molle pour supporter son poids.    

 

 

 

** Du moins n’en a-t-il pas l’air.

 

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1 * Philosophie Magazine – mensuel N° 69 – mai 2013. D’où vient le mal ? 'L'hypothèse Arendt' p 45-52 - Article de Martin Legros

[Normalité] « beaucoup plus terrifiante que toutes les atrocités réunies, car elle supposait que ce nouveau type de criminel, tout ennemi du genre humain qu’il soit, commet des crimes dans des circonstances telles qu’il lui est pour ainsi dire impossible de savoir ou de sentir qu’il fait le mal. » p 48 « Eichmann n’était pas stupide. C’est la pure absence de pensée – ce qui n’est pas du tout la même chose – qui lui a permis de devenir un des plus grands criminels de son époque… »   P 50

Philomag. 

 

2* « La conceptualisation est un processus complexe. Bruner insiste sur les stratégies mentales que les sujets utilisent inconsciemment pour conceptualiser : les individus forment des hypothèses, mettent en œuvre des stratégies pour les tester, révisant à la fois les hypothèses et les stratégies pour atteindre les concepts.[…]

Formation des concepts :

Quand quelqu’un décide que tels éléments vont ensemble pour certaines raisons, il a formé un concept, c’est-à-dire qu’il a décidé des critères qui permettent de classer ensemble certaines choses. Il a distingué un certain nombre de similarités et il prend sa décision d’après des ressemblances, sans s’occuper des différences. Ce sont les similarités – les attributs essentiels - qui comptent. Il se peut que le concept ainsi formé n’existe pas selon les conventions, ou qu’il soit « faux » ; malgré cela, il remplit temporairement sa fonction d’organiser le monde pour la personne qui l’a formé. Avec le temps et l’expérience, le concept va se préciser et d’objectiver. » p 29 

« Bruner appelle « structure cognitive »… l’organisation de toutes les connaissances acquises d’un individu. » p 30

 « Bruner… « L’acquisition des concepts est un aspect de ce qu’on appelle traditionnellement « penser »… mais nous avons insisté sur un sens plus large : pratiquement toute activité cognitive comprend et dépend du processus de la catégorisation ». » p 31.

Britt-Mari Barth, l’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école ; RETZ, 1987, isbn : 9-782725-611990

 

« Abstraire est une activité intellectuelle qui permet de rapprocher, dans un ensemble complexe, des caractères communs à plusieurs phénomènes ou objet de pensée et de s'y référer à travers un langage qui appartient à un ordre symbolique... Ce processus est conditionné par ce que l'on sait déjà et par le contexte culturel et social dans lequel on se trouve. La perception individuelle est ainsi déterminée par nos connaissances et notre expérience de vie auxquelles il faut ajouter nos attitudes, nos valeurs et nos émotions. » p 80 Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

 

3 *  « Je suspecte fortement que notre penchant dichotomique a une source profondément enfouie dans notre architecture mentale, qu’il est une propriété acquise par le cerveau – et non un caractère adaptatif particulier. […] On peut commencer par des divisions empiriquement défendables du genre mâle-femelle ou nuit-jour. Mais on extrapole ensuite à des dichotomies plus subjectives telles nature-culture ( « le cru et le cuit », chez Lévi-Strauss), ou beau-sublime (dans la théorie esthétique de Burke) et, de fil en aiguille, de façon moins anodine, à des jugements d’ordre éthique menant à des anathèmes et, parfois, à la guerre et à la destruction massive. Car lorsqu’on leste du poids du jugement conscient – autre particularité unique à notre espèce, souvent dangereuse, et acquise par évolution – une simple division basée sur la seule apparence, on transforme une dichotomie purement formelle en distinction morale entre bien et mal, transition qui peut aisément glisser vers la tragédie politique, ou même le génocide, dès que le bien et le mal se subliment en « Divin » nécessairement victorieux d’un « diabolique » promis aux flammes de l’enfer. »

Stephen Jay Gould – Le renard et le hérisson – SciencesSeuil – 2005 – ISBN 978-2-7578-2633-1

 

4 * France culture - Réplique - émission d'Alain Finkielkraut -

Vladimir Jankélévitch – ‘dans l’honneur et la dignité.  

Le fascisme en France – réplique, émission d’Alain Finkielkraut avec Zeev Sternhell, historien et penseur politique israélien , professeur d'histoire des idées, titulaire de la chaire Léon-Blum de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem.

 

Et Jean-François Sirinelli, professeur d'histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Paris (chaire d'histoire politique et culturelle du vingtième siècle) et directeur du Centre d'histoire de Sciences Po (FNSP). 

 

5 * Philip Zimbardo gardiens de prison.  Expérience de Sanford.

 

 

 

L'expérience

 

 

 

 

 

Eichmann.

 

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 08:29

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Igor Morski

Nous planchons durant des heures sur un texte. Enfin, nous nous dressons, heureux, moment délicieux, plein d’orgueil – vaniteux - d’avoir accouché d’un animal si fort, d’une  incontestable nouveauté. 

Au creux du berceau de papier, remue une sauvage création, une figure exigeante - disons-le - géniale. 

Pourtant, à mieux observer… le vigoureux chérubin nous affecte d’un vague souvenir, une impulsion nous arrête. La créature originale, personnelle, palpite, se détache, se soulève, puis vertigineusement – sans rime ni raison -  se met en branle et s’élance à pleine vitesse pour fondre sur nous avant que de nous choquer en pleine face. 

 

Nous nous effondrons sous le poids de la tromperie

C’est monstrueux. Le je, notre je, notre idée native (on est possessif en ce cas) le fruit de notre cervelle et de nos entrailles, celui-là même… est un clone vagissant, un produit pensé depuis longtemps.

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L’influence des contes de fée sur les jeunes filles est semblable à l’analyse posée depuis belle lurette par Simone de Beauvoir dans le deuxième sexe. 

Horreur. 

             Enfer et damnation. 

Et si notre brillante imagination était marquée du cuivre d’autrui ? Le ‘Je est un autre’ d’Arthur Rimbaud ne serait-il pas à prendre au pied de la lettre ?… Souffle divin d’une jeunesse inspirée des traductions latines dans lesquelles Arthur excellait ? 1* Le Rimbaud céleste – illuminé - de dix-sept ans, sorte de génération spontanée du talent ne jouirait-il pas d’une parenté ? Et si la grâce divine disparaissait sous le dépôt séminal d’autres compositions ? Son Auguste figure brillerait-elle avec autant d’éclat ? 

 

Il est temps de s’éloigner du glorieux couffin. 

             Raphaël Enthoven dans un article de Philomag consacré à l’imagination reprend les paroles de  Louis Aragon : « On croit qu’on a de l’imagination, Guy me dit toujours : « Toi, avec l’imagination que tu as… » Mes professeurs de français aussi, c’est l’imagination qu’ils louent dans mes copies. Je ne sais pas pourquoi, je n’invente jamais rien. » 2* 

Le  ‘Sapere Aude’ de Montaigne est un emprunt de Gassendi, repris lui-même d’Horace.

Les Caractères de La Bruyère sont salés à la fleur de Théophraste.

Molière soupire des  murmures de Plaute et Térence.

La Fontaine mâchouille Esope, Montaigne, Phèdre avant que d’en cracher l’eau vive en fine bruine sonore et aérienne. Le fabuliste - révèle Pierre Lepape - dans un excellent ouvrage consacré à la littérature - a étudié les classiques, s’asperge avec délice de cette culture humaine appelée en son temps les ‘Humanités’. Le conteur « a pris ses leçons partout, sans exclusive; chez les Anciens, bien sûr, qu'il connaît comme sa poche, mais aussi chez les romanciers médiévaux, chez Marot, chez Ronsard, chez Montaigne. […] La Fontaine « traduit », La Fontaine « imite ». Il se cache derrière ses modèles, Aristote, Boccace, Martial d'Auvergne, Bonaventure des Périers, Marguerite de Navarre. Plus tard, Esope, Horace, Phèdre. Il met en vers, dans la plus parfaite innocence, des histoires inventées par d'autres. Il est l'humble artisan d'une mise en rimes françaises de genres anciens et mineurs, le conte, la fable. » 3 * 

 livres_igor-morski-09.jpg

Mais ceci n’est qu’un aperçu…  Allons, encore un pas de côté.

Bernard Crick dans sa biographie consacrée à George Orwell 4* relate comment le géant de la littérature échafaudait ses œuvres : en sondant la matière précieuse de ce qu’il voyait, vivait – linteau classique : en pilleur de son histoire - mais également, et c’est plus embêtant, en élevant des pannes faîtières parallèles aux charpentes raffinées élaborées par d’imposants architectes. Toute progéniture imaginative – petite masse part de quelque chose ; pour Denis Diderot, c’est la mémoire des formes, des couleurs, le souvenir d’une scène, d’un événement, d’un spectacle .  

 Combien de déserts arides avant que de passer la frontière du style. Et ce n’est sans doute pas un hasard si les oasis tampon abreuvent si spectaculairement les écrivains en début de carrière. A propos de 'La fille du clergyman', par exemple, Crick écrit, à regret : « La scène de nuit, écrite comme un dialogue entre vagabonds de Trafalgar Square, est, en elle-même consternante et semble, de plus, un plagiat direct de l’Ulysse de Joyce (méritant pour le coup les insultes d’O’Casey), ce qui est un peu gênant. » 5 *  Très honnêtement, il confie ensuite – ce qui ajoute à la valeur de la biographie – qu’Orwell écrivit une épopée en vers sur l’Histoire anglaise du temps de Chaucer, façon très Chaucérienne, poursuit page 324 : «Et vive l’aspidista ! fut le dernier de ses livres consciemment « littéraires », dans lequel on pouvait facilement repérer des passages de Joyce, Gissing, Laurence et Wells. » 

 Igor-Morski---naissance.jpg

L’enfant divin tout à-coup se fait mortel - masse hybride issue d’une fécondation in libro, le nourrisson a pour génétique des années de lectures, de réflexions, d'expériences diverses… Bon Dieu, on ne sait plus trop qui est le père ni à quel saint se vouer. Le prodige devant attirer tous les regards change de visage. L’admiration s’effrite. De façon évidente, la lumineuse apparition se décolore, le sourire joufflu n’est plus si frais mais bel et bien niais, les épaules ont un je-ne-sais-quoi de mou, le sourire suspect, le crâne chauve est cadavérique – bref, l’aspect tient tout entier d’une décomposition humaine. Peut-on encore aimer ce fils trempé de recompositions, de recordages, des rayons terrestres ?  L’originalité gicle sous l’encombrante humanité.

 

Nurseries d’un drame - Accoucher des autres, c’est voir le nouveau-né sous l’œil de sa condition bâtarde. Comme cette confidence murmurée par Raphaël Enthoven d’un « Paul Eluard qui, tombant un jour sur un cageot d’oranges pourries, écri[vi]t : « La terre est bleue comme une orange. » 6* 

Le « Un seul être me manque et tout est dépeuplé. » de Nicolas Germain Léonard à jamais inconnu (sauf de Lamartine) – devient par un tour de passe-passe incroyable le fameux  « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. ». Secret niché au sein d’un poète atteint peut-être de cryptomnésie, c’est-à-dire d’une lecture filant en soi jusqu’à ce que l’onde moelleuse  reprenne sa cascade en coulant de soi, plus probablement victime d’une crise de plagiat aiguë. Dissimulation honnête du philosophe, du mathématicien, du scientifique, de l’écrivain ne désirant point lâcher ses sources. Conception innée du Talent oblige.

 

Voici donc la biologie de l’idole – celle appelée non sans complaisance œuvre géniale : un « point imperceptible – à la Diderot - formé de molécules plus petites, éparses dans le sang, la lymphe de votre père ou de votre mère ; ce point devint un fil délié, puis un faisceau de fils. » une tête d’épingle punaisée sur les trouvailles d'autrui. 

 

Qui a le culot de briser le miracle ‘made in Céleste’ répondant au cahier des charges du sacré – pureté originelle, perfection garantie. Qui ose dévoiler la chair et les os d’une procréation sexuée des idées, d’une filiation prenant trop d’ascendance ? Qui pour proclamer cette vérité dérangeante ? 

 

Plotin d’abord. « Nos théories – selon lui - n’ont donc rien de neuf ; elles ont été énoncées il y a longtemps... » nous rapporte Lucien Jerphagnon dans une excellente Histoire de la pensée 7* … Mais qui de nos jours lit Plotin ou le remarquable Lucien Jerphagnon ?

Montaigne ensuite - emboivant l’humeur des anciens telles « Les abeilles pilotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur ; ce n’est plus thym ni  marjolaine : ainsi, les pièces empruntées d’autrui ; il les transformera et, confondra, pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugement. Son institution, son travail et étude ne vise qu’à le former. » 

 

Frédéric Schiffter ensuite, provocateur de réel - Montainien devant l’éternel.

 « … on ne lit d’abord en soi que celle de ses aînés et, évidemment, celle de ses maîtres. Pas de pensée propre qui ne soit une appropriation, voire une expropriation ; pas de pensée nouvelle qui ne soit une reprise. 

C’est le style ou le ton qui fera, peut-être, l’originalité de ce que l’on écrit et qui, comme cela est souhaitable, fera l’agrément du lecteur. » 8* p 16.

 

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L'inspiration - Marianne Massin et Raphaël Enthoven.

 

 

«Puisque rien n’est jamais présent à l’esprit que des perceptions. Puisque toutes les idées produites proviennent de  quelque chose qui a été précédemment présent à l’esprit, il s’ensuit qu’il nous est impossible ne serait que de concevoir ou de former une idée d’une chose spécifiquement différente des idées ou des impressions. Fixons notre attention hors de nous même autant que possible, hasardons notre imagination dans les cieux  ou jusqu’aux limites ultimes de l’univers. En réalité, nous n’avançons pas d’un degré au delà de nous-même et ne pouvons concevoir aucune sorte d’existence hormis les perceptions qui sont apparues dans ces étroites limites. C’est l’univers de l’imagination et nous avons d’autres idées que celles qui y sont produites. »  Hume, texte lu par Raphaël Enthoven lors d’une émission réalisée avec  Frédéric Brahami, professeur à l'Université de Franche-Comté – Besançon sur Hume. L'imagination 3/4 : Hume, l'imagination entre fiction et raison Les chemins de la connaissance, France Culture, du 12-5-2010 

 

 

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1* - « C’est faux de dire : je pense : on devrait dire on me pense. – Pardon du jeu de mots – Je est un autre. » Arthur Rimbaud.

« Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. » 

 

2* Raphaël Enthoven, « L’imagination », article publié dans la revue Philosophie magazine, d’avril 2010, n° 38, p 22.

 

3* - Pierre Lepape Le pays de la littérature, p 209 et 212. L'express

4 * - Bernard Crick, George Orwell, grandes biographies, Flammarion, Lonrai, 2008, p 218« Dans les chapitres autobiographiques du Quai de Wigan, il écrira : « La plupart des épisodes de ce livre ont réellement eu lieu, même si j’en ai parfois modifié l’ordonnancement. » […] « Je n’ai rien inventé. Il n’y a dans cette histoire aucune scène, aucun incident dont je n’ai été moi-même le témoin direct ou pour lesquels je ne dispose de preuves concluantes. » […] Et dans son introduction à la Vache enragée, Orwell écrivait : « Quand à la véracité de mon récit, je crois pouvoir affirmer que je n’ai rien exagéré, sinon dans la mesure où tout écrivain exagère, c’est-à-dire en choisissant. Je ne me suis pas cru obligé de relater les faits dans l’ordre même où ils se sont passés, mais tous ceux que j’ai rapportés sont réellement arrivés à un moment ou à un autre. .

 

5* - Ibid p 302

 

6* - Raphaël Enthoven, « L’imagination », article publié dans la revue Philosophie magazine, d’avril 2010, n° 38, p 22

 

7* - Histoire de la pensée, Lucien Jerphagnon, p 228, « Nos théories n'ont donc rien de neuf ; elles ont été énoncées il y a longtemps... ». Plotin. Ennéades, V, 1,8.

 

8* Frédéric Schiffter – Sur le blabla et le chichi des philosophes – PUF – France – Paris mars 2002 – ISBN : 978-2-13-059238-9

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France culture - Marianne Massin - La pensée vive.

 

Le frère Dominicain Pascal David - La pensée vive.

 

Frédéric Brahami - La vie des idées.

 

Pierre Lepape - le pays de la littérature - la faute à Diderot.

Raphaël Enthoven - Cynthia Fleury - L'imagination

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 08:25

 

Romain-Laurent-.jpg « Cette répétition du presque même  

qui recouvre le vertige par la stabilité 

et le tourbillon par le répit. » 

Adèle Van Reeth – 2*.

 

 

L’habitude est une tornade sans relief. Champ de force aux lignes réglées comme du papier à musique, traversant des vies sans histoires, suivant une orientation invariable. Son action si souvent présente s’approche du toujours, s’inscrit dans une continuité dénuée d’impressions, de souvenirs, s’ancre en nous comme une seconde nature – 2*  Anne Merker. 

La plupart du temps, l’habitude est présentée comme mauvaise, constitue une dépendance où la privation de liberté se mêle à un enfermement de seconde zone, y compris chez Kant - cette âme matelassée à la camisole de la pendule. (Le philosophe dérogea pourtant par deux fois à la sangle de ses horaires cuirassés. De mémoire, la première aux prémisses de la révolution française, la seconde lors de la sortie d’un ouvrage de Jean-Jacques Rousseau.)  

Quoi qu’il en soit, chez moult philosophes et sociologues, l’habitude se réduit à un ensemble – appelés schèmes, c’est supérieurement formulé – d’actes incessamment répétées, devenus à ce point intensifs, rodés qu’ils mettent la conscience en veilleuse.

 

Comme ce «  … vieil employé qui me sert – écrit le maître des habitudes intranquilles, Fernando Pessoa - et qui vient de déposer devant moi ce qui doit être le millionième café d’une vie passée à poser des cafés sur les tables ? Il a la même existence que le cuisinier, avec pour seule différence les quatre ou cinq mètres qui séparent la localisation de l’un, dans sa cuisine, de la localisation de l’autre, dans la salle de restaurant. » 1* p 191.

 

Comment la chose ne pourrait-elle causer d’odieux effets ? Le Charlot qui les exécute est bâti sur le modèle des bornes automatiques : cerveau branché sur la vis – connue pour n’avoir qu’un tour dans son sac - corps encagé, endommagé, boulonné sur les cadences stupides. Bref dans ces conditions, l’humain est réduit à un élément de la chaîne plus mort que vif. « Dire que l’on agit par habitude – ajoute Adèle van Reeth - est une manière de pointer négativement le fait que le cœur n’y est pas, que le réflexe nous dispense de réfléchir, que le corps et les mots parlent sans nous. » 

Le pareil revient au même, journée sans fin sans fantaisie ni scintillement.

 

 

Qui saliverait encore à préparer ou à consommer le même plat, identique à lui-même, à chaque repas, fut-il constitué de langues à la mode d’Esope – 3* ? Qui s’émerveillerait d’un visage, d’une épaule nue, d’un geste symphonique à s’entasser dans une rame bondée de travailleurs captifs ? Avec l’habitude, l’envie zigzague, le plaisir faiblit, la monotonie occupe l’espace, l’attention s’éteint, d’odieux ‘habitus’ s’installent. De routinière, la vie devient indifférente, dénuée d’attraits, absurde. Vivre dans ces conditions revient à emprunter un sens unique, une impasse. 

           Traverser un monde flanqué d’un ciel morne.

 

Et si l’habitude désignait autre chose que cet ennui confinant au cauchemar ? 

 

           Une «[…] façon d’apprivoiser l’inconnu – poursuit Adèle Van Reeth - de lui donner une forme familière, entendue, inquestionnée et dont le retour nous rappelle que tout changement est tributaire d’une forme de continuité. […] » 2* Non pas un mal boueux dans lequel on s’enlise mais «  le reflet visible de la nécessité qui nous traverse, le rituel que nous avons construit à partir d’actes nécessaires à notre vie biologique : manger dormir et sociale : travailler, se divertir. » 2*

 

Peter-kemp---inversion.jpg“L'habitude! aménageuse habile mais bien lente

et qui commence par laisser souffrir notre esprit

pendant des semaines dans une installation provisoire;

mais que malgré tout il est bien heureux de trouver,

car sans l'habitude et réduit à ses seuls moyens

il serait impuissant à nous rendre un logis habitable.”

                        ― Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Tome I

 

 

 

Cette partie de nous – du même coup – deviendrait un composé essentiel à la vie, tel que nous le décrit Marcel Proust dans sa recherche.

 

              Un point de repère cardinal ? 

 

Pour Aristote, rappelle la philosophe Anne Merker, « Il y a une dimension pratique [de l’habitude] : c’est une pensée du temps long, de l’exercice -  la répétition. » Il s’agit de dompter son corps et son âme, d’atteindre cette dimension rationnelle.

Telle une forme d’Art martial, sa complexité est révélée par le maître, c’est « le processus infiniment graduel et silencieux de la poussée » 4* qui se fait jour lentement, doucement, au rythme d’une hygiène de vie quasi Kantienne : patiente et tenace. 

« Au départ, il y a un effort à produire », c’est « une pratique contraignante. » orientée. L’organisation peut accabler, il s’agit d’un travail y compris sur soi, opposé à l’impulsivité - au tumultueux – au caprice. Il s’agit de créer des conditions favorables, des repères solides, de raboter tout ce qui est débordant, contrarier ce désir* premier chez l’enfant  - ces assauts actifs, bouillonnants, rageants, bouleversants, violents qui se dressent contre la raison. 

 

En définitive, la palpitation de l’habitude, équilibrée, crée les intervalles propices aux puissances de la vie – tels les rituels de la petite enfance dispensés notamment en maternelle – rythme des repères, bat contre les désordres primesautiers, injecte un substrat vital indispensable à l’éclosion de la pensée. 

 

L’habitude est une prise, un cadre, un trois-mâts.

Des barreaux assemblés en cadre, canalisent les débordements (activité crépitante de désirs qui iraient dans la mauvaise direction.) montés à intervalles réguliers assurent l’élévation, permettent de vivre selon la pensée (def de l’homme vertueux), de grimper vers la maîtrise. « L’habituation permet de résoudre cette inversion que le développement humain doit réaliser : ce qui est premier doit devenir second et ce qui est second doit devenir premier. » 2* . 

« L’habituation » aide à opérer ce renversement.

 

 

« Mon habitude vitale est de ne croire en rien, 

et tout particulièrement en rien d’instinctif. »

Fernando Pessoa – 1 * p 307.

 

 marcin-sacha.jpg

Marcin Sacha. Photographies.

 

Parfaire son éducation, s’émanciper, atteindre « la perfection dans l’aboutissement de l’acte, un parachèvement » , rejoindre la liberté par l’ascension des barreaux de l’habitude ?

 

 

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      Kant - Cogito.

 

 

 

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1* Fernando Pessoa – Le livre de l’intranquillité. Christian Bourgois éditeur. 1999. 

 

2* L’habitude vertueuse chez Aristote – Les nouveaux chemins de la connaissance – Adèle Van Reeth et Anne Merker 09.01.2012 - 10:00 

 

* Le développement de la pensée est plus tardif selon Aristote, nous dit Anne Merker.

 

Instants glanés de l’excellent exposé d’Anne Merker ….

 

Par l’habitude, la disposition s’inscrit en nous.

Chez les grecs – l’habitude est comme une « seconde nature ».

L’habitude c’est de nombreuses fois – ce qui s’approche du toujours (nature).

Ce qui est en puissance prend forme par l’habitude. L’habitude est la semence [terreau] qui prépare la terre afin que la graine pousse bien.

 

Pour Aristote, l’action est une mise en œuvre, un plaisir que l’on cueille à la fin du processus. Par la maîtrise,

L’action vertueuse doit être pensée comme belle – et on la fait pour cette raison là. « Si elle ne fait pas vertu en elle-même, l’habitude permet d’y accéder. »

 

Chez Aristote, nous sommes responsables de nos actions, de nos vertus et vices.

Les lois (in la politique) n’a pas d’autre force que celle de l’habitude ;

Changer les lois, c’est affaiblir la loi (car il faut du temps pour s’y habituer et les recevoir).

C’est grâce à l’habitude que la loi peut persuader.

Quand la loi ne persuade pas de manière externe, elle persuade de manière interne (par la sanction «  la violence »).

 

Adèle Van Reeth : L’habitude peut-elle changer une nature ?

 

Anne Merker : La réponse est claire pour Aristote, c’est non. Car chez lui le vice est un achèvement. C’est le résultat d’un long cheminement. On ne naît pas vicieux. Quand on l’est, c’est trop tard.

Dans le vice, la pensée gouverne. Le vice est une pensée : c’est bon de jouir sans entrave, de faire tout ce dont on a envie. 

Il n’est pas intempérant.

 

D’où l’importance de l’enfance. 

Pour Platon (mère doit faire attention, d’un point de vue moral de l’embryon, pour ne pas le corrompre).

 

Texte  d’Aristote - "le cerveau de l'école" : 

 

« C’est en bâtissant qu’on devient architecte,  en jouant de la cithare que l’on devient citharon. De même, c’est à force de pratiquer la justice, la tempérance et le courage, que nous devenons justes, tempérant et courageux. La preuve en est ce qui se passe ordinairement dans les cités. Les législateurs en les habituant forment les citoyens à la vertu. En outre, les mêmes causes expliquent encore la naissance et l’altération de toute vertu comme de toute technique. C’est par la pratique de la cithare que se forment les bons et les mauvais musiciens. Il en va de même pour les architectes ou les autres spécialistes. A force de bien ou mal construire, on devient bon au mauvais architecte. S’il n’en était pas ainsi, l’on n’aurait pas le moins du monde besoin des leçons d’un maître et l’on serait de naissance bon ou mauvais spécialiste. Il en va donc de même des vertus. C’est par la manière d’observer  les contrats avec nos semblables que nous devenons les uns justes, les autres injustes. A force d’affronter des situations dangereuses et de nous habituer à la crainte et à l’audace que nous devenons courageux et pusillanimes. Il n’en va pas autrement en ce qui concerne les désirs et la colère. Les uns arrivent à la tempérance  et à la douceur, les autres à l’intempérance et à l’irascibilité. Parce que la manière de se comporter des uns et des autres est différente. En un mot, des activités semblables créent des dispositions correspondantes. Aussi faut-il exercer nos activités d’une manière déterminée. Car les différences de conduite engendrent des habitudes différentes. La façon dont on est élevé dès l’enfance n’a pas dans ces conditions une mince importance. Que dis-je ? Elle est d’une importance extrême. Elle est tout à fait essentielle. »

Aristote.

 

Importance d’une éducation, d’un maître mais aussi d’observer les autres.

Pensée de l’expérience ? Observer les gens vertueux nous rendrait vertueux…  

Terme de l’Excis (propriété dans le sens de la possession, le fait d’avoir – disposition acquise).

Diáthesis' (disposition : elle est plus passagère)

La vertu étant dépendante de notre éducation – nous rendre responsable entièrement de nos actions (tel que le dit Aristote) est critiquable. (Anne Merker)

Phusis : croissance et développement.

 

Pour agir , il y a du désir : comment faire pour que ce vouloir soit beau ?

L’habitude règle un problème de temporalité qui s’exprime chez l’être humain. Phusis : la nature 

 « L’ hégémonie » c’est ce qui marche en tête. C’est la pensée qui doit gouverner. est créative,

Ce qui est en puissance prend forme par l’habitude. 

L’habitude : une éducation du plaisir et au plaisir.

 

Ethos : l’habitude… se transforme en « caractère ».

S’arrêter à l’habitude on ne va pas développer sa vocation de la raison – on fera les choses par habitude (elle a ses faiblesses)

 

 

3* Fable d ‘Esope :

 

Ajoutons que comme le disait Esope (VIIème siècle avant J.C), la langue peut être la meilleure des choses en ce monde, comme la pire des choses :

 

"Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur, et rien autre chose. "Je t’apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t’en remettre à la discrétion d’un esclave." Il n’acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l’entrée, le second, l’entremet, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d’abord le choix de ces mets ; à la fin ils s’en dégoûtèrent. "Ne t’ai-je pas commandé, dit Xantus, d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur ? - Et qu’y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l’organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit ; on persuade ; on règne dans les assemblées ; on s’acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux. - Eh bien (dit Xantus, qui prétendait l’attraper), achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi, et je veux diversifier." Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : "C’est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si l’on dit qu’elle est l’organe de la vérité, c’est aussi celui de l’erreur et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d’un côté elle loue les Dieux, de l’autre, elle profère des blasphèmes contre leur puissance."

Alain Bentolila - Médiapart.

 

4* François Jullien.

 

5* Elodie Djordjevic – Habitude constitutive.

 

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      Temps modernes

 

 

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Pour en savoir plus... 

 

Habitude - Université de Paris 3

 

Habitus – Bourdieu.

 

 Gérard Guillot - Ecrits sur l'habitude

 

Gérard Guillot - L'habitude. 

 

Le tempérament moral d’après Aristote. Persée.

 

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Un peu d'humour, jour sans fin d'un autre type...

De l'habitude à l'éternel recommencement, il n'y a qu'un pas...


 

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 08:03

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 Edward Hopper - Compartiment C - voiture 193.

 

Sous le ciel du texte, la lecture est d’azur, la vision porte loin, l’horizon lumineux semble ignorer les obstacles. 

Et pourtant, à bien y regarder, le marbre des mots prend des formes nébuleuses, son reflet miroitant nous aveugle. Plus on creuse, plus l’apparence  lisse révèle des fractures, des nervures granitiques abyssales offrant des directions contradictoires, des embranchements impossibles, des passages diablement bien camouflés. 

Le spectre du sens couvre tout d’un fond brumeux, piège peut-être même des contresens. Entendre, dans un tel cocktail revient à extraire les  modulations d’un glaçon, dans un verre de Żubrówka à 2 mètres d’un conflit armé. La signature acoustique à fort stimulus de ralliement développe une triangulation naturelle qui – débarrassé de son harmonique - fait exploser les barrières sociales – brouille les points de vue – et peut déclencher la signalétique du rond et de la confusion.  

 

A. S. Pouchkine, dans son « poème sans titre de 1830 » nous conte cet état de surdité :

 

Un sourd citait un sourd devant le juge sourd.

« Il m’a volé ma vache ! » criait le premier sourd.

« Permettez, lui hurla le second, cette terre

Appartenait déjà à mon défunt grand-père. »

Le juge statua : « Evitons le scandale,

Mariez le gars mais c’est la fille la coupable. »

 

      Comment sortir du chaos et du désordre, de la cabane des mots, du grand bordel des babillages où l’obscur se mêle aux troubles ? 

 

« Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à lBabel-2.jpg’orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s’y établirent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres. Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c’est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la face de la terre ». 

(Genèse, 11, La Bible de Jérusalem)

 Pieter-Bruegel-L-Ancien---La-Tour-de-Babel.jpg

Cliquer sur l'image pour accéder à la vidéo :

"La tour de Babel de Pieter Bruegel l’Ancien et la cochlée racontées par le biologiste Jean Claude Ameisen". Universciences.

Chaque mot – du moins la plupart d’entre eux, se livre au culte – à la débauche - des attributs**qu’on lui affecte. 

 

Tous ces attributs forment des particularismes qui se structurent et par la même occasion influencent notre jugement…  En d’autres mots, nous les déterminons en même temps qu’ils nous orientent – déforment – gouvernent 

Toute langue est égocentrée – c’est-à-dire fondée sur l’assimilation du savoir et de l’expérience, en même temps qu’elle est égo-sociale c’est-à-dire active des liens, des oppositions, etcetera. Elle reflète et fixe les tourments principaux d’une société. Ainsi les Inuits possèdent-ils une douzaine de termes pour désigner les différents états de la neige – de même que pour les nuances de glace.

 

qanik - neige qui tombe

aputi - neige sur le sol

pukak - neige cristalline sur le sol

aniu - neige servant à faire de l'eau

siku - glace en général

nilak - glace d'eau douce, pour boire

qinu - bouillie de glace au bord de la mer

sitilluqaaq « une récente masse dure » s'applique à une congère de neige durcie qui s'est formée après une tempête

 

Le territoire du mot est donc large, vaste, solide mais également mou et labile. Le sens fonctionne comme un nuage d’éléments stables, distinctifs tout en étant changeant en qualité et quantité, le tout suspendu dans le vide. 

       

Barbara Cassin - Philosophe - Directrice de recherche au CNRS

Extrait d'une conférence donnée à propos du "dictionnaire des intraduisibles."

La logologie.

 

 

"...Comme de légers nuages apparaissent dans un ciel pur."

 

Lev Vygotski  dans Pensée et langage, emprunte cet exemple à Idelberger :

 

« Dans un autre exemple souvent cité, l’enfant désigne par le mot « coua » d’abord le canard qui nage sur l’étang, puis tout liquide, y compris le lait de son biberon. Plus tard, lorsqu’un jour il voit un aigle représenté sur une pièce de monnaie, il donne alors à la pièce cette même appellation et cela suffit pour que par la suite le mot « coua » désigne tous les objets ronds rappelant une pièce. Nous avons ici un exemple typique du complexe en chaîne, où chaque objet s’incère dans le complexe sur la base exclusive d’un caractère distinctif qu’il a en commun avec un autre élément et où le caractère même de ces traits distinctifs peut se modifier à l’infini. » 1* p 238 

 

« Cette forme par complexes de la pensée enfantine entraîne cette particularité que les mêmes mots peuvent avoir dans des situations différentes des significations différentes, et même, dans des cas exceptionnels, particulièrement intéressants pour nous, un même mot peut chez l’enfant cumuler des significations opposées, dès lors que celles-ci sont en corrélation l’une avec l’autre, comme le couteau avec la fourchette. » 1* 

 

L’homonyme détient les mêmes particularités. Un même mot – explique Barbara Cassin peut receler des sens opposés… et pourtant, il n’est pas sûr que ces homonymes a priori sans liens les uns avec les autres ne fassent pas tout ou partie d’un ensemble. 

En outre le parfaite synonymie d’une langue à l’autre pour un même mot existe-t-elle réellement ? En russe, la  libellule explique Lev Vygotski  s’est substituée à la Cigale du fameux poème de La Fontaine « La cigale et la fourmi », ceci  afin de garder l’idée de frivolité, etc. 

 

 « De même, sous l’angle de la fonction dénominative, des objets identiques coïncident dans des langues différentes mais le nom d’un même objet dans ces diverses langues peut dépendre de critères absolument différents [Britt-Mari Barth parle d’attributs]. Le mot russe portnoj [tailleur] vient du vieux russe port – « morceau de tissu », « couverture ». En français et en allemand la dénomination de ce même homme dépend d’un autre critère – du mot « tailler », « couper ». » 1* p 244.

« Prenons par exemple l’histoire du mot russe sutki. A l’origine il signifiait « couture », « endroit où s’assemblent deux morceaux de tissu », « deux choses tissées ensemble ». Puis il désigna n’importe quelle jointure, le coin de l’isba, l’endroit où deux murs se rejoignent. Par la suite il désigna au sens figuré le crépuscule, point de jonction du jour et de la nuit, et enfin, englobant le temps qui va du crépuscule ou la période de temps qui inclut le crépuscule du matin et celui du soir, il se mit à signifier « le jour et la nuit », c’est-à-dire vingt-quatre heures, sens qu’il a aujourd’hui ».1* p 245.

 

Difficile donc de s’y retrouver… Avec Barbara Cassin, nous sommes entre de bonnes mains, nous n’avons aucune raison d'être inquiets. 

 

La philosophe navigue entre les traductions. Poursuit ses incessants allers-retours entre les continents de langues. De ce lent voyage, surgit des résonances singulières, des gazouillis de l'infime, des signes murmurés entre les lignes mais audibles. « C’est d’ailleurs qu’on se voit. »

 

« … ces phrases – nous confie Barbara Cassin - sont des réponses à d'autres phrases : comme le souligne Nietzsche, les textes grecs, ce sont des palimpsestes. Il est certain que Gorgias reprend Parménide, de même que Parménide reprend Homère. Tout cela peut se lire, encore faut-il avoir un immense savoir que j'ai essayé d'acquérir autant que j'ai pu, et que j'essaie de continuer à acquérir. Je crois qu'on comprend par là ce que veut dire " culture " : un texte est toujours aussi un texte de textes, surtout pour les Grecs. » 2*

 

 

Barbara Cassin

"Le sens, c’est d’abord le flair… et puis c’est l’intuition, l’intellect.

Sens veut dire sens : sensation et signification. 

C’est à partir d’une autre langue qu’on s’aperçoit de sa propre langue.

C’est d’ailleurs qu’on se voit."  

 

On se laisse gagner par l'enchantement des découvertes..: Comme dénicher de la vaisselle intacte sous des gravas après une tempête. Dégager le bois du sable. La surprise de micro-découvertes est interrompue par certains soubresauts : Contempler les signes cabalistiques de la culture. 

 

 «  Quand j'ai enseigné la philosophie dans les lycées ou même quand je l'ai enseignée dans des endroits plus bizarres que les lycées, par exemple les PTT (j'ai en effet eu un parcours très atypique),  je me suis aperçue que ce qui m'intéressait et ce qui intéressait les élèves, à quelque niveau qu'ils soient, c'était le travail qu'on faisait sur les textes. C'était là où il se passait vraiment des choses, et pas dans les idées générales. Ce travail se faisait sur les textes en langues, forcément. » 2*

 

L'abondance inhabituelle des tournures poétiques.

                                       Les brusques variations de signification. 

                                     On avance sur le souffle fascinant des changements de vent. 

 

 

« Pour tuer la poésie, il suffit de poser qu’il y a une correspondance absolue, parfaite entre les mots et les choses : alors la poésie n’est plus possible, puisqu’elle travaille au contraire dans la distance entre les deux. Ce que j’appelle exil, c’est cette distance entre le poète et la réalité qu’il ne reproduit pas mais qu’il produit, qu’il élabore, qu’il travaille à transformer. (…) Au fond, la tâche de la poésie est de rappeler que le sens n’est jamais achevé, que l’identité est toujours en avant, du côté de l’avenir, non pas dans le passé, dans une tradition immuable, appelée à se répéter indéfiniment ».

Adonis, auteur du Poème de Babel (écrit en 1977)

 

                                                              La poésie prospère, prolifère, résiste, crève la terre.

 

      -----------------------

 

« En toute créature visible, il y a quelque chose de caché ; Dieu veut que nous le cherchions, et qu'après l'avoir trouvé, nous nous réjouissons de cette découverte. » Saint Augustin.

 

 

 

Je rentre dans ce logiciel, je rentre dans google « Et Dieu créa l’homme à son image. »

Et je demande à le traduire en allemand – j’obtiens une phrase que je demande de traduire en français.

                        Et j’obtiens « Et l’homme créa Dieu à son image. »

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      « Les humanités, ça devient une résistance...      Faire passer à l’autre.

C’est beaucoup plus compliqué que de simplement communiquer.»

 

  "Un intraduisible, c'est quelque chose qu'on n'arrête pas de retraduire."

                                                   "C'est un idéal."  Barbara Cassin.

 

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 ** Les attributs sont physiques, observables (taille, son,  forme, goût,  couleur, température, densité, nombre, volume, consistance, poids, éclat, texture, état, odeur) non physiques, non observables (catégorie, classification supérieure ou inférieure – fonction : utilité, rôle - lieu ou place :  relation entre un concept et son emplacement - temps : existence dans le temps - cause/effet : conséquence - séquence : ordre dans lequel il arrive - origine)

[Explication personnelle : Pour faire simple, une chaise, c’est : 4 pieds, un dossier mais pas d’accotoirs (car alors, il s’agit d’un fauteuil) et avec un dossier, sinon, il s’agit d’un tabouret.] 

Britt-Mari Barth, l’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école ; RETZ, 1987, isbn : 9-782725-611990 p 119.

 

1 * Lev Vygotski ajoute : ;

Le fait que l’enfant désigne par le mot « avant » un rapport temporel qui peut être aussi bien « avant » qu’ « après » ou emploie le mot « demain » pour désigner également hier et demain forme une analogie parfaite avec ce que les chercheurs  ont depuis longtemps remarqué dans les langues anciennes – hébraïque, chinoise et latine -, c’est-à-dire qu’un même mot comportait deux significations opposées. Ainsi les Romains désignaient par le même mot le haut et le profond. Cette combinaison dans un même mot de significations opposées n’est passible que dans la pensée par complexes, où aucun objet concret entrant dans un complexe ne se confond par là même avec les autres éléments du complexe mais conserve toute son autonomie concrète. 

 [Ici, naturellement, Lev Vygotski décrit ce type de pensée comme une pensée enfantine, primitive, dans le sens de primaire . Il se situe au dessus – dans l’idée de progrès – d’élévation, comme la suite le confirme lorsqu’il cite … L. L évy-Bruhl, Les Fonctions mentales dans les sociétés inférieures, p 77-78. Difficile de s’extirper des pensées de son temps...  Néanmoins, il nuance ses propos lorsqu’il indique :

 

« Cependant une analyse minutieuse des liaisons qui sont établies par la pensée primitive et qui extérieurement ne s’écartent pas de notre logique nous convainc que les unes et les autres relèvent au fond du même mécanisme de pensée par complexes. » p 240.

 

« Pour que les mots coïncident dans leur référence concrète, il faut qu’ils indiquent le même objet. Mais ils peuvent indiquer le même objet par des procédés différents. 

[…]

Les mots russes luna et mesjac désignent le même objet [lune] mais le désignent selon des modes différents, gravés dans l’histoire du développement de chacun d’eux. Luna est lié étymologiquement au mot latin qui signifie « capricieux », « inconstant », « fantasque ». Quand on a donné ce nom à la Lune on voulait évidemment mettre en relief le caractère changeant de sa forme, son passage d’une phase à l’autre, en tant que sa différence essentielle avec les autres corps célestes. La signification du mot mesjac est liée à celle de « mesurer ». Il signifie le « mesureur ». Quand on a donné ce nom à la Lune on voulait par là mettre en relief une autre propriété, c’est-à-dire que les phases de la lune permettent de mesurer le temps. »» p 244.

 

« La découverte que les significations de mots ne sont pas immuables, constantes, invariables et qu’ elles se développent est une découverte capitale, qui seule peut sortir toute la théorie de la pensée et du langage de l’impasse où elle est engagée. La signification du mot n’est pas immuable. Elle se modifie au cours du développement de l’enfant. Elle varie aussi avec les différents modes de fonctionnement de la pensée. C’est une formation plus dynamique que statique. La variabilité des significations n’a pu être établie qu’à partir du moment où la nature de la signification elle-même a été correctement définie. Cette nature se manifeste avant tout dans la généralisation qui est contenue en tant qu’élément fondamental et central dans tout mot car tout mot déjà généralise. » P 427 :

 

P 428 : Tolstoï : « Le rapport du mot avec l’idée et la formation de nouveaux concepts sont un processus de l’âme si complexe, si mystérieux et délicat […] » L. N. Tolstoï, Articles pédagogiques. 

[…] le rapport de la pensée avec le mot est avant tout non une chose mais un processus, c’est le mouvement de la pensée au mot et inversement du mot à la pensée. 

[…] Bien entendu il ne s’agit pas d’un développement déterminé par l’âge mais d’un développement fonctionnel et le mouvement même de la pensée de la pensée qui va de l’idée au mot est un développement. La pensée ne s’exprime pas dans le mot mais se réalise dans le mot. 

 

P430-431 : Ainsi, dès l’origine, la pensée et le langage ne sont absolument pas taillés sur le même modèle. On peut dire en un certains sens qu’il existe entre eux une contradiction plutôt qu’une concordance. La structure du langage n’est pas simple reflet, comme dans un miroir, de celle de la pensée. Aussi le langage ne peut-il revêtir la pensée comme une robe de confection. Il ne sert pas d’expression à une pensée toute prête. En se transformant en langage, la pensée se réorganise et se modifie. Elle ne s’exprime pas mais se réalise dans le mot. Et c’est justement parce que les processus de développement de l’aspect sémantique et de l’aspect phonétique du langage sont orientés en sens inverse qu’ils forment une véritable unité. 

 

Lev Vygotski – Pensée et langage – La dispute. Paris 1997 ; Isbn : 2-84303-004-8

 

2* Dialogues Barbara cassin - Colette Briffard.

 

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Barbara cassin - La nostalgie.  France culture, bien sûr  ! 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 20:34

Epictète – les stoïciens.

 

Demande-toi d’abord ce que tu veux être…

 

                                                                       Et alors fais ce que tu fais.

 

Epicure - 

 

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Présentation

  • : Le chêne parlant
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  • : L'éclectisme au service de la pédagogie & L'art de suivre les chemins buissonniers. Blogue de Virginie Chrétien chrétien. Maître formatrice en lien avec l'ESPE de Lille. Rédactrice chez Slow Classes. Partenariat : philosophie Magazine. Écrivaine : La 6ème extinction - Virginie Oak.
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Introduction.

L’éducation, dans son étymologie même, c’est : «Educere, ex-ducere, c’est conduire « hors de » rappelle le philosophe Henri Pena-Ruiz dans Le Philosophoire. Charles Coutel parle quant à lui d'[Educarea] ēdŭcāre ‘prendre soin de l’ignorance de l’élève’. "Le rôle de l’éducation - dit-il - c’est de me disposer à mon humanité en moi grâce à mon instruction." Ecoutons George Sand… « Mes pensées avaient pris ce cours, et je ne m'apercevais pas que cette confiance dans l'éducabilité de l'homme était fortifiée en moi par des influences extérieures. » George Sand, La mare au diable, Folio Classique, 892, P 37. Ce blogue se propose de partager des outils pédagogiques, des moments d'expériences, des savoirs, des lectures, de transmettre des informations relatives à la pédagogie ordinaire et spécialisée, des idées d’activités dans les classes allant du CP au CM2 en passant par la CLIS. Enfin, on y trouvera aussi quelques pensées plus personnelles. « Notre savoir est toujours provisoire, il n'a pas de fin. Ce n'est pas l'âge qui est le facteur déterminant de nos conceptions ; le nombre de « rencontres » que nous avons eues avec tel ou tel savoir l'est davantage, ainsi que la qualité de l'aide que nous avons eues pour les interpréter... » Britt-Mari Barth, le savoir en construction. ________________________________________________________________________________________________ 1 Le Philosophoire, L’éducation, n° 33, P16 2 P 52, Britt-Mari Barth – Le savoir en construction – Retz – Paris – 2004 – Isbn : 978725622347

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